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Articles de H.P. Blavatsky

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H. P. Blavatsky (1831 - 1891) fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle.

Née en Ukraine, le 12 août 1831, d'une famille de la grande noblesse russe, elle avait rompu avec une destinée toute tracée pour entreprendre, dès l'âge de 18 ans, une série d'interminables voyages autour de la terre, qui enrichirent de façon unique cet esprit ardent que n'avait instruit aucune université moderne : plus de 20 années de quête, et d'expérience du monde, jusque dans les lieux retirés où vivent sorciers et chamans, mais aussi de rencontres avec d'authentiques maîtres spirituels, allaient décider du reste de sa vie. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions. Finalement, à leur instigation, elle entra dans l'arène publique et consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement de renouveau, dans le domaine philosophique et religieux, pour se répandre à l'échelle internationale et marquer son époque.

Malgré attaques et diffamations, dans un siècle conservateur, hostile à bien des idées dont certaines allaient plus tard devenir monnaie courante, le bilan de son action se révèle très positif à l'analyse, surtout dans le domaine du rapprochement Orient-Occident, et de la conduite de la vie spirituelle. Elle a influencé des personnages de premier plan d'horizons très divers.

Femme hors du commun, jouissant à son époque d'une notoriété internationale comme auteur d'ouvrages d'avant-garde, dans le domaine de la pensée, et comme leader spirituel d'un large mouvement à vocation humaniste, Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles de revues, plusieurs ouvrages majeurs :

Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge) .

De nombreux articles de Blavatsky sont accéssibles en ligne.

Elle décède en Angleterre, à Londres le 8 mai 1891.

Théosophie et Bouddhisme

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M. Émile Burnouf, le sanscritiste bien connu, vient de publier dans la Revue des Deux-Mondes (Vol. 88, 15 juillet 1888), un article intitulé « Le Bouddhisme en Occident », dans lequel il' expose ses vus sur la mission et l'avenir de la, Société Théosophique. Celle-ci a trop rarement la bonne fortune de recevoir un traitement aussi courtois et des conseils aussi sympathiques, et signés d’un nom aussi cher à tous ceux qui aiment l'Orient, pour que nous ne croyions plaire à nos lecteurs en, leur exposant ces critiques d’un penseur sérieux et ces encouragements d’un homme de cœur.

Cet article prouve, que la Société Théosophique a enfin pris, dans la pensée du XIXe siècle, la place qui lui est due et qu’elle va entrer dans une ère nouvelle. Il mérite donc le respect et l'attention de tous ceux qui ont compris notre œuvre ou qui y sont dévoués. M. Burnouf étudie successivement le Bouddhisme, le Christianisme et la Société Théosophique,

« … trois religions ou associations d'hommes ayant des doctrines identiques, un même but, et se rattachant à une source commune. Cette source, qui est orientale, était naguère contestée ; aujourd'hui, elle est pleinement mise en lumière par les recherches des savants, notamment des savants anglais, et par la publication de textes originaux. Parmi ces scrutateurs sagaces il suffira de citer les noms de Sayce, de Poole, de Beal, de Rhys-David, de Spence Hardy, de Bunsen ; il serait difficile d'épuiser la liste ». [p. 341.]

La première partie de l'article est consacrée à la biographie du prince de Kapilavastu, à une courte exposition et à un résumé historique du Bouddhisme jusqu'à l'ère chrétienne. La vie de Çâkyamouni est trop connue pour que nous la reproduisions ; mais nous devons signaler quelques mots prouvant que Nirvâna ne veut pas dire annihilation.

« Je n'ai point à discuter ici sur la nature du nir¬vâna. Je dirai seulement que l'idée du néant est absolument étrangère à l'Inde, que l'objet du Bouddha fut de soustraire l'humanité aux misères de la vie terrestre et à ses retours alternés ; qu'enfin il passa sa longue existence à lutter contre Mâra et ses anges, qu'il appelait lui-même la Mort, et l'armée de la mort. Le mot nirvâna veut bien dire extinction, par exemple d'une lampe sur laquelle on souffle ; mais il veut dire aussi absence de vent (v. Note 1). Je pense donc que le nirvâna n'est autre chose que ce requies æterna, cette lux perpetua que les chrétiens aussi demandent pour leurs morts. C'est en ce sens qu'il est entendu dans te texte birman publié il y a quelques années à Rangoun, en anglais, par le révérend Bigandet. [p. 343.]

Peu de conceptions ont été plus mal comprises que celle du Nirvâna, si ce n'est peut-être celle de la divinité. Chez les Juifs et autres Sémites, chez les anciens Grecs et les Romains ; et même chez les Brahmanes, le prêtre est le médiateur entre l'homme et Dieu.

... Il transmet à Dieu l'offrande et l'adoration du fidèle ; Dieu donne en retour ses grâces, et ses secours dans la vie, au jour de la mort, Dieu reçoit le fidèle parmi ses élus. Pour que cet échange soit possible, il est nécessaire que Dieu soit conçu comme un être individuel, comme une personne, en quelque sorte comme le roi de l'univers, distribuant ses faveurs selon sa volonté, sans doute aussi selon la justice... Rien de pareil, dans le Bouddhisme. Comme il n'y a pas de dieu personnel n’y a pas de saint sacrifice, il n'y a pas d'intermédiaire... [p. ,344.]
… Ce Bouddha n’est pas un dieu qu'on implore ; ce fut un homme parvenu au degré suprême de la sagesse et de la vertu... Quant à la nature du principe absolu des choses, que les autres religions nomment Dieu, la métaphysique bouddhique le conçoit d'une toute autre manière et n'en fais pas un être séparé de l'univers... En second lieu, le Bouddha ouvrit son église à tous 1es hommes, sans distinction d'origine, de caste, de patrie, de cou¬leur, de sexe : « Ma loi, disait-il, est une loi de grâce pour tous ». C'était la première fois qu'ap¬paraissait dans le monde une religion universelle. Jusque-là, chaque pays avait eu l'a sienne, d'où les étrangers étaient exclus. On peut soutenir que, dans les premières années le réformateur n'eut pas en vue la destruction des castes, puisqu'il admettait comme un droit légitime la puissance royale et ne luttait point contre elle. Mais l'égalité naturelle des, hommes fut une des bases de sa doctrine ; les livres bouddhiques sont pleins de dissertations, de récits et de paraboles dont le but est de la démontrer... La liberté en était la conséquence. Aucun membre de l'église ne pouvait imposer à un autre d'y rester malgré soi... [p. 345-46.].

On ne naissait pas bouddhiste, on le devenait par un choix, volontaire et après une sorte de stage que tout prétendant devait subir. Une fois membre de l'Assemblée, on ne se distinguait plus des autres frères ; l'unique supériorité que l’on pouvait acquérir était celle de la science et de la vertu... Cet amour mutuel, cette fraternité, s'étendait aux femmes et faisait de1'Assemblée une sorte de famille… [p. 346]

Après avoir raconté les progrès du Bouddhisme dans le Sud et le Nord de l'Inde, chez les Mazdéens et les Juifs, M. Burnouf remarque que, ceux-ci ont emprunté au Bouddhisme leur idée du Messie. L'influence orientale a été nettement discernée dans l'histoire juive depuis la captivité la doctrine de la réincarnation vient aussi des Indes.

On regarde les esséniens comme formant le lien et le point de rencontre entre les rabbins, les gnostiques juifs, les platoniciens ou pythagoriciens d’une part, le parsisme et le bouddhisme d’autre part… Ils condamnaient les sacrifices sanglants, comme le Bouddha et la Synagogue, et les remplaçaient par la méditation et le sacrifice des passions… s’abstenaient de viande et de vin… pratiquaient la communauté des biens, l’aumône, l’amour de la vérité, la pureté dans les actions, dans les paroles et dans les pensées… proclamaient l’égalité des hommes, proscrivaient l’esclavage et remplaçaient la discorde par la charité… les premiers chrétiens étaient des esséniens… [pp. 352-53]

En comparant la vie de Jésus et celle de Bouddha, on voit que leurs biographies se divisent en deux, parties, la légende idéale et les faits réels. Or, 1a partie légendaire est identique dans les deux. Au point de vue théosophique, cela est plus facile à expliquer puisque ces légendes sont basées sur le cycle de l'initiation. Enfin l’auteur compare cette partie légendaire avec les traits correspondants des autres religions, entre autres avec l'histoire védique de Visvakarman. D'après lui, c'est seulement au concile de Nicée que le Christianisme rompit officiellement avec le, Bouddhisme ecclésiastique ; cependant il regarde le Credo adopté par le concile comme le déve¬loppement de la formule : « Le Bouddha, la loi, l'église » (Buddha, Dharma, Sangha).

Quelques pages sont consacrées aux ramifications de la secte des Esséniens, qui n’avaient pas été complètement absorbées par la religion du Christ. Telles sont les sectes des Mandéens, des Sabéens où Manichéens ; enfin les Albigeois d'une, part, et de l'autre les Pauliniens, dont l'influence sur le protestantisme est discernable, représentent les derniers, vestiges de l'influence bouddhiste en Occident. Les Manichéens étaient, dans l'origine, des Samans ou Çramanas, ascètes bouddhistes dont saint Hippolyte mentionne, la présence à Rome au milieu du IIIe siècle. M. Burnouf explique leur dualisme par rapport à la double nature de l'homme, de bien et le mal, le mal étant le Mâra de la légende bouddhiste. Il montre que les Manichéens dérivaient leurs doctrines du, Bouddhisme, plus directement que les chrétiens ; en conséquence une lutte mortelle s'éleva entre les deux, lorsque l'Eglise chrétienne prit corps et, prétendit posséder seule et exclusivement la vérité. Cette idée est en contradiction directe avec les conceptions fondamentales du Bouddhisme, et ceux qui la professaient devaient être naturellement adversaires acharnés des Manichéens. C'est ainsi l'esprit juif d'exclusion qui arma contre les Manichéens le bras séculier des Etats chrétiens. La persécution fut terrible ; « ils furent tellement écrasés, que leur multitude, alors immense, se dissipa comme une fumée ». Les théosophes peuvent donc considérer les persécutions ecclésiastiques comme une des plus nobles portions de leur héritage. Aucune société n’a été plus férocement calomniée et persécutée par l’odium théologicum, que l'association théosophique et ses fondateurs, depuis que les églises chrétiennes en sont réduites à n'employer d'autres armes que la langue.

Ayant suivi cette haute ligne depuis l'Inde, à travers la Palestine jusqu'en Europe, nous croyons devoir citer entièrement quelques paragraphes, que M. Burnouf consacre à la Société théosophique :

L'analyse nous montre dans notre société contem¬poraine deux choses essentielles : l'idée d'un Dieu personnel chez les, croyants, et chez les philosophes, la disparition à peu près complète de la charité. L'élément juif a repris le dessus, et l'élément bouddhique du christianisme s'est voilé.
C'est donc un des phénomènes les plus intéressants, sinon les plus inattendus de nos jours, que la, tentative faite en ce de susciter et de constituer dans le monde une société nouvelle, appuyée sur les mêmes fondements que le bouddhisme. Quoiqu'elle ne soit qu’à ses commencements, sa croissance est si rapide que nos lecteurs, seront bien aise de voir leur attention appelée sur ce sujet. Elle est encore en quelque sorte à l'état de mission, et sa propagation s'accomplit sans bruit et sans violence. Elle n'a pas même un nom définitif ; ses membres se groupent sous les noms orientaux, mis en tête de leurs publications : Isis, Lotus, Sphinx, Lucifer. Le nom commun qui prévaut parmi eux pour le moment est celui de Société Théosophîque.
Cette société est bien jeune ; elle a déjà pourtant une histoire. Elle fut fondée en 1875, à New York, par un très petit groupe de personnes, inquiètes de la rapide décadence des idées morales dans l’âge présent. Ce groupe s'intitula : « Société Théosophique aryenne de New York ». L'épithète d’aryenne indiquait assez que la Société se séparait du monde sémitique, notamment des dogmes juifs ; la partie juive du christianisme devait être réformée, soit par une simple amputation, soit, comme cela est arrivé en effet, par voie d'interprétation. Toutefois, un des principes de la société était la neutralité en matière de secte, et la liberté de l'effort personnel vers la science et la vertu ...
La société n'a ni argent ni patrons ; elle agit avec ses seules ressources éventuelles. Elle n'a rien de mondain. Elle n'a aucun esprit de secte. Elle ne flatte aucun intérêt. Elle s'est donné un idéal moral très élevé, combat le vice et l'égoïsme. Elle tend à l’unification des religions, qu'elle considère comme identiques, dans leur origine philosophique ; mais, elle reconnaît la suprématie de la vérité. Le Lotus, revue mensuelle qu'elle publie à Paris, a pris pour épigraphe la devise sanscrite des mahârâjahs de Bénarès : « Satyât nâsti paro dharmah, il n'y a pas de religion plus élevée que la vérité ».
Avec ces principes et au temps où nous sommes, la société ne pouvait guère s'imposer de plus mauvaises conditions d'existence. Cependant elle a progressé avec une étonnante rapidité ... [pp. 366-67.] ... En Amérique, la société a pris une grande extension dans ces derniers temps ; ses branches se sont multipliées, puis se sont en quelques sortes fédéralisées autour de l'une d'entre elles, la branche de Cincinnati ...
Comme le second objet que se propose l'association est l’étude des littératures, des religions, des sciences aryennes et orientales, et qu'une partie de ses membres poursuit l'interprétation des anciens dogmes mystiques et des lois inexpliquées de la nature, on pourrait voir en elle une sorte d'académie hermétique, assez étrangère aux choses de la vie. On est vite ramené à la réalité par la nature des publications qu'elle fait ou qu'elle recommande, et par la déclaration contenue dans le Lucifer, publié à Londres, et reproduite dans Le Lotus du mois de janvier dernier : « N'est pas théosophe qui ne pratique pas l'altruisme (le contraire de l'égoïsme) ; qui n'est pas préparé à partager son dernier morceau de pain avec plus faible ou plus pauvre que lui ; qui néglige d'aider l'homme, son frère, quelle que soit sa race, sa nation ou sa croyance, en quelque temps et quelque lieu qu'il le voit souffrant, et fait la sourde oreille au cri de la misère humaine ; qui enfin entend calomnier un innocent, théosophiste ou non, sans prendre sa, défense, comme il le ferait pour lui-même ». Cette déclaration n'est pas chrétienne puisqu'elle ne tient pas compte des croyances, qu'elle ne fait pas de prosélytisme pour aucune communion, et que, en fait, les chrétiens ont ordinairement employé la calomnie contre leurs adversaires, par exemple contre les manichéens, les protestants et les juifs. Elle est bien moins encore musulmane ou brahmanique. Elle est purement bouddhique ; les publications pratiques de la société sont ou des livres bouddhiques traduits ou des ouvrages originaux inspirés par l'enseignement du Bouddha. La Société a donc un caractère bouddhique.
Elle s'en défend un peu dans la crainte de prendre une couleur sectaire et exclusive. Elle a tort : le bouddhisme vrai et original n’est pas une secte, c’est à peine une religion. C'est plutôt une réforme morale et ellectuel1e, qui n'exclut aucune croyance, mais n’en adopte aucune. C'est ce que fait la Société Théosophique ... [pp. 368-69.]

En parlant, du Bouddhisme, M. Burnouf a constamment en vue le Bouddhisme primitif, cette magnifique floraison de vertu, de pureté et d’amour dont le cygne de Kapilavastu jeta les semences sur le sol de l'Inde. Sur ce point, nous sommes d'accord avec lui. Le code de morale établi par Bouddha est le plus grand trésor qui ait été donné à l’humanité : cette religion, ou plutôt cette philosophie, se rapproche de la vérité ou science secrète, bien plus qu'aucune autre forme ou croyance exotérique. Nous ne pouvons proposer un idéal moral plus élevé que ces nobles principes de fraternité, de tolérance et de détachement, et la morale bouddhiste représente à peu près exactement la morale théosophique. En un mot, on ne pourrait nous honorer davantage qu’en nous appelant bouddhistes, si nous n'avions l’honneur d'être théosophes.

Mais la Société Théosophique se défend très sérieusement, et pas seulement pour la forme, d’avoir été créé « pour propager les dogmes du Bouddha ». Notre mission n'est pas de propager des dogmes pas plus bouddhistes que védiques ou chrétiens ; nous sommes indépendants de toute formule, de tout rituel, de, tout exotérisme. Nous avons pu, aux tentatives d'envahissement faites par des chrétiens zélés mais chrétiens, opposer 1es nobles principes de l’éthique bouddhiste. Les présidents de la Société ont pu se déclarer personnellement bouddhistes, et on le leur a assez reproché ; l’un d'eux a consacré sa vie à la régénération de cette religion dans sa terre d’origine. Que ceux-là lui jettent la pierre, qui ne comprennent, pas les besoins de l’Inde actuelle et ne désirent pas le relèvement de cette antique patrie des vertus. Mais cela, n'engage pas le corps théosophique, comme tel, vis-à-vis du bouddhisme ecclésiastique, pas plus que le christianisme de certains de ses membres ne l'engage vis-à-vis d'aucune église chrétienne. Précisément parce que le Bouddhisme actuel a besoin d'être régénéré, débarrassé de toutes les superstitions et de toutes les res¬trictions qui l'ont envahi comme des plantes parasites, nous aurions, grand tort de chercher à greffer un bourgeon jeune et sain sur une branche qui a perdu de sa vitalité, bien qu'elle soit peut-être moins, desséchée que les autres rameaux. Il est infiniment plus sage d'aller tout de suite aux racines, aux sources pures et inaltérables d'où le Bouddhisme lui-même a tiré sa sève puissante. Nous pouvons nous éclairer directement à la pure « Lumière de l'Asie » ; pourquoi nous attarderions-nous dans son, ombre déformée ? Malgré le caractère synthé¬tique et théosophique du Bouddhisme primitif, le Bouddhisme actuel est devenu une religion dogmatique et s'est morcelée en sectes nombreuses et hétérogènes. L'histoire de cette religion et des autres est là pour nous avertir contre les demi-mesures. Voyez la réforme partielle appelée Protestantisme : les résultats sont-ils assez satisfaisants pour nous engager à des raccommodages ? L'Arya Samaj même n'est après tout qu'un effort national, tandis que la position essentielle de la Société Théosophique est d’affirmer et de maintenir la vérité commune à toutes les religions, la vérité vraie, que n'ont pu souiller les inventions, les passions, ni les besoins des âges, et d'y convier tous les hommes, sans distinction de sexe, de couleur ou de rang,  et, qui plus est, de croyance.

M, Burnouf nous met en garde contre l'indifférence. D’où vient celle-ci ? De l'indolence d'abord, ce fléau de 1’humanité, puis du découragement. Et si l'homme est lassé de symboles et de cérémonies dont le prêtre ne donne jamais l'explication, mais dont il tire de beaux bénéfices, ce n'est pas en substituant des bonzeries à nos chapelles que nous secouerons cette torpeur. Le moment est venu où toutes cloches n'ont qu'un son : elles sonnent l'ennui. Prétendre réinstaller la religion de Bouddha sur les ruines de celle de Jésus, ce serait donner à l'arbre mort le soutien d'un bâton desséché. Notre critique lui-même nous avertit que l'humanité est lassée jusque des mots Dieu, religion. Remarquons, à ce propos, que le terme théosophie, qui signifie sagesse divine, n'implique pas nécessairement a croyance à un dieu Personnel. Nous croyons la doctrine des théosophes suffisamment exposée pour n'avoir pas besoin d'insister à ce sujet. Ammonius Saccas, Plotin, Jamblique, Porphyre, Proclus étaient des théosophes ; et, ne fût-ce que par respect pour ces hommes, nous pouvons bien conserver ce titre.

Non, le Sangha des Bouddhistes ne peut être rétabli dans notre civilisation, Quant au Bouddha lui-même, nous le vénérons comme le plus grand sage et le plus grand bienfaiteur de l'humanité, et nous ne perdrons aucune occasion de revendiquer ses droits à l'admiration universelle. Mais en présence de cette loi terrible qui fait toujours dégénérer l'admiration en adoration et celle-ci en superstition, en présence de cette cristallisation désespérante qui s'opère dans les cerveaux disposés à l'idolâtrie et en exclut tout ce qui n'est pas l'idole, serait-il sage de réclamer pour le frère aîné de Jésus la place étroite où ce dernier subit un culte sacrilège ? Hélas, se peut-il qu'il y ait des hommes assez égoïstes pour ne pouvoir, aimer qu'un être, assez serviles pour ne vouloir servir qu'un maître à la fois !

Reste donc Dharma : nous avons dit en quelle haute estime nous tenons la morale bouddhiste. Mais la Théosophie s’occupe d'autre chose que de règles de conduite : elle réalise ce miracle de pouvoir réunir une morale pré-bouddhiste à une métaphysique pré-védique et à une science pré-hermétique. Le développement théosophique fait appel à tous les principes de l'homme, à ses facultés intellectuelles comme à ses facultés spirituelles, et les deux derniers objets de, notre programme ont plus d'importance que M. Burnouf ne semble leur en accorder. Nous pouvons lui assurer que si notre Société reçoit l'adhésion de beaucoup d'hommes de sa valeur, elle sera le canal d'un torrent d'idées nouvelles empruntées à des sources antiques : un torrent d'innovations artistiques, économiques, littéraires et scientifiques autant que philosophiques, et autrement fécond pour l'avenir que la première Renaissance. Il y aura là plus qu'une coloration académique : l'académie elle-même apprendra l'alphabet qui permet de lire clairement, entre les lignes, le sens si obscur et souvent si insignifiant en apparence des écritures antiques. Cette clef est à la portée de ceux qui ont le courage de lever la main pour la prendre. Et cette clef, Bouddha la possédait, car il était un adepte de haut rang. Il est vrai qu'il n’existe pas de mystères ou d'ésotérisme dans les deux principales églises bouddhistes, celle du Sud et celle du Nord. Les Bouddhistes peuvent bien se contenter de la lettre morte des doctrines de Siddhârtha Bouddha, car jusqu’à ce jour, il n’en est pas, de plus noble, heureusement ; il n'en est pas qui puisse produire d'effet plus important sur l'éthique des masses. Mais c’est ici la grande erreur de tous les orientalistes. Il y a une doctrine ésotérique, une philosophie qui ennoblit l'âme, derrière le corps extérieur du Bouddhisme ecclésiastique. Celui-ci, pur, chaste et immaculé comme la neige vierge des sommets de l'Himalaya, est cependant aussi froid et aussi désolé en ce qui concerne la condition de l'homme post mortem. Le système secret était enseigné aux Arhats seuls, généralement dans le souterrain de Saptaparna (Sattapani de Mahavamsa), connu de Fa-hian sous le nom de grotte Cheta près du mont Baibhâr (en pali Webhâra), à Rajagriha, ancienne capitale de Magadha ; il était enseigné par le seigneur Bouddha lui-même, entre les heures de Dhyana (contemplation mystique). C'est de cette grotte, appelée au temps de Sakyamuni, Saraswati ou cave des bambous, que les Arhats initiés dans la sagesse secrète emportèrent leur instruction et leur science au-delà de l'Himalaya, où la doctrine secrète est enseignée jusqu'à ce jour. Si les Indiens du Sud, les envahisseurs de Ceylan n'avaient « amoncelé en piles aussi hautes que le sommet des cocotiers » les ollas des bouddhistes, et ne les avaient brûlées, de même que les Chrétiens brûlèrent toutes les archives secrètes des Gnostiques et des initiés, les Orientalistes en auraient la preuve, et nous, n'aurions pas besoin d'affirmer maintenant ce fait bien connu.

Les trois objets du programme théosophique peuvent se résumer par les trois mots Amour, Science, Vertu, et chacun est inséparable des deux autres. Revêtue de ce triple airain, la Société Théosophique accomplira le miracle que M. Burnouf lui demande et terrassera le dragon de la « lutte pour l’existence ». Elle le fera non pas en niant l'existence de la loi en question, mais en lui assignant sa juste place dans l'ordre harmonieux l’univers ; en en dévoilant, la nature et la signification ; en montrant que cette pseudo loi de vie est en réalité une loi de mort, une fiction des plus dangereuses en ce qui concerne la famille humaine. La « soi conservation », sur de pareilles données, est en vérité un suicide lent et sûr, une politique d'homicide mutuel. Par son application, pratique, les hommes s'enfoncent et reculent de plus en plus vers le degré animal de l'évolution. La lutte pour l'existence, même sur, les données de l'économie politique, qui ne s'élève pas au-dessus du plan matériel, ne s'applique qu'à l'être physique et pas du tout à l'être moral. Or il est assez vraisemblable, à première vue, pour qui a un peu approfondi la constitution de notre univers illusoire en paires de contraires, que si l'égoïsme est la loi de l’extrémité animale, l'altruisme doit être la loi de l'autre extrême ; la formule du combat pour la vie est de moins en moins vraie à mesure .qu'on monte les degrés de l'échelle, c'est-à-dire à mesure, que l'on se rapproche de la nature spirituelle : mais pour ceux qui n'ont pas développé les facultés de cette partie de leur nature, les lois qui la régissent doivent rester à l'état de conviction sentimentale. La théosophie nous indique la route à suivre pour que cette intuition se change en certitude ; et le progrès individuel qu'elle demande à ses disciples est aussi, la seule sauvegarde contre le danger social dont nous menace notre critique ; pour réformer la société, il faut commencer par se réformer soi-même. Ce n'est pas la politique de soi conservation, ni les intérêts d'une personnalité ou d'une autre, sous leur forme finie et physique, qui peuvent nous conduire au but désiré et abriter la Société Théosophique contre les effets de l'ouragan social, quand même cette personnalité représenterait l'idéal de l'homme, quand même cette égide serait le Bouddha en personne. Le salut est dans l'affaiblissement du sens de séparation entre les unités qui composent le tout social : or ce résultat ne peut être accompli que par un procédé d'éclairement intérieur. La violence n'assurera jamais le pain et le confort pour tous ; et ce n'est pas non plus par une froide politique de raisonnement diplomatique que sera conquis le royaume de paix et d'amour, d'aide mutuelle et de charité universelle, la terre promise où il y aura « du pain pour tout le monde ». Quand on commencera à comprendre que c'est précisément l'égoïsme personnel et féroce, grand ressort de la lutte pour l'existence, qui est au fond la seule cause de la misère humaine ; que c'est encore l'égoïsme national cette fois ; et la vanité d'Etat, qui provoquent les gouvernements et les individus riches à enterrer d'énormes capitaux et à les rendre improductifs en érigeant des églises splendides et en entretenant un tas d'évêques paresseux, vrais parasites de leurs troupeaux ; alors seulement l'humanité essayera de remédier au mal universel par un changement radical de politique. Ce changement, les doctrines théosophiques seules peuvent l'accomplir pacifiquement. C'est par l'union étroite et fraternelle des Sois supérieurs des hommes, par la croissance de la solidarité d'âme, par le développement de ce sentiment qui nous fait souffrir en pensant aux souffrances d'autrui, que pourra être inauguré le règne de l'égalité et de la justice pour tous, et que s'établira le culte de l'Amour, de la Science et de la Vertu, défini dans cet admirable axiome : « Il n'y a pas de religion plus élevée que la vérité ».

H. P. Blavatsky.

Article écrit en français par H.P. Blavatsky et publié, dans la revue Le Lotus, vol. III, sept. 1888

Note (1) : Le fait que Nirvâna ne veut pas dire annihilation a été affirmé et répété dans Isis Unveiled, dont l'auteur a discuté le sens étymologique donné par Max Müller ou d'autres, et a montré que « l'extinction d'une lampe » n'implique même pas l'idée que Nirvâna soit « l'extinction de la conscience »  , (Voyez Vol. I, p. 290, et Vol. II, pp, 116-17, 286, 320, 566, etc.).

Enseignement sur karma (citations)

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Sommaire

Définition de la loi de karma
Karma : Loi d'harmonie
Karma individuel, karma collectif et karma planétaire
Divers champs d'action du karma individuel et collectif
Responsabilité de l'homme et sa destinée
La vraie philosophie de karma rend sa dignité à l'homme
Comment soulager la souffrance collective de karma ?
Approche mystique à la compréhension de karma

Définition de la loi de karma

Karma signifie sur le plan physique : l'action,
Métaphysiquement karma signifie : « LA LOI DE RÉTRIBUTION, la loi de cause et d'effet, ou de causalité éthique [...]. Il y a le karma du mérite et le karma du démérite. Karma ne punit ni ne récompense, c'est simplement l'unique LOI Universelle qui guide sans erreur et, pour ainsi dire, d'une façon aveugle, toutes les autres lois qui sont productrices de certains effets en suivant les programmes invariables répondant aux types de causalités auxquelles elles sont adaptées. Quand le bouddhisme enseigne que "karma est le noyau moral (d'un être quelconque) qui seul survit à la mort et persiste dans la transmigration", ou la réincarnation, il signifie simplement que rien ne demeure de chaque personnalité si ce n'est les causes qu'elle a produites - causes qui ne meurent pas, autrement dit, qui ne peuvent être éliminées de l'Univers avant d'être remplacées par leurs effets légitimes et, pour ainsi dire, effacées par ces effets. Et ces causes, à moins d'être compensées pendant la vie de la personne qui les a produites, par des effets adéquats, suivront l'Ego [l'individualité permanente] dans sa réincarnation et l'atteindront dans ses renaissances successives, jusqu'à ce que soit pleinement rétablie une complète harmonie entre causes et effets. » (Glossaire Théosophique)

« Nous considérons karma comme la Loi Ultime de l'Univers, la source, l'origine et le fondement de toutes les autres lois qui sont à l'œuvre partout dans la Nature. Karma est la loi infaillible qui adapte l'effet à la cause, sur les plans physique, mental et spirituel de l'être. [...] Karma est cette loi invisible et inconnue qui ajuste, avec sagesse, intelligence et équité, chaque effet à sa cause, en reliant celle-ci à l'agent qui l'a produite. [...] Karma n'agit pas constamment de telle ou telle façon particulière, mais il agit toujours de manière à rétablir l'Harmonie et à conserver l'Équilibre en vertu desquels l'Univers existe. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky, pp. 215-219.)   [retour sommaire]

Loi d'harmonie

« Un occultiste, ou un philosophe, ne parle ni de la bonté ni de la cruauté de la Providence, mais, en l'identifiant à karma-Némésis, il enseigne qu'elle garde les hommes de bien et les protège, dans cette vie comme dans les vies futures, de même qu'elle punit le méchant, fût-ce jusqu'à sa septième renaissance - c'est-à-dire aussi longtemps que nécessaire pour qu'il ait réparé l'effet de la perturbation qu'il a causée au moindre atome du monde infini d'harmonie. Car l'unique décret de karma - décret éternel et immuable - est l'harmonie absolue dans le monde de la matière aussi bien que dans celui de l'esprit.

« Karma ne récompense ni ne punit, c'est nous qui nous récompensons ou nous punissons, suivant que nous travaillons ou non avec la Nature, selon ses voies, et de concert avec elle, en agissant ainsi d'accord avec les lois dont dépend cette harmonie, ou en les violant.

« Nous affirmons que la douleur et la souffrance sont les résultats d'un manque d'harmonie, et que l'unique et terrible cause qui perturbe l'harmonie est l'égoïsme sous une forme quelconque. Ainsi, karma fait retomber sur chaque homme les conséquences réelles de ses propres actions, tout à fait indépendamment de leur caractère moral. Mais, puisqu'il reçoit ce qui lui est dû pour tout, il est évident que karma lui fera expier toutes les souffrances qu'il aura causées, de même qu'il moissonnera dans la joie, et la gaieté de cœur, les fruits de tout le bonheur et de toute l'harmonie qu'il aura contribué à faire naître.

« C'est l'homme qui produit et crée les causes, et la loi karmique en ajuste les effets, et cet ajustement n'est pas un acte, mais l'harmonie universelle qui tend toujours à retourner vers sa condition originelle, et qui, semblable à une branche courbée avec trop de violence, se redresse avec une force égale. Si elle casse le bras de celui qui essayait de la courber en dehors de sa position naturelle, dirons-nous que c'est la branche qui a cassé ce bras, ou que c'est notre propre folie qui a été cause du malheur ? » (H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, extraits)

« Karma n'est pas un être mais une loi, la loi universelle d'harmonie, qui sans jamais se tromper, rétablit l'équilibre après toute perturbation. » (W.Q. Judge, L’Océan de Théosophie, p. 94)  [retour sommaire]

Karma individuel, collectif et planétaire

« Les voies de karma ne seraient pas non plus impénétrables si les hommes œuvraient dans l'union et dans l'harmonie, au lieu de le faire dans la désunion et dans la lutte. Une partie du genre humain les appelle les voies obscures et inextricables de la Providence, tandis qu'une autre y voit l'effet d'un fatalisme aveugle et une troisième le résultat du simple hasard, où dieux ni démons n'ont aucun rôle. Notre ignorance de ces voies de karma disparaîtrait sûrement si nous voulions bien rattacher tous ces effets à leur cause réelle (...) Nous demeurons confondus devant ce mystère qui est notre propre création ainsi que devant les énigmes de la vie que nous ne voulons pas résoudre, et nous accusons le grand Sphinx de nous dévorer.

« En vérité, il n'y a pas un accident de notre vie, pas une mauvaise journée, pas un malheur que nous ne puissions imputer à nos propres actions dans cette vie, ou dans une vie antérieure... La loi de karma est inextricablement mêlée à celle de la réincarnation (...) II n'y a que cette doctrine qui puisse nous expliquer le problème mystérieux du bien et du mal, et réconcilier l'homme avec la terrible injustice apparente de la vie.

« En sociologie, comme dans toutes les branches de la vraie science, se vérifie la loi de causalité universelle, qui implique nécessairement, comme une conséquence logique, cette solidarité humaine sur laquelle insiste tant la Théosophie. Si l'action d'un seul réagit sur la vie de tous - et c'est là la véritable idée scientifique - il s'ensuit que l'on n'atteindra cette réelle solidarité, qui est à la base même de l'élévation de la race humaine, que si tous les hommes deviennent frères et toutes les femmes sœurs, et que si tous adoptent dans la pratique de leur vie quotidienne un vrai comportement de frères et sœurs. C'est dans cette action et cette réciprocité, cette conduite authentique qui devrait exister entre des frères et des sœurs, s'efforçant de vivre un pour tous et tous pour un, que se trouve l'un des principes fondamentaux de la Théosophie que chaque théosophe devrait se sentir tenu non seulement d'enseigner, mais de mettre en pratique dans sa vie personnelle.

« L'individu ne peut pas plus se séparer de la race humaine que celle-ci de l'individu. La loi de karma s'applique également à tous, quoique tous ne soient pas également développés. En contribuant au développement de ses semblables, le théosophe croit non seulement les aider à accomplir leur karma, mais, en même temps, à s'acquitter strictement du sien. Il a toujours en vue le développement de l'humanité, dont lui et les autres font partie intégrante. Et il sait, de plus, que, chaque fois qu'il néglige de répondre aux injonctions de ce qu'il y a de plus élevé en lui, il retarde non seulement la marche de son progrès mais celle de tous les autres. Par ses actions, il a la faculté de rendre plus pénible, ou plus facile, à l'humanité l'accession au plan suivant et plus élevé de l'être.

« Il ne faut pas perdre de vue le fait que chaque atome est soumis à la loi générale qui régit le corps entier auquel il appartient : ceci nous amène à une plus large conception de la loi karmique. Ne voyez-vous pas que l'ensemble amalgamé du karma individuel devient le karma de la nation à laquelle appartiennent les individus qui la composent, et qu'en outre la somme totale du karma national forme celui du monde ? Les maux [sociaux] ne sont limités ni à l'individu, ni même à la nation, ils sont plus ou moins universels, et c'est en suivant cette large voie de l'interdépendance des hommes que la loi de karma trouve sa conclusion légitime et équitable.

« Il est hors de question que karma puisse réajuster l'équilibre des forces dans la vie et le progrès du monde à moins de disposer de voies d'action larges et générales.

« L'interdépendance des hommes est la cause de ce qu'on appelle le karma distributif. C'est dans cette loi que se trouve la solution du grand problème de la souffrance collective et du moyen de la soulager. C'est d'ailleurs par l'effet d'une loi occulte que nul homme ne peut s'élever au-dessus de ses imperfections individuelles sans élever en même temps, si peu soit-il, l'ensemble dont il est partie intégrante. De même, nul homme ne peut pécher seul, ni souffrir seul des effets du péché. En réalité, il n'existe rien de tel que la « séparativité » [sentiment d’être séparé les uns des autres], mais ce qui approche le plus cet état égoïste, et que permettent les lois de la vie, se trouve dans l'intention ou le motif.

« Quand chaque individu aura contribué pour sa part au bien général, en apportant ce qu'il peut d'argent, de travail, de pensée ennoblissante, alors, et alors seulement, la balance du karma national s'équilibrera. Jusque-là, nous n'aurons aucun droit ni aucune raison de dire qu'il y a plus de vie sur la terre que la Nature n'en peut contenir. Il incombe aux âmes héroïques, aux sauveurs de notre race et de notre nation, de découvrir la cause de cette inégalité de pression du karma rétributif, et d'équilibrer la balance des forces par un effort suprême, en sauvant ainsi les peuples d'un cataclysme moral mille fois plus désastreux, et mauvais par ses effets durables, que ne le serait une catastrophe analogue, sur le plan physique, que vous semblez considérer comme le seul moyen possible de mettre fin à cette misère accumulée. (Clef de la Théosophie, extraits)

« Opérant sans cesse, karma agit également sur les planètes, les systèmes planétaires, les races, les nations, les familles et les individus. C'est la doctrine jumelle de la réincarnation. » (W.Q. Judge, L'Océan de Théosophie, p. 93) [retour sommaire]

Divers champs d'action du karma individuel et collectif

« Il y a trois sortes de karma :

1) celui qui n'a pas encore commencé à produire des effets dans notre vie, d'autres causes karmiques opérant sur nous,

2) le karma que nous sommes maintenant en train de créer ou de mettre en réserve par nos pensées et nos actions,

3) le karma qui a commencé à produire des résultats.

« Ces trois classes de karma gouvernent les hommes, les animaux, les mondes et les périodes d'évolution.

« Les causes karmiques se divisent [également] en trois classes, elles doivent pouvoir agir dans des domaines différents. Elles opèrent sur l'homme dans sa nature mentale et intellectuelle, dans sa nature psychique, dans son corps et dans les événements.

« Karma n'affecte jamais la nature spirituelle de l'homme et n'a aucune prise sur elle. » (W.Q. Judge, L’Océan de Théosophie, pp. 97-99)   [retour sommaire]

Responsabilité de l'homme et sa destinée

« La croyance en karma fournit à l'homme la raison la plus haute d'accepter son sort dans la vie, et elle est pour lui le plus grand encouragement à faire des efforts pour améliorer la renaissance suivante. En effet, cette acceptation et ces efforts n'auraient aucune raison d'être si nous supposions que notre sort n'était pas le résultat de la Loi inéluctable, ou que notre destinée se trouvait en d'autres mains que les nôtres. » (H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie)

« Appliquée à la vie morale de l'homme, karma est la loi de causalité éthique, de justice, la cause des naissances et des renaissances, mais également le moyen de se libérer de l'incarnation. Considérée d'un autre point de vue, c'est simplement les effets découlant des causes, action et réaction, l'exact résultat de chaque pensée et de chaque action. C'est l'acte et le résultat de l'acte, car le sens littéral du mot est action.

« Nulle part nous ne trouvons de réponse ou de réconfort, sauf dans l'ancienne vérité que chaque homme crée et modèle sa propre destinée, étant le seul qui mette en mouvement les causes de son propre bonheur et de son propre malheur. Dans une vie il sème, dans la suivante il moissonne, et c'est ainsi que la loi de karma le pousse continuellement et éternellement.

« Karma n'est pas fatalisme. Tout ce qui a été fait dans un corps antérieur aura des conséquences dont l'Ego [l'homme réel intérieur] jouira ou souffrira dans sa nouvelle incarnation, car ainsi que l'a dit saint Paul : "Mes frères, ne vous abusez point, on ne se joue pas de Dieu, ce que l'homme sème, il le moissonnera". L'effet est dans la cause, et karma en produit la manifestation dans le corps, le cerveau et le mental fournis par la réincarnation.

« Aucun acte n'est accompli sans avoir une pensée à sa racine, au moment de son accomplissement, ou comme motif préalable produisant un effet, un résultat dans cette incarnation ou dans la prochaine. (W.Q. Judge, L'Océan de Théosophie, pp. 93, 95-96)  [retour sommaire]

La vraie philosophie de karma rend sa dignité à l'homme

« Une fois que nous nous serons pénétrés de l'idée que le principe de causalité universelle n'agit pas seulement dans le présent, mais englobe à la fois le passé, le présent et l'avenir, chaque action, sur le plan qui est actuellement le nôtre, trouvera naturellement et aisément sa vraie place et nous apparaîtra dans son véritable rapport avec nous-mêmes et avec les autres. Toute action mesquine et égoïste nous fait rétrograder, au lieu de nous faire avancer, tandis que toute pensée noble et tout acte désintéressé sont autant de degrés franchis dans notre ascension vers les plans plus élevés et plus glorieux de l'être. S'il n'y avait que cette vie, elle serait en vérité pauvre et médiocre sous bien des rapports, mais, considérée comme une préparation en vue de la prochaine sphère d'existence, il nous est loisible d'en faire la porte d'or par où nous pourrons un jour accéder - non pas seuls, en égoïstes, mais en compagnie de nos semblables - aux palais qui se trouvent au-delà.

« L'essentiel est de détruire la source la plus fertile de tout crime et de toute immoralité : la croyance que les hommes peuvent échapper aux conséquences de leurs propres actions. Qu'ils comprennent une bonne fois la vérité des lois de karma et de réincarnation, les plus grandes d'entre toutes les lois, et ils réaliseront en eux-mêmes la vraie dignité de la nature humaine, et ils se détourneront du mal en l'évitant comme ils fuiraient un danger physique.

« Depuis l'Antiquité la plus reculée le genre humain, pris dans son ensemble, a toujours été convaincu de l'existence d'une entité spirituelle et personnelle dans l'homme physique personnel. Cette entité intérieure était plus ou moins divine suivant son degré de proximité avec la couronne [le pôle divin]. Plus cette union était intime, plus la destinée de l'homme était sereine, et moins les conditions extérieures étaient dangereuses. Une telle croyance n'est ni de la bigoterie ni de la superstition, mais un sentiment instinctif toujours présent de la proximité d'un autre monde spirituel et invisible, qui, bien que subjectif pour les sens de l'homme extérieur, est parfaitement objectif pour l'Ego intérieur. De plus, ces hommes de l'Antiquité croyaient qu'il y avait des conditions extérieures et des conditions intérieures qui pouvaient influencer la détermination de notre volonté sur nos actions. Ils rejetaient le fatalisme, car le fatalisme suppose l'action aveugle de quelque pouvoir plus aveugle encore. Mais ils croyaient à la destinée ou karma que, de sa naissance à sa mort, tout homme tisse fil par fil autour de lui-même, ainsi qu'une araignée sa toile, et, pour eux, cette destinée était guidée par cette présence que certains appellent l'ange gardien, ou au contraire, par l'homme intérieur astral qui nous est plus familier, mais qui n'est que trop souvent le mauvais génie de l'homme de chair, la personnalité. Ces deux réalités mènent l'HOMME, mais l'une d'elles doit nécessairement l'emporter, et dès le commencement même de la lutte invisible, la loi de compensation et de rétribution, sévère et implacable, entre en jeu et accomplit son œuvre en suivant avec vigilance les péripéties du combat. Quand le dernier fil est tissé, et que l'homme paraît comme enveloppé dans le filet qu'il a lui-même ourdi, il se trouve alors complètement sous l'empire de cette destinée qu'il a lui-même créée. Celle-ci l'immobilise alors comme le coquillage inerte au rocher immuable, ou l'emporte comme une plume, dans un tourbillon que ses propres actions ont soulevé" (Isis Dévoilée). Telle est la destinée de l'HOMME, le véritable Ego - et non de l'Automate, la coque vide que l'on prend pour lui. Et il lui appartient de devenir le vainqueur de la matière. (H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, pp. 250-1, 261, 195-6)  [retour sommaire]

Comment soulager la charge collective de karma ?

« En enseignant que la racine de toute la Nature, objective et subjective, et de tout ce qui peut exister d'autre dans l'univers, visible et invisible, est, a été, et sera toujours une essence unique absolue, d'où tout émane et au sein de laquelle tout retourne... c'est le devoir de tous les théosophes de contribuer par tous les moyens pratiques, et dans tous les pays, à répandre une éducation non sectaire.

« En faisant comprendre une bonne fois aux hommes qu'aucun d'eux ne possède toute la vérité mais que leurs points de vue se complètent mutuellement, et que l'on ne peut trouver l'entière vérité que dans la combinaison de tous ces points de vue, après en avoir éliminé ce que chacun d'eux avait de faux, alors, la véritable fraternité en matière de religion sera établie. Le même raisonnement s'applique au monde physique.

« Le devoir est ce qui est dû à l'humanité - à nos semblables, nos voisins, notre famille - et c'est surtout ce que nous devons à tous ceux qui sont plus pauvres et plus démunis que nous.

« La reconnaissance pour tous, sans distinction de race, de couleur, de position sociale ou de naissance, de l'égalité de tous les droits et privilèges... la même justice, la même bonté, la même considération ou la même miséricorde que celle dont on souhaiterait bénéficier soi-même.

« Amenons les hommes à sentir et à reconnaître au fond de leur cœur ce qu'est leur devoir véritable et réel envers tous, et tous les vieux abus de pouvoir, toutes les lois iniques en vigueur dans la nation et basées sur l'égoïsme humain, social ou politique, disparaîtront du même coup. » (H.P. Blavatsky, La Clef de la Théosophie, pp. 57, 59, 243-5)   [retour sommaire]

Approche mystique à la compréhension de karma

Extraits de La Voix du Silence :

« Sache que nul effort, fût-ce le plus minime, dans une bonne ou une mauvaise direction, ne peut s'évanouir du monde des causes. Même la fumée dispersée ne reste pas sans traces.

« La Soi-Connaissance est l'enfant d'actions aimantes.

« Une parole dure proférée dans des vies passées n'est pas détruite, mais elle revient toujours.

« Laisse ton Âme prêter l'oreille à chaque cri de douleur, comme le lotus met son cœur à nu pour absorber le soleil du matin. Ne permets pas à l'ardent Soleil de sécher une seule larme de douleur avant de l'avoir essuyée toi-même des yeux de l'affligé.

« Mais laisse chaque brûlante larme humaine tomber sur ton cœur et y rester ; et ne l'essuie jamais avant que la douleur qui la fît naître n'ait disparu. Ces larmes, ô toi au cœur plein de miséricorde, ces larmes sont les courants qui arrosent les champs de l'immortelle charité. C'est sur un sol semblable que croît la fleur de minuit de Bouddha, […] C'est la semence de la libération des renaissances. Elle isole l'Arhat (le Sage) des luttes et de la convoitise, elle le guide à travers les champs de l'Être jusqu'à la paix et la béatitude, connues seulement au pays du Silence et du Non-Être.

« Le poivrier ne produit jamais de roses, et l'étoile argentée du jasmin parfumé ne se change pas en épine ou en chardon.

« Tu peux créer ce « jour » tes chances pour ton « lendemain ».

« Dans le « Grand Voyage », les causes semées chaque heure portent chacune sa moisson d'effets, car une Justice rigide gouverne le Monde. D'un mouvement puissant aux effets infailliblement justes, elle dispense aux mortels des vies heureuses ou malheureuses, progéniture karmique de toutes les pensées et actions de jadis.

« Ô toi au cœur patient, prends donc tout ce que le mérite a en réserve pour toi. Ne perds pas courage et contente-toi du destin. Tel est ton karma, le karma du cycle de tes naissances, la destinée de ceux qui, dans leur douleur et leur affliction, sont nés en même temps que toi, se réjouissent et pleurent de vie en vie, enchaînés à tes actions précédentes... » (La Voix du Silence).  [retour sommaire]



Apollonius de Tyane et Simon le Magicien

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Dans l’Histoire de la Religion Chrétienne jusqu’en l’an 200 par Charles B. Waite, qu'A.M. présente et analyse dans la revue le Banner of Light (de Boston), nous trouvons des fragments de l’ouvrage se rapportant au grand thaumaturge du deuxième siècle de l’ère chrétienne, Apollonius de Tyane, qui ne connut pas d’égal dans l’Empire Romain.

« L’époque traitée dans ce volume se divise en 6 périodes, et dans la seconde, de l’an 80 à l’an 120, se trouve inclus l’« Âge des Miracles » dont l’histoire présentera un grand intérêt pour les Spirites, s'ils comparent les manifestations d’intelligences invisibles se produisant de nos jours, avec des événements similaires qui eurent lieu dans les temps faisant suite immédiate à l’avènement du Christianisme. Apollonius de Tyane fut la figure la plus remarquable de cette époque et fut témoin du règne d’une douzaine d’empereurs romains. Avant sa naissance, Protée, un dieu égyptien, apparut à sa mère et lui annonça qu’il devait s’incarner dans l’enfant qu’elle attendait. Obéissant aux ordres qui lui avaient été données en rêve, elle se dirigea vers une prairie pour cueillir des fleurs. Tandis qu’elle s’y trouvait, une bande de cygnes formèrent un chœur autour d’elle et chantèrent à l’unisson. Pendant ce temps, et alors que l’air frémissait d’un doux zéphyr, Apollonius naquit. »

C’est là une légende qui, autrefois, faisait de toute figure remarquable un « fils de Dieu » né miraculeusement d’une vierge, mais ce qui suit est de l’histoire. « Dans sa jeunesse, il était une merveille de puissance mentale et de beauté physique ; il trouvait sa plus grande joie à converser avec les disciples de Platon, Chrysippe et Aristote. Il ne mangeait rien qui eut vie ; se nourrissait de fruits et de produits de la terre ; il était un admirateur et un disciple enthousiaste de Pythagore, et comme tel, il garda le silence pendant cinq années. Partout où il allait, il réformait le culte religieux et accomplissait des actes merveilleux. Aux fêtes, il étonnait les convives en faisant apparaître à volonté du pain, des fruits, des légumes et diverses friandises. Les statues s’animaient, des figures de bronze quittaient leur piédestal, se substituaient aux serviteurs et accomplissaient leur besogne. Par l’exercice du même pouvoir, il se produisait des dématérialisations ; des vases d’or et d’argent disparaissaient avec leur contenu ; et même les domestiques devenaient invisibles en un instant.

« Á Rome, Apollonius fut accusé de trahison. Le jour de sa comparution, l’accusateur déroula le parchemin contenant l’accusation, et fut étonné de ne plus trouver qu’une page blanche.
« Croisant un cortège funèbre, il dit aux assistants : « Déposez la bière, et je sècherai les pleurs que vous versez sur cette jeune fille. » Il toucha le corps, prononça quelques mots, et la morte revint à la vie. Pendant qu’il était à Smyrne, la peste éclata à Ephèse, et il y fut appelé. « Le voyage ne doit pas être retardé », dit-t-il, et il n’eut pas plutôt prononcé ces mots, qu’il se trouva à Ephèse.
« Presque centenaire, on l’amena devant l’Empereur à Rome, l’accusant d’être un enchanteur. On l’emprisonna. Dans sa geôle, on lui demanda quand il recouvrerait la liberté. « Demain, si elle dépend du juge ; en cet instant, si elle dépend de moi-même » Et ce disant, il dégagea une de ses jambes des fers et ajouta : « Voyez la liberté dont je jouis. » Il la replaça alors dans les chaînes.
« Au tribunal, on lui demanda : « Pourquoi les hommes vous appellent-ils un dieu ?
« Parce que », dit-il, « chaque homme qui est bon a droit à cette appellation. »
« Comment avez-vous pu prévoir la peste à Ephèse ? »
« Il répondit : « En vivant d’une nourriture plus légère que les autres hommes. »
« Les réponses qu’il donna à ces questions et à d’autres formulées par ses accusateurs, montraient tant de force que l’Empereur en fut fort impressionné, et le déclara acquitté de tout crime. Mais il dit qu’il le retiendrait afin d’avoir avec lui une conversation privée. Il répondit : « Vous pouvez garder mon corps, mais non mon âme ; et j’ajouterai : pas même mon corps. » Ayant prononcé ces paroles, il disparut du tribunal et le même jour, il se présentait devant ses amis à Puteoli, à trois jours de voyage de Rome.
« Les récits d’Apollonius prouvent qu’il fut un homme d’une grande érudition, doué d’une connaissance parfaite de la nature humaine, imbu de nobles sentiments et des principes d’une philosophie profonde. Dans une épître à Valère, il dit :
« Il n’y a pas de mort sinon en apparence, de même qu’il n’y a pas de naissance sinon en apparence. Ce qui passe de l’essence dans la nature [visible] semble naître, et ce qui passe de la nature [visible] dans l’essence semble, de la même façon mourir, bien que rien en réalité ne se crée et que rien ne périsse jamais, mais que tout devienne visible à nos yeux pour disparaître après. Tout apparaît en raison de la densité de la matière, et disparaît par suite de la ténuité de l’essence, mais c’est toujours la même chose, ne différant que par le mouvement et l’état. »
« Le plus grand hommage rendu à Apollonius le fut par l’Empereur Titus. Le Philosophe lui ayant écrit immédiatement après son avènement, pour lui conseiller la modération dans son gouvernement, Titus répondit : -
« En mon nom propre et au nom de mon pays, je vous remercie et me souviendrai de ces choses. J’ai, en vérité, pris Jérusalem, mais vous m’avez conquis. »
« Les choses merveilleuses qu’accomplit Apollonius, et qu’on considérait comme miraculeuses, mais dont le Spiritisme moderne montre clairement la source et la cause qui les produit, étaient un objet de ferme croyance au deuxième siècle, et même des centaines d’années plus tard, de la part des Chrétiens, aussi bien que des autres. Simon le Magicien fut un autre faiseur de miracles célèbres du deuxième siècle et nul ne niait ses pouvoirs. Les Chrétiens mêmes étaient forcés d’admettre qu’il accomplissait des miracles. On y fait allusion dans les Actes des Apôtres, VIII : 9-10. Sa renommée était mondiale, il avait des fidèles dans toutes les nations, et à Rome, on éleva une statue en son honneur. Il eut de fréquentes discussions avec Pierre, ce que, de nos jours, nous appellerions des « concours de miracles » afin de décider lequel des deux avait le plus grand pouvoir. Il est dit dans Les Actes de Pierre et Paul  que Simon avait donné le mouvement à un serpent d’airain, qu’il avait fait rire des statues de pierre, - et qu’il s’était lui-même élevé dans les airs, et on ajoute : « Comme défi à ceci, Pierre guérit les malades d’un mot, rendit la vue aux aveugles, etc… » Simon ayant été amené devant Néron, changea de forme : il devint soudain un enfant puis un vieillard ; à un autre moment, il se métamorphosa en jeune homme « Et Néron, en voyant cela, supposa qu’il était le Fils de Dieu. »

Dans Reconnaissance un ouvrage de l’école Pétrine du début de notre ère, on trouve un compte rendu d’une discussion publique entre Pierre et Simon le Magicien, qui est reproduit dans ce volume.
On n’y donne aussi des récits se rapportant à beaucoup d’autres faiseurs de miracles prouvant d’une manière tout à fait concluante que le pouvoir qu’ils employaient n’était pas le don exclusif d’une seule personne, ni d’un groupe limité, comme l’enseigne le monde chrétien, mais que les dons médiumniques étaient alors comme aujourd’hui, possédés par beaucoup d’humains. Les citations prises dans les écrits des deux premiers siècles de l’ère chrétienne et qui relatent les faits de cette époque, mettront à une rude épreuve la crédulité des plus crédules, même dans notre siècle de merveilles. Beaucoup de ces récits peuvent être grandement exagérés, mais il n’est pas raisonnable de supposer que tous sont de pures inventions n’ayant même pas pour base une moitié de vrai dans ce qu’ils racontent ; et pareille supposition est encore moins permise depuis les révélations que l’avènement du Spiritisme moderne a apportées aux hommes. On pourra se rendre compte de la façon complète dont est traité chaque sujet dans ce volume, lorsqu’on saura que l’index comporte deux cent treize références à des passages se rapportant à « Jésus-Christ » ; ce qui nous permet aussi de déduire logiquement que ces textes doivent être d’une grande valeur pour ceux qui cherchent à se documenter afin d’être en mesure de décider si Jésus fut « Homme, Mythe ou Dieu ». On n’y montre pleinement « L’Origine et l’Histoire des Doctrines Chrétiennes » ainsi que « L’Origine et l’Etablissement de l’Autorité de l’Eglise de Rome sur d’autres Eglises » et l’on y donne beaucoup d’éclaircissement sur de nombreuse questions obscures et contestées. En un mot, il nous est impossible, sans dépasser de beaucoup les limites prescrites à cet article, de rendre pleine justice à ce livre très instructif ; mais nous pensons en avoir dit assez pour convaincre nos lecteurs qu’il est d’un intérêt dépassant la moyenne, et qu’il constitue une acquisition précieuse pour la littérature de cet âge de progrès .(1)
Certains écrivains ont essayé de représenter Apollonius comme une figure légendaire, tandis que les Chrétiens pieux persisteront à l’appeler un imposteur. Si l’existence de Jésus de Nazareth était aussi bien certifiée par l’histoire, et s’il avait été moitié aussi connu qu’Apollonius des écrivains classiques, aucun sceptique ne pourrait douter aujourd’hui de l’existence d’un homme tel que le Fils de Marie et de Joseph. Apollonius de Tyane fut l’ami et le correspondant d’une Impératrice romaine et de plusieurs Empereurs, tandis qu’il n’est resté rien de plus de Jésus sur les pages de l’histoire, que si sa vie avait été écrite sur les sables du désert. Sa lettre à Agbarus, prince d’Edesse, dont l’authenticité n’est attestée que par Eusèbe seul – ce Baron Münchhausen de la hiérarchie des Pères – est appelé dans les Evidences du Christianisme, « une tentative de faux » par Paley lui-même, dont la foi robuste accepte les histoires les plus invraisemblables. Apollonius est donc un personnage historique, tandis que beaucoup des Pères Apostoliques eux-mêmes, placés devant l’œil scrutateur de la critique historique, commencent à vaciller, et certains s’évanouissent et disparaissent comme le « feu follet » ou l’ignis fatuus.

H.P. Blavatsky
Cet article fut publié pour la première fois en anglais par H.P. Blavatsky dans la revue The Theosophist de juin 1881. Première traduction française dans la revue Théosophie,de janvier 1932.

(1) Publié à Chicago: 2d. éd. vol. 1, p. 455, par C.V. Waite & Co., Thomas J. Whitehead & Co., agents for New England, 5 Court Square, Room 5, Boston.

Conscience

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La conscience est le siège de la vie réelle de l’individu humain. La simple activité de ses fonctions corporelles n’est pas sa vie. Ces fonctions sont les voies et moyens par lesquels son être réel communique avec le monde phénoménal et avec d’autres unités de conscience semblables à la sienne. Par elles, sa vie est grandement affectée ; par leur influence, ses pensées sont nourries, ses sentiments sont modifiés, ses actes inspirés. Mais considérons les modes d’activité de la conscience, et les formes spéciales selon lesquelles elle se manifeste. En observant les modes d’être des humains et les buts de la vie, on remarque trois classes de conscience. En d’autres termes, il y a trois modes d’existence que la conscience de l’individu peut revêtir, ou selon lesquels elle peut se manifester, et le fait d’adopter un de ces modes particuliers, sciemment et délibérément, ou l’inverse, détermine le caractère et la valeur intrinsèque de la conscience.
Le mode de conscience élémentaire ou le plus simple, nous le désignons sous le nom de linéaire. A cet état de conscience, les sentiments, les pensées et les énergies de l’individu sont centrés non seulement sur un plan, mais ils sont limités à une seule direction de ce plan. La conscience qui appartient à ce plan est limitée à la faculté de se mouvoir d’arrière en avant selon une ligne droite. Elle est asservie à cette voie spéciale comme l’est un train à sa voie ferrée. Cette forme de conscience est très courante. C’est le sort de ceux qui n’ont qu’un seul but dans la vie, but d’ordre personnel. Quel que puisse être le but principal de la vie, qu’il s’agisse d’un commerçant qui vise simplement à gagner de l’argent, ou d’un professionnel dans sa sphère spéciale, ou d’hommes et de femmes de la société constamment tiraillés de droite à gauche par le tourbillon des plaisirs et de l’agitation –cela importe peu ; la conscience qui est l’essence de l’individu, s’exerce et ne possède de pouvoir que dans la sphère limitée qu’on vient de décrire. Il suffit de regarder autour de soi pour observer de nombreux exemples de cette classe. Un très grand nombre d’hommes et de femmes de l’époque actuelle appartiennent à ce groupe.
La seconde classe de conscience permet une liberté plus large d’activité.
Les dimensions du royaume qu’elle régit comportent deux directions ; car, en surplus du mouvement en arrière et en avant, cette conscience peut parcourir des régions qui s’étendent à droite et à gauche.
Cette forme de conscience, nous l’appellerons superficielle ; elle est douée de longueur et de largeur, mais n’a pas de profondeur.
Elle est possédée par ceux qui, tout en se consacrant à une occupation spéciale qui absorbe leurs principales énergies, s’adonnent également à des activités supplémentaires dans d’autres sphères qui ont pour eux un intérêt spécial. Cette conscience est celle qui prédomine largement parmi les hommes et les femmes qui, suivant leur vocation jour après jour pour subvenir aux besoins de l’existence, ont assez d’énergie mentale ou émotionnelle pour les amener à s’occuper de choses qui exercent la pensée ou poursuivent un dessein. Les gens doués de cette forme de conscience sont actifs et semblent viser à un but, quoique celui-ci puisse être dépourvu de noblesse ou de valeur intrinsèque. Naturellement, cette conscience jouit beaucoup plus de la vie que celle qui appartient à la classe dite linéaire. Les gens d’affaires qui ne sont pas complètement absorbés par le désir de gagner de l’argent, les ecclésiastiques et les prêtres doués d’une sympathie tolérante, les professeurs non limités à une tendance particulière de pensée, et les personnes dont la vie est en général utile et active, appartiennent à cette seconde classe de conscience superficielle.
La conscience dont il nous reste à parler est d’une étendue infiniment plus vaste que celle des deux classes déjà décrites.
Ses dimensions s’étendent dans trois directions. Elle existe non seulement dans toutes les directions superficielles, mais elle pénètre de plus sous la surface par sa qualité de profondeur. Il est vrai que la surface peut varier en étendue. Elle peut paraître, à l’œil de l’observateur, limitée, ou peut sembler s’étendre au loin, mais la profondeur de sa nature ne peut être connue que de quelques-uns, et encore d’une façon partielle seulement. L’épaisseur sous la surface doit-être perçue et évaluée par les facultés d’une conscience de nature identique. Dans la profondeur d’un objet réside sa capacité de substance, et la conscience est d’une nature si réelle que partout où elle existe en tant que profondeur, elle manifeste la substance réelle. Les objets qui appartiennent aux formes linéaires et superficielles de conscience, sont de caractère temporaire et fugace, mais ceux qui sont l’apanage de la forme solide sont à l’abri de tout changement possible.
Dans cette région profonde existe des voies inextricables, infinies par la variété et le nombre, qui s’enfoncent jusqu’aux limites où elle s’étend.
En les explorant, la conscience trouve des occupations innombrables. Cette classe de conscience donne au monde les hommes qui lui fournissent des connaissances, et dont la nature profonde est l’abîme d’où jaillissent les fontaines, les ruisseaux qui irriguent la vie, qui font tourner ses roues et la rendent fertiles.
Ces hommes sont les plus riches des êtres terrestres ; leur fortune est inépuisable et impérissable. Cette profondeur où leur conscience se complaît, appartient à un autre monde que celui de l’existence humaine ordinaire ; c’est l’univers de la vie éternelle et infinie dont ils sont déjà les sujets.
Nous devrions appeler sensorielle la première forme de conscience, ou celle qui agit simplement par les sens et le système nerveux ; la seconde forme pourrait être appelée intellectuelle ou inter-sensorielle ; la troisième forme est la conscience spirituelle ou super-sensorielle.
La conscience sensorielle se complaît uniquement dans les formes externes des objets et ne reçoit des impressions que de ces formes telles que nous les voyons.
La conscience intellectuelle trouve la cause de son activité moins dans les formes des objets extérieurs que dans leurs mouvements et les effets de ces mouvements sur les objets eux-mêmes.
La conscience spirituelle se meut parmi les causes cachées de la conscience sensorielles et de l’intellectuelle.

H. P. Blavatsky
Cet article fut publié pour la première fois par H.P. Blavatsky dans le Lucifer d’octobre 1888.