Samedi 22 Septembre 2018

Mis à jour le Sam. 22 Sep. 2018 à 09:37

Le nombre sept

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Dans la lointaine antiquité, on attachait un sens profond aux nombres. Pas un seul peuple doté d'une philosophie quelconque, qui n'ait accordé une grande prédominance aux nombres dans leur application aux observances religieuses, à l'établissement de jours fériés, de symboles, de dogmes et même de répartition géographique des empires. Le système numérique mystérieux de Pythagore n'avait rien de nouveau quand il apparut bien avant, le sixième siècle pré-chrétien. Le sens occulte des chiffres et de leurs combinaisons faisait partie des méditations des sages de tous les peuples ; et le jour n'est pas éloigné où, poussé par l'éternelle rotation cyclique des événements, l'Occident actuellement sceptique et incrédule admettra que dans la périodicité des événements qui se répètent sans cesse, il y a plus qu’une simple chance aveugle. Déjà nos savants d'Occident commencent à s'en apercevoir. Depuis peu ils ont dressé l'oreille et ont commencé à spéculer sur les cycles, sur les nombres et tout ce que, il y a quelques années à peine, ils avaient relégué dans l'oubli des vieux recoins du souvenir pour ne plus jamais les rouvrir, sinon dans le but de ricaner des superstitions ineptes et idiotes de nos ancêtres anti scientifiques.
L'ancienne et prosaïque revue allemande Die Gegenwart, présente un article sérieux et érudit sur la « signification du nombre sept », article qu'il offre à ses lecteurs comme une de ces nouveautés, et comme une « Étude de culture et d'histoire ». Après en avoir cité quelques extraits, nous y ajouterons peut-être quelque chose. Voici ce que dit l'auteur :

« Le nombre sept était considéré comme sacré, non seulement par toutes les nations cultivées de l'antiquité et de l'Orient, mais il était aussi tenu en grand respect par les nations plus jeunes de l'Occident. L'origine astronomique de ce nombre est établie sans aucun doute possible. L'homme se sentant depuis les temps immémoriaux dépendant des pouvoirs célestes, a toujours et partout assujetti la terre au ciel. Les plus grands et les plus étincelants des astres devinrent ainsi, à ses yeux, les pouvoirs les plus importants et les plus hauts ; telles furent les planètes que toute l'antiquité reconnut comme étant au nombre de sept. Avec le temps, celles-ci se transformèrent en sept divinités. Les Égyptiens avaient sept dieux primordiaux et supérieurs ; les Phéniciens sept Cabires ; les Perses sept chevaux sacrés de Mithra ; les Parsis sept anges opposés aux sept démons, et sept demeures célestes en face de sept régions inférieures. Pour représenter plus clairement cette idée sous sa forme concrète, les sept dieux étaient souvent figurés sous forme d'une déité aux sept têtes. Le ciel tout entier était assujetti aux sept planètes : c'est pourquoi dans presque tous les systèmes religieux nous trouvons sept cieux. »

La croyance aux Sapta loka de la religion brahmanique est restée fidèle à la philosophie archaïque ; et, qui sait, si l'idée elle-même n'est pas originaire de l'Aryavarta, ce berceau de toutes les philosophies et la mère de toutes les religions ultérieures ! Si le dogme égyptien de la métempsychose ou de la transmigration de l'âme enseignait qu'il y avait sept états de purification et de perfection progressive, il est également vrai que les Bouddhistes ont pris des Aryens de l'Inde, non de l'Égypte, leur idée de sept états de développement progressif de l'âme désincarnée, symbolisés par les sept étages et ombrelles diminuant graduellement de grandeur, à mesure que l'on approchait du sommet de leurs pagodes.
Dans le culte mystérieux de Mithra, il y avait « sept portes », sept autels, sept mystères. Les prêtres de nombreuses nations orientales étaient subdivisés en sept degrés ; sept marches conduisaient aux autels, et dans les temples les bougies brûlaient dans des chandeliers à sept branches. Plusieurs Loges Maçonniques ont, de nos jours encore, sept et quatorze marches.
Les sept sphères planétaires servirent de modèle pour les divisions et l'organisation des états. La Chine était divisée en sept provinces. La Perse ancienne en sept satrapies : Selon la légende arabique, sept anges rafraîchissent le soleil avec de la glace et de la neige, de crainte qu'il ne réduise la terre en cendres ; et sept mille anges remontent et mettent le soleil en marche chaque matin. Les deux plus anciens fleuves de l'Orient − le Gange et le Nil − avaient chacun sept bouches. L'Orient avait dans l'Antiquité sept fleuves principaux (le Nil, le Tigre, l'Euphrate, l'Oxus, le Yaksart, l'Arax et l'Indus) ; sept trésors fameux ; sept cités pleines d'or ; sept merveilles du monde, etc. Le nombre sept jouait également un rôle prédominant dans l'architecture des temples et des palais. La fameuse pagode de Churingham est entourée de sept murs carrés, peints de sept couleurs différentes, et au milieu de chaque mur se trouve une pyramide à sept étages ; comme dans les temps antédiluviens, le temple de Borsippa, actuellement le Birs-Nimrud, avait sept étages, symbolisant les sept cercles concentriques des sept sphères, chacun étant construit de tuiles et de métaux qui correspondaient à la couleur de la planète régissant la sphère que cet étage représentait. »
Ce sont là tous des « Pestes de paganisme », nous dit-on − des traces « de superstitions d'antan qui ont disparu comme les hiboux et les chauves-souris d'un sombre souterrain, pour ne plus jamais reparaître devant la lumière glorieuse du Christianisme » − mais cette affirmation peut être aisément réfutée. Si l'auteur de l'article en question a rassemblé des centaines d'exemple pour prouver que non seulement les anciens Chrétiens, mais même ceux d'aujourd'hui ont conservé le nombre sept avec autant de respect sacré qu'autrefois, on pourrait en réalité en trouver des milliers. Pour commencer, citons les calculs astronomiques et religieux d'autrefois parmi les païens romains qui divisaient la semaine en sept jours, et considéraient le septième comme le plus sacré, le jour Sol ou le jour Solaire de Jupiter, calculs devant lesquels toutes les nations chrétiennes − surtout les Protestantes − font encore Puja [Terme hindouiste pour désigner un ensemble de rites (N. d. T.)] de nos jours. Si, par hasard, on nous objecte que nous ne les tenons pas des païens, mais des Juifs monothéistes, alors pourquoi n'est-ce pas le Samedi ou le « Sabbath » réel qu'on garde au lieu du Dimanche ou jour de Sol ?
Si, dans le « Ramayana » on mentionne sept cours aux résidences des rois indiens ; si sept portes conduisaient généralement aux temples fameux des villes d'autrefois, pourquoi les Frisons au dixième siècle de l'ère chrétienne, ont-ils strictement adhéré au nombre sept pour la division de leurs provinces et ont-ils insisté pour payer sept « pfennigs » de contribution ? Le Saint Empire Romain et Chrétien avait sept Kurfursts ou Electeurs. Les Hongrois émigrèrent sous la conduite de sept ducs, et fondèrent sept villes appelées maintenant Semigradya (Transylvanie). Si la Rome païenne fut construite sur sept collines, Constantinople portait sept noms, − Byzance, Antonia, Nouvelle Rome, la Ville de Constantin, le Distributeur des Parties du Monde, le Trésor de l'Islam, Stamboul − ainsi que la ville sur les sept Collines et la cité au sept Tours en surplus. Sous les Musulmans « elle fut assiégée sept fois et prise après sept semaines par le septième des sultans Osman. » Selon les idées des peuples orientaux, les sept sphères planétaires sont représentées par les sept cercles que portent les femmes à sept parties différentes du corps − la tête, le cou, les mains, les pieds, les oreilles, le nez et la taille − et ces sept anneaux ou cercles sont offerts de nos jours encore par les fiancés orientaux à leur future épouse ; d'après les chants persans, la beauté de la femme réside dans sept charmes.
Les sept planètes restent toujours à égale distance l'une de l'autre, et tournent dans la même orbite, de là l'idée de l'éternelle harmonie de l'univers que suggère ce mouvement. En ce sens, le nombre sept était spécialement sacré pour les Orientaux, et il conserva toujours son importance aux yeux des astrologues. Les Pythagoriciens considéraient le chiffre sept comme l'image et le modèle de l'ordre divin et de l'harmonie divine dans la nature. Ce nombre renfermait deux fois le nombre sacré trois ou la « triade », à laquelle s'ajoutait l'un ou la monade divine :
3 + 1 + 3. Comme l'harmonie de la nature résonne sur le clavier de l'espace, entre les sept planètes, l'harmonie des sons audibles vibre sur un plan réduit, dans la gamme musicale des sept notes se répétant toujours. C'est pourquoi il y avait sept trous à la flûte du dieu Pan (la Nature), et leur proportion graduellement décroissante représentait la distance entre les planètes elles-mêmes et entre celles-ci et la terre ; de là aussi la lyre aux sept cordes d'Apollon. Consistant en une réunion entre le nombre trois (le symbole de la triade divine chez tous les peuples, Chrétiens aussi bien que païens) et le nombre quatre (le symbole des forces cosmiques ou éléments) le nombre sept indique symboliquement l’union de la Déité avec l'univers ; cette idée pythagoricienne fut appliquée − (surtout au Moyen Âge) − par les Chrétiens qui firent un large usage du nombre sept dans le symbolisme de leur architecture sacrée. Ainsi, par exemple, la fameuse Cathédrale de Cologne, et l'Église Dominicaine de Regenburg reproduisent ce nombre dans les plus petits détails architecturaux.
Ce nombre mystique n'a pas une moindre importance dans le monde de l'intellect et de la philosophie. La Grèce avait sept sages, le Moyen Âge chrétien possédait sept arts libres (la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la géométrie, la musique, l'astronomie). Le Sheikh-ul-Islam mahométan convie à toute réunion importante sept « ulems ». Au Moyen-âge, tout serment devait se faire devant sept témoins, et celui qui le faisait était aspergé sept fois de sang. Les processions faisaient sept fois le tour des temples et les fidèles devaient s'agenouiller sept fois avant de faire un vœu. Les pèlerins mahométans tournent sept fois autour de la Kaaba à leur arrivée. Les vases sacrés étaient faits d'or et d'argent purifié sept fois. Les en-droits où se tenaient les anciens tribunaux allemands étaient marqués par sept arbres sous lesquels siégeaient sept « Schoffers » ou juges qui s'adjoignaient sept témoins. On menaçait le criminel d'une punition septuple, et l'on exigeait de lui une purification septuple comme on promettait une récompense septuple à l'homme vertueux. Chacun sait la grande importance qu'on accorde en Occident au septième fils d'un septième fils. Tous les personnages mythiques sont généralement dotés de sept fils. En Allemagne, le roi, et actuellement, l'empereur, ne peut refuser d'être le parrain d'un septième fils même si celui-ci est un mendiant. En Orient, lorsqu'on renonce à une querelle ou signe un traité de paix, les rois échangent sept ou quarante-neuf (7 X 7) présents.
Il faudrait des volumes pour essayer de citer tout ce qu'implique ce nombre mystique. Nous terminerons en signalant quelques exemples encore, pris dans le domaine démoniaque. Selon des autorités en la matière − le clergé chrétien d’autrefois − un contrat avec le diable devait contenir sept paragraphes, il était conclu pour sept années, et signé sept fois par celui qui l'acceptait ; tous les breuvages magiques préparés avec l'aide de l'ennemi de l'homme étaient composés de sept plantes ; et le billet de loterie gagnant est celui qui est tiré par un enfant de sept ans. Les guerres légendaires durèrent sept ans, sept mois et sept jours, et les héros combattant étaient au nombre de sept, septante (soixante-dix), sept cents, sept mille et septante mille. Les princesses de contes de fées restaient sept ans sous un charme, et les bottes du fameux chat − le Marquis de Carabas − étaient de sept lieues. Les anciens divisaient le corps humain en sept parties : la tête, la poitrine, l'estomac, les deux mains et les deux pieds ; et la vie de l'homme se subdivisait en sept périodes : Un enfant commence à faire ses dents à sept mois ; il commence à s'asseoir après quatorze mois (2 X 7) ; il commence à marcher après vingt et un mois (3 X 7) ; il commence à parler après vingt-huit mois (4 X 7) ; il est sevré après trente-cinq mois (5 X 7) ; à quatorze ans (2 X 7) il commence à se former définitivement ; à vingt et un ans (3 X 7) l'être humain cesse de grandir. La taille moyenne de l'homme, avant que l'humanité n'eût dégénéré, était de sept pieds ; de là les anciennes lois occidentales ordonnant que les murs de jardin aient sept pieds de haut. L'éducation des garçons commençait à l'âge de sept ans chez les Spartes et les anciens Persans. Et dans les religions chrétiennes − Catholique Romaine et Grecque − l'enfant n'est tenu pour responsable d'un crime qu'à sept ans, l'âge requis pour aller à confesse.
Si les Hindous veulent penser à leur Manou et se rappeler ce que contiennent leurs anciens Shastras, ils trouveront sans aucun doute l'origine de tout ce symbolisme. Nulle part le nombre sept n'a joué un rôle aussi important que chez les anciens Aryas de l'Inde. Nous n'avons qu'à songer aux sept sages − les Sapta Rishis ; les Sapta Loka − les sept mondes ; les Sapta Pura − les sept villes saintes ; les Sapta Dvipa − les sept îles saintes ; les Sapta Samudra − les sept mers saîntes ; les Sapta Parvatta − les sept montagnes saintes ; les Sapta Arania − les sept déserts ; les Sapta Vriksha − les sept arbres sacrés ; etc., et ils verront ainsi la probabilité de cette hypothèse. Les Aryas n'empruntèrent jamais quoi que ce soit ; pas plus que les Brahmanes qui étaient trop fiers et trop exclusifs pour cela. D'où viennent alors le mystère et le caractère sacré du nombre sept ?

Publié par H. P. Blavatsly.
Cet article fut publié pour la première fois par H.P.Blavatsky dans la Revue The Theosophist de juin 1880. Traduction en français parue dans la Revue Théosophie, volume VII, n°1, septembre 1931.