Mercredi 18 Septembre 2019

Mis à jour le Mer. 18 Sep. 2019 à 18:27

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Robert Crosbie (1849-1919) est le fondateur de La Loge Unie des Théosophes. Membre actif de la Theosophical Society de Boston depuis 1887, il fut un très proche compagnon de W.Q Judge, qui le mit en rapport direct avec Mme Blavatsky.

Après la mort de Judge (1896), les organisations théosophiques perdirent peu à peu le sens de leur mission d'origine. S'imposait alors l'urgence d'un « retour à Blavatsky » et aux lignes de travail conformes à ses vœux.

C'est dans ce contexte que, le 17 novembre 1908, Robert Crosbie adressa aux théosophes engagés de son temps un manifeste intitulé : A tous les Théosophes d'esprit impartial (To all open-minded Theosophists). Ce document préfigurait la formation de la Loge Unie des Théosophes (The United Lodge of Theosophists), qu'il fonda officiellement le 18 février 1909, à Los Angeles.

Indépendante de toutes organisations, la Loge Unie des Théosophes reste fidèle aux principes qui avaient animé la Société initiale fondée par Mme Blavatsky et demeure en rapports fraternels avec les autres associations ouvertement rattachées au mouvement initial. Chaque Loge est autonome et indépendante ; tout en bénéficiant de l'expérience de travail des autres Loges. R. Crosbie rédigea la Déclaration de la Loge Unie des Théosophes dans des termes (empruntés à Blavatsky et Judge), qui expriment la complète fidélité à la Théosophie et aux lignes directrices originales du mouvement théosophique.

On lira avec intérêt ses écrits réunis dans l'ouvrage intitulé The Friendly Philosopher. Nombre de ses lettres, mémorandums et comptes-rendus de conférences sont édités en français dans les Cahiers Théosophiques (Ed. Textes Théosophiques). Les articles regroupés dans la série "Les Vérités Eternelles"  sont accéssibles en ligne.

Dans les débuts

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Traduction de lettres de Robert Crosbie publiées dans The Friendly Philosopher (The Theosophy Company — Los Angeles and New York City — 1945, pp. 363-378).

Sommaire

Lettre I
Lettre I
Lettre III
Lettre IV
Lettre V
Lettre VI
Lettre VII
Lettre VIII
Lettre IX
Lettre X
Lettre XI
Lettre XII
Lettre XIII
Lettre XIV
À tous les théosophes d’Esprit impartial
Déclaration de la Loge Unie des Théosophes


Lettre I

Ce n'est pas sérieux d'accepter des révélations sur simples ouï-dire. Elles ne procurent aucune connaissance, alors que c'est justement de connaissance réelle dont chacun a besoin. Des phrases et des formules toutes faites ne sont que des paroles et non des critères de vérité.

La Théosophie est ici-bas pour offrir à chacun les moyens qui lui permettront d'acquérir la connaissance 1ui-même. Son étude et sa mise en pratique sol1icitent le jugement et le discernement latents dans l'être humain.

La Vérité n’est pas un homme, ni un livre, ni une doctrine. La nature de la Vérité est universelle. Il s'avère que ceux qui la possèdent à un degré quelconque appliquent l'universalité dans leurs pensées, leurs paroles et leurs actions. Leurs efforts sont accomplis pour l'humanité, sans distinction de sexe, de croyance, de caste ou de couleur. On ne les trouvera jamais parmi ceux qui prétendent être les porte-paroles élus de la Divinité et qui exigent les hommages de leur prochain : la véritable Fraternité inclut aussi bien le moins développé que le plus élevé. Nous devons nous efforcer d'aider tous ceux qui sont en quête de vérité. Notre valeur et notre aide dans ce grand travail dépendront exactement de notre motif, de notre jugement et de notre comportement.

Le désir sincère et chaleureux de rendre notre vie bienfaisante pour notre prochain sera ressenti par ceux qui sont réceptifs — peu importe s’ils sont peu nombreux. Il se peut que par leur intermédiaire d'autres personnes s'éveillent à leur tour. L'effort et le sacrifice produiront le résultat final, cependant dans notre zèle, il serait sage d'observer ce qu'ont fait les Maîtres et ce qu'Ils font encore, d'année en année et d'âge en âge. Ils font ce qu'Ils peuvent faire, quand Ils le peuvent et comme Ils le peuvent — en accord avec la loi cyclique. Ils conservent la connaissance acquise et attendent. Connaissant cela et agissant en conséquence, il n'y a plus de place en nous pour le doute ou le découragement. La Théosophie est pour ceux qui en ressentent le besoin. Nous devons tenir bon, attendre et travailler pour ces quelques âmes sincères qui sai­siront le plan et serviront la Cause. Beaucoup ont des oreilles si lasses ou bien une attention si dispersée, qu'aucune répétition, aussi fréquente soit-elle, ne peut les toucher. Cependant, .la Théosophie doit être présentée continuellement pour tous ceux qui veillent écouter. C'est la tâche que nous nous sommes fixée, nous inspirant de l'exemple d'H.P. Blavatsky et de W.Q. Judge pour les moyens, les méthodes et la manière. Imitons-les et accomplissons ainsi leur œuvre dans un esprit simi1aire.

« L'arche » de la Théosophie a été jetée au-dessus de l'abîme des croyances et du matérialisme. Quelques personnes ont découvert où subsiste un pilier sur une rive ou sur l'autre. D'autres ont trouvé des « pierres » qui viennent de l'arche, mais la « clef de voûte » a été « rejetée » à cause de sa forme irrégulière — comme dans l'histoire de la tradition maçonnique ancienne. Mais il faut se souvenir aussi que vint un moment où la pierre rejetée devint la « pierre angulaire » parce qu'on avait découvert qu'il s'agissait de la « clef de voûte ». De tout temps, il y eut ceux qui possédaient la connaissance de la clef de voûte, mais c'était un petit nombre et leurs voix ne furent pas entendues parmi les clameurs et des prétentions de ceux qui n'avaient trouvé que des fragments de l'arche et qui désiraient être admis. Alors, le petit nombre a dû « travailler, observer — et attendre », sachant que l'histoire se répète et qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

L'allégorie de la Tour de Babel s'applique aux temps présents. Tout est en pleine confusion, chacun parle son propre charabia — et personne n'écoute. J'ai dit « personne », cependant il y en a quelques-uns, un petit nombre se rend compte que rien de toutes ces choses n'apporte la connaissance. Tout ce que l'on peut faire consiste à laisser briller la lumière de telle manière que ceux qui le désirent puissent la rechercher et semer donc pour des moissons futures. Sans la Réincarnation, ce serait une tâche sans espoir. Ainsi donc, le grand effort doit être dans le sens de la promulgation des principes fondamentaux de l'Unité, de la Fraternité, de Karma et de la Réincarnation.

Lettre II

Dans le travail que nous avons entrepris ensemble « notre » échec ou « notre » succès importe peu. Notre but a été, et sera, que le Travail continue. Chacun de nous peut donner le meilleur de lui-même dans cet effort ; le reste est entre d'autres mains plus fortes. Il se peut que ce « meilleur » ne soit pas excellent, mais si le motif est présent, le simple fait de tenir bon, dans certains cas, peut-être une victoire, car là où n'existe pas d'armée régulière, il faut apprendre l'art de combattre ; les recrues doivent aller au combat et les aînés doivent enseigner et guider les plus jeunes. Nous faisons notre meilleur travail lorsque nous sommes le plus fortement harcelés et éprouvés, n'ayant d'autre souci que celui de rester en état de poursuivre le combat.

C'est donc sur les enseignements qu'il faut attirer l'attention — et non pas sur nous-mêmes qui ne faisons que les transmettre de notre mieux. Si l'on se rend compte que dans beaucoup de cas on ne peut pas faire tout ce qui devrait être fait, ou que l’on voudrait accomplir, c'est une preuve que l'on progresse. Nos idéaux ne sont jamais atteints, ils nous précèdent toujours. L'homme devient ce à quoi il pense ; le temps joue un rôle mais il est réduit lorsque nous accomp1issons avec patience ce que nous pouvons faire. Se laisser décourager, même un tant soit peu, par nos imperfections évidentes, est une forme d'impatience — un mépris de la Loi. Tout ce qui est arrivé est juste — jusqu'à ce que quelque chose de mieux apparaisse. Les défauts que nous avons remarqués s'évanouiront après examen ; nous pouvons donc joyeusement supporter nos propres imperfections aussi bien que celles des autres, tandis que nous continuons notre travail sans relâche.

Une des plus grandes aides offerte par la Théosophie est le pouvoir d'accéder à une vue d'ensemble plus vaste du champ de l'action qu'il ne serait possible d'avoir autrement ; nous n'envisageons pas seulement cette vie, mais bien des vies futures durant lesquelles « moi et toi et tous les princes de la terre » vivrons et lutterons pour la libération universelle de l’humanité — regardant toujours en avant, apercevant toujours de nouveaux sommets vers lesquels l’esprit éveillé peut se diriger. Il y a beaucoup de force, beaucoup de faculté parmi les hommes mais le plus souvent elles ne sont pas dirigées de manière constante. Si la véritable philosophie pouvait être inculquée — ne serait-ce que la seule idée de la nature divine de l'homme — une plus grande impulsion serait donnée pour vivre de façon juste et harmonieuse ; ceux qui seraient ainsi stimulés rechercheraient alors une philosophie en accord avec cette nature.

Il ne faudrait pas beaucoup de temps ni d'effort si ceux qui s'intéressent à la Théosophie vou1aient bien ne pas l'étudier que pour eux-mêmes, mais s'ils se préoccupaient au contraire d'en propager la philosophie et l'idée de service. Sans la philosophie adéquate, la force et les facultés spéciales sont inutiles. Si l'on étudiait afin de pouvoir mieux aider et enseigner les autres, il en résulterait un gain et une aide pour tous. Je pense que le mot « Théosophie » possède un pouvoir : s'il n'en était pas ainsi il n'y aurait pas tant d'abus. Malgré tout, la Théosophie reste intacte. C'est notre devoir de la conserver aussi pure qu'elle nous a été transmise, pour le bien de ceux que nous pouvons aider — et nous en trouvons toujours quelques-uns. Dans des temps meilleurs nous pourrons faire plus, d'autant mieux que nous aurons surmonté les difficultés d'aujourd'hui. La Théosophie authentique est le modèle sur lequel il faut calquer les efforts et d'après lequel il faut combattre les erreurs.

Lorsque la Société Théosophique Mère a été fondée, il fallait lui donner la forme que les individus de cette époque étaient capables de comprendre. On savait que beaucoup s'attacheraient plus à la forme qu'à l'esprit du Mouvement Théosophique et qu'ils s'imagineraient que cet esprit ne pouvait exister sans une autre forme. Mais an savait également que quelques-uns comprendraient l'esprit et ne se soucieraient de rien d'autre : Les événements ont justifié tout cela, si bien que nous nous trouvons maintenant à un autre point du cycle. La perfection dans l’action n'est pas passible ; aussi, tout en mettant uniquement en avant l'esprit du Mouvement, nous offrons cependant, une base visible, nécessaire à tout travail exotérique. « LU.T. » [Loge Unie des Théosophes] est un nom donné à des principes et à des idées ; ceux qui s'associent à ces principes et à ces idées sont attirés et liés par eux seulement, et non par d'autres personnes qui font de même ou qui s'abstiennent ou qui ne se considèrent plus liées. La DÉCLARATION, signée par les Membres, diffère très largement de toute organisation existante.

Lettre III

Nous ne nous soucions pas de « voir des choses » mais d'éveiller la Conscience Supérieure, car nous savons que la Théosophie donne la connaissance des principes qui devraient guider ses étudiants dans leur travail public et leur travail privé. Nous devrions également être capables de trouver des directives explicites — explicites en ce sens que la Théosophie montre clairement de quelle façon nous pouvons mieux servir notre prochain. Pour cela il est bon de rechercher et de rendre disponibles à tous, les citations indispensables tirées des écrits des Instructeurs et qui expriment leurs desseins. Si l'on ne pouvait les découvrir, il y aurait lieu d'avoir de graves incertitudes quant à la voie à suivre. Mais si nous sommes capables de jeter une lumière plus claire sur ces desseins, notre travail sera utile à tous les étudiants théosophes qu'ils soient débutants ou plus avancés.

La base pour obtenir un travail fructueux est l'Unité ; tel est le perpétuel appel d'H.P.E. et de W.Q. Judge Trouver une base d'Unité pour des individus ou des organisations, sans que cela implique un renon­cement à une affiliation ou à une croyance n'est pas une, petite affaire. C’est précisément ce que fait la Déclaration de la « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] ; elle n'est pas une théorie mais une façon d'appliquer l'esprit des Messagers. En paraphrasant un mot du Maître, nous pourrions dire : « toute la Théosophie est devant vous, prenez ce que vous pouvez ».

Peu importe que notre rôle soit majeur ou mineur. Nous pourrions dire, comme le fit Judge une fois : « Un agent mineur est parfois utilisé par la Loge pour attirer l'attention de personnes plus éminentes vers une voie meilleure à suivre ». Notre travail consiste à attirer l'attention sur la véritable base d'Union parmi les Théosophes — et à monter en même temps l'exemple. Que l'on soit un nouvel étudiant ou un ancien, il faut saisir le message de la Théosophie pour ce qu'il est — et non parce que l'on a foi en une personne ou une organisation. Si les étudiants réussissent à saisir le sens de la philosophie et à l'appliquer, ils obtiendront la vraie clairvoyance en ce qui concerne les hommes, les choses et les méthodes, et leur gratitude s'étendra à tout ce qui a contribué à créer l'occasion qui leur est offerte ; ils exprimeront cette gratitude en faisant la même chose pour les autres.

On devrait donc faire en sorte que ceux qui s'intéressent à la Théosophie participent au Travail, s'y intègrent et en partagent les responsabilités. Il n'est pas question de faire du prosélytisme ni d'insister, mais de maintenir cette idée présente de diverses façons. Comme pour tout, il faut essayer chaque méthode, sans suivre une ligne trop rigide ou rigoureuse. Le travail le plus important est de transmettre des idées.

Sans doute les protagonistes de la « succession » et de « l'organisation » feront quelques grimaces lorsqu'ils liront la Déclaration de la « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes]. Tout ce que nous pourrons dire ne les empêchera pas de penser ni de dire ce qu'ils veulent, ni leurs critiques de ne pas influencer les faits. Si la Déclaration s'avère être dans la ligne des enseignements, des instructeurs et des principes originaux, elle fera réfléchir l'observateur. Sans doute pourrait-on développer la Déclaration, mais est-ce qu'un développement ne détournerait pas J'attention de ses points essentiels ? Elle est directe, elle est courte et donc vite saisie. Chacun peut en tirer ses propres déductions, mais pour nous c'est « une position ferme assumée en fonction du but poursuivi ».

Notre dessein est d'attirer l'attention sur les Instructeurs et sur l’Enseignement, et sur rien d'autre ; aussi est-il sage et prudent de maintenir l'impersonnalité au sein de la « L.U.T. ». Son but, sa portée et son intention sont exposés dans la Déclaration et, en outre, l'attention est attirée sur le grand Mouvement sur lequel elle repose et qui exige de temps en temps de tels changements ; ainsi, à mesure que le plan établi sera suivi et l'enseignement étudié, les développements pratiques viendront d'eux-mêmes. Tant que chacun n'aura pas clarifié ses propres perceptions, il ne saura pas distinguer l'or d'Ophir d'un métal brut. Nous avons évité la tendance prédominante d'en dire trop.

Que la « L.U.T. » prospère par sa seule valeur morale. Le travail à effectuer et la connaissance à transmettre ne reposent sur personne d'autre que les vrais Instructeurs, H.P. Blavatsky et W.Q. Judge Les membres doivent apprendre à s'en tenir à Eux, à attirer l'atten­tion sur Eux et sur les Maîtres qu'ils ont servis. Rien d'autre ne pourra réhabiliter le Mouvement. L'Unité est la note tonique de notre effort, et les personnes vivantes, si on leur accorde de l'importance, gêneront cette tentative. Elles seront attaquées au détriment du Mouvement. Pour cette raison, nous n'attirerons pas l'attention sur leurs noms. Que les curieux et les antagonistes imaginent ce qu'ils veulent, ceux qui sont vraiment sérieux jugeront ainsi d'après les fruits et non d'après les personnalités. La Théosophie n'émane d'aucune société ni d'aucune personne vivante. Pour le monde et pour tous les Théosophes, la Théosophie vient d'H.P. Blavatsky et de W.Q. Judge, ou plutôt, par eux. Aussi, afin d'éviter des malentendus et des conceptions erronées, nous ne fixons pas notre atten­tion sur les personnes vivantes mais sur le Message et les Messagers.

W.Q. J Judge n'était pas le « successeur » d'H.P. Blavatsky ; il était son Collègue et son Collaborateur ; il a conservé son corps quelques années de plus qu'elle. Il était « la pierre rejetée par les constructeurs » qui voulaient se faire passer pour les successeurs d'H.P. Blavatsky — à la grande confusion de ceux qui les suivirent. La véritable source de cette « folie de la succession » est une envie démesurée d'obtenir plus d'instructions, ce qui fait courir après toute personne prometteuse de nouvelles « révélations ». Ce qui a été donné par H.P. Blavatsky et mis en application par W.Q. Judge n'a pas été étudié et n'est pas étudié par les Théosophes en général, sinon cela aurait éveillé chez les étudiants des pensées et une réalisation plus profondes. Toutes les folies théosophiques proviennent de l'ignorance, de la superstition et de l'égoïsme que seule la connaissance peut surmonter. Nos efforts peuvent paraître inadéquats, mais ils sont faits dans la bonne direction et « un peu de levain fait lever toute la pâte ». Nous ferons ce que nous pourrons et ce que nous saurons faire, nous supporterons les maux du présent tout en essayant d'œuvrer pour des jours meilleurs à venir, un peu par-ci, un peu par-là, et nous amènerons ainsi l'esprit des Théosophes de tout niveau et de tout groupement à une conception de la Philosophie aussi large que possible. Tous ces efforts seront éducatifs car nous aurons à confronter toutes sortes de mentalités, depuis l'ignorance jusqu'à l'arrogance, et nous devrons parler de manière à laisser une empreinte durable. H.P. Blavatsky écrivit une fois : « Si quelqu'un accepte la Philosophie de Buddha, qu'il dise et agisse comme Buddha a dit et agi ; si un homme se dit Chrétien qu'il suive les commandements du Christ — et non les interprétations de ses nombreux prêtres et sectes dissidentes ».

La moralité est la suivante : si quelqu'un veut être un Théosophe qu'il étudie la Théosophie telle qu'elle a été donnée par ceux qui l'ont formulée. Car, accepter comme vérité ce que n'importe quel instructeur veut bien raconter, sans donner aucun moyen permettant de vérifier ses déclarations, ou sans que l'on vérifie soi même les faits allégués — c'est 'simplement croire avec une foi aveugle, comme tant d'autres le font.

La tâche difficile qui nous incombe consiste à éviter tout semblant d'autorité, tout en restant sûrs de nos bases et sans craindre de le dire. Suivant l'exemple des Fondateurs, nous devons donner à chacun la chance de vérifier lui-même que ce que mous disons est bien fondé. Actuellement, en tant que pionniers, l'initiative est entre nos mains. Nous devons frapper la note tonique pour ceux qui viennent après nous ; elle sera maintenue par ceux qui la saisiront. Les autres trouveront que ç'est « trop absorbant et trop élevé » pour eux et ils ne feront pas l'effort requis. En d'autres termes, nous devons mettre en valeur la raison d'être de la « L.U.T. » de telle sorte que les autres puissent la comprendre aussi clairement que nous-mêmes. Nous avons entrepris une grande mission et une lourde tâche — non pas parce que nous nous croyons éminemment doués, mais parce que nous en voyons la nécessité et qu'il n'y a personne d'autre pour le faire ; nous savons également que nous ne serons pas laissés seuls dans l'accomplissement de cette tâche. Ainsi, nous devons présenter les points essentiels clairement définis, avec concision, de sorte que la pensée soit dirigée vers eux ; nous devons rendre ces points si frappants qu'ils ne puissent passer inaperçus, pas même au lecteur inattentif et qu'ils se révèlent comme des faits, uniquement des faits devant l'intelligence et vérifiables par tous ceux qui voudront bien s'en donner la peine.

Lettre IV

Le fait d'assister simplement aux réunions ne suffit pas pour nous faire sentir notre identification avec le travail. Assister n'est qu'une étape préliminaire ; on s'en rend compte lorsque ceux qui viennent commencent à se demander comment ils pourraient obtenir une compréhension plus grande. Bien sûr, en participant au travail ils se développent — mais on ne doit pas les laisser perdre de vue le but de l’aide qu'ils reçoivent, ni que cette aide est simplement une voie et un moyen. L'objet de l'étude et du travail théosophiques n'est pas que chacun s'occupe de son développement individuel, mais que chacun et tous deviennent de véritables serviteurs de l'humanité. Quelques-uns seront sensibles à cette idée.

Au début, on a souvent tendance à en dire plus que nécessaire aux nouveaux, mais lorsque l'on constate que cela freine les questions, on corrige progressivement ce travers. Nous ne devrions rien forcer, et cependant répondre à tout. Même si nous le pouvions, nous n'utiliserions pas la force, car chaque esprit doit rester libre de choisir ; sinon il n'y aurait pas de véritable progrès. Et je pense que c'est une bonne attitude à adopter quant aux questions concernant les affirmations et les explications théosophiques. Ces différentes approches doivent avoir leur place dans la grande économie de la conscience — elles doivent l'avoir, sinon les gens ne seraient pas attirés par elles, ils ne les saisiraient pas et ne persévèreraient pas. Si une « expression » particulière n'apporte pas au chercheur sincère le résultat espéré en connaissance, alors une autre direction de recherche est indiquée à l'esprit ainsi éveillé. Chaque personne vraiment éveillée par de telles affirmations viendra à nous tôt ou tard si nous nous en tenons aux directives strictes. A ce propos, Judge écrivit : « Si nous ne regardons pas de trop près leurs erreurs, le Maître pourra tout ajuster et faire en sorte que tout aine bien ».

Moins on utilise de mots pour exprimer une idée, mieux cela vaut. Notre effort tend à propager, parmi les Théosophes, l'idée de « l'unité sans s'occuper d'aucune organisation ». Beaucoup de vieux membres n'en verront pas la nécessité, mais ceux qui sont dégoûtés des prétentions et des querelles des organisations tomberont d'accord avec nous sur la vraie base d'union : « similarité de but d'intention et d'enseignement » — car ils verront tous que l'échec des différentes sociétés est dû à cette carence fondamentale. Laissons chacun poursuivre son propre chemin, avec la meilleure intention, en lui accordant crédit ; de cette façon, nous, au moins, n'élevons pas d'obstacles, peu importe ce que font les autres. L'absence d'obstacles, laisse une ouverture et personne ne peut dire ce qui peut arriver même parmi ceux qui optent pour la séparation. Nous sommes en sympathie avec tous les efforts entrepris pour répandre les enseignements de la Théosophie authentique, sans montrer de préférence pour une organisation ou un individu particulier — reconnaissant que, si les méthodes diffèrent, la Cause de l'un est la Cause de tous. Cependant, nous poursuivons notre tâche en accord avec notre propre ligne de travail qui, étant libérée de toutes les complications d'organisation, présente un esprit universel et tolérant. Nous n'attirons pas l'attention sur nous, en tant que groupement, mais sur les principes auxquels, en tant que groupement, nous nous attachons. La Déclaration est un exposé concis de la position que tous les théosophes devraient adapter — vis-à-vis du travail et vis-à-vis de leurs semblables. Nous avons tous besoin de cultiver cette bienveillance qui est en sympathie avec tout effort visant à promulguer la Théosophie, même si les méthodes ou d'autres choses ne nous plaisent pas : n'importe quel effort est mieux que pas d'effort du tout.

Cette tolérance ne veut pas dire qu'il faut « fraterniser » avec tout ou tous ceux qui le demandent, mais plutôt qu'il ne faut condamner personne pour ses opinions. Nous pouvons ne pas avoir envie de perdre du temps ou de l'énergie dans la direction suivie par quelqu'un, c'est notre prérogative, et si notre interlocuteur est lui-même tolérant il ne souhaitera pas que nous le fassions. Beaucoup parlent de « tolérance » et s'imaginent que tout le monde devrait accepter ce qu'ils veulent dire au faire. La tolérance, qui masque une tentative personnelle visant à s'assurer l'appui de ceux qui ont leur propre devoir à assumer, a peu de valeur.

Beaucoup vont faire des comparaisons entre la « LU.T. » [Loge Unie des Théosophes], sa Déclaration, et les prétentions de diverses organisations et de leurs représentants. Chacun croit être seul dans la vérité. On va nous demander quelles sont nos prétentions. Nous n'en avons aucune, nous indiquons le Message, les Messagers et Leur définition du travail — et nous accomplissons ce dernier en conséquence ; nous n'avons aucune « révélation » à offrir, nous transmettons seulement ce qui a déjà été connu avant. La position est unique et inattaquable puisqu'elle ne se réclame d'aucune autre autorité que de celle du Message et des Messagers. Lors de chaque réunion, notre programme devrait comprendre l'exposé de nos buts, en particulier celui de propager les principes fondamentaux de la Théosophie et des réponses aux questions sur les sujets choisis pour l'étude.

L'Autorité que nous reconnaissons n'est pas ce que les hommes appellent d'habitude autorité, celle qui vient de l'extérieur et exige obéissance. C'est une reconnaissance interne de la valeur qui découle de chaque idée, chaque centre ou chaque individu. C'est l'autorité du discernement du Soi de chacun, de l'intuition, de l'intellection la plus haute. Si nous suivons ce que nous reconnaissons de cette façon et continuons à le trouver toujours valable, nous maintiendrons nos visages tournés naturellement dans cette direction. Ainsi, il n'y a pas lieu de suivre servilement quelqu'un — nuance que certains ne sont pas capables de saisir. H.P. Blavatsky écrivit : « Ne suivez ni moi, ni mon sentier, suivez le chemin que j'indique et les Maîtres qui sont derrière ». Nous faisons toujours remarquer que le mieux et le maximum que l'on puisse faire consiste à faire ce que fit Judge — suivre les directives d'H.P. Blavatsky sans se soucier de toute autre. Nous ne faisons qu'aider les autres à découvrir ces directives. Nous ne désirons aucunement attirer l'attention sur nous. Il est vrai que la « L.U.T. » se centre forcément autour des plus actifs dans le travail, mais ceux-ci ne pourraient rien faire si l'histoire, les faits et les forces ne se trouvaient pas dans le programme de travail adopté. C'est pourquoi nous indiquons ces directives comme quelque chose qui doit être vu et connu. Quant à nous, nous ne sommes que quelques-uns susceptibles de saisir ces idées, prêts à les mettre en application, et désireux d'aider dans la conduite à adopter. Cela évitera que la « L.U.T. » dégénère et finalement se trouve dans les conditions qui existent partout maintenant dans le monde théosophique. Car, si l'on attire l'attention sur les travailleurs vivants, on la détourne, par ce fait, du but véritable. La confiance est possible, mais il ne faut pas commettre l'erreur de placer trop haut une personne. La force exprimée par un travailleur n'est pas celle de la personnalité qui, elle seule, n'en possède pas ; la force réside dans les paroles, les idées et la conviction de la vérité possédées par l'homme intérieur.

Lettre V

H.P. Blavatsky s'est révélée être un véritable Instructeur lorsqu'elle a dit : « Ne suivez ni moi, ni mon sentier ; suivez le chemin que j'indique et les Maîtres qui sont derrière ».

On peut apprécier la sagesse de ce conseil quand on observe ceux qui ont jugé l'enseignement d'après ce qu'ils ont pu voir de l’Instructeur. Ils ont jugé H.P. Blavatsky selon leurs normes et non d'après son adhésion à la Théosophie enseignée par elle. W.Q. Judge a été également jugé ainsi, surtout parce qu'il a toujours soutenu H.P. Blavatsky depuis le début jusqu'à la fin. Ce fut la cause fondamentale des attaques lancées contre lui par ceux qui auraient dû être ses défenseurs. Ils avaient peur de 1'« autorité » — tellement peur qu'ils essayaient de donner l'impression qu'ils étaient capables d'expliquer H.P. Blavatsky de A à Z et de dire jusqu'où elle avait raison et où elle commettait des « erreurs », s'arrogeant ainsi une autorité qu'elle-même n'avait jamais exercée. Ils ont minimisé l'unique source en qui il était passible d'avoir confiance, tandis qu'au contraire Judge présenta continuellement H.P. Blavatsky comme étant l'Instructeur vers qui tous, sans excep­tion, devaient tourner leur regard.

Ceux qui suivirent l'exemple et le conseil de W.Q. Judge à ce moment-là, ou bien ceux qui désirent le suivre maintenant, trouvèrent et trouveront le chemin indiqué par H.P. Blavatsky En réalité, cela revient à dire que ceux qui déclarèrent ou qui déclarent considérer H.P. Blavatsky comme leur Instructeur, ne peuvent le faire sans également considérer Judge comme elle le considérait. S'ils minimisent ou dénigrent Judge, ils minimisent au dénigrent également H.P. Blavatsky

Nous recherchons d'abord et fondamentalement l'Unité, laissant de côté, autant que possible, les points qui pourraient faire apparaître des oppositions. La Théosophie elle-même, authentique, est le grand « unificateur » ; plus nous sommes en mesure d'encourager les autres à étudier et à appliquer la Théosophie, mieux les gens se rendront compte eux-mêmes du rôle que les différents individus, les différentes personnalités ont joué dans le mouvement. Notre travail consiste à informer et non à faire du prosélytisme.

Les Maîtres se servirent du Col. Olcott parce qu'il possédait les capacités pour accomplir le travail qui lui fut assigné, et parce qu'à ce moment-là il était le seul à pouvoir l'accomplir ; de plus, malgré ses imperfections, il avait la volonté de persévérer dans sa tâche sans attendre de récompense. Il est vrai qu'il est passé à côté de beaucoup de choses qu'il aurait pu obtenir et qu'il a finalement laissé la Société glisser dans de mauvaises mains à cause de son manque de discernement. Pour cela, il fut le seul fautif ; mais la loi ajuste et ajustera. Nous ne pouvons le juger, ni lui, ni Ceux qui l'utilisèrent. Ils n'excusèrent pas ses fautes : Ils utilisèrent ses qualités — et lui donnèrent toutes les chances possibles pour développer ces dernières. Son infatigable attention, de tous les instants, consacrée au travail exotérique qu'il avait à faire, l'empêcha peut-être de surveiller son propre caractère, de sorte qu'il se crut autorisé à un certain relâchement qui correspondait à ce qu'il comprenait. I1 se peut, que tout en connaissant ses défauts, mais à cause du bon travail important qu'il faisait quand même pour le Mouvement, certaines personnes en déduisirent qu'il était préférable de fermer les yeux sur ses fautes et de les lui pardonner ou de les excuser, comme c'est souvent le cas lorsqu'il s'agit d'hommes publiques à cause des services qu'ils rendent. C'est une erreur, car le chemin du véritable Occultisme et celui de l'immoralité ne concordent pas. Les Maîtres ne jugent personne et ne peuvent pas davantage « pardonner » les péchés d'omission ou de commission. Naturellement, Ils doivent adopter la même attitude que le Maître Essénien qui a dit : « Que celui d'entre vous qui est sans péché jette la première pierre ». Les Maîtres doivent utiliser les matériaux qui existent. Si quelqu'un a des faiblesses, c'est dommage pour lui et pour le travail. Il faudrait également se souvenir qu'aussi longtemps que quelqu'un veut bien demeurer dans le travail, il peut le faire. Chacun continue ou abandonne selon son propre désir. Jamais on ne ferme la porte sur quelqu'un au nom de la Loi, et les lois de l'Occultisme ne connais sent pas de « renvoi justifié ». Il est étrange que tant de personnes qui ont étudié la Théosophie n'arrivent pas à saisir ces choses, mais que, bien au contraire, elles ne manquent aucune occasion pour cataloguer ou prononcer un jugement.

Et tout cela ne s'adresse pas seulement au Col. Olcott, ni à un individu particulier, mais à tout le monde, sans exception, y compris nous-mêmes. Dans leurs écrits et par leurs conseils, H.P. Blavatsky et Judge mettent en garde contre la condamnation d'autrui ; et cependant, ceux-là mêmes qui se sont désignés eux-mêmes comme les disciples des deux Instructeurs n'ont guère pris en considération les avertissements ni 1'exemple qu'ils ont donné. Cette attitude a conduit à condamner ou bien à adorer certaines personnes, puis a dégénéré en dissensions, en scissions, pour finalement aboutir à une complète absence de discernement. Le Chemin de la Fraternité et le Chemin de l'Occultisme sont un seul et même Chemin.

Evidemment, ici ou là, tous les crimes possibles ont été commis par des personnes se disant Théosophes ; mais en général, autrefois comme aujourd'hui, les Théosophes sont, dans leur majorité, des hommes et des femmes respectables mais souvent égarés par leur propre ignorance, leurs fausses idées, parfois par leurs désirs et 1eurs passions, cependant luttant honnêtement face à leurs énormes difficultés. Olcott n'était pas tout jeune 1orsqu'il a été « sorti des braises » et il avait les défauts et les travers propres à son époque et à sa situation dans le monde. Mais il a fait ce que personne d'autre ne voulait entreprendre à ce moment-là. Les Maîtres l'ont assisté, sachant ce qu'étaient ses faiblesses, et nous devrions le juger d'après ce qu'il a fait pour 1a Théosophie. Il en va de même pour Mrs Besant, qui est sincère, même si elle se trompe.

Quant à Mrs Tingley, il y a chez elle un manque apparent de sincérité et bien des choses qui sont contraires à une conduite théosophique. Si l'on nous pose des questions et si les circonstances l'exigent, il faut donner un rapport franc et clair des faits, seulement pour la défense de la Théosophie et non pour condamner quelqu'un. C'est la clef si l'on veut maintenir une attitude juste dans tous les cas du même genre appartenant à l'histoire théosophique du passé ou du présent. C'est peut-être une subtilité, mais nous devons la saisir et, tout en montrant bien la vérité à propos de l'histoire ou de la philosophie de la Théosophie, nous devons éviter toute condamnation, même si on est obligé de citer des noms. Les fautes et les erreurs des autres prennent le sens d'une rédemption pour ceux qui auraient pu faire la même chose s'ils n'avaient pas tiré les leçons de ces fautes et de ces erreurs.

Lettre VI

Les théosophes organisateurs sont marqués par l'idée de « succession », comme c'est le cas dans le monde en général, et ceci simplement à cause de prétentions émises dans ce sens. Il faut tirer cela au clair et sans équivoque possible, sans manifester pour autant quelque intolérance ou esprit de condamnation mais en soulignant la nécessité de connaître la vérité afin d'être à même de déceler ses contrefaçons. C'est pourquoi nous indiquons toujours le Message et les Messagers comme la source digne de confiance à laquelle devraient s'adresser tous ceux qui désirent apprendre ce qu'est la théosophie authentique et ce qu'elle n'est pas.

Il reste encore de nombreux points à élucider en rapport avec la « L.U.T. ». Si le mouvement est destiné à s'élargir comment faudrait-il envisager les débuts dans d'autres localités, comment faire pour que ceci soit effectué comme il le faut, en demeurant dans la 1igne ? Ce ne sera possible qu'en maintenant des contacts étroits avec un centre sûr et solide où l'aide et les directives pourront être trouvées. Actuellement, au point où en sont les choses, n'importe qui peut se servir du nom de « L.U.T. » et, consciemment ou inconsciemment embrouiller les choses — comme ce fut le cas pour la théosophie elle-même. Quelles mesures — en supposant qu'il y en ait — faudrait-il adopter pour protéger le nom de « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] lié à l'effort particulier qu'elle représente ? C'est à nous de trouver les voies et les moyens appropriés. Nous avons le temps, mais le champ devrait s'élargir et nous devons donc envisager l'avenir. Une revue ne pourrait-elle pas servir de guide et de moyen de communication — aidant ainsi à développer le discernement et le jugement de tous ? Il faut que chacun manifeste un dévouement intelligent à la cause des Maîtres et cette attitude imp1ique la soumission du soi personnel. Ce sont toujours les digressions personnelles qui incitent les étudiants à abandonner la Philosophie et « le sentier direct et étroit ». Nous devons aller de l'avant, accomplissant ce qui nous semble juste au milieu de circonstances qui varient sans cesse, et, c'est précisément alors que le discernement joue son rôle. Il n’est pas question de ce que l'on aimerait faire dans telle ou telle circonstance, mais de ce que l'on doit accomplir. Nous devons nous préparer sérieusement pour faire face à ce que l'avenir nous réserve. Sommes-nous en mesure de le faire ? Essayons toujours !

Si les idées de base ne sont pas assimilées, rien n'est possible. Même si, comme d'humbles agents, nous ne pouvons mieux faire que de maintenir vivantes ces idées parmi les théosophes et dans le monde, nous devrions être contents ; mais ce n'est pas fini, et tant que durera notre vie nous continuerons résolument à tout faire pour donner aux autres une base solide, une compréhension meilleure de ce que représentent les grandes Idées de la théosophie. Chacun de nous doit trouver ses propres applications de ces mêmes grandes vérités.

Nous vivons dans une ère de transition et notre tâche consiste à revenir aux principes fondamentaux, à les promulguer et à les soutenir de notre mieux, afin qu'ils soient disponibles pour ceux qui en ont besoin, en nous inspirant du Message et des Messagers. C'est exactement le travail qui convient à tous les Arjuna. Le danger ne vient pas de la « personnal1té », mais de l'idée que l'on s'en fait. Dans certains cas, cela peut rabaisser l'idéal ; aussi, conservons l’idéal, mais faisons-en sorte que le focus visible soit inconnu, sauf de ceux qui ont le droit de le connaître.

Il doit y avoir « quelqu'un » pour répondre aux questions : une revue y pourvoirait sans attribuer, de responsabilité à quiconque pour les opinions exprimées dans ses pages. Nous devons en lancer une, mais il nous faudra des lecteurs — où allons-nous les trouver ? Cela est aussi pour l'avenir. Allons hardiment de l'avant sans eux — sans nous fier à notre propre force mais à celle de ce pour quoi nous parlons. II nous faut devenir comme Sir Galahad dont « la force égalait celle d'un millier d'hommes parce que son cœur était pur ». Alors, il n'y aura pas d'angoisse d'une défaite personnelle possible, ni l'ardent désir d'un succès personnel, mais seulement le travail des Maîtres et notre effort soutenu dans ce travail. S'il se traduit par un échec, nous aurons le droit d'employer ce terme et de comprendre son sens ; au pire, nous n'aurons pas « échoué » en vain. Mais l’idée d'échec ne se présente pas à notre esprit car le seul véritable échec serait celui d'arrêter de travailler et nous ne ferons pas cela.

Nous ne pouvons pas empêcher que d'autres utilisent la Déclaration de 1a « L.U.T. » et nous ne devons pas le faire — mais nous devons surveiller que leurs idées soient justes dès le début. Si d'autres centres se créent et si leurs fondateurs ont la bonne attitude, ils désireront entretenir des relations étroites avec les autres. Nous avons non seulement le devoir de promulguer l’esprit de notre Déclaration, mais aussi celui de le sauvegarder autant que possible. La « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] est, selon sa propre Déclaration, une association volontaire ; c'est pourquoi une Loge qui ne désirerait pas d'association avec les autres serait une anomalie. Est-il possible qu'un groupe sympathisant avec la Déclaration puisse prétendre que l'unité ne soit que locale ? I1 le pourrait ; mais l’inscription de ce groupe aiderait. Si certains ne souhaitaient pas s'inscrire seraient-ils en accord avec la Déclaration ? Les Loges devraient, au même titre que les associés, exprimer leur accord par le simple fait de s'inscrire.

La croissance du mouvement devrait être lente et elle le sera ; mais elle ne peut être arrêtée et être encore appelée croissance. Si de nouveaux centres se fondent, peut-être à de grandes distances, ils risqueraient de sombrer dans les difficultés sans l’aide de membres déjà formés. Quelles mesures prendre pour maintenir ces centres en contact avec des étudiants plus expérimentés ? Une revue remplirait efficacement cet office si tous les membres s'y abonnaient. Mais nous devons nous souvenir que dans le passé seuls quelques-uns le firent. Il se pourrait que ce soit la même chose pour nous, mais nous devons cependant tenter de créer des bases solides pour tous ceux qui veulent se joindre à nous. C'est no tire devoir envers eux, envers les Maîtres, et envers nous-mêmes qui avons choisi de servir la cause des Maîtres.

Lettre VII

Ce n'est pas contre nos erreurs, en général, qu'il faut nous tenir en garde lorsque nous travaillons pour la Théosophie, mais contre celles qui sont évitables.

C'est une erreur de laisser se développer dans l'esprit de quiconque l'impression qu'il a de l'importance pour la Théosophie. La Théosophie a été restituée au monde pour le bien de ceux qui cherchent la lumière et non pour ceux qui sont satisfaits des choses telles qu'elles sont et de la vie telle qu'ils la découvrent. Aussi n'est-ce pas la peine de faire des efforts pour essayer d'intéresser telle ou telle personne. Les efforts que l'on ferait ainsi constitueraient en eux-mêmes un obstacle, soit en soulevant de l'opposition, soit en suscitant des notions erronées. La ligne de conduite la plus sage est de permettre au plus grand nombre d'être informé au sujet de la Théosophie, sans viser quelqu'un en particulier.

Bien que le Karma de beaucoup de gens soit tel qu'il n'y ait pas pour eux d'ouverture mentale ou physique permettant un accès direct, même ces gens cependant peuvent être touchés indirectement par les efforts de ceux qui sont en affinité avec eux, et saisir ainsi l'opportunité et trouver la voie. Ce que nous devrions faire serait plutôt d'informer le public que l'opportunité de comprendre et de mettre en pratique la Théosophie n'est offerte, selon Karma, qu'au très petit nombre, non du fait qu'elle est dissimulée à quiconque, mais parce que, en dehors de ce petit nombre, les tendances dominantes ne sont pas de nature à permettre au mental de s'ouvrir à la considération de vérités nouvelles, ni de profiter des voies et moyens qui sont offerts. Cela provient souvent du fait que, dans des vies précédentes, des opportunités ont été négligées ou mal utilisées. Tout ceci est particulièrement vrai dans ce siècle où, une fois de plus, une grande partie de l'ancienne sagesse est mise à la disposition de tous ceux qui veulent. Tous ont cette chance, certains plus favorablement que d'autres. C'est le comble du manque de sagesse que de négliger à nouveau cette opportunité, en particulier dans le cas de ceux à qui elle est présentée à domicile, sans effort de leur part. Dans notre vie quotidienne, nous prenons contact avec les gens comme ils sont. Cela nous permet de leur témoigner une humaine sympathie avec leur vie, de comprendre leur situation, sans nous y immiscer, tout en donnant, de façon indéfinissable, l'impression du côté sérieux de la vie, et de la nécessité d'en comprendre réellement le sens.

Il est à la fois sage et nécessaire de bien compren­dre les voies et moyens, ainsi que les méthodes à employer dans nos rapports avec le mental des autres, ceci non seulement dans le but de faire « le bien », ou d'être « bon », mais afin que les autres et nous-mêmes puissions apprendre les règles du combat de l'âme, les devoirs individuels et collectifs de l'Ego incarné — le « guerrier ». Nous sommes Karma, car nous sommes la cause de tout ce que nous faisons. Notre difficulté tient à ce que nous ne nous rendons pas compte jusqu'où vont les causes que nous mettons en mouvement, pour le bien comme pour le mal. D'où la nécessité de connaître notre ascendance spirituelle, intellectuelle et physique. Notre hérédité nous appartient en propre : elle représente les effets actuels de causes que nous avons semées dans un lointain passé.

Quoique tout ce que nous puissions dire ne soit qu'une répétition du déjà-dit, un mot ou une réalisation peut parfois jeter une lumière nouvelle capable d'aider certains et de leur être utile. L'efficacité est limitée de deux façons : par notre incapacité à donner une impression aussi bonne qu'il le faudrait et par le manque d'appréciation convenable par l'auditeur du sens de ce qui a été dit. Beaucoup de gens ne peuvent regarder au-delà de leur interlocuteur, avec ses défauts et ses limitations, ni au-delà de celui qui donne pour voir le don lui-même, avec tout ce qu'il implique et ainsi attendent trop de sa personnalité qui n'incarne pas complètement tout ce qui est transmis.

Ceci sera vrai de la « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes], comme des travailleurs qui la maintiennent en existence, car la carrière de la « L.U.T. » sera ce qu'en feront ses associés, ni plus ni moins. Sa « base d'union » est laissée à dessein indéterminée, si on la considère d'un point de vue exotérique et personnel, et ceci afin de mieux mettre en évidence la base véritable et durable d'unité parmi tous ceux qui s'appellent des théosophes, Un bureau central d'inscription servira à tenir un registre de tous les associés et à recevoir et à donner des informations, ainsi que de l'aide à toutes les Loges et tous ceux qui se posent des questions individuellement et s'intéressent d'une manière ou d'une autre à la Théosophie et au Mouvement Théosophique, que ces personnes soient affiliées ou non à notre Association.

Ce moyen d'intercommunication théosophique sera d'une grande importance, mais il faut prendre toutes précautions afin qu'il demeure impersonnel, dénué d'esprit partisan et de prosélytisme, tout en étant également une source fiable d'informations en ce qui concerne l'histoire et la philosophie théosophiques. Ceci doit être mis en œuvre de telle façon qu'on ne dérive jamais vers une forme quelconque d'autorité de contrôle. On pourra toujours se prémunir contre ce danger et y remédier en évoquant de façon répétée et en appliquant continuellement le principe de l'union, affirmant qu'un « contrôle mental », quel qu'il soit, est contraire à la lettre et à l'esprit de notre Déclaration et que, si des Loges ou des particuliers peuvent demander informations, avis et suggestions, ils ne sont cependant liés d'aucune manière par cette démarche.

Ceux qui demeurent fidèles à ce principe resteront toujours unis, même en acceptant d'avoir des opinions différentes, si les étudiants les plus anciens adoptent cette attitude et montrent eux-mêmes l'exemple. Ce principe de l'union, de même que notre ligne de conduite et nos pratiques, ne devraient jamais dégénérer en conclusions tranchées concernant les hommes, les choses .et les méthodes de travail. Si nous restons sincères et fermes quant à notre but, notre intention et notre enseignement, nous offrirons l'aide et les conseils qu'il est en notre pouvoir de donner à tous ceux qui cher­cheraient à se renseigner ; et tous les arrangements nécessaires prendront forme naturellement. Nous devons simplement garder présent dans le mental et dans le cœur les lignes directrices originelles tracées par H.P. Blavatsky et W.Q. Judge, c'est-à-dire tout d'abord l'UNITÉ, en tant que foyer de développement spirituel et de force mutuelle ; puis l'ÉTUDE, afin de connaître le Mouvement, son but, ses Instructeurs et son Message ; et enfin le TRAVAIL, sur nous-mêmes, à la lumière de cette 'étude, et au bénéfice des autres, au début, à la fin et tout le temps.

Nous ne pouvons offrir que la Théosophie. Nous ne l'avons pas inventée. Elle nous a été donnée. Nous formons une chaîne et nous la transmettons, comme faisaient jadis les gens qui se passaient les seaux d'eau lors d'un incendie. Les hommes sont reconnaissants envers celui qui leur passe « l'eau de la vie », mais le « passeur » sait à qui doit aller leur gratitude et il dit : « Ne me remerciez pas, remerciez la Théosophie — comme je le fais moi-même. Elle me permet d'aider les autres ; elle vous le permettra également. » Ce faisant, il aide les autres et s'aide lui-même à se débarrasser de « l'idée de personnalité ». Contre « l'idée de personnalité », la lutte est dure et longue. Il faut veiller à ce qu'elle ne s'attribue pas ce à quoi elle n'a aucun droit. Ce que les autres pensent de nous leur sert d'exemple pratique, mais notre idéal est au-dessus de toute personnalité et des personnalités. Ce que les gens pensent de « nous » n'a pas d'importance, du moment qu'ils viennent et trouvent directement la Théosophie. Ils devraient rejoindre nos rangs, de plus en plus nombreux, par intérêt pour la Théosophie, ajoutant ainsi de nouvelles unités au corps des travailleurs.

En matière de directives, les Messagers ont laissé tout ce qui est nécessaire pour nous et pour les autres ; il nous appartient, ainsi qu'aux autres, d'appliquer les choses convenables, au moment voulu et de la manière qui convient le mieux. Certains peuvent trouver cela décourageant ; ainsi, beaucoup attendent « des ordres et des directives » des Maîtres au sujet des voies et des moyens. Cela ne produirait aucun bien, même si c'était possible, car si nous étions dirigés en toutes choses, comment pourrions-nous développer notre discernement, notre jugement et notre pouvoir ? Nous ne serions alors que des automates, incapables de remplir le rôle nécessaire. Sans aucun doute, les Maîtres aident tous les hommes sincères, en ajustant plutôt qu'en dirigeant. Aussi, ne devrions-nous pas chercher à être dirigés, mais aller de l'avant en utilisant de notre mieux notre propre jugement théosophique, certains que si notre compréhension de la nature de la tâche est bonne, et notre motif pur, nous découvrirons le chemin qu'il convient de suivre. Voilà qui nous servira de guide de la bonne sorte — celle qui mène au progrès. En attendant, nous vivons et nous apprenons, et nous ne devrions pas oublier que les Maîtres et nous travaillons dans le présent pour l'avenir, avec le même grand but. C'est sur une route cahoteuse que nous cheminons, car le Karma de notre race a construit ce gente de route ; il n'y a pas d'autre moyen d'aider la race que de parcourir cette route de notre mieux.

Les Maîtres ne dirigent pas, Ils ajustent. Il y a eu des gens, et il y en a encore, qui pensent et disent : « Le Maître fera tout. » Ces gens sont tous condamnés à faire fausse route, faute de considérer ce qu'il y a lieu de faire et la voie qu'il faut suivre, et faute d'utiliser tous les pouvoirs dont ils disposent pour choisir les procédés et la conduite qui conviennent. Nous avons confiance dans la Grande Loge et dans la Loi, mais nous utilisons les pouvoirs que nous avons dans toute la mesure de nos moyens : ce que nous ne pouvons pas faire, nous savons qu'Ils le feront lorsque cela sera nécessaire. Nous devons répandre cette idée pour la meilleure gouverne de tous.

Lettre VIII

Beaucoup de membres des différentes sociétés théo­sophiques feront naturellement des objections quant à nos conclusions et à notre conduite, tout en sympathisant avec notre décision d'adhérer strictement à la Théosophie comme elle a été consignée à son origine. D'autres, les « vétérans » qui jouent les rôles principaux dans ces sociétés, s'opposeront vigoureusement à nous, tout en prétendant « révérer » H.P. Blavatsky C'est inévitable si nous voulons être sincères envers nos intentions déclarées, car ces intentions nécessite­raient un changement radical d'attitude de la part des chefs comme de la part des membres des différentes sociétés. Mais tous ceux qui ne sont pas engagés au point de ne pas vouloir ou oser examiner la philosophie, la logique et les faits, selon leur valeur propre, tous ceux qui sont d'esprit ouvert, ou peuvent le devenir dans une certaine mesure, feront des recherches et gagneront par cela une meilleure perspective et une meilleure appréciation du besoin d'unité sur une base philosophique. C'est lorsque des évènements, survenus dans leur propre sphère d'intérêts, les auront contraints à reconsidérer les choses que les théosophes eux-mêmes se souviendront de ces impressions. Faisons donc confiance aux faits enregistrés, à la philosophie transmise et à l'exemple fidèle à cette philosophie donné par les véritables Instructeurs, H.P. Blavatsky et W.Q. Judge

Il était bien naturel que vous alliez à cette Expo­sition d'Art, mais regrettable que cela ait diminué la force de la réunion en la privant de votre présence. Lorsque nous sommes si peu nombreux, l'absence même d'une seule personne est ressentie par tous. A ce moment même, le courant est affaibli par une dispersion des intérêts ; en outre, la tendance à répéter ces absences s'établit facilement. Ceci donne peut-être l'impression que nous voulons faire de la Théosophie un « dieu jaloux », mais c'est la leçon dictée par l'expérience, et elle vous est offerte pour ce qu'elle peut valoir pour vous. On ne doit pas prendre cela comme une censure à l'endroit d'une chose ou d'une personne particulière, mais plutôt comme un principe directeur en général. Je sais que vous n'êtes pas un théosophe tiède, mais je pense à l'exemple donné aux étudiants plus jeunes. C'est si facile, surtout au début, de perdre l'enthousiasme pour le Travail, en dispersant son énergie en des divertissements qui sont, par eux-mêmes, inoffensifs. Il vaut mieux se délasser ou assister à des « distractions de société » à des heures qui ne sont pas celles de nos réunions, si nous avons réellement l'intention « de sacrifier le transitoire au Permanent ».

Il y a juste un an, tout ce qui a été réalisé depuis et qui est en train de s'accomplir semblait encore très, très, lointain. La « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] a fait un grand pas en avant depuis sa formation : déjà, elle se tient bien sur ses pieds et elle commence à faire entendre sa voix dans le pays. C'est la consécration à la Cause qui a accompli cela et elle est devenue plus forte par les efforts mêmes qui ont été faits. Il y a là un grand encouragement. Quelques individus ont déjà saisi un peu l'esprit de ce mouvement ; avec le temps, ils deviendront plus nombreux et certains d'entre eux deviendront de véritables guerriers. Si nous donnons notre cœur à la Cause, tout le reste suivra.

Beaucoup de gens entendent le Message, mais peu y prêtent attention ; et, parmi ces derniers, rares sont ceux qui prennent à cœur les avertissements des Instructeurs. Certains pensent, manifestement, que tous les avertissements sont une sorte d'épouvantail pour mettre leur courage à l'épreuve. Ils oublient ou ils ignorent que la véritable épreuve ne s'adresse pas à notre courage, mais à notre discernement. Si la philo­sophie est vraie et si les Maîtres sont derrière elle, alors, ils entendent réellement ce qu'Ils disent. Outre les avertissements, Ils ont transmis bien d'autres choses et c'est de celles-ci dont il s'agit, Ils les entendent, aussi complètement et aussi réellement que les avertissements.

La Théosophie n'est en conflit avec aucune forme de religion, aucune société, aucun homme, aucune opinion — aussi opposés que tous puissent être à la Théosophie. C'est dans une bataille pour sa reconnaissance que la Théosophie est engagée, par l'effort de ceux qui, comme nous, croient en elle, sans réserve mentale d'aucune sorte. La Théosophie sert à expliquer le côté caché et le sens réel et intérieur de toutes choses, car elle est amie de l'entendement et une aide pour la connaissance. A sa lumière, l'homme peut parvenir à se connaître lui-même entièrement. C'est en raison d'une mauvaise compréhension du Soi réel que nous avons toutes ces religions, toutes ces sectes, ces partis et ces dogmes — avec tous les intérêts qu'ils soutiennent et leurs défenseurs. C'est le Karma de la race que nous affrontons, aussi nous n'allons pas pousser des cris de détresse ni chercher à l'esquiver quand il se trouve devant nous. Ce que nous pourrions considérer autrement comme le pire est la meilleure chose qui puisse arriver si nous la prenons dans l'esprit qui convient, en épurant notre Karma à mesure que nous avançons et en faisant de nous-mêmes de meilleurs instruments pour les Maîtres. Nous ne travaillons pas en raison de notre intérêt personnel dans les résultats, mais pour les Maîtres et pour l'Humanité. Ainsi, nous acceptons de bonne grâce tout ce qui peut survenir, « en goûtant ou en supportant tout ce que le Soi Supérieur peut avoir en réserve pour nous comme expérience ou discipline ». A nous de poursuivre la route sans éprouver de doute ni d'anxiété, car ce sont là deux obstacles qui surgissent de la nature inférieure et non de la nature supérieure. Nous souffrons, et nous devons continuer de souffrir des faiblesses corporelles et mentales de la race. Nous pouvons endurer tout cela avec bonne humeur du moment que nous œuvrons pour des temps meilleurs, pour un mental et un corps meilleur, une meilleure compréhension pour toute l'humanité.

Il arrive à chacun de nous, au cours de notre évolution, de trouver par moments le travail inutile et ingrat. Je pense que ce caractère fastidieux du travail est précisément le déblaiement du Karma et la clarification « des enveloppes de l'Ame ». Ce qui nous irrite et nous blesse, ce sont nos désirs personnels non réalisés ou ceux que nous pensons être irréalisables. Nous pouvons tout traverser et tout supporter en pensant au Soi de tous. C'est en abandonnant le soi au Soi que l'Adepte Blanc est devenu ce qu'Il est. Tout ceci, nous le « savons » très bien, mais c'est la réalisation qui nous fait défaut ; dès lors, nous trouvons souvent que la tension est dure. Nous devons toujours aller de l'avant, demeurer autant que possible dans le Soi et nous appuyer sur le Soi ; chaque effort nous rap­proche de l'instant de la réalisation.

C'est en nous reposant sur notre perfectibilité inhérente que nous nous débarrasserons de nos imperfections. La dernière chose à mettre en doute est la perfectibilité inhérente à tous les hommes. Voici une déclaration intéressante faite par H.P. Blavatsky :

« Chaque Ego a derrière lui le Karma des manvantaras [univers] passés. L'Ego commence avec la Conscience Divine —pas de passé, pas de futur, pas de séparation. Il lui faut longtemps pour réaliser qu'il est lui-même. Ce n'est qu'après de nombreuses naissances qu'il commence à discerner, par cette collectivité accumulée d'expériences, qu'il est une individualité. A la fin de son cycle de réincarnations, il est toujours la même Conscience Divine, mais il est alors devenu une Soi Conscience individualisée. »

S'il n'y avait pas ce sens de la perfection inhérente, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue : quelques années de « plaisir et de douleur », et puis tout est fini — qu'a-t-on gagné ? Cependant, quoi que nous fassions, nous ne pouvons pas échapper à la Vie, car nous sommes la Vie, toujours ; la plupart d'entre nous ne réalisent qu'une partie de ses possibilités. Un jour, nous apprendrons ce que signifie réellement la Vie. Nous travaillons dans ce but, pour les autres aussi bien que pour nous-mêmes — maintenant surtout pour ces autres « qui savent encore moins que nous » ; mais en même temps, nous apprenons aussi toujours nous­ mêmes. Est-ce que ceci ne vaut pas tous les efforts que cela nous coûte ? Les gens font de plus grands sacrifices que ceux qui nous sont demandés, et pour infiniment moins — quelques années d'un bonheur discutable, et puis l'oubli pour autant qu'ils sachent et puissent voir. Si nous pouvons comprendre, un tant soit peu, le but de la vie, c'est déjà beaucoup ; le ressentir c'est encore plus ; et le réaliser c'est Vivre. Si Nietzsche a raison, avec sa doctrine, alors nous nous sommes sérieusement trompés. Mais, nous sommes nous trompés ? En cela, il n'y a pas de « si » qui tienne, car nous avons la certitude absolue que nous accomplissons la chose juste en suivant le Sentier des Maîtres et les lignes directrices fixées par H.P. Blavatsky Aussi, qu'importe si nous subissons des blessures en combattant pour Eux et pour toute l'humanité. Nous avons accompli quelque chose, aussi peu que ce soit. Nous avons fait tout ce que nous avons pu et la bataille continue encore. C'est une Ecole de la Vie, et tout ce qui nous arrive, à n'importe quel moment, nous apporte ce dont nous avons besoin, que cela nous paraisse dur, ennuyeux ou agréable.

Le Travail tient la place du sacrifice. « On n'obtient rien sans sacrifice. » Prenons à cœur les paroles de Judge : « Et pourtant, à tout moment, et à toute heure de chaque jour, ces Maîtres sont prêts et vivement désireux de rencontrer ceux qui voient assez clair pour discerner leur propre destinée véritable, et qui sont assez nobles de cœur pour travailler pour “la grande orpheline, l'Humanité." »

Lettre IX

Nombreuses sont les « bonnes âmes » qui ne connaissent pas leur propre mental et qui, de ce fait, n'ont pas une base solide en Théosophie, tout en étant convaincues qu'elle est la seule chose valant la peine d'être connue. Ces gens ne peuvent « se fixer » nulle part. Nous n'avons pas besoin d'aller les chercher — ils viennent à nous tout seuls. S'il nous fallait aller les chercher, peut-être les laisserions-nous passer en pensant qu'ils ne sont pas « de la bonne espèce », ou pour quelque autre raison apparente. Des centaines de gens sont ainsi partis sur une fausse piste ou une autre. Ils ont tous quelques heureuses caractéristiques — comme héritages karmiques ; mais, cela ne leur donne ni la Sagesse, ni la Volonté. Ils ont besoin de directives, mais pas de commandements. L'étude et le travail sont leur seul salut et nous pouvons les aider tous dans la mesure où notre Karma, et le leur, le permettent, ne serait-ce que par notre exemple. Nous devons travail­ler avec tous les théosophes. Autant que je sache, la « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] est le seul véritable « rameau d'olivier » dans le Mouvement, car elle signifie paix avec tous, dans l'identité de but, d'intention et d'enseignement.

Si les théosophes étaient restés unis sur cette base, les dissensions n'auraient jamais eu lieu et les nombreuses questions secondaires n'auraient pas eu la vogue. Quel Karma pour les coupables et pour le monde ! Les ignorants commencent par des prétentions et des promesses et, tandis que certains resteront ignorants, beaucoup d'autres tomberont dans la sorcellerie de la pire espèce. Dans tous ces groupements, les innocents qui manquent de discernement servent de paravent pour ce qui se cache derrière, parce qu'ils sont incapables de se rendre compte qu'on les utilise à des fins égoïstes. Voilà ce qui est lamentable. La grande majorité des gens se moque de l'idée que l'on puisse posséder des pouvoirs occultes en vue de nuire.

C'est là le mystère du mental humain. Etant créateur, il donne vie et existence à chaque forme de pensée, se crée des idoles à sa propre image et cherche ensuite à exiger d'autrui une obéissance stricte. Et quelles idoles ne crée-t-il pas !... des monstres et des vampires ! Ce n'est pas agréable de penser à ces choses, mais elles existent. Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant elles, mais nous devons mettre en garde tous ceux que nous pouvons, en leur montrant le SOI comme refuge. Si les théosophes veulent suivre la seule route sûre, authentique et royale, ils doivent oublier les personnalités et les chefs, pour suivre les Principes et être fidèles à Ceux qui les ont donnés. Pour être fidèle à H.P. Blavatsky et W.Q. Judge, ils doivent suivre les directives laissées par les Instructeurs. Si nous sommes fidèles à H.P. Blavatsky et Judge et à tout ce qu'Ils représentent, on ne nous surprendra pas à courir après les autorités qui crient « par ici ! » ou « par-là ! ». Beaucoup de gens sont « attachés à leurs idoles : laissez-les faire ! » Mais il est toujours bon d'avertir des candidats et, là où nous voyons un danger pour les autres, il est de notre devoir de les mettre en garde — non dans un antagonisme envers quoi que ce soit, mais contre les erreurs et les mauvaises pratiques qui amènent des résultats nuisibles. Les théosophes doivent signaler les erreurs par comparaison avec la Théosophie. Les méthodes doivent varier selon le temps, l'endroit et les conditions. Peu d'esprits, surtout ceux qui sont attirés par « l'appât de l'Occulte », sont capables d'en faire des applications de grande ampleur. Il faut leur montrer les points distinctifs. Il nous faut apprendre que — la bonne façon de présenter la vérité consiste à examiner différentes croyances à la lumière de cette vérité, et non pas à essayer « d'acculer » autrui en faisant assaut d'arguments frappants. Même un animal résiste lorsqu'il est acculé ; ainsi, la bonne manière d'obtenir une considération pour les idées que nous devons présenter suppose un sentiment total de liberté à la fois chez celui qui parle et chez celui qui écoute. A notre époque de prosélytisme et de propagande pour toutes sortes d'« ismes », la tolérance est encore plus nécessaire si nous voulons trouver les points sensibles dans le mental d'autrui, par lesquels pourront surgir des questions éventuelles. Nous pouvons donner l'exemple de l'exa­men de toute chose à la lumière de ses propres mérites, en présentant ensuite, par contraste, le point de vue de la Théosophie, qui est en harmonie avec la nature dans son ensemble.

La Déclaration de la « L.U.T. » [Loge Unie des Théosophes] devrait attirer l'attention de tout théosophe à l'esprit ouvert, sur des principes plutôt que sur des formes. Elle présente une base réelle d'étude et de travail. Son caractère raisonnable devrait stimuler beaucoup de gens à se prendre en mains. La porte est ouverte à tous, mais nous ne pouvons pas aider ceux qui ne veulent ni écouter, ni penser. La remarque publiée dans le « périodique Besant, disant que la « L.U.T. » est une « faction dissidente de Point Loma », m'a amusé. Je me demande comment ils sont arrivés à cette déduction ? Comme la « L.U.T. » est composée en grande partie de théosophes des différentes organisations, il vaudrait mieux dire qu'elle est une « faction dissidente » de toutes ces organisations ! Le fait que la « L.U.T. » ne professe d'attachement pour aucune organisation, et qu'elle-même ne possède pas d'organisation propre, n'a pas l'air d'avoir frappé ceux qui voudraient nous cataloguer comme ils le font pour eux-mêmes. Faisons confiance au temps pour rétablir la vérité. A mesure que les années passeront et que la « L.U.T. » sera mieux connue par ses fruits, il sera de plus en plus difficile, pour ceux qui ont des intérêts personnels à servir, de nous appeler autrement que des théosophes en droite ligne, déclinant résolument tout attachement à quelque organisation théosophique que ce soit, mais toujours en pleine sympathie avec nos frères théosophes, qu'ils appartiennent à une organisation définie ou à aucune. Il nous faut cependant veiller à corriger l'impression — partout où elle existe — que la « L.U.T. » puisse être une faction dissidente ou une succession, ou toute autre chose, en dehors d'une Association visant à étudier et appliquer la Théosophie pure et simple. Un étudiant sincère de la Théosophie peut-il observer les choses qui sont enseignées et faites au nom de la Théosophie sans percevoir précisément le besoin urgent d'une Association telle que la « L.U.T. » ?

Certains théosophes, qui sont par ailleurs fidèles et loyaux, pensent que le Mouvement a échoué pour ce cycle, à cause des dissensions et des fausses doctrines qui apparaissent si en évidence. Ils devraient se sou­venir que les Maîtres ne cessent jamais d'œuvrer et qu'il est toujours possible pour le théosophe, même le plus humble, qui voit clair et aime l'humanité, d'aider Leur entreprise. La voie pour connaître la vérité consiste à revenir à ce que les Instructeurs eux-mêmes ont donné, à la fois dans le domaine de la philosophie et du travail juste. Si cela est fait, on trouvera qu'il y a dans la « L.U.T. » « ni inconstance, ni l'ombre d'une déviation » des lignes directrices établies par ces Ins­tructeurs. Nous devons rappeler sans relâche, à l'attention de tous les théosophes découragés ou désorientés, ce que H.P. Blavatsky a écrit à Judge en 1888 :

« L'avant-dernière nuit, il m'a été montré une vue à vol d'oiseau des Sociétés Théosophiques. Je vis quelques théosophes sérieux, dignes de confiance, aux prises dans une lutte à mort avec le monde en général, et avec d'autres, théosophes de nom, mais ambitieux. Les premiers sont plus nombreux que vous pourriez le croire et ils ont triomphé, comme vous en Amérique, triompherez, si vous restez fidèles au programme du Maître, et sincères envers vous-mêmes. »

Et encore :

« Car c'est seulement quand le noyau est formé que peuvent commencer les accumulations qui aboutiront dans les années futures, aussi loin­taines soient-elles, à la formation de ce Corps que nous avons en vue. »

Certains étudiants ont beaucoup perdu par une lecture superficielle. Si ce Mouvement est inspiré par les Maîtres, et si H.P. Blavatsky et Judge furent leurs porte-parole, il est nécessaire de chercher à déchiffrer le sens caché derrière les mots qu'Ils ont utilisés. Ce serait un manque de foi en les Maîtres et une mauvaise compréhen­sion des grandes lois occultes qui gouvernent un Mou­vement comme celui-ci, si nous pensions que J'effort a échoué et qu'il est inutile de tenter de le poursuivre. « La roue de la Bonne Loi se meut rapidement ; elle moud nuit et jour. Elle sépare la balle sans valeur du grain doré, le rebut de la farine. » Ces mots doivent s'appliquer également au Mouvement, comme à toute autre chose — étant d'une portée universelle. Je ne pense pas que les Maîtres aient utilisé des mots sans raison ; à nous, et à tous ceux qui voudraient Les servir, d'appliquer, d'appliquer, d'appliquer encore et toujours Leurs enseignements. Il n'y a pas de limite de temps pour l'effort.

Lettre X

Si nous attendions d'être des saints, commencerions-nous jamais ? La Gita dit : « Dédie toutes tes actions, bonnes et mauvaises, à moi seul. » Nous devons nous donner tels que nous sommes et non tels que nous aimerions être, sinon nous ne deviendrions jamais semblables aux Maîtres. Le fait de reconnaître que certaines de nos actions sont mauvaises signifie qu'elles seront abandonnées tôt ou tard. Il doit en être ainsi si nous nous efforçons d'être sincères envers les Maîtres.

Ainsi, en faisant tout en notre pouvoir pour rendre notre démarche claire et sûre, selon notre compréhension, nous pouvons avancer hardiment et avec force, car le sentier est le Leur aussi bien que le nôtre. Il se peut que -nous ayons des moments de doute, mais cela provient de l'incertitude personnelle, de la crainte d'une conséquence ou d'une autre. Nous devrions admettre que tout ce qui nous arrive est une condition nécessaire par laquelle nous devons passer, afin de travailler encore plus et mieux pour Eux.

Et nous sommes aidés, de la bonne manière, c'est-à-dire de la façon qui convient à notre nature — pas nécessairement selon ce que nous présumons être la manière adéquate. Si nous étions sûrs qu'Ils soient tout prêts à nous sortir des pièges dans lesquels flous tombons par inattention, ou que nous avons créés par notre négligence dans le passé, comment pourrions-nous jamais apprendre le vrai discernement et les actions justes ? « L’ingratitude n'est pas l'un de nos vices. » Ils ont dit cela, et c'est chose vécue. Nous pouvons être sûrs que ce qui est le meilleur pour nous est fait et sera toujours fait. Nous devons trouver notre chemin jusqu'à Eux par le service. Les critiques des autres peuvent être bien ou mal fondées. Nous devons juger d'après les résultats obtenus plutôt que d'après l'opinion de quiconque et nous devons suivre les méthodes qui donnent les résultats désirables. Naturellement, les vétérans sont portés à critiquer, car, dans bien des cas, ils ont perdu l'esprit du travail. Ils sont, généralement, dans l'obscurité, tant en ce qui concerne la Théosophie que les organisations théosophiques, de sorte que l'élémentaire loyauté et la simple dévotion au Message et aux Messagers leur sont difficiles à comprendre. Nous serons contents d'avoir leur soutien moral à défaut d'autre chose et leurs critiques nous aideront à manœuvrer pour éviter de répéter les erreurs du passé. Les « vétérans » ne se rendent pas compte qu'ils ont eux-mêmes davantage besoin d'ajustement que n'importe quel nouveau venu à la Théosophie. La meilleure façon d'aider les anciens et les nouveaux, comme nous-mêmes, est de nous en tenir aux principes et de laisser chacun les appliquer pour lui-même. Les « balivernes » débitées par toutes ces organisations et ces chefs, et la réclame faite à leur sujet, ne servent qu'à mieux montrer combien il est nécessaire et vital d'attirer l'attention, d'une manière ferme et sans équivoque, sur les véritables Instructeurs et le véritable Enseignement.

A présent sévit une vague psychique, en sorte qu'il faudra un grand effort pour maintenir un mouvement quelconque dans la bonne direction. En ce qui nous concerne, cela entraînera la production d'énergie qui a pour effet d'accroître la force. Si nous ne rencontrions pas de tels obstacles et de telles occasions, nous pourrions bien nous endormir dans la confiance dans nos acquisitions actuelles et les résultats que nous avons obtenus, et ainsi ne pas aller plus loin. Nous devons, en toute occasion, penser aux autres et à l'avenir. Si d'autres, avec notre aide, ne s'exercent pas à s'attacher et à participer au travail et aux responsabilités qui en découlent, alors, s'il nous arrive quelque chose, le travail en souffrira. Les débutants ne deviendront des propagandistes compétents et efficaces que par l'étude et la préparation. Dans notre effort pour les aider, il est essentiel d'encourager, autant que possible, leur propre initiative, en faisant les suggestions et les ajustements convenables là où il le faut, et au moment opportun.

Du début jusqu'à la fin, nous devrions, dans tout notre travail public, nous attacher aux Trois Propo­sitions Fondamentales de la Doctrine Secrète, car elles sont le pivot de toute la philosophie et, si l'on en n'a pas une connaissance solide, on ne peut réaliser aucun progrès réel. La première chose à faire comprendre, dans chaque présentation de la Théosophie, est l'impossibilité de la conception courante d'un Dieu personnel, ou séparé, et l'importance de réaliser le SOI, comme le tout en tout. Ensuite, vient la loi de Périodicité, des Cycles ou de Karma, dans toutes ses applications sous la forme des deux « voies éternelles du monde ». Cela fait apparaître la Réincarnation, par analogie, comme également les ré-incorporations successives des systèmes solaires, des planètes et de toute forme de matière. Cela conduit naturellement à réfléchir sur la « Sur Ame Universelle », l'intelligence collective présente dans n'importe quel système solaire, ainsi que dans l'ensemble de ces systèmes, car ils sont tous reliés « jusqu'au plus petit atome concevable » et ce qui affecte l'un les affecte tous — Egos petits et grands, aussi bien qu'à l'état embryonnaire. Cela signifie Unité partout, interaction entre tous, responsabilité individuelle.

Il sera bon d'indiquer à chaque classe d'étude le but de la réunion et que des volontaires exposent avec leurs propres mots leur compréhension des Trois Propositions Fondamentales. On devrait inviter les étudiants à poser librement des questions afin de les amener, même s'ils sont débutants, à les formuler eux-mêmes. Ce n'est qu'ainsi qu'ils pourront améliorer leur compréhension et se mettre eux-mêmes dans une posi­tion qui leur permet d'aider au mieux autrui, comme eux-mêmes ils ont été aidés. Dans la classe sur L'Océan de Théosophie, les Trois Propositions forment le fon­dement de tout le travail. Chapitre après chapitre, dans les questions et les réponses, les applications peuvent être mises en relief, et la cohérence de toute la philo­sophie clairement démontrée. Les étudiants individuels qui veulent apprendre devraient poser des questions et y répondre dans les termes de la philosophie même. Il sera difficile d'amener beaucoup d'étudiants à voir l'importance de cette répétition continuelle, mais, cependant, elle est essentielle pour tout véritable progrès.

Inévitablement, nous attirerons l'attention de tous ceux qui sont hostiles à tout ce que nous pourrons entreprendre comme travail théosophique, aussi bien que l'intérêt de ceux qui désirent apprendre ce qu'est la pure Théosophie. Eh bien ! il faudra du temps pour venir à bout de tout cela, mais le temps engloutit les hommes, les siècles et les mondes, aussi bien que certaines attitudes mentales. Nous savons qu'un effort comme le nôtre est nécessaire et nous savons que ce que nous présentons est la Vérité éternelle même, dont les effets continueront à jamais. Nous sommes heureux de voir des gens s'inscrire comme membres, heureux pour eux, et heureux pour le monde, mais non pas comme une faveur qui nous est faite. Nous pouvons nous réjouir du fait que ceux qui s'intéres­sent à la Théosophie soient capables de percevoir leur véritable intérêt, et qu'ils se joignent à ceux qui aident l'humanité. Il y a beaucoup de torts, d'erreurs et d'idées mal comprises, et nous devons les reconnaître partout où nous les trouvons, nous devons en apprendre les leçons et éviter ainsi les pièges dans lesquels tant de gens sont tombés. Nous n'avons pas à nous soucier de ce qu'on dit de l'un ou l'autre d'entre nous personnellement, quoique nous devions y faire face de telle sorte que la « L.U.T. » n'en soit en aucune manière affectée. Toutes les attaques contre la Théosophie et le travail théosophique n'ont pas été dirigées contre la philosophie, ni contre les buts du travail théosophique, mais contre ceux qui étaient les plus en vue et que l'on considérait comme ceux qui dirigeaient le Mouvement. Nous éviterons cela autant que possible en nous tenant nous-mêmes à l'arrière-plan, de sorte que si des attaques surviennent, comme ce n'est pas improbable, elles affecteront le travail aussi peu que possible. La voie que nous nous sommes tracée promet d'éviter tout obstacle particulier à notre travail. H.P. Blavatsky et Judge furent des pionniers, et beaucoup d'étudiants parmi les illuminati de la Théosophie — passez-moi l'expression — ont cherché à Les diminuer. Toute la foule des « successeurs » doit choisir entre déprécier les Ins­tructeurs ou bien diriger l'attention sur Eux. Dans ce dernier cas, les « successeurs » sont perdants ; ce qu'ils ont fait et ce qu'ils font se passe de commentaires. Eh bien ! les gens peuvent choisir entre notre travail qui dirige l'attention sur les Messagers et Leur Message et le travail de ceux qui attirent l'attention sur eux-mêmes, en faisant usage de ce que les Messagers ont laissé pour le monde et en profitant de cela pour se mettre en avant. Si le monde devait dépendre de ces « vétérans » pour la Théosophie pure et simple, quelle chance ce monde aurait-il de l'avoir ?

Le Mouvement lancé par H.P. Blavatsky et Judge a passé par bien des changements — inévitables dans une période de transition et parmi des gens dont l'hérédité et la formation sont des obstacles sur le chemin de l'appréciation et de l'application justes. Mais de toutes ces confusions doit sortir le noyau de ce grand corps dont Ils avaient en vue la formation dès le début. Nous ne travaillons que pour hâter ce grand but. Qui ou quoi pourrait l'empêcher, quels que soient les efforts faits pour y faire obstacle ?

Il est étrange que tant de personnes qui ont étudié la Théosophie n'arrivent pas à la comprendre et à l'appliquer, sans pour cela manquer l'occasion d'étiqueter et d'émettre des jugements. Leur intérêt semble se limiter à adorer ou à condamner des individus.

Lettre XI

La bonne manière de regarder les choses nous est montrée dans la Théosophie. Chacun doit apprendre à connaître et à maîtriser son propre caractère s'il veut acquérir le discernement — la capacité d'aider les autres. Chacun doit prendre la philosophie et l'appliquer, malgré toutes les erreurs et tous les actes qui, bien que rendant la tâche plus difficile, ont servi justement à éveiller le discernement nécessaire. Les souffrances indues que nous avons acceptées nous ayant montré le chemin, nos erreurs peuvent être utilisées avec profit. Nous prendrons le temps de réfléchir à ce que nous allons dire et comment nous allons le dire. On peut surmonter l'inconstance et l'indécision en prenant le temps de penser les choses jusqu'au bout avant d'agir ou de faire des promesses : dès lors, on cherchera à bien peser tout ce qu'on déclarera vouloir faire. Cette attention augmentera la vraie confiance en soi et aussi la confiance que les autres auront en nous. Ce n'est que lorsqu'on a acquis une confiance complète en soi que l'on peut aider les hommes et qu'ils peuvent s'aider les uns les autres. Les Maîtres doivent travailler avec ceux qui veulent travailler et comme Ils peuvent, et cela s'applique à tous. Certaines personnes reprochent à H.P. Blavatsky et à Judge les fautes commises par ceux qui ont joué un rôle de premier plan dans le Mouvement, comme des élèves qui mettent leur propre échec sur le dos du Maître. Tout cela vient d'un manque de discernement, de l'incapacité des chefs — comme de ceux qui les ont suivis —à appliquer ce qu'H.P. Blavatsky et Judge ont enseigné. Les lettres qui vous ont été adressées sont le résultat d'observations, d'expériences, d'études et d'applications de la philosophie de la Théosophie et, comme telles, elles doivent être utiles à d'autres qui se trouvent dans le même cas que vous. Il doit également en être ainsi des résultats de vos propres efforts et de ceux de tous les autres étudiants sincères.

L'esprit des occidentaux est porté à considérer la pure forme littéraire et les belles phrases comme normes de jugement. En général, les gens ne comprennent pas le sens de ce qui est écrit, pas plus qu'ils ne retirent le bénéfice de leurs expériences. Ils ne font que des déductions et des applications superficielles. Ainsi, ils ont peu d'aptitude à appliquer la philosophie dans leur vie de tous les jours, et ils ne peuvent non plus voir sa valeur pratique. On doit les aider à assimiler les principes fondamentaux s'ils veulent arriver à faire des évaluations et des applications justes. Chacun doit extirper ses propres défauts dans ce domaine comme dans d'autres — et non point les défauts des autres. Tant que les étudiants ne se mettent pas à travailler sérieusement dans cette direction, ils ne peuvent trouver ni sécurité, ni bonheur. La Théosophie et son application doivent aller ensemble si l'on veut réaliser un progrès réel Il ne nous appartient pas de dire : « Faites ceci », ou « Ne faites pas cela ». C'est à nous d'exposer l'affaire, c'est-à-dire la théosophie et son application individuelle, et laisser chaque étudiant et chaque chercheur prendre ses propres décisions. Les gens se mettent tout le temps dans des mauvais pas en suivant des « avis » au lieu d'exercer leur propre discernement ; puis, invariablement, ils blâment celui qui a donné « l'avis » si les choses ne vont pas comme ils le pensaient et le désiraient.

N'est-il pas étrange que de simples exposés de principes ne soient pas compris ? Que le sens superficiel soit pris pour leur véritable application ? La plupart des gens croient connaître et avoir compris un exposé de principes lorsqu'ils l'ont entendu. Tout cela est la faute de nos méthodes d'éducation modernes où l'âme et l'esprit sont considérés uniquement comme des appareils enregistreurs. « Parmi des milliers de mortels, il y en a peut-être un seul qui s'efforce d'atteindre la perfection. » Ainsi, parmi les nombreuses per­sonnes qui peuvent s'intéresser à la Théosophie — la philosophie de la perfectibilité de l'Homme — il y en aura peut-être un seul, par-ci et par-là, qui pourra s'éveiller. C'est en cela que réside notre espoir. Et même ceux qui s'intéressent juste assez pour écouter ou lire avec attention recevront comme une sorte d'impulsion qui, peut-être, se développera un jour. Si nous continuons nos efforts par tous les moyens et de toutes les manières convenables qui sont à notre portée, quelque chose sortira sans doute de nos efforts conjugués.

Les déclarations fondamentales des Instructeurs sont des axiomes à appliquer. En même temps, elles sont imprégnées de raisonnements qui peuvent influer sur notre manière habituelle de penser. La science, la psychologie et tous les efforts qui les prennent comme base échouent — et pour la seule raison qu'elles ne croient, ni n'admettent que la connaissance complète et véritable existe. Si la science et la psychologie occidentales voulaient bien poursuivre leurs efforts assidus à la lumière de la Théosophie, l'obscurité spirituelle et intellectuelle du monde serait vite surmontée, et une civilisation serait créée qui exprimerait au mieux une vie physique véritable. Qu'est-ce qui empêche cela ? L'orgueil intellectuel, de pair avec les effets stérilisants de fausses conceptions religieuses. Si l'on a la conviction de n'avoir qu'une seule vie sur la terre, tout le savoir de l'homme et de l'époque actuelle est limité à un champ très étroit et très petit. Mais, si l'on adopte l'idée de vies successives sur la terre — toutes soumises à la loi de Karma — alors le savoir acquiert une portée plus large, amenant l'homme à la conception que tous les pouvoirs de tous genres proviennent du Suprême — le Soi de toutes les créatures — que l'homme lui-même est en réalité un être spirituel et qu'il doit penser et agir comme tel.

Il se peut que nous ne soyons pas capables d'appliquer tous les axiomes et raisonnements de la philosophie aussi pleinement que les autres et nous-mêmes pourrions le désirer. Mais qu'est-ce que cela peut faire ? Nous pouvons appliquer ce qu'il est possible d'appliquer, et tout ce qui est possible pour nous et de cette application résultera un gain de compréhension et de facilité. Chacun doit trouver sa voie. Des mots ne peuvent pas l'indiquer et, cependant, il y a une voie pour chacun. La plupart des difficultés proviennent du fait que l'on veut essayer de voir, essayer d'entendre, essayer de tout comprendre par la « pensée » uniquement, au lieu d'appliquer ce que nous voyons déjà. Toute capacité vient graduellement, imperceptiblement — elle est sentie, saisie et réalisée plutôt que perçue dans le sens ordinaire du mot. Ici, beaucoup d'étudiants ne connaissent pas encore suffisamment la philosophie pour avoir assez de confiance pour s'accrocher et continuer le travail. Lorsque j'ai fait allusion à mon départ proche, cela a provoqué consternation et frayeur, car les étudiants s'imaginent que la Théosophie mourra si je m'en vais : cependant, ils auraient dû apprendre que personne n'est la Théosophie — les meilleurs d'entre nous n'étant que des transmetteurs — et que, ayant reçu, ils devraient, eux aussi, s'efforcer d'en faire autant pour les autres, devenant ainsi à leur tour des transmetteurs.

Quarante et un membres associés de la L.U.T. [Loge Unie des Théosophes] ! Si vingt-cinq seulement se révèlent de « bons éléments », est-ce que cela ne prouvera pas que l'effort valait bien tout ce qu'il a coûté ? Par « bons éléments », il faut entendre des individus qui deviendront autant de bons Guerriers pour le rétablissement du Mouvement Théosophique sur ses lignes directrices originelles. On en aurait besoin de beaucoup de milliers ; mais, en se développant, le corps prendra soin de lui-même. La lutte sera dure — telle qu'elle s'offre à nous, sans que nous en connaissions l'aboutissement — mais, cette lutte est pour nous, sinon nous ne l'aurions pas sur notre chemin. Nous accepterons tout ce qui se présentera à nous et nous donnerons tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons à la cause commune, sachant que nous ne luttons pas pour nous-mêmes mais pour tous. Nous ne pouvons pas faire plus, et il ne nous est pas permis de faire moins, compte tenu de la Loi de Fraternité. Il y a un an, aujourd'hui, que nous avons commencé cette lutte, et cela nous donne naturellement l'occasion de regarder en arrière. Les choses passées sont toujours plus faciles que les choses présentes, ou que l'inconnu de l'avenir. On peut juger le passé d'après son importance relative, car il se trouve maintenant au creux de la vague du progrès, tandis que le présent et le futur représentent là crête de la vague, et l'on peut sentir ou craindre sa résistance. Cependant, si nous voulons bien nous le rappeler, lorsque le passé était encore à la fois le présent et l'avenir, il comportait aussi de ces perturbations qui, comme nous le reconnaissons maintenant, ne constituaient qu'une perte d'énergie. Dans les écrits des Instructeurs, nous ne trouvons que de l'encouragement. C'est le sentiment profond de 1’abîme entre notre idéal et sa réalisation qui épouvante notre conception personnelle. Si nous impliquons notre moi dans ces conceptions personnelles, nous nous sentirons découragés — comme Arjuna. En réalité, nous devrions nous sentir plus encouragés que jamais, car l'année passée nous a apporté un plus grand succès que nous aurions osé espérer dans les circonstances du moment.

Nous sommes tous des chaînons de la grande chaîne du Mouvement Théosophique. Ce qui affecte l'un affecte tout l'ensemble à différents degrés. Chacun de ceux qui s'efforcent réellement d'aider les autres, d'une manière réelle quelconque, se met de ce fait, lui-même, dans une situation où il doit accepter les réactions. Le Karma de la Société Théosophique initiale est celui d'H.P. Blavatsky et de Judge, et ils le connaissaient d'avance dans les grandes lignes. C'est également notre Karma et celui de tous les autres Théosophes. Eux, Ils ont fait le premier effort pour répandre la Théosophie ; depuis lors, beaucoup a été fait dans ce sens et par beaucoup d'étudiants. Mais l'application de la Théosophie n'a pas été aussi générale qu'elle aurait pu l'être. Les réactions causées par la propagation de la Théosophie, et par la manière dont les étudiants l'ont mise en pratique de façon erronée (ou inexistante) seront prises en compte lorsqu'Ils reviendront. Nous-mêmes et tous les autres étudiants sincères sommes attachés à la Grande Loge, par l'aspiration, par le service et par notre attachement au programme des Maîtres que nous suivons d'aussi près que possible. Tous les étudiants sincères sont entourés d'une « escorte invisible » aussi longtemps que leur visage reste tourné vers le But et qu'ils demeurent fermement dévoués au programme des Maîtres. Les Maîtres n'interviennent pas pour pousser, tirer, ni empêcher les actes volontaires. S'Ils le faisaient, Ils empêcheraient la vraie confiance en Soi. Pour cette raison, certains peuvent penser que les Maîtres les ont abandonnés, ou qu'Ils ne les voient pas ni ne les entendent ; mais c'est là la pire des conceptions que l'on puisse avoir. Elle Les diminue et implique ignorance et ingratitude de Leur part. Ils ont parlé clairement de leur présence auprès de ceux qui « essaient et continuent toujours d'essayer ».

Lettre XII

« Les Maîtres ne cessent jamais de travailler mais, à certains moments, ils se retirent des efforts publics tels que ceux qui ont été faits lors de la fondation de la Société Théosophique ; avant cela, ils travaillaient avec des individus. » M. Judge a fait cette déclaration à un moment crucial, répétant ce que le Maître avait écrit des années auparavant à M. Sinnett, et ce qu'H.P. Blavatsky avait rapporté plus d'une fois.

Par voie de conséquence, cela semblerait vouloir dire que maintenant les Maîtres ne travaillent directement avec aucune organisation théosophique considérée comme telle, comme Ils l'ont fait à un moment donné avec la Société Mère, mais qu'Ils continuent à travailler avec des individus. Ceux qui ont pensé, ou qui pensent, qu'une organisation quelconque porte les Maîtres avec elle ont pris l'ombre pour la substance, l'outil pour l'ouvrier. Si ces chefs théosophiques égarés étaient vraiment des Initiés, ou, s'ils travaillaient sous la direction des Maîtres, ils ne mettraient pas leurs personnalités et leurs prétentions tellement en avant, comme on le voit de toutes parts. Même des Initiés mineurs n'agiraient pas de la sorte.

Il pourrait fort bien se faire que l'effort public ait été tenté et les enseignements consignés des Maîtres présentés au grand jour afin de trouver des hommes et des femmes doués d'une volonté ferme, d'une vision juste et d'un cœur noble, capables de voir leur véritable destinée et désireux de servir l'humanité. S'il ne s'est pas trouvé ou s'il ne se trouve pas de tels hommes et femmes, alors la mission d'H.P. Blavatsky et de Judge fut en grande partie vaine, car la Théosophie peut être utilisée à des fins égoïstes autant que dans le sens juste. Le bien vient du fait que les idées théosophiques ouvrent la voie pour ceux qui ne voient pas encore clair. Ainsi, même ceux qui utilisent les idées théosophiques dans un but égoïste aident la Cause en maintenant présentes ces idées devant le monde. La Théosophie est, et même l'idée erronée qu'on peut s'en faire peut conduire à une compréhension correcte. Donc, tenons-nous en à la compréhension correcte et abstenons-nous de condamner : le succès viendra sûrement, dans une certaine mesure. Si nous nous préparons et nous maintenons prêts et bien disposés, on nous utilisera selon nos aptitudes et quand l'occasion le permettra. Nous avons affaire au mental des gens et non à des personnes. L'Ame, étant adaptée au mental, réagit sur la nature humaine tout entière. Si, en tant que personnes, nous pouvions tous regarder le monde des idées de cette manière, nous apprendrions plus, nous acquerrions plus de discernement et nous serions plus utiles aux autres, en méritant ainsi Leur influence directrice. Tout cela, c'est Karma ; les étu­diants devraient s'en rendre compte et bénéficier de cette connaissance. Le bon départ est ce qui compte. Si on le trouve, et qu'on s'y tient, alors tout ce que chacun entreprend la porte, lui et les autres, dans la bonne direction. Dans ce Travail, le caractère de chacun est poussé à l'extrême, le bon et le mauvais montent à la surface. Le processus du « nettoyage » est graduel, et chacun doit faire son propre travail d'élimination, chaque fois qu'un tel travail s'avère nécessaire. Les barrières qui nous séparent de l'aide des Maîtres se trouvent en nous-mêmes et nulle part ailleurs.

Ou bien la Théosophie pure et sans tache est la chose la plus vraie au monde, ou alors nous perdons tous notre temps et nos efforts. Si nous sommes capables de concevoir sa réalité vraiment sérieusement, nous ne devrions alors jamais cesser d'essayer de comprendre et d'appliquer ce qui nous a été transmis par le Messager des Maîtres pour nous instruire et nous guider. Qu'est-ce qui distingue la Théosophie de tout le reste ? A mon avis, ses Principes Fondamentaux. Rien d'autre ne permet une vue aussi complète de l'existence. Toutes sortes d'efforts sincères apportent une aide, toutes sortes de systèmes contiennent quelque vérité, mais, finalement, ils sont tous insuffisants parce que tous ils excluent ou ignorent quelque aspect de la nature. Les Théosophes de tous les degrés devraient réaliser que, sous la loi de Karma, il est beaucoup demandé à ceux qui ont beaucoup reçu de connaissance et d'opportunités. Nous ne pouvons que faire usage du mieux possible de notre connaissance et des occasions qui nous sont offertes et continuer ainsi, si nous ne voulons pas nous-mêmes nous révéler incapables de répondre aux exigences de « la Loi des Lois — la Compassion absolue ». Ce qui a été fait jusqu'ici a été d'une aide et d'un profit réels et durables pour beaucoup de gens, et il y en a d'autres, encore à naître, et encore à venir. C'est le moment où l'on aimerait être comme Brahma, avec « des yeux, des têtes, des bouches et des oreilles, dans toutes les directions ». Lisez l'article « The Tidal Wave » dans Lucifer (volume V, page 173), si vous voulez savoir ce qu'H.P. Blavatsky éprouva et éprouve. La question capitale est la nature divine dans l'homme. La véritable base du travail consiste à imprimer cette vérité dans le mental de ceux qui vien­nent. Dans la Théosophie, nous trouvons cette base. Le monde a désespérément besoin d'une philosophie juste. Sans cela, la force et les facultés particulières sont inutiles, parce qu'elles sont mal appliquées. La Théosophie ne se borne pas à des mots. Elle est la Vie, et celle-ci inclut toutes les choses vivantes et tous les plans d'existence. Si on veut étendre la Fraternité au grand nombre, il faut d'abord la réaliser parmi le petit nombre et la base de la fraternité est la divinité inhérente à tous les hommes.

Toutes les impressions vraies viennent du dedans — du Principe le plus élevé en nous, Atma, ou la Divinité qui est une, et la même en tous. S'il n'y a, dans le cerveau, rien que des impressions émanant des principes inférieurs de notre être, et rien qui relie le Penseur aux plans supérieurs, alors il ne pourra que vaciller entre ces états inférieurs. Si la pensée doit monter plus haut, il faut qu'elle soit pensée sans cerveau. La Nature travaille suivant des processus méthodiques auxquels nous donnons le nom de loi. Chez l'individu, on l'appelle la Volonté. Par un acte de volonté, on peut arrêter tous les processus mentaux ordinaires : à ce moment, le centre habituel de l'action mentale peut être transcendé, et l'ascension au plan suivant peut se faire sans perdre pour autant le pouvoir de perception sur celui-ci. Dans toutes les tentatives de ce genre, nous devons garder en vue — dans le mental — les Principes Fondamentaux. L'Esprit dans l'homme, le soi qui perçoit, « n'est pas touché par les ennuis, les œuvres, les fruits des œuvres, ni par les désirs ». Il me semble que la compréhension la plus claire, sinon l'entendement même de tout ceci, vient en méditant sur l'idée du « soi qui perçoit » tandis qu'il regarde dans l'une ou l'autre de ses enveloppes en y trouvant la trace enregistrée des actions accomplies dans n'im­porte laquelle d'entre elles.

Tout dépend de ce que l'on a en tête — de ses conceptions fondamentales sur la Déité, la Nature et l'homme, lorsque l'on réfléchit à la « concentration » ou que l'on essaie de la pratiquer. L'idée que l'on se fait en général sur ce sujet, comme sur d'autres, est purement personnelle. Il n'y a pas d'examen de conscience des motifs, pas d'altruisme, aucun effort fait pour réaliser dans la vie journalière le but fixé consistant à devenir plus apte à aider et à instruire les autres, aucune préoccupation quant aux mauvais effets résultant de la course « au développement psychique ». H.P. Blavatsky dit : « Il faut avoir une foi inébranlable dans la Déité intérieure, une croyance sans limite dans son propre pouvoir d'apprendre ; sinon, on est sûr de tomber dans l'égarement et la médiumnité irresponsable. » Voilà donc un clair avertissement contre toutes les tentatives de développement psychique, avant d'avoir appris à maîtriser et à diriger le soi inférieur et personnel. Ce qui est indispensable, c'est la philosophie juste et son application dans la vie de tous les jours. Par une attitude erronée dans ce domaine-ci, comme dans d'autres, beaucoup de théosophes bien intentionnés échouent et font du tort aux autres, comme à eux-mêmes. La conclusion est simple et claire. Laissez le psychisme tranquille ; partez du côté spirituel pour travailler sur votre nature inférieure — visible et invisible, psychique et physique — d'abord par l'analyse et la compréhension des différents principes de notre être, comme la Théosophie l'enseigne, ensuite en vous laissant guider par la connaissance, à mesure qu'elle s'éveille en vous. Nous passons tous les jours d'un plan à l'autre, mais nous rapportons tout au cercle de nécessité du cerveau et nous perdons ainsi les réelles significations. Méditer sur les Principes Fondamentaux et s'efforcer d'aider les autres, c'est cela la vraie concentration. M. Judge a écrit : « Ainsi, la Volonté se libère de la domination du désir et finalement elle soumet le mental lui-même. »

Nous devons acquérir, chacun pour soi, la conviction inébranlable que « la main du Maître est étendue sur tous » les théosophes sincères, sur le plus humble comme sur le plus avancé. Dans le vrai travail pour la Cause des Maîtres, il n'y a pas rivalité. Notre place dans ce Travail est claire pour nous, et peut se montrer clairement à qui veut se donner la peine de faire la recherche que nous avons entreprise. Nous gardons cette place pour ceux qui ont le bon Karma de venir à son contact, avant de rencontrer d'autres aspects du Mouvement, ainsi que pour ceux qui, en ayant rencontré d'autres aspects, s'y sont égarés ou cherchent un chemin pour en sortir. Nous ne pouvons pas éviter le tort causé par les aspects sombres, mais nous pouvons faire briller la vraie lumière « aussi largement et aussi rapidement que possible ». J'aimerais que la Déclaration de la « L.U.T. » soit connue de chaque Théosophe ainsi que de chaque chercheur de la Vérité.

Lettre XIII

La tendance à accepter des mots et des noms comme des réalités n'est malheureusement que trop courante parmi les hommes. Un article paru dans une publication d'une des organisations théosophiques pose la question suivante : « Théosophie ou Orthodoxie, laquelle des deux ? » présentant manifestement à ses lecteurs la nécessité d'un choix entre elles.

Un moment de réflexion aurait dû montrer que l'orthodoxie n'a pas d'existence en elle-même, mais qu'on ne peut la considérer qu'en relation avec un système donné de pensée formulé et que le titre en question présente donc une situation impossible.

Ce serait une petite chose et on aurait pu passer outre sans la remarquer, si la même tendance malheureuse n'avait pas été appliquée dans un domaine de pensée où une compréhension juste est vitale. Car, si l'on prend la Théosophie pour quelque chose d'abstrait, ou pour un simple point de départ à partir duquel il faut développer un système par la recherche individuelle, alors toute l'idée des Maîtres — considérés comme les gardiens de la sagesse accumulée des âges — avec Leur Message au monde des hommes, doit être abandonnée. C'est pratiquement la position qui est prise dans l'article en question ; car bien qu'on y trouve des références occasionnelles au Messager et au Message, elles semblent être utilisées seulement comme des noms et non pas comme des réalités.

La question que chaque étudiant devrait donc se poser pour trouver une solution n'est ni orthodoxie, ni hétérodoxie, mais : « Est-ce que quelqu'un a présenté au monde un système formulé de philosophie, de religion et de science ? Est-ce que ce personnage a donné un nom à ce système ? Et qui était ce personnage ? » La réponse ne peut pas être trouvée en consultant l'opinion d'une personne ou de plusieurs personnes quelconques ; car ce sont des questions de faits, et seuls des faits peuvent donner la réponse.

Chaque étudiant digne de ce nom sait qu'H.P. Blavatsky a donné au monde un corps de connaissance, qu'elle lui a donné le nom de « Théosophie » et qu'elle a explicitement déclaré que cette connaissance venait des Maîtres de Sagesse.

Pour être juste envers le Message, envers le Messager qui l'a transmis et envers l'idéal des Maîtres, rien en dehors de ce Message ne devrait être appelé Théosophie. Quiconque prend une autre attitude viole les premières lois de l'occultisme en dépréciant et le Message et le Messager, et ainsi ne peut s'attendre à en recevoir aucun bienfait.

Ceux qui acceptent le Message et rabaissent le Messager se mettent dans une position tout aussi fâcheuse ; car, en rabaissant l'un, ils rabaissent les deux. A ceux-là, on devrait dire que c'est une folie de s'imaginer que les Maîtres de Sagesse n'en savaient pas assez pour choisir un Messager capable de transmettre Leur Message correctement et intégralement. La Sagesse des Maîtres étant mise en question, tout l'édifice s'écroule.

Les matériaux dont cet édifice était composé peuvent évidemment être utilisés par ceux qui désirent ériger des constructions qui s'accordent avec leurs propres idées, et il est triste à dire que c'est exactement ce qui est arrivé dans les diverses organisations théosophiques ; chacune a pris plus ou moins de la matière fournie par le Message de la Théosophie, a construit un édifice en accord avec ses propres idées et a donné à sa construction l'étiquette « théosophique ». Chaque édifice ainsi construit diffère de tous les autres.

Cependant, il y avait un édifice connu sous le nom de « Théosophie », complet dans son dessin et sa struc­ture, chaque élément constitutif séparé s'adaptant exactement à chaque autre élément et à l'ensemble.

Le mystère de tout cela est que ces constructeurs d'époque récente reconnaissent bien la beauté et la symétrie des fragments qu'ils ont choisis sans se ren­dre compte qu'il y avait là un édifice parfait, un Architecte et un plan.

C'est toujours la vieille histoire qui se répète : « Ils se sont partagé ses vêtements entre eux et ils ont tiré sa robe au sort. » Le fait de ne pas accepter l'enseignement tel qu'il a été donné et de ne pas révérer ceux qui par leur sacrifice ont rendu possible cette présentation de l'enseignement est à la racine de chaque échec passé. La responsabilité de chaque échec incombe à ceux qui se sont interposés entre le Message et ceux qui voulaient apprendre. Le malheur du monde a été intensifié par des gens comme ceux-là, et ils portent certainement une responsabilité effrayante. Ce n'est pas une petite chose que de faire obstruction au travail de la Loge des Maîtres ; aussi chaque étudiant — éminent, ou non, parmi ses compagnons — devrait-il prendre garde de ne point tomber en entraînant avec lui des milliers d'autres dans sa chute.

Il n'y a qu'une seule voie sûre. Il faut comprendre que la Théosophie est un don fait à l'humanité par des êtres plus avancés que nous-mêmes. Nous devons apprendre et appliquer les principes fondamentaux sur lesquels repose cette grande philosophie, et comprendre l'opération de la loi telle qu'elle y est révélée. Alors, et alors seulement, pourrons-nous commencer à faire de la Théosophie un pouvoir vivant dans notre vie. Nous devrions rester disposés à donner et à recevoir l'instruction, mais, dans l'un et l'autre cas, nous devrions être sûrs que cet enseignement est en accord absolu avec les principes et les lois tels qu'ils sont exposés dans la philosophie de la Théosophie.

Si chaque étudiant faisait cela, tous auraient un seul but, une seule intention et un seul et même ensei­gnement, et une base sûre pour l'effort uni. Les différences d'opinion individuelle qui pourraient surgir seraient résolues par leur ajustement attentif à la philosophie. Ainsi, tous seraient unis ; tous conserveraient la plus grande liberté de pensée ; tous progresseraient très rapidement par des efforts auto-induits et auto-déterminés. Alors, personne ne commettrait l'erreur fatale de s'imaginer que la Théosophie est quelque chose que l'on peut développer ; mais chacun consacrerait ses pensées et ses efforts au progrès selon les lignes que la Théosophie indique, afin de devenir plus apte à aider et à instruire les autres.

Si les Maîtres existent et s'ils nous ont remis un Message, alors ce Message est Leur Orthodoxie — la compréhension juste. Nous devrions le préférer à celui de tous les autres, aussi haut que ceux-ci puissent s'estimer ou être estimés par leurs semblables.

Lettre XIV

« L'orthodoxie des Maîtres, ou celle des hommes ? » Cette question est soulevée dans une communication signée « Un Etudiant ». L'identité de notre correspondant ne nous intéresse pas, mais nous respectons l'expression honnête d'une opinion et nous sommes heureux de donner une réponse. Ce n'est pas que nous désirions changer l'opinion d'« Un Etudiant », mais nous voudrions que lui ou elle, et d'autres ayant les mêmes conceptions, puissent acquérir une certaine compréhension des causes et raisons des méthodes que suivent les Associés de la Loge Unie des Théosophes.

Nous citons les lignes suivantes de la communication :

« Pourvu que nous nous rappelions que la Théosophie n'est pas une présentation dogmatique de la Religion-Sagesse — un système donné une fois pour toutes aux Saints — mais un système progressif de Religion. »

Il y a quelque confusion dans cette déclaration, car s'il existe une connaissance telle que la Religion-Sagesse, elle est le résultat de l'observation et de l'expérience des Maîtres de Sagesse et comme telle elle se suffit à elle-même ; elle ne peut être ni développée, ni améliorée par ceux qui l'étudient. En outre, ce que Mme Blavatsky a appelé « Théosophie » est cette même Religion-Sagesse, dans la mesure où celle-ci a été promulguée par l'Instructeur. En ce qui concerne cette dernière déclaration, H.P. Blavatsky a elle-même écrit :

« La Doctrine Secrète — ou Religion-Sagesse ­— n'est pas une série de vagues théories ou traités, mais elle constitue tout ce qui peut être donné dans ce siècle. Des siècles passeront avant que beaucoup plus ne soit donné. »

Une déclaration semblable de W.Q. Judge est la suivante :

« Elle (la Théosophie) n'est pas une croyance ou un dogme formulé ou inventé par l'homme, mais elle est une connaissance des lois qui gouvernent l'évolution des constituant physiques, astraux, psychiques et intellectuels de la nature et de l'homme »

En présence de telles déclarations et d'autres semblables faites par Ceux qui nous ont apporté la Théosophie, l'hypothèse qu'elle soit un système de religion progressive ne peut provenir que de l'ignorance des faits et d'une fausse conception qui ne peut conduire qu'à la confusion de n'importe quel « étudiant ». La Théosophie n'est pas une religion, mais la Religion même, dans le sens le plus vrai ; même le terme de « religion », sans aucune qualification, induit en erreur, car la Théosophie n'est pas « une croyance » comme les religions le sont en général, mais plutôt une Science Religieuse, Religion scientifique et une Philosophie qui inclut tout.

Quant à une « présentation dogmatique », la Théosophie n'a jamais été présentée comme un Dogme mais comme un exposé de faits qui ont été recueillis par l'observation et l'expérience, et que n'importe qui peut accepter ou rejeter sans condamnation ni éloge. On pourrait tout aussi bien appeler un dogme, ou traiter de dogmatique la seule science exacte que nous utilisions, c'est-à-dire les Mathématiques, parce qu'elle se présente comme un ensemble de faits que l'étudiant peut étudier, appliquer et prouver par lui-même. La Théosophie occupe exactement la même position : une présentation de Connaissance gagnée à travers des âges immémoriaux ; il ne faut pas la confondre avec les spéculations de l'un quelconque de ses étudiants, qui, au mieux, sont sujets à leurs propres préjugés, leurs préférences et leurs faiblesses personnelles. Il faudrait aussi comprendre clairement que tous les auteurs ou les chefs théosophiques — à l'exception de Ceux qui ont apporté la Théosophie au monde — sont des étudiants d'une plus ou moins grande compétence dans cette science, et qu'ils sont donc susceptibles d'arriver à de fausses conceptions et à des applications erronées. La seule possibilité de discerner de telles erreurs c'est de faire une comparaison avec la Science telle qu'elle a été présentée à l'origine.

Dans la même communication, nous sommes pris à partie de la manière suivante : « vous ne faites aucun bien en “aboyant contre le mal” comme le dirait Emerson, au sujet de ce qui se passe dans le monde théosophique. Je crois que vous insistez trop sur le mal qui est fait, tandis que vous minimisez le bien. »

Il est donc admis que du mal a été fait. Est-ce qu'il peut être mauvais de montrer d'où ce mal arrive et comment ? De quelle autre manière un étudiant sincère, qui désire seulement mettre les autres en garde contre des pièges, peut-il aider ses semblables ?

Quant au « bien », sous quelque forme qu'il se présente, il se suffit à lui-même et c'est la seule raison pour laquelle il y a une possibilité d'acceptation de l'erreur, ou du mal. C'est le mélange de vérité et d'erreur qui embrouille et égare l'ignorant et l'imprudent.

Supprimez l'erreur et sa suite — le mal — et la vérité n'en ressortira que plus clairement ; il n'est point question de « minimiser le bien » dans cette manière de procéder.

C'est un fait malheureux qu'il y ait plus de fausses conceptions et de mauvaises applications de la Théosophie, parmi ceux qui professent de l'étudier, qu'il n'y a de réelle compréhension. Cela provient, en grande partie, des chefs de sociétés qui sont des personnages éminents aux yeux du public, qui s'applaudissent eux-­mêmes et qui proclament et publient leurs propres idées, interprétations et spéculations comme étant la Théosophie pure et simple. Avec de tels représentants, on pouvait s'attendre à l'idée fausse et trompeuse que la « Théosophie est un système progressif de religion », car une telle déclaration trahit les faits et contribue à attirer l'attention sur leurs propres élucubrations, passant pour la Théosophie à un stade de « progrès » avancé, et, sur eux-mêmes — qui auraient progressé plus loin et qui sauraient plus de choses que les Instructeurs originels.

Personne n'aurait un mot à dire si ces représentants choisissaient un autre nom sous lequel promulguer leurs idées ; mais les présenter comme étant « la Théosophie — le Message apporté au monde par les Maîtres », c'est, à notre avis, le plus grand crime imaginable contre l'humanité. Chacune des présentations de la Vérité qui fut donnée au monde dans le passé fut viciée d'une manière semblable et, étant filtrée à travers le mental des premiers disciples, pour parvenir aux disciples de ces derniers, et ainsi de suite, pendant des générations, jusqu'à ce qu'il ne reste que peu de chose de l'esprit du Message — et que même ce peu soit obscurci par des systèmes de conceptions matérialistes sous le nom de religion. Dans les conditions des périodes passées, cela ne pouvait être empêché parce qu'il n'existait pas de moyen de multiplier « la parole écrite » de manière à la mettre à la portée de tout être humain qui la désirait. La période présente a donné cependant la possibilité à chaque chercheur d'obtenir ou d'étudier le Message des Maîtres tel qu'il fut écrit par quelqu'un qui était qualifié pour le faire. Cela a été fait afin qu'il n'y ait pas besoin d'intermédiaires entre ceux qui voudraient connaître et la connaissance elle-même. Pourtant — et c'est triste à dire — beaucoup de ceux qui ont tiré leur inspiration et leurs idées du Message transmis, et qui ont eu la grande chance karmique de présenter et de promulguer ce Message d'une manière pure et sans tache au grand public, ont attiré l'attention des hommes sur leurs propres .personnalités comme « successeurs » et instructeurs et, de la sorte, ils ont non seulement égaré des milliers d'adhérents, mais ils ont fait du nom de la Théosophie le symbole de tout ce qui est indésirable dans l'esprit de l'humanité en général. H.P. Blavatsky et W.Q. Judge connaissaient bien la probabilité et le danger d'une telle éventualité, mais Ils ne pouvaient que faire des mises en garde. Le dernier message d'H.P. Blavatsky aux Théosophes assemblés en Convention contenait les paroles suivantes : « Jamais le danger n'est plus grand que lorsque la vanité, l'ambition et un désir de diriger se parent des plumes de paon de l'altruisme » ...

Qu'est-ce qui est à la racine des schismes qui ont disloqué la Société Théosophique qu'H.P. Blavatsky avait laissés ? Des personnalités, chaque fois.

Quel est l'opposé et le correctif de la Personnalité ? Rien de moins que l'Impersonnalité qui ne recherche rien pour elle-même, mais tout pour la cause de la Théosophie pure et simple. Il n'y a ni célébrité mondaine, ni gloire, ni profit sur cette voie, cependant elle, et elle seule, supprime tout obstacle pouvant surgir entre le Message de la Théosophie et ceux qui désirent l'étudier et l'appliquer selon ses propres mérites. Pour cette raison, et uniquement pour cette raison, la revue Theosophy et La Loge Unie des Théosophes sont dirigées de manière anonyme. L'esprit de notre race est encore obsédé par l'idée qu'il est important et essentiel de savoir qui sont les agents actifs, tandis que la chose vraiment importante est le mérite de la chose faite. L'injonction de l'Homme de Nazareth : « Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche », est aussi impérative que toutes les autres qu'Il a données, mais les peuples Chrétiens la suivent-ils, ou lui accordent-ils quelque importance ? Est-ce que les représentants théosophiques montrent du respect pour l'injonction citée, ou pour cette autre, encore plus explicite et qu'ils connaissent bien : « Le pouvoir que le disciple convoitera est celui qui le fera paraître comme rien aux yeux des hommes » ? Qu'ils répondent. S'ils s'excusent, ce sera en prétextant que les hommes ne veulent pas écouter à moins que la personnalité de l'orateur ne soit soumise à une inspection intime. Mais est-ce qu'ils ont fait l'essai ? La Vérité ne dépend pas de celui qui l'exprime, mais de sa propre nature claire comme le jour ; qu'elle soit prononcée par l'homme méchant ou par quelqu'un qui est considéré comme vertueux, la Vérité n'est ni avilie par l'un, ni rehaussée par l'autre.

Si les Théosophes ou les Chrétiens reconnaissent que le monde est devenu fou des personnalités, est-ce que l'on peut le rendre sage en discourant sur cette folie et en plaidant pour des expédients ? Ils savent bien que ce n'est pas possible ; mais ils sont les créatures de leur génération et ils n'ont pas le courage de faire ce qui, dans leur propre cas, met la personnalité hors cours, et donne l'exemple d'un genre d'efforts plus vrai et moins égoïste. Cependant, si le changement doit se produire, quelqu'un doit bien commencer ; c'est le premier pas qui coûte et, si le but est juste et vrai, on peut abandonner les résultats au temps et à Karma. C'est là notre position, et nous nous y tenons.

(Le mémorandum préliminaire présenté ci-après fut rédigé par Robert Crosbie quelque temps avant. la formation de la "Loge Unie des Théosophes". Il fut adressé personnellement à de nombreux théosophes, le 17 novembre 1908.)

À tous les Théosophes à l’Esprit impartial

Lorsque les Messagers quittèrent la scène terres­tre, tout ce qui fut laissé ici était le Message (exoté­rique et ésotérique) et ses étudiants, plus ou moins avancés dans l'assimilation de ce Message.

La Société Théosophique, avec l'exemple altruiste des Messagers et l'inspiration du Message, aurait dû être capable de rester ferme et unie.

Malheureusement, l'histoire offre une autre ver­sion ; le processus de désintégration commença immédiatement et continue encore, et une grande opportunité a été perdue d'imprégner le monde de l'esprit et de la vie du Message, parce que les choses essentielles ont été négligées pour poursuivre des choses non-essentielles.

On a perdu de vue le rapport direct du Premier But — le plus important de tous, les autres n'étant que subsidiaires — avec toutes les différences et les changements survenus. « Former un noyau de Fraternité Universelle sans aucune distinction » fut et est toujours la clef de la situation. Qu'il me soit permis de citer quelques passages du dernier Message d'H.P. Blavatsky aux Théosophes Américains, en avril 1891 :

« Le caractère critique de l'étape que nous franchissons est aussi bien connu des forces qui luttent contre nous que de celles qui luttent à nos côtés.

Aucune occasion ne sera perdue pour semer la discorde, profiter des erreurs et des faux pas, inculquer le doute, augmenter les difficultés et insuffler la suspicion, afin de rompre, par tous les moyens possibles, l'unité de la Société, éclaircir les rangs de nos membres en jetant parmi eux le désarroi. Jamais il n'a été plus nécessaire que maintenant, pour les membres de la Société Théosophique, de prendre à cœur l'ancienne parabole du faisceau de verges : divisées, elles seront inévitablement brisées l'une après l'autre ; unies, il n'y aura aucune force sur la terre qui soit capable de détruire notre Fraternité... Après tout, tous les vœux et toutes les pensées que je pourrais exprimer se résument en cette seule phrase, souhait toujours vivant de mon cœur : SOYEZ THÉOSOPHES, TRAVAILLEZ POUR LA THÉOSOPHIE. »

C'étaient là des mots prophétiques, mais l'avertissement ne fut pas entendu.

Maintenant, il échoit à ceux qui en sont capables de prendre les mots exprimant le désir toujours vivant de son cœur comme la note tonique du présent et du futur : « Soyez Théosophes, travaillez pour la Théosophie » et de se rassembler sur cette sorte de base, car ce sont là les choses essentielles.

La base d'union inattaquable parmi les Théosophes, quel que soit le lieu où ils résident et quelle que soit leur situation est la SIMILARITÉ DE BUT, D'INTENTION ET D'ENSEIGNEMENT. L'acceptation de ce principe par tous les Théosophes ferait immédia­tement disparaître toutes les barrières. Un début doit être mis en œuvre par ceux dont le mental est devenu plastique à la suite des remous de l'expérience. Un accord entre eux est nécessaire et ils devraient se rassembler dans cet esprit.

Pour donner une expression à cet esprit, il faut une déclaration et un nom permettant de connaître ceux qui formulent la déclaration.

L'appeler La Société Théosophique serait adopter le nom actuellement utilisé par au moins deux orga­nisations opposées. L'appeler même une Société suggérerait une « organisation » — une parmi de nombreuses autres — et cela pourrait être un obstacle. L'expression qu'un des Messagers a utilisée est significative et évite tout conflit avec les organisations, tout en restant susceptible de les inclure toutes, au détriment d'aucune. Cette expression est :

La Loge Unie des Théosophes

Les membres d'une organisation quelconque, ou sans aucune appartenance, les anciens et les nouveaux étudiants, pourraient lui appartenir sans modifier leurs affiliations, car la seule condition nécessaire serait d'accepter le principe de similarité de but, d'intention et d'enseignement. La force spirituelle unifiante de ce principe de fraternité n'a pas besoin des secours adventices que pourraient offrir une constitution et des statuts, ou des personnages officiels pour les admi­nistrer. Avec ce principe comme base d'union, aucune cause possible de différences ne saurait se produire ; il n'y a ici aucune place pour un chef ou pour une autorité, pour le dogme ou la superstition, et pourtant, comme il y a des masses de connaissance en réserve pour tous, l'attitude juste doit attirer toute l'assistance nécessaire de « Ceux qui jamais ne faillissent ». La porte semble ouverte pour tous ceux qui voudraient, mais ne peuvent voir une voie. Un nombre appréciable quelconque d'individus vivant, pensant et agissant selon cette base doivent former un foyer spi­rituel à partir duquel tout est possible.

On pourrait former des Loges locales utilisant le nom, promulguant la base d'union et reconnaissant les Théosophes comme tels, sans considération d'organisation ; y tenir des réunions libres ; faire un travail public, en maintenant tout l'intérêt sur la Théosophie et la Fraternité ; entretenir des rapports de communication libres et fréquents entre les Loges ; comparer les méthodes de travail des Loges locales ; assurer une assistance mutuelle, poursuivre l'œuvre du Grand Mouvement dans toutes les directions possibles ; avec la devise : « Soyez Théosophes. Travaillez pour la Théosophie. »

LA VOIE POUR S'UNIR EST DE S'UNIR ;
RIEN NE PEUT Y FAIRE OBSTACLE SI TEL EST LE DÉSIR.

Le document explicatif qui suit fut rédigé par Robert Crosbie pour l'information de tous les Théosophes ; il fut rendu public en même temps que l'annonce de la fondation de la "Loge Unie de Théosophes" et que l'adoption de sa DECLARATION par Robert Crosbie et les sept premiers membres associés d'origine, le 18 février 1909.

La Loge Unie des Théosophes est une partie intégrante du Mouvement Théosophique qui débuta à New York en 1875. C'est, comme son nom l'indique, une Association de Théosophes — sans aucune considération d'appartenance à une organisation — qui sont unis entre eux par le lien de leur communauté de but, d'intention et d'enseignements pour la cause de la Théosophie.

La Théosophie étant l'origine, la base et le génie de toute organisation théosophique, elle forme d'elle-même un terrain commun d'intérêt et d'effort au-des­sus et au-delà de toutes les différences d'opinions quant aux personnes ou aux méthodes ; étant aussi la philosophie de l'Unité, elle appelle à l'union indispensable de ceux qui la professent et la promulguent.

Cette Union ne signifie pas qu'il faille une identité d'organisation ou de méthode, mais plutôt une reconnaissance amicale, une assistance et un encouragement, parmi tous ceux qui sont engagés dans le service de la Théosophie.

L'Instructeur, H.P. Blavatsky, a déclaré que « le manque d'Union est la première condition de l'échec » et, dans son dernier Message à la Convention américaine de 1891, elle a dit : « Il n'a jamais été plus nécessaire que maintenant, pour les membres de la Société Théosophique, de prendre à cœur l'ancienne parabole du faisceau de verges : divisées, elles seront inévitablement brisées l'une après l'autre ; unies, il n'y a aucune force sur la terre qui soit capable de détruire notre Fraternité... C'est avec regret que j'ai noté parmi vous une tendance à vous laisser entraîner à la désunion, par votre dévotion même à la cause de la Théosophie... Aucune occasion ne sera perdue pour semer la discorde, profiter des erreurs et des faux pas, inculquer le doute, augmenter les difficultés et insuffler la suspicion, afin de rompre, par tous les moyens possibles, l'unité de la Société, éclaircir les rangs de nos mem­bres en jetant parmi eux le désarroi. »

Aujourd'hui, il existe un certain nombre d'organisations théosophiques qui toutes tirent leur inspiration de la Théosophie, n'existent qu'à cause de la Théosophie et, cependant, restent désunies. La nature de chaque organisation est telle que l'on ne peut établir l'unité sur la base d'aucune. Il faudrait donc prendre une base commune si l'on veut atteindre le succès visé à l'origine.

Le besoin d'une base de ce genre, avec une compréhension plus large du Mouvement, est la raison d'être de la présente Association — La Loge Unie de Théosophes — composée tant de Théosophes appartenant à différentes organisations que de Théosophes n'appartenant à aucune. Cette Loge, n'ayant ni constitution, ni statuts, ni personnages officiels, ni chef, offre dans sa Déclaration une base commune d'Unité pour tous ceux qui en comprennent le grand besoin, et elle sollicite leur coopération.

S'en tenant à sa devise : « Il n'y a pas de Religion supérieure à la Vérité », elle recherche la vérité en toute chose et, en commençant par l'histoire du Mouvement Théosophique, elle présente ci-après certains faits, avec leurs déductions inévitables, pour l'information et la considération de tous.

Il n'y a de doute pour personne sur la question de savoir qui apporta le Message de la Théosophie au monde occidental, pas plus qu'il n'y a de raison de croire que le Messager, H.P. Blavatsky, ne parvint pas à donner tout ce qui devait être donné pour la période allant jusqu'à 1975, époque qu'elle indique comme étant celle de l'avènement du prochain Messager.

Tant qu'elle vécut, il n'y eut qu'une Société. Après son départ, commencèrent des dissensions dont le résultat rut l'apparition de plusieurs organisations séparées. On trouvera que la cause fondamentale de ces divisions résidait dans les différences d'opinion sur la « question successorale », même dans les cas où d'autres causes semblaient évidentes. Aucune question de ce genre n'aurait jamais dû se poser, car il est parfai­tement clair qu'H.P. Blavatsky ne pouvait pas plus transmettre à un autre sa connaissance et son savoir que ne pouvaient le faire un Shakespeare, un Milton ou un Beethoven.

Ceux qui furent attirés par la philosophie qu'elle présenta, ou qui furent instruits par elle, étaient des sympathisants ou des étudiants, ayant un degré d'avan­cement plus ou moins grand dans la compréhension et l'assimilation de la Théosophie.

Une fois que l'on écarte l'idée de la « question suc­cessorale », on peut avoir une meilleure perspective du Mouvement, de la philosophie et des personnes importantes — passées et présentes — engagées dans sa promulgation.

Nous avons les déclarations des Maîtres d'H.P. Blavatsky disant qu'elle était le seul instrument possible pour le travail à accomplir, qu'Ils l'envoyèrent pour le faire et qu'Ils approuvèrent en général tout ce qu'elle fit. Ce travail ne comporte pas seulement la philosophie qu'elle a donnée, mais aussi son travail en rapport avec les autres personnes dans le Mouvement ; et quand un rapport est particulièrement défini comme dans le cas de William Q. Judge — la sagesse exige que l'on accorde toute sa considération à ce qu'elle a dit.

H.P. Blavatsky et W.Q. Judge furent co-fondateurs de la Société Théosophique en 1875. Ils furent collègues dès le début et le restèrent toujours. Lorsque H.P. Blavatsky quitta l'Amérique — pour ne jamais y revenir — elle laissa William Q. Judge sur place pour établir et poursuivre le travail du Mouvement Théo­sophique en Amérique. Jusqu'à quel point ce travail fut bien accompli est une question d'histoire.

H.P. Blavatsky quitta le corps en 1891, William Q. Judge environ cinq ans plus tard. Il ne prétendit jamais être son successeur. Au contraire, quand on lui posa cette question, il dit : « Elle est sui generis, elle ne peut avoir aucun successeur. » Le fait est qu'en­semble, lui et elle furent contemporains dans le travail, lui gardant son corps quelque cinq années de plus qu'elle afin d'achever le travail qu'il devait accomplir.

L'œuvre de l'un des deux ne peut être séparée de celle de l'autre, si l'on veut comprendre le Mouve­ment. On peut trouver la preuve évidente de la grandeur et de la capacité de William Q. Judge, en tant qu'Instructeur, dans ses écrits — dont une grande et précieuse partie est tombée dans l'obscurité à la suite des dissensions sur les questions d'organisation dont nous avons parlé. On devrait rechercher ces écrits et les' étudier en liaison avec ceux d'H.P. Blavatsky. Cette étude amènera à la conviction que tous deux furent de grands Instructeurs — chacun ayant une mission particulière — que l'un et l'autre étaient sui generis, que leur travail était complémentaire et qu'au­cun d'eux n'a eu et ne pouvait avoir quelque successeur que ce fût. .

Loge Unie des Théosophes

Déclaration

Cette Loge professe un dévouement indépendant à la cause de la Théosophie, sans s'attacher à aucune organisation théosophique. Elle reste fidèle aux Grands Fondateurs du Mouvement Théosophique, mais elle ne s'occupe pas des dissensions ou des divergences d'opinion individuelle.

Le travail qui lui incombe et le but qu'elle poursuit sont trop absorbants et trop élevés pour lui laisser le temps ou le désir de prendre part à d'autres activités. Ce travail et ce but consistent à propager les Principes Fondamentaux de la philosophie de la Théosophie, et à donner l'exemple de la mise en pratique de ces principes, par une réalisation plus vraie du SOI, par une conviction plus profonde de la Fraternité Universelle.

Elle déclare que la base d'union inattaquable de tous les Théosophes, quel que soit le lieu où ils résident, et quelle que soit leur situation, est « l'identité de but, d'intention et d'enseignement ». C'est pourquoi elle n'a ni Constitution, ni Statuts, ni Chefs, le seul lien entre ses Associés étant cette base. Et elle vise à répandre cette idée parmi les Théosophes, pour progresser vers l'Unité.

Elle considère comme Théosophes tous ceux qui se consacrent au véritable service de l'Humanité, sans distinction de race, de croyance, de sexe, de condition ou d'affiliation à une organisation et, Elle accueille dans son Association tous ceux qui sont d'accord avec ses buts déclarés et qui désirent, par l'étude et par tout autre moyen, devenir plus aptes à aider et à instruire les autres.

« Le véritable Théosophe n'appartient à aucun culte ni à aucune secte, pourtant, il appartient à chacun et à tous. »

Etant en sympathie avec les buts de cette Loge, tels qu'ils sont exposés dans sa "Déclaration ", je désire être inscrit comme Membre Associé, mais il reste entendu qu'une telle association n'implique aucune autre obligation de ma part que celle que je déterminerai moi-même.

Le langage de l’âme

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Dans les anciens enseignements, l’Âme est présentée comme le Soi réel de l’homme. Il existe de nombreuses conceptions différentes de ce qu’est l’homme et de ce qu’est l’âme. Les enseignements chrétiens nous incitent à penser que l’homme possède une âme, et qu’il peut la sauver ou la perdre - c’est ce qu’on croit généralement en Occident. Mais la conception des anciens, comme celle de la Théosophie - une représentation de cette idée éternelle - est différente. Il est enseigné que l’Homme est une Âme ; elle est en fait le Perceveur, la vision elle-même, pure et simple, non modifiée (non sujette au changement) et elle perçoit directement les idées (1). Cette idée présente le fait que, quelle que soit la condition de l’Homme réel, qu’il dorme ou qu’il soit éveillé, qu’il se trouve dans un corps physique pendant sa vie, ou dans une autre forme de corps, après la mort ou avant la naissance, ou même avant l’existence de cette planète ou de ce système solaire, il a toujours été le même Perceveur, la même Âme alors que maintenant, et le Créateur de toutes les circonstances qui se sont présentées, le Créateur intelligent de cet univers, en relation avec tous les êtres inférieurs ou supérieurs à lui. Ainsi, l’Homme fait partie d’une Grande Fraternité, et ce lien fraternel s’étend depuis les êtres les plus humbles jusqu’aux plus élevés.

Tous sont des Âmes ; les formes les plus rudimentaires de la matière n’en sont pas moins des Âmes, car dans l’état le plus grossier de la substance réside le pouvoir de percevoir, d’agir et d’acquérir de l’expérience. Cette potentialité est la même en tous, et elle se transforme en puissance qui croît sans cesse, à mesure que l’Âme élargit le champ de ses expériences. Toutes les formes et les corps qui constituent l’univers résultent des expériences et des actes des âmes qui les habitent. Ils sont les instruments de l’âme, et nous agissons toujours avec les autres êtres, quel que soit leur niveau ou leur catégorie. Il une unité d’action qui entraîne une similarité des instruments. Cette similarité d’instruments fait que nous influençons et sommes influencés au plus haut point par des êtres de la même catégorie que nous, et plus ou moins par les catégories moins avancées ou plus évoluées. Ainsi, en admettant que le Soi est identique en chaque être, indépendamment de son niveau, supérieur ou inférieur, nous en arrivons à une autre idée concernant l’âme, qui veut qu’elle représente aussi l’expérience acquise au cours de l’évolution par absolument chacune des catégories d’êtres. Chaque être individuel est non seulement le Soi, mais aussi l’expérience acquise au contact de tous les autres êtres. En observant qu’il existe des âmes individuelles, nous pouvons constater que les seules différences entre les âmes tiennent seulement à leur degré particulier d’expérience acquise. Si l’on considère l’âme de ce point de vue, comme l’expérience acquise par les individus.

Lorsque nous parlons de Dieu, de la Sur-Âme, de la Sur-Âme Universelle, nous ne faisons que désigner l’expérience, la sagesse acquise par chaque âme et toutes les âmes. C’est ce que signifierait le passage suivant de la Bhagavad-Gîtâ décrivant le Soi comme étant : “La sagesse elle-même, l’objet de la Sagesse, et ce qui doit être atteint par la Sagesse” (2) - la pleine conscience de l’unité de toutes les âmes, ou de notre Identité Spirituelle commune. Si nous voulions relier ces concepts au langage, nous devrions nous débarrasser de nombreuses idées auxquelles nous tenons actuellement. En supposant qu’il existe un véritable langage de l’âme, que serait-il capable d’exprimer ? Sans aucun doute, toutes les expériences qu’elle n’ait jamais traversées. La Théosophie enseigne la doctrine de la réincarnation impliquant une succession de vie sur cette terre ainsi que dans d’autres états de substance et de conscience. La Continuité de la Conscience (ou l’Esprit) est préservée à travers tous ces états et dans tous ces environnements, et l’enregistrement de tout ce qui s’est produit au cours de la totalité de ces vies est présent à tout moment dans toute forme de vie manifestée, parce que le Soi, l’Esprit, y est présent. Le langage de l’Âme serait capable d’exprimer tout ce que nous n’avons jamais expérimenté.

Dans ces vies passées, nous avons sans aucun doute parlé des langues différentes de celle qui est la nôtre actuellement ; dans ces existences personnelles, nous avons employé des langues complètement abandonnées et oubliées de nous aujourd’hui, en tant que personnes. Si nous sommes un Soi permanent et si la continuité de l’expérience acquise et de la conscience est préservée en nous, la mémoire de ces langues doit demeurer. Ces anciens langages, utilisés autrefois, n’ont en eux-mêmes aucune valeur intrinsèque, n’étant que l’expression des sentiments et des pensées de l’âme individuelle, de ses émotions, de ses espoirs, de ses craintes, idées et aspirations. Ainsi, il doit y avoir pour une langue quelle qu’elle soit, ce qui peut être sa base : l’Âme et son expérience. Où est-elle enregistrée ? Elle est imprimée dans la partie impérissable de la nature de l’homme. Il ne peut s’agir d’un langage parlée quelconque, en tous cas. Quelle est donc sa nature ?

Pour comprendre ces propositions, nous devons une fois de plus considérer la philosophie de la Théosophie. La Théosophie enseigne que la matière comprend sept états ou degrés de substance, et chacun d’eux, sept sous-états, l’ensemble allant de l’état le plus subtil, plastique et durable, jusqu’au plus grossier, qu’on peut appeler le plan matériel, ou la matière telle que nous la connaissons et la pressentons, avec ses diverses et nombreuses gradations et combinaisons. L’homme, l’être le plus évolué qui soit concerné par l’évolution de ce système solaire, est revêtu de l’ensemble de ces sept états de substance dérivés de la substance originelle primordiale - la matière homogène dont toute forme est issue par évolution. Ces niveaux de substance sont illustrés par les sept couleurs du spectre lumineux ; ils sont également manifestés dans les sept notes de la gamme musicale. Les notes et les couleurs ne sont pas exactement ce que nous pensons ; elles représentent les sept grands états distincts de la matière ; le son en lui-même, ou la lumière, représente l’état homogène d’où ont procédé les sept notes et les sept couleurs prismatiques. Nos notes et nos couleurs n’en sont que des répliques - leurs réflexions ou correspondances dans l’état particulier de la matière et du son auquel nous sommes habitués. Nous savons qu’il existe sept couleurs, mais aussi, au-delà de celles-ci, il y a d’autres octaves de couleurs que nos yeux ne peuvent voir, certaines étant si élevés, et d’autres si basses, que leurs vibrations nous échappent. Il en va de même pour le son : nous sommes capables d’en reconnaître plusieurs, mais il y en a qui nous sont inaudibles au-delà des suraigus, ou plus bas que les plus graves.

Appelons l’Âme l’Ego ; c’est sans doute, pour nous, l’expression la plus synthétique pour désigner ce qu’on entend par l’Âme, car elle implique à la fois celui qui perçoit et ses perceptions, celui qui connaît et ses expériences. Or l’Ego a un langage qui lui est propre, un langage comprenant couleur, son et symbole. Ce langage peut être vu, entendu et ressenti. C’est au moyen de ce langage de l’âme que nous pouvons connaître et comprendre directement les expériences d’autres personnes, quelles que soit la langue vocale que nous parlions. C’est ainsi qu’il se disait jadis, comme stipulé dans la Bible, que les Sages comprenaient tout homme, s’exprimant dans sa langue quel que fût ce langage, bien qu’il y eût alors - tout comme aujourd’hui - de nombreuses langues différentes. En fait, ces Sages se plaçaient en amont du langage parlé, si bien qu’ils pouvaient connaître les pensées, les sentiments et la nature même de leurs interlocuteurs. C’est pourquoi dans le moindre mouvement d’une personne - aussi banal que d’aller d’une chaise à une autre, on peut clairement déchiffrer la qualité de la pensée, la nature même de cette personne, par l’ensemble des couleurs et des nuances de couleurs, produites par son action. Il en est de même pour tout son émis ou prononcé, quel qu’il soit : les centres du corps sont mis en action, chacun ayant ses propres couleurs et taux de vibrations qui sont révélateurs.

Aussi étrange que cela paraisse, les couleurs peuvent être entendues, les sons vus, et les formes expérimentées, simplement parce que ces phénomènes constituent des taux différents de vibrations - le mouvement de la Conscience Intelligente, ou l’Esprit. Ils sont tous en corrélation, aucun d’eux ne pouvant exister indépendamment des autres. Ce ne sont que les aspects de la propulsion réelle de l’âme elle-même, ou de l’être conscient. Ainsi, nos pensées comprennent de nombreuses combinaisons de couleurs et de sons, changeant constamment de forme ou d’apparence. Notre cerveau est l’instrument matériel le plus subtil. Comme tout ce dont nous nous servons, il est en évolution. C’est l’organe de la pensée sur le plan de substance où nous agissons actuellement. Si nos pensées sont nobles et élevées, notre cerveau devient très sensible à ce genre d’utilisation. Chaque type de pensée a un taux et une fréquence de vibrations spécifiques, et sa couleur particulière. Si nous nous connaissons mieux, en réalité nous pourrions lire dans les pensées comme on lit un livre. Nous pourrions lire les pensées comme nous entendons les sons actuellement. Si notre cerveau est entraîné à avoir des pensées élevées à l’état de veille, si nous tentons de comprendre ce que nous sommes réellement alors que nous occupons cet instrument physique, ce que représente ce corps qui est le nôtre, ce dont il est capable, alors, progressivement, le cerveau commencera à répondre à des éléments de notre connaissance supérieure. Il communiquera et transmettra de plus en plus du Langage de l’Âme de toute l’expérience enregistrée dans le passé.

Les idées que nous avons même en ce qui concerne l’Esprit et Âme, la Vie jusqu’à présent, ici et dans l’avenir, sont celles qui nous ont été enseignées. Elles sont presque toutes personnelles et nous maintiennent entièrement sur le plan personnel - le plan de l’existence purement physique. Elles ne nous donnent aucune véritable notion de ce qu’est le véritable soi intérieur. Nous n’avons pas encore commencé à penser, dans le vrai sens du terme, dans la bonne direction, et pourtant seules des idées correctes peuvent nous faire connaître la nature intérieure de l’homme. Qu’il s’agisse de celles du corps ou de celles de la pensée, nos habitudes ne constituent qu’une mémoire plaquée sur notre nature. Nous ne pouvons garder la connaissance qu’en nous-mêmes, mais nous oublions parfois où nous l’avons cachée, ou nous la recouvrons de quantité de rebuts inutiles, résultant uniquement de notre activité mentale. Le plus clair de notre activité mentale ne concerne que les choses de cette vie, celles qui se rapportent au corps. Ainsi, l’humanité fait en permanence fausse route. Aucun être, aussi élevé soit-il, ne peut l’empêcher, chaque homme étant Âme, Esprit et Conscience, et participant du Très-Haut, quel que soit la manière dont il utilise et applique ses pouvoirs.

La Théosophie s’efforce de montrer à l’homme ce qu’est sa nature réelle, et qu’il est, du début à la fin, et toujours, ESPRIT. L’Esprit signifie Vie et Conscience - le pouvoir de voir, de connaître et d’expérimenter. Nous le possédons tous, Il est commun à nous tous. Lui-même n’a pas d’existence séparée, il est la Vie Une dans tous les êtres, à tous les niveaux. Mais nous, en tant qu’individus, sommes devenus tel, en évoluant à partir du grand Océan de la Vie. Nous sommes Esprit individualisé, et avons ainsi une existence individuelle séparée, de façon continue. En ce sens, nous représentons une forme d’évolution, mais celle de l’Esprit, et non de la Matière - une évolution de la Connaissance, non celle de la forme seule. Ces notions sont le fruit de l’observation de l’expérience ; toutes les différences qui existent sont le fait d’une expérience plus ou moins grande, d’un niveau d’adaptation et d’application de cette expérience plus ou moins élevé ; il n’y a aucune différence dans la Source, ou les Potentialités d’un être quelconque.

Nous découvrirons tout cela si nous avançons sur le Sentier qui est indiqué. Ce sentier n’est pas inconnu. N’oublions pas que d’autres l’on foulé avant nous. Ce sont nos Frères Aînés - Jésus, par exemple, le Bouddha, également tous ceux qui sont venus à diverses époques comme des Sauveurs, chez de nombreux peuples différents. Tous avaient acquis le Langage de l’Âme. Ils avaient tous le même corpus de connaissance. Ils viennent de temps en temps parmi les hommes, à mesure que l’intelligence humaine progresse, et ils transmettent autant d’éléments de cette connaissance que le permet l’état de l’humanité en leur temps. Ils sont venus à nouveau à notre époque, et Ceux qui vinrent furent les plus grands de tous. Comment peut-on dire cela ? Parce que d’autres Sauveurs sont venus parmi des peuples distincts et séparés, alors que le Message de la Théosophie n’est destiné à aucune nation particulière, à aucune classe d’êtres, mais au monde entier. Cette connaissance peut être acquise individuellement par tout être soi-conscient, car il ne s’agit pas de nos idées, de nos conceptions actuelles de la moralité ou de la réussite, ni d’un pouvoir extérieur, mais de la Perception spirituelle - du Langage de l’Âme. Même en commettant toutes les erreurs du monde, aux yeux du monde, dans notre corps et par son intermédiaire, nous pourrions néanmoins posséder un pouvoir de perception Spirituelle qui ferait table rase de toutes les “erreurs”. Une rémission des péchés, par procuration, ne nous serait pas nécessaire, car nous serions capables d’agir en harmonie avec tous les êtres. Nos pensées s’accorderaient avec nos actes. Mais il nous faudrait subir la crucifixion des idées fausses qui sont en nous, et nous relever, comme le fit le Sauveur, à la droite du Père - comme l’Ego libéré de toutes les illusions qui l’on amené à rester dans le péché, la peine et la souffrance.

Bien que tous désirent la Connaissance Spirituelle, la grande majorité des hommes ne renoncerait en aucune manière, serait-ce même d’un iota, ou d’un trait de plume, à leur absorption mentale et physique dans les choses actuelles et terrestres afin d’acquérir cette connaissance spirituelle qu’ils prétendent vouloir ardemment. Ils devront continuer à faire l’expérience de la souffrance et du chagrin jusqu’à ce qu’ils désirent vraiment connaître la vérité à propos d’eux-mêmes. Quelqu’un qui pense pouvoir acquérir cette connaissance simplement en la désirant, ou en la voulant pour lui seul, ne remplit pas les conditions qui permettraient de l’obtenir. Le langage de l’Âme ne peut être appris que lorsque l’individu réalise que son devoir n’est pas envers lui-même, mais envers les intérêts les plus élevés de ses semblables ; il ne s’agit pas pour lui de ”sauver son âme”, mais de mettre le plus grand nombre possible de ses compagnons sur le chemin de la Vérité, en ne désirant rien pour lui-même. Par elle-même, cette attitude ouvre en lui les vannes de la connaissance spirituelle. Il devient alors le véritable bénéficiaire, utilisant tous les pouvoirs qu’il a, toute sa connaissance, dans l’intérêt d’autrui. L’homme qui parvient à cette connaissance, et avance sur le chemin de sa réalisation, voit “avec le temps, la connaissance jaillir en lui spontanément” (3). Il n’a besoin d’aucun livre pour l’éclairer, ne se préoccupe pas des religions qui ont pu exister, qui existent ou existeront un jour. Il connaît la vérité sur lui-même, et, par conséquent, sur tous les autres hommes.

Pourquoi tous les hommes ne prennent-ils pas le chemin de cette réalisation ? Est-ce parce qu’ils ne disposent pas des organes de perception nécessaires, parce qu’ils sont incapables de voir ? Non, en fait, ils ne veulent pas entendre, ils refusent de prendre ce qu’on leur propose pour l’éprouver par eux-mêmes. Ils préfèrent suivre tout ce qui fait miroiter à leur yeux un succès quelconque dans cette vie. Ils savent pourtant, comme tout un chacun, qu’ils ne pourront rien emporter de ces “succès” après leur mort. Lorsqu’ils s’en iront, ils laisseront sur terre toutes les choses terrestres qu’ils auront accumulées. Et ils devront partir, car ils ne sont pas de ce monde, ils procèdent de l’Esprit, non de la terre, et ne font qu’œuvrer pour un temps dans ce monde matériel. Ils le savent tous, mais n’en rêvent pas moins de “possession”. Nul n’a condamné personne à cette condition où se trouve tant de gens. Aucune contrainte ne nous force à rester dans cet état d’agitation, d’oisiveté ou d’ignorance mentale. Tout cela nous est imposé par des conclusions tranchées et indiscutées en ce qui concerne les hommes, les choses et les méthodes. Ces conclusions nous attachent solidement à nos conditions actuelles, et elles continueront de le faire tant que nous garderons cette attitude mentale et nous accrocherons à des notions fausses sur Dieu, la Nature et l’Homme. Nous tenons les portes fermées, de notre propre chef. Par ignorance ? Certes, mais qui reste dans l’ignorance ? Uniquement ceux qui ne veulent pas entendre, qui doutent du Langage de l’Âme.

Robert Crosbie.

© Textes Théosophiques, Cahier Théosophique n°188.

Notes

(1) Voir Les Aphorismes du Yoga de Patañjali, dans la traduction de W.Q. Judge, livre II, 20 [N.d.T.]

(2) Bhagavad-Gîtâ, XIII, 17 [N.d.T.]

(3) Bhagavad-Gîtâ, VI [N.d.T.]

Qu’est-ce qui se réincarne ?

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Pour beaucoup, ce qui se réincarne reste un mystère, car il est difficile de comprendre ce qu’est cet élément permanent qui est censé former la trame des incarnations répétées. Ils savent que le corps naît, meurt et se dissout, mais leur mental s’identifie tellement à leur corps, à ses relations et à son environnement qu’ils sont incapables de s’en dissocier. Ils se conçoivent comme des personnes, comme des corps d’une nature physique, et ils ne peuvent par conséquent pas comprendre où pourrait résider, dans ceux-ci et de vie en vie, ce pouvoir réincarnant.
La Théosophie élargit notre vision de ce concept en mettant en évidence que l’homme n’est pas son corps, ce dernier se transformant sans cesse, qu’il n’est pas son mental, celui-ci se modifiant sans cesse, et qu’il y a en l’homme un élément permanent qui constitue son identité tout au long de toute une variété d’incorporations. Nous n’avons pas changé d’identité depuis notre enfance. Notre corps a changé, ainsi que notre environnement, mais cette identité est restée la même, et elle ne changera plus désormais, en dépit de tous les changements qui pourront affecter le corps, le mental ou les circonstances. La seule chose réelle en nous ne subit aucune transformation. Ce qui est réel ne change jamais. Seul le réel peut percevoir le changement. Le changement ne perçoit pas le changement. Seul ce qui est permanent peut percevoir le changement, être sensible à l’impermanent.

Cet élément immuable, constant et immortel en nous est présent dans toutes les particules et dans tous les êtres, quels qu’ils soient. Il n’y a qu’une seule Vie dans ce monde dont nous faisons partie, ainsi que tous les autres êtres. Nous procédons tous de la même Source – et non de plusieurs – et nous avançons sur le même chemin, vers le même but. Les anciens disaient que le Soi Divin réside dans tous les êtres, mais qu’il ne brille pas également en tous. Le réel est intérieur et peut être réalisé au sein de tout être humain. Chacun a besoin de cette réalisation afin de pouvoir faire rayonner son Dieu intérieur et l’exprimer, ce que la majorité des gens ne font que partiellement.
Si cette Source – l’Esprit Un – est commune à tous les êtres, pourquoi existe-t-il autant de formes, de personnalités, d’individualisations ? Selon la Théosophie encore, tous représentent les divers stades d’un développement. Dans ce grand Océan de la Vie, qui est à la fois Conscience et Esprit, nous évoluons, vivons et trouvons notre existence. Cet océan est décomposable en ses diverses gouttes constituantes, dont la différenciation est effectuée par le grand courant évolutif. Même dans les règnes qui nous sont inférieurs, qui procèdent de cette même Source, la tendance à la séparation en « gouttes » de conscience individualisées augmente sans cesse. Dans le règne animal, les espèces qui nous sont le plus proches avancent vers la soi-conscience ; mais en tant qu’êtres humains, nous en sommes au stade où chacun est une goutte constitutive du grand océan de Conscience. Comme dans l’océan d’eau, chacune de ses gouttes contient tous les éléments du grand ensemble, et chaque goutte d’humanité, chaque être humain, contient dans ses limites tous les éléments du grand univers.

Les mêmes pouvoirs existent en chacun de nous, et cependant nous nous trouvons sur des degrés de l’échelle de l’existence où nous pouvons voir de nombreux êtres en dessous, et d’autres, plus évolués, au-dessus de nous. L’humanité actuelle est en train de construire un pont de pensée reliant les règnes inférieurs aux règnes supérieurs. Si on le considère globalement, le but de notre incarnation, de notre descente dans la matière, ne consiste pas uniquement à apprendre à mieux connaître la matière, mais aussi à inciter les règnes moins évolués à progresser vers notre niveau. Pour les règnes inférieurs, nous avons le statut de dieux. De nous dépend leur bonheur ou leur malheur. C’est notre mauvaise conception du but de la vie qui rend la Nature si dure, qui produit tous les malheurs et les désastres qui nous affligent sous forme de cyclones, de tornades, de maladies et d’épidémies de toutes sortes. Ce sont nos propres actions qui les provoquent tous. Comment cela ? Dans nos corps réside la sublimation des règnes minéraux, végétaux et animaux, qui représentent eux-mêmes des vies. Chaque cellule de notre corps expérimente la naissance, la jeunesse, la maturité, la dégénérescence, la mort et la réincarnation. Par nos pensées, désirs ou sentiments, quels qu’ils soient, nous communiquons à toutes ces vies une énergie qui va les aider ou qui au contraire leur nuira. Ces vies sortent de nous dans une bonne ou une mauvaise direction, et retournent dans leurs règnes chargées de bien ou de mal. Ainsi, par un manque de compréhension de notre véritable nature, en ne comprenant pas la Fraternité Universelle, nous nous acquittons mal de nos devoirs sur notre propre plan, et n’aidons qu’imparfaitement l’évolution des règnes inférieurs. Nous ne pouvons comprendre notre responsabilité envers eux qu’en réalisant que chaque être est en train de s’élever ; que tous ceux qui sont plus avancés que l’homme ont été des hommes autrefois ; que tout ce qui est inférieur à l’homme atteindra un jour son niveau, quand nous-mêmes serons plus avancés ; que chaque forme, être ou individualisation ne représente qu’un des nombreux aspects de l’Esprit Unique.

En admettant que cet Esprit immuable – cause de tout progrès évolutif, de toute incarnation – réside en chaque être, nous sommes en droit de vouloir localiser ce pouvoir de voir et de connaître qui persiste d’incarnation en incarnation. Comment est donc préservée cette continuité de la connaissance acquise par l’observation et l’expérience ? Comment l’individualité est-elle maintenue en tant que telle ?

N’oublions pas que nous étions des êtres soi-conscients dès l’apparition de notre planète ; certains furent même soi-conscients dès le commencement de notre système solaire, tous les êtres n’ayant pas le même niveau de développement. Si notre planète ou notre système solaire a d’abord connu un stade de substance primordiale, de matière nébuleuse, comme l’appelle la science, alors nous devons avoir eu des corps qui présentaient cet aspect de la matière. Dans cet état plus subtil de la matière réside l’ensemble des potentialités de tous les degrés de la substance, et ainsi, c’est dans ce vrai corps de matière primordiale que se sont produites toutes les transformations de cette substance, qui est devenue de plus en plus grossière ; c’est également dans ce corps qu’est vécue toute expérience. Tout ce qui se produit en nous se produit dans notre corps – ce corps dont la nature reste identique pendant tout un Manvantara . Nous avons tous un tel corps de matière subtile, de nature intérieure, qui est le véritable habitacle de l’individu. Ce dernier y vit et y évolue, mais malgré son grand rayonnement et sa subtilité, ce corps n’est pas l’homme ; il ne représente que le revêtement le plus élevé de l’Âme. L’Homme Réel que nous sommes est l’Homme qui fut, est et sera éternellement, celui pour qui l’heure ne sonnera jamais – l’Homme, le penseur, celui qui perçoit, pense et agit sans cesse.

La Vie est une. L’Esprit est un. La Conscience est une. Ces trois ne font qu’un, ils forment une trinité, et c’est cette trinité que nous sommes. Tous les changements de substance et de forme sont amenés par l’Esprit et la Conscience, et ils s’expriment par les diverses formes que prend la vie. Nous sommes cet Esprit Unique, chacun se tenant dans le vaste assemblage des êtres de ce grand univers, observant et connaissant par le biais des instruments dont il dispose. Nous sommes cette Trinité – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – soit, en langage théosophique, Âtma, Buddhi et Manas. Âtma, est l’Esprit Unique, qui n’appartient à personne en particulier, mais à tous. Buddhi est l’expérience sublimée du passé. Manas est le pouvoir de la pensée, le penseur, l’homme, l’homme immortel. Nul n’est privé d’Esprit, ni d’une expérience passée ; mais le mental est le royaume de la création, des idées ; et l’Esprit lui-même, avec tous ses pouvoirs, agit en fonction des idées qui sont dans le mental.

Dans la Voix du Silence, il est dit : « Le mental est comme un miroir. Il ramasse la poussière tout en reflétant ». Pour enlever cette poussière, il faut la sagesse de l’âme. Ce mental qui est le nôtre, ce que nous appelons le mental, n’est qu’un réflecteur qui nous présente, à mesure que nous l’entraînons, des images différentes. L’Esprit agit bien ou mal, suivant les idées que nous percevons. Si le mal existe dans le monde, c’est par le pouvoir de l’Esprit. Si le bien existe dans le monde, c’est également par le pouvoir de l’Esprit. En effet, il n’y a qu’un seul pouvoir. Si on l’engage dans la mauvaise direction, on produit le mal, alors que s’il est bien dirigé, le bien s’ensuit.

Nous devrions abandonner l’idée que nous sommes de pauvres, faibles et misérables créatures, incapables de faire quoi que ce soit par nous-mêmes ; en effet, tant que nous nous attacherons à cette idée, nous ne ferons jamais rien. Nous devrions défendre une autre idée, selon laquelle nous sommes l’Esprit, et immortels, et lorsque nous serons parvenus à comprendre ce qu’elle signifie, son pouvoir viendra nous traverser, sans limites et dans toutes les directions, excepté dans celle des instruments que nous avons nous-mêmes rendus imparfaits. Aussi rejetons cette idée que nous sommes ce corps faible, misérable et défectueux, sur lequel nous avons si peu de contrôle. Nous ne pouvons arrêter le battement de notre cœur, nous ne pouvons cesser de respirer sans détruire notre corps ; nous ne pouvons mettre un frein aux incessantes dissociations de matière qui s’y produisent, ni empêcher sa dissolution finale. Certaines personnes parlent de « manifester » contre la mort, mais autant manifester contre la chute des feuilles des arbres aux premières bourrasques de l’hiver. La mort existera toujours, et elle présente un grand avantage. Si nous ne changions pas de corps, comment pourrions-nous progresser ? Sommes-nous tellement satisfaits de nos corps actuels pour ne pas souhaiter en changer ? Certainement pas. Dans cette vie, les seules choses que nous puissions garder en permanence sont notre nature spirituelle et la grande compassion divine qui pourrait se traduire par le mot « amour ».

Nous sommes les ego qui s’incarnent et continueront de le faire jusqu’à ce que la grande tâche qu’ils ont entreprise soit achevée. Cette tâche consiste à élever l’ensemble de l’humanité au plus haut niveau de perfection possible sur une planète telle que la nôtre. Nous nous incarnons d’âge en âge pour la défense du juste, la destruction du mal et l’établissement de la justice. C’est pour cela que nous sommes ici, que nous le sachions ou non, et il nous faut réussir à reconnaître l’immortalité de notre propre nature pour pouvoir nous libérer des afflictions dont souffre l’ensemble de l’humanité. Nous devons nous mettre en relation et en harmonie avec le grand projet de la Nature, qui est l’émancipation de l’âme, pour laquelle seule l’univers existe.

R. Crosbie
© Textes Théosophiques, Cahier Théosophique n°181.

Instinct et Intuition

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L'instinct est une perception directe de ce qui est convenable, dans un domaine donné. L'intuition est la connaissance directe de la vérité en toute chose. La raison est en quelque sorte l'équilibre entre instinct et intuition. Les animaux ont un sûr instinct en ce qui concerne leur nourriture, ou ce qui est dangereux pour eux, car leur instinct résulte de l'expérience ; mais ils ne raisonnent pas en exerçant leur instinct, ils le ressentent. Nous appliquons la raison à la fois à nos instincts (car nous en avons) et à nos intuitions et, généralement, nous nous mettons en mauvaise posture, en raisonnant sur des prémisses de réflexion erronées. Nous utilisons la raison comme un instrument mais, si nous partons sur de fausses bases, nous aboutissons forcément à de fausses conclusions, aussi irréprochable que puisse être notre raisonnement. En bonne logique, nous ne pouvons parvenir à des conclusions correctes qu'en partant de prémisses éternelles : il n'y a pas d'autre moyen de pouvoir jamais déterminer le vrai dans nos façons de voir les choses.

Pour essayer de comprendre l'instinct et l'intuition, il nous faut donc nous assurer de leur véritable fondement. Leur existence doit certainement renfermer une signification et une cause profondes. En observant le règne animal, et en voyant ses actions qui s'y déploient pour assurer le bien-être des diverses espèces animales, nous attribuons toutes ces actions à l'instinct sans nous rendre compte le moins du monde que cet instinct a dû être produit par quelque chose. Il n'a pu apparaître de lui-même. Il doit s'agir d'une « production », comme toutes choses, dans cet univers ou dans un autre, sont des productions. L'ancienne Religion-¬Sagesse affirme qu'à la racine de tout être, quel que soit son niveau, sa forme et son espèce, il n'y a qu'une seule réalité ¬l'Esprit et l'Esprit seul. De lui proviennent toutes les productions ; de lui toutes les évolutions se sont déployées. L'Esprit est identique en tous ; ce qui est acquis diffère selon le degré d'avancement de l'individu ou de l'être, car les évolutions procèdent sur des lignes individuelles. Tous les êtres sont de même nature, mais comme leur pensée, leur idéal et leurs actions diffèrent, nous pouvons trouver, dans le grand univers qui est le nôtre, de nombreuses formes d'intelligences, évoluées à partir de la grande Racine de toute évolution, l'Esprit présent en chaque être.

Tous les êtres inférieurs à l'homme sont le produit d'évolutions ayant chacune leur niveau propre. Même dans le règne minéral, on trouve la forme, qu'il s'agisse d'un cristal ou d'un atome ; il y a là quelque chose de spirituel qui dispose d'une nature psychique, et qui s'exprime en fonction de sa propre nature acquise. Les cristaux ont leurs propres sympathies et antipathies, leurs propres attractions et répulsions. Ces dernières sont-elles mécaniques ? Pas le moins du monde. On a ici un instinct inhérent - faculté infaillible qui n'est autre que cette étincelle du divin couvant dans toute particule de matière inorganique. Si le règne minéral n'avait pas d'intelligence psychique, l'homme ne pourrait jamais l'utiliser. Il en va de même pour les règnes végétal et animal qui, dans une certaine mesure, ajoutent chacun quelque chose à la simple intelligence psychique du règne minéral. Puis nous voyons qu'à son stade l'homme possède la faculté de transcender ses conditions d'existence, de prendre ses distances par rapport à elles et de les considérer en se posant comme une entité soi-consciente distincte d'elles et d'une nature entièrement différente. Ce qui n'est qu'une étincelle de divinité dans les règnes inférieurs devient flamme chez les êtres supérieurs.

Il y a sept stades distincts qu'empruntent toutes les formes pour se manifester, en allant de la matière nébulaire jusqu'à nos formations concrètes actuelles. L'existence conditionnée est produite par diverses formes de vies dans chaque état de matière - par divers types d'intelligences acquises - mais l'homme a eu un grand rôle dans la détermination des processus, des niveaux de descente à entreprendre, et ce fut en fonction de sa connaissance, et des processus qu'il avait instaurés, que se développèrent les états ou conditions des règnes qui lui sont inférieurs. En effet, l'Homme était un être soi-conscient dès le commencement de cette terre. Il se trouve à mi-chemin entre l'esprit et ce que nous appelons la matière ; il est la plaque tournante de l'évolution qui dépend de lui pour l'avenir. Il possède à la fois l'instinct et l'intuition. Chaque cellule de notre corps est instinctivement mue par nous. Que nous en soyons conscients ou non, c'est cet instinct qui les fait évoluer. Les vies dans notre corps ont subi un entraînement, incarnation après incarnation, jusqu'à ce que leur activité devienne automatique et réflexe. Les cellules des divers organes ont leurs impulsions propres. Elles extraient de la nourriture tout ce dont elles ont besoin pour former le sang, les os, les divers tissus et le cerveau, lequel, lui aussi, est constitué de la nourriture que nous absorbons, et subit de continuelles transformations, comme toute autre partie du corps, qui est en constante dissociation. L'Homme Véritable n'est pas son corps, ni son cerveau, et c'est de Lui que relève l'intuition.

L'un et l'autre, l'instinct et l'intuition, ont été acquis uniquement par l'observation et l'expérience. Tout instinct des animaux est, dans chaque espèce particulière, un gain obtenu au fil de la croissance de son intelligence et de l'évolution de ses formes corporelles. De même, l'intuition de l'homme porte en elle toute la connaissance inhérente à sa vraie nature. L'homme a vécu d'autres existences avant celle-¬ci, et cela de nombreuses fois - et même sur une planète que nous avons habitée avant l'apparition de cette terre, ou, pour mieux dire, avant que nous ayons fait nos débuts avec cette terre. Ces très nombreuses expériences, acquises au cours de vies innombrables, sont encore présentes en nous. Nous ne les avons jamais perdues. Elles résident toujours dans notre être le plus intime, et y sont potentiellement actives - dans cette nature réelle qui est nôtre et à laquelle nous accédons toutes les vingt-quatre heures, quand le corps est endormi et que nous avons dépassé le stade du rêve. Là se trouve l'intuition, le produit intégral de toutes nos expériences passées. Parfois, quelque chose en surgit en nous faisant soupçonner ce que peut être notre nature véritable. La voix de notre conscience exprime le point de vue de cette vraie nature sur l'action que nous projetons. Certaines personnes, en entendant cette « voix du silence », pensent que c'est Dieu qui leur parle, ou qu'un être extérieur à elles fait pression sur elles. Mais en fait, elle vient de leur propre nature intérieure : elle résulte de l'accumulation de toute la Sagesse passée, et en exprime quelque chose. C'est ainsi « la voix » de leur nature spirituelle qui s'est fait entendre.

Le canal par lequel peut passer l'intuition est à même d'être dégagé par chacun de nous, sans restriction. De quelle manière ? En désirant perpétuer la personnalité ? Aucunement, ni dans ce monde, ni dans aucun autre. Il doit y avoir reconnaissance de ce qu'est, en réalité, notre personnalité. Elle n'est pas le corps, mais les idées adoptées. Les idées font d'un corps un véhicule adapté à elles ; elles contrôlent son action. Notre personnalité est constituée par nos pensées, nos préférences et aversions, nos attirances et répulsions, nos petites exigences, qui viennent renforcer en nous la notion que tout existe pour nous. Cela ne constitue pas l 'Homme Réel. La personnalité ne peut être conservée sans changement ; quelles que soient nos conceptions actuelles, elles diffèrent de celles que nous avons eues dans le passé ; et cependant, nous avons agi autrefois (comme nous le faisons aujourd'hui) d'après les idées que nous avions alors. Dans l'avenir, nous aurons encore d'autres conceptions, et agirons en fonction d'elles. C'est notre façon de penser qui limite nos actes. Il convient donc de nous rendre compte que nous sommes de véritables êtres spirituels à l'intérieur, et que c'est seulement l'élément extérieur ¬notre personnalité - qui a besoin d'être purifié. Cette purification ne peut avoir lieu qu'en agissant pour et comme le Soi Un. Alors, nous exprimerons clairement notre nature intérieure dans ce monde de choses matérielles ; alors, nous saurons ce que certains ne font que soupçonner, car l'intuition [spirituelle] est la perception directe de la vérité.
Le Message de la Théosophie nous a été donné afin que nous puissions accéder à cette partie de notre nature qui connaît, qui enregistre et qui sait. Ce n'est pas une tâche impossible car nous ne sommes pas de pauvres misérables pécheurs, et certains y sont même déjà parvenus. Ils ont parcouru ce chemin et l'ont éprouvé par eux-mêmes, car c'est la seule vraie voie pour quiconque. Ils ont absolument vérifié que cette connaissance intérieure, ou intuition, peut être retrouvée. Ils savent que nos idées, nos pensées, nos modes de réflexion, notre connaissance limitée de notre nature, sont des obstacles pour nous ; ils savent que ni le corps, ni aucun environnement ne peut être nuisible, mais qu'au contraire toute circonstance offre une opportunité - et que plus importants sont les obstacles, plus défavorables les circonstances, plus grande aussi est cette opportunité. Si nous pouvions simplement être assez sages, si nous pouvions ouvrir les yeux suffisamment pour voir, nous serions en mesure d'apprendre quelque chose des divers instincts qu'on observe dans les règnes qui nous sont inférieurs. Tous ces êtres avancent par l'instinct sur ce long, très long chemin conduisant au niveau que nous occupons actuellement. Si nous faisons preuve de sagesse, nous progresserons aussi, par l'intuition [spirituelle], sur l'ancien petit Sentier qui franchit de grandes distances, et qu'ont parcouru tous les Prédécesseurs, de tous les temps. Tous les Êtres qui ont fait leur apparition dans le monde comme nos Frères Aînés dans les civilisations passées - toutes les Incarnations divines - ont atteint le stade vers lequel nous nous acheminons aujourd'hui, consciemment ou non.
Nous intuition n’est pas endormie, comme nous le supposons. Elle rayonne en nous en permanence. Si seulement nous nous débarrassions des fausses conceptions qui nous aveuglent aujourd’hui, ceux d’entre nous qui opèrent de ce côté du sombre voile pourraient l’écarter et laisser transparaître cette lumière.

Robert Crosbie
Traduit du Friendly Philosopher, pp. 263-267 (Ed. Theosophy Company – USA)