Vendredi 15 Novembre 2019

Mis à jour le Ven. 15 Nov. 2019 à 17:25

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Le Souvenir des Expériences de l’Ego

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Beaucoup trouvent étrange que nous ne nous souvenions pas des expériences traversées par le Soi Supérieur dans le sommeil. Mais tant que nous nous contenterons de nous demander : « Pourquoi le soi inférieur ne se rappelle-t-il pas ces expériences ? », nous n’obtiendrons pas de réponse. La question comporte une contradiction, car le soi inférieur n’ayant jamais éprouvé les expériences qu’on voudrait qu’il se rappelle, ne peut, d’aucune façon, s’en souvenir.

Quand le sommeil nous gagne, le moteur et la machine de la personnalité inférieure sont arrêtés et ne peuvent plus accomplir que ce que nous pouvons appeler des actes automatiques. Le cerveau est inactif, et par conséquent, il n’existe plus de conscience pour lui, jusqu’au moment du réveil. L’Ego débarrassé des chaînes physiques, libéré de la dure tâche quotidienne qu’il accomplit en vivant et travaillant dans les organes physiques qu’il utilise, se met en devoir de jouir des expériences que lui offre ce plan d’existence, plus particulièrement sien. Sur ce plan, l’Ego fait usage d’une méthode et de procédés de pensée qui lui sont propres, et il perçoit les idées qui s’y rapportent, par l’intermédiaire d’organes différents des organes corporels. Tout ce qu’il voit et entend (s’il nous est permis d’employer ces termes) apparaît renversé, si on l’envisage de notre plan. La langue qu’il emploie, pourrait-on dire, est une langue étrangère, et différente du langage intérieur que nous employons à l’état de veille. Aussi, en reprenant son existence dans le corps, tout ce que l’Ego voudrait exprimer à son compagnon subalterne doit être dit en langue étrangère, que le corps ne peut qu’imparfaitement comprendre. Nous entendons les mots, mais n’en saisissons le sens qu’à de rares intervalles, et par éclairs soudains. C’est à peu près comme une personne qui connaît quelques mots d’une langue étrangère et qui, se trouvant dans une ville où cette langue est parlée, ne peut saisir que quelques termes connus parmi les innombrables phrases et mots dont elle n’arrive pas à comprendre le sens.

Ce que nous avons à faire donc, c’est apprendre la langue de l’Ego, de telle sorte que nous puissions traduire correctement dans notre conscience de veille, ce qu’il a à nous dire. Car, le langage du plan sur lequel l’Ego vit chaque nuit, est inconnu du cerveau que nous employons, et doit donc être traduit pour l’usage de ce dernier. Si l’interprétation est incorrecte, l’homme inférieur n’aura jamais qu’une idée incomplète des expériences de l’Ego.

Mais alors, pourrait-on se demander, existe-t-il vraiment un langage de l’Ego, avec des sons spéciaux et des signes correspondants ? Evidemment non ; car, s’il en était ainsi, les étudiants sincères qui, depuis d’innombrables années, étudient eux-mêmes la question, en auraient dressé un tableau. Il ne s’agit pas d’un langage au sens ordinaire du mot, mais plutôt d’une communication d’idées, et d’une relation d’expériences, au moyen d’images. Ainsi, pour l’Ego, un son peut être représentée par une couleur ou une figure géométrique et une odeur par une ligne vibratoire ; un événement historique apparaîtra non seulement comme une image, mais aussi sous forme d’ombre et de lumière, ou encore d’une odeur écœurante ou d’un parfum suave ; le vaste monde minéral ne révélera pas seulement ses plans, ses angles et ses couleurs, mais aussi ses vibrations et ses clartés. D’autre part, l’Ego peut, dans un but qui lui est propre, réduire ses perceptions de grandeur et de distance, de telle sorte qu’il jouit momentanément de la capacité mentale d’une fourmi, et rapporte à la conscience fonctionnant dans ses organes corporels, le souvenir d’un abîme, alors qu’il s’agit d’un trou minuscule ; d’une forêt gigantesque, au lieu d’une herbe des champs. Ce ne sont là que quelques exemples destinés à illustrer l’enseignement, et ils ne doivent pas être considérés comme des descriptions concises et scrupuleusement exactes.

Au réveil, il nous devient quasi impossible de traduire correctement les expériences de l’Ego, par suite de la tendance antagoniste de notre vie quotidienne, de notre langage et de nos pensées. Le seul moyen de profiter pleinement de ces expériences, consiste à nous rendre perméables, pourrait-on dire, aux influences du Soi Supérieur et à vivre et penser de façon à réaliser le but de l’âme.

Ceci nous mène infailliblement à la vertu et à la connaissance, car ce sont les vices et les passions qui obscurcissent constamment la compréhension de ce que l’Ego essaye de nous transmettre. Telle est la raison pour laquelle les sages enseignent la vertu. N’est-il pas évident que si les êtres vicieux pouvaient traduire le langage de l’Ego, il y a longtemps qu’ils l’auraient fait ; et ne savons-nous pas tous que c’est uniquement parmi les hommes vertueux que se rencontrent les Sages ?

Eusebio Urban (W.Q. Judge).

Cet article fut écrit par Mr. Judge et publié pour la première fois dans la revue américaine The Path de Juin 1890, sous le pseudonyme de « Eusebio Urban ».