Dimanche 15 Septembre 2019

Mis à jour le Dim. 15 Sep. 2019 à 18:27

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Le langage de l’âme

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Dans les anciens enseignements, l’Âme est présentée comme le Soi réel de l’homme. Il existe de nombreuses conceptions différentes de ce qu’est l’homme et de ce qu’est l’âme. Les enseignements chrétiens nous incitent à penser que l’homme possède une âme, et qu’il peut la sauver ou la perdre - c’est ce qu’on croit généralement en Occident. Mais la conception des anciens, comme celle de la Théosophie - une représentation de cette idée éternelle - est différente. Il est enseigné que l’Homme est une Âme ; elle est en fait le Perceveur, la vision elle-même, pure et simple, non modifiée (non sujette au changement) et elle perçoit directement les idées (1). Cette idée présente le fait que, quelle que soit la condition de l’Homme réel, qu’il dorme ou qu’il soit éveillé, qu’il se trouve dans un corps physique pendant sa vie, ou dans une autre forme de corps, après la mort ou avant la naissance, ou même avant l’existence de cette planète ou de ce système solaire, il a toujours été le même Perceveur, la même Âme alors que maintenant, et le Créateur de toutes les circonstances qui se sont présentées, le Créateur intelligent de cet univers, en relation avec tous les êtres inférieurs ou supérieurs à lui. Ainsi, l’Homme fait partie d’une Grande Fraternité, et ce lien fraternel s’étend depuis les êtres les plus humbles jusqu’aux plus élevés.

Tous sont des Âmes ; les formes les plus rudimentaires de la matière n’en sont pas moins des Âmes, car dans l’état le plus grossier de la substance réside le pouvoir de percevoir, d’agir et d’acquérir de l’expérience. Cette potentialité est la même en tous, et elle se transforme en puissance qui croît sans cesse, à mesure que l’Âme élargit le champ de ses expériences. Toutes les formes et les corps qui constituent l’univers résultent des expériences et des actes des âmes qui les habitent. Ils sont les instruments de l’âme, et nous agissons toujours avec les autres êtres, quel que soit leur niveau ou leur catégorie. Il une unité d’action qui entraîne une similarité des instruments. Cette similarité d’instruments fait que nous influençons et sommes influencés au plus haut point par des êtres de la même catégorie que nous, et plus ou moins par les catégories moins avancées ou plus évoluées. Ainsi, en admettant que le Soi est identique en chaque être, indépendamment de son niveau, supérieur ou inférieur, nous en arrivons à une autre idée concernant l’âme, qui veut qu’elle représente aussi l’expérience acquise au cours de l’évolution par absolument chacune des catégories d’êtres. Chaque être individuel est non seulement le Soi, mais aussi l’expérience acquise au contact de tous les autres êtres. En observant qu’il existe des âmes individuelles, nous pouvons constater que les seules différences entre les âmes tiennent seulement à leur degré particulier d’expérience acquise. Si l’on considère l’âme de ce point de vue, comme l’expérience acquise par les individus.

Lorsque nous parlons de Dieu, de la Sur-Âme, de la Sur-Âme Universelle, nous ne faisons que désigner l’expérience, la sagesse acquise par chaque âme et toutes les âmes. C’est ce que signifierait le passage suivant de la Bhagavad-Gîtâ décrivant le Soi comme étant : “La sagesse elle-même, l’objet de la Sagesse, et ce qui doit être atteint par la Sagesse” (2) - la pleine conscience de l’unité de toutes les âmes, ou de notre Identité Spirituelle commune. Si nous voulions relier ces concepts au langage, nous devrions nous débarrasser de nombreuses idées auxquelles nous tenons actuellement. En supposant qu’il existe un véritable langage de l’âme, que serait-il capable d’exprimer ? Sans aucun doute, toutes les expériences qu’elle n’ait jamais traversées. La Théosophie enseigne la doctrine de la réincarnation impliquant une succession de vie sur cette terre ainsi que dans d’autres états de substance et de conscience. La Continuité de la Conscience (ou l’Esprit) est préservée à travers tous ces états et dans tous ces environnements, et l’enregistrement de tout ce qui s’est produit au cours de la totalité de ces vies est présent à tout moment dans toute forme de vie manifestée, parce que le Soi, l’Esprit, y est présent. Le langage de l’Âme serait capable d’exprimer tout ce que nous n’avons jamais expérimenté.

Dans ces vies passées, nous avons sans aucun doute parlé des langues différentes de celle qui est la nôtre actuellement ; dans ces existences personnelles, nous avons employé des langues complètement abandonnées et oubliées de nous aujourd’hui, en tant que personnes. Si nous sommes un Soi permanent et si la continuité de l’expérience acquise et de la conscience est préservée en nous, la mémoire de ces langues doit demeurer. Ces anciens langages, utilisés autrefois, n’ont en eux-mêmes aucune valeur intrinsèque, n’étant que l’expression des sentiments et des pensées de l’âme individuelle, de ses émotions, de ses espoirs, de ses craintes, idées et aspirations. Ainsi, il doit y avoir pour une langue quelle qu’elle soit, ce qui peut être sa base : l’Âme et son expérience. Où est-elle enregistrée ? Elle est imprimée dans la partie impérissable de la nature de l’homme. Il ne peut s’agir d’un langage parlée quelconque, en tous cas. Quelle est donc sa nature ?

Pour comprendre ces propositions, nous devons une fois de plus considérer la philosophie de la Théosophie. La Théosophie enseigne que la matière comprend sept états ou degrés de substance, et chacun d’eux, sept sous-états, l’ensemble allant de l’état le plus subtil, plastique et durable, jusqu’au plus grossier, qu’on peut appeler le plan matériel, ou la matière telle que nous la connaissons et la pressentons, avec ses diverses et nombreuses gradations et combinaisons. L’homme, l’être le plus évolué qui soit concerné par l’évolution de ce système solaire, est revêtu de l’ensemble de ces sept états de substance dérivés de la substance originelle primordiale - la matière homogène dont toute forme est issue par évolution. Ces niveaux de substance sont illustrés par les sept couleurs du spectre lumineux ; ils sont également manifestés dans les sept notes de la gamme musicale. Les notes et les couleurs ne sont pas exactement ce que nous pensons ; elles représentent les sept grands états distincts de la matière ; le son en lui-même, ou la lumière, représente l’état homogène d’où ont procédé les sept notes et les sept couleurs prismatiques. Nos notes et nos couleurs n’en sont que des répliques - leurs réflexions ou correspondances dans l’état particulier de la matière et du son auquel nous sommes habitués. Nous savons qu’il existe sept couleurs, mais aussi, au-delà de celles-ci, il y a d’autres octaves de couleurs que nos yeux ne peuvent voir, certaines étant si élevés, et d’autres si basses, que leurs vibrations nous échappent. Il en va de même pour le son : nous sommes capables d’en reconnaître plusieurs, mais il y en a qui nous sont inaudibles au-delà des suraigus, ou plus bas que les plus graves.

Appelons l’Âme l’Ego ; c’est sans doute, pour nous, l’expression la plus synthétique pour désigner ce qu’on entend par l’Âme, car elle implique à la fois celui qui perçoit et ses perceptions, celui qui connaît et ses expériences. Or l’Ego a un langage qui lui est propre, un langage comprenant couleur, son et symbole. Ce langage peut être vu, entendu et ressenti. C’est au moyen de ce langage de l’âme que nous pouvons connaître et comprendre directement les expériences d’autres personnes, quelles que soit la langue vocale que nous parlions. C’est ainsi qu’il se disait jadis, comme stipulé dans la Bible, que les Sages comprenaient tout homme, s’exprimant dans sa langue quel que fût ce langage, bien qu’il y eût alors - tout comme aujourd’hui - de nombreuses langues différentes. En fait, ces Sages se plaçaient en amont du langage parlé, si bien qu’ils pouvaient connaître les pensées, les sentiments et la nature même de leurs interlocuteurs. C’est pourquoi dans le moindre mouvement d’une personne - aussi banal que d’aller d’une chaise à une autre, on peut clairement déchiffrer la qualité de la pensée, la nature même de cette personne, par l’ensemble des couleurs et des nuances de couleurs, produites par son action. Il en est de même pour tout son émis ou prononcé, quel qu’il soit : les centres du corps sont mis en action, chacun ayant ses propres couleurs et taux de vibrations qui sont révélateurs.

Aussi étrange que cela paraisse, les couleurs peuvent être entendues, les sons vus, et les formes expérimentées, simplement parce que ces phénomènes constituent des taux différents de vibrations - le mouvement de la Conscience Intelligente, ou l’Esprit. Ils sont tous en corrélation, aucun d’eux ne pouvant exister indépendamment des autres. Ce ne sont que les aspects de la propulsion réelle de l’âme elle-même, ou de l’être conscient. Ainsi, nos pensées comprennent de nombreuses combinaisons de couleurs et de sons, changeant constamment de forme ou d’apparence. Notre cerveau est l’instrument matériel le plus subtil. Comme tout ce dont nous nous servons, il est en évolution. C’est l’organe de la pensée sur le plan de substance où nous agissons actuellement. Si nos pensées sont nobles et élevées, notre cerveau devient très sensible à ce genre d’utilisation. Chaque type de pensée a un taux et une fréquence de vibrations spécifiques, et sa couleur particulière. Si nous nous connaissons mieux, en réalité nous pourrions lire dans les pensées comme on lit un livre. Nous pourrions lire les pensées comme nous entendons les sons actuellement. Si notre cerveau est entraîné à avoir des pensées élevées à l’état de veille, si nous tentons de comprendre ce que nous sommes réellement alors que nous occupons cet instrument physique, ce que représente ce corps qui est le nôtre, ce dont il est capable, alors, progressivement, le cerveau commencera à répondre à des éléments de notre connaissance supérieure. Il communiquera et transmettra de plus en plus du Langage de l’Âme de toute l’expérience enregistrée dans le passé.

Les idées que nous avons même en ce qui concerne l’Esprit et Âme, la Vie jusqu’à présent, ici et dans l’avenir, sont celles qui nous ont été enseignées. Elles sont presque toutes personnelles et nous maintiennent entièrement sur le plan personnel - le plan de l’existence purement physique. Elles ne nous donnent aucune véritable notion de ce qu’est le véritable soi intérieur. Nous n’avons pas encore commencé à penser, dans le vrai sens du terme, dans la bonne direction, et pourtant seules des idées correctes peuvent nous faire connaître la nature intérieure de l’homme. Qu’il s’agisse de celles du corps ou de celles de la pensée, nos habitudes ne constituent qu’une mémoire plaquée sur notre nature. Nous ne pouvons garder la connaissance qu’en nous-mêmes, mais nous oublions parfois où nous l’avons cachée, ou nous la recouvrons de quantité de rebuts inutiles, résultant uniquement de notre activité mentale. Le plus clair de notre activité mentale ne concerne que les choses de cette vie, celles qui se rapportent au corps. Ainsi, l’humanité fait en permanence fausse route. Aucun être, aussi élevé soit-il, ne peut l’empêcher, chaque homme étant Âme, Esprit et Conscience, et participant du Très-Haut, quel que soit la manière dont il utilise et applique ses pouvoirs.

La Théosophie s’efforce de montrer à l’homme ce qu’est sa nature réelle, et qu’il est, du début à la fin, et toujours, ESPRIT. L’Esprit signifie Vie et Conscience - le pouvoir de voir, de connaître et d’expérimenter. Nous le possédons tous, Il est commun à nous tous. Lui-même n’a pas d’existence séparée, il est la Vie Une dans tous les êtres, à tous les niveaux. Mais nous, en tant qu’individus, sommes devenus tel, en évoluant à partir du grand Océan de la Vie. Nous sommes Esprit individualisé, et avons ainsi une existence individuelle séparée, de façon continue. En ce sens, nous représentons une forme d’évolution, mais celle de l’Esprit, et non de la Matière - une évolution de la Connaissance, non celle de la forme seule. Ces notions sont le fruit de l’observation de l’expérience ; toutes les différences qui existent sont le fait d’une expérience plus ou moins grande, d’un niveau d’adaptation et d’application de cette expérience plus ou moins élevé ; il n’y a aucune différence dans la Source, ou les Potentialités d’un être quelconque.

Nous découvrirons tout cela si nous avançons sur le Sentier qui est indiqué. Ce sentier n’est pas inconnu. N’oublions pas que d’autres l’on foulé avant nous. Ce sont nos Frères Aînés - Jésus, par exemple, le Bouddha, également tous ceux qui sont venus à diverses époques comme des Sauveurs, chez de nombreux peuples différents. Tous avaient acquis le Langage de l’Âme. Ils avaient tous le même corpus de connaissance. Ils viennent de temps en temps parmi les hommes, à mesure que l’intelligence humaine progresse, et ils transmettent autant d’éléments de cette connaissance que le permet l’état de l’humanité en leur temps. Ils sont venus à nouveau à notre époque, et Ceux qui vinrent furent les plus grands de tous. Comment peut-on dire cela ? Parce que d’autres Sauveurs sont venus parmi des peuples distincts et séparés, alors que le Message de la Théosophie n’est destiné à aucune nation particulière, à aucune classe d’êtres, mais au monde entier. Cette connaissance peut être acquise individuellement par tout être soi-conscient, car il ne s’agit pas de nos idées, de nos conceptions actuelles de la moralité ou de la réussite, ni d’un pouvoir extérieur, mais de la Perception spirituelle - du Langage de l’Âme. Même en commettant toutes les erreurs du monde, aux yeux du monde, dans notre corps et par son intermédiaire, nous pourrions néanmoins posséder un pouvoir de perception Spirituelle qui ferait table rase de toutes les “erreurs”. Une rémission des péchés, par procuration, ne nous serait pas nécessaire, car nous serions capables d’agir en harmonie avec tous les êtres. Nos pensées s’accorderaient avec nos actes. Mais il nous faudrait subir la crucifixion des idées fausses qui sont en nous, et nous relever, comme le fit le Sauveur, à la droite du Père - comme l’Ego libéré de toutes les illusions qui l’on amené à rester dans le péché, la peine et la souffrance.

Bien que tous désirent la Connaissance Spirituelle, la grande majorité des hommes ne renoncerait en aucune manière, serait-ce même d’un iota, ou d’un trait de plume, à leur absorption mentale et physique dans les choses actuelles et terrestres afin d’acquérir cette connaissance spirituelle qu’ils prétendent vouloir ardemment. Ils devront continuer à faire l’expérience de la souffrance et du chagrin jusqu’à ce qu’ils désirent vraiment connaître la vérité à propos d’eux-mêmes. Quelqu’un qui pense pouvoir acquérir cette connaissance simplement en la désirant, ou en la voulant pour lui seul, ne remplit pas les conditions qui permettraient de l’obtenir. Le langage de l’Âme ne peut être appris que lorsque l’individu réalise que son devoir n’est pas envers lui-même, mais envers les intérêts les plus élevés de ses semblables ; il ne s’agit pas pour lui de ”sauver son âme”, mais de mettre le plus grand nombre possible de ses compagnons sur le chemin de la Vérité, en ne désirant rien pour lui-même. Par elle-même, cette attitude ouvre en lui les vannes de la connaissance spirituelle. Il devient alors le véritable bénéficiaire, utilisant tous les pouvoirs qu’il a, toute sa connaissance, dans l’intérêt d’autrui. L’homme qui parvient à cette connaissance, et avance sur le chemin de sa réalisation, voit “avec le temps, la connaissance jaillir en lui spontanément” (3). Il n’a besoin d’aucun livre pour l’éclairer, ne se préoccupe pas des religions qui ont pu exister, qui existent ou existeront un jour. Il connaît la vérité sur lui-même, et, par conséquent, sur tous les autres hommes.

Pourquoi tous les hommes ne prennent-ils pas le chemin de cette réalisation ? Est-ce parce qu’ils ne disposent pas des organes de perception nécessaires, parce qu’ils sont incapables de voir ? Non, en fait, ils ne veulent pas entendre, ils refusent de prendre ce qu’on leur propose pour l’éprouver par eux-mêmes. Ils préfèrent suivre tout ce qui fait miroiter à leur yeux un succès quelconque dans cette vie. Ils savent pourtant, comme tout un chacun, qu’ils ne pourront rien emporter de ces “succès” après leur mort. Lorsqu’ils s’en iront, ils laisseront sur terre toutes les choses terrestres qu’ils auront accumulées. Et ils devront partir, car ils ne sont pas de ce monde, ils procèdent de l’Esprit, non de la terre, et ne font qu’œuvrer pour un temps dans ce monde matériel. Ils le savent tous, mais n’en rêvent pas moins de “possession”. Nul n’a condamné personne à cette condition où se trouve tant de gens. Aucune contrainte ne nous force à rester dans cet état d’agitation, d’oisiveté ou d’ignorance mentale. Tout cela nous est imposé par des conclusions tranchées et indiscutées en ce qui concerne les hommes, les choses et les méthodes. Ces conclusions nous attachent solidement à nos conditions actuelles, et elles continueront de le faire tant que nous garderons cette attitude mentale et nous accrocherons à des notions fausses sur Dieu, la Nature et l’Homme. Nous tenons les portes fermées, de notre propre chef. Par ignorance ? Certes, mais qui reste dans l’ignorance ? Uniquement ceux qui ne veulent pas entendre, qui doutent du Langage de l’Âme.

Robert Crosbie.

© Textes Théosophiques, Cahier Théosophique n°188.

Notes

(1) Voir Les Aphorismes du Yoga de Patañjali, dans la traduction de W.Q. Judge, livre II, 20 [N.d.T.]

(2) Bhagavad-Gîtâ, XIII, 17 [N.d.T.]

(3) Bhagavad-Gîtâ, VI [N.d.T.]