Mercredi 20 Mars 2019

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Articles de H.P. Blavatsky

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H. P. Blavatsky (1831 - 1891) fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle.

Née en Ukraine, le 12 août 1831, d'une famille de la grande noblesse russe, elle avait rompu avec une destinée toute tracée pour entreprendre, dès l'âge de 18 ans, une série d'interminables voyages autour de la terre, qui enrichirent de façon unique cet esprit ardent que n'avait instruit aucune université moderne : plus de 20 années de quête, et d'expérience du monde, jusque dans les lieux retirés où vivent sorciers et chamans, mais aussi de rencontres avec d'authentiques maîtres spirituels, allaient décider du reste de sa vie. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions. Finalement, à leur instigation, elle entra dans l'arène publique et consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement de renouveau, dans le domaine philosophique et religieux, pour se répandre à l'échelle internationale et marquer son époque.

Malgré attaques et diffamations, dans un siècle conservateur, hostile à bien des idées dont certaines allaient plus tard devenir monnaie courante, le bilan de son action se révèle très positif à l'analyse, surtout dans le domaine du rapprochement Orient-Occident, et de la conduite de la vie spirituelle. Elle a influencé des personnages de premier plan d'horizons très divers.

Femme hors du commun, jouissant à son époque d'une notoriété internationale comme auteur d'ouvrages d'avant-garde, dans le domaine de la pensée, et comme leader spirituel d'un large mouvement à vocation humaniste, Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles de revues, plusieurs ouvrages majeurs :

Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge) .

De nombreux articles de Blavatsky sont accéssibles en ligne.

Elle décède en Angleterre, à Londres le 8 mai 1891.

Apollonius de Tyane et Simon le Magicien

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Dans l’Histoire de la Religion Chrétienne jusqu’en l’an 200 par Charles B. Waite, qu'A.M. présente et analyse dans la revue le Banner of Light (de Boston), nous trouvons des fragments de l’ouvrage se rapportant au grand thaumaturge du deuxième siècle de l’ère chrétienne, Apollonius de Tyane, qui ne connut pas d’égal dans l’Empire Romain.

« L’époque traitée dans ce volume se divise en 6 périodes, et dans la seconde, de l’an 80 à l’an 120, se trouve inclus l’« Âge des Miracles » dont l’histoire présentera un grand intérêt pour les Spirites, s'ils comparent les manifestations d’intelligences invisibles se produisant de nos jours, avec des événements similaires qui eurent lieu dans les temps faisant suite immédiate à l’avènement du Christianisme. Apollonius de Tyane fut la figure la plus remarquable de cette époque et fut témoin du règne d’une douzaine d’empereurs romains. Avant sa naissance, Protée, un dieu égyptien, apparut à sa mère et lui annonça qu’il devait s’incarner dans l’enfant qu’elle attendait. Obéissant aux ordres qui lui avaient été données en rêve, elle se dirigea vers une prairie pour cueillir des fleurs. Tandis qu’elle s’y trouvait, une bande de cygnes formèrent un chœur autour d’elle et chantèrent à l’unisson. Pendant ce temps, et alors que l’air frémissait d’un doux zéphyr, Apollonius naquit. »

C’est là une légende qui, autrefois, faisait de toute figure remarquable un « fils de Dieu » né miraculeusement d’une vierge, mais ce qui suit est de l’histoire. « Dans sa jeunesse, il était une merveille de puissance mentale et de beauté physique ; il trouvait sa plus grande joie à converser avec les disciples de Platon, Chrysippe et Aristote. Il ne mangeait rien qui eut vie ; se nourrissait de fruits et de produits de la terre ; il était un admirateur et un disciple enthousiaste de Pythagore, et comme tel, il garda le silence pendant cinq années. Partout où il allait, il réformait le culte religieux et accomplissait des actes merveilleux. Aux fêtes, il étonnait les convives en faisant apparaître à volonté du pain, des fruits, des légumes et diverses friandises. Les statues s’animaient, des figures de bronze quittaient leur piédestal, se substituaient aux serviteurs et accomplissaient leur besogne. Par l’exercice du même pouvoir, il se produisait des dématérialisations ; des vases d’or et d’argent disparaissaient avec leur contenu ; et même les domestiques devenaient invisibles en un instant.

« Á Rome, Apollonius fut accusé de trahison. Le jour de sa comparution, l’accusateur déroula le parchemin contenant l’accusation, et fut étonné de ne plus trouver qu’une page blanche.
« Croisant un cortège funèbre, il dit aux assistants : « Déposez la bière, et je sècherai les pleurs que vous versez sur cette jeune fille. » Il toucha le corps, prononça quelques mots, et la morte revint à la vie. Pendant qu’il était à Smyrne, la peste éclata à Ephèse, et il y fut appelé. « Le voyage ne doit pas être retardé », dit-t-il, et il n’eut pas plutôt prononcé ces mots, qu’il se trouva à Ephèse.
« Presque centenaire, on l’amena devant l’Empereur à Rome, l’accusant d’être un enchanteur. On l’emprisonna. Dans sa geôle, on lui demanda quand il recouvrerait la liberté. « Demain, si elle dépend du juge ; en cet instant, si elle dépend de moi-même » Et ce disant, il dégagea une de ses jambes des fers et ajouta : « Voyez la liberté dont je jouis. » Il la replaça alors dans les chaînes.
« Au tribunal, on lui demanda : « Pourquoi les hommes vous appellent-ils un dieu ?
« Parce que », dit-il, « chaque homme qui est bon a droit à cette appellation. »
« Comment avez-vous pu prévoir la peste à Ephèse ? »
« Il répondit : « En vivant d’une nourriture plus légère que les autres hommes. »
« Les réponses qu’il donna à ces questions et à d’autres formulées par ses accusateurs, montraient tant de force que l’Empereur en fut fort impressionné, et le déclara acquitté de tout crime. Mais il dit qu’il le retiendrait afin d’avoir avec lui une conversation privée. Il répondit : « Vous pouvez garder mon corps, mais non mon âme ; et j’ajouterai : pas même mon corps. » Ayant prononcé ces paroles, il disparut du tribunal et le même jour, il se présentait devant ses amis à Puteoli, à trois jours de voyage de Rome.
« Les récits d’Apollonius prouvent qu’il fut un homme d’une grande érudition, doué d’une connaissance parfaite de la nature humaine, imbu de nobles sentiments et des principes d’une philosophie profonde. Dans une épître à Valère, il dit :
« Il n’y a pas de mort sinon en apparence, de même qu’il n’y a pas de naissance sinon en apparence. Ce qui passe de l’essence dans la nature [visible] semble naître, et ce qui passe de la nature [visible] dans l’essence semble, de la même façon mourir, bien que rien en réalité ne se crée et que rien ne périsse jamais, mais que tout devienne visible à nos yeux pour disparaître après. Tout apparaît en raison de la densité de la matière, et disparaît par suite de la ténuité de l’essence, mais c’est toujours la même chose, ne différant que par le mouvement et l’état. »
« Le plus grand hommage rendu à Apollonius le fut par l’Empereur Titus. Le Philosophe lui ayant écrit immédiatement après son avènement, pour lui conseiller la modération dans son gouvernement, Titus répondit : -
« En mon nom propre et au nom de mon pays, je vous remercie et me souviendrai de ces choses. J’ai, en vérité, pris Jérusalem, mais vous m’avez conquis. »
« Les choses merveilleuses qu’accomplit Apollonius, et qu’on considérait comme miraculeuses, mais dont le Spiritisme moderne montre clairement la source et la cause qui les produit, étaient un objet de ferme croyance au deuxième siècle, et même des centaines d’années plus tard, de la part des Chrétiens, aussi bien que des autres. Simon le Magicien fut un autre faiseur de miracles célèbres du deuxième siècle et nul ne niait ses pouvoirs. Les Chrétiens mêmes étaient forcés d’admettre qu’il accomplissait des miracles. On y fait allusion dans les Actes des Apôtres, VIII : 9-10. Sa renommée était mondiale, il avait des fidèles dans toutes les nations, et à Rome, on éleva une statue en son honneur. Il eut de fréquentes discussions avec Pierre, ce que, de nos jours, nous appellerions des « concours de miracles » afin de décider lequel des deux avait le plus grand pouvoir. Il est dit dans Les Actes de Pierre et Paul  que Simon avait donné le mouvement à un serpent d’airain, qu’il avait fait rire des statues de pierre, - et qu’il s’était lui-même élevé dans les airs, et on ajoute : « Comme défi à ceci, Pierre guérit les malades d’un mot, rendit la vue aux aveugles, etc… » Simon ayant été amené devant Néron, changea de forme : il devint soudain un enfant puis un vieillard ; à un autre moment, il se métamorphosa en jeune homme « Et Néron, en voyant cela, supposa qu’il était le Fils de Dieu. »

Dans Reconnaissance un ouvrage de l’école Pétrine du début de notre ère, on trouve un compte rendu d’une discussion publique entre Pierre et Simon le Magicien, qui est reproduit dans ce volume.
On n’y donne aussi des récits se rapportant à beaucoup d’autres faiseurs de miracles prouvant d’une manière tout à fait concluante que le pouvoir qu’ils employaient n’était pas le don exclusif d’une seule personne, ni d’un groupe limité, comme l’enseigne le monde chrétien, mais que les dons médiumniques étaient alors comme aujourd’hui, possédés par beaucoup d’humains. Les citations prises dans les écrits des deux premiers siècles de l’ère chrétienne et qui relatent les faits de cette époque, mettront à une rude épreuve la crédulité des plus crédules, même dans notre siècle de merveilles. Beaucoup de ces récits peuvent être grandement exagérés, mais il n’est pas raisonnable de supposer que tous sont de pures inventions n’ayant même pas pour base une moitié de vrai dans ce qu’ils racontent ; et pareille supposition est encore moins permise depuis les révélations que l’avènement du Spiritisme moderne a apportées aux hommes. On pourra se rendre compte de la façon complète dont est traité chaque sujet dans ce volume, lorsqu’on saura que l’index comporte deux cent treize références à des passages se rapportant à « Jésus-Christ » ; ce qui nous permet aussi de déduire logiquement que ces textes doivent être d’une grande valeur pour ceux qui cherchent à se documenter afin d’être en mesure de décider si Jésus fut « Homme, Mythe ou Dieu ». On n’y montre pleinement « L’Origine et l’Histoire des Doctrines Chrétiennes » ainsi que « L’Origine et l’Etablissement de l’Autorité de l’Eglise de Rome sur d’autres Eglises » et l’on y donne beaucoup d’éclaircissement sur de nombreuse questions obscures et contestées. En un mot, il nous est impossible, sans dépasser de beaucoup les limites prescrites à cet article, de rendre pleine justice à ce livre très instructif ; mais nous pensons en avoir dit assez pour convaincre nos lecteurs qu’il est d’un intérêt dépassant la moyenne, et qu’il constitue une acquisition précieuse pour la littérature de cet âge de progrès .(1)
Certains écrivains ont essayé de représenter Apollonius comme une figure légendaire, tandis que les Chrétiens pieux persisteront à l’appeler un imposteur. Si l’existence de Jésus de Nazareth était aussi bien certifiée par l’histoire, et s’il avait été moitié aussi connu qu’Apollonius des écrivains classiques, aucun sceptique ne pourrait douter aujourd’hui de l’existence d’un homme tel que le Fils de Marie et de Joseph. Apollonius de Tyane fut l’ami et le correspondant d’une Impératrice romaine et de plusieurs Empereurs, tandis qu’il n’est resté rien de plus de Jésus sur les pages de l’histoire, que si sa vie avait été écrite sur les sables du désert. Sa lettre à Agbarus, prince d’Edesse, dont l’authenticité n’est attestée que par Eusèbe seul – ce Baron Münchhausen de la hiérarchie des Pères – est appelé dans les Evidences du Christianisme, « une tentative de faux » par Paley lui-même, dont la foi robuste accepte les histoires les plus invraisemblables. Apollonius est donc un personnage historique, tandis que beaucoup des Pères Apostoliques eux-mêmes, placés devant l’œil scrutateur de la critique historique, commencent à vaciller, et certains s’évanouissent et disparaissent comme le « feu follet » ou l’ignis fatuus.

H.P. Blavatsky
Cet article fut publié pour la première fois en anglais par H.P. Blavatsky dans la revue The Theosophist de juin 1881. Première traduction française dans la revue Théosophie,de janvier 1932.

(1) Publié à Chicago: 2d. éd. vol. 1, p. 455, par C.V. Waite & Co., Thomas J. Whitehead & Co., agents for New England, 5 Court Square, Room 5, Boston.

Conscience

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La conscience est le siège de la vie réelle de l’individu humain. La simple activité de ses fonctions corporelles n’est pas sa vie. Ces fonctions sont les voies et moyens par lesquels son être réel communique avec le monde phénoménal et avec d’autres unités de conscience semblables à la sienne. Par elles, sa vie est grandement affectée ; par leur influence, ses pensées sont nourries, ses sentiments sont modifiés, ses actes inspirés. Mais considérons les modes d’activité de la conscience, et les formes spéciales selon lesquelles elle se manifeste. En observant les modes d’être des humains et les buts de la vie, on remarque trois classes de conscience. En d’autres termes, il y a trois modes d’existence que la conscience de l’individu peut revêtir, ou selon lesquels elle peut se manifester, et le fait d’adopter un de ces modes particuliers, sciemment et délibérément, ou l’inverse, détermine le caractère et la valeur intrinsèque de la conscience.
Le mode de conscience élémentaire ou le plus simple, nous le désignons sous le nom de linéaire. A cet état de conscience, les sentiments, les pensées et les énergies de l’individu sont centrés non seulement sur un plan, mais ils sont limités à une seule direction de ce plan. La conscience qui appartient à ce plan est limitée à la faculté de se mouvoir d’arrière en avant selon une ligne droite. Elle est asservie à cette voie spéciale comme l’est un train à sa voie ferrée. Cette forme de conscience est très courante. C’est le sort de ceux qui n’ont qu’un seul but dans la vie, but d’ordre personnel. Quel que puisse être le but principal de la vie, qu’il s’agisse d’un commerçant qui vise simplement à gagner de l’argent, ou d’un professionnel dans sa sphère spéciale, ou d’hommes et de femmes de la société constamment tiraillés de droite à gauche par le tourbillon des plaisirs et de l’agitation –cela importe peu ; la conscience qui est l’essence de l’individu, s’exerce et ne possède de pouvoir que dans la sphère limitée qu’on vient de décrire. Il suffit de regarder autour de soi pour observer de nombreux exemples de cette classe. Un très grand nombre d’hommes et de femmes de l’époque actuelle appartiennent à ce groupe.
La seconde classe de conscience permet une liberté plus large d’activité.
Les dimensions du royaume qu’elle régit comportent deux directions ; car, en surplus du mouvement en arrière et en avant, cette conscience peut parcourir des régions qui s’étendent à droite et à gauche.
Cette forme de conscience, nous l’appellerons superficielle ; elle est douée de longueur et de largeur, mais n’a pas de profondeur.
Elle est possédée par ceux qui, tout en se consacrant à une occupation spéciale qui absorbe leurs principales énergies, s’adonnent également à des activités supplémentaires dans d’autres sphères qui ont pour eux un intérêt spécial. Cette conscience est celle qui prédomine largement parmi les hommes et les femmes qui, suivant leur vocation jour après jour pour subvenir aux besoins de l’existence, ont assez d’énergie mentale ou émotionnelle pour les amener à s’occuper de choses qui exercent la pensée ou poursuivent un dessein. Les gens doués de cette forme de conscience sont actifs et semblent viser à un but, quoique celui-ci puisse être dépourvu de noblesse ou de valeur intrinsèque. Naturellement, cette conscience jouit beaucoup plus de la vie que celle qui appartient à la classe dite linéaire. Les gens d’affaires qui ne sont pas complètement absorbés par le désir de gagner de l’argent, les ecclésiastiques et les prêtres doués d’une sympathie tolérante, les professeurs non limités à une tendance particulière de pensée, et les personnes dont la vie est en général utile et active, appartiennent à cette seconde classe de conscience superficielle.
La conscience dont il nous reste à parler est d’une étendue infiniment plus vaste que celle des deux classes déjà décrites.
Ses dimensions s’étendent dans trois directions. Elle existe non seulement dans toutes les directions superficielles, mais elle pénètre de plus sous la surface par sa qualité de profondeur. Il est vrai que la surface peut varier en étendue. Elle peut paraître, à l’œil de l’observateur, limitée, ou peut sembler s’étendre au loin, mais la profondeur de sa nature ne peut être connue que de quelques-uns, et encore d’une façon partielle seulement. L’épaisseur sous la surface doit-être perçue et évaluée par les facultés d’une conscience de nature identique. Dans la profondeur d’un objet réside sa capacité de substance, et la conscience est d’une nature si réelle que partout où elle existe en tant que profondeur, elle manifeste la substance réelle. Les objets qui appartiennent aux formes linéaires et superficielles de conscience, sont de caractère temporaire et fugace, mais ceux qui sont l’apanage de la forme solide sont à l’abri de tout changement possible.
Dans cette région profonde existe des voies inextricables, infinies par la variété et le nombre, qui s’enfoncent jusqu’aux limites où elle s’étend.
En les explorant, la conscience trouve des occupations innombrables. Cette classe de conscience donne au monde les hommes qui lui fournissent des connaissances, et dont la nature profonde est l’abîme d’où jaillissent les fontaines, les ruisseaux qui irriguent la vie, qui font tourner ses roues et la rendent fertiles.
Ces hommes sont les plus riches des êtres terrestres ; leur fortune est inépuisable et impérissable. Cette profondeur où leur conscience se complaît, appartient à un autre monde que celui de l’existence humaine ordinaire ; c’est l’univers de la vie éternelle et infinie dont ils sont déjà les sujets.
Nous devrions appeler sensorielle la première forme de conscience, ou celle qui agit simplement par les sens et le système nerveux ; la seconde forme pourrait être appelée intellectuelle ou inter-sensorielle ; la troisième forme est la conscience spirituelle ou super-sensorielle.
La conscience sensorielle se complaît uniquement dans les formes externes des objets et ne reçoit des impressions que de ces formes telles que nous les voyons.
La conscience intellectuelle trouve la cause de son activité moins dans les formes des objets extérieurs que dans leurs mouvements et les effets de ces mouvements sur les objets eux-mêmes.
La conscience spirituelle se meut parmi les causes cachées de la conscience sensorielles et de l’intellectuelle.

H. P. Blavatsky
Cet article fut publié pour la première fois par H.P. Blavatsky dans le Lucifer d’octobre 1888.

La nature septuple de l'Homme

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Extrait des pages 106 à 109 de La Clef de la Théosophie d’H.P. Blavatsky.

Qu’est-ce que dit la Théosophie de ce qu'on appelle l'Esprit et l'Âme, d'une part, et l'homme de chair, d'autre part ? Ceci est l'ancienne division platonicienne. Platon, étant un Initié, ne pouvait pas entrer dans des détails défendus ; mais quiconque connaît la doctrine archaïque retrouvera les sept principes dans les diverses combinaisons de l'Âme et de l'Esprit faites par Platon. Il considérait l'homme comme étant constitué essentiellement de deux parties : l'une éternelle, formée de la même essence que l'Absoluité, l'autre, mortelle et corruptible, tirant ses parties constituantes des dieux « créés », d'ordre mineur. Pour lui, l'homme était composé : 1° d'un corps mortel ; 2° d'un principe immortel ; et 3° « d'une sorte d'Âme mortelle et séparée ». C'est ce que nous appelons respectivement l'homme physique, l'Âme Spirituelle ou Esprit (Noûs), et l'Âme animale (psuchè). C'est la division qui a été adoptée par Paul (un autre Initié) qui, pour sa part, affirme qu'il existe un corps psychique, semé dans le corruptible (il s'agit en l'occurrence de l'âme astrale, ou du corps astral), et un corps spirituel constitué d'une substance incorruptible. Jacques lui-même corrobore cette assertion quand il dit (3, 15) que la « sagesse » (de notre âme inférieure) n'est pas venue d'en haut, mais qu'elle est terrestre (« psychique » et « démoniaque », comme l'ajoute le texte grec), tandis que l'autre est la sagesse céleste. Bien que Platon, et même Pythagore, ne parlent que de trois « principes », il est si évident qu'ils leur attribuent sept fonctions différentes dans leurs diverses combinaisons qu'il suffit de comparer nos enseignements avec les leurs pour nous en rendre compte. Donnons un aperçu rapide de ces sept aspects au moyen des tableaux suivants :

Division Théosophique de l’homme
Le Quaternaire inférieur

(a) Rûpa, ou sthûla sharîra (a) Corps physique (a) C'est le véhicule de tous les autres "principes" pendant la vie.
(b) Prâna  (b) Vie, ou principe vital (b) Nécessaire seulement à a, c, d, ainsi qu'aux fonctions du Manas inférieur qui englobent toutes celles qui sont limitées au cerveau (physique).
(c) Linga sharîra (c) Corps astral (c) Le Double, le corps fantôme.
(d) Kâmarûpa (d) Le siège des désirs et passions animaux. (d) C'est le centre de l'homme animal, où se trouve la ligne de démarcation qui sépare l'homme mortel de l'entité immortelle.

La Triade supérieure impérissable

e) Manas - un principe double dans ses fonctions. (e) Mental, Intelligence ; le mental humain supérieur dont la lumière ou le rayonement unit, durant la vie, la MONADE à l'homme mortel (e) L'état futur et la destinée karmique de l'homme dépendent du devenir de Manas, selon qu'il descend plus bas, vers kâmarûpa, le siège des passions animales, ou qu'il s'élève en gravitant vers Buddhi, l'Ego spirituel. Dans ce dernier cas, la conscience supérieure des aspirations spirituelles individuelles du mental (Manas), assimilant Buddhi, est absorbée par ce principe et constitue l'Ego, qui entre dans la béatitude dévachanique (1).
(f) Buddhi (f) L'Âme Spirituelle (f) Le véhicule de l'esprit pur et universel.
(g)Âtma (g) L'Esprit (g) Un avec l'Absolu (du fait qu'il en est le rayonnement)

Maintenant, qu'enseigne Platon ? Il parle de l'homme intérieur comme étant constitué de deux parties — l'une immuable et toujours identique, formée de la même substance que la Divinité, et l'autre mortelle et corruptible [v. Timée, 69]. Ces « deux parties » correspondent respectivement à notre Triade supérieure et à notre quaternaire inférieur (voir le tableau). Il explique que, « toutes les fois que l'Âme (psuchè) prend comme allié le Noûs » — l'esprit divin ou la substance divine (2) — « (...) elle mène toute chose avec rectitude et bonheur ; mais si elle s'associe à anoia » — la déraison, ou l'Âme animale et irrationnelle — « c'est tout le contraire qu'elle produit comme effet » [extraits, Les Lois, 897, a-b]. Nous avons donc ici Manas (ou l'Âme en général) sous ses deux aspects : en s'attachant à anoia (notre kamarûpa, l'« Âme animale », dans le Bouddhisme ésotérique), il se précipite vers l'annihilation complète, pour ce qui est de l'Ego personnel ; au contraire, en s'alliant au Nous (Âtma-Buddhi) il se fond dans l'Ego immortel et impérissable, et sa conscience spirituelle de la personnalité qui fut devient alors immortelle.

Note (1) Dans le Bouddhisme ésotérique de M. Sinnett, d, e, et f, s'appellent respectivement l'Âme animale, l'Âmee humaine, et l'Âme spirituelle, ce qui est aussi correct. Bien que les principes soient numérotés dans le Bouddhisme ésotérique, cette numérotation est, strictement parlant, inutile. Seule la Monade avec ses deux aspects (Âtma-Buddhi) peut être considérée comme correspondant aux deux nombres les plus élevés (le 6e et le 7e principes). En ce qui concerne tous les autres, aucune numérotation n'est possible en général, puisqu' on ne doit considérer comme premier que le « principe » qui est prédominant dans l'homme. Chez certains hommes, c'est l'Intelligence supérieure (Manas ou le 5e principe) qui domine, chez d'autres, c'est l'Âme animale (kamarûpa) qui règne par-dessus tout, et manifeste les instincts les plus bestiaux, etc.
Note (2) : Paul appelle « Esprit » le Noûs de Platon, mais, puisque cet esprit est « substance », il s'agit évidemment de Buddhi, et non d'Âtma, qui, au point de vue philosophique, ne peut être en aucun cas qualifié de « substance ». Nous avons inclus Âtma dans les « principes » humains pour ne pas causer plus de confusion. En réalité ce n'est pas un principe « humain », mais le principe absolu, universel, dont Buddhi, l'Esprit-Âme, est le véhicule.

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Le Mental Cosmique

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 Le Mental cosmique (1): « Tout ce qui quitte l’état Laya (homogène) devient vie consciente active. La conscience individuelle émane de la conscience Absolue qui est le MOUVEMENT éternel, et y retourne. » - (Axiome Ésotérique.)
« Tout ce qui pense, comprend, veut, agit, est céleste et divin, et doit pour ce motif même, être nécessairement éternel ». Cicéron.

Nous avons signalé dans notre Éditorial de mars la conception que professe Edison au sujet de la matière. Le grand électricien américain aurait, selon M.G. Parsons Lathrop du Harpers’s Magazine, affirmé sa croyance personnelle dans le fait que les atomes seraient « animés d’une certaine dose d’intelligence », et se serait laissé aller à d’autres rêveries de ce genre. La Revue des Revues de février prend à parti l’inventeur du phonographe pour cette fugue d’imagination, et remarque en matière de critique, que « Edison s’adonne souvent à la rêverie », laissant travailler sans cesse son « imagination scientifique ».

Plût au Ciel que les hommes de science fissent un usage plus fréquent de leur « imagination scientifique », et s’adonnassent moins aux froides négations. Les rêves diffèrent. Dans cet état étrange de l’être qui, selon Byron, nous met à même de percevoir souvent plus de faits réels que lorsque nous sommes éveillés bien que « nos yeux soient scellés ». L’imagination est l’un des éléments les plus puissants de la nature humaine, ou selon les paroles de Dugald Stewart, elle « est le grand ressort de l’activité humaine, et la source principale d’amélioration de l’homme … Détruisez cette faculté, et l’état des hommes deviendra aussi stationnaire que celui de la brute ». C’est le meilleur guide de nos sens aveugles, sans lequel ceux-ci ne pourraient jamais nous mener au-delà de la matière et de ses illusions. Les plus grandes découvertes de la science moderne sont dues à la faculté imaginative des inventeurs. Mais quand a-t-on vu une chose nouvelle, une théorie se heurtant à une autre fermement établie, s’affirmer sans que la science orthodoxe ne commence par étouffer et par essayer de la supprimer. Harvey fut aussi considéré tout d’abord comme un « rêveur », et un fou au surplus. Finalement, toute la science moderne est faite d’« hypothèses provisoires » le fruit de l’ « imagination scientifique », comme M. Tyndall l’a appelée d’une façon heureuse.

Est-ce donc parce que les Papes de la Science exacte n’ont pas accordé leur imprimatur à la possibilité d’une conscience dans chaque atome universel, et d’un contrôle complet de l’homme sur les cellules et atomes de son corps, que l’idée doive être rejetée comme un rêve ? L’occultisme donne le même enseignement. Il nous dit que chaque atome, comme la monade de Leibnitz, est un petit univers en lui-même ; et que chaque organe et cellule du corps humain sont doués d’un cerveau à eux, d’une mémoire, et par suite d’expérience et de pouvoir de discernement. L’idée de la Vie Universelle composée de vies individuelles atomiques est l’un des enseignements les plus anciens de la philosophie ésotérique, et l’hypothèse moderne de la science – celle de la vie cristallisée, est le tout premier rayon de l’ancien soleil de sagesse qui ait touché nos savants. Si l’on peut prouver que les plantes ont des nerfs, des sensations et un instinct, (un autre terme pour la conscience) pourquoi n’accorderait-on pas la même chose aux cellules du corps ? La science divise la matière en corps organiques et inorganiques, uniquement parce qu’elle rejette l’idée de la vie absolue et d’un principe vital en tant qu’une entité ; autrement, elle serait la première à voir que la vie absolue ne peut même pas produire un point géométrique, ou un atome organique dans son essence. Masi l’occultisme, voyez-vous, « enseigne des mystères » disent-ils ; et le mystère est la négation du sens commun, exactement comme la métaphysique n’est qu’une sorte de poésie, selon M. Tyndall. Il n’y a rien qui ressemble à un mystère pour la science ; par conséquent, comme un Principe de Vie est, et doit rester à jamais pour les intellects de nos races civilisées, un mystère sur le plan physique – ceux qui s’occupent de cette question sont nécessairement des insensés ou des esclaves.

Dixit. Néanmoins, nous pouvons répéter avec un prédicateur français « le mystère est la fatalité de la science ». La science officielle est entourée de toute part, et hérissée de mystères inabordables et impénétrables. Pourquoi ? Simplement parce que la science physique est condamnée à progresser comme l’écureuil dans une roue de matière limitée par nos cinq sens. Et bien qu’elle avoue ignorer la formation de la matière comme aussi la génération d’une simple cellule ; bien qu’elle soit impuissante à expliquer l’une ou l’autre, elle prétend dogmatiser et insister sur ce que la vie, la matière, etc., ne sont pas. Cela revient à ceci : les paroles du Père Félix s’adressées il y a cinquante ans, aux académiciens français, sont presque devenues vérité banale : « Messieurs », disait-il, « vous nous faites le reproche que nous enseignons des mystères. Mais imaginez n’importe quelle science ; suivez l’envolée magnifique de ses déductions… et quand vous arrivez à sa source originelle, vous vous trouvez face à face avec l’inconnu ! »

Maintenant, pour résoudre une fois pour toutes dans le mental des Théosophes, cette question troublante, nous avons l’intention de prouver que la science moderne grâce à la physiologie, est elle-même à la veille de découvrir que la conscience est universelle – justifiant ainsi les « rêves » d’Edison. Mais avant, nous désirons montrer que quoique plus d’un homme de science soit pénétré d’une telle croyance, très peu ont le courage de l’admettre publiquement comme feu le Dr Pirogoff de Saint-Pétersbourg l’a fait dans ses Mémoires posthumes. Vraiment, ce grand chirurgien et pathologiste souleva par ses publications, une tempête d’indignation parmi ses collègues. Comment est-il possible, demandait le public, que le Dr Pirogoff que nous considérons presque comme l’incarnation du savoir européen, puisse croire aux superstitions des alchimistes insensés ? Lui qui, selon les paroles d’un de ses contemporains : -

« était l’incarnation même de la science exacte et des méthodes de pensée, qui avait disséqué des centaines de mille d’organismes humains, se familiarisant avec tous les mystères de la chirurgie et de l’anatomie, comme nous sommes familiarisés avec nos meubles ; ce savant pour qui la physiologie n’avait pas de secrets et qui, plus que tout autre, était de ceux à qui Voltaire aurait pu demander avec ironie s’ils n’avaient pas découvert l’âme immortelle entre la vessie et l’intestin – ce même Pirogoff consacre dans son Testament littéraire qu’on ouvrit après sa mort, des chapitres entiers à la démonstration scientifique… »Novoyoe Vremya de 1887.

– De quoi ? Eh bien, de l’existence dans tout organisme d’une « FORCE VITALE » distincte, indépendante de tout processus physique ou chimique. Comme Liebig, il acceptait l’homogénéité tant raillée et mise à l’index – de la nature – un Principe de Vie, cette téléologie persécutée et malencontreuse, ou la science des causes finales des choses, qui aussi philosophique qu’elle est anti-scientifique, si nous devons croire les académies royales et impériales. Son péché impardonnable aux yeux de la science dogmatique moderne était le suivant : le grand anatomiste et chirurgien avait eu l’« audace » de déclarer dans ses Mémoires que :

« Nous n’avons pas de raison de rejeter la possibilité de l’existence d’organismes doués de telles propriétés qui en feraient l’incarnation directe du mental universel – une perfection inaccessible à notre propre mental (humain)… car nous n’avons pas le droit de prétendre que l’homme est l’expression ultime de la divine pensée créatrice. »

Tels sont les traits caractéristiques de l’hérésie d’un être qui fut considéré parmi les plus grands hommes de la science exacte de son temps. Ses Mémoires montrent clairement que non seulement il croyait à la Divinité Universelle, à l’Idéation Divine, ou à la « Pensée Divine » Hermétique, et à un Principe Vital, mais qu’il enseignait tout cela et essayait de le démontrer scientifiquement. Il prétendait donc que le Mental Universel ne requérait pas de cerveau physico-chimique ou mécanique comme organe de transmission ; il va même jusqu’à l’admettre en ces termes suggestifs :

« Notre raison doit accepter de toute nécessité un Mental infini et éternel qui dirige et gouverne l’océan de vie… La pensée et l’idéalisation créatrice, en complet accord avec les lois d’unité et de causalité, se manifestent assez visiblement dans la vie universelle sans que la matière cérébrale y prenne part… En dirigeant les forces et les éléments en vue de former des organismes, ce principe de vie organisateur devient soi-sensible, soi-conscient, racial ou individuel. La substance dirigée et gouvernée par le principe vital est organisée selon un plan général défini, en certains types… »

Il explique cette croyance en disant que jamais, durant sa longue vie d’étude, d’observation et d’expériences, il n’avait pu :

« Obtenir la conviction que notre cerveau était l’organe de la pensée de tout l’univers ; que tout dans notre monde était inconditionné et inconscient, à l’exception de cet organe et que la pensée humaine seule pouvait donner à l’univers un sens et une harmonie rationnelle dans son ensemble. »

Et il ajoute à propos du matérialisme de Moleschott :

« Je pourrais manger autant de poisson et de pois que possible, mais jamais je ne consentirais à rabaisser mon Ego à la valeur d’un produit qu’on peut extraire par l’alchimie moderne, de l’urine. Si, en ce qui concerne nos conceptions de l’Univers, notre destin exige que nous tombions dans l’erreur, alors mon « illusion » a du moins l’avantage d’être très consolante. Car, elle montre un Univers intelligent travaillé par l’activité de Forces harmonieuses et intelligentes ; elle me prouve aussi que mon « Moi » n’est pas produit par des éléments chimiques et histologiques, mais qu’il est une incarnation d’un Mental commun universel. Je sens et m’imagine celui-ci comme agissant librement et consciemment d’accord avec les mêmes lois qui me sont tracées pour la direction de mon propre mental, mais exempt de la contrainte qui entrave notre conscience humaine individuelle ».

Car, ainsi que le remarque ailleurs ce grand homme de science philosophique :

« L’illimité et l’éternel n’est pas seulement un postulat de notre mental et de notre raison, mais un fait formidable en lui-même. Qu’adviendrait-il de notre principe moral et éthique, si la vérité éternelle et intégrale ne lui servait pas de base ! »

Les sélections ci-dessus traduites verbatim des confessions d’un homme qui fut durant sa longue vie, une étoile de première grandeur dans les domaines de la pathologie et de la chirurgie, nous le montrent imbu et pénétré entièrement d’une philosophie mystique raisonnée et scientifique. En lisant les Mémoires de cet homme scientifiquement renommé, nous sommes fiers de lui voir accepter presque intégralement, les doctrines et les croyances fondamentales de la Théosophie avec un mental scientifique aussi exceptionnel dans les rangs mystiques, les sottes railleries, les satires et les attaques injustifiées envers notre grande Philosophie, émanant de quelques « Libres Penseurs » européens et américains, deviennent presque un compliment. Plus que jamais, elles nous paraissent semblables au cri farouche discordant de la chouette, se hâtant de se cacher dans ses ruines obscures avant que se lève le Soleil matinal.
Les progrès de la physiologie elle-même, comme nous venons de le dire, est le plus sûr garant que le jour n’est plus loin où l’on reconnaîtra l’existence d’un mental diffus dans l’univers, comme un fait accompli. C’est seulement une question de temps.
Car, en dépit de la physiologie qui prétend que le but de ses recherches vise à totaliser toutes les fonctions vitales, à les organiser en ordre défini, en montrant leurs relations mutuelles et leur rapport avec les lois de la physique et de la chimie, par suite, en fin de compte, avec les lois mécaniques – nous craignons qu’il n’y ait beaucoup de contradictions entre le but avoué et les spéculations de quelques-uns des meilleurs physiologistes modernes. Tandis que peu d’entre eux oseraient revenir aussi ouvertement que l’a fait le Dr Pirogoff à la « superstition surannée » du vitalisme et du principe vital sévèrement exclu, le principium vitae de Paracelse, la physiologie se trouve néanmoins très perplexe en face de certains faits qu’aucun de ses représentant les plus compétents ne peut éclaircir. Malheureusement pour nous, notre époque ne conduit pas au développement du courage moral. Le moment d’agir selon la noble idée « principia non homines » [principes non-humains] n’est pas encore venu pour la plupart des hommes. Pourtant il y a des exceptions à la règle générale, et la physiologie – qui est destinée à devenir la servante des vérités occultes - n’a pas permis que ces vérités restent improuvées. Certains savants protestent déjà énergiquement contre quelques principes qui, jusqu’à présent, avaient été en honneur. Par exemple, certains physiologistes nient que ce soient les forces et les substances de la nature soi-disant « inanimée » qui agissent exclusivement dans les êtres vivants.
Car ils argumentent en disant :

« Le fait que nous rejetons l’intervention d’autres forces dans les êtres vivants, dépend entièrement des limitations de nos sens. Nous employons, en vérité, les mêmes organes pour observer la nature animée et inanimée, et ces organes ne peuvent recevoir des impressions que d’un domaine limité de mouvement. Les vibrations qui passent le long des fibres de nos nerfs atteignent le cerveau, transmettent ces perceptions à notre conscience en tant que sensations de lumière et de couleur ; les vibrations qui affectent notre conscience par nos organes auditifs, nous frappent sous forme de sons ; toutes nos sensations, perçues par n’importe lequel de nos sens, ne sont dues qu’à des mouvements. »

Tels sont les enseignements de la Science physique, et tels étaient dans leurs grandes lignes, ceux de l’occultisme, depuis des éons et des millénaires. La différence et la distinction la plus importante entre les deux enseignements est la suivante : la science officielle ne voit dans le mouvement qu’une force ou loi aveugle et irrationnelle ; l’occultisme, remontant jusqu’à l’origine du mouvement, l’identifie avec la Divinité Universelle, et l’appelle le mouvement éternel et incessant – le « Grand Souffle » (2).
Néanmoins, toute limitée que soit la conception de la Science Moderne au sujet de ladite Force, elle est suffisamment suggestive pour avoir provoqué les remarques suivantes de la part d’un grand Savant, le professeur actuel de physiologie à l’Université de Bâle (3) qui parle comme un occultiste.

« Ce serait folie de notre part d’espérer découvrir, à l’aide de nos sens externes seuls, dans la nature animée, ce que nous sommes incapables de trouver dans la nature inanimée. »

Le conférencier ajoute ensuite que l’homme étant doué, « outre ses sens physiques, d’un sens interne », d’une perception qui lui donne la possibilité d’observer les états et les phénomènes de sa propre conscience, « il doit se servir de ce sens en examinant la nature animée » – une profession de foi touchant de très peu aux frontières de l’occultisme. Il nie de plus, que les états et les phénomènes de conscience représentent en substance les mêmes manifestations de mouvement que dans le monde extérieur, basant son assertion sur le fait que ces états et manifestations n’ont pas tous nécessairement une étendue spatiale. Selon lui, seul ce qui est uni à notre conception de l’espace, ce qui a atteint notre conscience par la voie de la vue, du toucher et du sens musculaire, possède une étendue spatiale, tandis que tous les autres sens, tous les effets, tendances, comme toute la suite illimitée des images, n’ont aucune étendue dans l’espace et n’existent que dans le temps.
C’est ainsi qu’il demande :

« Où y a-t-il place en ceci pour une théorie mécanique ? Les objecteurs peuvent invoquer qu’il n’en est ainsi qu’en apparence, tandis qu’en réalité toutes ces impressions ont une étendue spatiale. Mais un tel argument est entièrement erroné. Notre seule raison pour croire que les objets perçus par les sens ont une étendue dans le monde extérieur, repose sur l’idée qu’ils paraissent en avoir une, pour autant qu’on les regarde et les observe à l’aide des sens de la vue et du toucher. En ce qui concerne le domaine de nos sens internes, cette base présumée même perd de sa force, et il n’y a aucune raison de l’admettre. »

L’argument final du conférencier est des plus intéressants pour les Théosophes. Voici ce que dit ce physiologiste de l’École Moderne Matérialiste :

« Ainsi, une connaissance plus profonde et plus directe de notre nature intérieure nous dévoile un monde entièrement différent de celui que nous représentent nos sens externes, et nous révèle des facultés les plus hétérogènes, nous montre des objets sans aucun rapport avec l’étendue spatiale, et des phénomènes absolument distincts de ceux qui tombent sous l’action des lois mécaniques ».

Jusqu’ici les adversaires du vitalisme et du « principe vital », comme aussi les partisans de la théorie mécanique de la vie, basaient leurs vues sur le prétendu fait qu’au fur et à mesure que la physiologie progressait, ses étudiants parvenaient de mieux en mieux à rapprocher ses fonctions des lois de la matière aveugle. Toutes ces manifestations qu’on attribuait autrefois à une « force vitale mystique », peuvent, disent-ils, être ramenées à des lois physiques et chimiques. Et ils prétendent faire admettre que d’ici peu de temps, on démontrera définitivement, que tout le processus vital, dans sa totalité, n’est rien de plus mystérieux qu’un phénomène très compliqué de mouvements, régit exclusivement par les forces de la nature inanimée.
Mais voici le professeur de physiologie qui affirme que l’histoire de la physiologie prouve, malheureusement pour eux, exactement le contraire ; et nous le voyons énoncer ces paroles significatives :

« Je prétends que plus nos expériences et observations seront exactes et étendues, plus nous pénétrerons profondément dans les faits, plus nous essayerons de sonder les phénomènes de la vie et de spéculer à leur sujet, plus nous acquerrons la conviction que ces phénomènes mêmes que nous avions espéré pouvoir expliquer par les lois physiques et chimiques, sont en réalité insondables. En fait, ils sont beaucoup plus compliqués ; et à notre état actuel d’avancement, ne peuvent être soumis à aucune explication mécanique. »

Voilà un terrible coup porté à la baudruche gonflée et connue sous le nom de Matérialisme, qui est aussi vide qu’elle est dilatée. Un Judas dans le camp des apôtres de la négation – les « animalistes ! » Mais le professeur de Bâle n’est pas une exception, comme nous venons de le montrer, et plusieurs physiologistes sont en voie de penser comme lui, certains allant même jusqu’à accepter presque le libre-arbitre et la conscience dans le moindre protoplasme monadique !

Une découverte après l’autre tend vers cette direction. Les ouvrages de certains physiologistes allemands sont spécialement intéressants en ce qui concerne les cas de conscience et de discernement positif – on serait presque tenté de dire pensée – dans l’Amibe. Or, les amibes et les animalcules sont, comme chacun le sait, des protoplasmes microscopiques – tels que par exemple le Vampyrella Spirogyra, une cellule des plus élémentaires, une goutte protoplasmique, sans forme et presque sans structure. Et pourtant elle montre dans sa façon de se comporter, une chose pour laquelle les zoologistes, s’ils ne l’appellent pas mental et pouvoir de raisonner, devront trouver une autre appellation et forger un nouveau terme. Car voyez ce que Cienkowsky (4) en dit. Parlant de cette cellule microscopique, nue et rougeâtre, il décrit de quelle façon elle cherche et découvre parmi un nombre d’autres plantes aquatiques, celle qui s’appelle Spirogyra, rejetant toute autre nourriture. En examinant ses pérégrinations sous un puissant microscope, il la vit poussée par la faim, projetant d’abord ses pseudopodes (faux pieds) grâce auxquels elle rampe. Puis elle se mit à se mouvoir parmi une grande variété de plantes jusqu’à ce qu’elle rencontrât une Spirogyra dont elle attaqua la cellulose d’une cellule, s’y attachant et brisant le tissu, en suçant le contenu, après quoi elle passa à une autre répétant le même processus. Le naturaliste ne la vit jamais prendre aucune autre nourriture, ni s’attaquer à aucune des nombreuses plantes placées par Cienkowsky à sa portée. Mentionnant une autre Amibe – la Colpadella Pugnax – il signale qu’il la vit faire preuve de la même prédilection pour la Chlamydomonas dont elle se nourrit exclusivement ; « après avoir fait une piqûre dans le corps de la Chlamydomonas, elle suce sa chlorophyle, puis s’en va », écrit-il, ajoutant ces mots significatifs : « la façon dont se comportent ces monades au cours de leur recherche de leur nourriture, est si étonnante, qu’on est presque porté à voir en elles des êtres consciemment actifs ! »

Les observations de Th. W. Engelman (Beitraege zur Physiologie des Protoplasm) sur l’Arcella, un autre organisme unicellulaire un rien plus complexe que le Vampyrella. Il nous les décrit tels qu’il les a vues sous le microscope, dans une goutte d’eau posée sur une lamelle de verre, gisant pour ainsi dire sur leur dos, c'est-à-dire sur leur face convexe, de sorte que leurs pseudopodes, projetés du bord de la coquille, ne trouvent pas de points d’appui dans l’espace, et laissent l’Amibe impuissant. Dans ces circonstances, voici le fait curieux qu’on observe. De l’un des bords du protoplasme, des bulles de gaz commencent à se former qui rendent ce côté plus léger et le soulèvent, amenant en même temps le côté opposé de l’animalcule en contact avec le verre, donnant ainsi à ses pseudos ou faux pieds les moyens de s’accrocher à la surface, et permettant à l’Amibe de retourner son corps en se dressant sur tous ses pseudopodes. Après cela, l’Amibe se met en devoir de résorber en elle les bulles de gaz, et s’en va. Si on place une goutte d’eau sur l’extrémité inférieure du verre, l’Amibe, en vertu de la loi de gravité, se trouvera à la face inférieure de la goutte. Comme elle n’y trouve pas un point de support, elle se met à former de grosses bulles de gaz, qui étant plus légères que l’eau, la soulèvent à la surface de la goutte.
Selon les termes d’Engelman :

« Si, après avoir atteint la surface du verre, elles ne trouvent pas encore de support pour leurs pieds, on voit immédiatement les bulles de gaz diminuer d’un côté et augmenter en grandeur et en nombre de l’autre, de telle façon que les Amibes arrivent à toucher du bord de leur coquille, la surface du verre, et sont capables de se retourner. Aussitôt, les globules de gaz disparaissent et les Arcellae se mettent à ramper. Si vous détachez soigneusement de la surface du verre à l’aide d’une fine aiguille, et les ramenez ainsi de nouveau à la surface inférieure de la goutte d’eau, vous les voyez répéter le même processus, variant en détails selon la nécessité, et découvrant de nouveaux moyens d’arriver à leur but. Essayez tant que vous voulez, de les mettre dans une position difficile, elles trouveront moyen d’en sortir chaque fois, d’une façon ou l’autre ; et aussitôt qu’elles y ont réussi, les bulles de gaz disparaissent ! Il est impossible de ne pas reconnaître que de tels faits indiquent la présence d’un processus PSYCHIQUE dans le protoplasme. » (5)

Parmi les centaines d’accusations soulevées contre les superstitions dégradantes, basées sur l’« ignorance sordide » des nations asiatiques, il n’en existe pas de plus sérieuses que celle qui les accuse de personnifier, et même de déifier, les principaux organes du et dans le corps humain. Vraiment, ne voyons-nous pas ces « fous insensés » d’Hindous parler de la petite vérole comme d’une déesse - personnifiant ainsi les microbes du virus de la variole ? Ne lisons-nous pas que les Tantrikas, une secte de mystiques, donnent des noms propres aux nerfs, aux cellules et aux artères, rapprochant et identifiant les diverses parties du corps avec des divinités, dotant les fonctions et les processus physiologiques, d’intelligences, et ainsi de suite ? Les vertèbres, le cœur, ses quatre chambres, l’auricule et le ventricule, les valvules et le reste, l’estomac, le foie, les poumons et la rate ont leur nom déifique spécial, et sont considérés comma agissant consciemment, et comme obéissant à la volonté puissante du Yogi dont la tête et le cœur sont les sièges de Brahmâ, et dont les diverses parties du corps sont les champs de récréation de l’une ou l’autre divinité !
Ceci est en vérité de l’ignorance. Surtout si nous pensons que ces organes et tout le corps de l’homme sont composés de cellules, et que ces cellules sont reconnues comme des organismes et – quien sabe – seront peut-être admises un jour comme une race indépendante de penseurs habitant le globe, appelé homme ! Il semble bien en être ainsi. Car ne croyait-on pas jusqu’à présent que tous les phénomènes de l’assimilation et de l’absorption de la nourriture par le canal intestinal, pouvaient s’expliquer à l’aide des lois de la diffusion et de l’endosmose ? Et voici hélas, que les physiologistes arrivent à reconnaître que l’action de l’intestin au cours de l’absorption n’est pas identique à l’action de la membrane non vivante du dialyseur. Il est parfaitement démontré que :

« Cette paroi est couverte de cellules épithéliales, dont chacune est un organisme, per se, un être vivant doué de fonctions très complexes. Nous savons en outre que ces cellules assimilent la nourriture – par suite de contractions actives du corps protoplasmique – d’une manière aussi mystérieuse que celle que nous remarquons dans l’Amibe indépendante ou d’autres animalcules. Nous pouvons observer sur l’épithélium intestinal des animaux à sang froid, que ces cellules projettent des tentacules – des pseudopodes, ou faux pieds – de leurs corps protoplasmiques contractiles, pseudopodes qui vont à la recherche de gouttes de matière graisseuse dans la nourriture, qui les aspirent dans leur protoplasme et les dirigent ensuite vers le canal lymphatique…Les cellules lymphatiques sortant des profondeurs du tissu adipeux et se faufilant à travers les cellules épithéliales jusqu’à la surface de l’intestin, y absorbent les gouttelettes de graisse, puis chargées de leur proie, elles s’en retournent vers les canaux lymphatiques. Tant que ce travail actif des cellules nous resta caché, le fait que les globules de graisse pénétraient la membrane des intestins et entraient dans les canaux lymphatiques, alors que la plus minime quantité de pigment introduite dans l’intestin n’y était pas absorbée – resta inexpliquée. Mais aujourd’hui nous savons que cette faculté de choisir leur nourriture spéciale, d’assimiler ce qui est utile et de rejeter l’inutile ou ce qui est nuisible – est commune à tous les organismes unicellulaires. » (6)

Et le conférencier se demande pourquoi si le discernement dans le choix de la nourriture existe dans les plus simples et les plus élémentaires des cellules, dans les gouttes informes et sans structure de protoplasme – il n’existerait pas aussi dans les cellules épithéliales de notre canal intestinal. Vraiment, si le Vampyrella reconnaît son Spirogyra préféré parmi des centaines d’autres plantes, ainsi qu’il a été démontré ci-dessus, pourquoi la cellule épithéliale, ne sentirait-elle pas, ne choisirait-elle pas sa goutte de graisse favorite plutôt qu’un grain de pigment ? Mais on nous dira que sentir, choisir, discerner est le propre des êtres raisonnables, tout au moins d’animaux mieux organisés et doués d’instinct que ne l’est une cellule protoplasmique, soit extérieure ou intérieure à l’homme. D’accord ; mais comme nous traduisons d’après la conférence d’un physiologiste érudit, et d’après des ouvrages d’autres naturalistes savants, nous devons croire que ces doctes messieurs savent ce qu’ils disent ; quoique, ils sont probablement ignorants du fait que leur prose scientifique s’écarte fort peu des « divagations » ignorantes, superstitieuses, mais plutôt poétiques, des Yogis hindous et des Tantrikas.

Quoi qu’il en soit, notre professeur de physiologie déchire à belles dents les théories matérialistes de la diffusion et de l’endosmose. Armé de faits, prouvant le discernement évident des cellules, et l’existence d’un mental en elles, il démontre par de nombreux exemples l’erreur d’essayer d’expliquer certains processus physiologiques à l’aide de théories mécaniques, comme par exemple, le passage du sucre, du foie (où il est transformé en glucose) dans le sang. Les physiologistes ont grande peine à expliquer ce processus, et considèrent comme une impossibilité de l’attribuer aux lois de l’endosmose. Selon toute probabilité, les cellules lymphatiques jouent le même rôle actif pendant l’absorption des substances alimentaires dissoutes dans l’eau, que les pepsines, comme l’a bien démontré F. Hofmeister (7). En général, la pauvre endosmose, qui expliquait tant de choses, est détrônée, et exilée des fonctionnaires actifs du corps humain, comme un agent détenant une sinécure inutile. Elle n’a plus voix au chapitre dans la question des glandes et autres agents de sécrétion, où l’action des cellules épithéliales l’a remplacée. Les facultés mystérieuses de sélection, le fait d’extraire du sang une substance et d’en rejeter une autre, de transformer la première grâce à la décomposition et la synthèse, de diriger certains produits dans des canaux qui les rejetteront du corps et d’en envoyer d’autres dans les vaisseaux lymphatiques et sanguins – voilà l’œuvre des cellules. « Il est évident qu’en tout ceci il n’y a pas la moindre trace de diffusion ou d’endosmose » dit le physiologiste de Bâle. « Il est absolument inutile d’essayer d’expliquer ces phénomènes par des lois chimiques. »

Mais la physiologie est-elle plus heureuse dans d’autres domaines ? Ayant échoué dans les lois qui régissent la digestion, peut-être a-t-elle trouvé une compensation pour ses théories mécaniques dans la question traitant de l’activité des muscles et des nerfs, qu’elle essaye d’expliquer par les lois électriques ? Hélas, à l’exception de quelques poissons – mais dans aucun autre organisme vivant, moins qu’en tout autre dans le corps humain, elle n’a pu découvrir la possibilité de courants électriques agissant comme principale force directive. L’électrobiologie fondée sur la simple électricité dynamique, a échoué misérablement. Ignorant « Fohat », la physiologie est impuissante à expliquer l’activité musculaire ou nerveuse.
Mais il existe ce qu’on appelle la physiologie des sensations externes. Nous ne sommes plus ici en terra incognita et de tels phénomènes ont déjà trouvé une explication purement physique. Sans doute il y a le phénomène de la vue, l’œil avec son appareil optique, sa chambre obscure. Mais le fait que la reproduction des objets se produit dans l’œil selon les mêmes lois de réfraction que sur la plaque d’un appareil photographique, n’est pas un phénomène vital. La même chose peut être réalisée à l’aide d’un œil mort. Le phénomène vital réside dans l’évolution et le développement de l’œil lui-même. Comment ce travail merveilleux et compliqué est-il produit ? A cela, la physiologie répond : « Nous ne savons pas », car vers la solution de ce grand problème :

« La physiologie n’a pas encore fait un seul pas. Il est vrai que nous pouvons suivre les divers stades du développement et de la formation de l’œil, mais pourquoi il en est ainsi, et quel en est la cause, nous l’ignorons complètement. Le second phénomène vital concernant l’œil, c’est son pouvoir d’accommodation. Et ici nous nous trouvons à nouveau en face des fonctions des nerfs et des muscles - notre ancienne énigme insondable. On peut en dire autant de tous les organes des sens. Il en est de même d’autres domaines de la physiologie. Nous avions espéré expliquer les phénomènes de la circulation du sang par les lois de l’hydrostatiques ou de l’hydrodynamique. Evidemment le sang circule selon les lois hydrodynamiques ; mais ses relations avec elles restent complètement passives. Quant aux fonctions actives du cœur et des muscles de ses vaisseaux, nul, jusqu’à présent, n’a jamais pu les expliquer par les lois physiques. »

Les mots soulignés dans la conclusion de la conférence érudite du Professeur, sont dignes d’un occultiste. Vraiment, il semble répéter un aphorisme des « Instructions Elémentaires » de la physiologie ésotérique de l’occultisme pratique :

« L’énigme de la vie se trouve cachée dans les fonctions actives d’un organisme vivant (8) dont nous ne pouvons obtenir une perception réelle que par la soi-observation, et non à l’aide de nos sens externes, par les observations faites sur notre volonté, pour autant qu’elle pénètre notre conscience, se révélant ainsi à notre sens intérieur. Par conséquent, lorsque le même phénomène agit uniquement sur nos sens extérieurs, nous ne le reconnaissons plus. Nous voyons tout ce qui se produit autour du phénomène du mouvement, mais nous ne percevons pas du tout l’essence de ce phénomène, parce qu’il nous manque pour le voir, un organe spécial de réceptivité. Nous acceptons cette esse, d’une façon purement hypothétique, et au fait, nous le faisons, lorsque nous parlons de « fonctions actives ». Tout physiologistes en fait autant, car il ne peut se passer d’une telle hypothèse ; et c’est là la première mise à l’épreuve d’une explication psychologique de tous les phénomènes vitaux…Et si on nous démontre que nous sommes incapables d’expliquer les phénomènes de la vie à l’aide de la physique et de la chimie seules, que pouvons-nous attendre d’autres sciences adjointes à la physiologie, la morphologie, l’anatomie et l’histologie ? Je prétends que celles-ci ne pourront jamais nous aider à résoudre le problème d’aucun phénomène mystérieux de la vie. Car, lorsque nous aurons réussi avec le scalpel et le microscope, à diviser les organismes en leurs composés les plus élémentaires, lorsque nous aurons atteint à la plus simple des cellules, c’est précisément là que nous nous trouverons en face du grand des problèmes. La plus simple monade, un point microscopique de protoplasme, sans forme et sans structure, montre déjà toutes les fonctions vitales essentielles : nutrition, croissance, reproduction, mouvement, sensation et perception, et même certaines fonctions qui remplacent la « conscience », l’âme des animaux supérieurs ! »

Le problème est vraiment terrible – pour le Matérialisme ! Nos cellules et les monades infinitésimales de la nature feront elles pour nous ce que les plus grands philosophes panthéistes n’ont pu faire jusqu’ici ? Espérons-le. Et s’il en est ainsi, les Yogis orientaux « superstitieux et ignorants », ainsi que leurs adeptes ésotériques, se trouveront confortés. Car le même physiologiste nous apprend que :

« Un grand nombre de poisons sont empêchés de pénétrer dans la lymphe par les cellules épithéliales, bien que nous sachions qu’ils sont aisément décomposés par les sucs abdominaux et intestinaux. Bien plus. La physiologie sait qu’en injectant ces poisons directement dans le sang, ils s’en sépareront et réapparaîtront à travers la membrane intestinale, et que dans ce processus, les cellules lymphatiques jouent un rôle des plus actifs. »

Si le lecteur consulte le Dictionnaire de Webster, il y trouvera une curieuse explication des mots « lymphatique » et « lymphe ». Les étymologistes pensent que le mot lympha dérive du grec nymphe, une « nymphe ou déesse inférieure » disent-ils. « Les Muses étaient parfois appelées nymphes par les poètes. De là (selon Webster) toutes les personnes en état de ravissement, telles, les voyants, les poètes, les fous, etc., étaient, disait-on, ravies par les nymphes »

La déesse de l’Humidité (la nymphe ou lymphe grecque et latine, donc, était prétendait-on aux Indes, née des pores de l’un des dieux, soit du dieu de l’Océan Varuna, ou d’un « dieu fluvial » mineur, selon la secte particulière et l’imagination des croyants. Mais l’essentiel c’est que les Grecs et les Latins anciens sont reconnus comme ayant partagé les mêmes « superstitions » que les Hindous. Cette superstition s’affirme dans leur croyance professée encore de nos jours, que chaque atome de matière dans les quatre (ou cinq) Éléments, est une émanation d’un dieu ou d’une déesse inférieure, lui-même ou elle-même une émanation antérieure d’une divinité supérieure ; et que de plus, chacun de ces atomes – étant Brahmâ, dont l’un des noms est Anu ou Atome – est doué de conscience aussitôt qu’il est émané, et possède un libre arbitre agissant dans les limites de la loi. Or, celui qui sait que la trimurti cosmique (1), (ou kosmique) (trinité) composée de Brahmâ, le Créateur ; Vishnu, le Préservateur ; et Shiva, le Destructeur, est un magnifique symbole scientifique de l’Univers matériel et de son évolution graduelle ; et qui en trouve une preuve dans l’étymologie des noms de ces divinités (9), et surtout dans les doctrines de la Gupta Vidya, ou connaissance ésotérique – sait aussi comment comprendre correctement cette « superstition ». Les cinq titres fondamentaux de Vishnu – ajoutés à celui d’Anu (atome) commun à tous les personnages de la trimurti – qui son Bhutâtman, un avec la matière créée ou émanée du monde ; Pradhanâtman, « un avec les sens » ; Paramâtman, l’« Âme Suprême », et Atman, l’Âme cosmique ou le Mental Universel – prouvent suffisamment ce que les anciens Hindous voulaient dire en dotant d’un mental et d’une conscience chaque atome, et en lui donnant un nom distinct d’un dieu ou d’une déesse. Placez leur Panthéon, composé de 30 vingtaines (ou 300 millions) de divinités dans le macrocosme (l’Univers) ou dans le microcosme (l’homme), et le nombre de ces divinités n’en sera pas exagéré puisqu’elles se rapportent aux atomes, aux cellules et aux molécules de tout ce qui existe.

Ceci, sans doute, est trop poétique et trop abstrus pour notre génération, mais c’est décidément aussi scientifique, sinon plus, que les enseignements découlant des dernières découvertes de la Physiologie et de l’Histoire Naturelle.
H.P. Blavatsky

Cet article fut publié pour la première fois par H.P. Blavatsky dans le Lucifer d’avril 1890. Il paru en français pour la première fois dans le revue Théosophie d’août 1929.
Notes :
(1) H.P. Blavatsky utilise le mot « kosmique » pour désigner l’Univers métaphysique universel dans sa totalité (avec ses sept plans), et le mot « cosmique » pour désigner le système solaire et ses quatre plans. [retour texte]
(2) Voir la Doctrine Secrète, vol. 1 pages 2 et 3. [retour texte]
(3) D’après une allocution présentée par lui il y a quelque temps lors d’une conférence publique. [retour texte]
(4) L. Cienkowsky. Voir son travail : Beitraege zur Kentiniss der Monaden, Arch. f. mildroskop, anatomie. [retour texte]
(5) Loc. cit. Pfluger’s Archive. Bd. II S. 387. [retour texte] 
(6) Extrait de l’adresse lue par le professeur de physiologie à l’Université de Bâle, et dont nous avons parlé précédemment. [retour texte]
(7) Untersuchungen uber Resorption u. Assimilation der Naehstoffe (Archiv. f. Experimentalle Pathologie und Pharmokologie, Bd. XIX, 1885.) [retour texte]
(8) La vie et l’activité ne sont que deux noms différents pour une même idée, ou ce qui est plus correct encore, ce sont deux mots qui pour les hommes de science ne suscitent aucune idée. Néanmoins, et peut-être pour cette raison même, ils sont obligés de les employer, car ils renferment le point de contact entre les problèmes les plus ardus contre lesquels les plus grands penseurs de l’école matérialistes se ont toujours butés. [retour texte]
(9) Le nom de Brahmâ est dérivé de la racine sanskrit brih qui signifie « se déployer », « se disperser » ; le nom de Vishnou provient de la racine vis ou vish (phonétiquement), « entrer », « pénétrer », « se répandre », dans l’univers de matière. Pour Siva le patron des yogis, l’étymologie du mot reste incompréhensible au lecteur nocice. [retour texte]

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