Vendredi 19 Octobre 2018

Mis à jour le Ven. 19 Oct. 2018 à 09:37

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Le mesmérisme et le Soi supérieur

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Dans un livre publié récemment à Londres par A.P. Sinnett, sur L'explication rationnelle du mesmérisme, j'ai lu certaines déclarations surprenantes sur la relation entre le soi supérieur et le mesmérisme. L'auteur assure que c'est le soi supérieur qui agit dans le cas des sujets mesmérisés qui mani¬festent de la clairvoyance, de la clairaudience, et d'autres phénomènes semblables, d'ordre supérieur. Autrement dit, les opinions exposées se ramènent à la doctrine suivante : le pouvoir physique grossier du mesmérisme est capable d'agir sur le pur esprit qu'est le Soi Supérieur, et de l'affecter. Cette idée paraît tout à fait contraire à tout ce que nous avons lu dans la littérature théosophique sur la philosophie de l'homme et sa nature complexe. Car s'il y a une chose qu'on y trouve clairement établie, c'est que le soi supérieur ne peut pas être affecté de cette manière. Il est une partie de l'esprit suprême et, comme tel, ne peut être soumis au bon plaisir d’un mesmériseur.

C'est un fait bien connu que plus l'opérateur est grossier et physique, plus forte est son influence et plus il trouve facile de plonger son sujet dans l'état de transe. Il est rare qu'on rencontre des êtres très délicats, nerveux, ou hautement spiritualisés capables de dominer les sens d'un autre par ces moyens. En effet, si nous parvenons ainsi à spiritualiser notre corps, les moyens par lesquels nous pouvons affecter les autres et leur faire faire ce que nous désirons appartiennent à un plan de matière plus subtil que celui dont s'occupe le mesmérisme, et les instruments particuliers utilisés sont d'un ordre qui n’a pas à être décrit dans ces pages puisqu'ils sont secrets dans leur nature et ne doivent pas être révélés trop tôt. Ils peuvent être découverts par ceux qui cherchent dans la bonne direction, et bien des suggestions ont été données à leur sujet au cours de la dernière décennie, mais la discrétion doit être observée. Et même ces moyens, si fins et si subtils qu'ils soient, n'agissent pas sur le soi supérieur mais sur exactement les mêmes parties de notre nature intérieure que celles qui sont atteintes par le mesmérisme ordinaire. Non seulement l'ensemble de notre philosophie soutient l'affirmation que l'on ne peut pas agir sur le soi supérieur, mais nous avons aussi l'éminent auteur, H.P. Blavatsky, qui dit que l'esprit humain — et il s'agit du soi supérieur — ne peut être influencé par aucun homme.

La force mesmérique est purement matérielle, quoique d’une sorte de matérialité plus subtile que le gaz. Elle est secrétée par le corps physique en conjonction avec l'homme astral intérieur, et ne possède en elle aucune parcelle de spiritualité en dehors du fait que l'esprit est immanent dans l'univers entier. Et quand elle est amenée à agir sur le sujet, qu'il soit consentant ou non, la partie de la nature de ce dernier qui est éveillée — ou plutôt séparée du reste — est l'homme astral.

Probablement, la raison pour laquelle M. Sinnett, et d'autres auteurs, font l'erreur de confondre cet homme astral avec le soi supérieur est que les déclarations faites par l'individu en transe semblent dépasser de beaucoup les limites de la conscience de veille ordinaire. Mais ceci ne fait qu'élargir l'horizon possible de la conscience et ne prouve pas que nous recevions directement un message de l'esprit. Les vastes pouvoirs de la mémoire sont bien connus et, si nous ajoutons à l'estimation habituelle qui est faite de ces pouvoirs, la connaissance des anciennes écoles ésotériques, nous sommes amenés à com¬prendre que la mise à jour des souvenirs subconscients est capable de fournir beaucoup d'informations qu'un spirite serait susceptible d'attribuer à un habitant du Summerland. Rappelons ici le cas célèbre de la servante ignorante d'un pasteur: son maître avait l'habitude d'aller et venir, en répétant à haute voix, à portée de son oreille, des vers latins et grecs et, comme nous le savons, lorsqu'elle tomba malade, avec un accès de fièvre, elle se mit à répéter constamment ces vers latins et grecs, mais c'était là un acte de la mémoire sous-jacente qui avait tout saisi et enregistré, bien que la servante dans son état de santé normal fût trop inculte pour dire un seul mot dans l'une ou l'autre de ces langues. On peut multiplier à l'infini de tels exemples dans tout ce qui a été rapporté des clairvoyants de tous genres et toutes conditions. Lorsque l'obstacle à l'action de la mémoire subconsciente se trouve écarté, que ce soit par l'effet de la maladie, d'un entraînement, de pra¬tiques appropriées, ou d'un changement naturel du corps, toutes les impressions qui étaient restées non perçues jusqu'alors viennent à la surface.

La clairvoyance et les phénomènes similaires s'expliquent par la connaissance de l'homme intérieur et, par conséquent, c'est faire une erreur et dégrader une grande idée que de dire que le soi supérieur y est impliqué. Car l'homme astral intérieur possède les véritables organes qui fonctionnent partiellement en rapport avec l'homme que nous connaissons. C'est là que se trouvent l'œil et l'oreille véritables. Voici donc ce qui se produit au cours de la transe mesmérique : l'œil et l'oreille externes sont paralysés pendant ce temps et le cerveau, dans son fonctionnement, est amené à rapporter ce qui est vu et entendu par les sens intérieurs.

Ceux-ci, c'est bien connu, ne sont pas limités par le temps ou l'espace et offrent ainsi à l'opérateur des choses qui paraissent vraiment merveilleuses lorsqu'on les considère du point de vue habituel d'observation.

Et, en même temps, il est bien connu de ceux qui ont expérimenté en suivant strictement les directives établies par les maîtres de l'occultisme que la vue, l'ouïe et l'idéation du sujet mesmérisé sont détournées de leurs voies normales et altérées par les opinions et les pensées de l'opérateur. Et ceci est spécialement le cas des sujets très sensibles qui sont entrés dans l'état prétendu lucide. Ils se trouvent alors dans un domaine dont ils connaissent peu de chose et généralement, à l'opérateur qui les a mis dans cet état et les interroge sur des sujets tels que la constitution intél1ieure de l'homme et de la nature, ils donnent des réponses qui sont des copies enjolivées de ce que l'opérateur lui-même a pensé sur le même sujet, s'il y a pensé de façon précise. D'après la teneur de certains passages du livre que j'ai mentionné, il semble clair que les idées relatives au soi supérieur qui y sont exprimées proviennent de sensitifs qui n'ont fait, en réalité, que développer et confirmer les vues exprimées par l'auteur de cet ouvrage il y a quelques années dans les Transactions of the London Lodge sur le sujet du soi supérieur, comme on peut s'en assurer en lisant ces documents. Un sujet qui est simplement sensible à l'influence mesmérique, aussi avancé soit-il par rapport aux autres sensitifs, n'est en aucune façon un voyant entraîné mais, selon l'opinion des écoles ésotériques, un sujet sans entraînement, car, dans ce domaine, entraînement signifie une connaissance complète de 1a part du voyant de toutes les forces à l'œuvre et de tous les plans auxquels sa conscience parvient à accéder. Par conséquent, celui qui pénètre dans cet état uniquement par la force du fluide mesmérique est un promeneur totalement incapable de guider quiconque. Il en va différemment dans le cas du voyant préalablement entraîné qui utilise le fluide mesmérique d'un autre simplement comme une aidé pour passer dans cet état. Et peut affirmer en toute confiance qu'il n'existe pas encore de voyants ainsi entraînés dans le monde occidental. Par conséquent, aucun opérateur ne peut bénéficier des services de tels voyants, mais tous les investigateurs en sont réduits à se fier aux dires de leurs sujets en état de transe, hommes ou femmes — surtout des femmes — qui n'ont jamais subi les longs préliminaires de l'entraînement et de la discipline (non seulement sur le plan physique mais aussi sur le plan mental), qui sont les premières conditions absolument indispensables pour une vision correcte à l'aide des yeux intérieurs. Evidemment, j'excepte de ceci le pouvoir de voir des faits et des choses qui ont lieu près ou loin: on ne fait alors qu'employer la vue et l'ouïe intérieures ; ce n'est pas l'utilisation de l'entendement intérieur. Mais j'aimerais en dire un peu plus sur cette question une prochaine fois.

William Brehon (W.Q. Judge).
Traduction de « Mesmerism and the Higher Self », article écrit par W.Q. Judge et publié dans le Path de mai 1892.