Dimanche 20 Janvier 2019

Mis à jour le Dim. 20 Jan. 2019 à 18:38

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Hypnotisme et Théosophie

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L'hypnotisme est-il compris ? Quelle est l'attitude de la Société Théosophique à l'égard de l'hypnotisme ?
Certains pensent que magnétisme et hypnotisme sont identiques ; en effet, bien des personnes ont dit que cette nouvelle force, ou ce nouveau pouvoir, n'est rien d'autre que la vieille pratique de Mesmer remise à l'honneur dans notre siècle après de longues années de mépris, et affublée d'un nouveau nom ce qui permettra aux docteurs en médecine de s'en emparer. Cela n'est cependant pas entièrement exact. On peut bien attribuer au Dr Charcot de Paris et à ses émules le crédit d'avoir fait revivre l'hypnotisme ; car, c'est à la suite de leurs recherches qu'il a été accepté par le corps médical. J'ai vu les éminents médecins de la côte atlantique des Etats-Unis changer d'opinion à ce sujet en l'espace de vingt-cinq ans. Le Dr Hammond et d'autres se moquaient de la crédulité de ceux qui acceptaient l'idée que les phénomènes, maintenant si bien connus des hypnotiseurs, aient jamais pu se produire. Aujourd'hui, ils écrivent des articles admettant les faits qu'ils niaient jadis.

Il y a bien des années, un chirurgien de l'armée britannique, le Dr Esdaile, dirigeait un hôpital en Inde, où il fit de nombreuses opérations difficiles en se servant du magnétisme comme moyen d'anesthésie et il montra même à des assistants indigènes comment s’en servir, à sa place, sur des patients. Son livre, paru il y a longtemps, décrit tous les faits. Il existe dans tous les pays quantité de témoignages sur la réalité des états et des pouvoirs mesmériques et hypnotiques.

La grande question qui fut soulevée une fois que les preuves sur l'hypnotisme furent apportées, fut très différente de celles qui avaient été posées auparavant. Sitôt que le processus fut décrit et admis, les expériences allèrent bon train et le grand sujet de la « suggestion » fut mis à jour. On découvrit qu’on pouvait faire faire à la personne hypnotisée bien des choses étranges, une fois sortie de l'état hypnotique, pourvu qu'on lui en ait fait la suggestion quand elle était dans cet état. On disait au sujet d'assassiner le Dr A ou B ; de voler un portefeuille. Puis on le faisait sortir de l'état hypnotique, et, au moment fixé, il prenait l'arme suggérée — un coupe-papier, ou un objet inoffensif — et exécutait toutes les actions prescrites ou volait effectivement l'objet qu'on lui avait dit de voler. Si ce pouvoir pouvait ainsi être utilisé par un docteur au cours d'une expérience, on en déduisit qu'un véritable meurtre pourrait être imaginé et exécuté en se servant d'une personne hypnotisée. Ce pouvoir était donc dangereux. Un crime pouvait donc être commis en toute impunité pour le vrai coupable. Le Dr Charcot confia à une importante revue de New York un article dans lequel il admettait les possibilités de suggestion aux patients, mais niait qu'il y eût un danger de crime à la suite d'une suggestion. Cependant, il dit également qu'il devrait exister des lois contre toute pratique de l'hypnotisme sans discernement. La plupart des membres de la Société Théoso¬phique approuvent pleinement cette dernière conclusion, mais ils pensent aussi qu'il y a et qu'il y aura danger de crime par suggestion faite à des sujets sous hypnose, non dans le présent immédiat, mais dans l'avenir.

Ceci provient du fait que le corps médical ne comprend pas l'hypnotisme et ne mesure pas ses dangers, et qu'il reconnaît encore moins que le public puisse avoir une connaissance correcte sur le sujet.

Les meilleurs d'entre les hypnotiseurs savent très bien qu'il y a des moments où le sujet hypnotisé échappe à leur influence, et demeure dans l'état hypnotique en subissant une influence qui est inconnue de l'opérateur et dont le sujet n'a pas une conscience distincte. Voilà l'un des dangers — le danger de l'ignorance et de la cécité d'un guide prétendant conduire un autre aveugle. Des auteurs comme Brandt, Binet et d'autres, ne sont que des statisticiens. Ils présentent simplement des faits et des méthodes, mais sont tous également dans l'obscurité pour ce qui est des causes et des possibilités. De même, les opérateurs les plus connus savent aussi, comme l'a dit le Dr Charcot, qu'il existe un danger de voir se développer l'hystérie, là où elle ne s'était jamais manifestée, ainsi que tout un ensemble d'au¬tres maux. C'est la raison pour laquelle il demande la suppression de toute pratique hypnotique faite sans discernement. Mais le véritable point noir de l'hypnotisme — qui est bien connu des étudiants théosophes — est le suivant : à mesure que la force et le pouvoir de l'hypnotisme seront mieux connus, on constatera que, quelle que soit l'influence en jeu, le processus qui a lieu au cours de l'hypnose est la contraction des cellules du corps et du cerveau, de la périphérie vers le centre. Ce processus est réellement un phénomène de l'état de mort, et il est à l'opposé de l'effet mesmérique. Ce point n'est pas connu du corps médical, et a peu de chances de l'être étant donnée la façon dont celui-ci procède actuellement, parce que les examens post-mortem ne révèlent jamais l'action d'une cellule vivante. Le magnétisme par influence humaine part de l'intérieur et progresse vers la surface externe, manifestant ainsi un phénomène de vie à l'opposé même de l'hypnotisme. Et l'utilisation du magnétisme ne soulève pas d'objection, cependant, sa pratique devrait se limiter à des membres compétents du corps médical. Par contre, les membres de la Société Théosophique les plus sérieux et les plus prudents se déclarent contre l'emploi de l'hypnotisme. Pour toutes ses applications comme moyen d'anesthésie, il peut être remplacé par le mesmérisme, sans qu'il en résulte de mauvais effets. Le Dr Esdaile l'a abondamment démontré. Des lois devraient être édictées afin que soit considéré comme un délit le fait de tenir une séance hypnotique publique ou privée. Ces, lois devraient également viser jusqu'aux médecins qui, sous prétexte de science, mettent leurs sujets dans des positions ridicules et indignes. De telles pratiques ne sont pas nécessaires et vont délibérément à l'encontre de la volonté et du jugement du sujet éveillé. Elles ne font que mettre en valeur le pouvoir de l'opérateur et ne donnent pas plus de connaissance que celle que l'on pourrait trouver autrement.

Mais, même dans les cas remarquables décrits par Binet et d'autres en France, les lois qui gouvernent la constitution intérieure de l'homme, et qui sont a l'œuvre particulièrement dans l'hypnotisme à partir d'un certain point, ne sont pas reconnues par les savants auteurs. Certains donnent seulement des faits — des faits de toute sorte sur l'étrange récurrence de certains états — et d'autres, comme le Dr James, chez nous, avancent qu’il y a un soi caché qui joue ces tours bizarres à l'aide de la forme mortelle. Les Théosophes savent que les extraordinaires altérations du mental ou du pouvoir mental, l'étrange « récurrence de certains états » et la division ou séparation apparemment très marquée de l'intelligence chez le même sujet humain s'expliquent toutes par l'ancienne méthode orientale qui réduit les pouvoirs intérieurs de l'homme à sept classes, dans chacune desquelles le soi caché — l'Ego — peut agir, et agit en fait, indépendamment, le corps physique n'étant qu'un instrument grossier ou champ d'action de l'homme réel.

Une telle théorie fait une division dans l'homme en sept plans d'action, dans lesquels l'Ego, ou le soi caché, peut manifester une conscience opérant d'une manière particulièrement appropriée à ce plan, et participant également de la conscience et de l'expérience des plans supérieurs au plan considéré — mais non des plans inférieurs. Et chacune de ces couches, chacun de ces champs de la conscience se trouve de plus divisé en d'autres champs secondaires, et, sur chacun d'eux, il peut y avoir une expérience ou action séparée, ou bien tous peuvent être combinés.

Si on examine les cas relevés par le Dr James, on note que la particularité observée est que lorsque la personne agit en tant que numéro 1, elle n'a aucun souvenir d'un état appelé numéro 2. Aucune expli-cation de ce phénomène n'a été proposée ; le fait a été simplement noté : il s'explique par la localisation de la conscience de l'Ego dans l'un ou l'autre des sous-champs d'action de la première classe de la grande série des sept.

Le fait de ne pas se souvenir en passant d'un état à l'autre tient à ce que l'Ego est poussé de force dans ce champ particulier et se trouve ainsi incapable d'en ramener avec lui le souvenir. Il agit donc entièrement en automate sur ce plan-là. Cet effet est dû presque entièrement à l'action spécifiquement contractile du processus hypnotique, lequel, comme il a été dit plus haut, implique essentiellement une contraction des cellules depuis l’extérieur vers le centre. Cette situation est de nature à empêcher toujours l'Ego de s'apprendre à se souvenir en passant d'un état à l'autre et d'un champ à un autre champ, tandis que cet entraînement est possible dans l'état mesmérisé ou magnétisé et, bien entendu, dans la vie de veille normale.

Les cas où le sujet échappe au contrôle de l'opérateur s'expliquent tous sur la base de la même théorie théosophique ; ce sont des cas où l'Ego se retire du premier plan ou champ de conscience constitué de sept sous divisions ou sous-champs, pour accéder au plan suivant de la série entière des sept, au lieu d'entrer dans l'une des sous-divisions du premier plan mentionné. Et, comme les médecins praticiens n'ont aucune connaissance des sous-divisions intérieures supérieures, et n'admettent pas leur existence, ils n'ont aucune notion des moyens propres à atteindre l'Ego lorsqu'il leur a échappé pour atteindre un champ de conscience dont ils ignorent les lois et les conditions ; autrement dit, dans de tels cas, les hypnotiseurs ne sont pas occupés à examiner le véritable champ d'opération de la force, mais ne font qu'observer certains de ses phénomènes.

Ces phénomènes se manifestent dans le corps physique ou l'enveloppe extérieure, tandis que les processus psycho-physiologiques qui ont lieu à l'intérieur et produisent les phénomènes visibles restent cachés à leurs yeux.

William Q. Judge.
Traduction de « Hypnotism and Theosophy », article écrit et publié par W.Q. Judge dans Jennes Miller Illustrated Mon/hly probablement en 1893.

Le mesmérisme et le Soi supérieur

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Dans un livre publié récemment à Londres par A.P. Sinnett, sur L'explication rationnelle du mesmérisme, j'ai lu certaines déclarations surprenantes sur la relation entre le soi supérieur et le mesmérisme. L'auteur assure que c'est le soi supérieur qui agit dans le cas des sujets mesmérisés qui mani¬festent de la clairvoyance, de la clairaudience, et d'autres phénomènes semblables, d'ordre supérieur. Autrement dit, les opinions exposées se ramènent à la doctrine suivante : le pouvoir physique grossier du mesmérisme est capable d'agir sur le pur esprit qu'est le Soi Supérieur, et de l'affecter. Cette idée paraît tout à fait contraire à tout ce que nous avons lu dans la littérature théosophique sur la philosophie de l'homme et sa nature complexe. Car s'il y a une chose qu'on y trouve clairement établie, c'est que le soi supérieur ne peut pas être affecté de cette manière. Il est une partie de l'esprit suprême et, comme tel, ne peut être soumis au bon plaisir d’un mesmériseur.

C'est un fait bien connu que plus l'opérateur est grossier et physique, plus forte est son influence et plus il trouve facile de plonger son sujet dans l'état de transe. Il est rare qu'on rencontre des êtres très délicats, nerveux, ou hautement spiritualisés capables de dominer les sens d'un autre par ces moyens. En effet, si nous parvenons ainsi à spiritualiser notre corps, les moyens par lesquels nous pouvons affecter les autres et leur faire faire ce que nous désirons appartiennent à un plan de matière plus subtil que celui dont s'occupe le mesmérisme, et les instruments particuliers utilisés sont d'un ordre qui n’a pas à être décrit dans ces pages puisqu'ils sont secrets dans leur nature et ne doivent pas être révélés trop tôt. Ils peuvent être découverts par ceux qui cherchent dans la bonne direction, et bien des suggestions ont été données à leur sujet au cours de la dernière décennie, mais la discrétion doit être observée. Et même ces moyens, si fins et si subtils qu'ils soient, n'agissent pas sur le soi supérieur mais sur exactement les mêmes parties de notre nature intérieure que celles qui sont atteintes par le mesmérisme ordinaire. Non seulement l'ensemble de notre philosophie soutient l'affirmation que l'on ne peut pas agir sur le soi supérieur, mais nous avons aussi l'éminent auteur, H.P. Blavatsky, qui dit que l'esprit humain — et il s'agit du soi supérieur — ne peut être influencé par aucun homme.

La force mesmérique est purement matérielle, quoique d’une sorte de matérialité plus subtile que le gaz. Elle est secrétée par le corps physique en conjonction avec l'homme astral intérieur, et ne possède en elle aucune parcelle de spiritualité en dehors du fait que l'esprit est immanent dans l'univers entier. Et quand elle est amenée à agir sur le sujet, qu'il soit consentant ou non, la partie de la nature de ce dernier qui est éveillée — ou plutôt séparée du reste — est l'homme astral.

Probablement, la raison pour laquelle M. Sinnett, et d'autres auteurs, font l'erreur de confondre cet homme astral avec le soi supérieur est que les déclarations faites par l'individu en transe semblent dépasser de beaucoup les limites de la conscience de veille ordinaire. Mais ceci ne fait qu'élargir l'horizon possible de la conscience et ne prouve pas que nous recevions directement un message de l'esprit. Les vastes pouvoirs de la mémoire sont bien connus et, si nous ajoutons à l'estimation habituelle qui est faite de ces pouvoirs, la connaissance des anciennes écoles ésotériques, nous sommes amenés à com¬prendre que la mise à jour des souvenirs subconscients est capable de fournir beaucoup d'informations qu'un spirite serait susceptible d'attribuer à un habitant du Summerland. Rappelons ici le cas célèbre de la servante ignorante d'un pasteur: son maître avait l'habitude d'aller et venir, en répétant à haute voix, à portée de son oreille, des vers latins et grecs et, comme nous le savons, lorsqu'elle tomba malade, avec un accès de fièvre, elle se mit à répéter constamment ces vers latins et grecs, mais c'était là un acte de la mémoire sous-jacente qui avait tout saisi et enregistré, bien que la servante dans son état de santé normal fût trop inculte pour dire un seul mot dans l'une ou l'autre de ces langues. On peut multiplier à l'infini de tels exemples dans tout ce qui a été rapporté des clairvoyants de tous genres et toutes conditions. Lorsque l'obstacle à l'action de la mémoire subconsciente se trouve écarté, que ce soit par l'effet de la maladie, d'un entraînement, de pra¬tiques appropriées, ou d'un changement naturel du corps, toutes les impressions qui étaient restées non perçues jusqu'alors viennent à la surface.

La clairvoyance et les phénomènes similaires s'expliquent par la connaissance de l'homme intérieur et, par conséquent, c'est faire une erreur et dégrader une grande idée que de dire que le soi supérieur y est impliqué. Car l'homme astral intérieur possède les véritables organes qui fonctionnent partiellement en rapport avec l'homme que nous connaissons. C'est là que se trouvent l'œil et l'oreille véritables. Voici donc ce qui se produit au cours de la transe mesmérique : l'œil et l'oreille externes sont paralysés pendant ce temps et le cerveau, dans son fonctionnement, est amené à rapporter ce qui est vu et entendu par les sens intérieurs.

Ceux-ci, c'est bien connu, ne sont pas limités par le temps ou l'espace et offrent ainsi à l'opérateur des choses qui paraissent vraiment merveilleuses lorsqu'on les considère du point de vue habituel d'observation.

Et, en même temps, il est bien connu de ceux qui ont expérimenté en suivant strictement les directives établies par les maîtres de l'occultisme que la vue, l'ouïe et l'idéation du sujet mesmérisé sont détournées de leurs voies normales et altérées par les opinions et les pensées de l'opérateur. Et ceci est spécialement le cas des sujets très sensibles qui sont entrés dans l'état prétendu lucide. Ils se trouvent alors dans un domaine dont ils connaissent peu de chose et généralement, à l'opérateur qui les a mis dans cet état et les interroge sur des sujets tels que la constitution intél1ieure de l'homme et de la nature, ils donnent des réponses qui sont des copies enjolivées de ce que l'opérateur lui-même a pensé sur le même sujet, s'il y a pensé de façon précise. D'après la teneur de certains passages du livre que j'ai mentionné, il semble clair que les idées relatives au soi supérieur qui y sont exprimées proviennent de sensitifs qui n'ont fait, en réalité, que développer et confirmer les vues exprimées par l'auteur de cet ouvrage il y a quelques années dans les Transactions of the London Lodge sur le sujet du soi supérieur, comme on peut s'en assurer en lisant ces documents. Un sujet qui est simplement sensible à l'influence mesmérique, aussi avancé soit-il par rapport aux autres sensitifs, n'est en aucune façon un voyant entraîné mais, selon l'opinion des écoles ésotériques, un sujet sans entraînement, car, dans ce domaine, entraînement signifie une connaissance complète de 1a part du voyant de toutes les forces à l'œuvre et de tous les plans auxquels sa conscience parvient à accéder. Par conséquent, celui qui pénètre dans cet état uniquement par la force du fluide mesmérique est un promeneur totalement incapable de guider quiconque. Il en va différemment dans le cas du voyant préalablement entraîné qui utilise le fluide mesmérique d'un autre simplement comme une aidé pour passer dans cet état. Et peut affirmer en toute confiance qu'il n'existe pas encore de voyants ainsi entraînés dans le monde occidental. Par conséquent, aucun opérateur ne peut bénéficier des services de tels voyants, mais tous les investigateurs en sont réduits à se fier aux dires de leurs sujets en état de transe, hommes ou femmes — surtout des femmes — qui n'ont jamais subi les longs préliminaires de l'entraînement et de la discipline (non seulement sur le plan physique mais aussi sur le plan mental), qui sont les premières conditions absolument indispensables pour une vision correcte à l'aide des yeux intérieurs. Evidemment, j'excepte de ceci le pouvoir de voir des faits et des choses qui ont lieu près ou loin: on ne fait alors qu'employer la vue et l'ouïe intérieures ; ce n'est pas l'utilisation de l'entendement intérieur. Mais j'aimerais en dire un peu plus sur cette question une prochaine fois.

William Brehon (W.Q. Judge).
Traduction de « Mesmerism and the Higher Self », article écrit par W.Q. Judge et publié dans le Path de mai 1892.

L'hypnotisme et le mesmérisme

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La science fait un pas en avant
On trouve encore de ces encyclopédies où le mesmérisme est classé parmi les folles superstitions des ignorants qui sont le jouet d'habiles imposteurs tirant profit de leur crédulité, et ils sont encore en vie les savants docteurs qui ont publié des articles à l'appui des encyclopédies. Pourtant aujourd'hui, les plus éminents médecins d'Europe déclarent que Mesmer avait raison et que le mesmérisme n'est pas une superstition, mais qu'il est nécessaire pour les réputations d'adopter un nouveau nom : ainsi le mesmérisme est rebaptisé Hypnotisme. De cette façon, les mêmes docteurs qui ricanaient et se moquaient de ce qui avait été connu depuis longtemps du commun des mortels peuvent maintenant discuter savamment de phénomènes qu'ils ignoraient encore sous leur nom précédent, il y a quelques années. Dans le numéro de mars de Scribner, le Dr William James écrit sur ce sujet sous le nom du « Soi Caché », et le Forum d'Avril fait paraître un article de l'éminent Dr Charcot intitulé « l'hypnotisme et le crime ».

Bien qu'un peu tardif, ce pas est fait dans la bonne direction. Mais les éminents médecins qui réalisent ce progrès ne peuvent prétendre être en avance sur les gens ordinaires, car ceux-ci en connaissent, depuis des générations, tout autant sur le sujet que les praticiens diplômés, si ce n'est qu'ils n'ont pas employé de nom ronflant pour y faire allusion. Comme le savent nombre de membres de la Société Théosophique, il y a peut-être des milliers de personnes aux Etats-Unis qui, il y a 40 ans, ont poursuivi les mêmes recherches et fait des expériences similaires à celles du Dr Charcot et d'autres. En l'an 1850, un certain Dr J.B. Dods donna des conférences à travers le pays en exposant au public ce qu'il appelait la Psychologie Electrique. Son activité était si notoire à l'époque qu'elle attira l'attention de certains sénateurs américains, parmi lesquels Daniel Webster, John P. Hale, Theodore Rush, Sam. Houston, Henry Clay, et d'autres, lesquels invitèrent le Dr Dods à faire pour eux, une conférence à Washington. Il fit son exposé, puis reprit ses expériences et publia une série de Conférences sur le sujet. On peut y trouver, entre autres choses, les directives que proclament maintenant si bruyamment - en se les appropriant ¬des médecins qui à l'époque auraient hué le Dr Dods. Et, même sur le point de la nécessité d'observer la prudence et de garder l'hypnotisme hors de la portée des personnes sans principes, Dods n'a pas gardé le Silence. En 1850, il écrivit dans son introduction que bien qu'il ait enseigné plus d'un millier d'individus préalablement liés par le serment solennel de ne pas révéler ses méthodes à des personnes impures ou immorales, il s'en trouva pourtant certains assez peu scrupuleux pour violer leur serment et colporter la « science » un peu partout.

Dans le Forum d'avril, le Dr Charcot plaide en faveur d'une législation qui empêcherait justement de telles personnes sans principes de s'occuper de ces sujets, en ne s'appuyant pas uniquement sur le fait que des crimes peuvent être commis aisément et en toute sécurité à l'aide de l'hypnotisme, mais plutôt en souhaitant que des personnes sensibles puissent être protégées de retours de crises d'hystérie ou de catalepsie ; il avance, d’ailleurs, l'opinion que le crime ne trouvera probablement aucune aide ni aucune sécurité dans l'hypnotisme. Si nous sommes entièrement d'accord avec le Dr Charcot sur la nécessité de placer des barrières de protection autour de cette science en cours de croissance, c'est au contraire par la conviction que le crime peut être facilité et dissimulé en recourant à une telle pratique et qu'il est aujourd'hui effectivement facilité et dissimulé. Nous ne souhaitons pas que l'hypnotisme soit confié aux seuls docteurs en médecine, comme il le demande, pour qu'ils en fassent ce qu'ils veulent, mais nous aimerions imposer des restrictions à ces messieurs eux-mêmes, et limiter le nombre d'entre eux qui auraient l'autorisation de l'utiliser.

Toutefois, aux yeux du Théosophe, l'intérêt principal de ce nouveau pas en avant des écoles scientifiques ne réside pas dans le fait probable que des règles et des méthodes pourront être publiées mais dans la perspective qu'avant longtemps le matérialiste endurci — qui ne peut se convaincre d'un fait que lorsque, l'Académie le reconnaît — sera amené d'autant plus facilement à croire à l'existence de l'âme. Dans l'article de Scribner daté de Mars et mentionné plus haut, on trouve la reconnaissance publique que les faits de l'hypnotisme sont une preuve d'un Soi Caché. Le Dr Charcot ne va pas aussi loin que cela, mais la diversité et le caractère particulièrement occulte de nombreux faits journellement mis en lumière par d'autres expérimentateurs sont en train d'accumuler une telle montagne de preuves qu'il ne sera guère possible à quiconque de passer outre, ou d'en nier l'importance. Dès que ces gens commencent à admettre l'existence d'un Soi caché — en utilisant, en vérité, les mots mêmes qu'ont adoptés depuis longtemps de nombreux Théosophes, et que l'on trouve constamment dans les anciennes Upanishads — ils permettent l'ouverture d'une brèche dans l'édifice.
Ainsi, nous n'aurons pas longtemps à attendre avant de voir s'accomplir la prédiction faite par H.P. Blavatsky dans Isis Dévoilée, et répétée dans la Doctrine Secrète : « ... des faits oubliés et des événements délibérément engloutis dans l'océan du scepticisme moderne remonteront une fois de plus pour réapparaître à la surface ».

Rodriguez Undiano (W.Q. Judge).
Traduction de « Hypnotism and Mesmerism », article écrit par W.Q. Judge et publié dans le Path de mai 1890

Symboles Théosophiques

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symtheo 1Les symboles de la Société sont contenus dans son sceau et c'est lui qui sera décrit ici en premier. Il consiste en un serpent qui forme un cercle et se mord la queue, ou (l'avale). Á l'intérieur de ce cercle, l'association de deux triangles donne ce qu'on appelle le « Sceau de Salomon » ; l'un des triangles a sa pointe dirigée vers le haut, l'autre vers le bas. Celui qui est tourné vers le haut est blanc, ou de nuance approchante, avec l'autre triangle qui est foncé : c’est ainsi qu'il devrait toujours être représenté.
Sur la circonférence tracée par le serpent, et près de sa tête, se trouve, dans le plan médian de la figure, un petit cercle au milieu duquel figure le Swastika, simple croix dont les quatre extrémités sont défléchies lat6ralement. Á l'intérieur de l'espace central délimité par les deux triangles entrelacés, est figurée la célèbre croix des Égyptiens, ou croix ansée, qui est de beaucoup plus ancienne que le symbole chrétien. C'est une croix privée de son bras supérieur, qui est remplacé par un ovale dont la base étroite repose sur le sommet de la croix, en formant ainsi le bras supérieur. Ce symbole doit être de couleur blanche. Autour de l'ensemble est inscrite la devise de la Société : « Il n'y a pas de religion au-dessus de la vérité » — devise de famille des Maharajahs (grands rois) de Bénarès, la cité sacrée de l’Inde. Parfois, au-dessus du sceau, est inscrit le mot « OM », mot sacré des hindous avec la première lettre de l'alphabet sanskrit.

Tous les membres de la Société seront intéressés d'apprendre que, contrairement aux dires de certaines personnes qui prétendent avoir inventé ce sceau tel qu'il vient d'être décrit, et l'avoir créé pour la Société lors de ses débuts en 1875, en fait, bien avant cette époque, et avant que ces personnes aient même entendu parler de Théosophie, Madame Blavatsky utilisait pratiquement le même sur son papier à lettre personnel, dont quelques feuilles se trouvent dans mon bureau, ainsi que la plaque gravée originale ayant servi à imprimer ce papier. La couronne de comtesse figurait au-dessus de ce sceau et ses initiales étaient au centre, â la place de la croix égyptienne. Quelques années après que la Société eut adopté le sceau, un personnage nommé Bothell, de Bath (Angleterre), en produisit une imitation hybride en morcelant le serpent en trois parties, comme pour montrer que l'évolution s'était divisée en trois éléments hétérogènes, puis il fut imité par quelqu'un en Amérique qui vendit des amulettes et des philtres d'amour, tout en pillant généreusement tous les livres et périodiques théosophiques dans le but de faire un livre vendable sur les mystères de l'Égypte. Ces imitations puériles se dénoncent suffisamment d'elles-mêmes aux yeux de' quiconque possède quelque connaissance de la symbologie.

Notre sceau suggère l'idée de l'homme régénéré qui, symbolisé par la croix, se trouve au centre, à l'intérieur des triangles clair et sombre entrelacés, et est pris dans le cercle du grand serpent ou dragon de l'évolution et de la matière. Mais une analyse des différentes parties du tout nous permettra de comprendre et de saisir toutes ses significations. Car, en symbologie, le symbole n'est juste que s'il représente exactement toutes les idées qu'il est censé traduire et que si, dans toutes ses parties, il reste logique avec l'ensemble et se révèle compatible avec la tradition et les règles des Anciens. Il doit aussi, lorsqu'il est bien compris, être d'un caractère tel que, lorsqu'on l'observe, ou qu'on y pense en formant son image dans le mental, toutes les idées et doctrines qu'il représente reviennent à l'esprit du penseur. C'est pourquoi les symboles confus sont inutiles et ceux qui sont justes sont de la plus grande utilité. En vérité, la même règle s'applique en ce qui concerne la clairvoyance — qui constitue un sujet très différent — car, dans ce cas, le symbole, qui est formé par l'image de la personne ou de la chose que l'on désire voir par clairvoyance, peut assister le voyant, ou l'égarer, selon qu'il a quelque valeur ou non. De plus, les symboles sont précieux pour la raison plus profonde qu'à l'opposé des livres, des écrits et d'autres oeuvres humaines voués â l'oubli et à la destruction au cours des âges, les grands symboles demeurent. Notre zodiaque en constitue une collection et, bien que son antiquité reste un mystère, on le trouve toujours représenté dans nos almanachs et figuré dans les livres sacrés ou les monuments de toutes les époques et civilisations. Même de nos jours, les matérialistes les plus endurcis se demandent s'il ne serait pas possible de communiquer avec les habitants d'autres planètes en utilisant des symboles, un peu comme on procède pour communiquer avec les sauvages â l'aide d'un langage par signes.

symtheo 2Considérons le serpent formant le grand cercle du sceau. Lorsqu'il avale sa queue il représente le cycle de l'éternité, ou la grande spirale de l'évolution ou le Manvantara. C'est le cercle de nécessité des Égyptiens, le sentier des nombreuses réincarnations de l'âme. Le serpent par lui-même a déjà cette signification, car il rejette sa peau périodiquement, comme le fait l'homme à chaque mort de ses nombreux corps. Il signifie aussi sagesse, car le Serpent a reçu l'épithète de sage, et, comme il est indiqué dans la Doctrine Secrète, ce mot désigne aussi les Maîtres de Sagesse et de puissance. Lorsque sa queue entre dans sa gueule, le serpent symbolise la rotation perpétuelle du cercle, ou l'apparition et la disparition périodiques de l'univers manifesté. Ceci se rencontre dans presque toutes les bibles. St Jean parle du grand dragon balayant de sa queue le tiers des étoiles du ciel et les précipitant sur la terre. Autrement dit, au cours de cette vaste évolution, le serpent dont nous parlons fit descendre des Egos des étoiles jusqu'à ce globe — ou les y fit monter, si vous préférez et pensez que ce globe vaut mieux que les autres dans le ciel. Sous la forme d'un cercle, c'est le symbole de la perfection, car le cercle est la figure la plus parfaite qui, également, dans ses différentes relations, nous révèle la grande doctrine selon laquelle l'univers a été construit sur la base du nombre, du poids et du nombre, et est contrôlé ou guidé par l'harmonie, alternativement perturbée et restaurée.
Car, bien que la circonférence et le diamètre soient dans le rapport de 3 à 1, cependant, si l'on est précis, il y a un reste formé d'une suite de chiffres qui ne peut être écrite car on ne saurait en atteindre la fin. C'est là la quantité inconnue qui entre perpétuellement en jeu dans la succession des événements et qui tend toujours à restaurer l'harmonie.

symtheo 3Viennent ensuite, par ordre d'importance, les deux triangles entrelacés. Ils constituent le « Sceau de Salomon », ainsi appelé parce que, selon la croyance populaire, Salomon s'en servait pour agir sur les génies qui lui étaient soumis. Selon une légende courante chez les Maures, il avait emprisonné l'un des esprits de la Mer Rouge dans une jarre sur le haut de laquelle était inscrit ce sceau. Mais ce n'est guère là l'origine de ce symbole. Sur une très ancienne monnaie indienne que je possède, on peut voir le même sceau entouré de rayons de soleil ; ce graphisme était connu dans l'Hindoustan dans les temps primitifs. Deux amis brahmanes de l'auteur déclarent que ce symbole a toujours été connu de leur caste. Dans Isis Unveiled [Isis Dévoilée] (volume II, p.266), H.P. Blavatsky en donne une très bonne explication, accompagnée de deux diagrammes illustrant sa représentation selon les hindous et les juifs. Ces triangles symbolisent également la constitution septuple de l'homme et de tout ce qui existe. Ils présentent six sommets et six triangles entourant un espace central qui constitue leur septième division et qui représente ici le septième principe ou, plus correctement, le penseur, placé au centre de l'univers et touchant toutes les choses par les six côtés, au moyen des six triangles. Les sommets de ceux-ci sont en contact avec le serpent ou la grande roue circonscrite de l'évolution, dans laquelle et par laquelle le penseur gagne l'expérience au contact de la nature. Le triangle blanc — appelé le triangle supérieur — renvoi à l'esprit, et le triangle inférieur, sombre, à la matière ; entrelacés, ils signifient, comme il est dit dans la Bhagavad Gîtâ, que l'esprit et la matière sont co-éternels et à jamais unis. Dans ce sens, ils représentent également les grands opposés dans la nature et dans le mental, du bien et du mal, du jour et de la nuit, du mâle et de la femelle, de la liberté et de l'esclavage, du chaud et du froid, et des grands contrastes au moyen desquels nous pouvons finalement découvrir la vérité. Cette représentation symbolique fait l'objet d'une attention particulière dans la Kabbale. Ainsi, il est dit que sa représentation dans ce monde est une réflexion ou image inversée du véritable triangle qui se trouve dans les mondes supérieurs. Mais cette affirmation n'apporte pas grand chose car si l'on essaie de renverser l'image sur un papier, on verra que la figure ainsi obtenue comportera un triangle noir avec le sommet tourné vers le haut, ce qui dans les textes mystiques signifie le règne de la magie noire. C'est probablement ce que voulaient dire les Cabalistes, qui s'ingéniaient à appeler ce monde le monde de ténèbres, ou l'enfer.

On peut également obtenir le trente-troisième degré de la Franc-maçonnerie à partir de ce symbole. C'est le degré du Consistoire ou Conseil, l'emblème de la grande confrérie des Sages ou des Gouverneurs, l'ensemble ou la somme de tous les autres. L'idée ainsi illustrée peutsymtheo 4 sembler nouvelle aux francs-maçons mais elle n'en est pas moins correcte. Retournez le symbole vers le bas, de manière à renverser la figure, et vous en obtenez deux ; dont l'une est, comme il est dit dans la Kabbale des Juifs, l'image de l'autre.

symtheo 5Prenez ensuite les deux lignes grandes obliques qui se coupent au centre de l'image, et en les utilisant comme miroirs, faites une réflexion des quatre triangles qui coupent ces deux obliques : vous obtiendrez le dessin ci-contre, dans lequel se trouvent trois petits « sceaux de Salomon » inscrits dans un plus grand. Maintenant, si l'on compte les espaces fermés ou divisions de ce nouveau diagramme, on en trouvera trente-deux [soit 26 triangles, 4 losanges et 2 trapèzes] puis, en y ajoutant la figure prise dans son ensemble, on obtient le nombre trente-trois, ou le Consistoire, qui peut être placé dans le point au centre de l'ensemble. Ceci peut paraître fantaisiste mais ne l'est guère davantage que bien d'autres choses dans la Maçonnerie. Cela a au moins l'avantage d'être correct malgré son étrangeté. Le nombre de divisions ou d'espaces fermés, auquel s'ajoute la figure dans son ensemble conduit aussi au nombre de 33 crores (330 millions N. d. T.) de dieux ou forces de la nature comptés dans l'ancien Panthéon hindou.

symtheo 6Non moins ancienne et intéressante que les triangles est la croix égyptienne placée au centre même du sceau, â l'intérieur de l'espace â hexagonal, délimité par les triangles entrelacés. Cette croix devrait être d'un blanc éclatant, car elle représente l'homme régénéré, ainsi que la vie. L'ovale au sommet représente la matière et les bras inférieurs l'esprit qui, en union avec la matière, constitue la vie, à la fois matérielle et spirituelle. Cette croix est aussi le signe de Vénus. Et Vénus est la soeur aînée de la terre, selon la Doctrine Secrète. Les modifications qui nous affectent sont ressenties sur Vénus, et celles qui se produisent sur elle nous touchent également. Cette croix s'observe sur presque tous les papyrus Égyptiens. Le Livre de Job est, en réalité, une traduction quelque peu modifiée du Livre des Morts utilisé par les Égyptiens. Dans ce livre, l'âme — ou le candidat — entre dans la Salle des Deux Vérités pour y subir le jugement devant Osiris. Il s'agit de Job. En entrant, il se tient debout devant Isis, qui est une jeune fille vierge, et il dit : « J'ai fait un pacte avec mes yeux m'engageant à ne pas jeter mes regards sur une vierge ». Elle tient dans sa main le symbole illustré ici, qui représente la vie. Ce symbole se trouvait dans la main des gardiens des morts et en maints autres endroits différents. Sur les papyrus du British Museum et sur les monuments d'Égypte, ou d'Europe et d'Amérique, on le retrouve aussi très souvent. Si l'on compte la fréquence avec laquelle apparaît ce symbole sur l'obélisque apporté d'Égypte par le commandant Gorringe, et actuellement érigé dans Central Park à New York, on l'y trouve plus de trente fois. L'année dernière, en examinant un sarcophage présenté pour quelque raison â Tacome, (état de Washington), j'ai pu voir un grand nombre de ces croix peintes sur les parois. C'est l'un des plus anciens de tous les symboles.

symtheo 7La croix à extrémités défléchies sur le côté, située dans le petit cercle placé sur le serpent au sommet du sceau, en contact avec le sommet du triangle supérieur, est le Swastika. On le rencontre presque partout en Orient, ainsi que dans le christianisme primitif et ailleurs en Europe. Plusieurs significations lui ont été attachées ; parfois il représente le tourbillon de la volonté et aussi la « Roue de la Loi » mentionnée à la fois dans les livres bouddhistes et brahmaniques. On dit que, lorsqu'ils viennent, les Bouddhas donnent un nouveau tour à la Roue de la Loi ; et Krishna déclare à Arjuna que celui qui n'apporte pas sa contribution pour maintenir convenablement la rotation de la grande roue de l'action et de la réaction entre les deux mondes vit une vie de péché et sans but. En Inde, le Swastika représente le point ou le centre dans lequel se déversent les forces provenant du grand inconnu pour se révéler ensuite dans des manifestations variées ; il est également une représentation de la grande meule des Dieux, au centre de laquelle se tient l'âme et où sont entraînées toutes les choses par la rotation de l'axe pour y être broyées, amalgamées et transformées mainte et mainte fois.

symtheo 8Nous terminerons ici l'analyse du sceau de la Société. En 1875, â la demande du Colonel Olcott, l'auteur du présent article dessina un modèle d'épingle destinée à l'usage des membres et qui fut réalisé pour la première fois par un joaillier de Malden Lane. Cette épingle représente le serpent associé au tau Égyptien de manière à former le sigle « T.S. ». L'illustration ci-contre en donne une image d'après une matrice faite l'an dernier à partir de l'ancien dessin, à un moment où les épingles commencèrent à être d'un usage plus fréquent que précédemment. Actuellement, un bon nombre de membres en Amérique et en Europe portent cette épingle symbolique. Le Colonel Olcott en possède une qui lui fut offerte par un théosophe New Yorkais juste avant le dernier congrès de Londres.
Le mot sanskrit « AUM », placé au sommet du sceau, ainsi que la devise, sont des additions ultérieures, adoptées après la venue en Inde de Madame Blavatsky et du Colonel Olcott. Dans la position qui lui est assignée, le mot AUM doit être lu comme la « Fontaine de Lumière, le Soleil qui illumine notre esprit, et le but de nos efforts » — c'est-à-dire, la vérité, car la Théosophie nous prouve constamment qu'« Il n'y a pas de religion au-dessus de la vérité ».

W.Q. Judge
Article paru en anglais dans la revue The Path, d’avril 1892. Traduction en français dans le Cahier Théosophique n°150 – © Textes Théosophiques -

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