Dimanche 15 Septembre 2019

Mis à jour le Dim. 15 Sep. 2019 à 18:27

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Les « Contes des mille et une nuits » sont-ils pure fiction ?

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Depuis de nombreuses années, on a pris l’habitude de considérer cette série d’histoires intéressantes appelées les Contes des Mille et Une Nuits, comme une pure fiction jaillie de cerveaux orientaux, à une époque où chaque roi avait son conteur pour l’amuser ou l’endormir. Mais plus d’un homme qui, dans son cœur, avait cru aux contes de fées et de revenants entendus dans son enfance, a senti ses imaginations du jeune âge revivre en parcourant ces histoires de prodiges et de magie. D’autres, toutefois, en ont ri comme de simples fables, et le monde scientifique tout entier s’est borné à observer un silence méprisant.
La question que doivent résoudre les hommes de science est la suivante : « Comment de telles idées ont-elles pu prendre naissance ? » Si nous les prenons dans leur ensemble, on doit admettre qu’une aussi grande quantité de fumée a dû être produite à un moment donné par un feu quelconque. Tout comme la survivance d’un mythe – tel que celui du Diable ou du Serpent – chez un grand nombre de peuples au cours de vastes périodes de temps, indique qu’il y a dû y avoir quelque chose, peu importe laquelle, qui donna naissance à cette idée.
Dans cette recherche, nous sommes portés par la pensée vers cette partie du monde qui est proche de la Mer Rouge, de l’Arabie et de la Perse, et nous sommes conduits très près d’endroits, actuellement submergés par les eaux, qui faisaient autrefois partie de l’ancienne Lémurie. Le nom de Mer Rouge provient peut-être du fait qu’on croyait réellement que cette Mer recouvrait l’enfer ; et son entrée inférieure, à l’île de Périm, s’appelle « Babel Mandeb », ou la « Porte de l’Enfer ». Cette Mer Rouge joue un rôle prépondérant dans les Contes des Mille et Une Nuits, et a une certaine signification. Nous devons aussi nous souvenir que l’Arabie eut, autrefois ses hommes de science, qui ont laissé l’empreinte de leur intelligence jusqu’à notre âge actuel. Beaucoup d’entre eux étaient des magiciens qui avaient appris leur art des adeptes lémuriens ou des Magiciens Noirs de cet autre pays fameux : l’Atlantide.
Nous pouvons donc conclure en toute sécurité que les Contes des Mille et Une nuits ne sont pas de pures fictions, mais qu’ils constituent la répercussion affaiblie d’un écho plus retentissant qui parvint à leurs auteurs, des temps de la Lémurie et de l’Atlantide.
Salomon y est mentionné de temps en temps et Salomon, en quelque lieu qu’il fût, a toujours été considéré comme un grand adepte. La Cabale Juive et le Talmud parlent de Salomon avec un grand respect. Son pouvoir et celui de son sceau – les triangles entrelacés – se présentent constamment parmi les autres procédés magiques auxquels on fait allusion dans ces contes. Et dans presque tous les cas où on le représente ayant affaire à de mauvais génies, il les fait disparaître dans la Mer Rouge. Or, si Salomon fut un Roi Juif de la Palestine lointaine, comment descendit-il jusqu’à la Mer Rouge, et où est-il fait mention de ses voyages ? Ces génies étaient des esprits élémentaux, et Salomon n’est simplement qu’un nom représentant cette vaste connaissance d’arts magiques que possédaient les adeptes d’une époque qui se perd dans la nuit des temps. Dans un de ces contes, un pêcheur remonte à la surface une lourde charge qui se trouve être un grand pot de fer, fermé d’un couvercle en métal sur lequel était gravé le Sceau de Salomon. Le malheureux ouvrit le pot, et aussitôt une vapeur en sortit qui se répandit d’abord sur toute la surface du ciel et se condensa ensuite en une forme monstrueuse qui s’adressa au pêcheur et lui dit que, depuis des âges, il avait été emprisonné dans ce vase par Salomon ; qu’il avait juré, qu’au bout de deux cents ans, il ferait riche l’homme qui le délivrerait ; et, qu’après cinq cent ans, il récompenserait son libérateur par le pouvoir ; mais qu’après mille ans de captivité, il tuerait celui qui le délivrerait. Il ordonna alors à l’homme de se préparer à mourir. Le pêcheur toutefois, dit qu’il doutait que le pot avait pu contenir le génie, car celui-ci lui paraissait trop grand. Pour le lui prouver, l’esprit reprit immédiatement son état vaporeux, et lentement, en un mouvement de spirale, il rentra dans le vase ; immédiatement, le pêcheur rabattit le couvercle et il allait rejeter le pot au fond de la mer, quand le lutin implora grâce et accepta de servir l’homme au lieu de le tuer ; sur quoi, il fut libéré.
Beaucoup de personnes riront de cette histoire. Mais tous ceux qui ont vu les merveilles du spiritisme, ou qui savent que de nos jours encore, il y a bon nombre de personnes aux Indes, comme aussi ailleurs, qui se servent des esprits-élémentaux pour se faire apporter instantanément des objets, etc., s’abstiendront de rire avant de réfléchir.
Remarquez que le pot où le génie était enfermé, était fait de métal, et que le sceau talismanique se trouvait sur le couvercle. Le métal l’empêchait d’établir la liaison magnétique qui aurait pu lui permettre de se sauver, et le sceau gravé sur le couvercle lui barrait la route. Sur les côtés du pot il n’y avait aucun signe. Le pouvoir qu’il possédait de se répandre sous forme d’une vaste masse vaporeuse, prouve qu’il appartenait aux élémentaux du royaume de l’air les plus puissants et les plus mauvais ; et cette malignité se montre dans le serment mesquin et ingrat qu’il avait fait de détruire le libérateur. Le fait qu’il se répandit sous forme de vapeur au lieu de bondir d’un trait hors du vase, se rapporte à son invisibilité, car nous voyons que pour pouvoir y rentrer, il fut obligé de reprendre son état vaporeux, et c’est dans cet état qu’il réintégra le pot.
Dans une autre histoire, nous voyons un jeune homme rendant visite à un élémental de la nature des Succubes qui lui permettait de temps à autre d’accomplir des merveilles. Mais l’entrée de sa retraite était invisible et ne pouvait être découverte par personne d’autre. Aux Indes, il existe des êtres assez fous pour établir une liaison magnétique avec les élémentaux de cette classe, à l’aide de procédés que nous ne détaillerons pas ici. L’élémental produira alors, à votre volonté et instantanément, tout objet qui aura été touché par l’opérateur, quelle que soit la distance à laquelle il puisse se trouver, ou aussi bien enfermé qu’il puisse être. Les conséquences de cette association hors-nature sont très préjudiciables pour le partenaire humain. Les annales du spiritisme en Amérique présentent d’autres cas de nature à peu près semblable et qui suffiront pour démontrer qu’un homme peut faire un pacte avec une intelligence ou une force en dehors de nos perceptions sensorielles.
Dans d’autres histoires, certaines personnes possèdent des pouvoirs sur les hommes et les animaux, ainsi que sur les forces de la nature. Ils changent des hommes en animaux et accomplissent d’autres prodiges. Lorsqu’ils veulent obtenir cette métamorphose, ils jettent de l’eau sur le visage du malheureux, en criant : « Quitte cette forme d’homme, et revêts la forme d’un chien. » Le terrible Maugraby est un Magicien Noir, comme on peut encore en trouver actuellement dans le Bhoutan, qui avait changé la forme de beaucoup de personnes, et l’histoire de sa destruction prouve que sa vie et son pouvoir, ainsi que sa mort, se rattachaient aux pratiques écœurantes de la Magie Noire. Quand le chiffre et le talisman furent détruits, il le fut aussi. Le Magicien Blanc n’a pas d’autre talisman que son Atman, et comme celui-ci ne peut être détruit, il est à l’abri de toute crainte.
Mais cet article est déjà trop long. Nous ne voulons pas imposer une conclusion en disant que ces contes admirables et amusants ne sont pas uniquement fictions. On y trouve beaucoup de non-sens, mais ils nous sont venus du pays même – actuellement nu et désolé – où autrefois, les hommes de la quatrième race dominaient et se mêlaient de les deux Magies.

W.Q. Judge
Cet article de W.Q. Judge fut publié pour la première fois par H.P. Blavatsky dans la revue anglaise The Theosophist d’octobre 1884, sous le titre "Are the ‘Arabian Nights’ all Fictions?"

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