Vendredi 15 Novembre 2019

Mis à jour le Ven. 15 Nov. 2019 à 17:25

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Le Souvenir des Expériences de l’Ego

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Beaucoup trouvent étrange que nous ne nous souvenions pas des expériences traversées par le Soi Supérieur dans le sommeil. Mais tant que nous nous contenterons de nous demander : « Pourquoi le soi inférieur ne se rappelle-t-il pas ces expériences ? », nous n’obtiendrons pas de réponse. La question comporte une contradiction, car le soi inférieur n’ayant jamais éprouvé les expériences qu’on voudrait qu’il se rappelle, ne peut, d’aucune façon, s’en souvenir.

Quand le sommeil nous gagne, le moteur et la machine de la personnalité inférieure sont arrêtés et ne peuvent plus accomplir que ce que nous pouvons appeler des actes automatiques. Le cerveau est inactif, et par conséquent, il n’existe plus de conscience pour lui, jusqu’au moment du réveil. L’Ego débarrassé des chaînes physiques, libéré de la dure tâche quotidienne qu’il accomplit en vivant et travaillant dans les organes physiques qu’il utilise, se met en devoir de jouir des expériences que lui offre ce plan d’existence, plus particulièrement sien. Sur ce plan, l’Ego fait usage d’une méthode et de procédés de pensée qui lui sont propres, et il perçoit les idées qui s’y rapportent, par l’intermédiaire d’organes différents des organes corporels. Tout ce qu’il voit et entend (s’il nous est permis d’employer ces termes) apparaît renversé, si on l’envisage de notre plan. La langue qu’il emploie, pourrait-on dire, est une langue étrangère, et différente du langage intérieur que nous employons à l’état de veille. Aussi, en reprenant son existence dans le corps, tout ce que l’Ego voudrait exprimer à son compagnon subalterne doit être dit en langue étrangère, que le corps ne peut qu’imparfaitement comprendre. Nous entendons les mots, mais n’en saisissons le sens qu’à de rares intervalles, et par éclairs soudains. C’est à peu près comme une personne qui connaît quelques mots d’une langue étrangère et qui, se trouvant dans une ville où cette langue est parlée, ne peut saisir que quelques termes connus parmi les innombrables phrases et mots dont elle n’arrive pas à comprendre le sens.

Ce que nous avons à faire donc, c’est apprendre la langue de l’Ego, de telle sorte que nous puissions traduire correctement dans notre conscience de veille, ce qu’il a à nous dire. Car, le langage du plan sur lequel l’Ego vit chaque nuit, est inconnu du cerveau que nous employons, et doit donc être traduit pour l’usage de ce dernier. Si l’interprétation est incorrecte, l’homme inférieur n’aura jamais qu’une idée incomplète des expériences de l’Ego.

Mais alors, pourrait-on se demander, existe-t-il vraiment un langage de l’Ego, avec des sons spéciaux et des signes correspondants ? Evidemment non ; car, s’il en était ainsi, les étudiants sincères qui, depuis d’innombrables années, étudient eux-mêmes la question, en auraient dressé un tableau. Il ne s’agit pas d’un langage au sens ordinaire du mot, mais plutôt d’une communication d’idées, et d’une relation d’expériences, au moyen d’images. Ainsi, pour l’Ego, un son peut être représentée par une couleur ou une figure géométrique et une odeur par une ligne vibratoire ; un événement historique apparaîtra non seulement comme une image, mais aussi sous forme d’ombre et de lumière, ou encore d’une odeur écœurante ou d’un parfum suave ; le vaste monde minéral ne révélera pas seulement ses plans, ses angles et ses couleurs, mais aussi ses vibrations et ses clartés. D’autre part, l’Ego peut, dans un but qui lui est propre, réduire ses perceptions de grandeur et de distance, de telle sorte qu’il jouit momentanément de la capacité mentale d’une fourmi, et rapporte à la conscience fonctionnant dans ses organes corporels, le souvenir d’un abîme, alors qu’il s’agit d’un trou minuscule ; d’une forêt gigantesque, au lieu d’une herbe des champs. Ce ne sont là que quelques exemples destinés à illustrer l’enseignement, et ils ne doivent pas être considérés comme des descriptions concises et scrupuleusement exactes.

Au réveil, il nous devient quasi impossible de traduire correctement les expériences de l’Ego, par suite de la tendance antagoniste de notre vie quotidienne, de notre langage et de nos pensées. Le seul moyen de profiter pleinement de ces expériences, consiste à nous rendre perméables, pourrait-on dire, aux influences du Soi Supérieur et à vivre et penser de façon à réaliser le but de l’âme.

Ceci nous mène infailliblement à la vertu et à la connaissance, car ce sont les vices et les passions qui obscurcissent constamment la compréhension de ce que l’Ego essaye de nous transmettre. Telle est la raison pour laquelle les sages enseignent la vertu. N’est-il pas évident que si les êtres vicieux pouvaient traduire le langage de l’Ego, il y a longtemps qu’ils l’auraient fait ; et ne savons-nous pas tous que c’est uniquement parmi les hommes vertueux que se rencontrent les Sages ?

Eusebio Urban (W.Q. Judge).

Cet article fut écrit par Mr. Judge et publié pour la première fois dans la revue américaine The Path de Juin 1890, sous le pseudonyme de « Eusebio Urban ».

Transmigration des âmes

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Y-a-t-il un fondement quelconque à la doctrine de la transmigration des âmes à laquelle croyaient autrefois les Hindous et que professent encore certaines classes aux Indes ? Telle est la question soumise au Path.

Si l'on examine attentivement les Védas et les Upanishads, on remarque que les anciens Hindous ne croyaient pas à cette doctrine, mais professaient, la théorie soutenue par tant de Théosophes « qu'une fois un homme celui-ci reste toujours un homme » ; naturellement il faut excepter le cas des êtres qui persistent à mener des vies mauvaises durant des âges. Toutefois, il est clair aussi que les Brahmines modernes, visant à avoir une emprise sur les gens, ou pour d'autres raisons, leur enseignèrent la doctrine selon laquelle ils étaient susceptibles d'aller ainsi que leurs parents dans des corps d'animaux après la mort, mais je doute que la théorie soit répandue au point que l'on puisse la considérer comme une doctrine nationale. Quelques missionnaires et voyageurs ont conclu hâtivement qu'il s'agissait d'une croyance réelle parce qu'ils voyaient les Hindous et les Jaïns se comporter avec infiniment d'attention envers les animaux et les insectes, les évitant sur leur chemin, perdant beaucoup de temps à balayer soigneusement les insectes pour les écarter du passage et afin d'éviter de marcher sur eux. Ils agissent ainsi, dit le missionnaire, parce qu'ils croient que leurs amis ou parents défunts revivent dans ces animaux.

La raison véritable de cette sollicitude vient de ce qu'ils pensent n'avoir aucun droit .de détruire la vie étant donné qu'ils n'ont pas le pouvoir de la restaurer. Tout en m'abstenant pour l'instant de divulguer certaines vues que je possède au sujet d'une forme spéciale de transmigration, je suis autorisé à en donner quelques-unes répondant à la question : « Comment une telle idée a-t-elle pu naître de la doctrine véritable ? »

En premier lieu, quel est le sort du corps astral, et comment, et dans quelle mesure celui-ci influence-t-il l'incarnation suivante de l'homme ? Ensuite quelle influence l'homme exerce-t-il sur les millions d'atomes qui, d'année en année, entrent dans la composition de son corps, et jusqu'où est-il responsable, en tant qu'âme, de ces effets ? Devra-t-il en outre subir ces effets dans une vie future de joie ou de tristesse, de chance ou de difficultés ? Ce sont là des questions importantes.

L'étudiant de la doctrine théosophique admet qu'après la mort, l'âme astrale ou bien meurt et disparaît tout de suite, ou bien erre durant quelque temps en Kama-Loca. Si l'être était spirituel, ou ce qu'on appelle parfois « très bon », son âme astrale se dissipe rapidement ; s'il était mauvais et matériel, sa partie astrale étant trop grossière pour se désagréger facilement, est condamnée pour ainsi dire, à rester en Kama-Loca... Elle se manifeste alors dans les séances spirites comme l'esprit d'un décédé, et faisant du tort au mental des mortels, elle souffre elle-même d'autres grands tourments. Des voyants des temps modernes déclarent que de tels eidolons ou fantômes revêtent l'apparence de bêtes ou de reptiles, selon leur caractéristique dominante. Les anciens enseignaient parfois que ces formes astrales grossières qui avaient une affinité naturelle pour des types inférieurs, comme le règne animal, gravitaient peu à peu dans cette direction et étaient, en fin de compte, absorbées dans le plan astral des animaux, auxquels elles fournissaient les particules sidérales qui leur sont nécessaires comme elles le sont aux hommes. Mais ceci ne signifiait en aucune façon que l'homme lui-même passait dans un corps d'animal, car avant que l'éventualité signalée ait pu se produire, l'égo pouvait être entré à nouveau dans la vie, revêtu d'un nouveau corps physique et astral. Toutefois, la moyenne des gens étant incapable de faire ces distinctions, en était arrivée naturellement à croire que la doctrine enseignait la réincarnation de l'homme dans un corps d'animal. Au bout d'un certain temps, les prêtres et les voyants ont accepté cette interprétation de la doctrine, et on l'a enseignée délibérément. On la retrouve dans le Desatir, qui dit que les tigres et d'autres animaux féroces sont des incarnations d'hommes mauvais, et ainsi de suite. En tout cas, il est exact que chaque homme est responsable et devra répondre du sort de son corps astral qui subsistera après sa mort, puisque ce sort dépend directement des actes et de la vie de l'homme sur terre.

Si nous considérons maintenant la question des, atomes dans leur progrès sur le sentier de l'évolution, nous y trouvons une autre raison à la fausse croyance concernant la transmigration dans les formes inférieures. L'initié pouvait enseigner et comprenait parfaitement comment chaque égo est responsable de l'usage qu'il fait des atomes de l'espace, et comment chacun peut imprimer et, en fait, imprime une direction et un caractère définis à tous les atomes qu'il emploie au cours d'une vie. Par contre, les non-initiés furent amenés à mal interpréter une telle théorie et croire qu'elle faisait allusion à la' transmigration. Chaque homme a un devoir à remplir non seulement envers lui-même, mais aussi envers les atomes dont il fait usage. C'est lui leur grand, leur plus haut éducateur. Comme il est à chaque instant en possession d'un certain nombre d'atomes, et comme il en rejette constamment, il devrait vivre de telle façon qu'ils acquièrent par lui une impulsion nouvelle vers la vie supérieure de l'homme, et non vers la brute en lui. L'impression et l'impulsion que nous leur donnons leur confèrent une affinité pour les corps et les cerveaux humains, ou pour ce qui, correspondant aux vies inférieures animales et aux passions viles, appartient aux règnes les plus bas. C'est ce que les instructeurs ont enseigné en disant que si le disciple vit une vie mauvaise, ses atomes seront précipités vers le bas au lieu de s’élever le long de cette échelle relative. S'il est indolent et inattentif, ses atomes impressionnés d'une façon similaire, se fixeront dans des bâtons et dans des pierres. Dans chaque cas, ils représentaient l'homme dans une certaine mesure, exactement comme notre entourage, notre mobilier et nos vêtements représentent généralement ceux qui les ont rassemblés ou achetés et qui s'en servent. Et c'est ainsi que de ces données exactes, certains en arrivèrent à croire à la transmigration comme étant une façon aisée et pratique de formuler le problème et d'indiquer une règle de conduite.

Hadji (W.Q. Judge)

Cet article fut publié pour la première fois par W. Q. Judge dans The Path de Mars 1891. © Textes Théosophiques, Cahier Théosophique n°88.

Les enveloppes de l’âme

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Dans mon dernier article, « Mesmérisme » [publié dans le Cahier Théosophique n°22], j'en suis arrivé à la conclusion que l'homme mortel intérieur possède plusieurs enveloppes par lesquelles il entre en contact avec la Nature, perçoit ses mouvements et manifeste d'autre part ses propres fonctions et pouvoirs. C'est une doctrine aussi ancienne que n'importe quelle École Ésotérique existant de nos jours, et remontant à une époque bien antérieure à la création de nos académies scientifiques modernes. Il est absolument nécessaire que nous la comprenions, si nous voulons arriver à une interprétation exacte du véritable Mesmérisme.

Au lieu de considérer que l'être humain est uniquement ce que nous en voyons, il nous faut l'envisager comme un être tout à fait différent, qui fonctionne et perçoit d'une façon qui lui est propre, et qui est obligé de traduire toute impression extérieure, comme aussi celles provenant de l'intérieur, d'un langage en un autre, c'est-à-dire d'images en mots, signes et actes, ou vice versa. Le manque de précision provient des difficultés d'une langue qui, jusqu'à présent, n'a guère eu à traiter de tels sujets, et dont le développement s'est poursuivi dans une civilisation tout à fait matérialiste. L'homme est une Âme et en tant qu'Âme il se tient au milieu des objets matériels. Si, d'une part, cette Âme évolue vers les états supérieurs, pour elle-même, elle est obligée en même temps d'élever, d'affiner, de purifier et de perfectionner la matière dite « grossière » dans laquelle elle est astreinte à vivre. Car, bien que nous appelions du nom de « matière » les états les plus denses de la substance, elle n'en est pas moins formée de « vies » qui ont en elles la potentialité de devenir des Âmes, dans un avenir immensément éloigné ; et l'Âme étant elle-même une vie constituée de vies plus petites, elle se trouve dans la nécessité de rester, par fraternité, dans les liens de la matière, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à donner à cette dernière l'impulsion nécessaire pour la faire progresser sur le sentier de la perfection.

Ainsi, durant les âges incalculables qui se sont écoulés depuis le début de l'évolution actuelle de notre système solaire, l'Âme a construit pour son propre usage diverses enveloppes, allant de celles faites de matière la plus fine, très proches de sa propre nature essentielle, jusqu'à celles qui en sont le plus éloignées, en terminant par l'enveloppe physique extérieure, la plus illusoire de toutes, bien qu'apparaissant au dehors comme la seule vraiment réelle. Ces enveloppes sont indispensables si l'Âme doit apprendre ou agir. Car, par ses seuls pouvoirs elle est incapable de comprendre la Nature ; au moyen de ces diverses enveloppes, elle traduit instantanément toutes les sensations et idées suivant une chaîne de processus qui lui permet finalement de guider le corps ici-bas, ou d'obtenir elle-même des expériences des plans supérieurs. Je veux dire par là que tout ce que l'Âme veut exprimer doit passer par les différentes enveloppes, chacune transmettant pour ainsi dire son message à l'enveloppe inférieure qui lui fait suite ; de la même façon, elles transmettent l'impression de bas en haut, dans le cas de sensations provenant de phénomènes naturels extérieurs. Dans les premiers temps de l'évolution, dans toutes les premières étapes, cette transmission exigeait une durée appréciable, mais au point où nous en sommes de l'avancement du système sur la ligne évolutive, elle requiert un laps de temps si infinitésimal que nous sommes en droit de l'appeler instantanée, dans le cas de personnes normales et bien équilibrées. Il existe naturellement des exemples où une durée plus longue est nécessaire par suite de l'activité ralentie de l'une ou l'autre des enveloppes.

Le nombre d'enveloppes bien distinctes de l'Âme est de sept, mais leurs différenciations secondaires donnent un nombre apparent beaucoup plus élevé. D'une façon générale, chacune se divise en sept subdivisions, et celles-ci participent toutes de la nature de leur classe particulière. L'on peut donc dire qu'il existe quarante-neuf enveloppes susceptibles d'être classifiées.

Le corps physique peut être considéré comme une enveloppe dont les subdivisions seraient la peau, le sang, les nerfs, les os, la chair, les muqueuses, etc...

Le corps astral en est une autre, mais les hommes d'aujourd'hui ne le reconnaissent pas aussi facilement. Il possède ses propres subdivisions qui correspondent en partie à celles du corps physique. Mais se trouvant d'un degré plus élevé que ce dernier, il comprend plusieurs subdivisions du corps physique dans une seule des siennes. Par exemple, les sensations périphériques du sang, de la peau, de la chair et des muqueuses sont comprises dans une seule subdivision astrale.

Et sur ce point précis, les Écoles Ésotériques diffèrent de la pathologie et physiologie modernes et apparaissent en contradiction avec elles. Car l'école moderne prétend que les nerfs seuls reçoivent et transmettent les sensations dans la peau, les muqueuses et la chair. En apparence, il semble en être ainsi, mais les faits envisagés de l'intérieur sont différents, ou plutôt beaucoup plus nombreux, et ils conduisent à des conclusions supplémentaires. De même aussi, nous nous heurtons aux idées professées par le XIXème siècle au sujet du sang. Nous disons que les cellules du sang et le liquide qui les charrie sont à même de recevoir et de transmettre des sensations.

Chaque subdivision des enveloppes physiques remplit non seulement la fonction de recevoir et de transmettre des sensations, mais elle a aussi le pouvoir d'en retenir le souvenir, qui est enregistré dans le ganglion approprié du corps d'où il va s'inscrire — par une chaîne de transmission continue — dans le centre correspondant de sensation et d'action du corps astral. En même temps, le cerveau physique a toujours le pouvoir, ainsi qu'il est bien connu, de collecter toutes les sensations et impressions physiques.

Ayant exposé ces données, sans présenter d'arguments — ce qui est inutile si on n'y joint pas de démonstrations physiques — passons au point suivant. L'homme inférieur qui récolte, pourrait-on dire, pour l'usage de l'Âme toutes les expériences des plans inférieurs à celle-ci, peut, à volonté s'il est exercé, ou involontairement s'il y est forcé par une intervention extérieure, un accident, ou une anomalie de naissance, vivre dans le champ des sensations et des impressions d'une ou de plusieurs enveloppes du corps physique ou du corps astral.

S'il est exercé, il ne sera pas induit en erreur, ou s'il est victime d'une illusion momentanée, il la dissipera aisément. Si, au contraire, il n'est pas discipliné, l'illusion et l'erreur entacheront toutes les sensations. Si l'organisme est malade, ou contraint d'agir par la force, les actes extérieurs peuvent être accomplis d'une façon correcte, mais l'intelligence libre est absente, et il se produit toutes les hallucinations et illusions des états hypnotiques et mesmériques.

Si l'homme intérieur inférieur fonctionne dans le champ des sensations de quelque centre ou sens astral, ou si l'on préfère, s'il vit dans le plan de ce centre, il se produit de la clairvoyance ou de la clairaudience, du fait que l'homme intérieur rapporte au cerveau les impressions correspondantes provenant de plans de la nature semblables en tout point.

Et lorsqu'à ceci s'ajoute un contact partiel avec quelque subdivision physique mineure des enveloppes, l'erreur n'en est que plus grande, car l'expérience d'un groupe limité de cellules est prise pour une impression subie par tout l'organisme, et cette expérience est transmise par le cerveau dans le langage employé par un être normal. Et, en réalité, les combinaisons possibles sont si vastes dans ce domaine que je n'en ai mentionné que quelques-unes en guise d'exemple.

Cette possibilité de l'homme intérieur inférieur de s'unir à une ou plusieurs enveloppes, en restant séparé de toutes les autres, a conduit l'une des écoles françaises d'hypnotisme à la conclusion que tout homme est un ensemble de personnalités dont chacune est complète en elle-même.

Les positions adoptées ci-dessus ne sont pas contredites par le fait observé à Paris et à Nancy qu'un sujet en état d'hypnose n° 2 ne connaît rien de l'état n° l, car toute personne saine, fonctionnant normalement, synthétise tous les divers groupes de sensations, d'expériences et de souvenirs en un tout global représentant intégralement leur somme totale, dans laquelle les différents groupes constitutifs ne se distinguent plus de l'ensemble.

Il importe aussi de se souvenir que chaque personne a suivi telle ou telle ligne d'action dans ses vies antérieures, qui a exercé et développé telle ou telle enveloppe particulière de l'Âme. Et, bien qu'à la mort beaucoup de ces enveloppes soient détruites en tant qu'ensembles collectifs, le résultat de leur développement passé n'est pas perdu pour l'être qui se réincarne. Il est conservé grâce aux lois mystérieuses qui guident les atomes, lorsqu'ils se groupent à la naissance d'une nouvelle demeure personnelle, destinée à être habitée par l'Âme qui revient sur terre. Il est bien connu que les atomes, physiques et astraux, ont passé par toute espèce d'expériences ou d'entraînement. Quand l'Âme se réincarne, elle attire à elle les atomes physiques et astraux qui, autant que possible, ont subi des expériences du même ordre que les siennes dans le passé. Souvent, elle retrouve une certaine quantité de la matière dont elle a fait usage dans sa vie antérieure. Et si les sens astraux ont fait l'objet d'une attention spéciale et d'un développement particulier dans l'existence précédente sur terre, l'être qui naît sera un médium ou un véritable voyant, ou un vrai sage. Tout dépend de l'équilibre fondamental des forces réalisé dans la vie antérieure. Par exemple, une personne qui s'est essentiellement occupée, dans une autre incarnation, de développement psychique, sans s'attacher à la philosophie, ou qui a commis d'autres erreurs, renaîtra peut-être comme un médium irresponsable ; un autre être, du même genre, pourra revenir sur terre comme clairvoyant partiel, tout à fait indigne de confiance ; et ainsi de suite ad infinitum.

Renaître dans une famille de purs dévots et de sages authentiques a toujours été considéré dans le passé comme une réalisation très difficile à atteindre. Cette difficulté peut être vaincue graduellement par l'étude philosophique et par l'effort altruiste en vue d'aider les autres, joints à la dévotion envers le Soi Supérieur, en poursuivant dans ce sens durant de nombreuses vies. Toute autre sorte de pratique conduit à un égarement plus grand encore.

L'Âme est liée au corps par une soumission aux passions du corps, et inversement. Elle en est libérée lorsqu'Elle devient impassible devant les sollicitations du corps.

Ce que la Nature lie, la Nature le sépare aussi ; et ce que l'Âme lie, l'Âme de même le sépare. Ainsi, la Nature a lié le corps à l'Âme, mais l'Âme s'attache elle-même au corps. La Nature, donc, libère le corps de l'Âme, mais l'Âme se libère elle-même du corps.

Il existe par conséquent une double mort : la première, universellement connue, libère le corps de l'Âme ; mais l'autre, particulière aux philosophes, permet à l'Âme de se libérer du corps. Et l'une ne fait pas nécessairement suite à l'autre.

W.Q. Judge

Cet article fut publié pour la première fois par W. Q. Judge dans la Revue Lucifer de juin 1892. © Textes Théosophiques – Cahier Théosophique n°22.

Karma - La récompense des souffrances imméritées - Karma : juge, guide et récompense

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Dans la Clef de la Théosophie (1) l'auteur emploie une phrase à laquelle on fait objection sous prétexte qu'une interprétation stricte de celle-ci renverse toute la doctrine de Karma. La phrase qui contient les mots incriminés est la suivante :

« Notre philosophie nous enseigne que la punition karmique n'atteint l'Ego que dans sa prochaine incarnation. Après la mort, il reçoit seulement la récompense due aux souffrances imméritées qu'il a subies pendant sa dernière incarnation ».

La partie de la phrase mise en gras est celle à laquelle il est fait objection ; l'objection soulevée est que si tout ce qui nous arrive est causé par notre Karma, cela ne peut donc pas être immérité ; en conséquence, ou bien l'affirmation est incorrecte, ou Karma n'est pas la loi de justice, et dans ce cas il doit en exister une autre qui gouverne l'homme et les vicissitudes de sa vie.

Examinons la même page, un peu plus bas, et voyons si quelques phrases du même paragraphe ne se rapportent pas à ce qu'a voulu dire l'auteur. Elle écrit :

« Sans doute peut-on dire qu'il n'y a aucune souffrance mentale ou physique dans la vie d'un mortel qui ne soit le fruit direct et la conséquence d'un péché quelconque commis dans une existence précédente. Mais l'homme qui, dans sa vie actuelle, ne conserve aucun souvenir de ses fautes antérieures, l'homme qui sent qu'il ne mérite pas la punition qu'il subit et qui croit, en conséquence, souffrir de ce dont il n'est pas coupable, a bien droit à la consolation la plus complète, au repos et à la félicité de l'existence post-mortem. Pour nos sois spirituels, la Mort vient toujours comme une libératrice et une amie » (2).

Tous les étudiants de la Théosophie que je connais croient que Karma est la grande loi qui régit tout, que toutes les souffrances et les récompenses viennent de Karma et par son action ; et selon ce que j'ai pu comprendre, d'après les idées publiées ou non d'H. P. Blavatsky, elle professe la même opinion. Donc, dans ces conditions, ce que nous devons rechercher, c'est le sens qu'on voulait donner aux passages cités. Il n'y a aucun doute que l'auteur de la Clef est d'accord, exception faite peut-être pour l'enfer, avec le prêtre bouddhiste qui, traitant ce sujet dans le Theosophist (3), il y a quelques années, disait :

« À cette lumière, le Karma peut se définir comme ... cette force irrésistible qui entraîne le criminel dans le feu de l'enfer au milieu de ses lamentations violentes, comme la main puissante qui sauve le malheureux des griffes sans merci des anges infernaux et le conduit vers un endroit plus heureux pour améliorer sa condition misérable, ou encore comme l'ange céleste qui emporte, pour ainsi dire, l'âme en extase là-haut, vers les demeures de béatitude, et la ramène, après une longue période de joies célestes, dans notre monde ou dans l'enfer lui-même, n'accordant que peu ou pas d'attention aux tristes plaintes de l'âme qui obéit à contre-cœur » .

Si nous rapprochons de cela les phrases du paragraphe de la Clef de la Théosophie, nous voyons qu'elle dit en effet, dans les dernières phrases de la même page, que toute souffrance est le fruit direct et la conséquence de quelque péché commis dans une existence antérieure, mais que, comme la personnalité de la vie où la souffrance est ressentie n'a aucun souvenir de la cause qui l'a provoquée, cette punition est ressentie comme étant imméritée par cette personnalité et, ainsi, est créée une autre cause qui donne son effet dans l'état post-mortem. Toute la difficulté soulevée par la critique réside dans le fait que la question tout entière a été considérée comme objective, que Karma a été pris pour une loi matérielle ou objective et que l'état post-mortem a été rangé dans la même catégorie. Le véritable Ego ne ressent ni souffrance ni joie, et n'est à aucun moment lié par Karma, mais, comme le devachan [état post mortem, de béatitude de l’âme] est un état subjectif dans lequel l'Ego se crée lui-même, à l'aide de ses propres pensées, l'entourage qui lui convient, nous pouvons dire, sans modifier en quoi que ce soit nos conceptions sur Karma, qu'après la mort cet Ego reçoit les récompenses des souffrances qu'il pensait imméritées pendant la vie qu'il vient de quitter. Le mot « immérité », tel qu'il se trouve dans la Clef, ne doit pas être interprété comme le résultat d'un pouvoir karmique quelconque, mais comme la conception que l'Ego s'est faite, au cours de la vie, quant au bien-fondé ou non de toute la souffrance qu'il peut avoir endurée.

Car, ainsi que nous l'avons vu dans d'autres études, le devachan, l'état post-mortem que nous considérons ici, est un état où l'Ego ne subit aucune expérience objective, mais où les pensées d'une certaine catégorie, nourries pendant la vie, contribuent à produire autour de lui, ou plutôt dans sa sphère, les expériences subjectives de béatitude nécessaires au repos de l'âme. C'est pourquoi dans l'organisme mortel, il s'est cru injustement traité par le sort ou par la nature, il a créé à ce moment et là-même les causes susceptibles d'apporter une soi-disant récompense aux souffrances qui lui paraissaient imméritées, et ceci aussitôt qu'il est délivré du corps, et que ces causes peuvent agir dans le seul endroit, ou état, qui permette leur action.

Cet état de béatitude, ainsi que l'indique la citation prise dans le Theosophist, est la récompense karmique sur le plan du devachan. La « punition karmique », à laquelle il est fait allusion dans la Clef, n'est pas l'opposé de cet état, mais est le contraire de la récompense karmique agissant sur le plan de la vie terrestre objective. Car l'opposé de la récompense ou de la béatitude dévachanique doit se trouver sur un plan similaire, comme l' « enfer », dont parle le prêtre Bouddhiste, c'est-à-dire avitchi. Si ces distinctions sont gardées clairement présentes à la mémoire, aucune de ces questions ne présentera plus beaucoup de difficultés.

Pour moi, Karma est non seulement le juge, mais aussi l'ami et le libérateur. Il est essentiellement juste. Les conditions sont indiquées. Si je m'y conforme, le résultat s'ensuivra inévitablement. C'est mon ami parce qu'aussi inévitablement qu'il me procurera la vie et la mort, il me donnera le repos en devachan, où l'âme fatiguée, qui en a autant besoin que le corps, trouvera ce qui lui convient le mieux. Et une simple locution telle que « souffrances imméritées », inventée par moi dans mon ignorance, ici sur terre, sera un des facteurs employés par ce même Karma pour engendrer ma paix et ma joie, bien que, ce Karma inexorable encore une fois m'attende au seuil du devachan, pour me décerner, lors de ma prochaine apparition sur cette scène terrestre, mon juste dû. Et ainsi, nous poursuivrons notre marche ascensionnelle, de vie en vie, d'un stade à un autre, jusqu'à ce qu'enfin la conviction que Karma est non seulement juste, mais miséricordieux, devienne une partie intégrante de notre être.

Un étudiant (W.Q. Judge).

Article publié par W. Q. Judge dans The Path de mars 1891. Cahier Théosophique n°100, © Textes Théosophiques.

Notes

(1) page 161 de l'édition anglaise originale et page 156 de l'édition française publiée par la Textes Théosophiques (N.d.T.).

(2) p. 157 en français (N.d.T.).

(3) Vol. l, The Theeosophist, p. 199.