Mercredi 16 Janvier 2019

Mis à jour le Mer. 16 Jan. 2019 à 18:38

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La Bhagavad-Gîtâ - Contexte historique et le Yoga Royal

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Antiquité et contexte historique

imagev39 3La Bhagavad-Gîtâ est un épisode du Mahâbhârata écrit dit-on par Vyâsa. Certains lui attribuent une antiquité de 5000 ans, correspondant à un cycle nouveau de Kali Yuga, l’âge de fer.
En Inde, cette épopée correspond à celle de l’Iliade des Grecs. Le thème est une certaine guerre entre deux branches de la même tribu descendant de Kuru, pour la souveraineté de Hastinâpura (près de Delhi). La branche ainée porte le nom des Kuru (Duryodhona et ses frères au total au nombre de cent) et la branche cadette le nom patronymique Pandu (5 princes).
La description de cette guerre entre les Kurus et les Pândava prend près de vingt mille slokas. (Extraits de J.Cockburn Thomson suite préface p VIII de la Bhagavad-Gîtâ).
A l’époque où se déroule l’action du Mahâbhârata, cette tribu vivait sur un territoire compris entre les rivières Jumna et Sursuti, et leur domain particulier était appelé Kurukshetra….

imagev39 6Les cinq princes étaient les fils d’épouses humaines, mystiquement engendrés par différentes divinités.
Yuddhishthira était le fils de Dharma, Bhîma était le fils de Vayu, Arjuna était le fils de Indra. Les jumeaux Nakula et Sahadeva étaient les fils des jumeaux Ashvin – les médecins des Dieux
Le roi Dhritarâshtra était aveugle mais bien qu’il fût rendu de la sorte incapable de gouverner, il conserva le trône laissant à son fils Duryodhana le soin de diriger réellement les affaires de l’État. Duryodhana finit par persuader son père de bannir ses cousins, les princes Pândava. Après de longs pèlerinages et des misères, ces princes rassemblèrent leurs amis autour d’eux, formèrent une grande armée avec l’aide de nombreux rois voisins, et se préparèrent à attaquer leur injuste oppresseur qui avait également rassemblé ses forces. D’où la remarque de Krishna à Arjuna que ce combat était légitime.

Point de vue théosophique

imagev39 4Dhritarâshtra symbolise le corps humain acquis par la monade immortelle (l’âme) afin qu’elle puisse accomplir son voyage évolutif…Ce roi est aveugle parce que le corps sans facultés intérieures n’est que matière inanimée donc « privé de la capacité de gouverner ».
La rencontre des armées a lieu dans la plaine des Kurus (Kurukshetra). Ce champ de bataille est la scène du poème de la Bhagavad-Gîtâ.
Les Kuru représentent les tendances à la matérialité et la partie inférieure de notre nature développé. Les Pandava les tendances spirituelles.
Arjuna se tient dans le même char que le Dieu Krishna qu’il a choisi comme conducteur. Ce dernier est mû de compassion pour les persécutions souffertes par Arjuna, était devenu son ami intime et accepta le rôle de conducteur de char dont le symbole est puissant. Les chevaux sont les désirs et passions, Krishna (le Logos, le mental supérieur) maîtrise ces chevaux et les dirigent selon sa volonté et Arjuna le mental incarné et l’âme humaine se tourne vers son ami pour agir en conformité des règles spirituelles.
Au moment où s’amorce le dialogue une volée de flèches de part et d’autre donne le signal du combat. Quand Arjuna s’en aperçoit, il prie Krishna de conduire le char dans l’espace séparant les deux armées afin d’observer les lignes ennemies. C’est alors qu’il est frappé d’horreur à l’idée de commettre un fratricide en abattant ses proches. S’ensuit une prise de conscience de la situation et de l’ampleur de la tâche à accomplir avec les conséquences morales et psychologiques : un découragement, une véritable nécessité dans la grande démarche du yoga, l’union spirituelle.

Les étapes de la Bhagavad-Gîtâ sont résumés dans l'annexe ci-jointe chapitre par chapitre (18 au total) : « La Bhagavad-Gîtâ ou chant céleste - Sélections choisies ».

Le déploiement du Yoga Royal

imagev39 10Chapitre 1 : Le découragement d’Arjuna : le yoga du découragement est une nécessité, déclenchée dans la quête spirituelle. En effet, la perte des repères habituels dans le monde et la société, accompagnée d’un sentiment d’isolement entrainent un sentiment de découragement, voire de désespoir. Cette prise de conscience a lieu au point d’équilibre entre les deux armées. Mais ce n’est qu’un passage comme nous le verrons jusqu’aux nouveaux repères sûrs et permanent que le disciple retrouve au fond de lui.

Chapitre 2 : Krishna expose les principes fondamentaux : qu’il faut rechercher l’égalité d’âme qui se place au-dessus des sentiments et émotions et des paires d’opposés bien-mal ; que nul effort n’est perdu ; que la consécration mentale consiste en la connaissance, le détachement et le juste accomplissement ou la perfection dans l’action. Le Sage décrit à la fin du chapitre est un homme qui a réalisé la sérénité, la volonté, la paix et le bonheur.

Chapitre 3 : Krishna valorise le juste accomplissement de l’action, comme une nécessité dans la vie. A l’image de la nature, notamment du soleil, Krishna préconise la loi de sacrifice, le devoir au sens du « dharma » non-égoïste.

Chapitre 4 : A mesure que l’homme s’engage dans l’action, la nécessité d’intégrer une connaissance spirituelle s’impose pour développer le discernement spirituel. La puissance de cette connaissance agit comme un feu purificateur, qui est l’Esprit Suprême. L’homme doit chercher cette sagesse au moyen de questions et d’humilité ; les sages aident le disciple sincère qui voit ainsi toutes choses en lui-même et ensuite en Krishna (le Logos).

imagev39 12Chapitre 5 : Cette pratique mène au renoncement des fruits de l’action, un désintéressement par rapport aux résultats. Il dédie ses œuvres à l’Esprit Suprême, en écartant tout intérêt égoïste dans le résultat et n’est plus atteint par le « péché ». « L’assimilation à l’Esprit Suprême est des deux côtes de la mort » : une transmutation spirituelle s’opère progressivement.

Chapitre 6 : La pratique du yoga comprend la méditation - l’union avec le Soi Suprême. Cet exercice purifie, éclaire, soutient l’homme et abolit toute souffrance. Il voit une seule essence en tout et l’unité de toutes choses grâce à l’Âme Suprême qui devient sont soutien. La loi intelligente de Karma (justice et harmonie) engrange les efforts dans l’exercice de méditation et ramène l’individu à retrouver le sentier spirituel dans une autre vie.

Chapitre 7 : L’éveil intérieur permet de comprendre le dynamisme du principe divin dans la nature et son sacrifice incessant, bien qu’invisible. Rien n’est inanimé. L’homme consacré l’honore avec dévotion.

Chapitre 8 : Le moment de la mort est crucial pour le yogi : s’il médite ainsi avec un mental inébranlable, sur l’Omniscient, le Souverain Suprême, en s’identifiant à la consécration, il atteint à ce « Divin Esprit Suprême ».

Chapitre 9 : Par la pratique de ce yoga, l’homme pénètre dans les coulisses mystérieuses de la nature, y découvre une science royale (raja yoga), clairement compréhensible, conforme à la loi sacrée et facile à mettre en pratique.

imagev39 13Chapitre 10 : Les perfections divines ou les grands archétypes font l’objet de ce chapitre. Celui qui veut les voir doit être de nature irréprochable, pur, courageux, non-violent, honnête, juste et charitable. Mais quand il aura vu les archétypes avec ses yeux spirituels, Krishna lui dit « qu’as-tu à faire, de tant de connaissance ? J’ai établi cet univers entier avec une seule fraction de moi-même et je reste inchangé ». En effet le pouvoir du Logos est incommensurable.

Chapitre 11 : La vision divine est induite grâce au pouvoir de Krishna qui montre qui montre ainsi à son disciple, Arjuna, la dynamique et la magnificence de l’Univers.

Chapitre 12 : Ces expériences rendent la relation Maître-disciple plus intime et sacrée. En Arjuna, s’éveille une reconnaissance du rôle de la Fraternité des Sages : ils consacrent leur vie au service spirituel du genre humain, lui rappellent ces vérités afin que celui-ci découvre le divin intérieur et accompagnent le disciple, qui s’engage, dans l’exercice pratique de l’émancipation de l’âme. Le pacte est scellé avec le disciple qui cherche cette ambroisie sacrée, la religion de l’immortalité.

Chapitre 13 : S’ensuit la distinction entre le champ d’action – l’impermanent- et l’acteur - le permanent, l’âme, et le grand Seigneur le spectateur, le conseiller, le soutien, le bénéficiaire et l’âme suprême le Logos. Cette vision perçue par l’homme de méditation s’applique à l’humanité et l’Univers, le Cosmos. Alors toute action s’impose au disciple dans le sens de l’Unité, du bien-être : « de même qu’un seul soleil illumine le monde entier, ainsi l’Esprit Unique illumine chaque corps. » Verset 33

imagev39 18Chapitre 14 : L’incarnation dans un corps produit 3 tendances : la qualité sattva correspond à l’attachement au bonheur, au plaisir et à la lumière ; la qualité de rajas à l’activité incessante et agitée ; enfin tamas à l’inattention, l’indolence qui obscurcit la faculté de jugement. L’homme sage perçoit ces qualités comme des agents et comprend ce qui est supérieur. Il est libéré de la renaissance, de la mort et « s’abreuve de la fontaine de l’immortalité ». Il prend du recul par rapport au monde et ses valeurs matérielles, n’entreprend que les actions nécessaires, avec une dévotion pour l’immuable et l’Incorruptible.

Chapitre 15 : Ce chapitre est consacré à l’arbre sacré éternel Ashvatta : les racines au ciel, les branches vers le bas, et les feuilles qui nous attachent ici-bas. Krishna invite l’homme à abattre cet arbre avec la hache puissante du non-attachement et à se mettre en quête du lieu de l’éveil spirituel, l’Esprit Suprême. Cette démarche peut se faire où qu’il soit et quelle que soit sa condition.

Chapitre 16 : Ce regard objectif de l’humanité décrit les deux pôles : les hommes qui laissent briller la nature divine, l’autre catégorie aux préoccupations démoniaques. Les sages sont lucides et consacrent inlassablement leurs efforts à soutenir l’humanité grâce à la loi dynamique de Karma, qui permet à chaque homme de changer sa nature démoniaque et à progresser spirituellement.

imagev39 14Chapitre 17 : Dans la suite de ce qui précède, Krishna souligne l’importance de la foi dans la transformation intérieure de l’homme. Selon sa vision, l’homme l’utilise dans la poursuite de son objectif. Dans son essence, la foi est une énergie de l’âme, dont la noblesse doit être restituée dans tous nos actes de la vie (sous les termes sacrifices, aumônes, austérités). L’attitude intérieure qualifie cette foi : aussi le sage aspire à l’immortalité, dans le désintéressement, agit avec générosité et altruisme quand c’est nécessaire.

Chapitre 18 : Dans la récapitulation, Krishna confie la doctrine de l’immortalité, le pouvoir magique dans le cœur (spirituel) de chaque être que chacun peut découvrir en pratiquant le yoga royal. Que chacun prenne refuge dans ce tabernacle pour être délivré de l’illusion et réaliser sa divinité. Et le narrateur, Sanjaya, conclut « tous ceux qui étudient ces paroles de sagesse trouveront avec certitude, la fortune, la victoire, l’opulence et l’action sage. » (Verset 78).

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