Jeudi 21 Février 2019

Mis à jour le Jeu. 21 Fév. 2019 à 18:38

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

Le Babel de la pensée moderne

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Extraits de l'article « The Babel of Modern Thought » de H.P. Blavatsky
[...] La Doctrine Secrète ne développe aucune philosophie nouvelle, elle ne fait que révéler le sens caché de quelques allégories religieuses de l'antiquité, et la lumière qu'elle projette sur elles est celle des sciences ésotériques. Elle montre, aussi, la source commune, d'où ont jaillies toutes les religions et les philosophies du monde. Son but principal est de montrer, que quel que soit les divergences qui semblent exister, sur le plan extérieur ou objectif, entre les doctrines et les systèmes du passé, l'accord entre toutes devient parfait, dès que le sens ésotérique ou intérieur de ces croyances et de leurs symboles est analysé et comparé avec soin. Il est aussi affirmé que ses doctrines et sciences, qui forment un ensemble entier de faits universels cosmiques, d'axiomes et de vérités métaphysiques, représentent un système complet et sans failles. Celui qui est suffisamment brave et persévérant, et qui est prêt à écraser l'animal en lui-même et à oublier son moi humain, pour le sacrifier à son Ego Supérieur, pourra toujours trouver son chemin pour être initié à ces mystères. C'est la seule prétention de la Doctrine Secrète.


 La période pendant laquelle l'Humanité naissante, suivant la loi d'évolution naturelle et double, descendait avec l'esprit dans la matière – est close. Nous (l'Humanité) sommes maintenant en train d'aider la matière à s'élever vers l'esprit ; et pour cela nous devons aider la substance à s'affranchir de l'étreinte vicieuse des sens. Nous sommes, la cinquième Race Racine [i.e., toute l'humanité actuelle], les descendants directs de l'Humanité primitive de cette Race ; ceux qui, après le Déluge, essayèrent, en la commémorant, de sauver la Vérité et la Sagesse antédiluviennes, ont été freinés dans leurs efforts par le sombre génie de la Terre – l'esprit de matière, que les Gnostiques appelaient Ildabaoth et les Juifs Jéhovah. Pensez-vous, que même la Bible de Moïse, ce livre que vous connaissez si bien et comprenez si mal, ait laissé sans témoins les affirmations de l'Ancienne Doctrine ? Elle ne l'a pas fait. Permettez de terminer avec un passage qui (vous) est familier, mais en l'interprétant dans sa vraie lumière.

A l'origine, ou plutôt, pendant l'enfance de la cinquième Race, « toute la terre était d'une lèvre, et d'une parole », dit le chapitre XI de la Genèse. Lue à la lumière de l'ésotérisme, cela signifie que l'humanité avait une doctrine universelle, une philosophie, commune à tous. Les hommes étaient unis par une religion, que ce terme dérive du latin relegere, « rassembler, ou être unis » en parole et en pensée, de religens, « révérer les dieux, » ou de religare, « être fortement liés ensemble ». Considéré d'une manière ou d'une autre, cela signifie indéniablement et pleinement que nos ancêtres après le « déluge » partageaient en commun une vérité i.e., ils croyaient en cet ensemble de faits subjectifs et objectifs qui forme le tout consistant, logique et harmonieux que nous appelons la Religion Sagesse.
Maintenant, si on lit les neuf premiers versets du chapitre XI entre les lignes, nous trouvons l'information suivante. Les Sages de cette époque, nos premiers pères, étaient évidemment au courant de cette vérité évidente et impérissable qui enseigne que c'est dans l'union seule que se trouve la force – et bien entendu, l'union de pensée autant que l'union entre les nations. Sinon, en désunion ils seraient « dispersés sur la surface de la terre » ; et, en conséquence, leur religion-Sagesse serait brisée en un millier de fragments ; et ils ne s'élèveraient plus comme avant, par la connaissance, vers les cieux, mais seraient attirés, par une foi aveugle, vers la terre – les hommes sages, « venus d'Orient », imaginèrent un plan. À cette époque, les temples étaient des lieux d'enseignement, et non de superstition ; les prêtres enseignaient la Sagesse divine, non des dogmes inventés par l'homme, et l'ultima thule de leurs activités religieuses n'était pas focalisée sur la boite à deniers, comme à présent. Ainsi : « 'Allons,' dirent-ils 'bâtissons une ville et une tour, dont le sommet puisse atteindre les cieux, et faisons-nous un nom'. Et ils firent des briques cuites et les utilisèrent comme pierre, et construisirent avec une ville et une tour ».
Jusque-là, c'est une très vieille histoire, connue aussi bien du premier venu de l'école de catéchisme du Dimanche que de Monsieur Gladstone. Tous deux croient très sincèrement que ces descendants des « maudits de Cham » étaient d'orgueilleux pêcheurs dont le but était semblable à celui des Titans, qui ayant atteint « les cieux », la demeure supposée des deux, insultèrent et détrônèrent Zeus-Jehova. Mais puisque nous trouvons l'histoire racontée dans les Écritures révélées (1), elle doit avoir, comme toutes les autres écritures, son interprétation ésotérique. Pour cela, le symbolisme Occulte nous aidera. Toutes les expressions que nous avons mises en italique, quand elles sont lues dans le texte original Hébreux et selon les canons du symbolisme ésotérique, conduisent à l'interprétation suivante :
1. - « Et toute la terre (l'humanité), était d'une lèvre (c.-à-d., professait les mêmes enseignements) et de mêmes mots » - et non « d'une même langue » comme dans la version autorisée.
Maintenant, le sens Cabaliste des termes « mots » et « mot » peut être trouvé dans le Zohar et aussi dans le Talmud. « Mots » (Dabarim) signifie « pouvoirs », et mot au singulier, est un synonyme de Sagesse ; ex., « Par la prononciation de dix mots le monde fut créé » - (Talmud « Pirkey Aboth » c. 5, Mish. I). Ici les « mots » renvoient aux dix Sefirots, les Bâtisseurs de l'Univers. Ou également, « Par ce Mot (Sagesse, Logos) de YHVH les Cieux furent créés » (Ibid.).
2-4. – « Et l'homme (2) (le chef suprême) dit à ses voisins, 'Allons, faisons des briques (des disciples) et faisons les cuire dans un feu (les initier, les remplir du feu sacré), bâtissons une citée (établir les mystères et enseigner la Doctrine (3)) et une tour (Ziggourat, une tour temple sacrée) dont le sommet puisse atteindre les cieux' » (la plus haute limite atteignable de l'espace). La grande tour de Nébo, de Nabi dans le temple de Bel, était appelée « la maison des sept sphères des cieux et de la terre, » et « la maison de la forteresse (ou de la solide, tagimut) et la pierre de fondation des cieux et de la terre ».
Le symbolisme occulte enseigne, que cuire des briques pour une citée signifie enseigner la magie à des disciples. Une « pierre taillée » signifiait un initié complet. Les mots désignant la pierre, Petra en grec et Kephas en araméen, ont le même sens, c.-à-d., « un interprète des mystères », un Hiérophante. L'initiation suprême était désignée par l'expression « la cuisson à grand feu ». Ainsi, l'expression d'Isaïe « les briques sont tombées, mais nous allons en faire de nouvelles avec des pierres taillées » devient claire. Pour avoir l'interprétation correcte des quatre derniers versets de l'allégorie de la Genèse relative à « la confusion des langues » nous pouvons nous tourner vers la version légendaire des Yezidis [appelés également les Yazidis] et lire les versets 5, 6, 7 et 8 du chapitre XI de la Genèse, dans leur sens ésotérique :
« Et Adonaï (le Seigneur) descendit et dit : 'Regardez, le peuple est un (les hommes sont unis en pensée et en actes) et ils ont une lèvre (une doctrine). Et maintenant, ils commencent à la répandre et « rien ne pourra les empêcher d'acquérir ce qu'ils auront imaginé (ils auront les pleins pouvoirs magiques et obtiendront tout ce qu'ils désirent avec ce pouvoir, kriyasakti)' ».
Et maintenant que sont les Yezidis [ou Yazidis], quelle est leur interprétation, et qu'est-ce qu'Ad-onaï ? Ad est « le Seigneur », leur dieu ancestral ; et les Yezidis [Yazidis] sont une secte hérétique musulmane, dispersée entre l'Arménie, la Syrie, et principalement autour de Mossoul, le véritable lieu de Babel (lisez le « Récit chaldéen de la Genèse »). Ils sont connus sous le non étrange d'« Adorateurs du Diable ». Leur profession de foi est très originale. Ils reconnaissent deux pouvoirs ou dieux – Allah et Ad, (ou Adonaï) mais identifient le second à Sheitân ou Satan. Ceci est tout naturel puisque Satan est aussi « un fils de dieu » (4) (voir Job, I). Comme indiqué dans Les Conférences d'Hibbert (Hibbert Lectures, pp. 346 et 347), Satan l'« Adversaire », était l'ange de Dieu et son envoyé. Ainsi, quand ils sont interrogés sur la raison de leur curieuse vénération de celui qui est devenu l'incarnation du Mal et du sombre esprit de la Terre, ils en expliquent la raison de la manière la plus logique, même si elle est irrévérencieuse. Ils vous disent qu'Allah, étant Tout-bon, ne voudrait pas nuire à la plus petite de ses créatures. Ainsi, il n'a besoin ni de prières, ni d'holocaustes des « premiers-nés les plus gras du troupeau ». Mais Ad, ou le Mal, étant Tout-mauvais, cruel, jaloux, revanchard et orgueilleux, ils doivent, pour se protéger, l'apaiser par des sacrifices et des holocaustes aux odeurs flattant ses narines, et le cajoler et le flatter. Demandez à n'importe quel cheik des Yezidis [Yazidis] de Mossoul ce qu'ils ont à dire, sur la confusion des langues ou paroles, quand Allah « descendit voir la ville et la tour que les fils des hommes avaient bâties ». Ils vous diront, que ce n'est pas Allah mais Ad, le dieu Satan, qui le fit. Les esprits jaloux de la terre devinrent envieux des pouvoirs et de la sainteté des hommes (comme le dieu Vishnou qui devint jaloux des grands pouvoirs des Yogis, quand ils devinrent des Daityas [les Titans de jadis]) ; et ainsi cette déité de matière et de concupiscence confondit leur esprits, les tenta et fit que les Bâtisseurs tombèrent dans ses filets ; et ainsi perdant leur pureté, ils perdirent leur connaissance et leurs pouvoirs magiques, ils se marièrent entre eux et furent « dispersés sur la surface de la terre ».
Ceci est plus logique que d'attribuer à son « Dieu », le Tout-bon, des stratagèmes impies tels que ceux qu'on lui attribue dans la Bible. De plus, la légende de la tour de Babel et de la confusion des langues, est comme beaucoup d'autres, non l'original, mais provient des Chaldéens et Babyloniens. Georges Smith en trouva le récit sur un fragment mutilé de tablettes Assyriennes, sur lequel rien n'est dit à propos de la confusion des langues. « J'ai utilisé le mot 'langue' avec a priori, dit-il (dans le Récit chaldéen de la Genèse), car « je n'ai jamais vu de mot Assyrien ayant ce sens ». Celui qui lit la traduction des fragments de G. Smith, des pages 160 à 163 [de l'édition anglaise] de l'ouvrage cité, trouvera que la version [Assyrienne] est plus proche de celle des Yezidis que ne l'est la version de la Genèse. C'est lui, dont « le cœur était mauvais » et qui était « méchant », qui confondit « leur secret » et non leurs « langue », et qui brisa « le Sanctuaire... qui transmettait la Sagesse », et « avec amertume ils pleurèrent sur Babel ».
Et ainsi devraient 'pleurer' tous les philosophes et les amants de la Sagesse Ancienne ; car c'est depuis lors que les mille et un substituts exotériques de la vraie Doctrine unique ou lèvre ont eu leur origine, obscurcissant de plus en plus l'intellect des hommes, et faisant verser le sang innocent dans un fanatisme furieux. Si nos philosophes modernes avaient étudié les vieux Livres de Sagesse, au lieu de s'en moquer – comme le dit la Cabale – ils auraient trouvé ce qui leur aurait dévoilé maints secrets de l'Église et de l'État du passé. Cependant, comme ils ne l'ont pas fait, le résultat est évident. Le cycle sombre du Kali Yuga a ramené une Babel de la pensée moderne, en comparaison de laquelle la « confusion des langues » parait une harmonie. Tout est sombre et incertain ; sans preuves dans aucun département de la science, philosophie, droit, ou même de la religion. Mais, « Malheur à ceux qui appelle le mal bien, et le bien mal ; qui prennent les ténèbres pour la lumière, la lumière pour les ténèbres » dit Isaïe [Ch. V, 20, trad. La Bible de Jérusalem]. Les éléments eux-mêmes semblent perturbés, et les climats changent, comme si les « dix supérieurs » célestes eux-mêmes avaient perdu leur tête. Tout ce qu'on peut faire est de s'assoir tranquillement, et regarder, triste et résigné ! [...]

Extraits de l'article "The Babel of Modern Thought" - 1891 – H. P. Blavatsky

(1) [...] Le mot 'révéler' ou 'révélé' est dérivé du latin revelare, 'dévoiler' et non révéler. Ainsi, devrait-on dire dévoiler au lieu de révéler.
(2) Ceci est traduit de l'hébreu d'origine ; « chef suprême » (Rab-Mag) signifiant littéralement l'Enseignant-Magicien, le Maître ou Guru, comme ce fût le cas de Daniel à Babylone.
(3) Quelques héros homérique, comme Laomédon, le père de Priam, bâtirent des villes, c.-à-d., instituèrent les Mystères et propagèrent la Religion-Sagesse dans des contrées étrangères.
(4) Il est ordonné dans l'Ecclésiastique, XXI, 27 [trad. La Bible de Jérusalem], de ne pas maudire Satan, « Quand l'impie maudit Satan, il se maudit soi-même ». Pourquoi ? Parce que dans leur permutation « le Seigneur Dieu », Moïse et Satan sont un. [...]

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Métaphysique et Nature (citations de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

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L'Unité fondamentale de la vie
« L'unité radicale de l'essence ultime de chaque constituant qui forme les composés dans la Nature – de l'Étoile à l'Atome minéral, du plus haut Dhyan Chohan [entité céleste] au plus petit microbe, et dans la plus grande acceptation du terme, que ce soit dans les mondes spirituel, intellectuel, ou physique – est la loi fondamentale de la Science Occulte » (La Doctrine Secrète, I, p. 120 [*])
« L'unité de Type, commun, dans un sens, aux règnes animal et humain, est, [...] un témoignage de l'unité essentielle du « plan-de-base » que la Nature a suivi en façonnant ses créatures ». (La Doctrine Secrète, II, p. 737 [*])

La Trinité primordiale et éternelle
« [Pour les Anciens] l'éther et le chaos, ou dans le langage platonicien, le mental et la matière, étaient les deux principes premiers et éternels de l'univers, totalement indépendants de quoi que ce soit d'autre. Le premier était le principe intellectuel vivifian tout ; le chaos était, un principe liquide informe, sans "forme ni sens", et de l'union des deux l'univers jaillissait à l'existence, ou plutôt le monde universel, la première déité androgyne – la matière chaotique devenant son corps, et l'éther son âme. [...] Ceci constitue la trinité universelle. (La Doctrine Secrète, I, p. 343 [*])

Pas de création par un Dieu personnel, ni « Dessein intelligent »
« Il n'y a ici ni "création spéciale", ni "Dessein" quelconque, mais seulement le "plan-de-base" général  élaboré par la loi universelle. Mais il y a certainement des "architectes", bien que ceux-ci ne soient ni omnipotents ni omniscients au sens absolu du terme. Ils sont simplement les Constructeurs, les Maçons, travaillant sous l'impulsion qui leur est donnée par le Maître Maçon, à jamais inconnaissable (sur notre plan) – la VIE UNE et la Loi. » (La Doctrine Secrète, II, p 732 [*])

Le Grand Cycle de la Vie dans l'Univers
Dans l'ouvrage Isis Dévoilée (Vol., I, pp 348/9 [*]), il est dit que dans un temple souterrain situé à proximité d'une grande pagode bouddhiste, se trouve une fresque représentant les cycles entrelacés qui forment le Grand Cycle cosmique de la Vie universelle :
« Imaginez un point dans l'espace primordial. Puis tracez avec un compas un cercle autour de ce point ; là où se rejoignent le début et la fin de la ligne de circonférence, l'émanation de l'univers débute et sa réabsorption prend fin. Le long de la circonférence sont dessinés, comme des anneaux d'un bracelet, d'innombrables cercles plus petits. Chaque anneau représente la ceinture d'une déesse qui symbolise un globe. À mesure que l'on parcourt l'arc descendant du grand cercle jusqu'au point le plus bas — le nadir, où l'artiste mystique a placé notre planète — le visage des déesses s'assombrit et s'enlaidit au-delà de ce que notre imagination d'Européens peut concevoir. Sur la ceinture de chacune des déesses sont dessinés des plantes, des animaux et des êtres humains qui représentent la flore, la faune et l'humanité vivant sur ce globe. Les globes sont espacés les uns des autres, pour montrer qu'après une série de transmigrations sur un globe l'âme jouit d'un nirvâna temporaire, qui efface en elle tout souvenir des souffrances passées. L'espace étherique entre les globes est habité par des êtres étranges. Les créatures qui occupent l'espace entre l'éther céleste et la terre, sont celles de la nature intermédiaire, les esprits de la nature ou les élémentaux des cabalistes. » (Extrait du Cahier Théosophique n°10 – « La Loi des Cycles »).

La Loi des Cycles dans la Nature et dans l'Homme
La Loi des Cycle peut être résumée ainsi :
« 1°) Nous sommes les créateurs de certains cycles : par l'opération du karma individuel, nous traçons le cercle de nos réincarnations individuelles ; par nos actions collectives, nous traçons les cycles de contraction ou d'expansion de ce qui sera la croissance ou le déclin de la communauté ou de la nation ; par le karma spirituel, nous progressons lentement mais sûrement, vers le bord du "Cercle primordial" — qui est le Nirvâna (1) lorsqu'on y entre soi-consciemment et le Pralaya (2) lorsqu'on y entre inconsciemment.

(1) Nirvâna : l'état d'existence absolue et de conscience absolue dans lequel l'Ego d'un homme qui a atteint le plus haut degré de perfection et de sainteté au cours de la vie entre, après la mort du corps, ou exceptionnellement pendant la vie, comme ce fut le cas de Gautama le Bouddha et d'autres Sages, (d'après le Theosophical Glossary)
(2) Pralaya : Une période d'obscuration ou de repos entre deux périodes de manifestation.

« 2°) Chaque être humain vit en étroite communion avec la Nature, évolue au milieu de la Nature et doit réaliser que son Être est la Nature. De roue en roue, de cycle en cycle, la Vie Une en manifestation trace le Cercle du Temps dans l'Espace Abstrait, qui est la Durée. » (Citation extraite de l'article « La Loi des Cycles », Cahier Théosophique n°10).

Les Hiérarchies célestes
« [Les hiérarchies célestes] (AH-HI ou Dhyan-Chohans) sont les armées collectives d'êtres spirituels – les Armées d'Anges de la Chrétienté, les Elohim et "Messagers" des Juifs – qui sont le véhicule pour la manifestation, de la pensée et de la volonté divines ou universelles. Ils sont les Forces intelligentes qui donnent et impriment dans la Nature ses "lois", alors qu'eux-mêmes agissent en accord avec des lois qui leurs sont imposées, de manière similaire, par des Pouvoirs encore plus élevés ; mais ils ne sont pas les "personnifications" des pouvoirs de la Nature, comme on le pense par erreur. Cette hiérarchie d'Êtres spirituels, à travers laquelle le Mental Universel entre en action, est comme une armée – une "Légion" vraiment – au moyen de laquelle l'esprit combatif d'une nation se manifeste, et qui est composée de corps d'armée, divisions, brigades, régiments, et ainsi de suite, chacun avec son individualité ou sa vie propre, et son degré limité de liberté d'action et ses responsabilités limitées ; chacun contenu dans une individualité plus large, à laquelle ses propres intérêts sont subordonnés, et chacun contenant en lui-même des individualités inférieures ». (La Doctrine Secrète, I, p. 38)

La Loi d'Analogie
« L'analogie est la loi qui guide dans la Nature, le seul véritable fil d'Ariane qui peut nous conduire, à travers les sentiers inextricables de son domaine, vers ses premiers et derniers mystères. La Nature, en tant que puissance créative, est infinie, et aucune génération de scientifiques du physique ne pourra jamais se vanter d'avoir épuisé la liste de ses voies et méthodes, malgré l'uniformité des lois par lesquelles elle procède. (La Doctrine Secrète, II, p. 153).

La Nature symbolisée par le féminin et la matière
« La Nature est féminine, et d'une certaine manière, objective et tangible, et le Principe esprit qui la fructifie est caché. » (La Doctrine Secrète, I, p. 5).

La Nature géométrise
« La Nature géométrise universellement dans toutes ses manifestations. Il y a une loi inhérente – non seulement dans le [monde] primordial, mais aussi dans la matière manifestée de notre plan phénoménal – par laquelle la Nature corrèle ses formes géométriques, et par la suite, également, ses éléments composés ; et dans laquelle il n'y a pas de place pour le hasard ou la chance. C'est une loi fondamentale en Occultisme, qu'il n'y a pas de repos ni de cessation du mouvement dans la Nature. Ce qui semble repos est seulement le changement d'une forme à une autre ; le changement de substance allant de pair avec celui de la forme – comme nous l'enseigne la physique Occulte, qui semble bien avoir anticipé la découverte de la « Conservation de la matière » depuis un temps considérable. » (La Doctrine Secrète, I, p. 97).

Qu'est-ce que le Chaos? – « La Nature a horreur du vide »
« Les Eaux de Vie, ou Chaos – le principe féminin du symbolisme – sont le vide (à notre perception mentale) dans lequel résident, latents, l'Esprit et la Matière. » (La Doctrine Secrète, I, p. 64)
« "La Nature a horreur du vide" disaient les Péripatéticiens... [Et] Démocrite enseignait que les premiers principes de toutes choses contenues dans l'Univers étaient les atomes et un vide. Ce dernier signifiant simplement la Déité ou force latente, qui, avant sa première manifestation quand elle devint VOLONTÉ (communiquant la première impulsion à ces atomes), était le grand Rien, Ain-Soph, ou NON-CHOSE ; et était, donc, pour tous les sens, un Vide – ou CHAOS. (La Doctrine Secrète, I, p. 343 [*])

Pas de Matière morte – Toute la Nature évolue
« L'erreur principale et la plus fatale faite par la Science dans on égarement, au regard des Occultistes, réside dans l'idée de la possibilité d'une chose telle que de la matière morte ou inorganique, dans la nature. Est-ce que ce qui est mort ou inorganique est capable de transformation ou de changement ? demande l'Occultisme. Et, y a-t-il quoi que ce soit sous le soleil qui demeure immuable et sans changement ? » (La Doctrine Secrète, I, p. 507 [*])
« La Nature est l'"Éternel-devenir". » (La Doctrine Secrète, I, p. 250 [*])
« Hermès, le triple grand Trismégiste, disait "Oh, mon fils, la matière devient ; auparavant elle était ; car la matière est le véhicule du devenir. Le devenir est le mode d'activité de la déité incréée. Ayant été dotée des germes du devenir, la matière (objective) est amenée à naître, car la force créative la façonne d'après les formes idéales. La matière non encore engendrée n'a pas de forme ; elle devient quand elle est mise en action." » (La Doctrine Secrète, I, p. 281 [*])
«Tout dans l'Univers progresse régulièrement dans le Grand Cycle, bien que sans cesse montant et descendant durant les cycles mineurs. La Nature n'est jamais stationnaire pendant un manvantara [cycle d'un univers], car elle est toujours en devenir (**), et n'est pas simplement étant. (La Doctrine Secrète, I, p. 257 [*])
(**) Le grand métaphysicien Hegel pensait de même. Pour ce dernier, la Nature était un perpétuel devenir. Un concept purement ésotérique. Une Création ou Origine, au sens chrétien du terme, est absolument impensable. Comme disait ce penseur : "Dieu (l'Esprit Universel) s'objective lui-même à travers la Nature, et émerge à nouveau de celle-ci" ».

Ésotérisme de la Nature
« De nos jours, la science est, indéniablement, ultra-matérialiste, mais elle trouve, en un sens, sa justification. Le Nature se comportant dans son action d'une manière toujours ésotérique, et étant, comme les Kabbalistes le disent, in abscondito [dans le secret], peut seulement être jugée par le profane d'après son apparence, et cette apparence est toujours trompeuse sur le plan physique. D'un autre côté, les naturalistes refusent de mélanger le physique avec le métaphysique, le corps avec son âme qui l'habite et son esprit, qu'ils préfèrent ignorer. ». (La Doctrine Secrète, I, p. 257 [*]).

La Nature est un lieu consacré
« Chaque corps céleste est le temple d'un dieu, et ces dieux eux-mêmes sont les temples de DIEU, le "Non-Esprit" Inconnu. Il n'y a rien de profane dans l'Univers. Toute la Nature est un lieu consacré, comme le dit Young : "chacune de ces Étoiles est une demeure religieuse" ». (La Doctrine Secrète, I, p. 578 [*])

La Nature n'est pas inconsciente
« L'ordre de la nature témoigne d'une marche progressive vers une vie supérieure. Il y a un dessein dans l'action des forces qui semblent complètement aveugles. Tout le processus de l'évolution avec ses adaptations sans fin en est une preuve. Les lois immuables, qui éliminent les espèces faibles et inadaptées, pour laisser la place au plus fort, et qui permettent la "survivance du plus apte", quoique cruelles dans leur action immédiate – œuvrent toutes à l'avènement du grand but. Le simple fait que de telles adaptations se produisent, que le plus apte survive dans le combat pour l'existence, montre que ce qui est appelé "la Nature inconsciente" (*) est en réalité un agrégat de forces manipulées par des entités semi-intelligentes (les Elémentaux) guidées par de Hauts Esprits Planétaires (Dhyan Chohan), dont l'agrégat collectif forme le Verbe manifesté du LOGOS non-manifesté, et constitue tout en même temps le MENTAL de l'Univers et sa LOI immuable. (La Doctrine Secrète, I, pp. 277/8 [*])
« (*) La Nature considérée dans son sens abstrait, ne peut pas être « inconsciente », cas elle est l'émanation, et ainsi un aspect (sur le plan de la manifestation) de la conscience ABSOLUE. Où est cet homme audacieux qui voudrait priver le végétal et même les minéraux d'une conscience qui leur propre. Tout ce qu'il peut dire est que cette conscience est au-delà de sa capacité de compréhension. »

Au sujet des animaux
« Inconsciemment, les bêtes sauvages sont averties de l'opposition humaine générale qu'elles perçoivent focalisée dans chaque être humain. » (W.Q.Judge, Les Lettres qui m'ont aidé, p. 124.)
« Nous faisons donc appel à tous ceux qui désirent s'élever et élever leurs compagnons — hommes et bêtes — au-dessus de la routine irréfléchie de la vie quotidienne égoïste. Il n'est pas question que cette Utopie puisse être réalisée en un jour ; mais, à force de répandre l'idée de la Fraternité Universelle, la vérité en toute chose pourra être découverte. Ce qu'il faudrait c'est une connaissance réelle de la condition spirituelle de l'homme, de son but et de sa destinée. Une telle étude nous conduit à accepter le précepte [...] : "Soyez maîtres de vous-mêmes, soyez libéraux, soyez miséricordieux : c'est là la mort de l'égoïsme". » (W.Q. Judge, Les Lettres qui m'ont aidé, p. 151.)

[*] Nota : les numéros des pages correspondent à l'édition anglaise publiée par Theosophy Compagny, Los Angeles.

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"Lucifer" à l'Archevêque de Cantorbéry - Salutations !

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Traduction de « Lucifer to the Archbishop of Canterbury, Greeting ! » (Revue Lucifer, décembre 1887). Publié par H.P. Blavatsky

MONSEIGNEUR, LE PRIMAT DE TOUTE L'ANGLETERRE,

Par cette lettre ouverte adressée à Votre Grandeur, nous désirons vous présenter et, par votre entremise, transmettre au clergé, aux fidèles et aux chrétiens en général — qui nous considèrent comme des ennemis du Christ — un exposé succinct de la position qu'occupe la Théosophie vis-à-vis du christianisme, car nous pensons que le moment est venu de le faire.
Votre Grandeur sait, sans aucun doute, que la Théosophie n'est pas une religion, mais une philosophie à la fois religieuse et scientifique, et que la tâche principale de la Société Théosophique a consisté, jusqu'à présent, à raviver l'esprit animant chaque religion, en encourageant et en aidant la recherche en vue de découvrir la vraie signification de ses doctrines et de ses observances. Les théosophes savent que plus profondément on pénètre dans la signification des dogmes et des cérémonies de toutes les religions, plus s'accentue leur similitude fondamentale apparente, jusqu'à ce que finalement leur unité primordiale soit perçue. Cette base commune n'est rien d'autre que la Théosophie — la Doctrine Secrète des âges — qui, diluée et déguisée pour répondre aux aptitudes des masses, et aux exigences des temps, a formé le noyau vivant de toutes les religions. La Société Théosophique possède des branches composées respectivement de bouddhistes, d'hindous, de musulmans, de parsis, de chrétiens et de libres penseurs qui travaillent ensemble comme des frères, sur le terrain commun de la Théosophie ; et c'est précisément parce que la Théosophie n'est pas une religion, ni ne peut jouer le rôle d'une religion pour la multitude, que le succès de la Société a été si éclatant, non seulement en ce qui concerne le nombre croissant de ses membres et son influence grandissante, mais également si on considère la réalisation de l'Œuvre qu'elle s'est imposée — le réveil de la spiritualité dans la religion et le développement du sentiment de FRATERNITÉ parmi les hommes.
Nous, théosophes, croyons qu'une religion est un incident naturel dans la vie de l'homme, à son degré actuel de développement ; et que, s'il arrive, dans de rares cas, que certains individus naissent dépourvus du sentiment religieux, une communauté doit avoir une religion, c'est-à-dire un lien unifiant, si elle veut échapper à la décadence sociale et à l'annihilation matérielle. Nous croyons qu'aucune doctrine religieuse ne peut être plus qu'une tentative en vue d'exprimer à notre entendement limité actuel, dans les termes de nos expériences terrestres, de grandes vérités cosmiques et spirituelles, que, dans notre état normal de conscience, nous soupçonnons vaguement, plutôt que nous ne les percevons et comprenons réellement ; et donc, une révélation, si elle a quelque chose à révéler, doit nécessairement se conformer aux mêmes exigences terrestres de l'intellect humain. A notre avis, par conséquent, aucune religion né peut être absolument vraie, comme aucune ne peut être absolument fausse. Une religion est vraie dans la mesure où elle répond aux besoins spirituels, moraux et intellectuels du moment, et aide au développement de l'humanité en ce sens.
Elle est fausse pour autant qu'elle entrave ce développement et porte atteinte au côté spirituel, moral et intellectuel de la nature humaine. Et les idées spirituelles transcendantales d'un sage d'Orient, concernant les pouvoirs qui régissent l'Univers, seraient une religion aussi fausse pour le sauvage d'Afrique, que l'est son fétichisme grossier pour le sage, quoique ces deux points de vue soient nécessairement vrais à un certain degré, car tous deux représentent les conceptions les plus hautes que ces êtres puissent respectivement se faire au sujet des mêmes faits cosmiques et spirituels, lesquels ne peuvent jamais être connus en leur réalité, tant que l'homme ne reste qu'un homme.
Les théosophes respectent donc toutes les religions et professent une profonde admiration pour l'éthique religieuse de Jésus. Il ne pourrait en être autrement, car ces enseignements qui nous sont parvenus sont les mêmes que ceux de la Théosophie. Ainsi donc, aussi longtemps que le christianisme moderne reste à la hauteur de sa prétention d'être la religion pratique enseignée par Jésus, les théosophes sont avec lui de cœur et d'âme ; mais dans la mesure où il va à l'encontre de cette éthique, pure et simple, les théosophes sont ses adversaires. Tout chrétien peut, s'il le désire, comparer le Sermon sur la Montagne avec les dogmes de son Eglise, et l'esprit qui anime ce Sermon avec les principes qui inspirent la civilisation chrétienne, et qui gouvernent sa propre vie ; il lui sera loisible alors de juger, par lui-même, jusqu'à quel point la religion de Jésus pénètre son christianisme, et dans quelle mesure il se trouve donc d'accord avec les théosophes. Mais les chrétiens pratiquants — surtout les membres du clergé — ont peur de faire cette comparaison. Semblables à des marchands craignant de se trouver en faillite, ils ont l'air de redouter la découverte d'un déséquilibre dans leurs comptes, un passif spirituel qu'aucun actif matériel ne pourrait compenser. La comparaison entre les enseignements de Jésus et les doctrines des Eglises a cependant été faite fréquemment, et souvent avec beaucoup de compétence et un esprit critique pénétrant — à la fois par ceux qui voulaient abolir le christianisme, et ceux qui désiraient le réformer. L'ensemble de ces études comparatives prouve, en définitive, comme Votre Grandeur doit bien le savoir, que dans presque tous les cas, les doctrines des Eglises et les pratiques des chrétiens sont en opposition directe avec les enseignements de Jésus.
Nous avons l'habitude de dire au bouddhiste, au musulman, à l'hindou, au parsi : « Le sentier qui mène à la Théosophie passe pour vous par votre propre religion. » Nous parlons ainsi, parce que leurs croyances possèdent un sens philosophique et ésotérique profond, qui explique la forme allégorique sous laquelle elles sont présentées au peuple, mais nous ne pouvons en dire autant aux chrétiens. Les successeurs des Apôtres n'ont jamais consigné par écrit la doctrine secrète de Jésus — les mystères du Royaume des Cieux — qu'il leur fut donné — à eux les Apôtres — de connaître (1). Ces mystères furent supprimés, éliminés, détruits. Ce qui nous est parvenu au fil du temps, ce sont les maximes, les paraboles, les allégories et les fables que Jésus destinait expressément à ceux qui étaient sourds et aveugles spirituellement, pour qu'elles soient révélées plus tard au monde, mais que le christianisme moderne accepte littéralement ou interprète selon la fantaisie des Pères de l'Eglise séculière. Dans les deux cas, ces enseignements sont semblables à des fleurs coupées, car ils sont séparés de la plante sur laquelle ils ont poussé, et de la racine d'où cette plante a puisé la vie. Ainsi, si nous encouragions les chrétiens à étudier leur religion par eux-mêmes, comme nous le faisons avec les fidèles des autres croyances, il en résulterait, non pas une connaissance de la signification des mystères chrétiens, mais, ou bien un réveil de la superstition et de l'intolérance du Moyen-Age, joint à une formidable multiplication des prières superficielles et des prêches — comme celle qui produisit la création de 239 sectes protestantes, en Angleterre seulement — ou bien un grand accroissement du scepticisme, car le christianisme n'a pas de fondement ésotérique connu de ceux qui le pratiquent. Et Vous-même, Monseigneur le Primat d'Angleterre, devez constater avec douleur que vous ne connaissez absolument rien de plus de ces « mystères du Royaume des Cieux » enseignés par Jésus à ses disciples, que le plus humble et le plus illettré des membres de votre Eglise.
On comprendra donc aisément pourquoi les théosophes ne font aucune objection à l'attitude de l'Eglise Catholique Romaine ou des Eglises protestantes, la première interdisant et les autres déconseillant une recherche individuelle du sens des dogmes « chrétiens » qui correspondrait à l'étude ésotérique dans les autres religions. Avec les idées et la connaissance qu'ils possèdent actuellement, les chrétiens pratiquants ne sont pas prêts à entreprendre un examen critique de leur foi avec un espoir de bons résultats. Cette étude aurait pour conséquence inévitable de paralyser, plutôt que de stimuler, leurs sentiments religieux latents ; car la critique biblique comme la mythologie comparée ont prouvé d'une façon concluante — à ceux du moins qui n'ont aucun intérêt caché, spirituel ou temporel, à maintenir l'orthodoxie — que la religion chrétienne, telle qu'elle existe actuellement, se compose de déchets vides de substance du judaïsme, de débris du paganisme et de restes mal digérés du gnosticisme et du néo-platonisme. Ce curieux conglomérat qui s'est formé graduellement autour des paroles (logia) consignées de Jésus a commencé maintenant, avec le cours des âges, à se désagréger en laissant, dans son effondrement, des gemmes précieuses et pures de vérité théosophique, qu'il recouvrait et dissimulait depuis si longtemps, sans pouvoir jamais les défigurer ni les détruire. Non seulement la Théosophie sauve ces pierres précieuses du sort qui menace le fatras sans valeur où elles ont été si longtemps noyées, mais elle évite à ce fatras même une condamnation sans appel, car elle prouve que le résultat de la critique biblique est loin de constituer l'analyse ultime du christianisme du fait que tous les fragments formant les curieuses mosaïques des Eglises ont appartenu jadis à une religion dotée d'un sens ésotérique. C'est uniquement en rétablissant ces fragments à la place qu'ils occupaient à l'origine qu'on peut découvrir leur signification cachée et comprendre le vrai sens des dogmes chrétiens. Toutefois, pour y réussir, il est indispensable de posséder une connaissance de la Doctrine Secrète, telle qu'elle existe dans le fondement ésotérique des autres religions ; et cette connaissance n'est pas dans les mains du clergé, car l'Eglise en a d'abord caché les clefs, et depuis lors les a perdues.
Votre Grandeur saisira maintenant pourquoi la Société Théosophique a choisi, comme l'un de ses trois « buts », l'étude de ces religions et philosophies orientales qui jettent tant de lumière sur le sens caché du christianisme. Vous comprendrez aussi, espérons-nous, qu'en agissant de la sorte, nous le faisons en amis et non en ennemis de la religion enseignée par Jésus — en somme, le véritable christianisme. Car c'est uniquement par l'étude de ces religions et philosophies que les chrétiens peuvent espérer arriver à une compréhension de leurs propres croyances, ou découvrir le sens secret des paraboles et des allégories que le Nazaréen donna aux paralytiques spirituels de la Judée. Les Eglises, en considérant ces allégories comme des faits réels, ou comme des fantaisies, ont jeté le ridicule et le mépris sur ces enseignements, et ont mis le christianisme en passe de sombrer complètement, miné comme il l'est par la critique historique et les recherches mythologiques, sans compter le marteau de la science moderne qui le brise.
Les chrétiens devraient-ils donc prendre les théosophes pour leurs ennemis, sous prétexte que ces derniers considèrent le christianisme orthodoxe comme opposé, dans son ensemble, à la religion de Jésus, et parce qu'ils ont le courage de dénoncer les Eglises comme traîtresses au MAÎTRE qu'elles prétendent vénérer et servir ? Pas du tout, en vérité. Les théosophes savent que le même esprit qui animait les paroles de Jésus gît latent dans le cœur des chrétiens, comme dans celui de tous les hommes. Ils ont pour principe fondamental la Fraternité de l'Homme, dont la réalisation ultime n'est rendue possible que par ce qui était connu longtemps avant Jésus comme « l'esprit du Christ ». Cet esprit existe encore potentiellement de nos jours, dans tous les hommes, mais il ne se développera et ne deviendra actif que lorsque les êtres humains ne seront plus empêchés de se comprendre, de s'estimer et de sympathiser les uns avec les autres, par l'effet des barrières de lutte et de haine érigées par les prêtres et les princes. Nous savons qu'il existe des chrétiens capables de s'élever dans leur vie au-dessus du niveau de leur religion. Il y a, dans toutes les Eglises, de nombreux êtres nobles, désintéressés et vertueux, désireux de faire du bien à leurs semblables, selon ce qu'ils savent et ce qu'ils peuvent, remplis d'aspiration pour les choses supérieures à celles de la terre, des disciples de Jésus malgré leur christianisme. A l'égard de tels êtres, les théosophes ressentent la plus profonde sympathie, car seul un théosophe ou bien une personne douée de la sensibilité délicate et de la grande érudition théologique de Votre Grandeur est capable d'apprécier exactement les immenses difficultés que doit affronter la tendre plante de la piété naturelle, pour enfoncer sa racine dans le sol ingrat de notre civilisation chrétienne et pour s'efforcer de fleurir dans l'atmosphère froide et aride de la théologie. Combien il doit être difficile, par exemple, d'« aimer » un Dieu comme celui que décrit Herbert Spencer, dans un passage bien connu :

« La cruauté d'un Dieu fidjien qu'on représente dévorant les âmes des morts, et leur infligeant peut-être par là une torture, n'est rien, comparée à la cruauté d'un Dieu qui condamne les hommes à des peines qui sont éternelles... Les terribles punitions qui doivent retomber sur les descendants d'Adam, pendant des centaines de générations, pour une légère transgression qu'ils n'ont pas commise, la damnation de tous les hommes qui ne profitent pas d'un prétendu moyen d'obtention du pardon, dont la plupart des humains n'ont jamais eu connaissance, enfin l'établissement d'une réconciliation, par le sacrifice d'un fils parfaitement innocent, en vue de satisfaire à la prétendue nécessité d'une victime propitiatoire, sont des comportements qui susciteraient des sentiments d'horreur et de dégoût s'ils étaient le fait d'un maître humain. » (Religion: A retrospect and a prospect.)

Votre Grandeur dira sans doute que Jésus n'enseigna jamais le culte d'un dieu pareil. Et c'est ce que nous, théosophes, disons aussi. Cependant, c'est bien là le dieu dont le culte est rendu officiellement dans la cathédrale de Cantorbéry, par Vous, Monseigneur le Primat d'Angleterre ; et Votre Grandeur reconnaîtra avec nous qu'il doit vraiment exister une étincelle divine d'intuition religieuse dans le cœur des hommes, pour qu'ils puissent résister, comme ils le font, à l'action mortelle d'une telle théologie empoisonnée.
Si Votre Grandeur daigne, de son haut piédestal, jeter un regard autour d'elle, elle verra une civilisation chrétienne dans laquelle la lutte de l'homme contre l'homme, éperdue et sans pitié, est non seulement le trait caractéristique, mais le principe admis. C'est un axiome scientifique et économique reconnu aujourd'hui que tout progrès s'obtient par la lutte pour l'existence, et la survivance des plus aptes ; et les plus aptes à survivre dans notre civilisation chrétienne ne sont pas précisément ceux qui sont doués des qualités que la moralité de tous les temps a reconnues comme les plus hautes, ce ne sont pas ceux qui sont généreux, pieux, nobles de cœur, miséricordieux, humbles, droits, honnêtes et bons qui subsistent, mais les plus accomplis des égoïstes, des rusés, des hypocrites, des brutaux, des faux, des malhonnêtes, des cruels et des avares. Les êtres spirituels et altruistes sont les « faibles » que les « lois » qui gouvernent l'univers donnent en pâture aux hommes égoïstes et matériels, les « forts ». « La force prime le droit » est la seule conclusion légitime, le dernier mot de la morale du XIXe siècle, puisque le monde est devenu un vaste champ de bataille sur lequel les « plus aptes » descendent comme des vautours pour arracher les yeux et le cœur de ceux qui ont succombé dans le combat. La religion met-elle fin à la lutte ? Les Eglises éloignent-elles les vautours et réconfortent-elles les blessés et les mourants ? La religion ne pèse pas une plume dans le plateau de la balance du monde moderne, si l'on met dans l'autre plateau les avantages mondains et les plaisirs égoïstes ; et les Eglises sont impuissantes à revivifier le sentiment religieux parmi les hommes, parce que leurs idées, leur connaissance, leurs méthodes et leurs arguments datent des Ages Sombres. Monseigneur le Primat, Votre christianisme retarde de cinq cents ans.
Aussi longtemps que les hommes se disputèrent pour savoir lequel était le vrai Dieu, ou dans quel endroit l'âme passait après la mort, vous, le clergé, avez compris la question, et avez disposé d'arguments susceptibles d'influencer l'opinion publique — le syllogisme ou la torture, selon le cas ; mais maintenant c'est l'existence même d'un être tel que Dieu, ou d'un esprit immortel quelconque, qui est mise en doute ou rejetée. La Science invente de nouvelles théories pour expliquer l'Univers qui ignorent dédaigneusement l'existence d'un Dieu quelconque ; les moralistes établissent des théories de l'éthique et de la vie sociale dans lesquelles l'inexistence de toute vie future est admise comme un principe ; en physique, en psychologie, en droit, en médecine, tout savant qui veut avoir droit de cité doit veiller soigneusement à ce que ses idées ne contiennent aucune allusion à une Providence ou à une âme. Le monde est amené rapidement à la conviction qu'en face des faits Dieu est un mythe sans fondement dont la Nature n'a que faire ; et que l'idée d'un fragment immortel dans l'homme est le rêve insensé de sauvages ignorants perpétué par les mensonges et les astucieuses inventions de prêtres qui s'assurent leur subsistance en cultivant chez les hommes la crainte qu'un Dieu imaginaire puisse torturer éternellement leurs âmes, tout aussi imaginaires, dans un enfer fabuleux. Devant cette situation, le clergé reste, dans notre siècle, muet et impuissant. La seule réponse que l'Eglise pouvait faire à de telles « objections » c'était, autrefois, la torture et le bûcher mais, actuellement, elle ne peut plus recourir à ce système de logique.
Naturellement, si le Dieu et l'âme qu'enseignent les Eglises sont des entités imaginaires, le salut et la damnation selon les dogmes chrétiens constituent de pures illusions du mental, dues au procédé hypnotique d'affirmation et de suggestion, employé en grand, et agissant de façon cumulative sur des générations d'innocents « hystériques ». Quelle réponse pouvez-vous donner à une telle théorie de la religion chrétienne, sinon une répétition de vos assertions et suggestions ? Quels moyens avez-vous de ramener les hommes à leurs anciennes croyances autrement qu'en ravivant leurs anciennes coutumes ? « Construisez de nouvelles églises, dites plus de prières, établissez de nouvelles missions, et votre croyance dans le salut et la damnation sera raffermie, amenant comme résultat nécessaire une foi renouvelée en Dieu et en l'âme. » Voilà quelle est la politique des Eglises, et la seule réponse qu'elles offrent à l'agnosticisme et au matérialisme. Mais Votre Grandeur sait bien que vouloir affronter les attaques de la Science et de la critique modernes, à l'aide d'armes telles que l'affirmation ou la coutume, c'est comme monter à l'assaut de canons à répétition avec comme armes des boomerangs et des boucliers de cuir. Cependant, tandis que le progrès des idées et l'accroissement de la connaissance sont en train de miner la théologie populaire, chaque découverte de la Science, chaque nouvelle conception de la pensée européenne avancée, rapproche le mental du XIXe siècle des idées du Divin et du Spirituel familières à toutes les religions ésotériques et à la Théosophie.
L'Eglise prétend que le christianisme est la seule vraie religion, et cette prétention implique deux propositions distinctes : d'abord que le christianisme, est la vraie religion et ensuite qu'il n'y a pas d'autre vraie religion que le christianisme. Il ne semble pas qu'il soit jamais venu à l'idée des chrétiens que Dieu et l'Esprit pouvaient exister sous une autre forme que celle présentée par les doctrines de leur Eglise. Le sauvage appelle le missionnaire un athée, parce qu'il ne porte pas une idole dans sa malle, et le missionnaire, à son tour, qualifie d'athées tous ceux qui ne portent pas un fétiche dans leur mental ; et ni l'un ni l'autre ne semblent se douter qu'il puisse exister une idée supérieure à la leur, au sujet du grand pouvoir caché qui gouverne l'Univers et auquel le nom de « Dieu » est bien mieux applicable. On peut se demander si les Eglises se donnent plus de mal pour prouver que le christianisme est « vrai » que pour démontrer que toute autre forme de religion est nécessairement « fausse » ; les conséquences mauvaises de cela — qui est leur enseignement — sont terribles. Beaucoup de gens s'imaginent que lorsqu'ils ont rejeté le dogme, ils ont détruit le sentiment religieux, et ils en concluent que la religion est une chose superflue dans la vie humaine — une offrande aux nuages de choses qui appartiennent à la terre, un gaspillage d'énergie qui pourrait être dépensée avec plus de profit dans la lutte pour l'existence. Le matérialisme de notre siècle est donc la conséquence directe de la doctrine chrétienne qui enseigne qu'il n'existe pas d'autre pouvoir directeur dans l'Univers, ni d'Esprit immortel dans l'homme que ceux que révèlent les dogmes chrétiens. L'athée, Monseigneur le Primat, est le fils bâtard de l'Eglise.
Mais il y a plus. Les Eglises n'ont jamais enseigné aux bommes d'autres raisons plus nobles d'être justes, bons et sincères que l'espoir d'une récompense ou la crainte d'un châtiment ; et lorsqu'ils abandonnent leur croyance au caprice Divin et à l'injustice Divine, les fondements de leur morale sont ébranlés. Il ne leur reste même pas la morale naturelle, car le christianisme leur a appris à la considérer comme sans valeur, étant donné la dépravation naturelle de l'homme. Il s'ensuit que l'intérêt personnel devient le seul mobile de la conduite des hommes, et la crainte d'être découverts, le seul frein au vice. Ainsi, en ce qui concerne aussi bien la moralité que Dieu et l'âme, le christianisme écarte les hommes du sentier menant à la connaissance, et les précipite dans l'abîme de l'incrédulité, du pessimisme et du vice. L'Eglise est actuellement le dernier endroit vers lequel les hommes voudraient se tourner pour obtenir un soulagement aux maux et aux misères de leur vie, car ils savent que l'édification d'églises et la répétition de litanies n'influencent ni les pouvoirs de la Nature ni les conseils des nations ; et parce qu'ils sentent instinctivement que les Eglises, en acceptant le principe de ces expédients, ont perdu leur pouvoir de toucher le cœur des hommes, et qu'elles ne peuvent plus maintenant qu'agir sur le plan extérieur, comme soutiens des policiers et des politiciens.
La fonction de la religion est de réconforter et encourager l'humanité dans sa lutte incessante contre le péché et la souffrance. Elle ne peut arriver à ce but qu'en offrant aux hommes les nobles idéaux d'une existence plus heureuse après la mort, et d'une vie plus digne sur terre, qu'ils doivent gagner, dans les deux cas, par leurs efforts conscients. Ce que le monde réclame actuellement, c'est une Eglise qui lui parlera de la Divinité et du principe immortel de l'homme, en se plaçant au moins au niveau des idées et des connaissances du moment. Le christianisme dogmatique ne convient pas à un monde qui raisonne et pense, et seuls ceux qui sont capables de se replacer dans un état d'esprit médiéval peuvent apprécier une Eglise dont la mission religieuse (indépendamment de ses fonctions sociales et politiques) consiste à maintenir Dieu de bonne humeur, pendant que les laïcs font ce qu'ils croient contraire à ses commandements ; à prier pour faire changer le temps, et, éventuellement, à remercier le Tout-Puissant pour l'aide accordée dans le massacre des ennemis. Ce ne sont pas des « medecine-men » (2), mais des guides spirituels dont le monde a besoin de nos jours — un « clergé » qui lui donnera des idéaux adaptés à la mentalité de ce siècle, comme l'étaient le ciel et l'enfer chrétiens, Dieu et le Diable, aux époques de sombre ignorance et de superstition. Le clergé chrétien répond-il ou peut-il répondre à cette attente ? La misère, le crime, le vice, l'égoïsme, la brutalité, le manque de dignité et de maîtrise de soi qui caractérisent notre civilisation moderne, unissent leurs voix en un seul cri formidable, et répondent : NON !
Quelle est la signification de la réaction contre le matérialisme, réaction dont les signes s'affirment de tout côté actuellement ? Elle prouve que le monde est mortellement écœuré du dogmatisme, de l'arrogance, de la présomption et de l'aveuglement spirituel de la Science moderne — de cette même Science moderne que les hommes saluaient, hier encore, comme leur libératrice de la bigoterie religieuse et de la superstition chrétienne, mais qui, semblable au Démon des légendes monacales, exige, pour prix de ses services, le sacrifice de l'âme immortelle de l'homme. Et, en attendant, que font les Eglises ? Les Eglises dorment du doux sommeil que procurent les dotations, l'influence politique et sociale, et pendant ce temps, le monde, la chair et le démon s'approprient leurs mots de passe, leurs miracles, leurs arguments et leur foi aveugle. Les spirites — oh ! Eglises du Christ ! — vous ont dérobé le feu de vos autels pour illuminer les pièces où ils tiennent leurs séances ; les salutistes vous ont pris votre vin sacramentel et s'en sont enivrés spirituellement dans les rues ; l'Infidèle vous a dérobé les armes avec lesquelles vous l'avez vaincu autrefois, et, triomphalement, il vous dit que « ce que vous avancez a été répété fréquemment dans le passé ». Le clergé eut-il jamais une occasion aussi splendide ? Les raisins sont mûrs dans la vigne, il ne manque que les bons ouvriers pour les récolter. Si vous alliez donner au monde une preuve répondant au degré de probabilité qu'exige le niveau intellectuel du moment, montrant que la Divinité et l'Esprit immortel dans l'homme ont une réelle existence, comme des faits de la Nature, les hommes ne vous acclameraient-ils pas comme leurs sauveurs, les délivrant du pessimisme et du désespoir, de cette idée affolante et obsédante qu'il n'existe pas d'autre destinée pour l'homme qu'un néant éternel, après quelques courtes années d'amer labeur et de tristesse ? Oui, comme leurs libérateurs de cette lutte éperdue pour la jouissance matérielle et le progrès terrestre, qui est la conséquence directe de la croyance en une vie mortelle unique, l'alpha et l'oméga de l'existence.
Mais les Eglises n'ont ni la connaissance ni la foi nécessaires pour sauver le monde, et votre Eglise, Monseigneur le Primat, peut être moins que toutes les autres, alourdie comme elle l'est de ces huit millions de livres sterling qu'elle porte au cou comme une meule. C'est en vain que vous essayez d'alléger le navire en jetant par-dessus bord le lest de doctrines que vos ancêtres estimaient vitales pour le christianisme. Que peut faire votre Eglise, sinon fuir devant la tempête, les mâts désemparés, tandis que le clergé essaie faiblement de colmater les voies d'eau béantes à l'aide de la « version révisée », et tente, par son poids mort politique et social, d'éviter le naufrage du navire, envoyant par le fond sa cargaison de dogmes et de dotations ?
Qui a bâti la cathédrale de Cantorbéry, Monseigneur le Primat ? Qui a fondé et vivifié la grande organisation ecclésiastique qui rend possible l'existence d'un Evêque de Cantorbéry ? Qui a posé les bases de ce vaste système de taxes religieuses qui vous rapporte 15.000 livres par an, avec la jouissance d'un palais ? Qui a institué le rituel et les cérémonies, les prières et les litanies qui, légèrement modifiées et privées d'art et d'ornement, constituent la liturgie de l'Eglise d'Angleterre ? Qui a exigé du peuple les titres orgueilleux de « divin Révérend » et d'« Homme de Dieu » que le clergé de votre Eglise porte avec tant de confiance ? Qui, vraiment, sinon l'Eglise de Rome ? Nous parlons sans esprit d'hostilité. La Théosophie a vu l'ascension et la chute de nombreuses croyances, et elle assistera à la naissance et à la mort de bien d'autres. Nous savons que la vie des religions est soumise à la loi. Que vous ayez hérité de l'Eglise de Rome légitimement, ou par la violence, nous vous laissons en débattre avec vos ennemis et avec votre conscience, car notre attitude mentale envers votre Eglise est déterminée par la valeur intrinsèque de cette dernière. Nous savons que si elle est incapable de remplir la véritable fonction spirituelle d'une religion, elle sera certainement balayée même si la faute en revient plutôt à ses tendances héréditaires, ou à son milieu, qu'à elle-même.
Pour employer une comparaison familière, l'Eglise d'Angleterre est semblable à un train qui roule en vertu de la vitesse acquise avant qu'on coupe la vapeur. Lorsqu'il a quitté la voie principale, il s'est engagé sur une voie de garage qui ne mène nulle part. Le train est presque arrivé à l'arrêt et de nombreux passagers l'ont déjà quitté pour d'autres moyens de transport. Ceux qui restent savent pour la plupart qu'ils ont profité pendant tout le temps du peu de vapeur qui était restée dans la chaudière, depuis que les feux de Rome en ont été enlevés. Ils se doutent qu'ils ne font peut-être que « jouer au train » pour le moment ; mais le mécanicien continue d'actionner son sifflet, le contrôleur fait sa ronde pour examiner les billets, et les serre-freins font grincer leurs freins et, après tout, cela ne manque pas de charme. Car les voitures sont chauffées et confortables, et le temps est froid au dehors ; et tant qu'ils sont payés, tous les employés de la compagnie ne manquent pas d'obligeance... Mais ceux qui savent où ils veulent aller ne sont pas aussi satisfaits.
Depuis plusieurs siècles, l'Eglise d'Angleterre a joué un double jeu difficile, disant aux catholiques romains : « Raisonnez », et aux sceptiques : « Croyez ». C'est en équilibrant les forces de ce double jeu qu'elle est parvenue à se maintenir si longtemps debout à la rambarde. Mais voici que la rambarde elle-même fléchit. La sécularisation des biens de l'Eglise et sa séparation d'avec l'Etat sont dans l'air. Et qu'offre votre Eglise pour sa défense ? Son utilité. Il est utile d'avoir un certain nombre d'hommes ayant renoncé au monde, de bonne éducation et moralité, et qui, répandus dans tout le pays, empêchent les masses d'oublier complètement le nom de religion, et constiuent des centres de tavail binfaisants. Mais il ne s'agit plus maintenant, comme il y a cinq cents ans, de répéter des prières et de faire l'aumône aux pauvres. Les hommes ont atteint leur majorité et ont pris en main la direction de leur façon de penser, de leurs affaires sociales, privées et même spirituelles ; car ils se sont aperçu que leur clergé n'en savait pas plus qu'eux au sujet des « choses du Ciel ».
Mais l'Eglise d'Angleterre, dit-on, est devenue si libérale, que tous devraient la soutenir. Il est vrai qu'on peut assister à une excellente parodie de la messe, ou siéger en tant qu'unitarien virtuel, et, cependant, rester dans son giron. Toutefois, cette belle tolérance prouve uniquement que l'Eglise a trouvé nécessaire de se transformer en un terrain public où chacun peut dresser sa baraque foraine pour y donner sa propre représentation, pourvu qu'il contribue à défendre les dotations. La tolérance et le libéralisme sont contraires aux lois qui régissent l'existence d'une Eglise croyant en la damnation divine, et leur apparition dans l'Eglise d'Angleterre est un signe, non de vitalité nouvelle, mais de désagrégation prochaine. Non moins trompeuse est l'énergie déployée par l'Eglise, pour construire des bâtiments pour le culte. Si c'était là un critérium de la religion, dans quel âge pieux nous vivrions ! Jamais le dogme ne fut si bien logé, tandis que des milliers d'êtres humains doivent dormir à la belle étoile et meurent littéralement de faim à l'ombre de nos majestueuses cathédrales édifiées au nom de Celui qui n'avait pas où reposer sa tête. Mais, votre Grandeur, Jésus vous a-t-il dit que la religion gisait, non dans le cœur des hommes, mais dans les temples bâtis de leurs mains ? Vous ne pouvez transformer votre piété en pierres et cependant en faire usage dans votre vie ; et l'histoire montre que la pétrification du sentiment religieux est une maladie aussi mortelle que l'ossification du cœur. En supposant, cependant, que les églises se multiplient au centuple et que chaque prêtre devienne un centre de philanthropie, cela ne ferait encore que substituer à la tâche que les pauvres attendent de l'Eglise, sans pouvoir l'obtenir, celle qu'ils réclament de leurs semblables, mais non de leurs instructeurs spirituels. Et la stérilité spirituelle des doctrines de l'Eglise n'en serait que plus intensément mise en relief.
Le temps approche où le clergé sera appelé à rendre compte de son ministère. Etes-vous prêt, Monseigneur le Primat, à expliquer à VOTRE MAÎTRE pourquoi vous avez donné des pierres à Ses Enfants, alors qu'ils vous réclamaient du pain ? Vous souriez dans votre sécurité imaginaire. Les serviteurs du Seigneur ont fait si longtemps la fête dans les chambres secrètes de Sa Maison qu'ils sont convaincus qu'Il ne reviendra jamais. Mais ne vous a-t-Il pas dit qu'Il reviendrait comme un voleur dans la nuit ? Et voici qu'Il vient déjà dans le cœur des hommes.
Il y vient prendre possession du Royaume de Son Père, car c'est là uniquement que se trouve Son Royaume. Mais vous ne Le reconnaissez pas ! Si les Eglises elles-mêmes n'étaient pas entraînées dans le flot de négation et de matérialisme qui a englouti la société, elles reconnaîtraient le germe de l'Esprit de Christ qui croît rapidement dans le cœur de milliers d'êtres humains, qu'elles traitent maintenant d'infidèles et de fous. Elles trouveraient là le même esprit d'amour, d'abnégation, d'immense pitié pour l'ignorance, la folie et les souffrances du monde, que celui qui remplissait dans toute sa pureté le cœur de Jésus, comme celui d'autres Saints Réformateurs dans d'autres âges ; cet esprit qui est la lumière de toute religion véritable et le flambeau grâce auquel les théosophes de tous les temps ont essayé de guider leurs pas sur le sentier étroit qui mène au salut — le sentier parcouru par toute incarnation de CHRISTOS, l'ESPRIT DE VÉRITÉ.
Et maintenant, Monseigneur le Primat, nous vous avons respectueusement exposé les principaux points de différence et divergence entre la Théosophie et les Eglises chrétiennes, et nous vous avons montré l'unité de la Théosophie et des enseignements de Jésus. Vous avez entendu notre profession de foi et pris connaissance des objections et plaintes que nous formulons contre le christianisme dogmatique. Nous, une poignée d'humbles individus, sans fortune ni influence mondaine, mais forts de notre connaissance, nous nous sommes unis dans l'espoir d'accomplir l'œuvre que votre MAITRE, dites-vous, vous a confiée, mais que ce colosse richissime et autocratique — l'Eglise chrétienne — néglige si tristement. Appellerez-vous ceci de la présomption ? Et ne nous réserverez-vous, dans ce pays de libre opinion, de libre expression et de libre effort, que le vulgaire anathème que l'Eglise tient en réserve pour le réformateur ? Ou pouvons-nous espérer que les amères leçons de l'expérience, que cette politique a données aux Eglises dans le passé, auront changé le cœur et éclairé l'entendement des dirigeants de la religion, et que l'année prochaine, 1888, verra les chrétiens nous tendre la main avec sympathie et bonne volonté ? Ce serait simplement reconnaître à juste titre que le noyau relativement petit appelé la Société Théosophique n'est pas un pionnier de l'Antéchrist, ni un suppôt du Diable, mais, en pratique, l'auxiliaire, et peut-être même le sauveur du christianisme ; et qu'elle ne fait autre chose que d'essayer d'accomplir l'œuvre que Jésus — comme Bouddha et les autres « fils de Dieu » qui le précédèrent — avaient ordonné à ses fidèles d'entreprendre, mais que les Eglises, devenues dogmatiques, sont actuellement tout à fait incapables d'accomplir.
Et maintenant, si Votre Grandeur peut nous prouver que nous avons été injustes envers l'Eglise dont vous êtes le Chef, ou envers la théologie populaire, nous promettons de reconnaître publiquement notre erreur. Mais « QUI NE DIT MOT CONSENT ».
Notes :
(1) Marc, IV, 11 ; Matthieu, XIII, 11 ; Luc, VIII, 10.
(2) Sorciers indigènes (N.d.T.).

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Le Phare de l'Inconnu

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Cet article a paru la première fois, en français, dans la Revue Théosophique de mai 1889 (écrit en français par l'auteur) – Cet article étant long, le présent texte est un extrait. Le texte complet est disponible en Cahiers Théosophiques, N°25 et 26. Les crochets [...] indiquent les passages supprimés.

I

[...] Le « Phare » de la Vérité, c'est la Nature sans le voile de l'illusion des sens. Il ne peut être atteint avant que l'adepte ne soit devenu maître absolu de son moi personnel, capable de contrôler tous ses sens physiques et psychiques, à l'aide de son « septième sens », grâce auquel il est doué, ainsi, de la vraie sagesse des dieux, Theo-Sophia.
Inutile de remarquer que les profanes, — les non-initiés, au dehors du temple, ou pro-fanes, — jugent les « phares », et le « Phare » ci-dessus mentionnés, en sens inverse. Pour eux, c'est le Phare de la vérité Occulte qui représente l'ignis fatuus, le grand feu follet de l'illusion et de la bêtise humaines, et ils considèrent tous les autres comme les écueils bienfaisants qui arrêtent les exaltés à temps, sur la mer de la folie et de la superstition.
« N'est-ce point assez », nous disent nos bienveillants critiques, « que le monde soit arrivé, à force d' « ismes », à celui de théosophisme, qui n'est que fumisterie transcendante, sans que celui-ci nous offre encore de la magie réchauffée du moyen âge, avec ses grands sabbats, et son hystérie chronique ? »
Halte-là, Messieurs ! Savez-vous seulement, pour parler ainsi, ce que c'est que la vraie magie, ou les Sciences occultes ? Vous vous êtes bien laissé gorger en classe de la « Sorcellerie diabolique » de Simon le magicien et de son disciple Ménandre, d'après ce bon Père Irénée, le trop zélé Théodoret et l'auteur inconnu de Philosophumena. Vous vous êtes laissé dire, d'un côté, que cette magie venait du diable ; de l'autre, qu'elle n'était que le résultat de l'imposture et de la fraude. Fort bien. Mais que savez-vous de la vraie nature du système pratiqué par Apollonius de Tyane, Jamblique et autres mages ? Et que pensez-vous de l'identité de la théurgie de Jamblique, avec la « magie » des Simon et des Ménandre ? Son vrai caractère n'est dévoilé qu'à demi par l'auteur du livre de Mysteriis (1). Néanmoins, ses explications convertirent Porphyre, Plotin et d'autres, qui, d'ennemis qu'ils étaient de la théorie ésotérique, devinrent ses plus fervents adhérents. La raison en est fort simple. La vraie Magie, dans la théurgie de Jamblique, est à son tour identique avec la gnose de Pythagore, la [...] la science des choses qui sont ; et avec l'extase divine des Philalèthes, « les amants de la Vérité ». Or, on ne doit juger de l'arbre que par ses fruits. Quels sont ceux qui ont témoigné du caractère divin et de la réalité de cette extase appelée aux Indes Samâdhi (2) ? C'est une longue série d'hommes, qui, s'ils avaient été chrétiens, eussent été canonisés ; non sur le choix de l'Eglise, qui a ses partialités et ses prédilections, mais sur celui des populations entières et de la vox populi, qui ne se trompe presque jamais dans ses appréciations. C'est d'abord Ammonius Saccas, surnommé le théodidaktos, « enseigné par Dieu » ; le grand maître dont la vie fut si chaste et si pure que Plotin, son élève, perdit à tout jamais l'espoir de voir jamais aucun mortel qui lui fut comparable. C'est ce même Plotin qui fut pour Ammonius ce que Platon fut pour Socrate, c'est-à-dire un élève digne des vertus de son illustre maître. C'est Porphyre encore l'élève de Plotin (3), l'auteur de la bibliographie de Pythagore. Dans la pénombre de cette gnose divine dont l'influence bienfaisante a radié jusqu'à nos jours, se développèrent tous les mystiques célèbres des derniers siècles, tels que Jacob Boëhmen, Emmanuel Swedenborg, et tant d'autres. Mme Guyon est le sosie féminin de Jamblique. Les Quiétistes chrétiens, les Soufis musulmans, et les Rose-Croix de tous les pays, s'abreuvèrent aux eaux de cette source inépuisable, la Théosophie des Néo-Platoniciens des premiers siècles de l'ère chrétienne. La gnose précéda cette ère, car elle fut la continuation directe de la Gupta Vidya, et de la Brahmâ-Vidya (« connaissance secrète », et « connaissance du Brahmâ ») des Indes de l'antiquité, transmise par la voie de l'Egypte ; comme la théurgie des Philalètes est la continuation des mystères Egyptiens. En tout cas, le point de départ de cette magie diabolique, c'est la Divinité suprême ; son terme et but final, l'union de l'étincelle divine qui anime l'homme avec la Flamme-mère, qui est le Tout divin.
Ce but est l'ultima thule des théosophes qui se vouent entièrement au service de l'humanité. En dehors de ceci, ceux qui ne sont pas encore prêts à tout sacrifier, peuvent s'occuper des sciences transcendantes, telles que le Mesmérisme et les phénomènes modernes sous toutes leurs formes. Ils en ont le droit, d'après la clause qui spécifie, comme un des buts de la Société Théosophique : « l'étude des lois inconnues de la nature, et des pouvoirs psychiques latents dans l'homme. »
[...] Après tout, les critiques qui ne jugent que d'après l'apparence, n'ont pas tout à fait tort. Il y a théosophie et théosophie : la vraie théosophie, du théosophe, et celle du membre de la Société de ce nom. Que sait le monde de la vraie théosophie ? Comment peut-il juger entre celle d'un Plotin, et celle des faux frères ? Et de ceux-ci, la Société possède plus que sa part légitime. L'égoïsme, la vanité, et la suffisance de la majorité des hommes sont incroyables. Il y en a pour qui leur petite personnalité constitue l'univers entier, hors de laquelle point de salut. [...] Ils parlent de fraternité et d'altruisme, et n'aiment, en réalité, que ce qui n'aime personne, — eux-mêmes, — en d'autres termes leur petit « moi ». Leur égoïsme leur fait imaginer que seuls ils représentent le temple de la Théosophie, et qu'en se proclamant au monde eux-mêmes, ils proclament la théosophie. [...]
Ceux-là sont les termites blancs de la Société Théosophique, qui, en rongent les fondements, et lui sont une menace perpétuelle. On ne respire librement que lorsqu'ils la quittent.
Ce n'est pas eux qui pourraient jamais donner une idée correcte, de la théosophie pratique, encore moins de la théosophie transcendante qui occupe l'esprit d'un petit groupe d'élus. Chacun de nous possède la faculté, le sens intérieur connu sous le nom d'intuition ; mais combien rares sont ceux qui savent le développer ! C'est cependant le seul qui puisse faire voir les hommes et les choses sous leurs vraies couleurs. C'est un instinct de l'âme qui croît en nous, en proportion de l'usage que nous en faisons, et qui nous aide à apercevoir et à comprendre tout fait réel et absolu avec plus de clarté que ne le ferait le simple exercice de nos sens et de notre raisonnement. Ce qu'on appelle le bon sens et la logique ne nous permet de voir que l'apparence des choses, ce qui est évident pour tous. L'instinct dont je parle étant comme une projection de notre conscience perceptive, projection qui s'opère du subjectif à l'objectif, et non vice versa, éveille en nous les sens spirituels et les force à agir ; ces sens s'assimilent l'essence de l'objet ou de l'action que nous examinons, nous les représentent tels qu'ils sont, et non tels qu'ils paraissent à nos sens physiques ou à notre froide raison. « Nous commençons par l'instinct, nous finissons par l'omni-science », dit le professeur A.Wilder, notre plus vieux collègue. Jamblique a décrit cette faculté, et certains théosophes ont pu apprécier toute la vérité de sa description.

« Il existe, dit-il, une faculté dans l'esprit humain, qui est immensément supérieure à toutes celles qui sont greffées sur nous, ou engendrées. Par elle, nous pouvons atteindre à l'union avec des intelligences supérieures, nous trouver transportés au-delà des scènes et de la vie de ce monde, et partager l'existence supérieure et les pouvoirs surhumains des habitants célestes. Par cette faculté nous nous trouvons libérés finalement de la domination du Destin (Karma), et devenons, pour ainsi dire, les arbitres de notre sort. Car, lorsque les parties les plus excellentes en nous se trouvent remplies d'énergie, et que notre âme est emportée vers des essences plus élevées que la science, elle peut se séparer de ces conditions qui la retiennent sous le joug de la vie pratique journalière ; elle échange sa vie actuelle pour une autre vie, et renonce aux habitudes conventionnelles qui appartiennent à l'ordre extérieur des choses pour s'abandonner et se confondre avec cet autre ordre qui règne dans l'existence la plus élevée... »

Platon a exprimé cette idée en deux lignes :

« La lumière et l'esprit de la Divinité sont les ailes de l'âme. Elles l'élèvent jusqu'à la communion avec les dieux, au-dessus de cette terre, avec laquelle l'esprit de l'homme est trop prêt à se salir... Devenir comme les dieux, c'est devenir saint, juste et sage. Tel est le but pour lequel l'homme fut créé, tel doit être son but dans l'acquisition de la science ».

Ceci est la vraie théosophie, la théosophie intérieure, celle de l'âme. Mais, poursuivie dans un but égoïste, elle change de nature, et devient de la démonosophie. Voici pourquoi la Sagesse Orientale nous apprend que le Yogi Indou qui s'isole dans une forêt impénétrable, ainsi que l'ermite chrétien qui se retire, comme aux temps jadis, dans le désert, ne sont tous deux que des égoïstes accomplis. L'un, agit dans l'unique but de trouver dans l'essence une et nirvanique refuge contre la réincarnation ; l'autre, dans le but de sauver son âme, — tous les deux ne pensent qu'à eux-mêmes. Leur motif est tout personnel ; car, en admettant qu'ils atteignent le but, ne sont-ils pas comme le soldat poltron, qui déserte l'armée au moment de l'action, pour se préserver des balles ? En s'isolant ainsi, ni le Yogi, ni le « saint », n'aident personne autre qu'eux-mêmes ; ils se montrent, par contre, profondément indifférents au sort de l'humanité qu'ils fuient et désertent. Le Mont Athos contient peut-être quelques fanatiques sincères. Cependant, même ceux-là, ont déraillé inconsciemment de l'unique voie qui peut les conduire à la vérité, — la voie du Calvaire, où chacun porte volontairement la croix de l'humanité et pour l'humanité. En réalité, c'est un nid de l'égoïsme le plus grossier. C'est à leurs pareils que s'applique la remarque d'Adams sur les monastères : « Il y a des créatures qui semblent avoir fui le reste de l'humanité pour le seul plaisir de rencontrer le diable en tête-à-tête. »
Gautama, le Bouddha, ne passa dans la solitude que juste le temps qu'il lui fallut pour arriver à la vérité, qu'il se dévoua ensuite à proclamer, mendiant son pain, et vivant pour l'humanité. Jésus ne se retira au désert que pour quarante jours, et mourut pour cette même humanité. Apollonius de Tyane, Plotin et Jamblique menant une vie de singulière abstinence et presque d'ascétisme, vivaient dans le monde et pour le monde. Les plus grands ascètes et Saints de nos jours ne sont pas ceux qui se retirent dans des localités inabordables ; mais ceux qui, bien qu'évitant l'Europe et les pays civilisés où chacun n'a plus d'oreilles et d'yeux que pour soi, pays partagés en deux camps de Caïns et d'Abels, passent leur vie à voyager en faisant le bien et tâchant d'améliorer l'humanité.
Ceux qui regardent l'âme humaine comme étant l'émanation de la divinité, comme une parcelle ou rayon de l'âme universelle et ABSOLUE, comprennent mieux que les chrétiens la parabole des talents. Celui qui cache le talent qui lui est donné par son « Seigneur » dans la terre, perdra ce talent, comme le perd l'ascète qui se met en tête de « sauver son âme » dans une solitude égoïste. Le « bon et fidèle serviteur » qui double son capital en moissonnant pour celui qui n'a pas semé, parce qu'il n'en avait pas les moyens, et recueille là où le pauvre n'a pas répandu le grain, agit en véritable altruiste. II recevra sa récompense, justement parce qu'il a travaillé pour un autre, sans aucune idée de rémunération ou de reconnaissance. C'est 1e théosophe altruiste ; tandis que le premier n'est que l'égoïste et le poltron.
Le phare sur lequel les yeux de tous les théosophes bien pensants sont fixés, est celui qui a été de tout temps le point de mire de l'âme humaine emprisonnée. Ce phare, dont la lumière ne brille sur aucune des eaux terrestres, mais qui a miroité sur la sombre profondeur des eaux primordiales de l'espace infini, a nom pour nous, comme pour les théosophes primitifs, — « Sagesse divine ». C'est le mot final de la doctrine ésotérique ; et dans l'antiquité, quel est le pays ayant eu droit d'être appelé civilisé qui n'ait possédé son double système de SAGESSE, dont une partie était pour les masses, et l'autre pour le petit nombre, l'exotérique et l'ésotérique ? Ce nom de SAGESSE, ou, comme on dit parfois, la « religion de la sagesse », ou théosophie, est vieux comme la pensée humaine. Le titre de sages, — les grands prêtres de ce culte de la vérité, — en fut le premier dérivé. L'épithète se transforma ensuite en celle de philosophie et de philosophes, — les « amants de la science », ou de la sagesse. [...]
Ceci est exoérique, comme ce qui a rapport aux dieux personnels des nations. L'INFINI ne peut être connu par notre raison, qui ne fait que distinguer et définir ; — mais nous pouvons toujours en concevoir l'idée abstraite, grâce à cette faculté supérieure de la raison, — l'intuion, ou instinct spirituel dont je viens de parler. Les ands initiés ayant la rare faculté de se metre dans l'état de Samadhi, — que nous ne pouvons traduir qu'imparfaitement par le terme extase, un état où l'on cesse d'être le « moi »  conditionné et personnel pour devenir un avec le TOUT, — sont les seuls qui peuvent se vanter d'avoir été en contact avec l'infini : mais pas plus que les autres mortels, ils ne pourraient définir cet étét par des paroles...
Ces quelques traits de la vraie théosophie et ses pratiques, sont ébauchés pour un petit nombre de nos lecteurs qui sont doués de l'intuition voulue. Quant aux autres, ou bien ils ne nous comprendraient pas, ou bien ils riraient.
Nos aimables critiques savent-ils toujours ce dont ils se moquent ? Ont-ils la moindre idée du travail qui s'opère dans le monde entier et du changement mental produit par cette théosophie qui les fait sourire ? Le progrès accompli par notre littérature est évident, et grâce à certains théosophes infatigables il devient manifeste aux plus aveugles. Il y en a qui sont persuadés que la théosophie est la philosophie et le code, sinon la religion, de j'avenir. Les rétrogrades, amoureux du dolce farniente du conservatisme, le pressentent : de là toutes ces haines et persécutions, appelant à leur aide la critique. Mais la critique, inaugurée par Aristote, a dévié loin de son programme primitif. Les anciens philosophes, ces ignares sublimes en matière de civilisation moderne, quand ils critiquaient un système ou une œuvre, le faisaient avec impartialité, et dans le seul but d'améliorer et de perfectionner ce qu'ils dépréciaient. Ils étudiaient le sujet d'abord, et l'analysaient ensuite. C'était un service rendu, accepté et reconnu comme tel, de part et d'autre. La critique moderne s'en tient-elle toujours à cette règle d'or ? Il est bien évident que non. Ils sont loin, nos juges d'aujourd'hui, même de la critique philosophique de Kant. [...]
Le métaphysicien qui étudie depuis des siècles le phénomène de l'être dans ses premiers principes, et qui sourit de pitié en écoutant les divagations théosophiques, — serait bien embarrassé de nous expliquer la philosophie ou même la raison d'être du rêve. Qui d'eux nous informera pourquoi toutes les opérations mentales — excepté le raisonnement qui se trouve seul comme suspendu et paralysé, — fonctionnent pendant nos rêves avec une force et une activité aussi grandes que pendant nos veilles ? [...]
La « Science Maudite », dites-vous, Messieurs les ultramontains ? Vous devriez vous rappeler, cependant, que l'arbre de la science est greffé sur l'arbre de vie ? que le fruit que vous qualifiez de « défendu », et que vous proclamez depuis dix-huit siècles la cause du péché originel qui amena la mort dans le monde, — que ce fruit, dont la fleur s'épanouit sur une souche immortelle, fut nourri par ce même tronc, et qu'il est ainsi le seul qui puisse nous assurer l'immortalité. Vous ignorez enfin, Messieurs les Kabalistes, — ou désirez l'ignorer, — que l'allégorie du paradis terrestre est vieille comme le monde, et que l'arbre, le fruit et le péché, avaient une signification bien plus philosophique et profonde que celle qu'ils ont aujourd'hui, — que les secrets de l'initiation sont perdus...
[...] Le monde doit marcher et se mouvoir sous peine de stagnation et de mort. L'évolution mentale marche, pari passu, avec l'évolution physique, et toutes deux s'avancent vers la VÉRITÉ UNE, — qui est le cœur du système de l'Humanité, comme l'évolution en est le sang. Que la circulation s'arrête un moment, et le cœur s'arrête avec, et c'en est fait de la machine humaine ![...]  L'Église, à moins qu'elle ne retire sa lourde main, qui pèse comme un cauchemar sur la poitrine oppressée des millions de croyants nolens volens, et dont la pensée reste paralysée dans les tenailles de la superstition, l'Église ritualistique est condamnée à céder sa place à la religion et à — périr. Bientôt elle n'aura plus que le choix. Car, une fois que le peuple sera éclairé sur la Vérité qu'elle lui voile avec tant de soin, il arrivera de deux choses l'une : ou bien elle périra par le peuple ; ou autrement, si les masses sont laissées dans l'ignorance et l'esclavage de la lettre morte, — elle périra avec le peuple. Les serviteurs de la Vérité éternelle, dont ils ont fait un écureuil tournant sur sa roue ecclésiastique, se montreront-il assez altruistes pour choisir des deux nécessités la première ? Qui sait ! 
Je le dis encore : seule la théosophie bien comprise peut sauver le monde du désespoir, en reproduisant la réforme sociale et religieuse une fois déjà accomplie dans l'histoire par Gautama, le Bouddha : une réforme paisible, sans une goutte de sang versé, chacun restant dans la croyance de ses pères s'il le veut. Pour le faire, il n'aurait qu'à en rejeter les plantes parasites de fabrication humaine qui étouffent en ce moment toutes les religions, comme tous les cultes du monde. Qu'il n'en accepte que l'essence — qui est une dans toutes ; c'est-à-dire l'esprit qui vivifie et qui rend immortel l'homme en qui il réside. Que chaque homme, enclin au bien, trouve son idéal, une étoile devant lui pour le guider. Qu'il la suive et ne dévie jamais de son chemin ; et, il est presque certain d'arriver au « phare » de la vie, la VÉRITÉ : peu importe qu'il l'ai cherchée et trouvée au fond d'une crèche on d'un puits...
[...] Qu'il en soit ainsi ou autrement, la théosophie descend en directe ligne du grand arbre de la GNOSE universelle, arbre dont les branches luxuriantes, s'étendant comme une voûte sur le globe entier, ombrageaient à une époque, — que la chronologie biblique se plaît à nommer antédiluvienne, — tous les temples et toute les nations. Cette gnose représente l'agrégat de toutes les sciences, le savoir accumulé de tous les dieux et demi-dieux incarnés jadis sur la terre. Il y a des gens qui veulent voir en ceux-ci les anges déchus ou l'ennemi de l'homme ; ces fils de Dieu qui, voyant que les filles des hommes étaient belles, les prirent pour femmes et leur communiquèrent tous les secrets du ciel et de la terre. A leur aise. Nous croyons aux Avatars et aux dynasties divines, à l'époque où il y avait, en effet, « des géants sur cette terre », mais nous répudions entièrement l'idée des « anges déchus » ou de Satan et de son armée.

(à suivre) top-iconRetour en Hauttop-icon

Notes de la partie I :
(1) Par Jamblique qui l'écrivit sous le pseudonyme du nom de son maître, le prêtre égyptien Abammon. [...]
(2) Samâdhi, un état de contemplation abstraite, définie par des termes sanscrits dont chacun demande une phrase entière pour l'expliquer. C'est un état mental ou, plutôt spirituel, qui ne dépend d'aucun objet perceptible et pendant lequel le sujet vit, absorbé dans le domaine de l'esprit pur, dans la Divinité.
(3) Le citoyen de Rome pendant vingt-huit ans, l'homme si honnête que l'on tenait à honneur de le faire tuteur des orphelins des plus riches patriciens. Il mourut sans s'être jamais fait un ennemi pendant ces vingt-huit ans.


II

« Quelle est donc, votre culte ou croyance ? » nous demande-t-on. « Qu'étudiez-vous de préférence ? ».
« LA VÉRITÉ », répondons-nous. La vérité partout où nous la trouvons; car, comme Ammonius Saccas, notre plus grande ambition serait de réconcilier tous les différents systèmes religieux, d'aider chacun à trouver la vérité dans sa croyance à lui, tout en le forçant à la reconnaître dans celle de son voisin. Qu'importe le nom si l'essence est la même ? Plotin, Jamblique et Apollonius de Tyane avaient, dit-on, tous les trois les dons merveilleux de la prophétie, de la clairvoyance et celui de guérir, quoique appartenant à trois écoles différentes. La prophétie était un art cultivé aussi bien par les Essènes et les B'ni Nebim parmi les Juifs que parmi les prêtres des oracles des païens. Les disciples de Plotin attribuaient à leur maître des pouvoirs miraculeux ; Philostrate en faisait autant pour Apollonius, tandis que Jamblique avait la réputation d'avoir surpassé tous les autres Eclectes dans la théurgie théosophique. Ammonius déclarait que toute la SAGESSE morale et pratique se trouvait dans les livres de Thoth ou Hermès le Trismégiste. Mais « Thoth » signifie « un collège », école ou assemblée, et les ouvrages de ce nom, selon le theodidaktos, étaient identiques avec les doctrines des Sages de l'Extrême-Orient. Si Pythagore puisa ses connaissances aux Indes (où jusqu'à ce jour il est mentionné dans les vieux manuscrits sous le nom de Yavanâcharya, le « maître grec ») (4), Platon acquit ses connaissances dans les livres de Thoth-Hermès. Comment il se fit que le jeune Hermès, le dieu des bergers, surnommé « le bon Pasteur », qui présidait aux modes de divination et de clairvoyance, devint identique avec Thoth, (ou Thot) le Sage déifié, et l'auteur du Livre des Morts, — la doctrine ésotérique seule pourrait le révéler aux Orientalistes.
Chaque pays a eu ses sauveurs. Celui qui dissipe les ténèbres de l'ignorance à l'aide du flambeau de la science, nous découvrant ainsi la vérité, mérite autant ce titre de notre gratitude que celui qui nous sauve de la mort en guérissant notre corps. Il a réveillé dans notre âme engourdie la faculté de distinguer le vrai du faux, en y allumant une lumière divine jusque-là absente et il a droit à notre culte reconnaissant, car il est devenu notre créateur. Qu'importe le nom ou le symbole qui personnifie l'idée abstraite, si cette idée est toujours la même et la vraie ! Que ce symbole concret porte un nom ou un autre, que le sauveur auquel on croit s'appelle de son nom terrestre, Krishna, Bouddha, Jésus ou Asclépios surnommé aussi le « dieu sauveur » Σώτηρ, nous n'avons qu'à nous souvenir d'une chose : les symboles des vérités divines n'ont pas été inventés pour l'amusement de l'ignorant ; ils sont l'alpha et l'oméga de la pensée philosophique.
La théosophie étant la voie qui mène à la vérité, dans tout culte comme dans toute science, l'occultisme est, pour ainsi dire, la pierre de touche et le dissolvant universel. C'est le fil d'Ariane donné par le maître au disciple qui s'aventure dans le labyrinthe des mystère de l'être ; le flambeau qui l'éclaire dans le dédale dangereux de la vie, l'énigme du Sphinx, toujours. Mais la lumière versée par ce flambeau ne peut être discernée qu'avec l'œil de l'âme réveillée ou nos sens spirituels ; elle aveugle l'œil du matérialiste comme le Soleil aveugle le hibou.
N'ayant ni dogme ni rituel, — ces deux n'étant que l'entrave, le corps matériel qui étouffe l'âme, — nous ne nous servons jamais de la « magie cérémoniale » des Kabalistes occidentaux ; nous en connaissons trop les dangers pour jamais l'admettre. Dans la S. T., tout membre est libre d'étudier ce qui lui plaît, pourvu qu'il ne se hasarde pas dans des régions inconnues qui le mèneraient sûrement vers la magie noire, la sorcellerie contre laquelle Eliphas Levi met si franchement son public en garde. Les sciences occultes sont un danger pour celui qui ne les comprend qu'imparfaitement. Celui qui s'adonnerait à leur pratique, tout seul, courrait le risque de devenir fou. Or, ceux qui les étudient feraient bien de se réunir en petits groupes de trois à sept. Les groupes doivent être impairs pour avoir plus de force. Un groupe tant soit peu solidaire, formant un seul corps uni, où les sens et perceptions des unités se complètent et s'entre'aident, — c'est-à-dire l'un suppléant à l'autre la qualité qui lui manque, — finira toujours par former un corps parfait et invincible. « L'union fait la force ». La morale de la fable du vieillard léguant à ses fils un faisceau de bâtons qui ne doivent jamais être séparés, est une vérité qui restera toujours axiomatique.
[...] Tout correspond et se lie mutuellement dans la nature. Dans son sens abstrait, la Théosophie est le rayon blanc d'où naissent les sept couleurs du prisme solaire, chaque être humain s'assimilant un de ces rayons plus que les six autres. Il s'ensuivrait que sept personnes, pourvue chacune de son rayon spécial, pourraient s'aider mutuellement. Ayant à leur service le faisceau septénaire, elles auraient ainsi les sept forces de la nature à leur disposition. Mais il s'ensuit aussi que pour arriver à ce but, le choix des sept personnes ayant à former un groupe, doit être laissé à un expert, à un initié dans la Science des rayons occultes.
[...] Car, disons-le tout de suite, la théosophie a cela en plus de la Science vulgaire, qu'elle examine le revers de toute vérité apparente. Elle creuse et analyse chaque fait présenté par la Science physique, n'y cherchant que l'essence et la constitution finale et occulte dans toute manifestation cosmique et physique, qu'elle soit du domaine moral, intellectuel ou matériel. En un mot, elle commence ses recherches là où celles des matérialistes finissent.
— C'est donc de la métaphysique que vous nous offrez ? Pourquoi ne pas le dire tout de suite ? nous objectera-t-on.
Non, ce n'est pas la métaphysique, ainsi qu'on la comprend généralement, quoiqu'elle joue son rôle quelquefois. Les spéculations de Kant, de Leibnitz et de Shopenhauer sont du domaine métaphysique, ainsi que celles d'Herbert Spencer. [...] La métaphysique kantienne a fait découvrir à son auteur, sans le moindre secours des méthodes actuelles ou d'instruments perfectionnés, l'identité de la constitution et de l'essence du soleil et des planètes ; et Kant a affirmé, lorsque les meilleurs astronomes, même dans la première moitié de ce siècle, — ont encore nié. Mais cette même métaphysique n'a pas réussi à lui démontrer, pas plus qu'elle n'a aidé la physique moderne à la découvrir (malgré ses hypothèses si bruyantes) la vraie nature de cette essence.
Donc, la Théosophie, ou plutôt les sciences occultes qu'elle étudie, sont quelque chose de plus que de la simple métaphysique. C'est, s'il m'est permis d'user de ce double terme, de la méta-métapnysique, de la méta-géométrie, etc., etc., ou un transcendantalisme universel. La Théosophie rejette entièrement le témoignage des sens physiques, si celui-ci n'a pas pour base celui de la perception spirituelle et psychique. Qu'il s'agisse de la clairvoyance et de la clairaudience le mieux développées, le témoignage final de toutes deux sera rejeté, à moins que ces termes ne signifient la φωτός de Jamblique, ou l'illumination extatique, le άγωγή μαντίχ, de Plotin et de Porphyre. De même pour les sciences physiques ; l'évidence de la raison sur le plan terrestre, comme celle de nos cinq sens, doivent recevoir l'imprimatur du sixième et septième sens de l'Ego divin, avant qu'un fait soit accepté par un vrai occultiste.
[...] La Théosophie est synonyme de la Gnanâ- Vidya, et de Brahmâ- Vidya (5) des Indous, et du Dzyan des adeptes trans-himaléens, la science des vrais Raj-Yogas, qui sont bien plus accessibles qu'on ne le croit. Elle a des écoles nombreuses dans l'Orient. Mais ses branches sont encore plus nombreuses, chacune ayant fini par se détacher du tronc-mère, — la SAGESSE ARCHAIQUE, — et varier dans sa forme.
Mais, tandis que ces formes variaient, s'écartant davantage, avec chaque génération, de la Vérité-Lumière, le fond des vérités initiatiques resta toujours le même. Les symboles choisis pour désigner la même idée peuvent différer, mais, dans leur sens caché, ils expriment tous la même idée. Ragon, le maçon le plus érudit entre les « Fils de la Veuve », l'a bien dit. Il existe une langue sacerdotale, le « langage du mystère », et à moins de la bien connaître, on ne peut aller bien loin dans les sciences Occultes. Selon lui, « bâtir ou fonder une ville », avait la même signification que de « fonder une religion » ; donc, cette phrase, dans Homère, est l'équivalente de celle qui parle dans les Brahmânas, de distribuer le « jus de Soma ». Elle veut dire « fonder une école ésotérique », non pas une « religion », comme Ragon le veut. S'est-il trompé ? Nous ne pensons pas. Mais comme un théosophe du cercle ésotérique n'oserait dire ce qu'il a juré de réserver dans le silence, à un simple membre de la Société Théosophique, de même Ragon se vit obligé de ne divulguer que des vérités relatives, à ses trinosophes. Néanmoins, il est plus que certain qu'il avait étudié, du moins d'une manière élémentaire, la LANGUE DES MYSTÈRES.
Comment faire pour l'apprendre ? nous demande-t-on. Nous répondons : étudiez et comparez toutes les religions. Pour l'apprendre à fond, il faut un maître, un gourou ; pour y arriver de soi-même, il faut plus que du génie ; il faut être inspiré comme le fut Ammonius Saccas. Encouragé dans l'Eglise par Clément d'Alexandrie et Athénagore, protégé par les savants de la Synagogue et l'Académie, et adoré des Gentils, « il apprit la langue des mystères, en enseignant l'origine commune de tous les cultes, et un culte commun ». Pour le faire, il n'avait qu'à enseigner dans son école suivant les anciens canons d'Hermès que Platon et Pythagore avaient si bien étudiés et dont ils tirèrent leurs deux philosophies. S'étonnera-t-on si, trouvant dans les premiers versets de l'évangile de saint Jean les mêmes doctrines que dans les trois philosophies susnommées, il en conclut avec beaucoup de raison que le but du grand Nazaréen était de restaurer la sublime science de la vieille Sagesse dans toute son intégralité primitive ? Nous pensons comme Ammonius. Les récits bibliques et les histoires des dieux n'ont que deux explications possibles : ou bien ces récits et ces histoires sont de grandes et profondes allégories illustrant des vérités universelles, ou bien des fables bonnes à endormir les ignorants.
Ainsi les allégories, — juives comme païennes, contiennent toutes des vérités, et ne peuvent être comprises que de celui qui connaît la langue mystique de l'antiquité. Voyons ce que dit à ce propos un de nos théosophes les plus distingués, un Platonicien fervent et un Hébraïsant qui connaît son grec et son latin comme sa propre langue, le professeur Wilder (6), de New-York :
« L'idée antérieure des Néo Platoniciens était l'existence d'une seule et suprême Essence. C'était le Diu, ou « Seigneur des Cieux » des nations Aryennes, identique avec le Ιαω (Iao) des Chaldéens et des Hébreux, le Iabe des Samaritains, le Tiu ou Tuiseo des Norvégiens, le Duw des anciennes peuplades des îles Britanniques, le Zeus de celles de Thrace, et le Jupiter des Romains. C'était l'Être — (Non-Être, le Facit) un et suprême. C'est de lui que procédèrent tous les autres êtres par émanation. Les modernes ont substitué à ceci, paraît-il, leur théorie d'évolution. Peut-être qu'un jour quelque sage, plus perspicace qu'eux, fondra ces deux systèmes en un seul. Les noms de ces différentes divinités semblent avoir été souvent inventés avec peu ou point de rapport à leur signification étymologique, mais principalement à cause de tel ou tel autre sens mystique, attaché à la signification, numérique des lettres employées dans leur orthographe. »
Cette signification numérique est une des branches de la « langue du mystère », ou l'ancienne langue sacerdotale. On l'enseignait dans les « Petits Mystères », mais la langue même était réservée pour les hauts initiés seuls. Le candidat devait être sorti victorieux des terribles épreuves des Grands Mystères, avant d'en recevoir l'instruction. Voici pourquoi Ammonins Saccas, à l'instar de Pythagore, faisait prêter serment à ses disciples de ne jamais divulguer les doctrines supérieures à une personne qui ne fut déjà instruite dans les doctrines préliminaires, et prête pour l'initiation. Un autre sage, qui le précéda de trois siècles, en faisait autant avec ses disciples, en leur disant : qu'il leur parlait « par des similitudes » (ou paraboles) « parce qu'il vous est donné de connaître les mystères du royaume des cieux, mais que cela ne leur est point donné... parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent pas, et ne comprennent point ».
Ainsi donc, les « similitudes » employées par Jésus, faisaient partie de la « langue des mystères », le parler sacerdotal des Initiés. Rome en a perdu la clef : en rejetant la théosophie et prononçant son anathème sur les sciences occultes, — elle la perd pour toujours.
« Aimez-vous les uns les autres », disait ce grand Maître (7) à ceux qui étudiaient les mystères « du royaume de Dieu ». « Professez l'altruisme, préservez l'union, l'accord et l'harmonie dans vos groupes, vous tous qui vous mettez dans les rangs des néophytes et des chercheurs de la VÉRITÉ UNE », nous disent d'autres Maîtres. « Sans union et sympathie intellectuelle et psychique, vous n'arriverez à rien. Celui qui sème la discorde récolte l'ouragan... » (8).
[...] Et maintenant, nous croyons avoir suffisamment réfuté, dans ces pages, plusieurs graves erreurs sur nos doctrines et croyances ; celle entre autres qui tient à voir dans les Théosophes, — dans ceux au moins qui ont fondé la Société, — des polythéistes ou des athées. Nous ne sommes ni l'un ni l'autre ; pas plus que ne l'étaient certains gnostiques qui, tout en croyant à l'existence des dieux planétaires, solaires et lunaires, ne leur offraient ni prières ni autels. Ne croyant pas à un Dieu personnel, en dehors de l'homme qui en est le temple, selon saint Paul et autres Initiés, nous croyons à un PRINCIPE impersonnel et absolu (9), tellement au-delà des conceptions humaines que nous ne voyons rien de moins qu'un blasphémateur et un présomptueux insensé dans celui qui chercherait à définir ce grand mystère universel. Tout ce qui nous est enseigné sur ce principe éternel et sans pareil, c'est qu'il n'est ni esprit, ni matière, ni substance, ni pensée, mais le contenant de tout cela, le contenant absolu. C'est en un mot le « Dieu néant » de Basilide, si peu compris même des savants et habiles annalistes du Musée Guimet (tome XIV), qui définissent le terme assez railleusement, lorsqu'ils parlent de ce « dieu néant qui a tout ordonné, tout prévu, quoiqu'il n'eût ni raison ni volonté. »
Oui, certes, et ce « dieu néant » étant identique avec le Parabrahm des Védantins, — la conception la plus philosophique comme la plus grandiose, — est identique aussi avec le AIN-SOPH des Kabalistes juifs. Celui-ci est aussi le « dieu qui n'est pas », « Ain » signifiant non-être ou l'absolu, le RIEN [...], c'est-à-dire que l'intelligence humaine, étant limitée sur ce plan matériel, ne peut concevoir quelque chose qui est, mais qui n'existe sous aucune forme. L'idée d'un être étant limitée à quelque chose qui existe, soit en substance — actuelle ou potentielle, — soit dans la nature des choses ou dans nos idées seulement, ce qui ne peut être perçu par les sens ou conçu par notre intellect qui conditionne toutes choses, n'existe pas pour nous.
— « Où donc placez-vous le Nirvana, ô grand Arhat ? demande un roi à un vénérable ascète bouddhiste qu'il questionne sur la bonne loi.
— Nulle part, ô grand roi ! fut la réponse.
— Le Nirvana n'existe donc pas ?
— Le Nirvana est, mais n'existe point. »
De même pour le dieu « qui n'est pas », une pauvre traduction littérale, car on devrait lire ésotériquement le dieu qui n'existe pas mais qui est. [...]
Ce n'est pas ce Principe immuable et absolu, qui n'est qu'en puissance d'être, qui émane les dieux, ou principes actifs du monde manifesté. L'absolu n'ayant, ni ne pouvant avoir aucune relation avec le conditionné ou le limité, ce dont les émanations procèdent est le « Dieu qui parle » de Basilide : c'est-à-dire le Logos, que Philon appelle « le second Dieu » et le Créateur des formes. « Le second Dieu est la Sagesse du Dieu UN » (Quaest. et Salut). « Mais ce logos, cette « Sagesse », est une émanation, toujours ? » nous objectera-t-on. « Or, faire émaner quelque chose de RIEN, est une absurdité ! » Pas le moins du monde. D'abord, ce « rien » est un rien parce qu'il est l'absolu, par conséquent le TOUT. Ensuite, ce « second Dieu » n'est pas plus une émanation que l'ombre que notre corps projette sur un mur blanc n'est l'émanation de ce corps. En tout cas, ce Dieu n'est pas l'effet d'une cause ou d'un acte réfléchi, d'une volonté consciente et délibérée. Il n'est que l'effet périodique (10) d'une loi éternelle et immuable, en dehors du temps et de l'espace, et dont le logos ou l'intelligence créatrice est l'ombre ou le reflet.
— « Mais c'est absurde, cette idée ! » entendons-nous dire à tout croyant dans un Dieu personnel et anthropomorphe. « Des deux — l'homme et son ombre — c'est cette dernière qui est le rien, une illusion d'optique, et l'homme qui la projette qui est l'intelligence, quoique passive dans ce cas ! »
— Parfaitement, mais c'est seulement ainsi sur notre plan où tout n'est qu'illusion ; où tout paraît à l'envers, comme ce qui est reflété dans un miroir. Or, comme le domaine du seul réel est à nos perceptions faussées par la matière le non-réel ; et que, du point de vue de la réalité absolue, l'univers avec ses êtres conscients et intelligents n'est qu'une pauvre fantasmagorie, il en résulte que c'est l'ombre du Réel, sur le plan de ce dernier, qui est douée d'intelligence et d'attributs, tandis que cet absolu, — de notre point de vue, — est privé de toute qualité conditionnelle, par cela même qu'il est l'absolu. Il ne faut pas être bien versé dans la métaphysique orientale pour le comprendre ; et il n'est pas bien nécessaire d'être un paléographe ou un paléologue distingué pour voir que le système de Basilide est celui des Védantins, quelque tordu et défiguré qu'il soit par l'auteur du Philosophumena. Ceci nous est parfaitement prouvé même par le résumé fragmentaire des systèmes gnostiques, que nous donne cet ouvrage. Il n'y a que la doctrine ésotérique qui puisse expliquer tout ce qu'il se trouve d'incompréhensible et de chaotique dans ce système incompris de Basilide, ainsi qu'il nous est transmis par les pères de l'église, ces bourreaux des Hérésies. Le Pater innatus, ou le Dieu non engendré, le grand Archon, et les deux démiurges, même les trois cent soixante-cinq cieux, le nombre contenu dans le nom d'Abraxas leur gouverneur, tout cela fut dérivé des systèmes Indiens. Mais tout est nié dans notre siècle de pessimisme, où tout marche à la vapeur, voire même la vie, ou rien d'abstrait aussi —- et il n'y a pas autre chose d'éternel — n'intéresse plus que de rares excentriques, et où l'homme meurt, sans avoir vécu un moment en tête-à-tête avec son âme, emporté qu'il est par le tourbillon des affaires égoïstes et terrestres.
[...] Disons-le, pour la centième fois : la Vérité est une !
Sitôt qu'elle est présentée, non sous toutes ses faces, mais selon les mille et une opinions que se font sur elle ses serviteurs, on n'a plus la VÉRITÉ divine, mais des échos confus de voix humaines. Où la chercher dans son tout intégral, même approximatif ? Est-ce chez les Kabalistes chrétiens ou les Occultistes européens modernes ? Chez les Spirites du jour ou les spiritualistes primitifs ?
[...] Comme la Bible, les livres kabalistiques ont leur lettre morte, le sens exotérique, et leur sens vrai ou l'ésotérique. La clef du vrai symbolisme se trouve à l'heure qu'il est au-delà des pics gigantesques des Himalayas, même celle des systèmes Indous. Aucune autre clef ne saurait ouvrir les sépulcres où gisent enterrés depuis des milliers d'années tous les trésors intellectuels qui y furent déposés par les interprètes primitifs de fa Sagesse divine. [...]
Notre Société est l'arbre de la Fraternité, poussé d'un noyau planté dans la terre par l'ange de la Charité et de la Justice, le jour où le premier Caïn tua le premier Abel. Pendant les longs siècles de l'esclavage de la femme et de la souffrance du pauvre, ce noyau fut arrosé de toutes les larmes amères versées par le faible et l'opprimé. Des mains bénies l'ont replanté d'un coin de la terre dans un autre, sous des cieux différents et à des époques éloignées l'une de l'autre. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît », disait Confucius à ses disciples. « Aimez-vous entre vous, et aimez toute créature vivante », prêchait Gautama le Bouddha à ses Arhats. « Aimez-vous les uns les autres », fut répété comme un écho fidèle dans les rues de Jérusalem. [...]
[...] Noyaux d'une vraie Fraternité, il dépend d'eux [les Théosophes] de faire de leur Société l'arche destinée, dans un avenir prochain, à transporter l'humanité du nouveau cycle au delà des grandes eaux bourbeuses du déluge du matérialisme sans espoir. [...]
[...] Tout ceci doit s'accomplir naturellement et volontairement, de part et d'autre ; or, le moment n'est pas encore arrivé, pour le lion et l'agneau, de dormir dans les bras l'un de l'autre. La grande réforme doit avoir lieu sans secousses sociales, sans une goutte de sang versé ; rien qu'au nom de cette vérité axiomatique de la philosophie orientale qui nous montre que la grande diversité de fortune, de rang social et d'intellect, n'est due qu'à des effets du karma personnel de chaque être humain. Nous ne recueillons que ce que nous avons semé. Si l'homme physique de la personnalité diffère de chaque autre homme, l'être immatériel en lui, ou l'individualité immortelle, émane de la même essence divine que celle de son voisin. Celui qui est bien impressionné de la vérité philosophique que tout Ego commence et finit par être le TOUT indivisible ne saurait aimer son voisin moins qu'il ne s'aime lui-même. Or, jusqu'au moment où ceci deviendra une vérité religieuse, aucune réforme semblable ne pourrait avoir lieu. L'adage égoïste : « Charité bien ordonnée commence par soi-même », ou cet autre : « Chacun pour soi, Dieu pour tout le monde », mèneront toujours les races « supérieures » et chrétiennes à s'opposer à l'introduction pratique de ces beaux proverbes païens : « Tout pauvre est le fils du riche », et encore davantage à celui qui nous dit : « Nourris d'abord celui qui a faim, et mange toi-même ce qui reste ».
Mais le temps viendra où cette sagesse « barbare » des races « inférieures » sera mieux appréciée. Ce que nous devons chercher en attendant, c'est d'apporter un peu de paix sur terre, dans les cœurs de ceux qui souffrent, en soulevant pour eux un coin du voile qui leur cache la vérité divine. Que les plus forts montrent le chemin aux plus faibles, et les aident à gravir la pente escarpée de l'existence. Qu'ils leur fassent fixer le regard sur le Phare qui brille à l'horizon, au-delà de la mer mystérieuse et inconnue des Sciences théosophiques comme une nouvelle étoile de Bethléem, — et que les déshérités de la vie reprennent espoir...

Notes partie II :
(4) Yavana ou « l'Ionien », et achârya, « professeur ou maître ». Le nom est un composé de ces deux mots.
(5) Vidya ne peut se rendre que par le terme grec la gnose, le savoir ou connaissance des choses cachées et spirituelles ou encore la sagesse de Brahm, c'est-à-dire du Dieu qui contient en lui tous les dieux.
(6) Le premier vice-président de la S.T. lorsqu'elle fut fondée.
(7) Jésus. Voir les numéros 3, 4, 5, de la Revue Théosophique.
(8) Proverbe siamois et bouddhiste.
(9) Cette croyance ne regarde que ceux qui partagent l'opinion de la soussignée. Chaque membre a le droit de croire en ce qu'il veut et comme il veut. Comme nous l'avons dit ailleurs, la Société Théoso-phique est la « République de la conscience. »
(10) Pour celui, du moins, qui croit à une succession de « créations » non interrompues, que nous nommons « les jours et les nuits » de Brahmâ, ou les manvantaras et les pralayas (dissolutions).

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