Lundi 25 Mars 2019

Mis à jour le Lun. 25 Mar. 2019 à 21:09

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Articles de W.Q. Judge

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Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla en maintes occasions un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de H. P. Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans d'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et  fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les puls connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques de la littérature théosophique. Un ensemble de ses lettres ont été regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé. 

Judge contribua à  faire connaître la Bhagavad-Gîtâ et son ésotérisme. On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accessibles en ligne.

Les « Contes des mille et une nuits » sont-ils pure fiction ?

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Depuis de nombreuses années, on a pris l’habitude de considérer cette série d’histoires intéressantes appelées les Contes des Mille et Une Nuits, comme une pure fiction jaillie de cerveaux orientaux, à une époque où chaque roi avait son conteur pour l’amuser ou l’endormir. Mais plus d’un homme qui, dans son cœur, avait cru aux contes de fées et de revenants entendus dans son enfance, a senti ses imaginations du jeune âge revivre en parcourant ces histoires de prodiges et de magie. D’autres, toutefois, en ont ri comme de simples fables, et le monde scientifique tout entier s’est borné à observer un silence méprisant.
La question que doivent résoudre les hommes de science est la suivante : « Comment de telles idées ont-elles pu prendre naissance ? » Si nous les prenons dans leur ensemble, on doit admettre qu’une aussi grande quantité de fumée a dû être produite à un moment donné par un feu quelconque. Tout comme la survivance d’un mythe – tel que celui du Diable ou du Serpent – chez un grand nombre de peuples au cours de vastes périodes de temps, indique qu’il y a dû y avoir quelque chose, peu importe laquelle, qui donna naissance à cette idée.
Dans cette recherche, nous sommes portés par la pensée vers cette partie du monde qui est proche de la Mer Rouge, de l’Arabie et de la Perse, et nous sommes conduits très près d’endroits, actuellement submergés par les eaux, qui faisaient autrefois partie de l’ancienne Lémurie. Le nom de Mer Rouge provient peut-être du fait qu’on croyait réellement que cette Mer recouvrait l’enfer ; et son entrée inférieure, à l’île de Périm, s’appelle « Babel Mandeb », ou la « Porte de l’Enfer ». Cette Mer Rouge joue un rôle prépondérant dans les Contes des Mille et Une Nuits, et a une certaine signification. Nous devons aussi nous souvenir que l’Arabie eut, autrefois ses hommes de science, qui ont laissé l’empreinte de leur intelligence jusqu’à notre âge actuel. Beaucoup d’entre eux étaient des magiciens qui avaient appris leur art des adeptes lémuriens ou des Magiciens Noirs de cet autre pays fameux : l’Atlantide.
Nous pouvons donc conclure en toute sécurité que les Contes des Mille et Une nuits ne sont pas de pures fictions, mais qu’ils constituent la répercussion affaiblie d’un écho plus retentissant qui parvint à leurs auteurs, des temps de la Lémurie et de l’Atlantide.
Salomon y est mentionné de temps en temps et Salomon, en quelque lieu qu’il fût, a toujours été considéré comme un grand adepte. La Cabale Juive et le Talmud parlent de Salomon avec un grand respect. Son pouvoir et celui de son sceau – les triangles entrelacés – se présentent constamment parmi les autres procédés magiques auxquels on fait allusion dans ces contes. Et dans presque tous les cas où on le représente ayant affaire à de mauvais génies, il les fait disparaître dans la Mer Rouge. Or, si Salomon fut un Roi Juif de la Palestine lointaine, comment descendit-il jusqu’à la Mer Rouge, et où est-il fait mention de ses voyages ? Ces génies étaient des esprits élémentaux, et Salomon n’est simplement qu’un nom représentant cette vaste connaissance d’arts magiques que possédaient les adeptes d’une époque qui se perd dans la nuit des temps. Dans un de ces contes, un pêcheur remonte à la surface une lourde charge qui se trouve être un grand pot de fer, fermé d’un couvercle en métal sur lequel était gravé le Sceau de Salomon. Le malheureux ouvrit le pot, et aussitôt une vapeur en sortit qui se répandit d’abord sur toute la surface du ciel et se condensa ensuite en une forme monstrueuse qui s’adressa au pêcheur et lui dit que, depuis des âges, il avait été emprisonné dans ce vase par Salomon ; qu’il avait juré, qu’au bout de deux cents ans, il ferait riche l’homme qui le délivrerait ; et, qu’après cinq cent ans, il récompenserait son libérateur par le pouvoir ; mais qu’après mille ans de captivité, il tuerait celui qui le délivrerait. Il ordonna alors à l’homme de se préparer à mourir. Le pêcheur toutefois, dit qu’il doutait que le pot avait pu contenir le génie, car celui-ci lui paraissait trop grand. Pour le lui prouver, l’esprit reprit immédiatement son état vaporeux, et lentement, en un mouvement de spirale, il rentra dans le vase ; immédiatement, le pêcheur rabattit le couvercle et il allait rejeter le pot au fond de la mer, quand le lutin implora grâce et accepta de servir l’homme au lieu de le tuer ; sur quoi, il fut libéré.
Beaucoup de personnes riront de cette histoire. Mais tous ceux qui ont vu les merveilles du spiritisme, ou qui savent que de nos jours encore, il y a bon nombre de personnes aux Indes, comme aussi ailleurs, qui se servent des esprits-élémentaux pour se faire apporter instantanément des objets, etc., s’abstiendront de rire avant de réfléchir.
Remarquez que le pot où le génie était enfermé, était fait de métal, et que le sceau talismanique se trouvait sur le couvercle. Le métal l’empêchait d’établir la liaison magnétique qui aurait pu lui permettre de se sauver, et le sceau gravé sur le couvercle lui barrait la route. Sur les côtés du pot il n’y avait aucun signe. Le pouvoir qu’il possédait de se répandre sous forme d’une vaste masse vaporeuse, prouve qu’il appartenait aux élémentaux du royaume de l’air les plus puissants et les plus mauvais ; et cette malignité se montre dans le serment mesquin et ingrat qu’il avait fait de détruire le libérateur. Le fait qu’il se répandit sous forme de vapeur au lieu de bondir d’un trait hors du vase, se rapporte à son invisibilité, car nous voyons que pour pouvoir y rentrer, il fut obligé de reprendre son état vaporeux, et c’est dans cet état qu’il réintégra le pot.
Dans une autre histoire, nous voyons un jeune homme rendant visite à un élémental de la nature des Succubes qui lui permettait de temps à autre d’accomplir des merveilles. Mais l’entrée de sa retraite était invisible et ne pouvait être découverte par personne d’autre. Aux Indes, il existe des êtres assez fous pour établir une liaison magnétique avec les élémentaux de cette classe, à l’aide de procédés que nous ne détaillerons pas ici. L’élémental produira alors, à votre volonté et instantanément, tout objet qui aura été touché par l’opérateur, quelle que soit la distance à laquelle il puisse se trouver, ou aussi bien enfermé qu’il puisse être. Les conséquences de cette association hors-nature sont très préjudiciables pour le partenaire humain. Les annales du spiritisme en Amérique présentent d’autres cas de nature à peu près semblable et qui suffiront pour démontrer qu’un homme peut faire un pacte avec une intelligence ou une force en dehors de nos perceptions sensorielles.
Dans d’autres histoires, certaines personnes possèdent des pouvoirs sur les hommes et les animaux, ainsi que sur les forces de la nature. Ils changent des hommes en animaux et accomplissent d’autres prodiges. Lorsqu’ils veulent obtenir cette métamorphose, ils jettent de l’eau sur le visage du malheureux, en criant : « Quitte cette forme d’homme, et revêts la forme d’un chien. » Le terrible Maugraby est un Magicien Noir, comme on peut encore en trouver actuellement dans le Bhoutan, qui avait changé la forme de beaucoup de personnes, et l’histoire de sa destruction prouve que sa vie et son pouvoir, ainsi que sa mort, se rattachaient aux pratiques écœurantes de la Magie Noire. Quand le chiffre et le talisman furent détruits, il le fut aussi. Le Magicien Blanc n’a pas d’autre talisman que son Atman, et comme celui-ci ne peut être détruit, il est à l’abri de toute crainte.
Mais cet article est déjà trop long. Nous ne voulons pas imposer une conclusion en disant que ces contes admirables et amusants ne sont pas uniquement fictions. On y trouve beaucoup de non-sens, mais ils nous sont venus du pays même – actuellement nu et désolé – où autrefois, les hommes de la quatrième race dominaient et se mêlaient de les deux Magies.

W.Q. Judge
Cet article de W.Q. Judge fut publié pour la première fois par H.P. Blavatsky dans la revue anglaise The Theosophist d’octobre 1884, sous le titre "Are the ‘Arabian Nights’ all Fictions?"

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Les Mahatmas – un idéal et un fait

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Un visiteur arrivant d'une autre planète du système solaire, et venant à apprendre le sens du terme Mahâtma supposerait certainement que l'étymologie du mot n'a pas dû manquer d'inspirer à ceux qui croient en ces Mahâtmas la dévotion, l'intrépidité, l'espérance et l'énergie qu'un tel idéal doit susciter chez ceux qui ont à cœur le bien-être de l'humanité. Une telle supposition se vérifierait pour certains ; mais s'il devait passer en revue tous les membres de la Société Théosophique, le visiteur céleste ne manquerait pas d'être déçu lorsqu'il aurait compris clairement que nombre de ces personnes qui croient en ces grands êtres ont peur de leurs propres idéaux, hésitent à les proclamer, sont peu empressés à trouver des arguments pour expliquer les raisons de leur espérance — tout ceci à cause du monde matérialiste, méchant et moqueur, qui risquerait de rire d'une telle croyance.
Toute l'ampleur, la signification et les possibilités de l'évolution sont contenues dans le mot Mahâtma. Mahâ signifie « grand », et Atma « âme » ; les deux termes réunis en un seul mot désignent les grandes âmes qui ont triomphé avant nous, non parce qu'elles sont constituées d'une substance différente, et qu'elles appartiennent à quelque étrange famille, mais simplement parce qu'elles font partie de la race humaine. La réincarnation, le karma, la constitution septuple de l'être, la rétribution, la récompense, la lutte, l'échec, le succès, l'illumination, le pouvoir et un amour, vaste et universel, pour l'homme, tout ceci est contenu dans ce seul mot. L'âme émerge de l'inconnu, commence à œuvrer dans la matière, et avec elle, renaît mainte et mainte fois, crée du karma, développe les six véhicules pour elle-même, reçoit la rétribution du péché et la punition de l'erreur, gagne en force par la souffrance, réussit à éclore en perçant les ténèbres, s'éclaire par la véritable illumination, se saisit du pouvoir, conserve la charité, se dilate d'amour pour l'humanité orpheline, et dès lors aide chacun de ceux qui demeurent dans l'obscurité, jusqu'à ce que tous puissent être élevés là où se trouve le « Père dans les Cieux », qui est le Soi Supérieur. Tel pourrait être le discours tenu par le visiteur de la lointaine planète, et il décrirait là un grand idéal pour tous les membres d'une Société telle que la nôtre qui a reçu sa première impulsion de certains de ces mêmes Mahâtmas.
Sans entrer plus loin dans la discussion, si ce n'est pour dire simplement que l'évolution exige que de tels êtres existent, sinon il y aurait une rupture dans la chaîne (et ce point de vue est tenu même par un homme de science comme le Prof. Huxley qui, dans ses derniers essais, l'exprime presque aussi clairement que moi), cet article est destiné à ceux qui croient à l'existence des Mahâtmas, que cette foi leur soit venue d'elle-même, ou par une réflexion logique. Il s'adresse aussi à toutes les classes de croyants, car il y en a de plusieurs catégories. Certains croient sans réserve, ce qui est aussi le cas pour d'autres qui, cependant, ont peur de faire état de leur croyance ; il y en a quelques-uns qui, tout en croyant, n'arrêtent pas de penser qu'ils devraient être en mesure d'affirmer avoir vu de leurs yeux un Adepte avant de pouvoir infuser leur croyance chez les autres ; enfin, un certain nombre de gens cachent délibérément leur croyance, comme une sorte de possession personnelle les distinguant des mortels profanes qui n'ont jamais entendu parler des Adeptes, ou qui, dans le cas contraire, se moquent d'une telle notion. C'est à toutes ces personnes que je désire parler. Quant à ces infortunés qui essaient toujours de mesurer les hommes de haut rang, et les sages, à l'aune des critères habituels d'une civilisation passagère, ou qui paraissent effrayés par l'idée de vastes possibilités ouvertes à l'homme (qu'ils nient par conséquent), ils peuvent bien être laissés à leur sort, et aux mains du temps, car il est plus que probable qu'ils tomberont dans l'opinion générale quand elle se formera — ce qui sera sûrement le cas avant longtemps. En effet la croyance en des Mahâtmas — quel que soit le nom que vous donniez à l'idée — appartient en commun à l'ensemble de la race humaine, et tous les efforts de tous les tenants de la science empirique et de la religion dogmatique ne réussiront jamais à éliminer de l'âme le souvenir de son propre passé.
Nous devrions affirmer notre croyance dans les Adeptes, tout en n'exigeant de personne d'y adhérer. Il n'est pas nécessaire de donner le nom de certains de ces Adeptes, car un nom est l'invention d'une famille : peu de gens songent à eux-mêmes en évoquant leur nom, mais plutôt avec les mots « je suis moi-même ». Aussi, donner le nom de ces êtres n'apporte aucune preuve ; et chercher à connaître leurs noms mystiques c'est s'exposer à la condamnation pour profanation. L'idéal, sans précision de nom, est en soi assez vaste et élevé pour répondre à tout.
Il y a quelques années, les Adeptes ont écrit, et dit à H.P. Blavatsky ainsi qu'à plusieurs personnes, que le Mouvement en Amérique pouvait recevoir une aide comparativement plus grande du fait que leur existence n’était pas dissimulée pour des motifs liés à la peur ou au doute. Cette déclaration entraîne évidemment, a contrario, la conclusion suivante : partout où, par crainte des écoles scientifiques ou de la religion, les membres n'ont guère fait référence à la croyance dans les Mahâtmas, le pouvoir susceptible de les aider a été inhibé, pour quelque raison. C'est là le point intéressant, qui soulève la question : « le pouvoir d'aider qu'ont les Mahâtmas peut-il être inhibé par une cause quelconque ? » La réponse est : « oui ». Mais pourquoi ?
Tous les effets sur chaque plan sont produits par des forces mises en mouvement, et ne peuvent résulter de rien : ils doivent toujours découler de causes dans lesquelles ils se trouvaient contenus invisiblement. Si le canal par lequel l'eau doit couler est obstrué, l'eau n'y coulera pas ; mais si un canal dégagé lui est offert, le courant va y passer. L'aidé occulte des Maîtres nécessite un canal approprié — tout autant que toute autre forme d’aide — et le fait que les courants devant être utilisés sont occultes rend le besoin d'un tel canal encore plus grand. Les personnes sur lesquelles la force va s'exercer doivent prendre part à la préparation du canal ou de la ligne d'action de cette force, car si nous n'en voulons pas, ils ne peuvent la donner. Or, vu que nous avons affaire au mental et à la nature de l'homme, nous devons lancer les mots susceptibles d'éveiller les idées en rapport avec les forces que nous désirons voir s'exercer. Dans ce cas, ces mots sont ceux qui évoquent la doctrine de l'existence des Adeptes, Mahâtmas, et Maîtres de Sagesse. D'où la valeur attachée à la déclaration de notre croyance. Elle réveille des idées latentes chez les autres, elle ouvre un canal dans le mental, elle sert à créer les lignes conductrices pour les forces que les Mahâtmas souhaitent répandre. Bien des jeunes gens, qui n'auraient jamais espéré voir de grands hommes modernes qui professent la' science, comme Huxley, Tyndall et Darwin, ont été poussés à l'action, amenés à se prendre en charge et entraînés à rechercher la connaissance, pour avoir entendu déclarer que de tels hommes existaient effectivement — et étaient des êtres humains. Sans s'arrêter à demander si la preuve de leur existence en Europe était complète, des individus ont cherché à suivre leur exemple. N'allons-nous pas tirer profit de la même loi du mental humain, et permettre à l'immense pouvoir de la -Loge d'œuvrer avec notre assistance, plutôt que contre notre opposition, nos doutes ou nos craintes ? Ceux qui sont dévoués savent comment ils ont bénéficié d'une aide invisible qui s'est manifestée par ses résultats. Ceux qui ont peur peuvent reprendre courage car ils découvriront que leurs semblables ne sont pas- tous dénués d'une croyance latente dans les possibilités qu'évoque la doctrine de l’existence des Adeptes.
Et si nous passons en revue le travail de la Société, nous découvrons que partout où le' membres déclarent courageusement leur croyance et ne craignent pas de parler de cet idéal élevé, l'intérêt pour la Théosophie se trouve éveillé, le travail se poursuit, les gens en reçoivent le bénéfice. Au contraire, partout où l'on voit constamment le doute les demandes répétées de preuves matérielles, la crainte permanente de ce que le monde, la science ou les amis, vont penser, là le travail se meurt, le champ n'est pas cultivé, et la ville ou la cité ne reçoit aucun bénéfice des efforts de ceux qui, tout en appartenant officiellement à une fraternité universelle, ne vivent pas selon le grand idéal.
Avec une profonde sagesse, jet en véritable occultiste, Jésus a déclaré que, pour devenir son disciple, il fallait tout abandonner et le suivre. Nous devons abandonner le désir de nous sauver, et acquérir son contraire — celui de sauver les autres. Souvenons-nous de l'histoire rapportée dans les écrits anciens à propos [du frère] d'Arjuna [v. le Mahâbhârata, Livres XVII et XVIII, retraçant l'ascension au Ciel de Yudhisthira, et les tentations qu'il y subit. (N.d.T.)] : Accédant au Ciel mais constatant que son chien n'y était pas admis, tandis que certains de ses amis étaient en enfer, le héros refusa d'y rester, et déclara qu'il n'y entrerait pas tant qu'une seule créature resterait en dehors. C'est cela la véritable dévotion : associée à une intelligente déclaration de croyance dans la grande initiation de la race humaine elle a le pouvoir de produire des résultats de grande ampleur, d'évoquer les forces qui sont cachées en elle et de vaincre même l'enfer et tous ses courtisans qui tentent aujourd'hui de retarder le progrès de l'âme humaine.

Eusebio Urban (William Q. Judge)

Traduction d'un article de W.Q. Judge (sous la signature Eusebio Urban) publié en mars 1893, dans la revue The Path, sous le titre : « Mahâtmas as Ideals and Facts ». (N.d.T.)
© Textes Théosophiques – Cahier Théosophique n°156.


Élémentaux et karma

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L'Étudiant — Puis-je encore vous demander si les élémentaux sont des êtres ?
Le Sage — II est difficile de vous donner un aperçu de la constitution des élémentaux ; rigoureusement parlant ce ne sont pas des êtres puisque l'on a employé le terme élémentaux pour désigner une catégorie d'entre eux qui n'ont pas d'existence comparable à celle des mortels. Il serait préférable d'adopter les termes usités dans les livres indiens, tels que Gandharvas, Bhuts, Pisachas, Devas, etc. Beaucoup de choses connues à leur sujet ne peuvent être décrites dans le langage ordinaire.
L'Étudiant — Voulez-vous parler de leur capacité d'agir dans la quatrième dimension de l'espace ?
Le Sage — Oui, dans une certaine mesure. Par exemple, faire de multiples nœuds dans une corde tenue aux deux bouts — expérience courante dans les séances spirites. Cette opération est réalisable pour celui qui connaît plus de trois dimensions dans l'espace. Aucune personne soumise aux trois dimensions ne peut la réussir ; dans le sens que vous donnez au mot « matière » il vous est impossible de comprendre comment de tels nœuds peuvent être faits ou comment un anneau solide peut passer à travers la matière d'un autre anneau solide. Ce sont les élémentaux qui réalisent ces opérations.
L'Étudiant — Ces élémentaux appartiennent-ils tous à une seule catégorie ?
Le Sage — Non. Il y a des classes particulières à chaque plan et chaque division de plan dans la nature. Beaucoup d'entre elles ne peuvent jamais être perçues par les hommes. Celles qui appartiennent à un plan ne peuvent agir sur un autre. Rappelez-vous, pour mémoire, que ces « plans » dont il est question s'interpénètrent.
L'Étudiant — Dois-je comprendre qu'un clairvoyant ou un clairaudient a affaire, ou est influencé, par une classe spéciale ou plusieurs classes d'élémentaux ?
Le Sage — Oui. Un clairvoyant ne peut avoir que les visions appartenant en propre aux plans que son développement lui permet d'atteindre. Les élémentaux de ces plans ne lui montrent que les images appartenant a leurs seuls plans. D'autres éléments de l'idée ou de l'image peuvent être recélés dans des plans non encore accessibles au voyant. C'est pour cette raison que peu de clairvoyants connaissent la vérité dans son ensemble.
L'Étudiant — Y a-t-il quelque rapport entre le karma d'un homme et les élémentaux ?
Le Sage — Oui, il existe un rapport très important entre les deux. Le monde élémental est devenu un puissant facteur dans le karma de la race humaine.
Comme il est inconscient, automatique et sensible comme une pellicule photographique, il épouse exactement le caractère de la famille humaine. Nous pouvons postuler que, dans les tout premiers âges, alors que l'homme n'avait pas encore commencé à engendrer du mauvais karma, le monde élémental était bienveillant à son égard parce qu'il n'en avait pas encore reçu d'impressions hostiles. Mais dès que l'homme a commencé à devenir ignorant, malveillant envers lui-même et le reste de la création, le monde élémental a commencé également à se comporter comme l'humanité et à la payer de retour, pour ainsi dire, comme prix de ses actes ; de même lorsque vous harcelez un âne il se rebiffe ; de même lorsqu'on insulte ou qu'on s'irrite contre un être humain, il est enclin à répliquer de la même façon. Ainsi le monde élémental étant une force inconsciente se retourne et réagit contre l'humanité exactement comme l'humanité agit envers lui, que les actes de l'homme soient accomplis avec la connaissance ou non. Actuellement le monde élémental est donc arrivé à acquérir le caractère et l'activité qui résultent des actes, des pensées et des désirs de l'humanité depuis les tout premiers âges. Étant inconscient et n'agissant que selon les lois naturelles qui le gouvernent, le monde élémental est un facteur puissant dans l'action du Karma. Et tant que l'humanité n'entretiendra pas des sentiments de fraternité et d'amour envers toute la création, il manquera aux élémentaux l'impulsion nécessaire pour agir à notre profit Mais dès que les hommes commenceront à entretenir des sentiments de fraternité et d'amour, partout dans le monde, pour l'ensemble de la création, les élémentaux commenceront à adopter cette nouvelle condition.
L'Étudiant — Comment expliquer la production des phénomènes par les Adeptes ?
Le Sage — La production des phénomènes n'est pas possible sans l'aide des élémentaux et leur perturbation. Chaque phénomène entraîne une grande dépense de forces et une perturbation également dans le monde élémental, perturbation qui se situe au-delà de la limite naturelle de la vie humaine ordinaire. Dès que le phénomène est accompli, la perturbation provoquée commence à nécessiter une activité compensatrice. Il y a alors un mouvement de grande excitation des élémentaux qui se précipitent dans diverses directions. Ils ne peuvent pas affecter ceux qui sont protégés. Mais ils sont capables, ou plutôt il leur est possible, d'entrer dans la sphère de personnes non protégées et en particulier dans la sphère des personnes adonnées à l'étude de l'occultisme. Ils deviennent alors des facteurs de concentration de leur karma provoquant souvent des troubles, des désastres et bien d'autres difficultés qui autrement se seraient produits sur une plus longue période de temps et auraient été considérées comme les vicissitudes ordinaires de la vie. C'est ce qui explique qu'un Adepte ne produira aucun phénomène à moins qu'il n'en voit le désir exprimé dans le mental d'un autre Adepte d'un rang supérieur ou inférieur ou dans le mental d'un étudiant. Dans ce cas une relation sympathique s'établit entre eux ainsi que l'acceptation des conséquences qui en découleront. C'est aussi ce qui nous aide à comprendre pourquoi certaines personnes capables de produire des phénomènes éprouvent une répugnance singulière à le faire dans des circonstances où nous pensons que leur production serait utile. Nous comprenons également pourquoi on ne les produit jamais pour atteindre des buts égoïstes que le commun des mortels trouve parfois licites, comme de se procurer de l'argent, de déplacer des objets, d'influencer le mental d'autrui, etc.
L'Étudiant — Veuillez accepter mes remerciements pour votre enseignement.
Le Sage — Puissiez-vous atteindre le sommet de l'illumination.

W.Q. Judge
Article publié en anglais en juin 1888, dans la revue The Path.
Cahier Théosophique n°77.

L’entourage

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Pour le mental occidental, les doctrines de Karma et de Réincarnation comportent des difficultés ; bien qu'elles paraissent imaginaires à l'étudiant oriental, elles n'en sont pas moins, pour l'occidental, aussi réelles que n'importe lequel des nombreux autres obstacles rencontrés sur le chemin du salut. Toutes les difficultés sont plus ou moins imaginaires car le monde entier et ses imbroglios sont, dit-on, une illusion résultant de la notion du moi séparé. Mais tant que nous existerons ici dans la matière et aussi longtemps qu'il y aura un univers manifesté, ces illusions seront réelles pour l'homme qui ne s'est pas élevé au-dessus d'elles pour percevoir qu'elles ne sont que des masques cachant la réalité.

Pendant près de vingt siècles, les nations occidentales ont édifié la notion du moi séparé, du meum et tuum, et il leur est difficile d'accepter un système allant à rencontre de ces notions.

Au fur et à mesure qu'elles progressent dans ce qui s'appelle la civilisation matérielle, avec toutes ses tentations fascinantes et son apport de luxe, leur erreur s'aggrave car elles évaluent leur doctrine d'après les résultats qui semblent en découler, si bien qu'en fin de compte, elles poussent si loin ce qu'elles appellent le règne de la loi, que celui-ci devient un règne de terreur. Tout devoir envers le prochain en est pratiquement exclu, bien que les belles doctrines de Jésus soient prêchées quotidiennement par des prédicateurs payés pour les prêcher et non pour les faire mettre en pratique et qui ne peuvent pas insister sur la pratique qui devrait suivre logiquement la théorie car ils perdraient ainsi leur position et leur gagne-pain.

Aussi, lorsque dans une telle nation un homme sort des rangs et appelle à l'aide pour retrouver le sentier perdu, inconsciemment il est profondément affecté par sa propre éducation et aussi par celle qu'a subie sa nation depuis des siècles. Il a hérité de tendances qui sont difficiles à dominer. Il combat des fantasmes réels pour lui, mais qui sont de simples rêves pour l'étudiant éduqué sous d'autres influences.

Donc, quand on lui dit qu'il doit s'élever au-dessus du corps pour le vaincre, subjuguer ses passions, sa vanité, sa colère et son ambition, il demande « qu'arrivera-t-il, si entraîné par l'entourage dans lequel je suis né sans le vouloir, je succombe ? ». Puis, si on lui dit qu'il doit vaincre ou mourir dans le combat, il répondra peut-être que la doctrine de Karma est froide et cruelle parce qu'elle le rend responsable de conséquences qui semblent être le résultat de cet entourage qu'il n'a pas souhaité. C'est donc pour lui une question de savoir s'il combattra et mourra, ou s'il se laissera porter par le courant, insouciant quant aux résultats, mais heureux s'il parvient par hasard dans des eaux tranquilles jusqu'aux rives élyséennes.

Ou bien s'agit-il d'un étudiant de l'occultisme dont l'ambition a été enflammée par la perspective de l'adeptat, des pouvoirs sur la nature, ou que sais-je encore !
Dès le début du combat, il se trouve assailli de difficultés qui, il en est convaincu, sont uniquement dues à son entourage. Dans son cœur il se dit que Karma l'a traité durement en l'obligeant à travailler constamment pour gagner sa vie et celle de sa famille, ou bien il s'est lié pour la vie à une compagne dont l'attitude est telle qu'il serait sûr de pouvoir progresser s'il était loin d'elle ; si bien qu'en fin de compte, il fait appel au ciel pour qu'il intervienne en sa faveur et change cet entourage si hostile à son perfectionnement.

Cet homme se trompe plus encore que le premier. Il a supposé à tort qu'il devait haïr et rejeter son entourage. Sans se l'avouer ouvertement, il nourrit, dans les replis cachés de son cœur, l'idée que semblable au Bouddha, il pourrait, en une vie, triompher de toutes les forces, de tous les pouvoirs implacables qui barrent la voie vers le Nirvana. Il faut se souvenir que le Bouddha ne paraît pas sur terre tous les jours, mais qu'il est l'efflorescence des âges, se manifeste à un endroit donné et dans un certain corps quand les temps sont mûrs, non pour travailler à son propre avancement, mais pour le salut du monde.

Que dire alors de l'entourage et de son pouvoir sur nous ?
L'entourage est-il Karma ou est-il la Réincarnation ? Karma, c'est LA LOI, la réincarnation n'est qu'un incident. C'est l'un des moyens qu'emploie la Loi pour nous conduire finalement à la vraie lumière. La roue des renaissances est tournée mainte et mainte fois par nous, par obéissance à cette Loi, afin de nous rendre finalement entièrement confiants en Karma. Notre entourage n'est pas Karma en lui-même car Karma est le pouvoir subtil qui agit dans cet entourage.

Rien n'existe que le SOI, pour employer le mot dans le sens où Max Müller en fait usage, désignant par-là l'Ame Suprême, et ce qui l'entoure. Les Aryens emploient pour désigner celui-ci, le mot Kosams ou enveloppes. De telle sorte qu'il n'y a que ce Soi et les diverses enveloppes dont il se revêt, à commencer par la plus subtile pour finir par le corps, tandis qu'à l'extérieur de cela, se trouve, commun à l'ensemble, ce qu'on appelle généralement l'entourage alors qu'en réalité ce mot devrait inclure tout ce qui n'est pas le Soi.

Combien il est peu philosophique alors de se débattre contre notre entourage et de souhaiter s'en échapper ! Nous échappons à un genre d'entourage pour retomber immédiatement dans un autre. Et en supposant même que nous soyons admis dans la compagnie des plus sages dévôts, nous transporterions encore notre entourage du Soi dans nos propres corps et celui-ci sera notre ennemi aussi longtemps que nous ne connaîtrons pas ce qu'il est dans ses moindres détails. Pour en revenir à la personnalité en question, il est évident que ce fragment de l'entourage comprenant les circonstances de la vie et le milieu personnel, n'est qu'un incident et que l'entourage réel que nous devons comprendre et considérer est celui dans lequel Karma lui-même réside en nous.

Nous voyons donc que c'est une erreur de dire, comme souvent nous l'entendons, « si seulement il avait plus de chance, si son entourage était plus favorable, il agirait mieux » puisque, en réalité, il ne pourrait se trouver en aucune autre circonstance à ce moment-là ; le serait-il que ce ne serait pas à proprement parler lui mais quelqu'un d'autre. Il doit être nécessaire pour lui de passer par ces épreuves-là et ces difficultés pour perfectionner le Soi ; et c'est parce que nous ne percevons qu'une partie infinitésimale de l'ensemble, qu'une apparente confusion ou une difficulté surgit. Nos efforts devraient donc viser, non à échapper à quoi que ce soit, mais à comprendre que ces Kosams ou enveloppes sont un fragment intégral de nous-mêmes que nous devons parfaitement comprendre avant de pouvoir changer l'entourage pour lequel nous ressentons de l'aversion. On y arrive en reconnaissant l'unité de l'esprit, en comprenant que tout, le bien comme le mal, est le Suprême. Nous nous harmonisons alors avec l'Ame Suprême, avec l'univers tout entier, et aucun entourage ne peut plus nous être nuisible.

Le pas initial consiste à s'élever au-dessus du seul entourage extérieur trompeur, sachant pertinemment qu'il est le résultat des vies passées, le fruit du Karma engendré, et à dire avec Uddalaka parlant à son fils :

« Tout cet Univers a la Déité comme vie,
Cette Déité est la vérité.
C'est l'äme Universelle.

Tu es Cela, Ô Svetaketu ! »

Article de W. Q. Judge.

Publié dans la revue The Path de février 1887, sous le pseudonyme « Hadjii Erinn ».
Cahier Théosophique n°100.