Jeudi 21 Février 2019

Mis à jour le Jeu. 21 Fév. 2019 à 18:38

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

Pensées sur le Nouvel An et les faux nez

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1890, salut !
« Annum novum faustum felicemque tibi ! »

Telle fut la phrase sacramentelle dans la bouche de tout gentil, grand ou petit, riche ou pauvre, pendant la journée du 1er janvier, des siècles avant l'ère chrétienne ; telle nous l'entendons encore aujourd'hui, surtout à Paris. Ce souhait mutuel s'échangeait au susdit jour dans toute l'étendue de l'Empire romain. Il réveillait les échos du palais des Césars, égayait le pauvre taudis de l'esclave, et montait aux nuages dans les vastes galeries ouvertes du Colisée, au Capitole et au Forum, partout sous le ciel bleu de Rome. Ce jour-là, tout le monde s'affublait, en l'honneur de Janus, à la double face, d'un faux nez plus ou moins saillant, de bonté, de franche cordialité et de sincérité.

« Que la nouvelle Année vous apporte bonheur et prospérité ! », disons-nous à chacun de nos lecteurs ! « Qu'elle vous soit légère », disons-nous à nos ennemis et détracteurs. Frères ! – disons-nous à tous les théosophes dans toutes les parties du monde – Frères, débarrassons-nous, pour ce jour, du moins, de nos faux nez respectifs, pour nous souhaiter réciproquement santé et succès, et, surtout, un peu plus d'entente cordiale que pendant l'année 1889, heureusement décédée.

Cependant, que nous répétions la vieille formule latine d'une manière ou d'une autre, en français ou en anglais, ce ne sera toujours qu'une variation sur l'ancienne phrase païenne. Car le nouvel an, ainsi que toute autre fête n'est qu'un legs fait aux peuples chrétiens par les adorateurs des dieux de l'Olympe. Echangeons donc souhaits et étrennes, mais ne soyons pas ingrats, théosophes. N'oublions pas que nous tenons ces coutumes du paganisme ; et que félicitations et étrennes nous viennent de la même source.

En effet, les étrennes ne sont que les strenœ, les présents échangés par les Latins au 1er janvier, le jour qui ouvrait le nouvel an (Note : Janus = la « porte » ou une entrée quelconque ; la porte qui ouvre l'année). Comme tout le monde sait – ou ne sait pas, ce qui m'est bien égal – ce jour était consacré à Janus, lequel donna son nom au mois de Januarius ou janvier, et même au saint de ce nom, patron de Naples et de ses lazaroni. Mais cet aimable saint n'est, après tout, qu'un des faux nez du dieu Bifrons. Le vieux païen s'appelait, dans sa première jeunesse, Dians, de son nom védique, le beau dieu du jour et de la lumière. Après avoir émigré en Thessalie, et de là en Italie, ou il s'établit sur le Tibre dans son petit hameau du Janiculum, il fit latiniser son nom et devint Dianus, dieu de la lumière (d'où Diane). Ses faux nez furent nombreux, et l'histoire n'en sait plus le nombre. Mais il s'est laissé convertir depuis ; et voici maintenant plus de dix-huit siècles que, ayant remplacé son dernier et modeste faux nez par un masque plus respectable, sinon plus impénétrable, il se nomme saint Pierre.

Que le lecteur veuille bien ne pas se récrier, et qu'il s'abstienne surtout d'épithètes malsonnantes à notre adresse, lesquelles ne nous feraient aucun mal, mais pourraient lui faire du tort – à nos yeux. Je ne suis que l'humble interprète des vérités et symboles plus ou moins voilés, mais fort connus de tous ceux qui ont étudié leur Virgile et leur Horace, ainsi que leur Ovide. Ni faux nez, ni masque ne pourraient empêcher un vieux païen de reconnaître, dans l'apôtre qui renia son Maître, son Janus à double face. Les deux sont identiques, et tout le monde a le droit de prendre son bien où il le trouve. Saint Pierre n'est le cœli Janitor que parce que Janus le fut. Le vieux concierge du ciel, qui tirait le cordon de la porte du palais du Soleil, à chaque nouveau jour, comme à chaque nouvel an, et la refermait sur eux, en les reconduisant, n'est que trop reconnaissable dans son nouveau rôle. Il était écrit, dans les étoiles qui gouvernent la destinée des dieux comme celle des mortels, que Janus – qui tenait la clef du ciel dans une main et une hallebarde de l'autre, tout comme saint Pierre le fait depuis qu'il lui a succédé – céderait sa place de portier du Soleil à celui qui deviendrait le gardien des portes du Paradis – la demeure du Christ-Soleil. Le nouveau cœli Janitor a succédé à toutes les fonctions et privilèges de l'ancien, et nous n'y voyons aucun mal. Salomon l'a dit : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil » – et il a bien dit. On serait joliment bête d'aller inventer de nouvelles fonctions ou de nouveaux dieux – que nous créons à notre image – lorsque nos pères d'au-delà du Déluge avaient si bien pris cette peine pour nous. C'est pour cela que tout est resté comme par le passé et que rien n'est changé dans ce monde – sauf les noms. Dans toutes les cérémonies religieuses, le nom de Janus était toujours invoqué le premier, car ce n'est que par son immédiate intercession que les prières des fidèles idolâtres pouvaient parvenir aux oreilles des dieux immortels. Maintenant, il en est de même. Celui qui croirait communiquer avec l'un des personnages de la trinité par-dessus la tête de saint Pierre serait bien attrapé. Sa prière subirait le sort d'une supplique qu'on chercherait à laisser dans la loge du concierge, après avoir eu des mots avec lui et l'avoir appelé « vieux portier » : elle n'arriverait jamais aux étages supérieurs.

Le fait est que la Grande armée des « Pipelets » et des « Anastasies » devrait avoir pour patron reconnu Janus Bifrons, le dieu à l'image de qui elle se créa. Ce n'est qu'alors qu'elle aurait un droit légal aux étrennes, le jour de l'an, tandis que son grand patron recevrait son denier depuis le commencement jusqu'à la fin de l'année. Tout est relatif dans cet univers illusoire ; cependant, il est nécessaire que, entre un portier céleste et un portier terrestre, il existe une différence de degré. Quant aux étrennes, elles ont existé de tout temps pour les grands comme pour les petits. Caligula, tout Empereur qu'il était, ne dédaignait pas de rester sur pied toute la journée du nouvel an, dans le vestibule de son palais pour recevoir les strenœ de ses sujets tremblants – avec leurs têtes quelquefois – pour varier. La Reine-Vierge, la « Queen Bess » d'Angleterre mourut, en laissant 3.000 robes de gala, qui représentaient ses dernières étrennes. Et c'est ainsi qu'agissent encore les grands et les petits, dans l'année du Seigneur 1890, sur notre boule détraquée que nous nommons Terra – « le marche-pied » de Dieu.

Ce même Dieu d'Abraham et de Jacob ne se laissait-il pas attendrir par des promesses et des présents, aussi bien que les dieux des nations ? Ce Dieu et ces dieux ne recevaient-ils point, tout comme les mortels, des étrennes pour services rendus ou à rendre ? Jacob, lui-même, ne marchandait-il pas avec son Dieu, en lui promettant comme étrennes « la dîme de tout ce que tu (Dieu) m'auras donné » ? Et il ajoutait, ce bon patriarche, à Luz devant « Bethel » : « Si Dieu est avec moi... s'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir... certainement, l'Eternel me sera Dieu. » Disant cela, il n'oubliait pas non plus, dans une simple mais belle cérémonie phallique, d'étrenner la pierre « Bethel » qu'il avait dressée, en arrosant son sommet d'huile (Genèse, XXVIII).

Cette touchante cérémonie venait aux Israélites directement des Indes, où la pierre de Shiva, le lingam, subit aujourd'hui la même opération exotérique avec de l'huile et des fleurs, à chaque fête des adorateurs du dieu de la Destruction (de la matière brute) et des Yogis.

Tout est resté alors comme jadis. Le nouvel an fait son entrée triomphale dans les pays chrétiens – en France surtout – comme il la faisait, il y a deux mille ans, lorsque les Païens le célébraient en se donnant une indigestion de figues et de prunes dorées. Celles-ci ont émigré depuis sur les arbres de Noël, ce qui n'empêche pas toujours qu'elles ne nous viennent des temples de Janus. II est vrai que les prêtres ne sacrifient plus sur son autel un jeune taureau blanc – il est remplacé par l'agneau de la même couleur – mais des hécatombes de quadrupèdes et de volailles sont égorgées annuellement en son honneur, ce jour-là. Il est certain que plus de sang innocent est versé aujourd'hui pour satisfaire l'appétit vorace d'une seule rue de Paris, le jour de l'an, qu'il n'en fallait pour nourrir toute une ville romaine du temps des Césars. Le doux Julien, le païen, qui retrouva à Lutèce ses dieux bien-aimés – après que les dieux gaulois eurent été, par ordre de César, affublés des faux nez des divinités romaines – passait ses heures de loisir à apprivoiser des colombes en l'honneur de Vénus. Les féroces potentats qui vinrent après lui – les fils aînés de l'Eglise – n'apprivoisaient que des Vénus, qui en faisaient leurs pigeons. L'histoire servile surnomma le premier, pour plaire à l'Eglise, l'Apostat, et fit suivre les noms des autres d'épithètes sonnantes : le « Grand », le « Saint », « le Bel ». Mais si Julien devint « Apostat », ce fut peut-être parce qu'il avait en horreur les faux nez ; tandis que ses successeurs chrétiens ne seraient probablement pas présentables en bonne société, sans cet appendice artificiel. Un faux nez devient au besoin un ange gardien, voire même à l'occasion un dieu. Ceci est de l'histoire. La métamorphose des divinités de la Gaule barbare en dieux de l'Olympe et du Parnasse ne s'est pas arrêtée là. A leur tour, ces Olympiens eurent à subir une opération par ordre des successeurs de Janus-Saint Pierre, celle du baptême forcé. A l'aide d'oripeaux et de clinquants, de colle forte et de ciment romain, nous retrouvons les dieux aimés de Julien, figurant, depuis leur mort violente, sous les titres de Saints et de Saintes béates, dans la Légende dorée et le calendrier du bon Pape Grégoire.

Le monde est comme la mer : il change souvent d'aspect, mais reste au fond le même. Les faux nez de la civilisation et des cagots ne l'ont guère embelli, cependant... Bien au contraire, puisque, avec chaque nouvelle année, il devient plus laid et plus dangereux. Nous réfléchissons et nous comparons, et le jour du nouvel an moderne ne gagne rien à cette comparaison avec ses précurseurs, du temps de l'antiquité, aux yeux d'un philosophe. Les milliards dans les coffres forts et banques des Gouvernements ne rendent pas le pauvre peuple plus heureux, ni les riches non plus. Dix pièces de monnaie en bronze, à l'effigie de Janus, données pour étrennes, valaient, en ces jours, plus que dix pièces en or, à l'effigie de la République ou à celle de la Reine, ne valent maintenant ; les paniers de prunes dorées, valant quelques sous, contenaient moins de germes d'indigestion que les boîtes de bonbons échangées au jour du nouvel an moderne – ces bonbons représentant, à Paris seulement, une somme de plus d'un demi-million de francs.

Cinq cent mille francs de bonbons, à la face du même nombre d'hommes et de femmes mourant de faim et de privations ! Portons-nous en esprit, ami lecteur, quinze siècles en arrière, et tâchons d'établir une comparaison entre un dîner du nouvel an, dans les années 355 à 360, et un dîner analogue en 1890. Allons à la recherche de ce même bon et doux Julien, lorsqu'il habitait le palais des Thermes, qui se nomme aujourd'hui l'hôtel de Cluny – ou ce qu'il en reste. Le voyez-vous, ce grand Général, à son dîner à lui, entouré de ses soldats qu'après ses dieux il aime le plus au monde et qui l'idolâtrent. C'est le 1er du mois de janvier et ils célèbrent le jour de Janus. Dans deux jours, le 3 janvier, ils rendront pareil honneur à Isis, patronne de la bonne ville de Lutetia Parisiorum.

Depuis, la vierge-mère de l'ancienne Egypte s'est laissée baptiser Geneviève, et cette Sainte et Martyre (de Typhon ?) est restée patronne de la bonne ville de Paris – vrai symbole d'un faux nez fourni par Rome au monde chrétien. Nous ne voyons ni couteaux, ni fourchettes, ni argenterie, ni porcelaines de Sèvres à cette table impériale – pas même une nappe ; mais les viandes et les provisions que les convives font disparaître avec tant d'appétit n'ont nul besoin de passer sous les microscopes des chimistes de la police sanitaire. Aucun produit artificiel ou vénéneux ne fait partie de leur pain ou de leur vin. L'arsenic ne colore pas leurs herbes et légumes d'un faux nez de fraî-cheur trompeuse ; le vert-de-gris ne se niche point dans les angles de leurs boîtes de conserves, et leur poivre ne se fait pas représenter par la brique rouge pilée dans un mortier. Leur sucre (ou ce qui le remplaçait) n'est point tiré du goudron des roues de leurs chariots de guerre ; en avalant leurs liqueurs et cognac, ils n'avalent pas une solution de vieilles bottes de gendarme tirées de la hotte d'un chiffonnier ; ils ne dévoraient pas, avec un sourire inconscient sur les lèvres, un bouillon condensé de graisse de cadavres (d'hommes comme d'animaux) et de chiffons et charpie usés dans tous les hôpitaux de Paris – au lieu de beurre. Car tout ceci est le produit de la culture moderne, le fruit de la civilisation et du progrès des sciences, et la Gaule, du temps de Julien, n'était qu'un pays sauvage et barbare. Mais ce qu'ils mangeaient, à leur nouvel an, pourrait être mangé avec sécurité et profit (sauf celui des médecins) à nos dîners du premier jour de l'an 1890.

« Ils n'avaient ni fourchettes, ni argenterie », me dit-on ; « et – les barbares ! – ils mangeaient avec leurs doigts » !

Il est vrai, ils se passaient de fourchettes, comme peut-être de mouchoirs de poche, mais, en revanche, ils n'avalaient pas, comme nous le faisons tous les jours, leurs ancêtres dans la graisse de cuisine, et les os de leurs chiens dans leur pain blanc.

Qu'on nous donne le choix, et décidément ce n'est pas le dîner de gala du jour de l'an de grâce 1890, à Paris, que nous choisirons, mais celui d'il y a mille ans, à Lutèce. Affaire de goût barbare, voyez-vous ; une préférence baroque et ridicule, selon l'avis de la majorité – pour le naturel dans le siècle IV, qui nous séduit infiniment plus que les faux nez et l'artificiel en tout du XIXe siècle.

H. P. Blavatsky.

Article écrit en français par H. P. Blavatsky et publié pour la première fois dans La Revue Théosophique, de janvier 1890.

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Correspondence : Réponses à d'anciennes questions

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Cet article fut publié pour la première fois par H. P. Blavatsky dans la revue Lucifer (rubrique Correspondance avec les lecteurs) d'avril 1888. Cet Article est paru en Français dans la revue Théosophie de mai 1928.
Comme vous encouragez les questions, je prends la liberté de vous en soumettre une.

Questions d'un lecteur : Ne doit-on pas s'attendre (se basant sur l'enseignement théosophique) à ce que la réunion et les relations en kama-loka [lieu des désirs et de séparation des principes inférieurs et supérieurs] de personnes vraiment attachées l'une à l'autre, soient empreintes de déception, voire même souvent de chagrin ?
Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire, par un exemple : Une mère quitte cette vie vingt ans avant son fils qui lui est profondément attaché, qui aspire à la retrouver, et ne découvre plus que sa « coque » privée de toutes les qualités spirituelles qui étaient pour lui la partie essentielle de l'être qu'il aurait. La « coque » même, par sa ressemblance avec le corps disparu, ne fait qu’ajouter au chagrin du fils, lui rappelant d'une façon plus vive ses souvenirs passés, soulignant l'immense différence entre l'entité qu'il connut sur terre, et les restes qu’il en retrouve.
Ou prenez un second cas : Le fils retrouve sa mère en kama-loka après une courte séparation, sous forme d'«une entité en train de se désagréger, étant donné que son esprit a déjà commencé à quitter son corps astral et à s'élever en devachan [état de béatitude post mortem]. Il doit assister à ce processus de dissolution graduelle, et jour après jour, il sent l'esprit de sa mère s'échapper, tandis que sa nature plus matérielle l'empêche de la suivre dans son progrès rapide.
Je joins mon nom et mon adresse, mais vous prie de ne pas les publier, et je reste, très sincèrement à vous, — « M. S. T. ».


Réponse des éditeurs : Notre correspondant semble avoir été mal renseigné au sujet de la conscience dont jouissent les entités en kama-loka. Il paraît s'en être fait une idée d'après les visions de psychiques vivants et les révélations de médiums vivants. Mais toutes les conclusions qu'on peut tirer de ces données sont faussées par le fait qu'un organisme vivant s'interpose entre l'observateur et l'état de kama-loka per se. Il ne peut y avoir de réunion consciente en kama-loka, et par suite aucun chagrin. Il n'y a pas de désintégration astrale allant de pair avec la séparation de l'esprit de la coque. Selon l'enseignement oriental, l'état des morts en kama-loka n'est pas ce que nous, hommes vivante, considérerions comme « conscient ». C'est plutôt celui d'une personne étourdie par un coup violent, qui a momentanément « perdu conscience ». Par suite, il n'y a en kama-loka, en général, (abstraction faite de cette vie et de cette conscience d'emprunt éveillées par suite du contact avec les médiums) aucune reconnaissance entre amis et parents, et par conséquent, un cas comme celui qui est exposé ci-dessus est impossible.
Nous ne rencontrons ceux que nous avons aimés qu'en devachan, ce monde subjectif de béatitude parfaite, l'état qui fait suite au kama-loka, après la séparation des principes. En devachan, tous nos désirs et aspirations personnels mais spirituels, non réalisés, trouveront satisfaction ; car nous ne vivrons plus dans le monde de la matière, mais dans ces royaumes subjectifs où tout désir se réalise immédiatement, parce que l'homme lui-même y est un dieu et un créateur.
Lorsqu'il s'agit de données émanant de psychiques et de médiums, il faut toujours se souvenir qu'ils traduisent automatiquement et inconsciemment leurs expériences de n'importe quel plan de conscience, dans le langage et l'expérience de notre plan physique ordinaire. On ne peut éviter cette confusion que par l'étude et l'entraînement spécial de l'occultisme qui enseigne comment suivre et guider le passage des impressions d'un plan à un autre, et comment les fixer dans la mémoire.
kama-loka peut être comparé à la loge d'un acteur où il se débarrasse du costume du dernier rôle joué, avant de redevenir vraiment lui-même — l’Ego immortel, ou le Pèlerin évoluant dans sa Ronde d'Incarnations. L'Ego Éternel étant débarrassé en kama-loka de ses principes terrestres inférieurs, avec leurs passions et leurs désirs, il entre en devachan. C'est pourquoi on dit que seules les émotions, affections et aspirations purement spirituelles, et non matérielles, accompagnent l'Ego dans cet état de Béatitude.
Mais le processus consistant à rejeter les quatre principes inférieurs et une partie du cinquième, est inconscient chez tous les êtres humains ordinaires. Ce n'est que dans certains cas exceptionnels, qu'il se produit un léger retour de conscience en kama-loka ; et ceci n'a lieu que chez des personnes très matérialistes et fort peu spirituelles qui, privées des conditions requises, ne peuvent entrer dans un état de Repos et de Béatitude absolus.


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Le Symbole du Lotus

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Généralités

Cette section est tirée de l’article de la revue Théosophie, IX, n°9, paru sous le titre « Le Lotus – Fleur de pouvoir ».
« La nature parle par symboles et par signes.  » - Whittier.

L’étude du sens caché de toutes les religions et légendes païennes, de toutes les nations grandes ou petites, et en particulier des traditions de l’Orient, a occupé la plus grande partie de la vie de H.P. Blavatsky. Elle était de ceux qui sont convaincus qu’aucune histoire mythique, aucun événement traditionnel dans le folklore d’un peuple n’a jamais été une pure fiction, et que chacun de ces récits a une valeur historique réelle. Elle croyait que l’histoire spirituelle et ésotérique de chaque nation était contenue dans des symboles.
Une parabole est un symbole exprimé par des mots ; ce n’est ni une fiction ni une fable comme certains le croient. C’est, selon la philosophie ésotérique, une représentation allégorique des réalités de la vie, d’événements et de faits. Même les contes de fées n’appartiennent pas qu’aux enfants, et certains hommes, peu nombreux certes, ont compris leur sens caché et ont essayé de les expliquer. Horace dit, dans son Ars Poetica : « Les mythes ont été inventés par les sages pour faire comprendre les lois et enseigner des vérités morales ». Horace essaya de faire comprendre l’esprit et l’essence des anciens mythes. Plutarque, qui était initié aux mystères secrets de Dionysos, écrivait à un collègue au sujet de la mort : « Les symboles mystiques nous sont bien connus, à nous qui appartenons à la Fraternité ».
Blavatsky consacre un part importante de sa Doctrine Secrète à l’explication des symboles dont elle montre les degrés de profondeur. Un exemple important est celui du Lotus : le symbole de l’évolution et de la perfectibilité humaine dans leur aspect le plus élevé.

Mantram sacré associé au Lotus
Le Lotus Sacré représente le Saint des Saints, le Cœur de l’Homme. C’est vers cela que le Bouddhiste est invité à diriger son esprit, lorsqu’il répète « Aum Mani Padme Hum » – « Ô, le Joyau dans le Lotus ». Le véritable ésotérisme est celui qui pénètre au cœur même de la matière et qui regarde l’âme des choses, là où le profane ne voit que l’œuvre extérieure de la forme.
« Au Tibet, dans l’interprétation exotérique, Avalokiteswara, “le Seigneur qui regarde” est Padmapani (le porteur de lotus et celui qui est né du lotus), le premier ancêtre divin des Tibétains, l’incarnation ou l’Avatar d’Avalokiteswara ; mais dans la philosophie ésotérique Avaloki, celui “qui regarde”, est le Soi Supérieur, alors que Padmapani est l’Ego Supérieur ou le Manas [le Mental]. L’invocation mystique « Om mani padme hum » est spécialement utilisée pour invoquer l’aide conjointe des deux. […] L’interprétation ésotérique voit en Avalokiteswara, le Logos, à la fois céleste et humain […]. » ‒ Mot « Avalokiteswara » du Glossaire Théosophique.


Nous donnons, ci-après, pour l’étude et la méditation, quelques citations sur le symbole du Lotus dans les écrits d’H.P. Blavatsky :

 

Un symbole très ancien
« C'est du Padma-Yoni – « le sein du lotus » – de l'Espace absolu ou de l'Univers, hors du temps et de l'espace, qu'émane le cosmos conditionné et limité par le temps et l'espace. L’Hiranya Garbha, « l'œuf » (ou la matrice) d'or, d'où surgit Brahmâ est nommé souvent le lotus céleste. Le dieu Vishnou, la synthèse du Trimurti ou la trinité hindoue, flotte assoupi, pendant les « nuits de Brahmâ », sur les eaux primordiales, étendu sur une fleur de lotus. Sa déesse, la belle Lakshmi, surgissant comme la Vénus Aphrodite du sein des eaux, a, sous les pieds, un lotus blanc. C'est du barattage, par les dieux réunis, de l'Océan de lait – symbole de l'espace et de la voie lactée – que, formée de l'écume des ondes crémeuses, Lakshmi, la déesse de la beauté et la mère de l'amour (Kama), apparut devant les dieux émerveillés, portée par un lotus et tenant à la main un autre lotus. De là, les deux principaux titres de Lakshmi : padma, le lotus, et Kshirabdhi-tanayâ – la fille de l'Océan de lait. » – H.P. Blavatsky « La légende du Lotus bleu ».

« Il n’y a pas d’anciens symboles, sans une signification profonde et philosophique qui ne leur soit attachée ; leur importance et leur signification augmentent avec leur antiquité. Tel est le cas du LOTUS. C’est la fleur consacrée à la nature et ses Dieux et elle représente les Univers abstraits et concrets, étant l’emblème des pouvoirs générateurs de la nature spirituelle et de la nature physique. Depuis la plus haute antiquité, les Hindous aryens, les Égyptiens et, après eux les Bouddhistes, la considéraient comme sacrée. Elle fut vénérée en Chine et au Japon et adoptée comme emblème chrétien par les Églises grecque et latine qui en firent un messager, comme le font les Chrétiens maintenant en la remplaçant par le lys d’eau (1). Elle avait, et elle a encore, sa signification mystique, qui est la même pour chaque nation sur terre. » (Trad. The Secret Doctrine, vol. I, p. 379, éd. originale anglaise).

(1) Dans la religion chrétienne, dans toutes les représentations picturales de l’Annonciation, l’Archange Gabriel tiens dans sa main une gerbe de nénuphar [lys d’eau], quand il apparaît devant la Vierge Marie. Cette gerbe illustre parfaitement le feu et l’eau, ou l’idée de la création et de la génération, et symbolise précisément la même idée que le lotus dans la main du Bodhisattva qui annonce à Maha-Maya, la mère de Gautama la naissance du Bouddha – le sauveur du monde. De même, Osiris et Horus étaient constamment représentés par les Égyptiens associés à une fleur de lotus ; les deux étant des dieux solaires ou du Feu. (Le Saint Esprit est aussi symbolisé par des « langues de feu » ‒ Actes).

« En Inde, Padma, le nénuphar, est une des images qui symbolise le Double pouvoir créateur dans la nature (la matière et la force sur le plan matériel). Le Lotus est le produit de la chaleur (le feu) et de l’eau (la vapeur ou l’Éther) ; le feu représente dans tous les systèmes philosophiques et religieux l’Esprit de la Déité, le principe générateur actif, mâle ; et l’Éther, ou l’Âme de la matière, la lumière du feu, est le principe féminin passif, d’où tout a émané dans cet Univers. Ainsi, l’Éther ou l’Eau est la Mère, et le Feu est le Père. Sir W. Jones (et avant lui la botanique primitive) a montré que les graines du Lotus contiennent – avant même leur germination – les feuilles parfaitement formées, la forme miniature de ce qui deviendra un jour, des plantes parfaites : la nature nous donne ainsi un spécimen de la préformation de sa production […].
« Le Lotus, ou Padma, est, un symbole très ancien et une illustration imagée du Cosmos et de l’homme. Parmi les raisons courantes qui en sont données il y a, en premier, l’idée qui vient d’être mentionnée que la graine du Lotus contient en elle-même, la miniature parfaite de la plante future, ce qui symbolise le fait que les prototypes spirituels de toutes choses existent dans le monde immatériel avant de se matérialiser sur Terre ; deuxièmement, le fait que la plante du Lotus croît dans l’eau, ayant ses racines dans l’ilus, ou la vase, et épanouit sa fleur dans l’air, au-dessus de l’eau. Le Lotus symbolise ainsi la vie de l’homme et également celle du Cosmos ; car la Doctrine Secrète enseigne que tous deux sont faits des mêmes éléments, et que tous deux ont une même ligne de développement. La racine du Lotus qui plonge dans la vase représente la vie matérielle ; la tige qui remonte dans l’eau caractérise l’existence dans le monde astral, et la fleur, qui flotte sur l’eau et s’ouvre vers le ciel, symbolise l’état spirituel » (Trad. The Secret Doctrine, vol. I, pp. 57-8, éd. originale anglaise).

Le lotus symbole des pouvoirs créateurs conjugués de l’Esprit et de la Matière
« Avec les hindous, le lotus est l’emblème du pouvoir producteur de la nature, par l’action du feu et de l’eau (esprit et matière). Dans la Bhagavad-Gîtâ [ch. IX, v. 15], il est dit : « Ô Dieu des Dieux, je vois […] le Seigneur Brahmâ sur son trône de lotus ». […] En Inde, le lotus est le symbole de la terre fertile, et surtout, du Mont Mérou [le domaine des hiérarchies divines, la montagne des dieux]. Les quatre anges ou génies des quatre points cardinaux célestes (les Maharajah des Stances [de la Doctrine Secrète]) reposent chacun sur un lotus. Le lotus est la double nature de l’hermaphrodite Divin et humain, étant, pour ainsi dire, bisexué.
« Pour les Hindous, l’esprit du Feu (ou la Chaleur) qui éveille, fructifie, et développe en formes concrètes tout ce qui (à partir de son prototype idéal) est né de l’EAU ou de la Terre primordiale, émana Brahmâ. La fleur de lotus, représentée comme poussant du nombril de Vishnou – le Dieu reposant sur les eaux de l’espace et son Serpent d’Infinité – est l’allégorie la plus pittoresque qui n’ait jamais été faite : l’Univers émanant du Soleil central, le POINT, le germe à jamais caché. Lakshmi, qui est l’aspect féminin de Vishnou (1), et qui est aussi appelée Padma, le lotus, est de la même manière figurée comme flottant lors de la « Création », sur une fleur de lotus, et lors « du barattage de l’océan » de l’espace, elle jaillit de la « mer de lait », comme Vénus de l’écume. […]
« L’idée derrière ce symbole est très belle, et elle montre, un peu plus, sa même parenté dans tous les systèmes religieux. Que ce soit sous l’aspect d’un lotus ou d’un nénuphar, il indique une même idée philosophique – à savoir, l’émanation de l’objectif à partir du subjectif, l’idéation divine passant de l’abstrait au concret ou à la forme visible. Car, dès que la TÉNÈBRE – ou plutôt ce qui est « ténèbres » pour l’ignorant – a disparu dans son propre espace de Lumière éternelle, ne laissant derrière elle que son Idéation divine manifestée, les LOGOI créateurs eurent leur entendement éveillé, et virent dans le monde idéal (jusqu’à présent caché dans la pensée divine) les formes archétypales de tout, et il se mirent à copier et construire, ou façonner, à partir de ces formes modèles évanescentes et transcendantes.

(1) Lakshmi est Vénus-Aphrodite, et comme cette dernière, elle jaillit de l’écume de l’océan avec un lotus dans sa main. Dans le Rāmāyana elle est appelée Padma.
(Trad. The Secret Doctrine, vol. I, pp. 379/80, éd. originale anglaise).

Le Lotus et la création du monde
« Brahmâ est une déité secondaire, et comme Jéhovah il “se meut sur les eaux”. Il est le dieu créateur, et dans ses représentations allégoriques à quatre têtes, il correspond aux quatre points cardinaux. Il est le démiurge, l’architecte du monde. « Dans l’état primordial de la création », nous dit Polier dans sa Mythologie des Indous, « l’univers rudimentaire, submergé dans l’eau, reposait dans le sein de l’Éternel. Surgissant de ce chaos et de ces ténèbres, Brahmâ, l’architecte du monde, se balançait sur une feuille de lotus qui flottait (se mouvait ?) sur les eaux, incapable de discerner autre chose que l’eau et les ténèbres. » Ceci est très proche de la cosmogonie Égyptienne, qui montre au commencement, Hathor où la Mère de la Nuit (qui représente les ténèbres illimitées) comme étant l’élément primitif qui couvre l’abîme infini, animée par l’eau et l’esprit universel de l’Éternel, et qui demeure seule dans le Chaos. Comme dans les Écritures juives, l’histoire de la création commence avec l’esprit de Dieu et son émanation créative – une autre Déité (1). Percevant cet état lamentable, Brahmâ consterné se dit à lui-même : « Qui suis-je ? D’où suis-je venu ? » Il entendit alors une voix : « Adresse ta prière à Bhagavat – l’Éternel, connu, aussi, comme Parabrahm. » Brahmâ, se levant de sa position de repos aquatique, s’assit sur le lotus dans une attitude de contemplation, et réfléchit à l’Éternel, qui, satisfait de cette preuve de piété, dispersa les ténèbres primordiaux et lui éveilla l’entendement. « Après cela, Brahmâ émane de l’œuf universel – (le chaos infini) comme une lumière, car son entendement est maintenant éveillé, et il se met au travail ; se mouvant sur les eaux éternelles, avec l’esprit de Dieu en lui. Dans son aptitude à se mouvoir sur les eaux il est Narayana ».

(1) Nous ne considérons pas le sens courant ou accepté de la Bible, mais le sens juif réel expliqué cabalistiquement.

« Le Lotus, la fleur sacrée des Égyptiens, et des Hindous, est le symbole d’Horus comme celui de Brahmâ. On ne trouve pas de temple au Tibet où au Népal sans ce symbole dont le sens est extrêmement suggestif. Les brins de nénuphar [ou lys] que l’archange tiens dans la main, pour les offrir à la Vierge Marie, dans les tableaux de l’“Annonciation”, ont précisément la même signification dans le symbolisme ésotérique. […]
« Tous ces faits montrent l’identité de parenté des trois systèmes religieux, Hindou, Égyptien, et Judéo-Chrétien. Partout où le nénuphar (ou lotus) mystique est utilisé, il signifie l’émanation de l’objectif à partir du caché, ou du subjectif – la pensée éternelle de la Déité, à jamais invisible, qui passe de l’abstrait au concret ou à la forme visible. Car dès que les ténèbres furent dispersées et « que la lumière fut », l’entendement de Brahmâ s’ouvrit, et il vit dans le monde idéal (qui jusqu’à présent reposait éternellement caché dans la pensée Divine) les formes archétypales de toutes les choses futures et innombrables qui seraient appelées à l’existence, et donc à devenir visibles. À ce premier stade de développement, Brahmâ n’était pas encore devenu l’architecte, car, le bâtisseur de l’univers, comme tout architecte, dût d’abord prendre connaissance du plan, puis réaliser les formes idéales qui étaient enfouies au sein de l’Un Éternel, comme les futures feuilles de lotus sont cachées dans la graine de la plante. Et c’est dans cette idée que nous devons chercher pour trouver l’origine et l’explication du verset de la cosmogonie juive, qui se lit : « Et Dieu dit, que la terre produise… les arbres fruitiers, selon leur espèce, donnant des fruits, contenant leur semence » [Genèse, I, 11]. Dans toutes les religions primitives, le « Fils du Père » est le Dieu créateur – c’est-à-dire, Sa pensée rendue visible ; et avant l’ère chrétienne, depuis la Trimurti des Hindous jusqu’aux trois têtes de la cabale des écritures expliquées par les Juifs, le dieu à trois têtes de chaque nation était complètement défini et substantialisé à travers ses allégories. Dans le crédo Chrétien nous ne voyons que le greffage artificiel d’une nouvelle branche sur le vieux tronc ; et l’adoption par les Églises Grecque et Romaine du symbole du nénuphar [ou lys] que tiens l’archange, au moment de l’Annonciation, montre une pensée qui a précisément la même signification métaphysique.
« Le lotus est le produit du feu (chaleur) et de l’eau, d’où le symbole double de l’esprit et de la matière. Le Dieu Brahmâ est la seconde personne de la Trinité, comme le sont Jéhovah (Adam-Kadom) et Osiris, ou plutôt Poimandres, le Pouvoir de la Pensée Divine, d’Hermès ; car c’est Poimandres qui représente la racine de tous les dieux Solaires égyptiens. L’Éternel est l’Esprit du Feu, qui réveille, fructifie et développe dans une forme concrète tout ce qui est né de l’eau ou la terre primordiale, émanée de Brahmâ ; mais l’univers est lui-même Brahmâ qui est l’univers. C’est la philosophie de Spinoza, dérivée de celle de Pythagore ; et c’est pour cette philosophie que Bruno mourut martyr. De combien la théologie Chrétienne s’est égarée de son point de départ, est démontré dans ce fait historique. Bruno fut assassiné pour l’exégèse d’un symbole qui avait été adopté par les premiers Chrétiens, et exprimé par les apôtres ! Les brins de nénuphars du Bodhisattva et plus tard de Gabriel, symbolisent le feu et l’eau, ou l’idée de la création et de la génération ; qui devint le premier dogme du sacrement du baptême. »

H.P. Blavatsky, traduction d’Isis Dévoilée (Isis Unveiled, Volume I, pp. 91 à 93).

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La légende du lotus bleu

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Tout titre de Revue ou de livre doit avoir sa raison d'être – celui d'une publication théosophique, surtout. Le titre est tenu d'exprimer l'objet en vue, en symbolisant, pour ainsi dire, le contenu du journal. L'allégorie étant l'âme des philosophies d'Orient, bien à plaindre serait celui qui n'apercevrait, dans le nom du « Lotus Bleu », que celui d'une plante aquatique – la Nymphœa Cerulea ou Nelumbo. A coup sûr, un lecteur de cette force ne verrait aussi que du bleu dans le sommaire de notre nouveau journal.
Afin d'éviter une pareille méprise, nous allons es­sayer d'initier nos lecteurs sur le symbolisme du lotus en général et du lotus bleu, en particulier. Cette plante mystérieuse et sacrée fut, de tout temps, considérée comme le symbole de l'Univers, en Egypte comme aux Indes. Pas un monument dans la vallée du Nil, pas un papyrus, où cette plante n'ait eu sa place d'honneur. Depuis les chapiteaux des colonnes égyptiennes jusqu'aux sièges et à la coiffure des rois-dieux, le lotus se retrouve partout symbolisant l'Univers. Il devint nécessairement un attribut indispensable de tout Dieu créateur comme de toute déesse – cette dernière n'étant, en philosophie, que l'aspect féminin du Dieu, androgyne d'abord, mâle ensuite.
C'est du Padma-Yoni – « le sein du lotus » – de l'Espace absolu ou de l'Univers, en dehors du temps et de l'espace, qu'émane le cosmos conditionné et limité par le temps et par l'espace. Le Hiranya Garbha, « l'œuf » (ou la matrice) d'or, d'où surgit Brahmâ est nommé souvent le lotus céleste. Le dieu Vishnou, la synthèse du trimourti ou la trinité hindoue, flotte assoupi, pendant les « nuits de Brahmâ », sur les eaux primordiales, étendu sur une fleur de lotus. Sa déesse, la belle Lakshmi, surgissant comme la Vénus Aphrodite du sein des eaux, a, sous les pieds, un lotus blanc. C'est au barattage, par les dieux réunis, de l'Océan de lait - symbole de l'espace et de la voie lactée – que, formée de l'écume des ondes 'crémeuses, Lakshmi, déesse de la beauté et mère de l'amour (Kama), apparut devant les dieux émerveillés, supportée par un lotus et tenant à la main un autre lotus.
De là, les deux principaux titres de Lakshmi : padma, le lotus, et Kshirabdhi-tanayâ – fille de l'Océan de lait... Gautama, le Bouddha, qui ne fut jamais dégrade au niveau d'un dieu, étant, néanmoins, le premier mortel hardi qui, à l'époque historique, interrogea le sphinx muet qu'on nomme l'Univers, et finit par lui arracher les secrets de la vie et de la mort, quoique jamais déifié – nous le répétons – fut, cependant, reconnu par les générations en Asie comme dominant l'Univers. Et c'est pourquoi ce vainqueur et maître du monde intellectuel et philosophique est représenté assis sur un lotus épanoui – symbole de cet univers deviné par lui. Aux Indes et à Ceylan, le lotus est généralement couleur d'or ; parmi les bouddhistes du Nord, il est bleu.
Mais il existe, de par le monde, une troisième espèce de lotus, le Zizyphus. Celui qui en mange oublie sa patrie et ceux qui lui sont chers, disaient les anciens. Ne suivons pas cet exemple ; n'oublions pas notre patrie intellectuelle, le berceau de la race humaine, et le lieu de naissance du lotus bleu.
Levons donc le voile de l'oubli qui recouvre une des plus anciennes allégories, une légende védique, que les chroniqueurs Brâhmes ont cependant préservée. Seulement, comme ces chroniqueurs la racontent chacun à sa manière et y ajoutent des variations (1), nous l'avons donnée ici, non d'après les versions et traductions incomplètes de Messieurs les Orientalistes, mais d'après la version populaire. C'est ainsi que la chantent les vieux Bardes du Rajistan lorsqu'ils viennent, pendant les soirées chaudes de la saison des pluies, s'asseoir sous la véranda du bungalow des voyageurs. Nous laissons donc les orientalistes à leurs spéculations fantaisistes. Que nous importe que le père du prince poltron et égoïste qui fut la cause de la transformation du lotus blanc en lotus bleu s'appelât Harischandra ou Ambarisha ? Les noms n'ont rien à faire, ni avec la poésie naïve de la légende, ni avec sa morale – car on en trouvera une, si l'on cherche bien. Remarquons plutôt que l'épisode principal rappelle curieusement une autre légende – celle de l'Abraham biblique et du sacrifice d'Isaac.
N'est-ce point une preuve de plus que la doctrine Secrète de l'Orient pourrait bien avoir raison de soutenir que le nom du patriarche n'est ni un nom chaldéen, ni un nom hébreu, mais bien une épithète et un surnom sanskrits signifiant a-bram, c'est-à-dire un non brâhme (2), un brâhme débrahmanisé, ou déclassé et ayant perdu sa caste ? Ensuite, comment ne pas soupçonner, dans les Juifs modernes, les Tchandalas des temps du : Rishi Agastya, – les ouvriers en briques, dont la persécution commença il y a 8.000 ou 10.000 ans, mais qui émigrèrent en Chaldée 4.000 ans avant l'ère chrétienne, lorsque tant de légendes populaires dans l'Inde du Sud rappellent les récits bibliques ? Louis Jacolliot en parle dans plusieurs de ses vingt et un volumes sur l'Inde brahmanique, et il a raison, pour cette fois.

Nous en parlerons un autre jour. En attendant voici la légende du :

Lotus bleu

Siècles sur siècles se sont écoulés, depuis qu'Ambarisha, roi d'Ayodhyâ, régnait dans la ville fondée par le Saint-Manou Vaivasvata, le fils du soleil. Le roi était un Soûryavansa (un descendant de la race Solaire) et se disait le serviteur le plus fidèle de Varoûna, l'Eternel, le dieu le plus grand comme le plus puissant dans le Rig-Veda (3). Mais l'Eternel avait refusé des héritiers mâles à son adorateur, ce qui rendait le roi tout déconfit.

« Hélas ! – se lamentait-il tous les matins, en faisant son poudja (dévotions) devant les dieux inférieurs. – Hélas ! à quoi me sert d'être le plus grand roi sur la terre, si l'Eternel me refuse un successeur de mon sang ! Une fois mort et placé sur le bûcher funéraire, qui remplira auprès de moi le doux devoir filial de briser le crâne à mon cadavre, afin de libérer mon âme de ses dernières entraves terrestres ? Quelle est la main étrangère qui, pendant la pleine lune, placera le riz du Sraddha, pour faire honneur à mes mânes ? Les oiseaux de la mort (4) ne se détourneront ils pas eux-mêmes du festin funèbre ? Car, pour sûr, mon ombre rivée à la terre par son grand désespoir ne leur permettra point d'y toucher ! (5) »

Ainsi se désolait le roi, lorsque son grihasta (chapelain de famille) lui inspira l'idée de faire un vœu. Si 1’Eternel lui envoyait deux ou plusieurs fils, il promettait au dieu de lui sacrifier l'aîné, dans une cérémonie publique, lorsque la victime aurait atteint l'âge de la puberté. Alléché par cette promesse de chairs saignantes et fumantes, – en si bonne odeur chez tous les grands dieux, – Varoûna accepta la promesse du roi, et l'heureux Ambarisha eut un fils, suivi de plusieurs autres. L'aîné, l'héritier de la couronne, pro tempare, fut appelé Rohita (le rouge), et surnommé le Devarata, ce qui, traduit littéralement, signifie le « Dieu donné ». Devarata grandit et devint bientôt un vrai prince charmant, mais aussi égoïste et rusé que beau, si nous en croyons les légendes.
Lorsque le prince eut atteint l'âge voulu, l'Eternel, parlant par la bouche du même chapelain de la cour, somma le roi de tenir sa promesse. Mais, Ambarisha, inventant chaque fois des prétextes pour éloigner le moment du sacrifice, l'Eternel, à la fin, se fâcha. En dieu jaloux et colérique qu'il était, il menaça le roi de toute sa colère divine.
Pendant longtemps, ni sommations, ni menaces, n'eurent l'effet désiré. Tant qu'il y avait des vaches sacrées qui passaient des étables royales dans celles des Brâhmes, et de l'argent dans les trésoreries, pour remplir les cryptes des temples, les Brâhmes réussissaient à faire tenir Varoûna tranquille. Mais, lorsqu'il ne resta plus ni vaches ni argent, l'Eternel menaça le roi de submerger son palais avec lui et ses héritiers, et, s'ils en réchappaient, de les brûler tout vifs. A bout de ressources, le pauvre roi Ambarisha fit appeler son premier-né et l'informa du sort qui l'attendait. Mais le Devarata n'entendait pas de cette oreille. Il refusa de se soumettre à la double volonté paternelle et divine.
Aussi, lorsque les feux du sacrifice eurent été allu­més et que toute la bonne ville d'Ayodyha se fut rassemblée toute en émoi. – le prince héritier fut le seul qui manquât à la fête.
Il s'était sauvé dans les forêts des yogis.
Or, ces forêts étaient habitées par de saints ermites, et Devarata se savait là inattaquable et imprenable. On pouvait l'y venir voir, mais personne ne pouvait lui faire violence, – pas même Varoûna, l'Eternel. C'était tout simple. Les austérités religieuses des Aranyakas (les saints de la forêt), dont plusieurs étaient des Daityas (des Titans, race de géants et de démons), leur donnaient une telle puissance que tous les dieux tremblaient devant leur omnipotence et leurs pouvoirs surnaturels, – même l'Eternel.
Ces yogis antédiluviens, paraît-il, avaient le pouvoir de détruire cet Eternel lui-même, à volonté, – peut-être bien parce que c'était eux qui l'avaient inventé.
Devarata passa dans les forêts plusieurs années ; puis, à la fin, il en eut assez. S'étant laissé dire qu'il pouvait satisfaire Varoûna en trouvant un substitut qui se ferait immoler à sa place, – pourvu que le remplaçant fut un fils de Rishi, – il se mit en route et finit par découvrir ce qu'il lui fallait.
Dans le pays qui s'étend près des rivages fleuris du fameux lac Poushkara, il y avait famine, et un grand saint, nommé Ajigarta (6), était sur le point d'y mourir de faim, avec toute sa famille. Il avait plusieurs fils, dont le second, un adolescent vertueux, appelé Sunahsepha, était en train de devenir un Rishi, lui aussi. Profitant de la disette et pensant avec raison que ventre affamé aurait plus d'oreilles que ventre satisfait, le rusé Devarata mit le père au courant de son histoire. Après quoi il lui offrit cent vaches contre Sunahsepha, pour lui servir de substitut comme viande d'offrande sur l'autel de l'Eternel. Le père vertueux refusa net, d'abord. Mais le doux Sunahsepha s'offrit de lui-même et parla ainsi à son père :

« Qu'importe la vie d'un seul, lorsqu'elle peut sau­ver celles de tant d'autres ? L'Eternel est un Dieu grand, et sa miséricorde est infinie ; mais il est aussi un dieu fort jaloux, et son courroux est prompt et vengeur. Varoûna est maître de la terreur, et la mort obéit à son commandement. Son esprit ne contestera pas toujours avec celui qui lui désobéit. Il se repentira d'avoir créé l'homme, et alors il brûlera vifs cent mille lakhs (7) de personnes innocentes, pour un seul coupable. Si sa victime lui échappait, pour sûr, il dessécherait nos fleuves, mettrait la terre en feu, et fendraient les femmes enceintes, dans sa bonté infinie... Laisse-moi donc me sacrifier, mon père, pour cet étranger qui nous offre cent vaches ; car cela t'empêcherait, toi et mes frères, de mourir de faim et sauverait des milliers d'autres d'une mort terrible. »
« A ce prix, l'abandon de la vie m'est doux. »

Le vieux Rishi versa des larmes ; mais il finit par consentir ; et s'en fut préparer le bûcher du sacrifice (8).
Le lac Poushkara (9) était un des sites favorisés sur cette terre par la déesse Lakshmi-Padma (lotus blanc), qui se plongeait souvent dans ses ondes fraîches, pour rendre visite à sa sœur aînée, Varoûni, l'épouse de Varoûna l'Eternel (10). Laksmi-Padma entendit l'offre de Devarata, vit le désespoir du père, et admira le dévouement filial de Sunahsepha. Pleine de pitié, la mère de l'amour et de la compassion, envoya quérir le Rishi Visvamitra, l'un des sept Manous primordiaux et fils de Brahmâ, et réussit à l'intéresser au sort de son protégé. Le grand Rishi lui promit son aide. Apparaissant à Sunasepha, tout en restant invisible aux autres, il lui enseigna deux versets sacrés (Mantras) du Rig-Véda, lui faisant promettre de les réciter sur le bûcher. Or, celui qui prononçait ces deux mantras (invocations) forçait tout le conclave des dieux, – Indra en tête, – à venir à son secours, et devenait par cela même Rishi, dans cette vie ou dans sa réincarnation future.
L'autel était dressé au bord du lac, le bûcher préparé et la foule assemblée. Etendant, puis liant son fils sur le santal parfumé, Ajigarta s'arma du couteau du sacrifice. Déjà, il levait son bras tremblant au-dessus du cœur de son fils bien-aimé, lorsque celui-ci entonna les versets sacrés. Encore un instant d'hésitation et de douleur suprême... et, comme l'enfant finissait son mantram, le vieux Rishi plongea son couteau dans le sein de Sunahsepha...
Mais, ô miracle !... Au même instant, Indra, le dieu d'azur (le Firmament), glissa des cieux et tomba au milieu de la cérémonie. Enveloppant le bûcher et la victime d'un épais nuage azuré, le brouillard éteignit les flammes du bûcher et délia les cordes qui tenaient l'enfant captif. C'était comme si un coin du ciel bleu s'était affaissé sur les lieux, illuminant le pays entier et colorant toute la scène de son azur doré. Effrayés, la foule et le Rishi lui-même tombèrent sur le nez, à moitié morts de peur.
Lorsqu'ils revinrent à eux, le brouillard avait dis­paru, et un complet changement de scène s'était opéré.
Les feux du bûcher s'étaient rallumés d'eux-mêmes, et, étendue dessus, on vit une biche (Rohit) (11) qui n'était autre que le Prince Rohita, le Devarata, – qui, le cœur percé du couteau qu'il avait dirigé contre un autre, brûlait lui-même en holocauste pour son péché.
A quelques pas de l'autel, étendu aussi, mais sur un lit de lotus, dormait paisiblement Sunahsepha. Et à la place où le couteau s'était abaissé sur son sein, on voyait s'épanouir un beau lotus bleu. Le lac Poushkara, lui-même, recouvert, un moment auparavant, de lotus blancs, dont les pétales brillaient au soleil comme des coupes d'argent pleine d'amrita (12) reflétait maintenant l’azur du ciel ; – les lotus blancs étaient devenus bleus.
Alors on entendit une voix mélodieuse comme la voix du vina (13), s'élevant dans les airs du fond des ondes, prononcer ces paroles et cette imprécation :

« Un prince qui ne sait pas mourir pour ses sujets, est indigne de régner sur les enfants du Soleil. Il renaîtra dans une race aux cheveux rouges, une race barbare et égoïste ; et les nations qui descendront de lui n'auront pour héritage que le couchant. C'est le puîné d'un ascète mendiant, celui qui sacrifie sans hésiter sa vie pour sauver celle des autres, qui deviendra roi et régnera à sa place. »

Un frémissement d'approbation mit en mouvement le tapis fleuri qui recouvrait le lac. Ouvrant à la lumière d'or leurs cœurs bleus, les lotus sourirent de joie et envoyèrent un hymne de parfum à Sourya, leur soleil et maître. Toute la nature se réjouit, excepté Devarata qui n'était plus qu'une poignée de cendres.
Alors Visvamitra, le grand Rishi, quoique père déjà de cent fils, adopta Sunahsepha pour son fils aîné, et maudit d'avance, en matière de précaution, tout mortel qui se refuserait à reconnaître, dans le dernier né du Righi, l'aîné de ses enfants et l'héritier légitime du trône du roi Ambarisha.
En raison de ce décret, Sunahsepha naquit, à sa prochaine incarnation, dans la famille royale d'Ayodhyâ, et régna sur la race Solaire pendant quatre-vingt-quatre mille années.
Quant à Rohita, tout Devarata ou dieu donné qu'il fût, il subit le sort auquel Lakshmi-Padma l'avait voué.
Il se réincarna dans la famille d'un étranger sans caste (Mleccha-Yavana), et devint l'ancêtre des races barbares et à cheveux rouges qui habitent l'Occident.


C'est pour la conversion de ces races que le Lotus Bleu a été fondé.
Et si d'aucuns de nos lecteurs se laissaient aller à douter de la vérité historique de cette aventure de notre ancêtre Rohita, et de la transformation des lotus blancs en lotus d'azur, ils sont invités à faire un tour à Ajmir.
Une fois-là, ils n'auraient qu'à se rendre au bord du lac trois fois saint, nommé Poushkara, où tout pèlerin qui s'y baigne, pendant la pleine lune du mois de Korthktika (octobre-novembre), atteint la plus haute sainteté, sans se déranger autrement. Là, les sceptiques pourront voir de leurs yeux le site où s'éleva le bûcher de Rohita, ainsi que les eaux fréquentées jadis par Lakshmi.
Ils pourraient même voir les lotus bleus, si, grâce à une nouvelle transformation décrétée par les dieux, la plupart de ces plantes ne s'étaient changées, depuis, en crocodiles sacrés, que personne n'a le droit de déranger. Ce qui fait que neuf pèlerins sur dix, qui se plongent dans les eaux du lac, ont la chance d'entrer dans le Nirvana presque aussitôt après, et que les crocodiles sacrés sont les plus gros de leur espèce.

H. P. Blavatsky.
Article écrit en français par H. P. Blavatsky, pour la revue Le Lotus Bleu (Vol. l, avril 1890).

Notes :

(1) Comparez l'histojre de Sunahsepha, dans « Bhâgavata », IX, XVI, 35 ; le Ramayana, livre 1, ch. LX ; Manou, X, 105, Koulloûka Bhatta (l'Historien) ; Bahwruba et Aitareya Brâhmanas ; Vishnou Pourana, etc., etc... – Chaque livre donne sa version.
(2) La particule a, dans le mot sanskrit, le montre bien. Placée devant un substantif, cette particule désigne toujours la négation ou le contraire du contenu dans le terme qui suit. Ainsi Saura (Dieu), écrit a-soura, devient non-dieu ou le démon. Vidya, c'est la Science, et a-vidya l'ignorance, ou le contraire de la Science, etc., etc...
(3) Ce n'est que bien plus tard, dans le Panthéon dogmatique et le polythéisme symbolique des Brâhmes, que Varouna devint le Poseidon ou Neptune qu'il est maintenant. Dans le Veda, c'est le plus ancien des dieux, un avec l'Ouranos grec ; c'est-à-dire une personnification de l'espace céleste et des cieux infinis, le créateur et le gouverneur du ciel et de la terre, le Roi, le Père et le Maître du monde, des dieux et des hommes. L'Uranus d'Hésiode et le Zeus des Grecs en un.
(4) Les corneilles et les corbeaux.
(5) Le Sraddha est une cérémonie posthume observée pendant neuf jours par le plus proche parent du défunt. Il fut un temps où elle était magique. A l'heure qu'il est, elle consiste principalement à éparpiller, entre autres pratiques, des boulettes de riz cuit, devant la porte de la maison du mort. Si les corneilles dévorent promptement le riz, c'est un signe que l'âme est libérée et se trouve en paix. Sinon, ces oiseaux si voraces, ne touchant pas à la nourriture, fournissent la preuve que le pisatcha ou bhout (fantôme) est là pour les en empêcher. Le Sraddha est une superstition, sans doute, mais pas plus, à coup sûr, que les neuvaines et messes des morts.
(6) D'autres le nomment Rishika et font du roi Ambarisha, Harixhandra, le fameux Souverain qui fut le parangon de toutes les vertus.
(7) Un lakh est une mesure de 100.000, qu'il s'agisse d'hom­mes ou de pièces de monnaie.
(8) Manou (liv. X, 105), faisant allusion à cette histoire, remarque qu'Ajigarta, le saint Rishi, ne commit aucun péché en vendant la vie de son fils – puisque ce sacrifice préservait sa vie à lui et celle de toute sa famille. Ceci nous rappelle une autre légende, plus moderne, pouvant servir de parallèle à celle-ci. Le Comte Ugolino, condamné à mourir de faim dans son donjon, ne dévora-t-il pas ses enfants – « pour leur conserver un père ? » La légende populaire de Sunahsepha est plus belle que le commentaire de Manou – une interpolation des Brâhmes dans les manuscrits falsifiés, évidemment.
(9) Ce lac est quelquefois appelé Pokher, de nos jours. C'est un fameux lieu de pèlerinage annuel, situé dans un site charmant et à cinq milles anglais d'Ajmir, dans le Rajistan. Poushkara signifie « lotus bleu », l'eau du lac étant recouverte, comme d'un tapis, de ces belles plantes. Mais la légende assure qu'elles étaient d'abord blanches. Poushkara est aussi un nom propre d'homme, et le nom d'une des « sept îles sacrées », dans la Géographie des Hindous – les Sapta dwipa.
(10) Varouni, déesse de la chaleur (plus tard, déesse du Vin), est née aussi de l'Océan de lait. De « quatorze objets précieux » produits par le barattage, elle apparaît la seconde, et Lakshmi, la dernière, précédée de la coupe d'Amrita – le breuvage qui donne l'immortalité.
(11) Un jeu de mots. Rohit, en sanskrit, est le nom de femelle du daim, de la biche, et Rohita veut dire « le rouge ». C'est pour sa lâcheté et sa peur de mourir qu'il fut changé en biche par les dieux, selon la légende.
(12) L'élixir qui confère l'immortalité.
(13) Une espèce de luth. Un instrument dont l'invention est attribuée au dieu Siva.La légende du lotus bleu


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