Vendredi 19 Octobre 2018

Mis à jour le Ven. 19 Oct. 2018 à 09:37

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Les Mahatmas – un idéal et un fait

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Un visiteur arrivant d'une autre planète du système solaire, et venant à apprendre le sens du terme Mahâtma supposerait certainement que l'étymologie du mot n'a pas dû manquer d'inspirer à ceux qui croient en ces Mahâtmas la dévotion, l'intrépidité, l'espérance et l'énergie qu'un tel idéal doit susciter chez ceux qui ont à cœur le bien-être de l'humanité. Une telle supposition se vérifierait pour certains ; mais s'il devait passer en revue tous les membres de la Société Théosophique, le visiteur céleste ne manquerait pas d'être déçu lorsqu'il aurait compris clairement que nombre de ces personnes qui croient en ces grands êtres ont peur de leurs propres idéaux, hésitent à les proclamer, sont peu empressés à trouver des arguments pour expliquer les raisons de leur espérance — tout ceci à cause du monde matérialiste, méchant et moqueur, qui risquerait de rire d'une telle croyance.
Toute l'ampleur, la signification et les possibilités de l'évolution sont contenues dans le mot Mahâtma. Mahâ signifie « grand », et Atma « âme » ; les deux termes réunis en un seul mot désignent les grandes âmes qui ont triomphé avant nous, non parce qu'elles sont constituées d'une substance différente, et qu'elles appartiennent à quelque étrange famille, mais simplement parce qu'elles font partie de la race humaine. La réincarnation, le karma, la constitution septuple de l'être, la rétribution, la récompense, la lutte, l'échec, le succès, l'illumination, le pouvoir et un amour, vaste et universel, pour l'homme, tout ceci est contenu dans ce seul mot. L'âme émerge de l'inconnu, commence à œuvrer dans la matière, et avec elle, renaît mainte et mainte fois, crée du karma, développe les six véhicules pour elle-même, reçoit la rétribution du péché et la punition de l'erreur, gagne en force par la souffrance, réussit à éclore en perçant les ténèbres, s'éclaire par la véritable illumination, se saisit du pouvoir, conserve la charité, se dilate d'amour pour l'humanité orpheline, et dès lors aide chacun de ceux qui demeurent dans l'obscurité, jusqu'à ce que tous puissent être élevés là où se trouve le « Père dans les Cieux », qui est le Soi Supérieur. Tel pourrait être le discours tenu par le visiteur de la lointaine planète, et il décrirait là un grand idéal pour tous les membres d'une Société telle que la nôtre qui a reçu sa première impulsion de certains de ces mêmes Mahâtmas.
Sans entrer plus loin dans la discussion, si ce n'est pour dire simplement que l'évolution exige que de tels êtres existent, sinon il y aurait une rupture dans la chaîne (et ce point de vue est tenu même par un homme de science comme le Prof. Huxley qui, dans ses derniers essais, l'exprime presque aussi clairement que moi), cet article est destiné à ceux qui croient à l'existence des Mahâtmas, que cette foi leur soit venue d'elle-même, ou par une réflexion logique. Il s'adresse aussi à toutes les classes de croyants, car il y en a de plusieurs catégories. Certains croient sans réserve, ce qui est aussi le cas pour d'autres qui, cependant, ont peur de faire état de leur croyance ; il y en a quelques-uns qui, tout en croyant, n'arrêtent pas de penser qu'ils devraient être en mesure d'affirmer avoir vu de leurs yeux un Adepte avant de pouvoir infuser leur croyance chez les autres ; enfin, un certain nombre de gens cachent délibérément leur croyance, comme une sorte de possession personnelle les distinguant des mortels profanes qui n'ont jamais entendu parler des Adeptes, ou qui, dans le cas contraire, se moquent d'une telle notion. C'est à toutes ces personnes que je désire parler. Quant à ces infortunés qui essaient toujours de mesurer les hommes de haut rang, et les sages, à l'aune des critères habituels d'une civilisation passagère, ou qui paraissent effrayés par l'idée de vastes possibilités ouvertes à l'homme (qu'ils nient par conséquent), ils peuvent bien être laissés à leur sort, et aux mains du temps, car il est plus que probable qu'ils tomberont dans l'opinion générale quand elle se formera — ce qui sera sûrement le cas avant longtemps. En effet la croyance en des Mahâtmas — quel que soit le nom que vous donniez à l'idée — appartient en commun à l'ensemble de la race humaine, et tous les efforts de tous les tenants de la science empirique et de la religion dogmatique ne réussiront jamais à éliminer de l'âme le souvenir de son propre passé.
Nous devrions affirmer notre croyance dans les Adeptes, tout en n'exigeant de personne d'y adhérer. Il n'est pas nécessaire de donner le nom de certains de ces Adeptes, car un nom est l'invention d'une famille : peu de gens songent à eux-mêmes en évoquant leur nom, mais plutôt avec les mots « je suis moi-même ». Aussi, donner le nom de ces êtres n'apporte aucune preuve ; et chercher à connaître leurs noms mystiques c'est s'exposer à la condamnation pour profanation. L'idéal, sans précision de nom, est en soi assez vaste et élevé pour répondre à tout.
Il y a quelques années, les Adeptes ont écrit, et dit à H.P. Blavatsky ainsi qu'à plusieurs personnes, que le Mouvement en Amérique pouvait recevoir une aide comparativement plus grande du fait que leur existence n’était pas dissimulée pour des motifs liés à la peur ou au doute. Cette déclaration entraîne évidemment, a contrario, la conclusion suivante : partout où, par crainte des écoles scientifiques ou de la religion, les membres n'ont guère fait référence à la croyance dans les Mahâtmas, le pouvoir susceptible de les aider a été inhibé, pour quelque raison. C'est là le point intéressant, qui soulève la question : « le pouvoir d'aider qu'ont les Mahâtmas peut-il être inhibé par une cause quelconque ? » La réponse est : « oui ». Mais pourquoi ?
Tous les effets sur chaque plan sont produits par des forces mises en mouvement, et ne peuvent résulter de rien : ils doivent toujours découler de causes dans lesquelles ils se trouvaient contenus invisiblement. Si le canal par lequel l'eau doit couler est obstrué, l'eau n'y coulera pas ; mais si un canal dégagé lui est offert, le courant va y passer. L'aidé occulte des Maîtres nécessite un canal approprié — tout autant que toute autre forme d’aide — et le fait que les courants devant être utilisés sont occultes rend le besoin d'un tel canal encore plus grand. Les personnes sur lesquelles la force va s'exercer doivent prendre part à la préparation du canal ou de la ligne d'action de cette force, car si nous n'en voulons pas, ils ne peuvent la donner. Or, vu que nous avons affaire au mental et à la nature de l'homme, nous devons lancer les mots susceptibles d'éveiller les idées en rapport avec les forces que nous désirons voir s'exercer. Dans ce cas, ces mots sont ceux qui évoquent la doctrine de l'existence des Adeptes, Mahâtmas, et Maîtres de Sagesse. D'où la valeur attachée à la déclaration de notre croyance. Elle réveille des idées latentes chez les autres, elle ouvre un canal dans le mental, elle sert à créer les lignes conductrices pour les forces que les Mahâtmas souhaitent répandre. Bien des jeunes gens, qui n'auraient jamais espéré voir de grands hommes modernes qui professent la' science, comme Huxley, Tyndall et Darwin, ont été poussés à l'action, amenés à se prendre en charge et entraînés à rechercher la connaissance, pour avoir entendu déclarer que de tels hommes existaient effectivement — et étaient des êtres humains. Sans s'arrêter à demander si la preuve de leur existence en Europe était complète, des individus ont cherché à suivre leur exemple. N'allons-nous pas tirer profit de la même loi du mental humain, et permettre à l'immense pouvoir de la -Loge d'œuvrer avec notre assistance, plutôt que contre notre opposition, nos doutes ou nos craintes ? Ceux qui sont dévoués savent comment ils ont bénéficié d'une aide invisible qui s'est manifestée par ses résultats. Ceux qui ont peur peuvent reprendre courage car ils découvriront que leurs semblables ne sont pas- tous dénués d'une croyance latente dans les possibilités qu'évoque la doctrine de l’existence des Adeptes.
Et si nous passons en revue le travail de la Société, nous découvrons que partout où le' membres déclarent courageusement leur croyance et ne craignent pas de parler de cet idéal élevé, l'intérêt pour la Théosophie se trouve éveillé, le travail se poursuit, les gens en reçoivent le bénéfice. Au contraire, partout où l'on voit constamment le doute les demandes répétées de preuves matérielles, la crainte permanente de ce que le monde, la science ou les amis, vont penser, là le travail se meurt, le champ n'est pas cultivé, et la ville ou la cité ne reçoit aucun bénéfice des efforts de ceux qui, tout en appartenant officiellement à une fraternité universelle, ne vivent pas selon le grand idéal.
Avec une profonde sagesse, jet en véritable occultiste, Jésus a déclaré que, pour devenir son disciple, il fallait tout abandonner et le suivre. Nous devons abandonner le désir de nous sauver, et acquérir son contraire — celui de sauver les autres. Souvenons-nous de l'histoire rapportée dans les écrits anciens à propos [du frère] d'Arjuna [v. le Mahâbhârata, Livres XVII et XVIII, retraçant l'ascension au Ciel de Yudhisthira, et les tentations qu'il y subit. (N.d.T.)] : Accédant au Ciel mais constatant que son chien n'y était pas admis, tandis que certains de ses amis étaient en enfer, le héros refusa d'y rester, et déclara qu'il n'y entrerait pas tant qu'une seule créature resterait en dehors. C'est cela la véritable dévotion : associée à une intelligente déclaration de croyance dans la grande initiation de la race humaine elle a le pouvoir de produire des résultats de grande ampleur, d'évoquer les forces qui sont cachées en elle et de vaincre même l'enfer et tous ses courtisans qui tentent aujourd'hui de retarder le progrès de l'âme humaine.

Eusebio Urban (William Q. Judge)

Traduction d'un article de W.Q. Judge (sous la signature Eusebio Urban) publié en mars 1893, dans la revue The Path, sous le titre : « Mahâtmas as Ideals and Facts ». (N.d.T.)
© Textes Théosophiques – Cahier Théosophique n°156.


Élémentaux et karma

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L'Étudiant — Puis-je encore vous demander si les élémentaux sont des êtres ?
Le Sage — II est difficile de vous donner un aperçu de la constitution des élémentaux ; rigoureusement parlant ce ne sont pas des êtres puisque l'on a employé le terme élémentaux pour désigner une catégorie d'entre eux qui n'ont pas d'existence comparable à celle des mortels. Il serait préférable d'adopter les termes usités dans les livres indiens, tels que Gandharvas, Bhuts, Pisachas, Devas, etc. Beaucoup de choses connues à leur sujet ne peuvent être décrites dans le langage ordinaire.
L'Étudiant — Voulez-vous parler de leur capacité d'agir dans la quatrième dimension de l'espace ?
Le Sage — Oui, dans une certaine mesure. Par exemple, faire de multiples nœuds dans une corde tenue aux deux bouts — expérience courante dans les séances spirites. Cette opération est réalisable pour celui qui connaît plus de trois dimensions dans l'espace. Aucune personne soumise aux trois dimensions ne peut la réussir ; dans le sens que vous donnez au mot « matière » il vous est impossible de comprendre comment de tels nœuds peuvent être faits ou comment un anneau solide peut passer à travers la matière d'un autre anneau solide. Ce sont les élémentaux qui réalisent ces opérations.
L'Étudiant — Ces élémentaux appartiennent-ils tous à une seule catégorie ?
Le Sage — Non. Il y a des classes particulières à chaque plan et chaque division de plan dans la nature. Beaucoup d'entre elles ne peuvent jamais être perçues par les hommes. Celles qui appartiennent à un plan ne peuvent agir sur un autre. Rappelez-vous, pour mémoire, que ces « plans » dont il est question s'interpénètrent.
L'Étudiant — Dois-je comprendre qu'un clairvoyant ou un clairaudient a affaire, ou est influencé, par une classe spéciale ou plusieurs classes d'élémentaux ?
Le Sage — Oui. Un clairvoyant ne peut avoir que les visions appartenant en propre aux plans que son développement lui permet d'atteindre. Les élémentaux de ces plans ne lui montrent que les images appartenant a leurs seuls plans. D'autres éléments de l'idée ou de l'image peuvent être recélés dans des plans non encore accessibles au voyant. C'est pour cette raison que peu de clairvoyants connaissent la vérité dans son ensemble.
L'Étudiant — Y a-t-il quelque rapport entre le karma d'un homme et les élémentaux ?
Le Sage — Oui, il existe un rapport très important entre les deux. Le monde élémental est devenu un puissant facteur dans le karma de la race humaine.
Comme il est inconscient, automatique et sensible comme une pellicule photographique, il épouse exactement le caractère de la famille humaine. Nous pouvons postuler que, dans les tout premiers âges, alors que l'homme n'avait pas encore commencé à engendrer du mauvais karma, le monde élémental était bienveillant à son égard parce qu'il n'en avait pas encore reçu d'impressions hostiles. Mais dès que l'homme a commencé à devenir ignorant, malveillant envers lui-même et le reste de la création, le monde élémental a commencé également à se comporter comme l'humanité et à la payer de retour, pour ainsi dire, comme prix de ses actes ; de même lorsque vous harcelez un âne il se rebiffe ; de même lorsqu'on insulte ou qu'on s'irrite contre un être humain, il est enclin à répliquer de la même façon. Ainsi le monde élémental étant une force inconsciente se retourne et réagit contre l'humanité exactement comme l'humanité agit envers lui, que les actes de l'homme soient accomplis avec la connaissance ou non. Actuellement le monde élémental est donc arrivé à acquérir le caractère et l'activité qui résultent des actes, des pensées et des désirs de l'humanité depuis les tout premiers âges. Étant inconscient et n'agissant que selon les lois naturelles qui le gouvernent, le monde élémental est un facteur puissant dans l'action du Karma. Et tant que l'humanité n'entretiendra pas des sentiments de fraternité et d'amour envers toute la création, il manquera aux élémentaux l'impulsion nécessaire pour agir à notre profit Mais dès que les hommes commenceront à entretenir des sentiments de fraternité et d'amour, partout dans le monde, pour l'ensemble de la création, les élémentaux commenceront à adopter cette nouvelle condition.
L'Étudiant — Comment expliquer la production des phénomènes par les Adeptes ?
Le Sage — La production des phénomènes n'est pas possible sans l'aide des élémentaux et leur perturbation. Chaque phénomène entraîne une grande dépense de forces et une perturbation également dans le monde élémental, perturbation qui se situe au-delà de la limite naturelle de la vie humaine ordinaire. Dès que le phénomène est accompli, la perturbation provoquée commence à nécessiter une activité compensatrice. Il y a alors un mouvement de grande excitation des élémentaux qui se précipitent dans diverses directions. Ils ne peuvent pas affecter ceux qui sont protégés. Mais ils sont capables, ou plutôt il leur est possible, d'entrer dans la sphère de personnes non protégées et en particulier dans la sphère des personnes adonnées à l'étude de l'occultisme. Ils deviennent alors des facteurs de concentration de leur karma provoquant souvent des troubles, des désastres et bien d'autres difficultés qui autrement se seraient produits sur une plus longue période de temps et auraient été considérées comme les vicissitudes ordinaires de la vie. C'est ce qui explique qu'un Adepte ne produira aucun phénomène à moins qu'il n'en voit le désir exprimé dans le mental d'un autre Adepte d'un rang supérieur ou inférieur ou dans le mental d'un étudiant. Dans ce cas une relation sympathique s'établit entre eux ainsi que l'acceptation des conséquences qui en découleront. C'est aussi ce qui nous aide à comprendre pourquoi certaines personnes capables de produire des phénomènes éprouvent une répugnance singulière à le faire dans des circonstances où nous pensons que leur production serait utile. Nous comprenons également pourquoi on ne les produit jamais pour atteindre des buts égoïstes que le commun des mortels trouve parfois licites, comme de se procurer de l'argent, de déplacer des objets, d'influencer le mental d'autrui, etc.
L'Étudiant — Veuillez accepter mes remerciements pour votre enseignement.
Le Sage — Puissiez-vous atteindre le sommet de l'illumination.

W.Q. Judge
Article publié en anglais en juin 1888, dans la revue The Path.
Cahier Théosophique n°77.

L’entourage

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Pour le mental occidental, les doctrines de Karma et de Réincarnation comportent des difficultés ; bien qu'elles paraissent imaginaires à l'étudiant oriental, elles n'en sont pas moins, pour l'occidental, aussi réelles que n'importe lequel des nombreux autres obstacles rencontrés sur le chemin du salut. Toutes les difficultés sont plus ou moins imaginaires car le monde entier et ses imbroglios sont, dit-on, une illusion résultant de la notion du moi séparé. Mais tant que nous existerons ici dans la matière et aussi longtemps qu'il y aura un univers manifesté, ces illusions seront réelles pour l'homme qui ne s'est pas élevé au-dessus d'elles pour percevoir qu'elles ne sont que des masques cachant la réalité.

Pendant près de vingt siècles, les nations occidentales ont édifié la notion du moi séparé, du meum et tuum, et il leur est difficile d'accepter un système allant à rencontre de ces notions.

Au fur et à mesure qu'elles progressent dans ce qui s'appelle la civilisation matérielle, avec toutes ses tentations fascinantes et son apport de luxe, leur erreur s'aggrave car elles évaluent leur doctrine d'après les résultats qui semblent en découler, si bien qu'en fin de compte, elles poussent si loin ce qu'elles appellent le règne de la loi, que celui-ci devient un règne de terreur. Tout devoir envers le prochain en est pratiquement exclu, bien que les belles doctrines de Jésus soient prêchées quotidiennement par des prédicateurs payés pour les prêcher et non pour les faire mettre en pratique et qui ne peuvent pas insister sur la pratique qui devrait suivre logiquement la théorie car ils perdraient ainsi leur position et leur gagne-pain.

Aussi, lorsque dans une telle nation un homme sort des rangs et appelle à l'aide pour retrouver le sentier perdu, inconsciemment il est profondément affecté par sa propre éducation et aussi par celle qu'a subie sa nation depuis des siècles. Il a hérité de tendances qui sont difficiles à dominer. Il combat des fantasmes réels pour lui, mais qui sont de simples rêves pour l'étudiant éduqué sous d'autres influences.

Donc, quand on lui dit qu'il doit s'élever au-dessus du corps pour le vaincre, subjuguer ses passions, sa vanité, sa colère et son ambition, il demande « qu'arrivera-t-il, si entraîné par l'entourage dans lequel je suis né sans le vouloir, je succombe ? ». Puis, si on lui dit qu'il doit vaincre ou mourir dans le combat, il répondra peut-être que la doctrine de Karma est froide et cruelle parce qu'elle le rend responsable de conséquences qui semblent être le résultat de cet entourage qu'il n'a pas souhaité. C'est donc pour lui une question de savoir s'il combattra et mourra, ou s'il se laissera porter par le courant, insouciant quant aux résultats, mais heureux s'il parvient par hasard dans des eaux tranquilles jusqu'aux rives élyséennes.

Ou bien s'agit-il d'un étudiant de l'occultisme dont l'ambition a été enflammée par la perspective de l'adeptat, des pouvoirs sur la nature, ou que sais-je encore !
Dès le début du combat, il se trouve assailli de difficultés qui, il en est convaincu, sont uniquement dues à son entourage. Dans son cœur il se dit que Karma l'a traité durement en l'obligeant à travailler constamment pour gagner sa vie et celle de sa famille, ou bien il s'est lié pour la vie à une compagne dont l'attitude est telle qu'il serait sûr de pouvoir progresser s'il était loin d'elle ; si bien qu'en fin de compte, il fait appel au ciel pour qu'il intervienne en sa faveur et change cet entourage si hostile à son perfectionnement.

Cet homme se trompe plus encore que le premier. Il a supposé à tort qu'il devait haïr et rejeter son entourage. Sans se l'avouer ouvertement, il nourrit, dans les replis cachés de son cœur, l'idée que semblable au Bouddha, il pourrait, en une vie, triompher de toutes les forces, de tous les pouvoirs implacables qui barrent la voie vers le Nirvana. Il faut se souvenir que le Bouddha ne paraît pas sur terre tous les jours, mais qu'il est l'efflorescence des âges, se manifeste à un endroit donné et dans un certain corps quand les temps sont mûrs, non pour travailler à son propre avancement, mais pour le salut du monde.

Que dire alors de l'entourage et de son pouvoir sur nous ?
L'entourage est-il Karma ou est-il la Réincarnation ? Karma, c'est LA LOI, la réincarnation n'est qu'un incident. C'est l'un des moyens qu'emploie la Loi pour nous conduire finalement à la vraie lumière. La roue des renaissances est tournée mainte et mainte fois par nous, par obéissance à cette Loi, afin de nous rendre finalement entièrement confiants en Karma. Notre entourage n'est pas Karma en lui-même car Karma est le pouvoir subtil qui agit dans cet entourage.

Rien n'existe que le SOI, pour employer le mot dans le sens où Max Müller en fait usage, désignant par-là l'Ame Suprême, et ce qui l'entoure. Les Aryens emploient pour désigner celui-ci, le mot Kosams ou enveloppes. De telle sorte qu'il n'y a que ce Soi et les diverses enveloppes dont il se revêt, à commencer par la plus subtile pour finir par le corps, tandis qu'à l'extérieur de cela, se trouve, commun à l'ensemble, ce qu'on appelle généralement l'entourage alors qu'en réalité ce mot devrait inclure tout ce qui n'est pas le Soi.

Combien il est peu philosophique alors de se débattre contre notre entourage et de souhaiter s'en échapper ! Nous échappons à un genre d'entourage pour retomber immédiatement dans un autre. Et en supposant même que nous soyons admis dans la compagnie des plus sages dévôts, nous transporterions encore notre entourage du Soi dans nos propres corps et celui-ci sera notre ennemi aussi longtemps que nous ne connaîtrons pas ce qu'il est dans ses moindres détails. Pour en revenir à la personnalité en question, il est évident que ce fragment de l'entourage comprenant les circonstances de la vie et le milieu personnel, n'est qu'un incident et que l'entourage réel que nous devons comprendre et considérer est celui dans lequel Karma lui-même réside en nous.

Nous voyons donc que c'est une erreur de dire, comme souvent nous l'entendons, « si seulement il avait plus de chance, si son entourage était plus favorable, il agirait mieux » puisque, en réalité, il ne pourrait se trouver en aucune autre circonstance à ce moment-là ; le serait-il que ce ne serait pas à proprement parler lui mais quelqu'un d'autre. Il doit être nécessaire pour lui de passer par ces épreuves-là et ces difficultés pour perfectionner le Soi ; et c'est parce que nous ne percevons qu'une partie infinitésimale de l'ensemble, qu'une apparente confusion ou une difficulté surgit. Nos efforts devraient donc viser, non à échapper à quoi que ce soit, mais à comprendre que ces Kosams ou enveloppes sont un fragment intégral de nous-mêmes que nous devons parfaitement comprendre avant de pouvoir changer l'entourage pour lequel nous ressentons de l'aversion. On y arrive en reconnaissant l'unité de l'esprit, en comprenant que tout, le bien comme le mal, est le Suprême. Nous nous harmonisons alors avec l'Ame Suprême, avec l'univers tout entier, et aucun entourage ne peut plus nous être nuisible.

Le pas initial consiste à s'élever au-dessus du seul entourage extérieur trompeur, sachant pertinemment qu'il est le résultat des vies passées, le fruit du Karma engendré, et à dire avec Uddalaka parlant à son fils :

« Tout cet Univers a la Déité comme vie,
Cette Déité est la vérité.
C'est l'äme Universelle.

Tu es Cela, Ô Svetaketu ! »

Article de W. Q. Judge.

Publié dans la revue The Path de février 1887, sous le pseudonyme « Hadjii Erinn ».
Cahier Théosophique n°100.

L'Hypnotisme

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Qu'est-ce que la force ou l'influence hypnotique ? Qu'arrive-t-il réellement lors d'une expérience hypnotique ? Et qu'est-ce qu'elle prouve ? Quelle est la force mise en jeu qui, après avoir plongé un homme dans le sommeil, l’amène a un faux état de veille dans lequel il obéit à une suggestion, semble perdre son identité, devient apparemment une autre personne, parle une langue dont il n'a aucune connaissance et perçoit, comme si elles étaient réelles, des visions imaginaires ? Comment se fait-il que, dans cet état, son corps physique suive la suggestion de l'opérateur, et se couvre de cloques de brûlure par l'effet d'un bout de papier ne possédant aucun pouvoir vésicatoire, ou que le sujet éternue quand il n'a pas de réel chatouillement des nerfs olfactifs, qu'il frissonne au-dessus d'un poêle allumé et se mette à transpirer si on lui suggère qu'un bloc de glace est boule de feu ?

Toutes ces choses, et bien d'autres encore, ont été faites dans des expériences hypnotiques, exac-tement comme l'avaient fait il y a bien des années les mesmériseurs, les électro-biologistes et les fasci-nateurs errants de tout calibre. Cela se passait alors hors du giron de la science, mais maintenant, depuis que les médecins en ont rebaptisé une partie « hypnotisme », ces phénomènes ont leur place désignée parmi les branches de la psychologie théorique et appliquée. Bien entendu, les écoles nouvelles sont allées plus loin que ne le firent ou ne purent le faire les précédentes. Elles y ont ajouté une espèce de sorcellerie en se prétendant tout récemment capables d'extérioriser et de localiser la sensibilité nerveuse du sujet et, par suite, son impressionnabilité mentale et en la transférant sur sa photographie ou à l'intérieur d'un verre d'eau, de telle sorte que si on gratte la photographie ou touche le verre d'eau, le patient se mette à sursauter aussitôt ou à pousser un cri. C'est ainsi qu'on procédait jadis en fabriquant une figurine de cire à votre image et en y plantant des épingles pour vous faire dépérir et mourir ; autrefois, pour avoir fait cela, des hommes et des femmes furent brûlés vifs. Cette pratique, malgré son intérêt et l'importance qu'elle présente si elle est vraie, possède en fait d'intérêt celui d'un cauchemar en laissant entrevoir comment dans le proche avenir on pourra trouver en vente le portrait de quelqu'un pour permettre à un ennemi de lui faire subir des brûlures et de le poignarder, avec la condition préalable que la localisation extérieure de la sensibilité de la victime ait été réalisée. Mais les autres expériences soulèvent les grandes questions de l'identité, de la conscience, de l'âme et de la personnalité. Elles conduisent à se demander si le monde est physique et mécanique, comme Descartes le pensait, ou s'il est une réalité impermanente et une forme de conscience, existant en raison de la pensée et entièrement dominée par la pensée, comme les Théosophes modernes et anciens l'ont toujours soutenu.

Le Professeur James, de Harvard, a publié sa conclusion selon laquelle les expériences faites en hypnotisme le convainquent — comme elles en ont convaincu beaucoup — de l'existence du soi caché dans l'homme, tandis que les écoles françaises discutent pour savoir si tout est dû à une seule personnalité capable d'en imiter plusieurs ou à plusieurs personnalités enfermées en une seule personne et manifestant un aspect après l'autre. On enregistre des faits et on réalise des choses merveilleuses, mais les écoles modernes n'ont encore élaboré aucune explication raisonnable et définitive. Avec ici et là quelques exceptions, les chercheurs qui sont ignorants de la vraie nature de la constitution cachée de l'homme et de ses pouvoirs, ou nient leur existence, ne voient aucune raison de s'alarmer de ces expériences et aucun danger pour la société, pas plus que pour l'individu. Etant donné que ces écoles n'admet¬tent pas l'existence réelle d'une évolution des pouvoirs intérieurs de l'homme à la même cadence et dans le même temps que toute autre évolution raciale et planétaire, elles ne peuvent présager dans le futur une utilisation diabolique possible des pouvoirs hypnotiques. Cependant, le Théosophe suggère une explication de ces phénomènes, attire l'attention sur des événements semblables qui se sont produits tout au long de l'histoire, et annonce clairement un danger à venir, si le monde pensant ne réalise pas la vraie nature de l'homme en tant qu'un être fait de pensée et de conscience — pensée et conscience étant le cadre et la base de sa construction, mais étant capables de provoquer aussi sa destruction, du moins celle de sa personnalité. Le danger ne réside pas dans la connaissance de ces choses et des procédés employés, mais dans l'absence de moralité et d'éthique chez ceux qui les emploient et les appliquent, maintenant et dans l'avenir.

Une théorie pouvant servir à expliquer l'hypnose et à poursuivre la recherche hypnotique est à peu près la suivante. L'homme est une âme qui vit de pensées et perçoit uniquement des pensées. Tout objet ou tout sujet se présente à lui comme une pensée, quel que soit le canal ou l'instrument — organe sensoriel ou centre mental — par lequel elle se présente à lui. Ces pensées peuvent être des mots, des idées ou des images. L'homme-âme doit avoir un intermédiaire ou un moyen de connexion qui l'unisse avec la Nature, au moyen duquel et par lequel il puisse acquérir connaissance et expérience. Ce lien est un double éthéré, ou une contrepartie de son corps physique, dans lequel il demeure établi ; et, pour l'homme-âme, le corps physique représente la Nature. Dans ce double éthéré (appelé corps astral) se trouvent les organes des sens et les centres de perception, les organes physiques extérieurs étant seulement les canaux externes ou les moyens servant à concentrer les vibrations physiques de manière à les transmettre aux organes et centres astraux où l'âme les perçoit sous forme d'idées ou de pensées. Cet homme intérieur éthéré est fait de l'éther que la science admet maintenant comme une partie néces¬saire de la Nature, mais bien qu'éthérique il n'en est pas moins substantiel. Parlant en termes de physique, tout stimulus externe venant de la nature est transféré du dehors au dedans. Mais, de la même manière, des stimuli peuvent être envoyés du dedans au dehors et c’est de cette dernière façon que nos pensées et nos désirs nous poussent à agir. Des stimuli sont envoyés de l'homme astral, à l'intérieur, vers la périphérie — le corps physique — et ils peuvent dominer le corps au point de l'altérer ou de lui causer une lésion partielle ou totale. Des cas où les cheveux deviennent gris en une nuit sont ainsi possibles. De cette même façon, la suggestion d'une cloque par brûlure peut créer un gonflement de la peau, une sécrétion, une inflammation et une douleur chez un sujet qui s'est soumis à l'influence de l'hypnotiseur. L'image ou l'idée d'une cloque s'imprime sur le corps astral et elle agit sur tous les nerfs physiques, en provoquant sensations, courants et sécrétions. Ces effets se produisent par l'intermédiaire du plexus et des ganglions nerveux sympathiques. C'est ainsi que des hommes et des femmes fanatiques en extase, gardant sans cesse en pensée l'image qu'ils se faisaient des blessures de Jésus, produisirent sur leur propre corps, par impression interne et stimulus projeté à la surface, toutes les marques des blessures par la couronne d'épines et le coup de lance. C'était de l'auto-hypnotisation, possible seulement dans l’extase hystérique fanatique. Dans ces cas, il s'est produit que la concentration mentale continue a imprimé l'image profondément sur le corps astral, et que les molécules physiques, toujours changeantes ont été impressionnées de l'intérieur, avec comme résultat les stigmates. Dans l'hypnose commandée par un tiers, la seule différence est une différence de temps ; tout comme dans les exemples qui précèdent l'opérateur doit simplement créer l'image et l'imprimer sur le sujet, après avoir soumis ce dernier au processus hypnotique, tandis que dans l'auto-hypnotisation une extase vécue pendant des durées prolongées est nécessaire pour produire l'impression complète.

Quand il y a eu soumission au processus hypnotique — ou subjugation, comme je l'appellerais — une disjonction se produit entre l'homme-âme et le corps astral, lequel se trouve dés lors privé de volonté et devient le jouet de toutes suggestions susceptibles de s'introduire sans trouver d'opposition, et celles-ci peuvent surgir et surgissent effectivement parfois sans que l'opérateur y ait pensé et qu'il en, ait eu l'intention. C'est ainsi que l'on devient sensible à la suggestion. L'idée, la pensée ou l'image d’un acte est d'abord imprimée par suggestion dans le corps astral puis on réveille le patient : au moment fixé par celui qui en a donné la suggestion, un sommeil ou état hypnotique secondaire se produit automatiquement et, à ce moment, la disjonction entre l'âme et le corps astral survenant d'elle-même, l'acte suggéré est exécuté, à moins, que — comme cela arrive rarement — l'homme-âme résiste suffisamment pour l'empêcher. En conséquence, nous signalons un élément de danger dans le fait que, au moment suggéré, l'état hypnotique survient secondairement par association. Que je sache, les hypnotiseurs n'ont pas perçu ce point. On voit que bien que le sujet ne soit plus il sous hypnose, l'influence de l'opérateur une fois projetée sur lui ne le quittera pas jusqu'au jour de la mort de l'opérateur.

Mais comment se fait-il que le sujet puisse voir sur une carte vierge la représentation d'un objet simplement parce que vous avez voulu qu'elle y soit ? C'est parce que chaque pensée de tout homme crée une image ; et une pensée d’un objet déterminé crée une forme déterminée dans la lumière astrale où existe et fonctionne le corps astral lequel interpénètre également chaque partie du corps physique. L'image du dessin voulu sur la carte étant ainsi formée, elle reste dans la lumière ou sphère astrale entourant la carte, et se trouve là, objective au sens astral du sujet hypnotisé.

Lorsque corps, âme et homme astral sont en rapport convenable, nous avons un homme sain ; mais, si on l'hypnotise, le rapport est rompu, et nous avons une personne qui n'est pas à ce moment tout à fait équilibrée. Les fous délirants sont ceux chez qui la disjonction entre l'homme astral et l'âme est complète. Lorsque le sujet hypnotisé reste des mois dans cet état, l'homme astral est devenu l'esclave du corps et de ses souvenirs, mais, comme l'âme n'est pas concernée, il n'y a pas de réelle mémoire actuelle et il n'est gardé aucun souvenir de cette période-là.

Le cas de certains sujets manifestant diverses personnalités suggère la doctrine d'une vie antérieure sur terre pour tous les hommes. La division opérée entre l'âme et l'homme astral affranchit ce dernier de certaines des limitations de la mémoire cérébrale, si bien que la mémoire intérieure peut agir, et nous avons alors le cas d'une personne revivant certaine partie d'une existence antérieure ou de plusieurs.Mais il y a également cette seconde possibilité : par ce processus, une autre entité différente peut entrer dans le corps et le cerveau et se faire passer pour la personne réelle. De telles entités existent effectivement : ce s6nt les coques astrales d'hommes et de femmes hors du corps physique. Si elles entrent, la personne devient folle, et plus d'un fou n'est qu'un corps habité par une entité qui ne- lui appartient pas.

Le processus de mise sous hypnose jusqu'ici n'est pas connu relativement à ce qui se passe en fait pour les molécules. Nous affirmons que ces molécules sont comprimées de la périphérie vers le centre au lieu d'être en expansion du dedans vers la surface. Cette contraction est l'un des symptômes de la mort et c'est pourquoi la pratique de l'hypnose est un grand pas vers la mort physique et morale. Il faudrait bien admettre l'opinion exprimée par le Dr Charcot, affirmant qu'un sujet est susceptible de tomber sous l'influence hypnotique entre les mains de n'importe qui, et que, de plus, l'hypnotisme a, parmi ses patients, généralement une foule d'hystériques, ce qui rend indiscutable la nécessité d’une réglementation légale de l'hypnotisme. Je vais encore plus loin et j'affirme ceci : bien des personnes sont déjà dans un état à demi-hypnotique, facilement influencées par les gens sans principes et sans morale ; le pouvoir d'hypnotiser et la faculté d'y être sen¬sible sont l'un et l'autre des états progressifs de notre évolution raciale dont on peut tirer parti à des fins égoïstes, méchantes et dégradantes, et qu'on utilisera effectivement, à moins que la race — et tout spécialement sa partie occidentale — comprenne et pratique la véritable éthique basée sur la fraternité de l'humanité. On trouve l'éthique la plus pure dans les paroles de Jésus, mais elle est universellement réduite à néant par l'Eglise, l'Etat et l'individu. Les doctrines théosophiques de l'homme et de la nature offrent une base vraie et nécessaire à l'éthique et une incitation à sa pratique, en la débarrassant de toute idée de favoritisme et de perspectives illogiques de damnation éternelle. Et c'est seulement à l'aide de ces doctrines que l'on peut écarter les dangers de l'hypnotisme, puisque la législation, tout en prévoyant des peines, ne changera pas ni n'empêchera les pratiques faites en privé inspirées par l'égoïsme et la cupidité.

William Q. Judge.
Traduction de « Hypnotism », article écrit par W.Q. Judge et publié dans le Path de février 1894.