Dimanche 15 Septembre 2019

Mis à jour le Dim. 15 Sep. 2019 à 18:27

Retour La Chronique Le pèlerinage des âmes et les lois de leur destinée

Le pèlerinage des âmes et les lois de leur destinée

AddThis Social Bookmark Button

v48 7Objet et symbolisme du pèlerinage

L’objet du pèlerinage est l’âme elle-même

« L'entraînement imposé au disciple par les instructeurs de l'école à laquelle appartiennent les Adeptes théosophes est très particulier et ne s'accorde pas avec les idées modernes qui prévalent en matière d'enseignement. Dans un certain sens, c'est une illustration spéciale du pèlerinage que l'on fait à un lieu sacré - si commun en Inde - mais ici, la divinité du sanctuaire qui est le but du voyage, c'est l'âme elle-même, car, pour ces Adeptes, l'existence de l'âme est l'un des premiers principes à considérer. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, ch. XIII, pp. 71-72

v48 9Le pèlerinage de l’Ego spirituel

« Sans doute. L'Ego spirituel de l'homme se meut dans l'éternité comme un pendule qui oscille entre les heures de la naissance et de la mort. Mais si les heures qui marquent les périodes de vie terrestre et de vie spirituelle sont limitées dans leur durée, et si la série de ces étapes à travers l'Éternité entre le sommeil et la veille, entre l'illusion et la réalité, a un commencement et une fin, le « Pèlerin » spirituel n'en est pas moins éternel. Ainsi, à notre point de vue, ce qui constitue la seule réalité pendant la période de ce pèlerinage appelé le « cycle des renaissances » ce sont les heures de sa vie post mortem, où l'homme désincarné se trouve face à face avec la vérité, et non plus avec les mirages de ses existences terrestres et passagères. Malgré leurs limites, ces intervalles n'empêchent cependant pas l'Ego, qui se perfectionne toujours, de suivre, bien que graduellement et lentement, son chemin sans dévier, jusqu'à sa dernière transformation où, arrivé au but, l'Ego devient le TOUT divin. Ces intervalles et ces étapes, au lieu de l'entraver, aident l'Ego à atteindre le résultat final et, sans ces périodes limitées, l'Ego divin n'arriverait jamais au but ultime. Cet Ego est l'acteur et ses incarnations nombreuses et variées sont les rôles joués par ce dernier. Appelleriez-vous ces rôles ou leurs costumes l'individualité de l'acteur lui-même ? Pendant le cycle de nécessité, qui dure jusqu'au seuil même de paranirvâna, l'Ego, ainsi que l'acteur, est obligé de jouer bien des rôles qui lui déplaisent peut-être. De même que l'abeille recueille le miel de chaque fleur et laisse-le reste en pâture aux vers de terre, notre individualité spirituelle — que nous l'appelions Sutrâtma ou Ego — cueille de chaque personnalité terrestre, dans laquelle karma la force à s'incarner, le nectar seul des qualités spirituelles et de la soi-conscience ; elle les réunit en un tout et sort de sa chrysalide comme un Dhyan-Chohan glorifié. Tant pis pour les personnalités terrestres dont elle n'a rien pu recueillir, elles ne survivront certainement pas consciemment à leur existence terrestre. » H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, pp. 261-262

La vie considérée est un long pèlerinage

v48 10« En Orient, la vie de l'homme est envisagée comme un pèlerinage, non seulement du berceau à la tombe, mais aussi durant l'immense période qui couvre des millions et des millions d'années, depuis le commencement jusqu'à la fin d'un manvantara (1), ou période d'évolution : l'homme étant tenu pour un être spirituel, la continuité de son existence n'est jamais interrompue. Les nations et civilisations naissent et croissent, vieillissent et déclinent, pour finalement disparaître ; mais l'être survit, témoin des innombrables changements de milieu. À partir du grand Tout, jaillissant comme une étincelle du feu central (2), il récolte des expériences dans tous les âges et sous toutes les conditions de gouvernements, civilisations et coutumes, en poursuivant sans cesse son pèlerinage vers le sanctuaire d'où il est venu. Il est tantôt le maître, tantôt l'esclave ; aujourd'hui, au sommet de la richesse et de la puissance, demain, au bas de l'échelle, plongé peut-être dans une misère abjecte, mais toujours le même être. Pour symboliser cela, toute l'Inde est parsemée de sanctuaires sacrés auxquels on va en pèlerinage ; et c'est le vœu de chacun, dans ce pays soi-disant ignorant, de faire ce genre de voyage, au moins une fois avant de mourir, car nul n'a rempli parfaitement ses devoirs religieux dans la vie s'il n'a pas visité de tels lieux sacrés. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, p. 73.

(1) [Une période d’évolution, ou « période d’un Manu, une période de plus de 4 milliards d’années.]
(2) [Voir Mundaka Upanishad, 2, II : « De même que d'un brasier ardent jaillissent par milliers des étincelles qui gardent la nature du feu, de même (...) de l'Immuable (Akshara) viennent à l'existence toutes les multiples créatures, et c'est en lui aussi qu'elles retournent ».]

v48 11Les lieux de pèlerinage sont des centres de force spirituelle

« À cela, l'une des grandes raisons données par ceux qui en comprennent la signification intérieure c'est que ces lieux de pèlerinage sont des centres de force spirituelle d'où rayonnent des influences ennoblissantes que ne peut percevoir le voyageur mangeur de viande et buveur de vin. En fait, il y a bien des gens qui soutiennent que, dans la plupart de ces lieux fameux de pèlerinage, se trouve un Adepte du même ordre que celui auquel appartiendraient les Adeptes théosophes, et qui est toujours prêt à allouer, sur le plan spirituel, une part de vision intérieure et d'aide à l'homme au cœur pur qui peut s'y rendre. Naturellement, il ne se fait pas reconnaître des gens : ce n'est pas du tout nécessaire, et cela pourrait l'obliger à aller s'établir ailleurs. Des superstitions sont nées à partir de ce qui a été enseigné sur les pèlerinages, mais ce n'est pas parce que ces abus ont toutes les chances de se produire dans un âge comme le nôtre qu'on devrait supprimer ces lieux sacrés, car, si les centres spirituels étaient retirés de la carte, les hommes bons qui ne sont pas aveuglés par la superstition ne pourraient plus recevoir l'aide bienfaisante qu'ils peuvent y trouver maintenant. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, p. 73.

L’influence des Sages et le sens symbolique du pèlerinage

v48 12« Ce sont des Adeptes qui ont fondé ces lieux de pèlerinage afin de garder vivace l'idée de l'âme dans le mental des gens, idée que la Science et l'instruction modernes auraient tôt fait de remplacer par l'agnosticisme, si on les laissait s'imposer sans contrôle.
« Mais le disciple de l'Adepte sait que le lieu de pèlerinage symbolise sa propre nature, et qu'il lui montre comment partir à sa recherche d'une façon scientifique, et comment progresser, par quelles routes, et dans quelle direction (3). Il est censé concentrer dans le champ restreint de quelques existences toute l'expérience et la pratique que l'homme ordinaire mettra d'innombrables incarnations à acquérir. Ses premiers pas, tout comme ses derniers, se font en des lieux difficiles, et souvent dangereux ; à la vérité, « la route monte sans cesse, en lacets escarpés » (4) ; et en s'y engageant, il laisse derrière lui tout espoir de récompense — chose pourtant si commune dans toutes les entreprises. Rien n'est gagné par faveur, mais tout dépend de son mérite réel. Étant donné que le but à atteindre est la capacité de ne dépendre que de soi-même, avec sérénité et clarté de vision parfaites, le disciple est, dès le début, amené à se tenir seul debout ; et, c'est là, pour la plupart d'entre nous, une chose difficile, engendrant fréquemment une sorte de désespoir. Les hommes aiment la compagnie, et ne peuvent envisager sans inquiétude la possibilité d'être laissés absolument à eux-mêmes. Ainsi, au lieu de se trouver constamment dans l'ambiance d'une loge peuplée de frères apprentis - comme c'est le cas dans les sociétés secrètes ordinaires de ce monde - il est contraint de voir que, tout comme il est entré seul dans le monde, c'est seul qu'il doit apprendre à y vivre, en le quittant plus tard comme il est venu, en la seule compagnie de lui-même. Toutefois, cela n'engendre aucun égoïsme car, comme cet apprentissage passe par une méditation constante sur l'invisible, la connaissance lui vient que la solitude ressentie se limite uniquement au soi inférieur, personnel et terrestre. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, pp. 73/5.

(3) [Voir à ce sujet l'article de T. Subba Row intitulé « Places of Pilgrimage in India » (Lieux de pèlerinage en Inde), dans la revue The Theosophist (vol. VIl, p.l et seq).]
(4) [Emprunt au poème « Uphill » (ligne l) de Christina Rossetti, plus d'une fois cité dans la littérature théosophique en rapport avec la voie de la discipline occulte. Voir par exemple l'article, « Spiritual Progress » (Le Progrès Spirituel), publié par Blavatsky dans le Theosophist, mai 1885, pp.187-8, traduit et publié dans le Cahier Théosophique n°106.]

v48 17Le chemin mystique : la voie purificatrice

« Une autre instruction imposée à ce disciple c'est de s'abstenir de tirer gloire de quoi que ce soit, en aucune occasion ; d'où la règle à retenir : si un homme parle de ses pouvoirs, en tant qu'Adepte, ou se vante de son progrès sur les plans spirituels, nous pouvons toujours être sûrs qu'il n'est ni Adepte, ni disciple.
« Il y a eu ainsi, dans la Société Théosophique, des individus qui ont fait savoir au monde qu'ils étaient au rang d'Adeptes, en fait, ou en étaient fort près, et qu'ils possédaient de grands pouvoirs. En vertu de notre règle, on peut conclure que ces gens n'étaient que des vantards dont les stupides prétentions ne cachaient que leur vanité (5), avec une connaissance assez éprouvée de la faiblesse aussi bien que de la crédulité de la nature humaine (dont ces gens abusent pour leur profit ou leur plaisir). Mais il existe beaucoup de vrais disciples dans le monde, qui se cachent sous des dehors qui n'attirent pas l'attention. Ils étudient leur propre cœur et celui d'autres hommes (6). Ils n'ont pas de diplômes, mais il y a en eux une conscience de l'aide constante apportée par la vraie Loge, et une claire connaissance de ce qu'est cette Loge, qui se réunit dans un réel secret et ne se trouve jamais mentionnée dans aucun annuaire. Toute leur vie n'est qu'une recherche ininterrompue sur la trace de l'âme au vol rapide – elle qui, sous des apparences immobiles, peut aller plus vite que l'éclair ; et leur mort n'est qu'un nouveau pas en avant vers une connaissance plus vaste, qui sera gagnée dans des corps physiques meilleurs, au cours d'existences nouvelles. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, pp. 75/6.

(5) [Révélation fracassante qui devait malheureusement se répéter plus tard où certains théosophes déclarèrent avoir atteint le niveau d’Initiés (Arhats)]
(6) [Voir La Lumière sur le Sentier, l, règle 16, et II, règles 10-12.]

Les lois de la destinée des âmes

v48 18La loi de l’entraide
« De plus, c'est pour nous aider que cette loi travaille bien, et sans cesse. Il est dit en effet : « Ceux que vous aidez vous aideront dans d'autres vies ». II se peut que nous ayons connu, il y a des âges, des êtres qui, depuis longtemps, ont atteint de plus hauts sommets. Dès l'instant où, dans la longue suite de nos incarnations, nous nous rapprochons du point où ils poursuivent leur pèlerinage, ils nous accordent immédiatement leur assistance, que ce soit sur le plan matériel ou moral. Et que l'un ou l'autre sache qui assiste, ou qui est assisté, ne change rien à la chose. La loi inflexible guide le courant et amène les résultats. Ainsi, les membres de la famille humaine tout entière agissent réciproquement les uns sur les autres, obligés à le faire par une loi qui est aussi bonne que grande, et qui transforme le mépris que nous avons pu témoigner jadis en respect et vénération d'aujourd'hui, et en occasions présentes d'aider nos semblables. » – W.Q. Judge, Échos de l’Orient, p. 98.

Le chemin de la vie vers la Compassion – La vraie prière des pèlerins
« Dévoile, Ô Toi qui soutiens l'Univers, de qui tout procède, à qui tout doit retourner, cette face du Vrai Soleil que cache maintenant un vase de lumière d'or, afin que nous puissions voir la vérité, et remplir tout notre devoir pendant notre voyage vers ton centre sacré. » La Gayatri. [...] « Le but de cette prière, c'est de pouvoir arriver à faire tout notre devoir, après avoir acquis la vérité, tandis que nous progressons dans notre voyage vers ton Centre Sacré. Tel est notre pèlerinage, que nous devons accomplir non pas seul et égoïstement, mais avec l'humanité tout entière. Car le Centre Sacré n'est pas le ciel brahmanique d'Indra, ni le paradis chrétien égoïste, acquis sans mérite, tandis que les méritants souffrent les peines de l'enfer. C'est ce lieu où tous se réunissent, où tous ne font qu'un. C'est là, et alors, que les trois grands sons du premier mot de la prière se fondent en un seul, sans aucun son. Voilà la seule prière véritable, la seule aspiration rédemptrice. » – W.Q. Judge, extrait de l’article « Un commentaire sur la Gayatri » (Cahier Théosophique n°94)