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Mis à jour le Jeu. 21 Fév. 2019 à 18:38

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

Le cycle nouveau

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[Article écrit en français par H.P. Blavatsky et publié dans La Revue Théosophique du 21 mars 1889
– Cahier Théosophique 116 – © Textes Théosophiques, Paris]

Nous ne devons pas inaugurer ce premier numéro d'une Revue théosophique orthodoxe et officielle sans donner à nos lecteurs quelques renseignements qui nous paraissent absolument nécessaires.
En effet, les idées qu'on s'est faites jusqu'à ce jour sur la Société Théosophique des Indes, ainsi qu'on l'appelle, sont si vagues et si variées, que beaucoup de nos membres eux-mêmes ont conservé à se sujet des opinions fort erronées. Rien ne prouve mieux la nécessité de faire bien connaître le but que nous poursuivons dans une Revue dévouée exclusivement à la Théosophie. Aussi, avant de prier nos lecteurs de s'y intéresser ou même de s'y aventurer, quelques explications préliminaires leur sont strictement dues.
Qu'est-ce que la Théosophie ? Pourquoi ce nom prétentieux, nous demande-t-on tout d'abord ? Lorsque nous répondons que la Théosophie est la sagesse divine ou la sagesse des dieux (Theo-Sophia) plutôt que celle d'un dieu, on nous fait cette autre objection encore plus extraordinaire : — « N'êtes-vous donc point Bouddhistes ? Or, nous savons que les Bouddhistes ne croient ni à un dieu, ni à des dieux... »
Rien de plus exact. Mais, premièrement, nous ne sommes pas plus Bouddhistes que nous ne sommes Chrétiens, Musulmans, Juifs, Zoroastriens ou Brahmes. Ensuite, en matière de dieux, nous nous en tenons à la méthode ésotérique de l'Hyponoia enseignée par Ammonius Saccas, c'est-à-dire au sens occulte du mot. Aristote ne l'a-t-il pas dit ? — « L'essence Divine péné¬trant la nature et répandue dans tout l'univers (qui est infini), ce que les hoi polloi appellent des dieux, c'est tout simplement... les premiers principes » ; en d'autres termes, les forces créatrices et intelligentes de la Nature. De ce que les Bouddhistes philosophes admettent et connaissent la nature de ces forces aussi bien que qui que ce soit, il ne s'ensuit pas que la Société, — en tant que Société, — soit Bouddhiste. En sa qualité de corporation abstraite, la Société ne croit à rien, n'accepte rien, n'enseigne rien. La Société per se ne peut et ne doit avoir aucune religion, car elle contient toutes les religions. Les cultes ne sont, après tout, que des véhicules extérieurs, des formes plus ou moins matérielles, et contenant plus ou moins de l'essence de la Vérité une et universelle. La Théosophie est en principe la science spirituelle aussi bien que physique de cette Vérité, la véritable essence des recherches déistes et philosophiques. Représentant visible de la Vérité universelle, — puisque toutes les religions et les philosophies y sont contenues et que chacune d'elles contient à son tour une portion de cette Vérité, — la Société ne saurait être plus sectaire, avoir plus de préférences ou de partialité qu'une Société anthropologique ou géographique. Ces dernières se soucient-elles que leurs explorateurs appartiennent à telle religion ou à telle autre, pourvu que chacun de leurs membres fasse bravement son devoir ?
Si, maintenant, on nous demande, comme on l'a déjà fait tant de fois, si nous sommes déistes ou athées, spiritualistes ou matérialistes, idéalistes ou positivistes, royalistes, républicains ou socialistes, nous répondrons que chacune de ces opinions est représentée dans la Société. Et je n'ai qu'à répéter ce que je disais, il y a juste dix ans, dans un article de fond du Theosophist, pour faire voir combien ce que le public pense de nous diffère de ce que nous sommes en réalité. Notre Société a été accusée, à diverses époques, des méfaits les plus baroques et les plus contradictoires, et on lui a prêté des motifs et des idées qu'elle n'a jamais eus. Que n'a-t-on pas dit de nous ! Un jour, nous étions une société d'ignares, croyant aux miracles ; le lendemain, on proclamait que nous étions nous-mêmes des thaumaturges ; notre but était secret et tout politique, disait-on le matin, nous étions des Carbonari et de dangereux Nihilistes ; puis, le soir, on découvrait que nous étions des espions salariés de la Russie monarchique et autocratique. D'autres fois, sans transition aucune, nous devenions des Jésuites cherchant à ruiner le Spiritisme en France. Les Positivistes américains voyaient en nous des fanatiques religieux, tandis que le clergé de tous les pays nous dénonçait comme des émissaires de Satan, etc., etc. En dernier lieu, nos braves critiques, avec une urbanité très impartiale, divisèrent les Théosophes en deux catégories : les charlatans et les gobe-mouches...
Or, on ne calomnie que ce que l'on hait ou « que l'on redoute ». Pourquoi nous haïrait-on ? Quant à nous redouter, qui sait ? La vérité n'est pas toujours bonne à dire, et nous en disons trop, peut-être, de vérités vraies. Malgré tout, depuis le jour de la fondation de notre Société, aux Etats-Unis, il y a quatorze ans, nos enseignements ont reçu un accueil tout à fait inespéré. Le programme original a dû être élargi, et le terrain de nos recherches et de nos explorations réunies se perd, à l'heure qu'il est, dans des horizons infinis. Cette extension fut nécessitée par le nombre toujours croissant de nos adhérents, nombre qui augmente encore chaque jour ; la diversité de leurs races et de leurs religions exigeant de notre part des études de plus en plus approfondies. Cependant si notre programme fut élargi, il n'y fut rien changé quant à ce qui touchait aux trois buts principaux, sauf, hélas ! pour celui qui nous tenait le plus à cœur, le premier, à savoir : la Fraternité universelle sans distinction de race, de couleur ou de religion. Malgré tous nos efforts, cet objet a été presque toujours ignoré ou est resté lettre morte, aux Indes surtout, grâce à la morgue innée et à l'orgueil national des Anglais. A part cela, les deux autres objets, c'est-à-dire l'étude des religions orientales, des vieux cultes védique et bouddhiste surtout, et nos recherches sur les pouvoirs latents dans l'homme, ont été poursuivis avec un zèle qui a reçu sa récompense.
Depuis 1876, nous nous sommes vus forcés de dévier de plus en plus de la grande route des généralités, primitivement tracée, pour prendre des voies collatérales qui vont toujours en s'élargissant. Il est arrivé ainsi que, pour satisfaire tous les Théosophes et suivre l'évolution de toutes les religions, il nous a fallu faire le tour du globe entier, en commençant notre pèlerinage à l'aube du cycle de l'humanité naissante. Ces recherches ont abouti à une synthèse qui vient d'être esquissée dans La Doctrine Secrète, dont certaines portions seront traduites dans cette Revue. La doctrine est à peine ébauchée dans nos volumes ; et cependant les mystères qui y sont dévoilés, concernant les croyances des peuples préhistoriques, la cosmogonie et l'anthropologie, n'avaient jamais été divulgués jusqu'à ce jour. Certains dogmes, certaines théories se heurtent aux théories scientifiques, surtout à celles de Darwin ; en revanche, ils expliquent et éclairent ce qui restait incompréhensible jusqu'à ce jour et comblent plus d'une lacune laissée, nolens volens, béante par la science officielle. Mais nous devions présenter ces doctrines telles qu'elles sont ou bien ne jamais aborder le sujet. Celui qu'effraient ces perspectives infinies et qui chercherait à les abréger par les chemins de traverse et les ponts volants artificiellement bâtis par la science moderne au-dessus de ses mille et une lacunes, fera mieux de ne pas s'engager dans les thermopyles de la science archaïque.
Tel a été un des résultats de notre Société, résultat bien pauvre peut-être, mais qui sera certainement suivi d'autres révélations, exotériques ou purement ésotériques. Si nous en parlons, c'est pour prouver que nous ne prêchons aucune religion en particulier, laissant à chaque membre pleine et entière liberté de suivre sa croyance particulière. Le but principal de notre organisation, dont nous nous efforçons de faire une vraie fraternité, est exprimé tout entier dans la devise de la Société Théosophique et de tous ses organes. « Il n'y a pas de religion plus élevée que la vérité ». Comme Société impersonnelle nous devons donc prendre cette vérité partout où nous la trouvons, sans nous permettre plus de partialité pour une croyance que pour une autre. Ceci mène directement à une déduction toute logique. Si nous acclamons et recevons à bras ouverts tout chercheur sérieux à la poursuite de la vérité, il ne saurait y avoir de place dans nos rangs pour un sectaire ardent, un bigot ou un cafard, entouré de la muraille chinoise de dogmes dont chaque pierre porte les mots : « On ne passe pas ». Quel poste y occuperait, en effet, un fanatique dont la religion défend toute recherche et n'admet pas de raisonnement possible, alors que l'idée mère, la racine même d'où pousse la belle plante que nous appelons Théosophie, se nomme: Recherche libre et entière à travers tous les mystères naturels, divins ou humains !
Sauf cette restriction, la Société invite tout le monde à participer à ses recherches et à ses découvertes. Quiconque sent son cœur battre à l'unisson avec le grand cœur de l'humanité ; quiconque sent ses intérêts solidaires avec les intérêts de tout être plus pauvre et plus mal partagé que lui ; quiconque, homme ou femme, est toujours prêt à tendre la main à ceux qui .souffrent ; quiconque apprécie le mot « Egoïsme » à sa juste valeur, est Théosophe de naissance et de droit. Il peut toujours être sûr de trouver des âmes sympathiques parmi nous. Notre Société, en effet, est une petite humanité spéciale, où, comme dans le genre humain, on trouve toujours son Sosie.
Si on nous objecte que l'athée y coudoie le déiste, et le matérialiste l'idéaliste, nous répondrons: qu'importe ! Qu'un individu soit matérialiste, c'est-à-dire discerne dans la matière une potentialité infinie pour la création ou plutôt pour l'évolution de toute vie terrestre, ou bien spiritualiste, et soit doué d'une perception spirituelle que l'autre n'a pas, en quoi cela empêche-t-il l'un ou l'autre d'être un bon Théosophe ? D'ailleurs, les adorateurs d'un dieu personnel ou Substance divine sont bien plus matérialistes que les Panthéistes qui rejettent l'idée d'un dieu carnalisé, mais qui aperçoivent l'essence divine dans chaque atome. Tout le monde sait que le Bouddhisme ne reconnaît ni un dieu ni des dieux. Et cependant l'Arhat, pour qui chaque atome de poussière est aussi plein de Swabhavat (substance plastique, éternelle et intelligente, quoique impersonnelle) qu'il l'est lui-même, et qui tâche d'assimiler ce Swabhavat en s'identifiant avec le Tout pour arriver au Nirvana, doit parcourir pour y arriver la même voie douloureuse de renonciation, de bonnes œuvres et d'altruisme, et mener une vie aussi sainte, quoique moins égoïste dans son motif, que le Chrétien béatifié. Qu'importe la forme qui passe, si le but que l'on poursuit est toujours la même essence éternelle, que cette essence se traduise à la perception humaine sous la forme d'une substance, d'un souffle immatériel ou d'un rien ! Admettons la PRÉSENCE, qu'elle s'appelle dieu personnel ou substance universelle, et confessons une cause puisque nous voyons tous des effets. Mais, ces effets étant les mêmes pour le Bouddhiste athée et pour le Chrétien déiste, et la cause étant aussi invisible et aussi inscrutable pour l'un que pour l'autre, pourquoi perdre notre temps à courir après une ombre insaisissable ? Au bout du compte le plus grand des Matérialistes, aussi bien que le plus transcendant des philosophes, confesse l'omniprésence d'un Protée impalpable, omnipotent dans son ubiquité à travers tous les royaumes de la nature, y compris l'homme ; Protée indivisible dans son essence, sans forme et pourtant se manifestant dans toute forme, qui est ici, là, partout et nulle part, qui est le Tout et le Rien, qui est toutes choses et toujours Un, Essence universelle qui lie, limite et contient tout, et que tout contient. Quel théologien peut aller au-delà ? Il suffit de reconnaître ces vérités pour être Théosophe ; car une confession semblable revient à admettre que non seulement l'humanité, — encore qu'elle soit composée de milliers de races, — mais tout ce qui vit et végète, tout ce qui est, en un mot, est fait de la même essence et substance, et animé du même esprit, et que, par conséquent, dans la nature, tout est solidaire au physique comme au moral.
Nous l'avons déjà dit ailleurs, dans le Theosophist : « Née aux Etats-Unis d'Amérique, la Société Théosophique a été constituée sur le modèle de la mère-patrie. Celle-ci, on le sait, a omis le nom de Dieu dans sa Constitution, de peur, disaient les Pères de la République, que ce mot ne devînt un jour le prétexte d'une religion d'Etat ; car, ils désiraient accorder dans les lois une absolue égalité à toutes les religions, de sorte que toutes soutinssent l'Etat, et que toutes fussent à leur tour protégées ».
La Société Théosophique a été établie sur ce beau modèle.
A l'heure qu'il est, ses cent soixante-treize branches [173] sont groupées en plusieurs Sections. Aux Indes, ces sections se gouvernent elles-mêmes et subviennent à leurs propres frais ; en dehors des Indes, il y a deux grandes sections, une en Amérique et une autre en Angleterre [American Section et British Section]. Ainsi, chaque branche comme chaque membre ayant le droit de professer la religion et d'étudier les sciences ou les philosophies qu'il préfère, pourvu que le tout reste uni par les liens de la Solidarité et de la Fraternité, — notre Société peut s'appeler véritablement la « République de la conscience ».
Tout en étant libre de poursuivre les occupations intellectuelles qui lui plaisent le mieux, chaque membre de notre Société doit cependant fournir une raison quelconque pour y appartenir ; ce qui revient à dire que chaque membre doit apporter sa part, si petite qu'elle soit, en labeur mental ou autrement, pour le bien de tous. S'il ne travaille pas pour autrui, il n'a pas de raison d'être Théosophiste. Tous, nous devons travailler à la libération de la pensée humaine, à l'élimination des superstitions égoïstes et sectaires et à la découverte de toutes les vérités qui sont à la portée de l'esprit humain. Ce but ne peut être atteint plus sûrement que par la culture de la solidarité dans le travail mental. Aucun travailleur honnête, aucun chercheur sérieux, ne s'en retourne les mains vides ; et il n'y a guère d'hommes ou de femmes, si occupés qu'on les suppose, qui soient incapables de déposer leur denier moral ou pécuniaire sur l'autel de la vérité. Le devoir des Présidents de branches et de Sections sera désormais de veiller à ce qu'il n'y ait point de ces frelons, qui ne font que bourdonner, dans la ruche des abeilles théosophiques.
Un mot encore. Que de fois n'a-t-on pas accusé les deux Fondateurs de la Société Théosophique d'ambition et d'autocratie ! Que de fois ne leur a-t-on pas reproché un prétendu désir d'imposer leurs volontés aux autres membres ! Rien de plus injuste. Les Fondateurs de la Société ont toujours été les premiers et les plus humbles serviteurs de leurs collaborateurs et collègues ; se montrant toujours prêts à les aider des faibles lumières dont ils disposent, et à les soutenir dans la lutte contre les égoïstes, les indifférents et les sectaires ; car telle est la première lutte à laquelle doit se préparer quiconque entre dans notre Société si peu comprise du public. D'ailleurs, les rapports publiés après chaque Convention annuelle sont là pour le prouver. A notre dernier anniversaire, tenu à Madras, en décembre 1888, d'importantes réformes ont été proposées et adoptées. Tout ce qui ressemblait à une obligation pécuniaire a cessé d'exister, le paiement même des 25 fr. que coûtait le diplôme ayant été aboli. Désormais les membres sont libres de donner ce qu'ils veulent, s'ils ont à cœur d'aider et de soutenir la Société, ou de ne rien donner.
Dans ces conditions et à ce moment de l'histoire théosophique, il est facile de comprendre le but d'une Revue dévouée exclusivement à la propagation de nos idées. Nous voudrions pouvoir y ouvrir de nouveaux horizons intellectuels, y tracer des voies inexplorées menant à l'amélioration du genre humain ; y offrir une parole de consolation à tous les déshérités de la terre, qu'ils souffrent d'un vide dans l'âme ou de l'absence des biens matériels. Nous invitons tous les grands cœurs qui voudraient répondre à cet appel à se joindre à nous dans cette œuvre humanitaire. Tout collaborateur, qu'il soit membre de notre Société ou seulement en sympathie avec elle, peut nous aider à faire de cette Revue le seul organe de la vraie Théosophie, en France. Nous voici en face de toutes les glorieuses possibilités de l'avenir. Voici encore une fois l'heure du grand retour périodique de la marée montante de la pensée mystique en Europe. De tous côtés nous environne l'océan de la science universelle, — la science de la vie éternelle, — apportant dans ses flots les trésors ensevelis et oubliés des générations disparues, trésors qui sont encore inconnus des 'races civilisées modernes. Le courant vigoureux qui monte des abîmes sous-marins, des profondeurs où gisent les connaissances et les arts préhistoriques engloutis avec les Géants antédiluviens, — demi-dieux, quoique mortels à peine ébauchés, — ce courant nous souffle au visage, en murmurant : — « Ce qui fut, est encore ; ce qui est oublié, enterré depuis des éons dans les profondeurs des couches jurassiques, peut reparaître à la surface encore une fois. Préparez-vous ».
Heureux ceux qui entendent le langage des éléments. Mais où vont-ils, ceux pour qui le mot élément n'a d'autre signification que celle que lui donnent la physique et la chimie matérialistes ? Est-ce vers des rivages connus que le flot des grandes eaux les emportera, lorsqu'ils auront perdu pied dans l'inondation qui Se prépare ? Est-ce vers le sommet d'un nouvel Ararat qu'ils se sentiront emportés, vers les hauteurs où il y a lumière et soleil et une corniche sûre pour y poser le pied, ou bien est-ce vers un abîme sans fond, qui les engloutira dès qu'ils voudront lutter contre les vagues irrésistibles d'un élément nouveau ?
Préparons-nous, et étudions la vérité sous toutes ses faces, tâchons de n'en ignorer aucune, si nous ne tenons pas, lorsque l'heure sera venue, à tomber dans le gouffre de l'inconnu. Il est inutile de s'en remettre au hasard et d'attendre le moment de la crise intellectuelle et psychique qui se prépare, avec indifférence, sinon avec une pleine incrédulité, en se disant qu'au pis aller la marée nous poussera tout naturellement vers le rivage ; car il y a de grandes chances pour que cette marée ne rejette qu'un cadavre. La lutte sera terrible, en tout cas, entre le matérialisme brutal et le fanatisme aveugle d'un côté, et de l'autre la philosophie et le mysticisme, ce voile plus ou moins épais de la vérité éternelle.
Ce n'est pas le matérialisme qui aura le dessus. Tout fanatique d'une idée qui l'isolerait de l'axiome universel — « il n'y a pas de religion plus élevée que la Vérité » — se verra détaché par cela même, comme une planche pourrie, de la nouvelle arche appelée l'Humanité. Ballotté sur les flots, chassé par le vent, roulé dans cet élément si terrible parce que cet élément est inconnu, il se verra bientôt engouffré...
Oui, il doit en être ainsi et il ne peut en être autrement, lorsque la flamme artificielle et sans chaleur du matérialisme moderne s'éteindra faute d'aliments. Ceux qui ne peuvent se faire à l'idée d'un .Moi spirituel, d'une âme vivante et d'un Esprit éternel dans leur coque matérielle (qui ne doit qu'à ces principes sa vie illusoire) ; ceux pour qui la grande vague d'espérance en l'existence d'outre-tombe est un flot amer, le symbole d'une quantité inconnue, ou bien le sujet d'une croyance sui generis, résultant d'hallucinations médianimiques ou théologiques, — ceux-là feront bien de se préparer aux plus grands déboires que l'avenir puisse leur réserver. Car de la profondeur des eaux bourbeuses et noires de la matière qui leur cache de tous côtés les horizons du grand au delà, monte vers les dernières années de ce siècle une force mystique. C'est un frôlement, tout au plus, jusqu'ici, mais un frôlement surhumain, — « surnaturel », seulement pour les superstitieux et les ignorants. L'esprit de vérité passe en ce moment sur la face de ces eaux noires, et, en les divisant, les contraint à dégorger leurs trésors spirituels. Cet esprit est une force qui ne peut être ni entravée ni arrêtée. Ceux qui la reconnaissent et sentent que voici le moment suprême de leur salut, seront enlevés par elle et emportés au-delà des illusions du grand serpent astral. Le bonheur qu'ils en éprouveront sera si âpre et si vif, que, s'ils n'étaient isolés en esprit de leur corps de chair, la béatitude les blesserait comme une lame acérée. Ce n'est pas du plaisir qu'ils éprouveront, mais un bonheur qui est 'un avant-goût de la connaissance des dieux, de la connaissance du bien et du mal et des fruits de l'arbre de la vie.
Mais que l'homme de l'ère présente soit un fanatique, un incrédule ou un mystique, il doit se bien persuader qu'il lui est inutile de lutter contre les deux forces morales actuellement déchaînées et en lutte suprême. Il est à la merci de ces deux adversaires, et il n'existe pas de force intermédiaire capable de le protéger. Ce n'est qu'une question de choix : se laisser emporter naturellement et sans lutte sur les flots de l'évolution mystique, ou bien se débattre contre la réaction de l'évolution morale et psychique et se sentir engouffré dans le Maelström de la nouvelle marée. Le monde entier, à l'heure actuelle, avec ses centres de haute intelligence et de culture humaine, avec ses foyers politiques, littéraires, artistiques et commerciaux, est en ébullition ; tout s'ébranle, s'écroule et tend à se réformer. Il est inutile de s'aveugler, inutile d'espérer qu'on pourra rester neutre entre les deux forces qui luttent ; il faut se laisser broyer ou choisir entre elles. L'homme qui s'imagine avoir choisi la liberté, et qui, néanmoins, reste submergé dans cette chaudière en ébullition et écumante de matière mal¬propre que l'on appelle la vie sociale, — prononce le mensonge le plus terrible à son Moi divin, un mensonge qui aveuglera ce Moi à travers la longue série de ses incarnations futures. Vous tous qui hésitez dans la voie de la Théosophie et des sciences occultes, et qui tremblez au seuil d'or de la vérité, — la seule vérité qui soit encore possible, puisque toutes les autres vous ont fait défaut, l'une après l'autre, — regardez bien en face la grande réalité sui s'offre à vous. C'est aux mystiques seuls que ces paroles s'adressent, c'est pour eux seuls qu'elles ont quelque importance ; pour ceux qui ont déjà fait leur choix elles sont vaines et inutiles. Mais vous, Occultistes, Kabalistes et Théosophes, vous savez bien qu'un mot vieux comme le monde, quoique nouveau pour vous, a été prononcé au commencement de ce cycle, et gît en puissance, bien que non articulé pour les autres, dans la somme des chiffres de l'année 1889 ; vous savez qu'une note, qui n'avait jamais encore été entendue par les hommes de l'ère présente, vient de résonner, et qu'une nouvelle pensée est éclose, mûrie par les forces de l'évolution. Cette pensée diffère de tout ce qui a jamais été produit dans le XIX siècle ; elle est identique, cependant, avec celle qui fut la tonique et la clef de voûte de chaque siècle, surtout du dernier : — Liberté absolue de la pensée humaine.
Pourquoi essayer d'étrangler, de supprimer ce qui ne peut être détruit ? A quoi bon lutter, lorsqu'on n'a d'autre choix que de se laisser soulever sur la crête de la vague spirituelle jusqu'aux cieux, jusqu'au-delà des étoiles et des univers, ou de se laisser entraîner dans le gouffre béant d'un océan de matière. Vains sont vos efforts pour sonder l'insondable, pour arriver aux racines de cette matière si glorifiée dans notre siècle ; car ses racines poussent' dans l'Esprit et dans l'Absolu, et n'existent pas, bien qu'elles soient éternelles. Ce contact continu avec la chair, le sang et les os, avec l'illusion de la matière différenciée, ne fait que vous aveugler ; et plus vous pénétrerez avant dans la région des atomes chimiques et insaisissables, plus vous vous convaincrez qu'ils n'existent que dans votre imagination. Pensez-vous y trouver vraiment toutes les vérités et toutes les réalités de l'être ? Mais la mort est à la porte de chacun de nous, prête à fermer sur l'âme aimée qui s'échappe de sa prison, sur l'âme qui seule a rendu le corps réel ; et l'amour éternel s'assimile-t-il avec les molécules de la matière qui différencie et disparaît ?
Mais vous êtes peut-être indifférents à tout cela, et alors, que vous importent l'amour et les âmes de ceux que vous avez aimés, puisque vous ne croyez pas à ces âmes ? Ainsi soit-il. Votre choix est tout fait ; vous êtes entrés dans le sentier qui ne traverse que les déserts arides de la matière. Vous vous êtes condamnés à y végéter à travers une longue série d'existences, vous contentant désormais de délires et de fièvres au lieu de perceptions spirituelles, de passion au lieu d'amour, de la coquille au lieu du fruit.
Mais vous, amis et lecteurs, qui aspirez à quelque chose de plus qu'une vie d'écureuil tournant dans sa roue incessante ; vous qui ne sauriez vous contenter de la chaudière qui bout toujours sans rien produire, vous qui ne prenez pas des échos sourds et vieux comme le monde pour la voix divine de la vérité, préparez-vous à un avenir que peu d'entre vous ont rêvé, à moins qu'ils ne soient entrés dans la voie. Car vous avez choisi un sentier qui, plein de ronces d'abord, s'élargira bientôt et vous mènera droit à la vérité divine. Libre à vous de douter d'abord ; libre à vous de ne pas accepter sur parole ce qui est enseigné sur la source et la cause de cette vérité, mais vous pouvez toujours écouter ce que dit la voix, vous pouvez toujours observer les effets produits par la force créatrice qui sort des abîmes de l'inconnu. Le sol aride sur lequel se meuvent les générations présentes, à la fin de cet âge de disette spirituelle et de satiété toute matérielle, a besoin d'un signe divin, d'un arc-en-ciel, — symbole d'espérance — au-dessus de son horizon. Car de tous les siècles passés, le XIXe est le plus criminel. Il est criminel dans son égoïsme effrayant ; dans son scepticisme qui grimace à la seule idée de quelque chose au-delà de la matière ; dans son indifférence idiote pour tout ce qui n'est pas le Moi personnel, — plus que ne l'a été aucun des siècles d'ignorance barbare et de ténèbres intellectuelles. Notre siècle doit être sauvé de lui-même avant que sa dernière heure ne sonne. Voici le moment d'agir pour tous ceux qui voient la stérilité et la folie d'une existence aveuglée par le matérialisme, et si férocement indifférente au sort d'autrui ; c'est à eux de dévouer leurs plus grandes énergies, tout leur courage et tous leurs efforts à une réforme intellectuelle. Cette réforme ne peut être accomplie que par la Théosophie et, disons-le, par l'Occultisme ou la sagesse de l'Orient. Les sentiers qui y mènent sont nombreux, mais la sagesse est une. Les artistes la pressentent, ceux qui souffrent en rêvent, les purs d'esprit la connaissent. Ceux qui travaillent pour autrui ne peuvent rester aveugles devant sa réalité, bien qu'ils ne la connaissent pas toujours par son nom. Il n'y a que les esprits vides et légers, les frelons égoïstes et vains, étourdis du son de leur propre bourdonnement, qui ignorent cet idéal supérieur. Ceux-là vivront jusqu'à ce que la vie devienne un fardeau bien lourd pour eux.
Qu'on le sache bien cependant: ces pages ne sont pas écrites pour les masses. Elles ne sont ni un appel à la réforme, ni un effort pour gagner à nos vues les heureux de la vie ; elles ne s'adressent qu'à ceux qui sont faits pour les comprendre, à ceux qui souffrent, à ceux qui ont soif et faim d'une réalité quelconque dans ce monde d'ombres chinoises. Et ceux-là, pourquoi ne se montreraient-ils pas assez courageux pour laisser là leurs occupations frivoles, leurs plaisirs surtout et mêmes leurs intérêts, à moins que le soin de ces intérêts ne leur constitue un devoir envers leur famille ou autrui ? Personne n'est si occupé ou si pauvre qu'il ne puisse se créer un bel idéal à suivre. Pourquoi hésiter à se frayer un passage vers cet idéal, s les obstacles, toutes les entraves, toutes les considérations journalières de la vie sociale, et à marcher résolument jusqu'à ce qu'on l'atteigne ? Ah ! ceux qui feraient cet effort trouveraient bientôt que la « porte étroite » et « le chemin plein de ronces » mènent à des vallées spacieuses aux horizons sans limites, à un état où on ne meurt plus, car on s'y sent redevenir dieu ! Il est vrai que les premières conditions requises pour en arriver là sont un désintéressement absolu, un dévouement sans bornes pour autrui, et une parfaite indifférence pour le monde et son opinion. Pour faire le premier pas dans cette voie idéale, il faut un motif parfaitement pur ; aucune pensée frivole ne doit nous faire détourner les yeux du but, aucune hésitation, aucun doute ne doit entraver nos pas. Cependant il existe des hommes et des femmes parfaitement capables de tout cela et dont le seul désir est de vivre sous l'égide de leur Nature Divine. Que ceux-là, au moins, aient le courage de vivre cette vie et de ne pas la cacher aux yeux des autres ! Aucune opinion d'autrui ne saurait être au dessus de l'opinion de notre propre conscience. Que ce soit donc cette conscience, parvenue à son développement suprême, qui nous guide dans tous les actes de l'existence ordinaire. Quant à la conduite de notre vie intérieure, concentrons toute notre attention sur l'idéal proposé, et regardons au-delà, sans jamais jeter un regard sur la boue à nos pieds...
Ceux qui sont capables de cet effort sont de vrais Théosophes ; tous les autres ne sont que des membres plus ou moins indifférents, et fort souvent inutiles.

H.P. Blavatsky

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Enseignement théosophique sur les cycles (extraits)

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Le Cercle de l'Éternité et du Temps
« Le Cercle était, pour chaque nation, le symbole de l'Inconnu – l'"Espace sans Borne," le voile abstrait d'une abstraction toujours présente – la Déité Inconnaissable. Il représente le Temps illimité dans l'éternité. Le [...] "Cercle sans limite du Temps Inconnu," Cercle d'où est issue la lumière radiante – le SOLEIL Universel, ou Ormuz [le Logos, le « Premier Né » et le Soleil] – est identique à Kronos [Cronos], dans sa forme éolienne, qui est un Cercle. Car le cercle est Sare, et Saros, ou cycle, et il était le dieu babylonien dont l'horizon circulaire était le symbole visible de l'invisible, tandis que le soleil était le Cercle UN d'où étaient issues les orbes Cosmiques, et dont il était considéré comme le chef. [...] Ainsi, aucune meilleure définition ne pouvait être donnée du symbole naturel et de la nature évidente de la Déité, qui ayant sa circonférence partout (le sans limite) avait, cependant, son point central partout ; en d'autres mots, était dans chaque point de l'Univers ». [La Doctrine Secrète, vol. I, pp 113-4, éd. angl.]
« Ce principe, premier ou plutôt UN, était appelé « le cercle Céleste », symbolisé par le hiérogramme d'un point dans un cercle ou dans un triangle équilatéral, le point étant le LOGOS. Ainsi dans le Rig Veda, dans lequel Brahma n'est même pas nommé, la cosmogonie est précédée par l'Hiranyagharba, « l'Œuf d'Or », et Prajapati (Brahma à un stade ultérieur), desquels ont émané toutes les hiérarchies de « Créateurs ». La Monade, ou le point, est l'origine et est l'unité d'où vient tout le système de numérotation. Ce Point, est la Cause Première, mais CELA dont il émane, ou plutôt, dont il est l'expression, le Logos, est passé sous silence. À son tour, le symbole universel, le point à l'intérieur du cercle, n'était pas encore l'Architecte, mais la cause de cet Architecte ; et ce dernier se tenait vis-à-vis de lui précisément dans la même relation que le point lui-même vis-à-vis de la circonférence du Cercle, qui ne peut être définie, selon Hermès Trismégiste. [...] Avec Pythagore, la MONADE retourne dans le silence et les Ténèbres dès qu'elle a développé la triade, de laquelle émanent les sept chiffres restants des 10 (dix) chiffres [sacrés] qui sont à la base de l'univers manifesté.
« [...] Les légendes scandinaves de la création, de notre terre et de l'univers, commencent avec le temps et la vie humaine. Pour elles, tout ce qui précède est « Ténèbres », où réside le Père-de-Tout, la cause de tout. Comme on a pu l'observer [...] ces légendes ont en elles l'idée de ce PÈRE-DE-TOUT, la cause originelle de tout ; « il est à peine mentionné dans les poèmes, » non pas en raison [...] de l'idée « qu'on ne pourrait atteindre à une conception précise de l'Éternel, » mais à cause de son caractère profondément ésotérique. Ainsi, tous les dieux créateurs, ou les Déités personnelles, commencent au second stade de l'évolution Cosmique. Zeus est né dans et à partir de Kronos – le Temps. Ainsi en est-il de Brahmâ, le produit et l'émanation de Kala, "l'éternité et le temps" ; Kala étant un des noms de Vishnu. » [La Doctrine Secrète, vol. I, pp 426-7, éd. angl.]

La conscience illusoire du temps
« "Le Temps" n'est qu'une illusion produite par la succession de nos états de conscience tandis que nous évoluons dans la Durée éternelle et il ne peut exister quand il n'y a aucune conscience dans laquelle l'illusion puisse être produite ; mais "il gît endormi" ». [La Doctrine Secrète, I, p. 37, éd. angl.]
« L'illusion du temps est inhérente à notre constitution complexe. » [« La Loi des cycles » Cahier Théosophique n°10].

Les cycles et le secret de l'initiation
« Il est bien connu qu'aucun secret ne fut mieux préservé et plus sacré pour les anciens, que celui de leurs cycles et leurs computs. Des Egyptiens aux Juifs, divulguer quoi que ce soit relatif à la mesure exacte du temps était considéré comme le plus grand péché. C'était pour avoir divulgué les secrets des Dieux, que Tantale fut précipité dans les régions infernales ; les gardiens des Livres sacrés Sibyllins étaient menacés de la peine de mort s'ils en révélaient un seul mot. Les Sigalions (les images d'Harpocrate [symbolisant le secret]), étaient dans chaque temple – en particulier dans ceux d'Isis et de Sérapis –chacun pressant un doigt sur les lèvres ; tandis que les Hébreux, enseignaient, qu'après l'initiation aux mystères Rabbiniques, divulguer les secrets de la Kabale était comme manger du fruit de l'Arbre de la Connaissance : c'était passible de mort. » [La Doctrine Secrète, vol. II, p 396, éd. angl.]

Les Jours et les Nuits de Brahma
La division de l'histoire humaine en Âge d'Or, Âge d'Argent, Âge de Bronze et Âge de Fer est évoquée dans la littérature de nombreux peuples.
Dans l'Hindouisme, « Une période ou expression de manifestation universelle est appelée un Brahmanda c'est-à-dire une Vie complète de Brahma, et cette vie se compose des jours et des années qui, étant cosmiques, sont d'une durée immense. Le Jour de Brahma, comme celui de l'homme, a une durée de vingt-quatre heures environ ; son année de trois cent soixante jours environ ; le nombre de ses années s'élève à cent.
« Considérons maintenant ce globe [terrestre] puisque nous ne sommes concernés par aucun autre. Son gouvernement et son évolution sont dirigés par Manu, l'homme, d'où le terme manvantara c'est-à-dire "entre deux Manu". Le cours de l'évolution se divise, pour chaque race [c-à-d pour chaque peuple], en quatre yuga. Le temps et le caractère de ces yuga sont particuliers à chaque race. Ils n'affectent pas en même temps toute l'humanité car certaines races sont dans un yuga tandis que d'autres sont dans un cycle différent. [...] L'Occident et l'Inde sont actuellement en kali yuga, surtout en ce qui concerne le développement moral et spirituel. Le premier de ces yuga est lent comparé aux autres, et le yuga actuel — kali — est très rapide, son mouvement étant accéléré, justement comme certaines périodes astronomiques concernant la lune, qui sont connues aujourd'hui, mais dont l'étude n'a pas encore été entièrement approfondie. [Voici un tableau symbolique des périodes de l'Humanité pendant un univers :]

tableau cycles brahma

                                       [L'Océan de Théosophie – W.Q. Judge – pp. 132-3]

Les cycles de l'homme
Les cycles de l'intellect : « Selon l'ancienne doctrine, le mouvement cyclique du monde physique, s'accompagne d'un mouvement analogue dans le monde de l'intellect — l'évolution spirituelle du monde procédant par cycles, comme l'évolution physique.
« Nous observons ainsi dans la marée du progrès humain, l'alternance régulière d'un courant de flux et de reflux. Les grands royaumes et empires du monde, après avoir atteint l'apogée de leur grandeur, re-tombent selon une loi identique à celle qui les avait fait progresser, jusqu'au moment où, ayant atteint le point le plus bas, l'humanité se ressaisit et progresse une fois de plus ; le degré de développement atteint étant — en vertu de cette loi de progression en cycles ascendants — un peu plus élevé que celui qu'elle avait avant sa chute. »

L'homme est créateur de ses cycles : « Nous sommes nous-mêmes les créateurs de cycles (périodes de temps définies) ; et les cycles temporels poursuivent leurs révolutions en nous-mêmes. La circulation du sang dans le corps, les pulsations du cœur et le pouls sont des phénomènes cycliques ; les désirs ardents des appétits et leur satisfaction sont cycliques ; maladie et convalescence sont cycliques ; sommeil et veille sont cycliques ; de même que la naissance et la mort ; la vie prénatale est cyclique ; la vie sur terre est également cyclique. »
« Deux conclusions importantes de cette étude sur la Loi des Cycles peuvent se résumer ainsi :

« 1°) Nous sommes les créateurs de certains cycles : par l'opération du karma individuel, nous traçons le cycle de nos réincarnations individuelles ; par nos actions collectives, nous traçons les cycles de contraction ou d'expansion de ce qui sera la croissance ou le déclin de la communauté ou de la nation ; par le karma spirituel, nous progressons lentement mais sûrement, vers le bord du « Cercle primordial » — qui est le Nirvâna lorsqu'on y entre soi-consciemment et le Pralaya [Une période d'obscuration ou de repos entre deux périodes de manifestations] lorsqu'on y entre inconsciemment.

« 2°) Chaque être humain vit en étroite communion avec la Nature, évolue au milieu de la Nature et doit réaliser que son Être est la Nature. De roue en roue, de cycle en cycle, la Vie Une en manifestation trace le Cercle du Temps dans l'Espace Abstrait, qui est la Durée. ». [Extraits de « La Loi des cycles » Cahier Théosophique n°10].

Les cycles de l'homme et de l'humanité : « Les cycles spirituels, psychiques et moraux sont ceux qui affectent plus spécialement l'homme ; ils donnent naissance aux cycles nationaux, raciaux, et individuels. Les cycles raciaux [les cycles des peuples] et nationaux appartiennent à l'histoire. Les cycles individuels sont des cycles de réincarnation, de sensation et d'impression. Pour la majorité des hommes, le cycle de la réincarnation individuelle dure quinze cents ans ; il détermine à son tour un grand cycle historique intimement lié au progrès de la civilisation. » [L'Océan de Théosophie, W.Q. Judge - pp. 128/9]

Le parcours du cycle du zodiaque et le cycle de l'initiation
« Le cycle de l'Initiation était une reproduction en miniature de cette grande succession de changements cosmiques, à laquelle les astronomes ont donné le nom d'année tropicale ou sidérale. De même qu'à la fin du cycle de l'année sidérale (25.868 ans) les corps célestes retrouvent les mêmes positions relatives qu'ils occupaient à son début, de même, à la fin du cycle de l'Initiation, l'Homme intérieur a regagné l'état originel de divine pureté et de connaissance, d'où il était parti pour entreprendre son cycle d'incarnations terrestres. » [« La Loi des cycles » Cahier Théosophique n°10].{smooth-scroll-top}

L'évolution cyclique et karma

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Extraits de La Doctrine Secrète (pages 634 à 647 du volume I. Traduction de l'édition anglaise originale) :
« La VIE UNE est en relation étroite avec la loi une qui gouverne le Monde de l'Être – KARMA. Exotériquement, c'est simplement et littéralement « l'action », ou plutôt « une cause produisant un effet ». Ésotériquement, c'est quelque chose de complètement différent dans ses effets moraux à grande portée. C'est la LOI DE RETRIBUTION infaillible. [...]
« À la première palpitation de la vie renaissante, Svâbhâvat, “le rayonnement changeant de l'Immuable Ténèbre inconsciente dans l'Éternité”, passe, à chaque nouvelle renaissance du Kosmos [Cosmos], d'un état d'inactivité à un état d'intense activité ; il se différencie et ainsi commence son travail à travers cette différentiation. Ce travail est KARMA.
« Les Cycles sont aussi soumis aux effets produits par cette activité. [...]
« Pour rendre le fonctionnement de Karma, dans les rénovations périodiques de l'Univers plus évident et intelligible à l'étudiant, lorsqu'il aborde l'origine et l'évolution de l'homme, il doit maintenant examiner avec nous, l'influence ésotérique des Cycles Karmiques sur l'Éthique Universelle. La question est : ces mystérieuses divisions du temps, dénommées Yugas et Kalpas par les hindous, et très clairement Κύκλος « cycles », anneau ou cercle par les grecs, ont-elles quelque rapport ou quelque lien direct avec la vie humaine ? La philosophie exotérique, elle-même, explique que ces cercles perpétuels du temps reviennent sans cesse sur eux-mêmes, périodiquement et intelligemment, dans l'Espace et l'Éternité. Il y a des « Cycles de matière » et il y a des « Cycles de l'évolution Spirituelle ». Il y a des cycles raciaux, nationaux, et individuels. Est-ce que les spéculations ésotériques ne nous permettraient pas d'avoir une perception encore plus approfondie de leur fonctionnement ? [...]
« D'après les enseignements, Mâyâ, ou l'apparence illusoire de la succession des événements et des actions sur cette terre, varie selon les nations et les localités. Mais les caractéristiques principales de la vie de chacun [chaque être humain] sont toujours en accord avec la « Constellation » sous laquelle chacun est né, ou devrions-nous dire, avec les caractéristiques de son principe animateur ou de la déité qui y préside, que nous l'appelions un Dhyan Chohan, comme en Asie, ou un Archange avec les églises grecques et latines. Dans l'ancien Symbolisme, c'était toujours le SOLEIL (bien qu'il s'agissait du Soleil Spirituel et non du soleil visible), qui était censé envoyer les principaux Sauveurs et Avatars. D'où le lien entre les Bouddhas, les Avatars et tant d'autres incarnations du SEPT le plus élevé. Plus il se rapproche de son Prototype « au Ciel », mieux en est-il pour le mortel dont la personnalité fut choisie, par sa propre divinité personnelle (le septième principe), comme sa demeure terrestre. Car, avec chaque effort de volonté tendant à la purification et l'union avec ce « dieu-Soi », un des rayons inférieurs se brise et l'entité spirituelle de l'homme est attirée encore et toujours plus haut jusqu'au rayon qui remplace le premier, jusqu'à ce que, de rayon en rayon, l'homme intérieur soit attiré au sein du rayon unique et le plus élevé du SOLEIL-Parent. Ainsi, « les événements de l'humanité se déroulent effectivement en coordination avec les formes [crées par les] nombres », car les unités individuelles de cette humanité procèdent chacune et toutes de la même source – le SOLEIL central et son ombre, le SOLEIL visible. En effet, les équinoxes et les solstices, les périodes et les diverses phases du cours du Soleil, exprimés astronomiquement et numériquement, ne sont que les symboles concrets de la vérité éternellement vivante, bien qu'ils paraissent être des idées abstraites aux yeux des mortels non-initiés. Et ceci explique les coïncidences numériques extraordinaires dans les relations géométriques, comme l'ont montré plusieurs auteurs.
« Oui ; « notre destinée est écrite dans les étoiles ! » Seulement, plus étroite est l'union entre le reflet mortel, l'HOMME, et son PROTOTYPE céleste, moins dangereuses sont les conditions extérieures et les réincarnations subséquentes – auxquelles ni les Bouddhas ni les Christs ne peuvent échapper. Ceci n'est pas de la superstition, et encore moins du fatalisme. Ce dernier implique le cours aveugle d'un pouvoir encore plus aveugle, alors que l'homme est un agent libre durant son séjour sur terre. Il ne peut échapper à sa Destinée qui le gouverne, mais il a le choix entre deux sentiers qui le conduisent dans cette direction, et il peut atteindre le but de la souffrance si c'est celui qui lui est décrété soit dans les vêtements, blancs comme neige, du Martyr, soit dans les vêtements souillés d'un volontaire pour la voie de l'iniquité ; en effet il y a des conditions extérieures et intérieures qui affectent la détermination de notre volonté sur nos actions, et il est en notre pouvoir de suivre les unes ou les autres de ces conditions. Ceux qui croient au karma croient nécessairement à la destinée que chaque homme, de sa naissance jusqu'à sa mort, tisse fil par fil, autour de lui, tout comme l'araignée tisse sa toile. Cette destinée est guidée soit par la voix céleste du prototype invisible qui est en-dehors de nous, soit par notre être intérieur ou astral, qui nous est plus familier que l'autre, et qui n'est que trop souvent le mauvais génie de l'entité incarnée qu'on appelle l'homme. Tous deux conduisent l'homme extérieur, mais il faut que l'un ou l'autre l'emporte. Dès le commencement même du combat invisible, la sévère et implacable loi de compensation entre en jeu et poursuit son cours, en suivant fidèlement les fluctuations de la lutte. Quand le dernier fil se trouve tissé, et que l'homme est apparemment enveloppé dans un filet qu'il a ourdi lui-même, c'est alors qu'il se découvre complètement sous l'empire de la destinée qu'il a lui-même créée. Elle le fixe alors comme le coquillage inerte au rocher immuable, ou l'emporte comme une plume dans un tourbillon que ses propres actions ont soulevé, et cela c'est – KARMA. [...]
« Le Grand Cycle comprend le progrès de l'humanité depuis l'apparition de l'homme primordial à la forme éthérée. Il passe à travers les cycles intérieurs de son évolution progressive (celle de l'homme), d'éthéré, au semi-éthéré et au purement physique : jusqu'à la délivrance de l'homme de son vêtement de peau et de matière, après quoi il continue son cours descendant, puis à nouveau ascendant, pour se retrouver à l'apogée d'une Ronde, quand le manvantarique « Serpent avale sa queue » et que sept cycles mineurs se sont écoulés. [...] KARMA-NÉMESIS est la créatrice des nations et des êtres mortels, mais une fois créés, ce sont eux qui font d'elle un Ange de furie ou de récompense. [...] Car l'unique décret de Karma – décret éternel et immuable – est l'Harmonie absolue dans le monde de la matière aussi bien que dans celui de l'Esprit. Ce n'est donc pas Karma qui récompense ou punit, mais c'est nous qui nous récompensons ou nous punissons, suivant que nous travaillons avec, dans et conformément à la Nature (selon ses voies, et de concert avec elle), en restant fidèles aux lois dont dépend cette harmonie, ou que nous les violons. [...]
« Karma-Némésis n'est rien de plus que l'effet dynamique (spirituel) de causes produites et de forces éveillées à l'activité par nos propres actions. C'est une loi de dynamique occulte, qu'« une quantité donnée d'énergie employée sur le plan spirituel ou astral produit des effets beaucoup plus grands que la même quantité employée sur le plan physique et objectif d'existence ».
« Cet état durera jusqu'à ce que les intuitions spirituelles de l'homme soient pleinement développées, ce qui n'arrivera pas tant que nous n'aurons pas carrément rejeté nos épais vêtements de matière ; jusqu'à ce que nous commencions à agir de l'intérieur, au lieu de toujours suivre les impulsions extérieures ; c'est-à-dire, les impulsions provenant de nos sens physiques et de notre corps grossier et égoïste. Jusque-là, le seul palliatif aux maux de la vie est l'union et l'harmonie – une Fraternité IN ACTU, et un altruisme qui ne soit pas simplement de nom. La suppression d'une seule mauvaise cause ne supprimera pas un, mais un grand nombre d'effets négatifs. Et si une Fraternité, ou même plusieurs Fraternités ne peuvent empêcher des nations de se couper à l'occasion mutuellement la gorge – cependant une unité de pensée et d'action, et la recherche philosophique des mystères de l'être, évitera toujours à certains, qui essaient de comprendre ce qui était jusqu'à présent un mystère, de créer des causes supplémentaires dans un monde déjà si encombré de malheurs et de maux. La connaissance de karma donne la conviction que si :

« ... la vertu en péril et le vice triomphant,
rendent l'humanité athée ». Dryden.

« C'est uniquement parce que l'humanité a toujours fermé les yeux à la grande vérité que l'homme est à lui-même, son propre sauveur, comme son propre destructeur. [...] Comme leurs frères Orientaux de la Cinquième Race [l'humanité actuelle], les Aryens Occidentaux ont eu, dans chaque nation et peuplade, leurs âges d'Or et de Fer, leur période d'irresponsabilité relative, ou leur âge Satya de pureté [âge d'Or], alors que maintenant, plusieurs d'entre eux ont atteints leur Âge de Fer, le Kali-yuga, un âge NOIR D'HORREURS... [...]
« Cependant pour les païens, au sujet desquels Coleridge dit : « ... le Temps, le temps cyclique, était la représentation abstraite de la Déité... », cette « Déité » se manifestant en coordination avec, et seulement par Karma, et étant KARMA-NEMESIS elle-même, les cycles signifiaient quelque chose de plus qu'une simple succession d'évènements, ou un intervalle de temps périodique de durée plus ou moins longue. Car, ils étaient généralement marqué par le retour d'un caractère plus varié et intellectuel que ceux qui se manifestent lors des retours périodiques des saisons ou de certaines constellations. La sagesse moderne se satisfait des computations astronomiques et des prophéties basées sur des lois mathématiques infaillibles. La Sagesse Antique ajoutait à la froide coquille de l'astronomie, les éléments vivifiants de son âme et de son esprit – l'ASTROLOGIE. [...]
« Pourquoi, alors, les occultistes et les astrologues, aussi érudits [que ces astronomes], ne seraient-ils pas crus, quand ils prophétisent le retour d'un évènement cyclique en se basant sur les mêmes principes mathématiques ? Pourquoi se moquerait-on de leur revendication quand ils affirment le savoir ? [...] C'est simplement par la connaissance et des calculs mathématiques exacts que les HOMMES SAGES DE L'ORIENT peuvent pronostiquer, par exemple, que l'Angleterre est à l'aube de telle ou telle nouvelle catastrophe ; que la France, s'approche d'un moment similaire, dans son cycle, et que l'Europe, en général, est menacée par, ou plutôt, est à l'aube d'un cataclysme, vers lequel elle a été poussée par son propre cycle karmique racial. [...] Pour tous les Occultistes [c'] est une évidence scientifique — les archives étant conservées dans le Zodiaque depuis des âges incalculables. »

Enseignements théosophiques sur la mort

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Pour mieux comprendre quel est le pèlerinage de l'âme humaine entre deux incarnations terrestres, voici quelques citations de la Théosophie :

Le moment de la mort (le mourir et la première mort)
« Au moment solennel de la mort, même dans le cas de mort subite, chaque homme voit toute sa vie passée se dérouler devant lui dans ses plus minimes détails. Pendant un court instant, l'ego personnel devient un avec l'Ego individuel et omniscient. Mais cet instant suffit pour lui montrer tout l'enchaînement des causes qui ont opéré sa vie durant. Il se voit et se comprend alors tel qu'il est, dépouillé de tout masque flatteur et affranchi de ses propres illusions. Il déchiffre sa vie en spectateur qui contemple d'en haut l'arène qu'il quitte ; il sent et reconnaît la justice de toute la souffrance qu'il a subie. [Cela] arrive-t-il à tout le monde sans exception. [...] Des hommes très bons et très saints peuvent voir non seulement la vie qu'ils quittent mais même plusieurs existences antérieures où avaient été produites les causes qui les firent tels qu'ils furent dans la vie qui vient de se terminer. Ils reconnaissent la loi de karma dans toute sa majesté et dans toute sa justice. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky – p. 177)

« Tout dépend maintenant de la ligne qu'il a suivie dans ses pensées, et de leur nature, durant le cours entier de la vie du corps. Car l'âme doit suivre en sens inverse la route qu'elle avait parcourue jusque là, et le long de la voie sont alignés les souvenirs de toute la vie écoulée ; au fur et à mesure que ces souvenirs se réveillent, ils affectent l'entité qui s'en va, soit en la perturbant et en l'empêchant ainsi de se concentrer sur l'Être Suprême, soit, au contraire, en l'aidant à le faire d'une manière plus parfaite. » (Notes sur le Bhagavad-Gîtâ – W.Q. Judge - pp 102-3)

« Quand un être meurt, c'est son cerveau qui s'éteint en dernier lieu. La vie y est encore active, alors même que l'homme a été déclaré mort. À ce moment, l'âme passe en revue tous les événements passés, et elle en saisit la portée globale ; la tendance moyenne de l'être apparaît en lumière et l'espoir dominant de la vie se montre à la conscience. L'arôme final de toute cette revue forme la note tonique de l'existence du devachan. L'homme tiède ne va ni au Ciel ni en enfer : la Nature le vomit. On ne peut atteindre à des états positifs, objectifs ou subjectifs, que par une impulsion positive. Ce que l'homme reçoit en devachan dépend du motif dominant de l'âme. Par réaction, l'être haineux peut devenir aimant, mais l'indifférent n'a aucune impulsion, rien pour le faire croître. » (Les Echos de l'Orient – W.Q. Judge – p. 104)

« La Science occulte enseigne que l'état d'esprit d'un homme qui meurt est de la plus haute importance, en raison de l'état anormal de nature psychique où il se trouve. La dernière pensée d'un mourant fait beaucoup pour influencer son futur immédiat. La flèche est prête à s'envoler de l'arc ; la corde est tendue jusqu'à l'oreille et le but visé décidera du sort immédiat de la flèche. Heureux celui pour qui « OM est l'arc, le Soi [individuel] est la flèche, et le Brahman la cible » (Mundaka Upanishad II, ii, 4). À ce moment sacré, de fortes aspirations spirituelles (qu'elles soient naturelles ou induites par une exhortation sincère venant d'un être plein d'une véritable conviction ou, mieux encore, pénétré de la Gnose Divine) protègeront l'âme de celui qui abandonne la vie. Toutefois, ces remarques ne visent pas à justifier la superstition d'un « repentir » de « dernière heure », car l'immuable justice et la parfaite harmonie de la loi karmique ne peuvent que retourner un effet passager à une cause passagère ― et le reste de la dette karmique devra être payé dans de futures existences terrestres. » (Commentaire de H.P. Blavatsky sur la Pistis Sophia paru dans la revue Lucifer.)

« Tant soit peu de réflexion démontre que les faits vus et observés par les médecins et les témoins ne concernent que le retrait progressif de l'âme et de l'énergie abandonnant l'enveloppe extérieure appelée « corps ». Pendant ce processus d'approche de la mort, la personne peut bien accepter les rites de l'Église, professer sa foi dans telle ou telle doctrine que l'on voudra, et même, jusqu'à son dernier soupir, parler du Ciel et de la félicité qui l'y attend : ce n'est encore que le premier pas. Le dernier souffle laisse sur le visage une expression calme et heureuse, peut-être ; les parents ferment les yeux du défunt - on déclare que c'est la mort. Et pourtant, l'homme n'a fait que commencer à mourir. L'âme doit encore passer à travers d'autres enveloppes, au delà de ce que peuvent en connaître ses amis, au delà même du contrôle que pourrait désormais exercer le mourant. Tout dépend maintenant de la ligne qu'il a suivie dans ses pensées, et de leur nature, durant le cours entier de la vie du corps. Car l'âme doit suivre en sens inverse la route qu'elle avait parcourue jusque là, et le long de la voie sont alignés les souvenirs de toute la vie écoulée ; au fur et à mesure que ces souvenirs se réveillent, ils affectent l'entité qui s'en va, soit en la perturbant et en l'empêchant ainsi de se concentrer sur l'Être Suprême, soit, au contraire, en l'aidant à le faire d'une manière plus parfaite. » (Notes sur le Bhagavad-Gîtâ – W.Q. Judge - pp 92-3)

La séparation naturelle des principes provoquée par la mort
Après la revue sa vie passée et « par suite de la séparation naturelle des principes, provoquée par la mort, l'homme entier se trouve en trois parties :

« Premièrement : le corps visible qui, avec tous ses éléments, est abandonné sur le plan terrestre où il poursuit sa décomposition, et où tout ce qui est composite se désagrège et restitue avec le temps les éléments aux différents domaines physiques de la nature.
« Deuxièmement : le kâmarûpa (composé du corps astral et des passions et des désirs) qui, sur le plan astral [du kâma-loka], commence aussitôt à se désagréger.
« Troisièmement : l'homme réel - la triade supérieure d'Âtma-Buddhi-Manas - non sujet à la mort, maintenant hors des conditions terrestres et privé de corps, commence à fonctionner en devachan uniquement comme un mental revêtu d'un vêtement très éthéré, dont il se dépouillera quand sonnera l'heure de son retour sur terre. » (Océan de Théosophie – W.Q. Judge – p 105)

« La désagrégation des eidôla astraux ou coques astrales : « Chaque atome destiné à former l'homme possède une mémoire qui lui est propre, et dont la durée sera proportionnée à la force qu'il a reçue. S'il s'agit d'une personne très matérielle, très grossière, ou très égoïste, la force subsistera plus longtemps que chez toute autre ; par conséquent la conscience automatique sera, dans ce cas, mieux définie et égarera davantage l'homme qui, sans connaissance, se mêle de nécromancie. La partie purement astrale de cette coque contient et conserve le souvenir de tout ce qui se passa durant la vie de l'individu, une des qualités de la substance astrale étant d'absorber et de conserver les scènes, les images, les impressions de toutes les pensées et de les projeter par réflexion quand les circonstances le permettent. Cette coque astrale, rejetée à la mort par chaque être humain [...] dépourvue de tous les principes supérieurs [...] qui servaient de guides [...] erre et flotte de place en place, sans volonté propre, mais entièrement gouvernée par des attractions dans les champs astraux et magnétiques. [...] Privées d'âme et de conscience, ces coques ne sont nullement les esprits de nos morts. Ce sont les vêtements dont l'homme intérieur s'est dépouillé. » (Océan de Théosophie – W.Q. Judge – p 109)

Le cas des morts violentes : « Les suicidés et ceux dont la vie est soudainement fauchée par un accident, par un meurtre légal ou illégal, demeurent en kâma loka jusqu'au terme de ce qu'aurait été leur vie si elle n'avait été subitement tranchée. Ils ne sont pas réellement morts [...] Les principes qui subsistent doivent attendre que le véritable terme naturel de la vie soit atteint, qu'il s'agisse d'un mois ou de soixante ans. Certaines [coques] passent cette période dans de grandes souffrances, d'autres dans une sorte de sommeil peuplé de songes brumeux, chacune selon sa responsabilité morale. » (Océan de Théosophie – W.Q. Judge – p 113)

Le devachan
« C'est la dernière série des pensées puissantes et profondément gravées qui donnera coloration et direction à toute la vie devachanique. Le dernier moment teintera tous les suivants. L'âme et le mental se fixent sur ces dernières pensées et s'en servent pour tisser tout un ensemble d'événements et d'expériences ; en les développant jusqu'à leurs limites extrêmes, ils mettent à exécution tout ce qui n'a pu être réalisé dans la vie. En tissant et en amplifiant ainsi ces pensées, l'entité passe par la jeunesse, la croissance et la vieillesse, c'est-à-dire l'élan impétueux de la force, son expansion et son déclin, jusqu'à l'épuisement final. » (Océan de Théosophie – W.Q. Judge – p 120)

Pendant le devachan : « La règle générale et presque invariable est la fusion de la conscience personnelle dans la conscience individuelle ou immortelle de l'Ego, c'est-à-dire une transformation ou une transfiguration divine, et l'annihilation complète du quaternaire inférieur seulement [c.-à-d. : l'homme de chair, le corps astral, les instincts animaux et le principe physique]. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky – p. 110)

« L'état futur et la destinée karmique de l'homme dépendent du devenir de Manas, selon qu'il descend plus bas, vers kâmarûpa, le siège des passions animales, ou qu'il s'élève en gravitant vers Buddhi, l'Ego spirituel. Dans ce dernier cas, la conscience supérieure des aspirations spirituelles individuelles du mental (Manas), assimilant Buddhi, est absorbée par ce principe et constitue l'Ego, qui entre dans la béatitude dévachanique. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky – p. 108)

« L'Ego qui se réincarne, ou l'individualité, ne conserve, pendant la période du devachan que l'essence de l'expérience de sa vie antérieure sur la terre (c'est-à-dire celle de la personnalité), l'expérience physique tout entière se trouvant réduite à un état de réalités potentielles, ou étant traduite, pour ainsi dire, en formules spirituelles ; et si, de plus, nous n'oublions pas que le temps qui s'écoule entre deux renaissances correspond (selon ce qui est dit) à une durée de dix à quinze siècles, pendant lesquels la conscience physique est entièrement et absolument inactive, puisqu'elle n'a pas d'organes pour agir et, par conséquent, n'a pas d'existence, il devient parfaitement clair qu'il ne peut y avoir aucun souvenir d'existence passée dans la mémoire purement physique. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky – p. 148)

« [La] racine [de l'homme] est l'entité pensante, l'Ego qui s'incarne, que nous le considérions comme un « Ange », un « Esprit », ou une force. De tout ce que nous percevons au moyen de nos sens, cela seul qui croît directement à partir de cette racine cachée dans le monde supérieur, ou qui se rattache à cette racine, peut participer de sa vie immortelle. Il s'ensuit donc que toutes les pensées, idées et aspirations nobles de la personnalité animée par cet Ego doivent devenir permanentes dans la mesure même où elles émanent de cette racine et en sont nourries. Quant à la conscience physique, du fait qu'elle est une qualité du « principe » sensible, mais « inférieur » (kâmarûpa, ou l'instinct animal illuminé par le reflet manasique inférieur), qu'on peut encore appeler l'âme humaine, elle doit disparaître. » (La Clef de la Théosophie – H.P. Blavatsky – p. 194)

La vision prospective à la sortie du devachan
Un abîme sépare la conscience de l'être en devachan, de la conscience à son retour à l'incarnation terrestre. Toute mémoire de ce qui précède est effacée :
« Toute la période assignée par les forces de l'âme ayant pris fin en devachan, les fils magnétiques qui rattachent l'âme à la terre commencent à affirmer leur pouvoir. Le Soi se réveille de son rêve, il est rapidement emporté vers un corps nouveau puis, juste avant la naissance, il perçoit, l'espace d'un instant, toutes les causes qui l'ont conduit en devachan et qui le ramènent à une vie nouvelle ; comprenant que tout est juste, que tout est le résultat de sa propre vie passée, il ne murmure pas, mais se charge de nouveau de sa croix : une autre âme est revenue sur terre. » (L'Océan de Théosophie – page 123.)

Communications avec les morts
Article « Les morts peuvent-ils communiquer ? » de Robert Crosbie :
« Depuis les années 1840, les spirites ont donné une réponse affirmative à cette question, et prétendent disposer de preuves suffisantes en faveur de la survie de l'intelligence après l'état qu'on appelle la mort. Mais le spiritisme n'est pas né d'hier. Il y a plus de cinq siècles, et dans tous les âges de l'humanité, on a pratiqué ce qu'on appelle [en Inde] le culte... lire la suite

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