Mardi 23 Avril 2019

Mis à jour le Mar. 23 Avr. 2019 à 23:00

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

La civilisation – La mort de l’art et de la beauté

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Lors d'une entrevue avec le célèbre violoniste hongrois, M. Remenyi, le reporter du Pall Mall Gazette fit raconter à l'artiste certaines expériences très intéressantes qu'il avait eues en Extrême-Orient. « Je fus le premier artiste Européen qui aie joué devant le Mikado du Japon », dit-il, et revenant à ce qui a toujours été une cause de profond regret pour tous ceux qui aiment les choses artistiques et pittoresques, le violoniste ajouta :

« Le 8 août 1886, je parus devant sa Majesté, un jour malheureusement mémorable par le changement de costume qu'avait ordonné l'Impératrice. Elle-même avait abandonné son costume japonais d'une exquise beauté, et elle parut pour la première fois ce jour-là, à mon concert, en costume européen, ce qui me fit mal au cœur. J'aurais voulu l'accueillir, si j'avais osé, par une longue plainte désespérée de mon violon. Six dames l'accompagnaient, mais elles étaient vêtues du costume national, et se déplaçaient avec infiniment de grâce et de charme. »

Hélas, ceci n'est pas tout ! Le Mikado, ce personnage jusqu'à présent sacré, mystérieux, invisible et inaccessible : ... « était lui-même en uniforme de général européen ! A cette époque, l'étiquette de la Cour était si stricte, que mon accompagnateur n'avait pas la permission d'entrer dans le salon de sa Majesté, et on me le dit d'avance. J'eus un bon remplaçant, car mon ambassadeur, le Comte Zaluski, qui avait été élève de Liszt, put m'accompagner. Vous serez étonnés d'apprendre qu'ayant choisi, comme premier morceau du programme, ma transcription pour violon d'une polonaise en ut dièse mineur de Chopin, un morceau d'une très grande valeur musicale et d'une profonde poésie, l'Empereur exprima le désir au Comte Ho, son premier ministre, de l'entendre à nouveau. Le goût japonais est sûr. Je fus chargé de présents d'une valeur inestimable, entre autres d'une boîte en laque dorée du dix-septième siècle. Je jouai à Hong-Kong et dans les environs de Canton, car aucun Européen ne peut vivre à l'intérieur de cette ville. Je fis de là une excursion intéressante à la possession portugaise de Macao, visitant la grotte où Camoëns écrivit sa « Lusiade ». C'était très intéressant de voir, en dehors de la ville chinoise, une ville européenne portugaise qui, jusqu'à ce jour, n'a pas changé depuis le seizième siècle. Au milieu de l'exquise végétation tropicale de Java, et en dépit de la chaleur terrible, je donnai soixante-deux concerts en soixante-sept jours, parcourant toute l'île, examinant ses antiquités, dont la principale est un merveilleux temple Bouddhiste, le Boro Budhur, ou le temple des Nombreux Bouddhas. Le bâtiment contient des figures sur une longueur de six milles, et est constitué par une masse de pierre pleine, plus grande que les pyramides. Ces Javanais ont un orchestre extraordinairement doux dans le Samelang national, joué par dix-huit musiciens sur des instruments à percussion ; mais pour entendre cet orchestre avec ses chœurs étranges et ses danses orientales ravissantes, on doit avoir le privilège d'être invité par le Sultan de Solo, le « Seul Empereur du Monde ». Je n'ai jamais vu ni entendu rien de plus empreint de rêve et de poésie que le Sérimpis dansé par neuf Princesses royales ».

Où sont les Esthètes d'il y a quelques années ? Cette petite fédération des fervents de l'art n'était-elle qu'une des bulles de savon de notre fin de siècle (1), riche en promesses et en suggestions possibles, mais vide d'actes et de réalisation ? Ou, s'il subsiste quelques vrais amants de l'art parmi eux, pourquoi ne s'organisent-ils pas et n'envoient-ils pas des missionnaires dans le monde entier, afin de montrer au Japon pittoresque et aux autres pays sur le point de tomber victimes de l'Occident, que se laisser prendre aux feux follets trompeurs de la culture européenne pour l'imiter, constitue pour un pays non chrétien un véri¬table suicide ; que cela signifie le sacrifice de son individualité pour une ombre vide et une vaine apparence ; et .que c'est tout au plus échanger l'original et le pittoresque contre le vulgaire et le hideux. Il est vraiment grand temps que l'on fasse quelque chose en ce sens, avant que la civilisation trompeuse des nations imbues d'elles-mêmes, bien que nées d'hier, n'ait irrévocablement hypnotisé les races plus anciennes et ne les ait fait succomber dans ses pièges semblables à l'arbre-upas, sous sa prétendue supériorité. Autrement les arts anciens et les créations artistiques de jadis, tout ce qui existe d'original et d'unique, aura bientôt disparu. Déjà les costumes nationaux, et les coutumes observées depuis des siècles, tout ce qui est beau, artistique, et digne d'être conservé, tout cela disparaît très vite et d'ici peu, hélas, les plus beaux vestiges du passé ne se trouveront plus que dans les vitrines des musées, sous forme de mélancoliques collections étiquetées !

Telle est l'œuvre et tel est le résultat inévitable de notre civilisation moderne. Ses effets visibles, les « bénédictions » qu'elle a soi-disant conférées au monde, sont insignifiants, mais ses racines sont pourries jusqu'à la base. L'égoïsme et le matérialisme — les plus grandes calamités des nations — sont dus à ses progrès, et le matérialisme conduira sans aucun doute à l'anéantissement de l'art et de l'appréciation de ce qui est vraiment beau et harmonieux. Jusqu'à présent, le matérialisme n'a mené qu'à une tendance universelle à l'unification sur le plan matériel, et à une diversité correspondante sur celui de la pensée et de l'esprit. C'est cette tendance universelle qui, poussant l'humanité par son ambition et son avidité égoïste à poursuivre sans cesse la richesse et à obtenir, à tout prix, les prétendus bienfaits de cette vie, l'entraîne à n'aspirer qu'à une chose ou plutôt à graviter vers un seul plan — le plus bas — celui de la vaine apparence. Le matérialisme et l'indifférence envers tout, sinon l'acquisition égoïste de la fortune et du pouvoir, comme aussi la tendance à se gaver de vanité nationale et personnelle, ont graduellement conduit les nations et les hommes à l'oubli presque complet des idéaux spirituels, de l'amour de la nature et d'une évaluation correcte des choses. Comme une lèpre hideuse, notre civilisation occidentale a rongé toutes les parties du globe et endurci le cœur humain. Son prétexte menteur et fallacieux, c'est le « salut de l'âme » ; son but réel : l'appât d'un revenu supplémentaire par le trafic de l'opium, du rhum et l'introduction des vices européens. En Extrême Orient, elle a infecté de l'esprit d'imitation les classes les plus élevées des « païens », sauf en Chine, dont l'esprit conservateur national mérite notre respect ; et en Europe, elle a greffé la mode — exception faite de la marque — jusque dans le prolétariat sale et affamé ! Depuis les trente dernières années, comme si un esprit mauvais tentant l'humanité visait un fallacieux, un semblant de retour au type ancestral — tel que le propose aux hommes la théorie de Darwin, avec ses caractéristiques morales ajoutées aux physiques — presque toutes les races et nations sous le Soleil d'Asie se sont prises d'une furieuse passion pour la simiesque Europe. Ceci, joint à la folle tentative de détruire la Nature sous toutes ses formes, ainsi que tout vestige de civilisations anciennes — bien supérieures à la nôtre par leurs arts, leur sainteté, et leur appréciation de la grandeur et de l'harmonie — doit amener de telles calamités nationales. C'est ainsi que nous voyons le Japon, resté jusqu'ici artistique et pittoresque, succomber entièrement à la tentation de justifier la théorie de « l'homme descendant du singe », en rendant simiesques ses populations afin de mettre le pays sur un pied d'égalité avec l'Europe hypocrite, avide et artificielle !

Car certainement l'Europe est tout cela. Elle est hypocrite et trompeuse, depuis ses diplomates jusqu'à ses gardiens de la religion, depuis ses lois politiques jusqu'à ses lois sociales ; elle est égoïste, avide et brutale au-delà de toute expression dans ses caractéristiques rapaces. Et cependant, il en est qui s'étonnent de la décadence graduelle de l'art vrai, comme si l'art pouvait exister sans imagination, fantaisie, et une juste appréciation du beau dans la Nature, ou sans poésie et de hautes aspirations religieuses, donc métaphysiques.

On entend dire que les galeries de peintures et de sculptures deviennent chaque année plus pauvres en qualité, si elles sont plus riches en quantité. On se plaint que, tandis qu'il y a pléthore de productions ordinaires, les tableaux et statues remarquables deviennent de plus en plus rares. Ceci n'est-il pas dû aux faits que : a) les artistes n'auront bientôt plus d'autre modèle que la nature morte (1) pour les inspirer, (et b) que leur but principal ne vise pas à créer des œuvres artistiques, mais à les vendre rapidement avec le meilleur profit possible ? Dans ces conditions, la décadence de l'art vrai n'est qu'une conséquence naturelle.

Par suite des progrès triomphants et de l'invasion de la civilisation, la Nature, comme l'homme et la morale, sont sacrifiés et ne tardent pas à devenir artificiels. Les climats changent et la face du monde sera bientôt complètement modifiée. Sous la main meurtrière des pionniers de la civilisation, la destruction totale de forêts primitives conduit à l'assèchement de rivières, et le creusement du canal de Suez a changé le climat de l'Egypte, comme celui du canal de Panama fera dévier le cours du Gulf Stream Des pays presque tropicaux deviennent froids et pluvieux, et des contrées fertiles menacent de se trans¬former en déserts de sable. D'ici quelques années, il, ne restera plus dans un rayon de cinquante milles aux environs de nos grandes villes, un seul coin de campagne qui n'ait pas été violé par la spéculation vulgaire. Dans la nature, le grotesque et l'artificiel remplacent peu à peu le pittoresque et le naturel. C'est à peine s'il existe encore un paysage en Angleterre où la belle nature vierge n'ait pas été profanée par la publicité pour le « Savon Pear » et des « Pilules Beecham ». L'air pur de la campagne est pollué par la fumée, les odeurs graisseuses des locomotives, et les relents écœurants du gin, du whisky et de la bière. Et dès que les coins de nature vierge auront disparu du paysage, et que l'œil des peintres ne se posera plus que sur les produits artificiels et hideux de la spéculation moderne, le goût artistique devra emboîter le pas, et disparaître à son tour.

« Aucun homme n'a jamais bien travaillé ni n'œuvrera jamais bien qu'en s'inspirant par la vision réelle, ou par la vision de la foi », dit Ruskin, parlant de l'art. C'est ainsi que le premier quart du siècle prochain verra peut-être des peintres paysagistes qui n'auront jamais vu un coin de terre vierge de progrès humain ; et des peintres portraitistes dont l'idée de la beauté féminine s'inspirera des belles (1) consomptives,' à la taille de guêpe serrée dans un corset et à la poitrine creuse. Ce n'est pas en imitant de tels modèles qu'on produit un tableau digne de la définition d'Horace — « un poème sans paroles ». Des Parisiennes artificiellement drapées, et des femmes cockneys de Londres posant comme contadini italiennes, ou comme arabes Bédouines, ne remplaceront jamais les articles originaux ; et les Bédouins nomades comme les vraies paysannes italiennes seront bientôt des choses du passé. Où les artistes trouveront-ils leurs vrais modèles au siècle prochain, quand les bandes de libres nomades du Désert, et peut-être les tribus nègres de l'Afrique — ou ce qui en restera après leur destruction par les canons chrétiens, et le rhum et l'opium des civilisateurs chrétiens — auront adopté les vêtements européens avec les hauts de forme ? Il semble bien évident pour tous que c'est : précisément ce qui attend l'art, dans les conditions de progrès bienfaisants où se trouve la civilisation moderne.

Ah ! oui, glorifions-nous des bénédictions de la civilisation. Vantons-nous de nos sciences et des grandes découvertes de notre âge, de ses réalisations dans les arts mécaniques, de ses chemins de fer, téléphones et batteries électriques ; mais n'oublions pas cependant d'acheter à des prix fabuleux (presque aussi forts que ceux payés de nos jours pour un chien primé, ou le chant d'une ancienne prima donna) les peintures et les sculptures de l'antiquité barbare et non civilisée, comme aussi du Moyen-Âge ; car de tels objets d'art ne seront plus reproduits. La civilisation a sonné leur heure fatale. Elle a sonné le glas des arts anciens, et la dernière décade de notre siècle invite le monde aux funérailles de tout ce qui fut grand, pur et original dans les civilisations de jadis. Raphaël aurait-il pu peindre une seule de ses nombreuses Madones, oh ! vous, amants de l'art, s'il n'avait eu pour inspirer son génie, au lieu de Fornarina, et de femmes autrefois semblables à Junon du Trastevere de Rome, que les modèles actuels, ou les vierges que l'on voit dans tous les coins de l'Italie moderne, en crinoline et en bottines à talons hauts ? Andrea del Sarto aurait-il produit sa fameuse « Vénus et Cupidon » en s'inspirant d'une ouvrière moderne de l'East End — une des dernières victimes de la mode — tenant à l'ombre d'un gigan¬tesque chapeau à la mousquetaire (1), emplumé comme le scalp d'un chef indien, un marmot sale et scrofuleux élevé dans les taudis ? Comment Le Titien aurait-il pu immortaliser ses patriciennes de Venise aux cheveux d'or, s'il avait été obligé de se trouver toute sa vie dans la société de nos « beautés professionnelles » actuelles, aux cheveux teints d'une couleur paille qui fait ressembler la chevelure humaine à la fourrure d'un chat Angora jaune ? Ne pouvons-nous pas assurer avec une certitude complète que le monde n'aurait jamais eu l'Athena Limnia de Phidias, l'idéal de la beauté dans le visage et la forme, si Aspasie la Milésienne, ou les belles filles de l'Hellade du temps de Périclès ou de toute autre époque, avaient défiguré cette « forme » par des corsets et des bustiers, et s'étaient couvert le « visage » d'émail blanc à la façon des figures vernies des momies égyptiennes ?

Il en est de même en architecture. Le génie même de Michel-Ange aurait reçu un coup mortel par un simple regard sur la tour Eiffel ou l'Albert Hall, ou l'Albert Memorial plus horrible encore. Aucune idée inspiratrice n'aurait pu non plus lui être fournie par le Colisée et le palais des Césars, blanchis et réparés comme ils le sont maintenant ! Où donc alors, en notre siècle de civilisation, irons-nous pour trouver le naturel, ou simplement le pittoresque ? Est-ce encore en Italie, en Suisse ou en Espagne ? Mais la baie de Naples — même si ses eaux sont aussi bleues et transparentes qu'au jour où le peuple de Cumes choisit ses rives pour y fonder une colonie, et si le paysage envi¬ronnant y est toujours aussi beau — a perdu ses traits les plus artistiques et les plus originaux par suite de cet esprit d'imitation qui a infecté les mers et les terres. Elle est privée de ses types paresseux et sales, mais intensément pittoresques qu'on y rencontrait autrefois : ses lazzaroni et ses barcarolos, ses pêcheurs et ses paysannes. Au lieu du bonnet phrygien bleu et rouge des premiers, et des silhouettes semblables à des statues, à demi nues et en haillons poétiques des dernières, nous ne voyons plus de nos jours que des caricatures de la civilisation et de la mode moderne. La gaie tarantella ne résonne plus sur le sable frais de la plage au clair de lune ; elle est remplacée par cette insulte à Terpsychore, le moderne quadrille, dansé dans les trattorias de marins, éclairées au gaz et sentant l'alcool. La saleté couvre toujours le pays, comme au-trefois, mais elle n'est que plus apparente sur les vêtements de ville usés jusqu'à la corde, sur les hauts de forme bosselés, et les bonnets européens autrefois de mode, mais aujourd'hui désuets. Ramassés dans les poubelles des hôtels, ils ornent maintenant les têtes mal peignées des Napolitains jadis pittoresques. Ce dernier type d'homme a disparu, et plus rien ne distingue le lazzarone du gondoliere vénitien, le brigand calabrais du balayeur de rues et du mendiant de Londres. Les eaux tranquilles et ensoleillées du Canal Grande ne sont plus sillonnées par les gondoles remplies, les jours de fêtes, de Vénitiens vêtus de couleurs claires et de jeunes filles et bateliers pittoresques. La gondole noire qui glisse silencieusement sous les lourds balcons sculptés des vieux palais patriciens fait plutôt songer à un cercueil flottant, conduit vers le Styx par un homme à l'air solennel aux vêtements sombres, qu'aux gondoles d'il y a trente ans. Venise paraît plus triste maintenant que durant les jours de l'esclavage autrichien dont Napoléon III la délivra. Une fois à terre, le gondoliere se distingue à peine de son passager, le Membre du Parlement anglais en vacances dans la vieille ville des Doges. Telle est l'œuvre nivela tri ce de la civilisation qui détruit tout.

Il en est de même partout en Europe. Regardez en Suisse. Il y a à peine dix ans, chaque canton avait son costume national distinctif, aussi frais et propre que curieux. Maintenant les gens ont honte de le porter. Les habitants veulent être pris pour des visiteurs étrangers et être considérés comme une nation civilisée qui suit même les modes. Passez en Espagne. De toutes les reliques du passé, l'odeur de l'huile rance et de l'ail rappelle seule la poésie d'antan du pays du Cid. La gracieuse mantille a presque disparu ; le fier mendiant-hidalgo ne se voit plus au coin des rues ; les sérénades nocturnes des Roméo amoureux ne sont plus de mode et la dueña songe à revendiquer les droits de la femme. Les membres des Associations pour la « Pureté Sociale » peuvent en rendre grâce à Dieu et attribuer ce changement aux réformes morales chrétiennes de la civilisation. Mais la moralité a-t-elle gagné quoi que ce soit en Espagne avec la disparition des amoureux nocturnes et des duègnes ? Nous avons bien le droit de dire non. Un Don Juan au-dehors d'une maison est moins dangereux qu'à l'intérieur. L'immoralité sociale est aussi répandue que jamais — sinon plus — en Espagne, et il doit vraiment en être ainsi puisque même le Guide de « Harper » signale ce qui suit dans sa dernière édition :

« Les mœurs dans toutes les classes de la société, surtout dans les classes élevées, sont tout à fait dégradées. Les voiles, il est vrai, ont été abandonnés, et les sérénades sont rares, mais la galanterie et l'intrigue existent plus que jamais. Les hommes pensent peu à leurs obligations conjugales ; les femmes… sont victimes volontaires d'une galanterie sans principes. » (Espagne, « Madrid », page 678). En cela, l'Espagne marche de pair avec les autres pays civilisés ou en train de le devenir, et elle ne vaut certainement pas moins que beaucoup d'autres pays qu'on pourrait citer ; mais ce que l'on peut en dire en vérité c'est que ce qu'elle a perdu en poésie, par suite de la civilisation, elle l'a gagné en hypocrisie et en mœurs relâchées. Le Cortejo s'est transformé en petit crevé (1), les castagnettes se sont tues, parce que, peut-être, le bruit des bouteilles de champagne qu'on débouche offre plus d'excitation à la nation qui se civilise rapidement ; et les « Andalouses au teint bruni » s'étant mises aux cosmétiques et aux fards, on peut dire que la « Marquesa d'Almedi » a été enterrée avec Alfred de Musset.

Vraiment, les dieux ont été propices à l'Alhambra. Ils ont permis qu'il soit brûlé avant que sa pure beauté mauresque n'ait été finalement profanée par des orgies, comme le sont les temples taillés dans le roc de l'Inde, les Pyramides et d'autres reliques. Ce magnifique vestige des Maures avait, une fois déjà, souffert une transformation chrétienne. Il existe encore une tradition à Grenade, et c'est aussi un fait historique, que les moines de Ferdinand et d'Isabelle avaient fait de l'Alhambra — ce « palais aux fleurs pétrifiées teintées des reflets des ailes d'anges » — une prison infecte pour les voleurs et les meurtriers. Les spéculateurs modernes auraient pu faire plus mal ; ils auraient pu profaner ses murs et ses plafonds incrustés de perles, ses ravissantes dorures et son stuc admirable, ses arabesques féeriques et ses sculptures de marbre semblables à des fils de la vierge, avec des réclames commerciales, prenant la relève des Inquisiteurs qui avaient déjà couvert les murs du monument de chaux et avaient permis aux geôliers de se servir des salles de l'Alhambra pour y loger leurs ânes et leur bétail. Comme il y a peu de doute que la folie des Madrileños à imiter les Français et les Anglais ait déjà, à ce stade de la civilisation, pénétré et infecté toutes les provinces espagnoles, nous pouvons considérer ce joli pays comme mort. Un ami me dit avoir été témoin oculaire de « cocktails » versés, près de la fontaine de marbre de l'Alhambra, sur les traces de sang laissées par les malheureux Abencérages qu'abattit Boadbil ; et d'un cancan parisien pur sang (1) exécuté par des ouvrières et des soldats de Grenade, dans la Cour des Lions !

Mais ce ne sont là que des signes secondaires des temps et de la diffusion de la culture parmi les classes moyennes et inférieures. Partout où l'esprit d'imitation possède le cœur de la nation — les classes pauvres et travailleuses — l'esprit national disparaît, le pays est sur le point de perdre son individualité, et tout va plus mal. A quoi sert-il de proclamer bien haut « les bienfaits de la civilisation chrétienne », de prétendre qu'elle a adouci la moralité publique, qu'elle a affiné les mœurs et coutumes nationales, etc., etc., alors que notre civilisation moderne a fait tout le contraire ! La civilisation dépend depuis des âges, dit Burke, « de deux principes… l'esprit du gentilhomme et l'esprit religieux ». Mais combien de vrais gentlemen nous reste-t-il, si nous comparons notre temps même à l'époque demi barbare de la chevalerie ? La religion est devenue une hypocrisie grossière, et le véritable esprit religieux est considéré de nos jours comme de la folie. La civilisation, prétend-on, « a détruit le brigandage, assuré la sécurité publique, élevé la morale et construit des chemins de fer qui sillonnent actuel¬lement toute la surface du globe ». Vraiment ? Analysons sérieusement et impartialement tous ces « bienfaits », et nous verrons bientôt que la civilisation n'a rien fait de semblable. Tout au plus, a-t-elle mis un faux nez à chacun des maux du passé, ajoutant à la laideur naturelle de chacun son hypocrisie et ses prétentions sans fondement. S'il est vrai qu'elle a fait disparaître dans certains centres civilisés de l'Europe — près de Rome, au bois de Boulogne, à Hampstead Heath — les bandits de grands chemins il est aussi vrai qu'elle n'a fait que détruire le vol en tant qu'une spécialité, alors qu'il est devenu maintenant une occupation commune dans les villes, grandes et petites. Le voleur et le coupeur de gorges n'ont fait qu'échanger leur habit et leur apparence, en adoptant le costume de la civilisation — le vilain costume moderne. Au lieu d'être volés sous la voûte des grands bois et à la faveur de l'obscurité, on vole maintenant les gens à la clarté de la lumière électrique des bars, et sous la protection des lois commerciales et des règlements de police. Quant au brigandage en plein jour, la Mafia de la Nouvelle-Orléans et la Mala Vira de Sicile, avec ses bandes organisées et régulières de meurtriers, de voleurs et de tyrans (2) obligeant les hauts fonctionnaires, la population, la police et les jurés de leur obéir, en plein cœur de la « culture » européenne, prouvent combien notre civilisation a réussi à assurer la sécurité publique, et combien la religion chrétienne est arrivée à adoucir le cœur des hommes et les us et coutumes d'un passé barbare. Les encyclopédies modernes aiment beaucoup s'étendre sur la décadence de Rome et ses horreurs païennes. Mais si les dernières éditions du Dictionary of Greek and Roman Biography ont été assez honnêtes pour faire un parallèle entre les « monstres de dépravation » de l'ancienne civilisation : Messaline et Faustine, Néron et Commode, et l'aristocratie européenne moderne, on découvrirait peut-être que celle-ci peut rendre des points à la première, en hypocrisie sociale du moins. Entre la « débauche éhontée et bestiale » d'un Empereur Commode et la dépravation aussi bestiale de plus d'un « Honorable », haut représentant Officiel du peuple, la seule différence possible c'est que tandis que Commode était membre de tous les collèges sacerdotaux du Paganisme, le débauché moderne peut être un membre haut placé des Eglises Evangéliques chrétiennes, un élève et pieux distingué de Moody et de Sankey, et que sais-je encore ! Ce n'est pas le Calchas d'Homère, qui fut le modèle du Calchas de l'Opérette « La Belle Hélène », mais le Tartuffe sacerdotal moderne et ses fidèles.

Quant aux bénédictions des chemins de fer et à « l'annihilation de l'espace et du temps », c'est une question qui reste en suspens de savoir — indépendamment de la misère et de la famine que l'introduction des locomotives et du machinisme a produites depuis des années chez ceux qui vivent de leur travail manuel — si les chemins de fer ne tuent pas plus de gens en un mois que les brigands de toute l'Europe n'en tuaient en un an. Les victimes des chemins de fer, de plus, sont tuées dans des circonstances qui surpassent en horreur tout ce que les coupeurs de gorges auraient pu imaginer. On lit journellement le récit de catastrophes ferroviaires où les gens sont « brûlés dans les débris enflammés », « déchiquetés et rendus méconnaissables », et tués par douzaines et par vingtaines (3). Ceci est bien pis que les bandits de grands chemins de Newgate de jadis.

Le crime non plus, n'a pas diminué par suite de la civilisation, bien que grâce aux progrès de la science en chimie et en physique, il ait moins de chances d'être découvert, et qu'il soit devenu plus horrible qu'il ne l'a jamais été. Parlez-moi de la civilisation chrétienne ayant amélioré les mœurs publiques ; de la Chrétienté étant la seule religion qui ait établi et reconnu la Fraternité Universelle ! Regardez les sentiments fraternels dont font preuve les Chrétiens américains envers les Indiens et les Noirs, dont le droit de citoyen est une ironie de notre siècle. Voyez l'amour des Anglo-indiens pour le « paisible hindou », le Musulman et le Bouddhiste. Voyez « comme ces Chrétiens s'aiment les uns les autres » avec leurs violations constantes de la loi, leurs calomnies réciproques, leur haine mutuelle entre églises et entre sectes. La civilisation moderne et le Christianise sont comme l'huile et l'eau — ils ne se mélangeront jamais. Des nations où journellement on commet des crimes horribles, des nations qui se réjouissent de posséder des Tropmann et des Jack l'Eventreur, des canailles comme Mme Reeves qui massacrait des enfants — elle a fait, croit-on, 300 victimes — dans un but de lucre ignoble ; des nations qui non seulement permettent mais encouragent même Monaco et ses suicides sans nombre, qui soutiennent les courses de taureaux, les luttes, les sports cruels, et jusqu'à la vivisection pratiquée sans discernement ― de telles nations n'ont pas le droit de se vanter de leur civilisation, D'autre part, des nations qui, par suite de considérations politiques, n'osent pas détruire le commerce des esclaves une fois pour toutes, et qui, par appât du gain, hésitent à abolir le trafic de l'opium et du whisky, s'enrichissant de la misère sans nom et de la dégradation de millions d'êtres humains, n'ont pas le droit de s'appeler chrétiennes ou civilisées. Une civilisation qui conduit, en fin de compte, à la destruction de tout noble sentiment artistique dans l'homme ne mérite que l'épithète de barbare. Nous, les Européens modernes, sommes d'aussi grands Vandales, sinon de plus grands, que l'étaient Attila et ses hordes sauvages.

Consummatum est. Voilà l'œuvre de notre civili¬sation chrétienne et ses effets directs. Agent de destruction de l'art, Shylock qui, pour chaque parcelle d'or qu'il donne, exige et reçoit en retour une livre de chair humaine, dans le sang du cœur, dans la souffrance physique et mentale des masses, dans la perte de tout ce qui est vrai et digne d'être aimé, ne mérite guère de reconnaissance ni de respect. Cette fin de siècle (1), annoncée prophétiquement d'une façon inconsciente, est en somme la fin du cycle (1), prédite depuis longtemps et dans laquelle, selon le Manjunâtha Sutra, « La Justice sera morte, laissant comme successeur la Loi aveugle, et comme Gourou et guide : l'Egoïsme, les choses et les actions mauvaises seront considérées comme méritoires, et les actes saints comme de la folie ». Les croyances se meurent, la vie divine est raillée ; l'art et le génie, la vérité et la justice sont sacrifiés journellement au mammon insatiable du siècle, la recherche de l'argent. L'artificiel remplace le réel, le faux est substitué au vrai. Il ne reste plus, dans le sein de la nature, une seule vallée ensoleillée, ni un bosquet ombragé qui soit encore vierge. Et cependant, quelle fontaine de marbre dans un square à la mode ou dans un parc citadin, quels lions de bronze, quels dauphins penchés, à la queue enroulée, peut se mesurer avec un vieux puits campagnard, rongé de vers, couvert de mousse, et délavé par la pluie, ou avec un moulin à vent se dressant dans une verte prairie ? Quel Arc de Triomphe peut être comparé aux arches basses de la Grotte d'Azur de Capri, et quel parc urbain ou Champs Elysées dépasse Sorrente, « le jardin sauvage du monde », le lieu natal du Tasse ? Les civilisations anciennes n'ont jamais sacrifié la Nature à la spéculation, mais la considérant comme divine, elles ont honoré ses beautés naturelles en érigeant des œuvres d'art telles que notre civilisation électrique moderne n'aurait jamais pu en produire, même en rêve. La grandeur sublime, la majesté mélancolique des temples ruinés de Paestum qui se dressent depuis des âges, comme autant de sentinelles sur les sépulcres du Passé, et comme un espoir perdu de l'Avenir, parmi les solitudes montagneuses de Sorrente, ont inspiré plus d'hommes de génie que la nouvelle génération n'en produira jamais. Donnez-nous les bandits qui autrefois infestaient ces ruines, plutôt que les chemins de fer qui traversent les anciennes tombes étrusques ; les premiers prenaient la bourse ou la vie de quelques-uns, les seconds minent la vie de millions d'êtres en empoisonnant de gaz délétères le souffle pur de l'air. Dans dix ans, au XXe siècle, la France méridionale avec Nice et Cannes, et même l'Engadine, pourront espérer rivaliser avec l'atmosphère brumeuse de Londres, par suite de l'accroissement de la population et du changement de climat. Nous apprenons que la Spéculation prépare une nouvelle iniquité contre la Nature : on se propose de construire des funiculaires (1) (des chemins de fer. en miniature) fumeux, graisseux et puants, sur certaines montagnes célèbres. Ils se préparent déjà à ramper, comme autant de reptiles hideux vomissant le feu sur les flancs immaculés de la Jungfrau, et un tunnel ferroviaire va percer le cœur de la montagne Vierge coiffée de neige  la gloire de l'Europe. Et pourquoi pas ? Une spéculation nationale, n'a-t-elle pas abattu les restes précieux du grand Temple de Neptune à Rome, pour bâtir sur son cadavre colossal et sur ses piliers sculptés la Douane actuelle ?

Sommes-nous tellement dans l'erreur en maintenant que la civilisation moderne, avec son Esprit de Spéculation, est le Génie même de la Destruction ; et comme tel, quelles meilleures paroles peut-on lui adresser que la définition donnée par Burke :

« Un Esprit d'innovation est généralement le résultat d'un caractère égoïste et d'un point de vue étroit. Ceux qui ne se retournent jamais vers leurs ancêtres, ne s'occuperont pas de la postérité. »

H.P. Blavatsky.

[Cet article fut publié pour la première fois par H. P. Blavatsky, dans le Lucifer de Mai 1891]

Notes
(1) En français dans le texte (N. d. éd.).
(2) Lisez « le Paradis des coupe-gorges » dans la Revue d'Edimbourg d'Avril 1877, et le résumé qui en est fait dans la Pall-Mall Gazette du 15 Avril 1891 : « Le meurtre comme profession ».
(3) Pour prendre un exemple. Un télégramme Reuter d'Amé¬rique, où de tels accidents sont presque journaliers, donne les détails suivants au sujet d'un accident de chemin de fer. « L'une des voitures, qui était attachée à un train de gravier et qui contenait cinq ouvriers italiens, fut projetée dans le centre des débris, et le tout prit feu. Deux des hommes furent tués sur le coup, et les trois autres blessés furent coincés dans les débris. Comme les flammes les atteignaient, leurs cris devinrent déchirants. Par suite de la position de la voiture et de la chaleur intense, les sauveteurs furent incapables d'arriver jusqu'à eux, et furent obligés de les regarder lentement brûler vifs. On dit que toutes les victimes laissent des enfants ».

L'importance des idées spirituelles

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L’Idée Divine de Platon : « La philosophie ancienne affirmait que c'est par la manifestation de cette Volonté [du divin éternel et illimité] – nommée par Platon, l'Idée Divine – que toutes choses, visibles et invisibles vinrent à l'existence. De même que cette Idée Intelligente, par le seul fait de diriger sa puissante Volonté sur un centre de forces localisées appelaient les formes objectives à l'existence ; l'homme, le microcosme du grand Macrocosme en fait autant avec le développement de sa force de Volonté. Les atomes imaginaires – langage figuré qu'employa Démocrite et dont les matérialistes se sont emparés avec une joie reconnaissante – sont comme des ouvriers automates, mus intérieurement par l'afflux de cette Volonté Universelle dirigé sur eux et qui se manifestant comme force les met en mouvement. Le plan de l'édifice à construire existe dans le cerveau de l'Architecte et reflète sa volonté : abstrait encore, dès l'instant de la conception, il devient concret par ces atomes qui suivent fidèlement chaque ligne, point et figure tracés dans l'imagination du Divin Géomètre.
L'homme peut créer comme Dieu. Étant donnée une certaine intensité de Volonté, les formes imaginées par le mental deviennent subjectives. On les appelle hallucinations quoiqu'elles soient aussi réelles pour leur auteur que n'importe quel objet visible pour tout autre. Augmentez l'intensité et l'intelligente concentration de cette même volonté, la forme deviendra concrète, visible, objective ; l'homme a appris le secret des secrets ; c'est un MAGICIEN. » – H.P. Blavatsky, Isis Dévoilée, trad. Adyar – Vol. I, pp. 61/2 de l’éd. anglaise originale)

Les symboles : « [Pour les anciens chaque symbole] est une idée qui a pris corps, chacun combine la conception du Divin Invisible avec le terrestre et visible. L'un dérive de l'autre strictement, par analogie, selon la formule hermétique : "En haut comme en bas". Leurs symboles [des anciens] prouvent une connaissance profonde des sciences naturelles, et une étude pratique de la puissance cosmique. » – H.P. Blavatsky, Isis Dévoilée – trad. vol. I, p. 22 de l’éd. anglaise originale).

Les idées sont des entités : « Une idée » selon Plutarque, « est une entité incorporelle, qui n’a pas d’existence [objective] par elle-même, mais donne une image et une forme à la matière sans forme, qui devient la cause de sa manifestation » – H.P. Blavatsky, Isis Dévoilée – trad. vol. I, p. 250 de l’éd. anglaise originale).

L’univers se développe à partir de l’Idée divine : « L’univers visible d’esprit de matière, [disait les anciens], n’est que l’image concrète de l’abstraction idéale ; il a été développé sur le modèle de la première IDÉE divine. Ainsi notre univers a existé de toute éternité à l’état latent. L’âme qui anime cet univers purement spirituel est le soleil [spirituel] central, la Déité la plus haute elle-même. Ce ne fut pas cette Déité qui développa la forme concrète de l’idée mais Son premier-né ; et l’univers fut construit à partir de la figure géométrique du dodécaèdre [v. Platon, Timée, 55C]. » – H.P. Blavatsky, Isis Dévoilée – trad. vol. I, p. 342 de l’éd. anglaise originale).

Les Idées et les Nombres : « Toutes les mystiques religieuses sont basées sur les nombres. Avec les pythagoriciens, la Monade ou l’unité, émane la duade, et forme ainsi la trinité, et le avec le quaternaire ou Arba-il (le quatre mystique [dans la kabbale]), et compose le nombre sept. La sacralité des nombres commence avec le grand Premier – le UN, et se termine seulement avec le zéro – un symbole du cercle infini et sans limites qui représente l’univers. Tous les chiffres qui interviennent, quel qu’en soit la combinaison, ou le multiple, représentent des idées philosophiques, de vagues formes à un axiome scientifique clairement établi, concernant un fait moral ou un fait physique dans la nature. Ils sont la clef pour comprendre les vues des anciens sur la cosmogonie, dans son sens large, incluant l’homme et les êtres, et l’évolution de l’espèce humaine, tant spirituelle que physique.
« Le nombre sept est le plus sacré de tous, et est, sans aucun doute, d’origine Indou. » – H.P. Blavatsky, Isis Dévoilée – trad. vol. II, p. 407 de l’éd. anglaise originale).

De l’éternité des idées : « Tout est, a été, ou sera, et EST éternellement ; même les formes innombrables, ne sont finies et périssables que dans leur aspect objectif, mais pas dans leur Forme idéale. Elles ont existé en tant qu’Idée de toute Eternité, et quand elles meurent, elles continuent à exister comme réflexions. Ni la forme de l’homme, ni celle d’un animal quelconque, d’une plante ou d’une pierre n’a été créée, et ce n’est que sur notre plan qu’elle a commencé à « devenir », c.à.d. à devenir objective dans sa matérialité présente, ou se développer de l’intérieur vers l’extérieur, de l’essence la plus sublimisée et super sensible à son apparence grossière. Ainsi nos formes humaines ont existé dans l’Eternité comme prototype astraux ou éthériques. » – H.P. Blavatsky, La Doctrine Secrète – trad. vol. I, p. 282 de l’éd. anglaise originale).

L’homme doit aider à l’évolution divine des Idées et de la Nature : « Le Démiurge [ou Logos] n’est qu’un agrégat de forces Dhyan-Choaniques [c.à.d. des Hiérarchies spirituelles] et autres. Concernant ces dernières,
Elles sont doubles dans leur charactère : étant composée (a) d’énergie brute irrationnelle, inhérentes à la matière, et (b) de l’âme intelligente, ou de la conscience cosmique, qui dirige et guide cette énergie et qui est la pensée Dhyan-Choanique reflétant l’Idéation du mental Universel. Il en résulte de perpétuelles séries de manifestations physiques et d’effets moraux sur Terre, tout au long des périodes manvantariques [= les cycles de l’univers], toutes étant soumis à [la loi de] Karma. Comme ce process n’est pas toujours parfait ; et malgré les nombreuses preuves pouvant montrer qu’une intelligence guide derrière le voile, il montre néanmoins des failles et défauts, et souvent même d’évidents échecs – cependant, ni la Nuée collective (du Démiurge), ni aucun des pouvoirs à l’œuvre pris individuellement, ne sont l’objet d’honneurs divins ou d’adoration. Cependant tous méritent une respectueuse considération de la part de l’Humanité ; et l’homme devrait toujours s’efforcer d’aider l’évolution divine des Idées, en devenant de plus en plus apte à cotravailler avec la nature dans sa tâche cyclique. La Cause-sans-cause, de toutes les causes, l’unique Karana [= Cause] inconnu et inconnaissable, devait avoir son temple et son autel dans notre cœur pur et vierge. Ceux qui la vénère doivent le faire dans le silence et la solitude sanctifiée de leurs Âmes ; faisant de leur esprit le seul médiateur entre eux et l’Esprit Universel, de leurs bonnes actions les seuls prêtres, et de leurs intentions pécheresses les seules victimes sacrificielles visibles et objectives de la Présence. » – H.P. Blavatsky, La Doctrine Secrète – trad. vol. I, p. 280 de l’éd. anglaise originale).

Le pouvoir de la manifestation objective des idées : « Kriyasakti [terme sanskrit] est le pouvoir mystérieux de la pensée qui permet à cette dernière de produire des résultats extérieurs, perceptibles, et objectifs par sa propre énergie inhérente. Les anciens affirmaient qu’une idée se manifestera à l’extérieur si l’intention du penseur est profondément concentrée dessus. De manière similaire une volonté intense sera suivie de l’effet désiré. » – H.P. Blavatsky, La Doctrine Secrète – trad. vol. I, p. 293 de l’éd. anglaise originale).
Le pouvoir créateur des idées divines rappelle ces paroles de Maître Eckhart : « Il faut savoir que le sage et la Sagesse, le vrai et la Vérité, le juste et le Justice, le bon et la Bonté se rapportent l’un à l’autre et se comportent ainsi les uns relativement aux autres : la Bonté n’est pas créée, elle n’est pas faite, elle n’est pas engendrée ; elle est génératrice et engendre le bon ; et le bon, dans la mesure ou il est bon, n’est pas fait et est incréé, et pourtant il est engendré à la fois enfant et fils de la Bonté » – Maître Eckhart – Traités et sermons (GF Flammarion, p. 130).




L'Hypnotisme et ses rapports avec les autres méthodes de fascination

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H. C. et quelques autres membres [de la Société Théosophique] nous demandent de répondre aux diverses questions qui vont suivre. Nous le faisons, mais à une condition : il faut que nos réponses soient faites du seul point de vue de l'Occultisme, sans prendre en considération les hypothèses de la science moderne (autrement dit « matérialiste », qui peuvent ne pas être d'accord avec les enseignements ésotériques.

Question. — Qu'est-ce que l'hypnotisme ? En quoi diffère-t-il du magnétisme animal (ou mesmérisme) ? Réponse. — L'hypnotisme est le nouveau nom scientifique que l'on donne à l'ancienne et ignorante « superstition » appelée de noms variés tels que « fascination » ou « enchantement ». C'est un mensonge de l'antiquité transformé en vérité moderne. Le fait est là ; mais ce qui manque encore, c'est l'explication scientifique. Certains croient que l'hypnotisme est le résultat d'une irritation artificielle produite sur la périphérie des nerfs ; que cette irritation réagit sur les cellules de la substance cérébrale qu'elle traverse, en y créant, par épuisement, une condition qui n'est autre chose qu'une sorte de sommeil (hypnosis ou hypnos), d'autres n'y voient simplement qu'une sorte de stupeur qui se produit de soi-même, surtout au moyen de l'imagination, etc., etc. La condition hypnotique diffère du magnétisme animal, lorsqu'elle est causée par la méthode de Braid, qui est purement mécanique, c'est-à-dire, en fixant les yeux sur un point brillant, un métal ou un cristal. Cette condition devient « magnétisme animal » (ou mesmérisme) lorsqu'elle est produite par des passes mesmériques faites sur le malade ; et pour les raisons suivantes : lorsque l'on se sert de la première méthode, il n'y a aucune action de courants électro-psychiques ou même électro-physiques ; seules entrent en jeu les vibrations moléculaires et mécaniques du métal ou du cristal regardé par le sujet. C'est l'œil, — le plus occulte de tous les organes placés à la surface de notre corps, — qui, en servant d'intermédiaire entre ce morceau de métal ou de cristal et le cerveau, met à l'unisson les vibrations moléculaires des centres nerveux de ce dernier avec les vibrations de l'objet brillant (c'est-à-dire les conduit à égaliser le nombre de leurs oscillations respectives). Et cet unisson produit l'état hypnotique. Mais, lorsque l'on emploie la seconde méthode, le vrai nom de l'hypnotisme devrait certainement être le « magnétisme animal », ou bien encore « le mesmérisme » — termes qui ont été pourtant si ridiculisés. En effet, dans l'hypnose produite au moyen de passes préliminaires, c'est la volonté humaine, consciente ou inconsciente, de l'opérateur même qui agit sur le système nerveux du sujet. Et c'est encore par les vibrations, atomiques seulement et non moléculaires, produites dans l'éther de l'espace (sur un tout autre plan, par conséquent), par cet acte d'énergie appelé LA VOLONTÉ que l'état super-hypnotique (c'est-à-dire la « suggestion », etc.) est induit. Car ce que nous nommons « les vibrations de la volonté », et leur aura, se distingue absolument des vibrations causées par le simple mouvement moléculaire mécanique, attendu que ces deux sortes de vibrations agissent sur deux degrés distincts des plans cosmico-terrestres. Pour comprendre cela, il faut naturellement se faire une idée claire de ce que les Sciences Occultes entendent par la volonté.

Question. — II y a, dans l'hypnotisme et dans le magnétisme animal, un acte de volonté de l'opérateur, quelque chose qu'il communique à son malade, un effet produit sur le sujet. Quel est ce « quelque chose » qui est transmis au moyen des deux méthodes ? Réponse. — Les langues européennes ne possèdent pas de mot pour désigner ce qui est transmis de cette manière et, si nous nous contentons de l'appeler volonté, nous en enlevons toute la signification. Les anciens termes, mis à l'index, tels que « enchantement », « fascination », « magie », « charme », et surtout le verbe « ensorceler », exprimaient infiniment mieux le véritable mode d'action qui avait lieu durant le processus d'une transmission de ce genre que ne le font les termes modernes « d'influence psychologique » et « biologique ». La force transmise est appelée en Occultisme « fluide aurique » pour la distinguer de la « lumière aurique », le « fluide » étant une corrélation d'atomes sur un plan supérieur et une descente de ces atomes sur notre plan inférieur, sous la forme de substances plastiques invisibles et impalpables, produites et dirigées par la Volonté pleine d'énergie potentielle. La « lumière aurique » d'autre part, ou ce que Reichenbach appelle l'Od, lumière qui entoure chaque objet animé et inanimé dans la nature, n'est que le reflet astral émanant des objets ; sa couleur particulière et ses différentes nuances, ainsi que leurs diverses combinaisons et variétés dénotent l'état des guna ou des qualités et traits caractéristiques de chaque objet ou sujet spécial, l'aura de l'être humain étant la plus forte de toutes.

Question. — Quelle est l'explication rationnelle du « vampirisme » ? Réponse. — Si vous désignez par cette expression la transmission involontaire, par le moyen d'une sorte d'osmose occulte, d'une partie de la vitalité ou de l'essence de vie d'une personne à une autre, la dernière étant douée ou plutôt affligée d'une telle disposition à la vampirisation, cet acte-là précisément ne peut devenir compréhensible qu'en étudiant bien la nature et l'essence du « fluide aurique » semi-substantiel, dont nous venons de parler. Comme tout ce qu'il y a d'occulte dans la Nature, ce processus d'endosmose et d'exosmose peut être rendu consciemment ou inconsciemment bienfaisant ou malfaisant. Lorsqu'un opérateur parfaitement sain magnétise un malade, avec le désir déterminé de le soulager et de le guérir, l'épuisement qu'il en éprouve est proportionné au soulagement qu'il a procuré ; un processus d'endosmose a eu lieu, le guérisseur ayant transmis une partie de son aura vitale au malade. Quant au vampirisme, c'est une action aveugle et mécanique, qui, en général, se passe à l'insu de la personne qui absorbe ou de celle qui est vampirisée. C'est de la magie noire, consciente ou inconsciente, suivant les circonstances. Car, lorsqu'il s'agit de sorciers et d'adeptes entraînés, cette action se produit consciemment, sous la direction de la Volonté. Dans l'un et l'autre cas, l'agent de transmission est une faculté d'attraction magnétique, terrestre et physiologique dans ses résultats, mais pourtant créée et produite sur le plan à quatre dimensions qui est le domaine des atomes.

Question. — Dans quelles circonstances l'hypnotisme devient-il de la « magie noire » ? Réponse. — Dans les circonstances dont nous venons de parler ; mais il nous faudrait, pour développer ce sujet et en donner quelques exemples, plus de place que nous ne pouvons en consacrer à ces réponses. Il suffira de dire que, lorsque l'opérateur agit dans un but égoïste, ou est animé d'un sentiment de malveillance envers quelque être vivant que ce soit, tous les actes de ce genre sont, à nos yeux, des opérations de magie noire. Le fluide vital et sain, transmis par le médecin au malade qu'il magnétise est capable de guérir, et il le fait effectivement ; mais une trop grande abondance de ce fluide tue. (Voyez, à ce sujet, l'explication que nous donnons dans la réponse à la Question VI, où il est montré qu'une expérience de vibration fait éclater un verre en morceaux).
Question. — Y a-t-il une différence entre l'hypnose produite par des moyens mécaniques, comme les miroirs tournants, et celle qui est le résultat du regard direct de l'opérateur (fascination) ? Réponse. — II nous semble que cette différence a déjà été indiquée dans notre réponse à la Question l. Le regard de l'opérateur est plus puissant, par conséquent plus dangereux, que les simples passes mécaniques de l'hypnotiseur qui, neuf fois sur dix, ne sait pas utiliser la volonté, et par suite, ne le peut pas. Ceux qui étudient la Science Ésotérique doivent savoir, par les lois mêmes des correspondances occultes, que, dans le premier cas, l'action se passe sur le premier plan (le plan inférieur) de la matière ; tandis que dans le second cas, où une volonté très concentrée est indispensable, l'action se passe sur le quatrième plan, si l'opérateur n'est qu'un novice profane, et sur le cinquième plan, s'il est un tant soit peu Occultiste.

Question. — Pourquoi une personne peut-elle tomber dans l'état hypnotique par l'effet d'un morceau de cristal ou d'un bouton brillant, tandis qu'une autre personne n'en ressent absolument rien ? II nous semble qu'une réponse à cette question dissiperait bien des perplexités. Réponse. — Les hypothèses de la science à ce sujet sont nombreuses ; mais, jusqu'à présent, il n'en est aucune qui ait été acceptée comme définitive. Et cela provient de ce que toutes les spéculations de ce genre ne font que tourner dans le cercle vicieux des phénomènes matériels physiques, avec leurs forces aveugles et leurs théories mécaniques. Les hommes de science, n'ayant pas reconnu l'existence du « fluide aurique » , refusent d'y croire. Mais n'ont-ils pas ajouté foi, pendant des années, à l'efficacité de la métallothérapie, dont l'influence était basée sur l'action des fluides ou courants électriques des métaux sur le système nerveux ? Et cela, tout simplement, parce que l'on avait découvert une analogie entre l'activité du système nerveux et l'électricité. Cette théorie tomba parce qu'elle était en désaccord avec les expériences et les observations les plus rigoureuses. Elle fut contredite, avant tout, par un fait fondamental de la métallothérapie, dont le mode d'action est très spécifique : en premier lieu, puisqu'un malade pouvait être sensible à l'action d'un métal spécial, tandis que tous les autres ne produisaient aucun effet sur lui, il fallait en conclure que chaque métal n'agissait pas du tout sur chaque affection nerveuse ; et, en second lieu, les malades sensibles à l'action de certains métaux étaient rares et exceptionnels. Cela prouva que les « fluides électriques » agissant sur les maladies et les guérissant n'existaient que dans l'imagination des théoriciens. S'ils avaient existé véritablement, tous les métaux auraient dû agir, dans une mesure plus ou moins grande, sur tous les malades, et chaque métal, pris séparément, aurait agi sur chaque affection nerveuse, puisque, dans les circonstances en question, les conditions dans lesquelles ces fluides étaient produits, étaient absolument les mêmes. Ainsi, le Dr Charcot ayant justifié le Dr Burke, jadis discrédité pour avoir découvert la métallothérapie, Shiff et d'autres, discréditèrent à leur tour tous ceux qui croyaient à l'existence des fluides « électriques », lesquels, à ce qu'il paraît, ont été remplacés par le « mouvement moléculaire », qui, maintenant, a obtenu toute la suprématie dans le domaine de la physiologie — pour le moment, bien entendu. Mais il se présente ici une question : la nature, l'action et les conditions véritables du « mouvement » sont-elles mieux connues que la nature, l'action et les conditions des « fluides » ? Voilà qui est douteux. Quoi qu'il en soit, l'Occultisme a l'audace de soutenir que les fluides électriques ou magnétiques (lesquels, en réalité sont identiques), doivent leur essence et leur origine à ce même mouvement moléculaire, transformé maintenant en énergie atomique [pm : le mot atome, en Occultisme, a une signification spéciale, différente de celle qui lui est donnée par la science. Voir : « L'Action Psychique et Noétique »], à laquelle sont dus également tous les autres phénomènes de la nature. Lorsque l'aiguille d'un galvanomètre ou d'un électromètre n'indique pas, par ses oscillations, la présence de fluides électriques ou magnétiques, cela ne prouve, en aucune façon, qu'il n'y en a pas à enregistrer ; mais tout simplement que le fluide, étant passé sur un autre plan d'action, supérieur à celui-ci, l'électromètre ne peut plus subir l'influence d'une énergie qui se déploie sur un plan avec lequel l'instrument n'a aucun rapport quelconque.
L'explication qui vient d'être donnée était nécessaire pour démontrer que la nature de la force transmise d'un homme ou d'un objet à un autre homme ou à un autre objet, par le moyen de l'hypnotisme, de l'électricité, de la métallothérapie, ou de la « fascination », est d'une même essence, ne varie qu'en degré, et subit des modifications d'après celui des sous-plans de matière où cette force agit. Sous-plans qui, comme le sait chaque Occultiste, sont au nombre de sept sur notre plan terrestre, ainsi que sur tout autre plan.

Questions. — La science a-t-elle tout à fait tort dans sa définition des phénomènes hypnotiques ? Réponse. — La science ne possède, jusqu'à présent, aucune définition à ce sujet. Mais, s'il existe un point sur lequel l'Occultisme soit d'accord (jusqu'à un certain degré) avec les découvertes récentes de la science physique, c'est que tous les corps doués de la propriété de produire ou de faire naître des phénomènes métallothérapiques et d'autres analogues, ont, malgré leur grande variété, un trait commun. Tous sont les sources et les générateurs de rapides oscillations moléculaires, qui, soit par le moyen d'agents transmetteurs, soit par contact direct, se communiquent au système nerveux, changeant ainsi le rythme des vibrations nerveuses — à la seule condition toutefois d'être ce que l'on appelle à l'unisson. L'unisson ne signifie pas toujours identité de nature ou d'essence, mais simplement identité de degré ; par exemple une similarité par rapport au grave et à l'aigu et des potentialités égales d'intensité de son ou de mouvement. Une cloche peut être à l'unisson avec un violon, et une flûte avec un organe humain ou animal. De plus, le taux de fréquence des vibrations, surtout dans une cellule organique ou un organe animal, varie d'après l'état de santé et la condition générale. Ainsi les centres nerveux cérébraux d'un sujet hypnotisé, quoique parfaitement à l'unisson en degré de potentialité et en activité essentielle originale avec l'objet qu'il regarde, peuvent néanmoins, à cause de quelque trouble organique, se trouver à un moment donné en désaccord avec cet objet en ce qui concerne le nombre de leurs vibrations respectives. Et, dans ce cas, la condition hypnotique n'a pas lieu. Ou bien encore, les cellules nerveuses du sujet ne peuvent pas être mises à l'unisson avec les cellules du cristal ou du métal qu'il est amené à regarder ; et dans ce cas cet objet spécial ne produira jamais aucun effet sur lui. Cela signifie que deux conditions sont indispensables pour obtenir le succès dans une expérience d'hypnotisme ; d'abord, puisque chaque corps organique ou « inorganique » dans la nature, se distingue par son taux déterminé d'oscillations moléculaires, il est nécessaire de découvrir quels sont les corps qui agissent à l'unisson avec tel ou tel système nerveux humain ; ensuite, il faut se souvenir que les oscillations moléculaires des uns ne peuvent influencer l'action nerveuse des autres que lorsque les rythmes de leurs vibrations respectives coïncident entre eux, c'est-à-dire quand le taux de leurs oscillations est rendu égal, ce qui, dans les cas d'hypnotisme produit par des moyens mécaniques a lieu par l'intermédiaire de l'œil.
Voilà pourquoi, bien que la différence entre l'hypnose occasionnée par les moyens mécaniques et celle qui est produite par le regard direct de l'opérateur, soutenu par sa volonté, dépende du plan sur lequel le même phénomène a lieu, l'agent qui « fascine », ou qui soumet, est néanmoins créé par l'action de la même force. Dans le monde physique et ses plans matériels, cette force est appelée MOUVEMENT ; dans les mondes du mental et de la métaphysique, c'est la VOLONTÉ, cette magicienne qui, sous ses visages multiples, opère dans la nature entière.
De même que le taux de vibrations (mouvement moléculaire) du bois, des métaux, des cristaux, etc., se modifie sous l'effet du froid, de la chaleur, etc... les molécules cérébrales sont soumises au même changement, c'est-à-dire que leur taux de vibration augmente ou diminue. Voici ce qui a réellement lieu durant le phénomène de l'hypnose. Lorsque l'hypnose est produite par le regard, c'est l'œil (l'agent principal de la Volonté de l'opérateur actif, mais l'esclave et le traître, lorsque cette volonté est endormie) qui, à l'insu du malade ou du sujet, met à l'unisson les oscillations de ses centres nerveux cérébraux avec les vibrations de l'objet qu'il regarde, en saisissant le rythme de ces vibrations et en le communiquant au cerveau. Mais, lorsque l'hypnose est produite par les passes directes, c'est la Volonté qui, rayonnant de l'œil de l'opérateur, met à l'unisson cette volonté même avec la volonté de la personne sur laquelle elle agit. Car de deux objets mis à l'unisson (deux cordes par exemple), l'un sera toujours plus fort que l'autre et l'emportera sur le plus faible, qu'il aura même la potentialité de détruire. C'est tellement vrai que nous trouvons dans la science physique des exemples à l'appui de ce fait. Ainsi, prenez le cas de la « flamme sensible ». La science nous dit que si l'on fait résonner une note à l'unisson avec le taux de vibrations des molécules de la chaleur, les flammes répondent immédiatement au son (ou à la note produite) en dansant et en chantant au rythme des sons. Mais la Science occulte ajoute que, si le son augmente d'intensité, la flamme peut aussi s'éteindre. (Voyez Isis Unveiled, édition anglaise, Vol. Il, p. 606 et 607). Voici un autre exemple. Prenez un verre en cristal très fin et très clair, et frappez-le légèrement avec une cuillère en argent, de façon à produire un son bien déterminé ; reproduisez ensuite la même note en frottant le bord du verre avec un doigt humide, et, si l'expérience réussit, le verre éclatera immédiatement en morceaux. Indifférent à tout autre son, le verre ne résiste pas à la grande intensité de sa propre note fondamentale, car cette vibration particulière cause, dans les particules dont il est composé, une telle commotion que le tout tombe en pièces.

Question. — Que deviennent les maladies guéries au moyen de l'hypnotisme ? Sont-elles vraiment guéries ou simplement renvoyées à plus tard, ou bien reparaissent-elles sous une autre forme ? Les maladies sont-elles karmiques ? Et, dans ce cas, est-ce bien de chercher à les guérir ? Réponse. — La suggestion hypnotique peut guérir pour toujours ; elle peut aussi ne pas guérir. Tout dépend du degré des relations magnétiques établies entre l'opérateur et le malade. Si les maladies sont karmiques, elles ne sont que remises à plus tard et elles reviendront sous une autre forme ; il n'est pas nécessaire que ce soit sous la forme d'une maladie, mais sous celle d'une rétribution d'un autre genre. Il est toujours « bien » de chercher à soulager la souffrance, lorsque nous le pouvons et de faire notre possible pour y réussir. Lorsqu'un homme purge une peine méritée d'emprisonnement, s'il prend froid dans sa cellule humide n'en faut-il pas moins que le docteur de la prison tâche de le guérir ?

Question. — Est-il nécessaire que les « suggestions » hypnotiques de l'opérateur soient exprimées en paroles ? N'est-il pas suffisant qu'il les pense ? Et ne se pourrait-il pas qu'il fût lui-même ignorant ou inconscient du genre d'influence qu'il exerce sur son sujet ? Réponse. — Non, certes, si le rapport est fermement établi entre les deux, une fois pour toutes. La pensée est plus puissante que la parole, lorsque la volonté du malade est réellement subjuguée par celle de l'opérateur. Mais, d'un autre côté, à moins que la « suggestion » ne soit faite uniquement pour le bien du sujet et entièrement affranchie de tout motif égoïste, une suggestion en pensée est un acte de magie noire plus puissant en mauvaises conséquences qu'une suggestion en paroles. On a toujours tort et il est déloyal de priver un homme de sa volonté, et l'on n'a jamais le droit de le faire, à moins qu'il ne s'agisse du bien de la personne elle-même ou de celui de la société, et même dans le premier cas, il faut user de beaucoup de jugement. L'Occultisme considère toutes les tentatives de ce genre, dont le but n'est pas bien distinct, comme de la magie noire et de la sorcellerie, conscientes ou inconscientes.

Question. — Le motif et le caractère de l'opérateur agissent-ils sur le résultat, qu'il soit immédiat ou retardé ? Réponse. — Comme nous venons de le prouver, cela dépend de la direction que prend le processus hypnotique sous son opération, soit vers la magie blanche, soit vers la magie noire.

Question. — Est-ce agir sagement que d'hypnotiser quelqu'un pour le guérir, non seulement d'une maladie mais aussi d'une mauvaise habitude, comme de boire ou de mentir ? Réponse. — C'est un acte de charité et de bonté, qui est bien proche de la sagesse. Car, bien que l'abandon de ses habitudes vicieuses n'ajoutera rien au bon karma de cette personne (ce qui aurait lieu si ses efforts pour se réformer avaient été personnels, mus par sa propre volonté, et lui avaient coûté une grande lutte mentale et physique), néanmoins une heureuse « suggestion » la retiendra de continuer de se créer un mauvais karma et d'augmenter constamment le nombre de ses transgressions.

Question. — Lorsqu'un « guérisseur par la foi » réussit dans son opération, quelle action exerce-t-il sur lui-même ? Quels tours joue-t-il à ses principes et à son karma ? Réponse. — L'Imagination est une aide puissante dans tous les événements de notre vie. L'Imagination agit sur la Foi, et toutes deux ont pour rôle de tracer les esquisses que la Volonté doit graver plus ou moins profondément dans le roc des obstacles et des oppositions dont la route de la vie est parsemée. Paracelse dit : « La Foi doit confirmer l'imagination, car la foi raffermit la Volonté... Une volonté déterminée est le commencement de toutes les opérations magiques... C'est parce que les hommes ne savent pas imaginer parfaitement, et n'ont pas foi dans les résultats, que les arts (de la magie) sont incertains, tandis qu'ils pourraient être parfaitement certains. »
Voilà tout le secret. La moitié, sinon les deux tiers de nos troubles et de nos maladies, ne sont que les fruits de nos craintes et de notre imagination. Détruisez les craintes et donnez un autre cours à l'imagination, et la nature fera le reste. Il n'y a rien de coupable ou de dangereux dans ces méthodes elles-mêmes ; elles ne font de mal que lorsque le guérisseur par la foi, entraîné par une croyance exagérée en son propre pouvoir, s'imagine être capable de chasser, par sa volonté, des maladies qui nécessitent le secours immédiat de médecins et de chirurgiens habiles, si l'on veut éviter que l'issue en soit fatale.

Le nombre sept

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Dans la lointaine antiquité, on attachait un sens profond aux nombres. Pas un seul peuple doté d'une philosophie quelconque, qui n'ait accordé une grande prédominance aux nombres dans leur application aux observances religieuses, à l'établissement de jours fériés, de symboles, de dogmes et même de répartition géographique des empires. Le système numérique mystérieux de Pythagore n'avait rien de nouveau quand il apparut bien avant, le sixième siècle pré-chrétien. Le sens occulte des chiffres et de leurs combinaisons faisait partie des méditations des sages de tous les peuples ; et le jour n'est pas éloigné où, poussé par l'éternelle rotation cyclique des événements, l'Occident actuellement sceptique et incrédule admettra que dans la périodicité des événements qui se répètent sans cesse, il y a plus qu’une simple chance aveugle. Déjà nos savants d'Occident commencent à s'en apercevoir. Depuis peu ils ont dressé l'oreille et ont commencé à spéculer sur les cycles, sur les nombres et tout ce que, il y a quelques années à peine, ils avaient relégué dans l'oubli des vieux recoins du souvenir pour ne plus jamais les rouvrir, sinon dans le but de ricaner des superstitions ineptes et idiotes de nos ancêtres anti scientifiques.
L'ancienne et prosaïque revue allemande Die Gegenwart, présente un article sérieux et érudit sur la « signification du nombre sept », article qu'il offre à ses lecteurs comme une de ces nouveautés, et comme une « Étude de culture et d'histoire ». Après en avoir cité quelques extraits, nous y ajouterons peut-être quelque chose. Voici ce que dit l'auteur :

« Le nombre sept était considéré comme sacré, non seulement par toutes les nations cultivées de l'antiquité et de l'Orient, mais il était aussi tenu en grand respect par les nations plus jeunes de l'Occident. L'origine astronomique de ce nombre est établie sans aucun doute possible. L'homme se sentant depuis les temps immémoriaux dépendant des pouvoirs célestes, a toujours et partout assujetti la terre au ciel. Les plus grands et les plus étincelants des astres devinrent ainsi, à ses yeux, les pouvoirs les plus importants et les plus hauts ; telles furent les planètes que toute l'antiquité reconnut comme étant au nombre de sept. Avec le temps, celles-ci se transformèrent en sept divinités. Les Égyptiens avaient sept dieux primordiaux et supérieurs ; les Phéniciens sept Cabires ; les Perses sept chevaux sacrés de Mithra ; les Parsis sept anges opposés aux sept démons, et sept demeures célestes en face de sept régions inférieures. Pour représenter plus clairement cette idée sous sa forme concrète, les sept dieux étaient souvent figurés sous forme d'une déité aux sept têtes. Le ciel tout entier était assujetti aux sept planètes : c'est pourquoi dans presque tous les systèmes religieux nous trouvons sept cieux. »

La croyance aux Sapta loka de la religion brahmanique est restée fidèle à la philosophie archaïque ; et, qui sait, si l'idée elle-même n'est pas originaire de l'Aryavarta, ce berceau de toutes les philosophies et la mère de toutes les religions ultérieures ! Si le dogme égyptien de la métempsychose ou de la transmigration de l'âme enseignait qu'il y avait sept états de purification et de perfection progressive, il est également vrai que les Bouddhistes ont pris des Aryens de l'Inde, non de l'Égypte, leur idée de sept états de développement progressif de l'âme désincarnée, symbolisés par les sept étages et ombrelles diminuant graduellement de grandeur, à mesure que l'on approchait du sommet de leurs pagodes.
Dans le culte mystérieux de Mithra, il y avait « sept portes », sept autels, sept mystères. Les prêtres de nombreuses nations orientales étaient subdivisés en sept degrés ; sept marches conduisaient aux autels, et dans les temples les bougies brûlaient dans des chandeliers à sept branches. Plusieurs Loges Maçonniques ont, de nos jours encore, sept et quatorze marches.
Les sept sphères planétaires servirent de modèle pour les divisions et l'organisation des états. La Chine était divisée en sept provinces. La Perse ancienne en sept satrapies : Selon la légende arabique, sept anges rafraîchissent le soleil avec de la glace et de la neige, de crainte qu'il ne réduise la terre en cendres ; et sept mille anges remontent et mettent le soleil en marche chaque matin. Les deux plus anciens fleuves de l'Orient − le Gange et le Nil − avaient chacun sept bouches. L'Orient avait dans l'Antiquité sept fleuves principaux (le Nil, le Tigre, l'Euphrate, l'Oxus, le Yaksart, l'Arax et l'Indus) ; sept trésors fameux ; sept cités pleines d'or ; sept merveilles du monde, etc. Le nombre sept jouait également un rôle prédominant dans l'architecture des temples et des palais. La fameuse pagode de Churingham est entourée de sept murs carrés, peints de sept couleurs différentes, et au milieu de chaque mur se trouve une pyramide à sept étages ; comme dans les temps antédiluviens, le temple de Borsippa, actuellement le Birs-Nimrud, avait sept étages, symbolisant les sept cercles concentriques des sept sphères, chacun étant construit de tuiles et de métaux qui correspondaient à la couleur de la planète régissant la sphère que cet étage représentait. »
Ce sont là tous des « Pestes de paganisme », nous dit-on − des traces « de superstitions d'antan qui ont disparu comme les hiboux et les chauves-souris d'un sombre souterrain, pour ne plus jamais reparaître devant la lumière glorieuse du Christianisme » − mais cette affirmation peut être aisément réfutée. Si l'auteur de l'article en question a rassemblé des centaines d'exemple pour prouver que non seulement les anciens Chrétiens, mais même ceux d'aujourd'hui ont conservé le nombre sept avec autant de respect sacré qu'autrefois, on pourrait en réalité en trouver des milliers. Pour commencer, citons les calculs astronomiques et religieux d'autrefois parmi les païens romains qui divisaient la semaine en sept jours, et considéraient le septième comme le plus sacré, le jour Sol ou le jour Solaire de Jupiter, calculs devant lesquels toutes les nations chrétiennes − surtout les Protestantes − font encore Puja [Terme hindouiste pour désigner un ensemble de rites (N. d. T.)] de nos jours. Si, par hasard, on nous objecte que nous ne les tenons pas des païens, mais des Juifs monothéistes, alors pourquoi n'est-ce pas le Samedi ou le « Sabbath » réel qu'on garde au lieu du Dimanche ou jour de Sol ?
Si, dans le « Ramayana » on mentionne sept cours aux résidences des rois indiens ; si sept portes conduisaient généralement aux temples fameux des villes d'autrefois, pourquoi les Frisons au dixième siècle de l'ère chrétienne, ont-ils strictement adhéré au nombre sept pour la division de leurs provinces et ont-ils insisté pour payer sept « pfennigs » de contribution ? Le Saint Empire Romain et Chrétien avait sept Kurfursts ou Electeurs. Les Hongrois émigrèrent sous la conduite de sept ducs, et fondèrent sept villes appelées maintenant Semigradya (Transylvanie). Si la Rome païenne fut construite sur sept collines, Constantinople portait sept noms, − Byzance, Antonia, Nouvelle Rome, la Ville de Constantin, le Distributeur des Parties du Monde, le Trésor de l'Islam, Stamboul − ainsi que la ville sur les sept Collines et la cité au sept Tours en surplus. Sous les Musulmans « elle fut assiégée sept fois et prise après sept semaines par le septième des sultans Osman. » Selon les idées des peuples orientaux, les sept sphères planétaires sont représentées par les sept cercles que portent les femmes à sept parties différentes du corps − la tête, le cou, les mains, les pieds, les oreilles, le nez et la taille − et ces sept anneaux ou cercles sont offerts de nos jours encore par les fiancés orientaux à leur future épouse ; d'après les chants persans, la beauté de la femme réside dans sept charmes.
Les sept planètes restent toujours à égale distance l'une de l'autre, et tournent dans la même orbite, de là l'idée de l'éternelle harmonie de l'univers que suggère ce mouvement. En ce sens, le nombre sept était spécialement sacré pour les Orientaux, et il conserva toujours son importance aux yeux des astrologues. Les Pythagoriciens considéraient le chiffre sept comme l'image et le modèle de l'ordre divin et de l'harmonie divine dans la nature. Ce nombre renfermait deux fois le nombre sacré trois ou la « triade », à laquelle s'ajoutait l'un ou la monade divine :
3 + 1 + 3. Comme l'harmonie de la nature résonne sur le clavier de l'espace, entre les sept planètes, l'harmonie des sons audibles vibre sur un plan réduit, dans la gamme musicale des sept notes se répétant toujours. C'est pourquoi il y avait sept trous à la flûte du dieu Pan (la Nature), et leur proportion graduellement décroissante représentait la distance entre les planètes elles-mêmes et entre celles-ci et la terre ; de là aussi la lyre aux sept cordes d'Apollon. Consistant en une réunion entre le nombre trois (le symbole de la triade divine chez tous les peuples, Chrétiens aussi bien que païens) et le nombre quatre (le symbole des forces cosmiques ou éléments) le nombre sept indique symboliquement l’union de la Déité avec l'univers ; cette idée pythagoricienne fut appliquée − (surtout au Moyen Âge) − par les Chrétiens qui firent un large usage du nombre sept dans le symbolisme de leur architecture sacrée. Ainsi, par exemple, la fameuse Cathédrale de Cologne, et l'Église Dominicaine de Regenburg reproduisent ce nombre dans les plus petits détails architecturaux.
Ce nombre mystique n'a pas une moindre importance dans le monde de l'intellect et de la philosophie. La Grèce avait sept sages, le Moyen Âge chrétien possédait sept arts libres (la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la géométrie, la musique, l'astronomie). Le Sheikh-ul-Islam mahométan convie à toute réunion importante sept « ulems ». Au Moyen-âge, tout serment devait se faire devant sept témoins, et celui qui le faisait était aspergé sept fois de sang. Les processions faisaient sept fois le tour des temples et les fidèles devaient s'agenouiller sept fois avant de faire un vœu. Les pèlerins mahométans tournent sept fois autour de la Kaaba à leur arrivée. Les vases sacrés étaient faits d'or et d'argent purifié sept fois. Les en-droits où se tenaient les anciens tribunaux allemands étaient marqués par sept arbres sous lesquels siégeaient sept « Schoffers » ou juges qui s'adjoignaient sept témoins. On menaçait le criminel d'une punition septuple, et l'on exigeait de lui une purification septuple comme on promettait une récompense septuple à l'homme vertueux. Chacun sait la grande importance qu'on accorde en Occident au septième fils d'un septième fils. Tous les personnages mythiques sont généralement dotés de sept fils. En Allemagne, le roi, et actuellement, l'empereur, ne peut refuser d'être le parrain d'un septième fils même si celui-ci est un mendiant. En Orient, lorsqu'on renonce à une querelle ou signe un traité de paix, les rois échangent sept ou quarante-neuf (7 X 7) présents.
Il faudrait des volumes pour essayer de citer tout ce qu'implique ce nombre mystique. Nous terminerons en signalant quelques exemples encore, pris dans le domaine démoniaque. Selon des autorités en la matière − le clergé chrétien d’autrefois − un contrat avec le diable devait contenir sept paragraphes, il était conclu pour sept années, et signé sept fois par celui qui l'acceptait ; tous les breuvages magiques préparés avec l'aide de l'ennemi de l'homme étaient composés de sept plantes ; et le billet de loterie gagnant est celui qui est tiré par un enfant de sept ans. Les guerres légendaires durèrent sept ans, sept mois et sept jours, et les héros combattant étaient au nombre de sept, septante (soixante-dix), sept cents, sept mille et septante mille. Les princesses de contes de fées restaient sept ans sous un charme, et les bottes du fameux chat − le Marquis de Carabas − étaient de sept lieues. Les anciens divisaient le corps humain en sept parties : la tête, la poitrine, l'estomac, les deux mains et les deux pieds ; et la vie de l'homme se subdivisait en sept périodes : Un enfant commence à faire ses dents à sept mois ; il commence à s'asseoir après quatorze mois (2 X 7) ; il commence à marcher après vingt et un mois (3 X 7) ; il commence à parler après vingt-huit mois (4 X 7) ; il est sevré après trente-cinq mois (5 X 7) ; à quatorze ans (2 X 7) il commence à se former définitivement ; à vingt et un ans (3 X 7) l'être humain cesse de grandir. La taille moyenne de l'homme, avant que l'humanité n'eût dégénéré, était de sept pieds ; de là les anciennes lois occidentales ordonnant que les murs de jardin aient sept pieds de haut. L'éducation des garçons commençait à l'âge de sept ans chez les Spartes et les anciens Persans. Et dans les religions chrétiennes − Catholique Romaine et Grecque − l'enfant n'est tenu pour responsable d'un crime qu'à sept ans, l'âge requis pour aller à confesse.
Si les Hindous veulent penser à leur Manou et se rappeler ce que contiennent leurs anciens Shastras, ils trouveront sans aucun doute l'origine de tout ce symbolisme. Nulle part le nombre sept n'a joué un rôle aussi important que chez les anciens Aryas de l'Inde. Nous n'avons qu'à songer aux sept sages − les Sapta Rishis ; les Sapta Loka − les sept mondes ; les Sapta Pura − les sept villes saintes ; les Sapta Dvipa − les sept îles saintes ; les Sapta Samudra − les sept mers saîntes ; les Sapta Parvatta − les sept montagnes saintes ; les Sapta Arania − les sept déserts ; les Sapta Vriksha − les sept arbres sacrés ; etc., et ils verront ainsi la probabilité de cette hypothèse. Les Aryas n'empruntèrent jamais quoi que ce soit ; pas plus que les Brahmanes qui étaient trop fiers et trop exclusifs pour cela. D'où viennent alors le mystère et le caractère sacré du nombre sept ?

Publié par H. P. Blavatsly.
Cet article fut publié pour la première fois par H.P.Blavatsky dans la Revue The Theosophist de juin 1880. Traduction en français parue dans la Revue Théosophie, volume VII, n°1, septembre 1931.