Dimanche 22 Avril 2018

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Symboles Théosophiques

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symtheo 1Les symboles de la Société sont contenus dans son sceau et c'est lui qui sera décrit ici en premier. Il consiste en un serpent qui forme un cercle et se mord la queue, ou (l'avale). Á l'intérieur de ce cercle, l'association de deux triangles donne ce qu'on appelle le « Sceau de Salomon » ; l'un des triangles a sa pointe dirigée vers le haut, l'autre vers le bas. Celui qui est tourné vers le haut est blanc, ou de nuance approchante, avec l'autre triangle qui est foncé : c’est ainsi qu'il devrait toujours être représenté.
Sur la circonférence tracée par le serpent, et près de sa tête, se trouve, dans le plan médian de la figure, un petit cercle au milieu duquel figure le Swastika, simple croix dont les quatre extrémités sont défléchies lat6ralement. Á l'intérieur de l'espace central délimité par les deux triangles entrelacés, est figurée la célèbre croix des Égyptiens, ou croix ansée, qui est de beaucoup plus ancienne que le symbole chrétien. C'est une croix privée de son bras supérieur, qui est remplacé par un ovale dont la base étroite repose sur le sommet de la croix, en formant ainsi le bras supérieur. Ce symbole doit être de couleur blanche. Autour de l'ensemble est inscrite la devise de la Société : « Il n'y a pas de religion au-dessus de la vérité » — devise de famille des Maharajahs (grands rois) de Bénarès, la cité sacrée de l’Inde. Parfois, au-dessus du sceau, est inscrit le mot « OM », mot sacré des hindous avec la première lettre de l'alphabet sanskrit.

Tous les membres de la Société seront intéressés d'apprendre que, contrairement aux dires de certaines personnes qui prétendent avoir inventé ce sceau tel qu'il vient d'être décrit, et l'avoir créé pour la Société lors de ses débuts en 1875, en fait, bien avant cette époque, et avant que ces personnes aient même entendu parler de Théosophie, Madame Blavatsky utilisait pratiquement le même sur son papier à lettre personnel, dont quelques feuilles se trouvent dans mon bureau, ainsi que la plaque gravée originale ayant servi à imprimer ce papier. La couronne de comtesse figurait au-dessus de ce sceau et ses initiales étaient au centre, â la place de la croix égyptienne. Quelques années après que la Société eut adopté le sceau, un personnage nommé Bothell, de Bath (Angleterre), en produisit une imitation hybride en morcelant le serpent en trois parties, comme pour montrer que l'évolution s'était divisée en trois éléments hétérogènes, puis il fut imité par quelqu'un en Amérique qui vendit des amulettes et des philtres d'amour, tout en pillant généreusement tous les livres et périodiques théosophiques dans le but de faire un livre vendable sur les mystères de l'Égypte. Ces imitations puériles se dénoncent suffisamment d'elles-mêmes aux yeux de' quiconque possède quelque connaissance de la symbologie.

Notre sceau suggère l'idée de l'homme régénéré qui, symbolisé par la croix, se trouve au centre, à l'intérieur des triangles clair et sombre entrelacés, et est pris dans le cercle du grand serpent ou dragon de l'évolution et de la matière. Mais une analyse des différentes parties du tout nous permettra de comprendre et de saisir toutes ses significations. Car, en symbologie, le symbole n'est juste que s'il représente exactement toutes les idées qu'il est censé traduire et que si, dans toutes ses parties, il reste logique avec l'ensemble et se révèle compatible avec la tradition et les règles des Anciens. Il doit aussi, lorsqu'il est bien compris, être d'un caractère tel que, lorsqu'on l'observe, ou qu'on y pense en formant son image dans le mental, toutes les idées et doctrines qu'il représente reviennent à l'esprit du penseur. C'est pourquoi les symboles confus sont inutiles et ceux qui sont justes sont de la plus grande utilité. En vérité, la même règle s'applique en ce qui concerne la clairvoyance — qui constitue un sujet très différent — car, dans ce cas, le symbole, qui est formé par l'image de la personne ou de la chose que l'on désire voir par clairvoyance, peut assister le voyant, ou l'égarer, selon qu'il a quelque valeur ou non. De plus, les symboles sont précieux pour la raison plus profonde qu'à l'opposé des livres, des écrits et d'autres oeuvres humaines voués â l'oubli et à la destruction au cours des âges, les grands symboles demeurent. Notre zodiaque en constitue une collection et, bien que son antiquité reste un mystère, on le trouve toujours représenté dans nos almanachs et figuré dans les livres sacrés ou les monuments de toutes les époques et civilisations. Même de nos jours, les matérialistes les plus endurcis se demandent s'il ne serait pas possible de communiquer avec les habitants d'autres planètes en utilisant des symboles, un peu comme on procède pour communiquer avec les sauvages â l'aide d'un langage par signes.

symtheo 2Considérons le serpent formant le grand cercle du sceau. Lorsqu'il avale sa queue il représente le cycle de l'éternité, ou la grande spirale de l'évolution ou le Manvantara. C'est le cercle de nécessité des Égyptiens, le sentier des nombreuses réincarnations de l'âme. Le serpent par lui-même a déjà cette signification, car il rejette sa peau périodiquement, comme le fait l'homme à chaque mort de ses nombreux corps. Il signifie aussi sagesse, car le Serpent a reçu l'épithète de sage, et, comme il est indiqué dans la Doctrine Secrète, ce mot désigne aussi les Maîtres de Sagesse et de puissance. Lorsque sa queue entre dans sa gueule, le serpent symbolise la rotation perpétuelle du cercle, ou l'apparition et la disparition périodiques de l'univers manifesté. Ceci se rencontre dans presque toutes les bibles. St Jean parle du grand dragon balayant de sa queue le tiers des étoiles du ciel et les précipitant sur la terre. Autrement dit, au cours de cette vaste évolution, le serpent dont nous parlons fit descendre des Egos des étoiles jusqu'à ce globe — ou les y fit monter, si vous préférez et pensez que ce globe vaut mieux que les autres dans le ciel. Sous la forme d'un cercle, c'est le symbole de la perfection, car le cercle est la figure la plus parfaite qui, également, dans ses différentes relations, nous révèle la grande doctrine selon laquelle l'univers a été construit sur la base du nombre, du poids et du nombre, et est contrôlé ou guidé par l'harmonie, alternativement perturbée et restaurée.
Car, bien que la circonférence et le diamètre soient dans le rapport de 3 à 1, cependant, si l'on est précis, il y a un reste formé d'une suite de chiffres qui ne peut être écrite car on ne saurait en atteindre la fin. C'est là la quantité inconnue qui entre perpétuellement en jeu dans la succession des événements et qui tend toujours à restaurer l'harmonie.

symtheo 3Viennent ensuite, par ordre d'importance, les deux triangles entrelacés. Ils constituent le « Sceau de Salomon », ainsi appelé parce que, selon la croyance populaire, Salomon s'en servait pour agir sur les génies qui lui étaient soumis. Selon une légende courante chez les Maures, il avait emprisonné l'un des esprits de la Mer Rouge dans une jarre sur le haut de laquelle était inscrit ce sceau. Mais ce n'est guère là l'origine de ce symbole. Sur une très ancienne monnaie indienne que je possède, on peut voir le même sceau entouré de rayons de soleil ; ce graphisme était connu dans l'Hindoustan dans les temps primitifs. Deux amis brahmanes de l'auteur déclarent que ce symbole a toujours été connu de leur caste. Dans Isis Unveiled [Isis Dévoilée] (volume II, p.266), H.P. Blavatsky en donne une très bonne explication, accompagnée de deux diagrammes illustrant sa représentation selon les hindous et les juifs. Ces triangles symbolisent également la constitution septuple de l'homme et de tout ce qui existe. Ils présentent six sommets et six triangles entourant un espace central qui constitue leur septième division et qui représente ici le septième principe ou, plus correctement, le penseur, placé au centre de l'univers et touchant toutes les choses par les six côtés, au moyen des six triangles. Les sommets de ceux-ci sont en contact avec le serpent ou la grande roue circonscrite de l'évolution, dans laquelle et par laquelle le penseur gagne l'expérience au contact de la nature. Le triangle blanc — appelé le triangle supérieur — renvoi à l'esprit, et le triangle inférieur, sombre, à la matière ; entrelacés, ils signifient, comme il est dit dans la Bhagavad Gîtâ, que l'esprit et la matière sont co-éternels et à jamais unis. Dans ce sens, ils représentent également les grands opposés dans la nature et dans le mental, du bien et du mal, du jour et de la nuit, du mâle et de la femelle, de la liberté et de l'esclavage, du chaud et du froid, et des grands contrastes au moyen desquels nous pouvons finalement découvrir la vérité. Cette représentation symbolique fait l'objet d'une attention particulière dans la Kabbale. Ainsi, il est dit que sa représentation dans ce monde est une réflexion ou image inversée du véritable triangle qui se trouve dans les mondes supérieurs. Mais cette affirmation n'apporte pas grand chose car si l'on essaie de renverser l'image sur un papier, on verra que la figure ainsi obtenue comportera un triangle noir avec le sommet tourné vers le haut, ce qui dans les textes mystiques signifie le règne de la magie noire. C'est probablement ce que voulaient dire les Cabalistes, qui s'ingéniaient à appeler ce monde le monde de ténèbres, ou l'enfer.

On peut également obtenir le trente-troisième degré de la Franc-maçonnerie à partir de ce symbole. C'est le degré du Consistoire ou Conseil, l'emblème de la grande confrérie des Sages ou des Gouverneurs, l'ensemble ou la somme de tous les autres. L'idée ainsi illustrée peutsymtheo 4 sembler nouvelle aux francs-maçons mais elle n'en est pas moins correcte. Retournez le symbole vers le bas, de manière à renverser la figure, et vous en obtenez deux ; dont l'une est, comme il est dit dans la Kabbale des Juifs, l'image de l'autre.

symtheo 5Prenez ensuite les deux lignes grandes obliques qui se coupent au centre de l'image, et en les utilisant comme miroirs, faites une réflexion des quatre triangles qui coupent ces deux obliques : vous obtiendrez le dessin ci-contre, dans lequel se trouvent trois petits « sceaux de Salomon » inscrits dans un plus grand. Maintenant, si l'on compte les espaces fermés ou divisions de ce nouveau diagramme, on en trouvera trente-deux [soit 26 triangles, 4 losanges et 2 trapèzes] puis, en y ajoutant la figure prise dans son ensemble, on obtient le nombre trente-trois, ou le Consistoire, qui peut être placé dans le point au centre de l'ensemble. Ceci peut paraître fantaisiste mais ne l'est guère davantage que bien d'autres choses dans la Maçonnerie. Cela a au moins l'avantage d'être correct malgré son étrangeté. Le nombre de divisions ou d'espaces fermés, auquel s'ajoute la figure dans son ensemble conduit aussi au nombre de 33 crores (330 millions N. d. T.) de dieux ou forces de la nature comptés dans l'ancien Panthéon hindou.

symtheo 6Non moins ancienne et intéressante que les triangles est la croix égyptienne placée au centre même du sceau, â l'intérieur de l'espace â hexagonal, délimité par les triangles entrelacés. Cette croix devrait être d'un blanc éclatant, car elle représente l'homme régénéré, ainsi que la vie. L'ovale au sommet représente la matière et les bras inférieurs l'esprit qui, en union avec la matière, constitue la vie, à la fois matérielle et spirituelle. Cette croix est aussi le signe de Vénus. Et Vénus est la soeur aînée de la terre, selon la Doctrine Secrète. Les modifications qui nous affectent sont ressenties sur Vénus, et celles qui se produisent sur elle nous touchent également. Cette croix s'observe sur presque tous les papyrus Égyptiens. Le Livre de Job est, en réalité, une traduction quelque peu modifiée du Livre des Morts utilisé par les Égyptiens. Dans ce livre, l'âme — ou le candidat — entre dans la Salle des Deux Vérités pour y subir le jugement devant Osiris. Il s'agit de Job. En entrant, il se tient debout devant Isis, qui est une jeune fille vierge, et il dit : « J'ai fait un pacte avec mes yeux m'engageant à ne pas jeter mes regards sur une vierge ». Elle tient dans sa main le symbole illustré ici, qui représente la vie. Ce symbole se trouvait dans la main des gardiens des morts et en maints autres endroits différents. Sur les papyrus du British Museum et sur les monuments d'Égypte, ou d'Europe et d'Amérique, on le retrouve aussi très souvent. Si l'on compte la fréquence avec laquelle apparaît ce symbole sur l'obélisque apporté d'Égypte par le commandant Gorringe, et actuellement érigé dans Central Park à New York, on l'y trouve plus de trente fois. L'année dernière, en examinant un sarcophage présenté pour quelque raison â Tacome, (état de Washington), j'ai pu voir un grand nombre de ces croix peintes sur les parois. C'est l'un des plus anciens de tous les symboles.

symtheo 7La croix à extrémités défléchies sur le côté, située dans le petit cercle placé sur le serpent au sommet du sceau, en contact avec le sommet du triangle supérieur, est le Swastika. On le rencontre presque partout en Orient, ainsi que dans le christianisme primitif et ailleurs en Europe. Plusieurs significations lui ont été attachées ; parfois il représente le tourbillon de la volonté et aussi la « Roue de la Loi » mentionnée à la fois dans les livres bouddhistes et brahmaniques. On dit que, lorsqu'ils viennent, les Bouddhas donnent un nouveau tour à la Roue de la Loi ; et Krishna déclare à Arjuna que celui qui n'apporte pas sa contribution pour maintenir convenablement la rotation de la grande roue de l'action et de la réaction entre les deux mondes vit une vie de péché et sans but. En Inde, le Swastika représente le point ou le centre dans lequel se déversent les forces provenant du grand inconnu pour se révéler ensuite dans des manifestations variées ; il est également une représentation de la grande meule des Dieux, au centre de laquelle se tient l'âme et où sont entraînées toutes les choses par la rotation de l'axe pour y être broyées, amalgamées et transformées mainte et mainte fois.

symtheo 8Nous terminerons ici l'analyse du sceau de la Société. En 1875, â la demande du Colonel Olcott, l'auteur du présent article dessina un modèle d'épingle destinée à l'usage des membres et qui fut réalisé pour la première fois par un joaillier de Malden Lane. Cette épingle représente le serpent associé au tau Égyptien de manière à former le sigle « T.S. ». L'illustration ci-contre en donne une image d'après une matrice faite l'an dernier à partir de l'ancien dessin, à un moment où les épingles commencèrent à être d'un usage plus fréquent que précédemment. Actuellement, un bon nombre de membres en Amérique et en Europe portent cette épingle symbolique. Le Colonel Olcott en possède une qui lui fut offerte par un théosophe New Yorkais juste avant le dernier congrès de Londres.
Le mot sanskrit « AUM », placé au sommet du sceau, ainsi que la devise, sont des additions ultérieures, adoptées après la venue en Inde de Madame Blavatsky et du Colonel Olcott. Dans la position qui lui est assignée, le mot AUM doit être lu comme la « Fontaine de Lumière, le Soleil qui illumine notre esprit, et le but de nos efforts » — c'est-à-dire, la vérité, car la Théosophie nous prouve constamment qu'« Il n'y a pas de religion au-dessus de la vérité ».

W.Q. Judge
Article paru en anglais dans la revue The Path, d’avril 1892. Traduction en français dans le Cahier Théosophique n°150 – © Textes Théosophiques -

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la division septuple

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Pourquoi ne pas changer la nomenclature ?
Le livre de Mr. Sinnett, le Bouddhisme Esotérique, a fait beaucoup pour présenter à l’Occident la philosophie orientale au sujet de l’homme et de sa constitution, mais il a aussi servi à perpétuer l’usage d’un mot qui induit en erreur et qui est incorrect. Dans cet ouvrage, à la page 61, il est dit : « La Science Esotérique reconnaît sept principes distincts constituant l’homme », puis il énumère la division comme suit : Le corps, la vitalité, le corps astral, l’Esprit ou Ataman. Mais si l’Esprit est, comme toute la philosophie l’enseigne, en tout, et s’il se manifeste dans tout, il est erroné d’en faire un principe de la série. Ceci nous fit accuser dès le début, d’incompréhension, tendant à faire oublier qu’Atma renferme tous les autres principes et en est le substratum. Aux Indes, cela provoqua une discussion prolongée, et par moment, très ardentes, entre les partisans rigides de la classification septénaire du Bouddhisme Esotérique, et plusieurs Hindous instruits ou non, qui défendaient une division quaternaire ou quintuple. Au cours de ce débat, le principal adversaire hindou, tout en soutenant un système différent, admit l’existence d’une classification ésotérique septénaire réelle », qui ne pouvait naturellement être divulguée au public. Mr. Sinnett s’était évidemment trompé en affirmant que la division signalée en premier lieu était le système ésotérique.

Il semble bien qu’une bonne part de ces fausses conceptions et différences pourrait être évitée, si on adoptait un mot qui serait employé invariablement, et qui exprimerait clairement l’idée qu’on veut énoncer. Comme l’enseignement primordial de la Théosophie affirme que tous ces prétendus corps et apparences n’ont qu’un seul but : permettre à l’UN – l’Atma – de comprendre parfaitement la nature et de « réaliser le but de l’âme » - pourquoi ne pas appeler tout ce qu’il emploie dans ce but, du nom de véhicules ? Ce nom est strictement d’accord avec tous les aspects de la philosophie. C’est en effet la même chose que le terme Upadhi, ou base, fondement, porteur. En l’employant, nous ne commettrons aucune erreur si nous disons que la Théosophie postule qu’Atma agit avec les six véhicules et par eux. Strictement parlant, le corps est un véhicule pour le corps astral, celui-ci pour le suivant, et ainsi de suite jusqu’à Atma, qui est ainsi considéré comme étant tout en tout, ainsi que l’enseigne clairement la Bhagavad-Gita. Ce changement, ou l’emploi d’un autre terme que celui de « principes » devrait être adopté par tous les Théosophes, car chaque jour de nouveaux esprits posent de nouvelles questions, et les Théosophes eux-mêmes doivent en vérité être prudents dans l’emploi de leurs termes lorsqu’ils traitent de ces sujets. Ou si l’on veut plus de clarté, disons qu’il y a un principe qui agit par six véhicules.
La division est la suivante :

Atma (l'Esprit) est le principe Un indivisible
Les véhicules de l'Esprit sont :
Buddhi l'Âme spirituelle
Manas l'Âme humaine
Kama Rupa l'âme animale
Linga Sharira le corps astral
Prana ou Jiva la Vitalité
Rupa le corps  

Les noms ont un pouvoir, et si nous continuons à parler de sept principes, alors qu’en réalité il n’y a qu’un, nous obscurcissons sans cesse notre conception de la vérité théosophique.

Eusebio Urban (W.Q. Judge)
Cet article fut publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le The Path d’avril 1890. Traduction en français parue dans le Revue Théosophie, volume VII, n°5, janvier 1932.

La Bhagavad-Gîtâ ou chant céleste La philosophie de la vie - Sélections

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Sélections choisies de La Bhagavad-Gîtâ

Chapitre 2

« Tu te lamentes pour des êtres sur lesquels il ne faudrait pas se lamenter et tes sentiments sont ceux des commentateurs de la lettre de la Loi. Les sages versés dans les choses spirituelles ne se lamentent ni sur les morts, ni sur les vivants. Jamais il ne fut un temps où moi, ni toi, ni tous ces princes de la Terre, cessâmes d'exister ; et nous ne pourrons jamais cesser d'exister dans l'avenir. Ainsi que le Seigneur de cette dépouille mortelle y éprouve tour à tour l'enfance, la jeunesse et la vieillesse, de même les éprouver a-t-il dans les incarnations futures. Celui qui est convaincu de cette vérité ne peut jamais être troublé, quoi qu'il lui arrive. Les sens, se dirigeant vers les objets qui leur sont appropriés, sont les producteurs de la chaleur et du froid, du plaisir et de la douleur — effets qui se manifestent et disparaissent, et sont brefs et changeants. Supporte-les, ô fils de Bharata ! Car le sage qui n'en est point dérangé, et qui endure d'une âme égale les joies et les douleurs, est prêt pour l'immortalité. Il ne peut y avoir d'existence pour ce qui n'existe pas, ni de non-existence pour ce qui existe. La caractéristique ultime de ces deux modalités est perçue par ceux qui voient la vérité et qui pénètrent les principes des choses. Sache que ce qui fit naître toute chose est incorruptible, et que nul ne peut détruire CELA, l'Inépuisable. Il est dit que ces corps limités, enveloppant les âmes qui les habitent, sont à Lui, l'éternel, indestructible et insondable Esprit qui séjourne dans les corps. C'est pourquoi, ô Arjuna, résous-toi au combat. L'homme qui croit que c'est cet Esprit qui tue, et celui qui pense qu'il peut être détruit, sont également dans l'erreur, car il ne tue pas et ne peut être tué. Il ne s'agit pas ici de quelque chose dont un homme puisse dire : " Cela a été, cela va être, ou cela sera plus tard " ; car l'Esprit est sans naissance et n'encourt pas la mort ; il est ancien, constant et éternel, et il n'est point abattu quand sa dépouille mortelle est détruite. Comment l'homme qui croit l'Esprit incorruptible, éternel, inépuisable et sans naissance, pourrait-il penser qu'il puisse tuer ou être tué ? De même que l'homme se débarrasse de ses vêtements usés pour en revêtir de neufs, ainsi l'habitant du corps, ayant quitté ses vieilles enveloppes mortelles en prend d'autres qui sont neuves. L'épée ne peut le diviser, ni le feu le brûler, ni l'eau le corrompre, ni le vent le dessécher ; car il est indivisible, inconsumable, incorruptible et ne peut être desséché ; il est éternel, universel, permanent, immuable, invisible, inconcevable et inaltérable ; par conséquent, le sachant tel, tu ne devrais pas t'affliger. Mais, si tu crois qu'il est de naissance et de durée éternelles, ou bien qu'il meurt avec le corps, jamais cependant tu n'as le droit de le pleurer. La mort est certaine pour toutes les choses qui sont nées, et la renaissance est certaine pour tous les mortels ; par conséquent, il ne te sied guère de te lamenter sur l'inévitable. L'état prénatal des êtres est inconnu ; l'état intermédiaire est évident ; et on ne peut découvrir leur état après la mort. Y a-t-il là de quoi se lamenter ? Certains considèrent comme une chose miraculeuse l'esprit incarné, d'autres en parlent et d'autres en entendent parler avec étonnement ; mais aucun ne le réalise, même après en avoir entendu la description. Cet esprit ne peut jamais être détruit dans l'enveloppe mortelle qu'il habite, il est donc indigne de toi d'être troublé pour tous ces mortels » (versets 12 – 30).

Chapitre 3

« Rapportant tout acte à moi et concentrant ta méditation sur le Soi Supérieur, résous-toi à combattre, sans espoir, exempt d'égotisme et libéré de l'angoisse » (verset 30).

Chapitre 4

« Cherche cette sagesse en servant, par une puissante recherche, au moyen de questions et de l'humilité ; les sages qui voient la vérité te la communiqueront et, la connaissant, jamais, ô fils de Bharata, tu ne retomberas dans l'erreur. Par cette connaissance tu verras toutes choses et toutes créatures en toi-même d'abord et ensuite en moi. Même si tu étais le plus grand des pécheurs, tu parviendrais à traverser l'océan des péchés sur la barque de la connaissance spirituelle. Tel le feu naturel, ô Arjuna, réduit le bois en cendres, de même le feu de la connaissance réduit en cendres toutes les actions. Il n'existe ici-bas nul purificateur comparable à la connaissance spirituelle ; et celui qui est parfaitement consacré verra, dans le cours des temps, la connaissance spirituelle jaillir spontanément en lui. L'homme qui a discipliné ses sens et ses organes et possède la foi obtient la connaissance spirituelle et, l'ayant obtenue, ne tarde pas à atteindre à la suprême tranquillité » (versets 34 – 39).

Chapitre 5

« L'assimilation à l'Esprit Suprême est des deux côtés de la mort pour les hommes libérés du désir et de la colère, qui sont tempérés, dont les pensées sont soumises et qui connaissent le Soi véritable » (verset 26).

Chapitre 6

« Lorsque l'homme a renoncé à toute intention, lorsqu'il est exempt de tout attachement à l'action en rapport avec les objets des sens, il est considéré comme ayant atteint à la méditation. [5] Il doit élever le soi par le Soi, sans jamais souffrir l'avilissement du Soi ; car le Soi est l'ami du soi, et également le soi est son propre ennemi » (versets 4 – 5).
« L'homme qui possède la connaissance spirituelle et le discernement, qui se tient imperturbable sur la hauteur et a vaincu les sens, pour qui la pierre et l'or sont d'égale valeur, cet homme est considéré comme consacré ». (Verset 8).

Chapitre 7

« Je suis la vie dans toutes les créatures et, en ceux dont le mental est fixé sur l'Esprit, je suis la faculté de concentration. » (Verset 9).
« Lorsque, discipliné par la pratique du Yoga, en repos et percevant le Soi par le soi, il est satisfait ; lorsque, connaissant la béatitude illimitée qui est indépendante des objets des sens, il atteint l'état d'où rien ne peut le détacher de la réalité ; lorsqu'il a acquis ce qu'il considère comme supérieur à tout, et que, s'y trouvant établi, il ne peut en être délogé même par la plus grande souffrance » (Versets 20-21).

Chapitre 8

« Quiconque médite sur l'Omniscient qui est sans commencement, le Souverain Suprême, plus infime que l'atome, le Soutien de tout, à la forme incompréhensible, brillant comme le soleil au-delà des ténèbres, s'il médite ainsi, avec un mental inébranlable, en s'identifiant à la consécration, en concentrant le pouvoir de sa méditation à l'heure de la mort, ses forces vitales étant placées entre les sourcils, il atteint à ce Divin Esprit Suprême » (versets 9-10). 
« Celui qui ferme toutes les portes de ses sens, qui emprisonne son mental dans son cœur, qui concentre ses pouvoirs vitaux dans sa tête et, fermement fixé dans la méditation, [13] en répétant la monosyllabe OM, persiste ainsi au moment de quitter le corps, celui-là va au but suprême. » (Versets 12-14).

Chapitre 9

« À toi qui écoutes sans esprit de critique, je vais maintenant révéler la connaissance la plus mystérieuse, en lui associant un aspect de sa réalisation et, lorsque tu l'auras connue, tu seras délivré du mal. Cette connaissance est la science royale, le souverain mystère, le purificateur par excellence ; elle est clairement compréhensible, conforme à la loi sacrée, facile à mettre en pratique et inépuisable. Ceux qui ne croient pas à cette vérité, ô persécuteur de tes ennemis, ne me trouvent pas ; attachés à la roue de la renaissance, ils retournent dans ce monde, demeure de mort (versets 1-3).
« Je suis le père et la mère de cet univers, le procréateur originel et le préservateur ; je suis le Saint, l'objet de la connaissance, la syllabe mystique purificatrice OM, le Rig, le Sâman, le Yajur et tous les Veda. Je suis le but, le Consolateur, le Seigneur, le Témoin, le lieu de repos, l'asile et l'Ami ; je suis l'origine et la dissolution, le réceptacle, le dépôt et l'éternelle semence. Je produis la lumière, la chaleur et la pluie ; j'émets et absorbe tour à tour ; je suis la mort et l'immortalité ; je suis la cause invisible et l'effet visible. » (Versets 18-19). 
« Je suis le même pour toutes les créatures ; je ne connais ni haine, ni préférence ; mais ceux qui me servent avec amour demeurent en moi et moi en eux. » (Verset 29).

Chapitre 10

« Je suis l'Ego qui réside dans le cœur de tous les êtres ; je suis le commencement, le milieu et la fin de toutes les choses existantes » (verset 20).
« Je suis, ô Arjuna, la semence de toutes les choses existantes, et il n'y a rien, tant animé qu'inanimé, qui soit exempt de moi. Mes manifestations divines sont infinies, ô persécuteur de tes ennemis ; toutes celles que je viens de mentionner n'en sont que des exemples. Sache que toute créature permanente, favorisée du sort ou puissante, est issue également d'une fraction de mon énergie. Mais qu'as-tu à faire, ô Arjuna, de tant de connaissances ? J'ai établi cet univers entier avec une seule fraction de moi-même et je reste inchangé. » (Versets 39 à 42).

Chapitre 11

« Celui qui consacre toutes ses actions à moi seul, qui me considère comme le but suprême, qui est uniquement mon serviteur, détaché du fruit de l'action et sans inimitié envers quelque créature que ce soit, celui-là vient à moi, ô fils de Pându. » (Verset 55).

Chapitre 12

« Est cher à mon cœur celui de mes fidèles qui est sans inimitié, bienveillant envers toutes les créatures, miséricordieux, entièrement exempt d'orgueil et d'égoïsme, le même dans la souffrance et dans la joie, patient dans l'injustice, satisfait, d'un zèle constant, maître de soi, ferme dans ses résolutions et dont le cœur et la pensée sont fixés exclusivement sur moi. Est aussi mon bien-aimé celui qui n'inspire pas de crainte aux hommes et ne craint pas les hommes ; qui est affranchi de la joie, de l'abattement et de la crainte du mal. Celui d'entre mes fidèles qui ne vit pas dans l'attente de quelque chose, qui est pur, juste, impartial, sans peur et qui a renoncé à tout intérêt pour les résultats de l'action, celui-là est cher à mon cœur. Est digne aussi de mon amour celui qui ne se réjouit ni ne critique, qui ne se lamente ni ne convoite et qui, étant mon serviteur, a abandonné tout intérêt aux bons comme aux mauvais résultats. Est aussi mon serviteur bien-aimé celui qui est d'esprit égal envers l'ami et l'ennemi, le même dans l'honneur et l'opprobre, le froid et le chaud, le plaisir et la douleur et qui n'est pas préoccupé par l'aboutissement des choses ; pour qui le blâme et la louange sont identiques, qui mesure ses paroles, est satisfait quoi qu'il arrive, qui n'a pas d'habitation fixe et dont le cœur, tout à la dévotion, est fermement établi. Mais les plus chers d'entre mes fidèles sont ceux qui cherchent cette ambroisie sacrée — la religion de l'immortalité — telle que je viens de l'expliquer, ceux qui ont une foi ardente, qui aspirent à moi par-dessus tout et qui se sont identifiés à la consécration. » (Versets 13-20).

Chapitre 13

« Comme l'Akâsha au mouvement universel, grâce à sa subtilité, pénètre partout sans être modifié, ainsi l'Esprit, bien que présent dans tous les corps, n'est pas attaché à l'action et n'en est pas affecté. De même qu'un seul soleil illumine le monde entier, ainsi l'Esprit Unique illumine chaque corps, ô fils de Bharata. » (Versets 32-33).

Chapitre 15

« II y a deux espèces d'êtres dans le monde, l'une divisible, l'autre indivisible ; la divisible comprend toutes choses et toutes les créatures, l'indivisible est appelée Kûtastha — qui se tient imperturbable sur la hauteur. Mais il existe un autre esprit appelé l'Esprit Suprême — Paramâtma — qui pénètre et soutient les trois mondes ». (Versets 16-17).

Chapitre 18

« Il y a dans le cœur de chaque créature, ô Arjuna, le Maître — Îshvara — qui, par son pouvoir magique, cause la rotation de toutes les choses et de toutes les créatures sur la roue universelle du temps. Prends refuge en lui seul, ô fils de Bharata, et de toute ton âme ; par sa grâce tu obtiendras le bonheur suprême, le lieu éternel. Ainsi, je t'ai communiqué cette connaissance qui est un mystère plus secret que le secret lui-même ; approfondis-le avec ta raison ; agis comme il te semblera le mieux. Mais écoute encore les paroles suprêmes, les plus mystérieuses, que je vais maintenant te révéler pour ton bien parce que tu es mon bien-aimé. Place ton cœur en moi tel que je me suis révélé, sers-moi, ne sacrifie qu'à moi, ne t'incline que devant moi et tu viendras à moi ; je le jure car tu m'es cher. Abandonne toute autre religion et prends-moi comme seul refuge ; ne t'afflige pas, car je te délivrerai de tous les péchés. » (Versets 61-66).

Extraits de La Bhagavad-Gîtâ – Éd.. Textes Théosophiques.

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La Théosophie comme guide dans la vie

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Nous sommes dans une époque de bon sens, et chaque système de pensée ou chaque théorie doit donner la preuve de son utilité. On reproche fréquemment aux Églises, de fidéliser sur la base d’une simple croyance si peu profitable. Leurs multiples crédos ont évolué constamment au cours des siècles au grè des controverses théologiques ou du progrès de la science, et aujourd’hui elles se présentent en sectes divisées, chacune ayant un attirail de réponses bigotes sur tout. Une proportion, non des moindres, de ces sujets concerne des thèmes éloignés de la vie pratique, et vérifiables. Ces sujets concernent des questions comme le nombre et la nature des Êtres Divins, le caractère et la portée de la Volonté Divine, l’immuabilité de la vie future, les meilleures formes de sacrements ecclésiastiques, etc. – peu de preuves sont données, et s’ils sont démontrés, ils n’ont pas d’application pratique. De plus, qu’il y ait, un ou trois Dieux, prédestination ou pas, que les méchants soient condamnés à une peine éternelle ou temporaire, que le baptême soit efficace pour gagner le pardon, il est évident que toutes ces sectes n’ont pas fait de cette terre un lieu digne de recevoir l’influence divine ou de nous libérer des maux dont c’est pourtant leur rôle de nous délivrer. Les Églises sont assurément en échec dans leur rôle de propager la morale, combattre le mal, et régénérer la société. Hélas, pratiquement plus personne ne pense qu’elles puissent régénérer la société. La multiplication des petites sectes n’a rien fait pour enrayer cette dérive.
Les choses étant ainsi, il est évident qu’ajouter une nouvelle croyance ne changera rien. Le philanthrope et le croyant dévoué sont tous deux intéressés par le progrès humain, mais si une solution de progrès leur est présentée, ils rappellent qu’une simple croyance ne suffit pas. Ils disent, avec beaucoup de vérité, que nous n’avons pas besoin d’une nouvelle tribune ou Église, mais de quelque chose de nouveau et d’une impulsion fraîche. Si la Théosophie ne peut proposer de but meilleur que les sectes actuelles, si elle ne peut éveiller de meilleurs motifs, ni montrer des résultats plus palpables et probants, il est probable qu’elle sera rapidement rejetée. Mais, d’un autre côté, si elle offre une perspective meilleure et une impulsion plus stimulante, et si elle peut prouver son efficacité là où les solutions conventionnelles ont échouées, alors elle attirera l’attention. L’aspect doctrinal est secondaire, bien qu’il soit mieux, évidemment, qu’un système éthique reposent sur une base rationnelle.
Voyons si un système nouveau, tel que la « Théosophie », qui a récemment attiré l’attention de nos penseurs, possède les qualités requises pour se substituer aux religions présentes qui n’ont pas été capables de réformer l’humanité. La Théosophie peut-elle le faire ?

Premièrement – La Théosophie abolit la cause du mal et de la plupart des souffrances de la vie.
La cause du mal est dans l’attitude égoïsme. Chaque forme de malhonnêteté, violence, offense, fraude, incivilité, résulte du désir de satisfaire son but égoïste, au détriment du droit d’autrui. Toute agression vis-à-vis des autres, toute tentative pour s’approprier leur confort, biens, ou projets, tout efforts pour les rabaisser, écarter, ou humilier, montre qu’on veut en priorité satisfaire un projet personnel. C’est également vrai des vices personnels, de l’impiété et du mépris personnel à toute autorité divine. Ainsi la racine de tout le mal vis-à-vis du Divin, des autres hommes, ou nous-mêmes réside dans l’amour égoïste, un amour de soi si fort qu’il sacrifie tout pour satisfaire ses propres fins.
Cette complaisance à deux conséquences. Premièrement, les souffrances causées par la convoitise, la déception, la jalousie, et tous les causes et passions fortes qui affectent la pensée centrée sur son moi, et ne permettent pas l’expression des joies nobles et douces, qui sont le fruit de la bienveillance et de l’altruisme. Deuxièmement, les divers modes de punitions que la société est obligée de prendre, pour se protéger, des graves agressions – centres de travail, prisons, et gibets qu’aucun pays civilisé, ni église, n’exclutent. Et si nous tentons d’imaginer quelle serait une société universelle, où il n’y aurait plus d’égoïsme parmi les hommes, nous pensons à un pays sans tribunaux, prisons, ou policiers, sans spéculation, chicanerie, ou tromperie, et une communauté où aucun cœur ne convoiterait, où il n’y aurait ni artifice, tristesse et souffrance. La cause de la souffrance universelle serait éradiquée, et tarie à sa source.
Maintenant voici ce qu’enseigne la Théosophie. Sa doctrine cardinale est l’absolue égalité des droits de chaque homme et l’obligation universelle de les respecter. Si les biens de mon voisin – sur le plan affectif, matériel, bonheurs, et autres – sont à considérer tout autant que les miens, et si je le ressens, je ne convoiterais rien. Plus encore, si je ressens la nécessité d’une vraie fraternité parmi les hommes, et si je suis en accord avec la loi de sympathie qu’elle implique, si je réalise que le plus grand plaisir est de donner de l’amour plus que d’en recevoir, je ne serais plus un pacifique passif, mais un bienfaiteur actif. En d’autres mots, je serais un vrai philanthrope. Alors je serais pleinement heureux, car “celui qui donne sa vie, sera sauvé”. C’est une parole chrétienne ? Très bien ‒ c’est aussi la pure Théosophie !

Deuxièmement – La Théosophie affirme constamment cette vérité que tout acte bon ou mauvais recevra son dû.
La plupart des systèmes religieux affirment l’inverse. Ils promettent généralement l’absolution des péchés et une béatitude post-mortem acquise sans mérite. Mais si le salut peut s’obtenir sans mérite, et les devoirs délégués à d’autres, le chaos s’installe dans l’ordre moral du monde. En plus, les injustices criantes de la vie humaine, qui affligent tout cœur aimant et en blesse d’autres, sont incalculables. Toutes les inégalités, contradictions et instabilités autour de nous sont si fortes et sans solutions. Pourquoi le mal prospère et le bien s’appauvrit et ce mystère rester insondable. Une obscurité recouvre les plus grandes interrogations humaines.
La Théosophie éclaire d’un coup tous ces problèmes. Elle insiste sur le fait que les causes morales ne sont pas moins efficientes que les causes physiques, et qu’un effet, bon ou mauvais, sera la conséquence certaine de tout acte moral. Il n’y a pas d’échappatoire, ni perte, ni rien d’incertain. La loi est absolument immuable et infaillible. Chaque centime qui est dû devra être remboursé, par son débiteur. Pas nécessairement en une vie, mais quelque part et d’une certaine manière le long de la grande chaîne des incarnations jusqu’à ce que justice soit faite. Les effets de causes générées sur le plan moral peuvent devoir se dissiper dans des circonstances physiques.
Si l’absence d’égoïsme est à la base du renouveau social, Karma – tel est le nom de cette doctrine de justice – doit en être l’agent. Rien ne lui échappe – ni le bien, ni le mal, ne peuvent mourir sans laisser de trace. Le résultat d’une action est aussi certain que l’action elle-même. Comment cette philosophie ne serait-elle pas pratique puisqu’elle abolit tous les obstacles qui empêchent de comprendre la loi de causalité, et l’essence de tout son mode d’opératoire ?

Troisièmement – La Théosophie affirme que l’homme est le créateur de sa destinée.
Les croyances religieuses parlant « d’élus », de « prédestinés » et de « préscience » sont de plus en plus contestés ; comme le sont les théories semi-matérialistes basées sur la « chance », le « destin » et le « hasard ». Toute théorie qui évince l’idée de la responsabilité de chacun ou paralyse l’effort individuel est écartée. La Théosophie n’a rien de tout cela. Elle insiste sur le fait que nous ne sommes le résultat de nos choix passés, et qu’il n’y a pas de pouvoirs au-dessus ou en-dessous de nous qui puissent nous contrecarrer ou faire dévier, d’une destinée qui est entre nos mains. Nous pouvons saisir en pensée la beauté d’un futur où l’homme aura réalisé sa destinée divine, par une purification toujours plus grande de tout ce qui en lui est sensuel, égoïste, rapetissé. Dans cette perspective, nous pouvons affronter le combat nécessaire pour gagner ce but lointain. Ou bien, aveuglés par nous-mêmes, aspirant uniquement à ce qui est transitoire et matériel, nous restons attachés à nos joies présentes, insouciants des autres et de la loi karmique. Mais quel que soit l’idéal choisi, quel que soit l’effort, le résultat sera dû à nous-mêmes. Aucune Divinité ne favorisera un combattant pour qu’il gagne le Ciel, et aucun Démon ne précipitera l’égaré dans des souffrances prédestinées. Nous sommes le résultat de nos actions passées ; nous serons ce que nous aurons choisi d’être.
Venons-en au fait de la réincarnation. Une seule vie ne suffit pas pour assurer le plein développement de l’homme. Encore et encore il devra revenir sur terre, pour éveiller ses qualités, développer son expérience et acquérir la discipline, chaque parcours terrestre détermine la nature de que sera sa prochaine incarnation. Il en résulte deux choses : premièrement, notre condition présente résulte de ce que nous avons semé dans les vies passées, et deuxièmement, nos habitudes présentes déterminent ce que nous serons dans la vie suivante. Le pouvoir de développement est en nous-mêmes ; cultiver les idéaux, avancer volontairement et viser le but désiré. L’équité est que tout homme devienne ce qu’il désire être.
Parmi les nombreuses solutions émises depuis le passé pour améliorer la condition humaine, il n’y en a pas qui soit aussi rationnelle, juste, impartiale, élevée, motivante, que celle que propose la Théosophie. Il n’a plus de distinctions ni de conceptions artificielles. La racine de toutes les causes de séparation et d’inimitié – dues à l’égoïsme – est perçue et dénoncée. L’inflexibilité de la loi morale est vivement affirmée. Chacun doit atteindre le but par lui-même. Ainsi sont écartés tous les artifices et les controverses des théologiens, et on peut marcher le sentier du plus haut idéal spirituel. Si on comprend que rien ne peut se perdre, même du plus minime, dans le bilan des nombreuses incarnations successives, et que chacun reçoit le fruit de ses choix, on peut atteindre le but visé. La Théosophie permet ce qu’aucun autre système n’a encore fait ou ne peut faire à ce degré : solliciter la conscience morale, développer le sens moral, et purifier le motif moral. Elle est à la fois pratique et réaliste.

La Théosophie peut, alors, devenir un guide dans la vie. Quand le but est clair, et qu’on est convaincu que l’atteinte du but recherché dépend de nous-mêmes, la question de la qualité de chaque acte devient vite évidente. Est-ce qu’une action est égoïste, non fraternelle ou belliqueuse ? Si oui, elle n’est pas Théosophique. Conduit-elle à l’altruisme et au progrès spirituel ? Si oui, elle est Théosophique. Le test est simple et pas difficile, et s’il en est ainsi le but peut être atteint. Celui qui veut progresser à travers les arcanes de la vie n’a pas besoin d’un prêtre ou d’un intercesseur. Il doit rechercher la lumière de l’Esprit Divin toujours présente en lui-même, rester confiant en la possibilité de s’unir au Suprême et certain du résultat de ses efforts. Il sait qu’il est responsable de ses choix, et qu’il peut avancer en harmonie, espérance, joie, libre, et certain de la justice et du succès. Fortifié dans une foi de celui qui respecte la Nature et ses lois, il poursuit le chemin de la destinée que la Théosophie propose à chaque Homme.

Texte anonyme attribué par certains à W.Q. Judge, ou l'un de ses collaborateurs.

Texte publié dans le Theosophical Siftings de 1889-1890 (par Theosophical Publiishing Society à Londres)

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