Dimanche 20 Janvier 2019

Mis à jour le Dim. 20 Jan. 2019 à 18:38

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La Conscience – le Pont

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La vie intérieure est une discipline. Depuis l’antiquité la plus reculée, la culture de la conscience a été considérée comme une expérience intime de la vie. La maîtrise ou l’expression de soi-même, la Seconde Naissance ou Intégration, - quel que soit le mot employé, - est une réalisation intérieure, non une reconnaissance mentale. C’est là le gouffre formidable, ou plutôt infranchissable, entre la méthode d’acquisition de la connaissance ordinaire et la méthode d’acquisition de la sagesse ésotérique, qui est sui generis. Ce que le mental apprend, il l’apprend par l’expérience intérieure, et non par les sens extérieurs. Ce que l’Ame perçoit par intuition, elle le reçoit grâce à une idéation intérieure qui ne dépend pas de la réflexion mentale. Le seul processus analogue, dans la vie ordinaire, est celui de la voix de la conscience considérée parfois comme la voix infaillible de l’Ame, tandis qu’elle n’est que la voix de l’expérience accumulée de l’homme inférieur et personnel ; par moments même, la voix du désir et des impulsions de la chair est prise pour elle. Ce que la voix de la conscience est au cerveau et au sang humains, la Voix de l’Ame spirituelle l’est au cœur humain et aux sens internes invisibles, et est même quelque chose de plus.
Le plus grand service que la conscience nous rende ne réside pas dans son action protectrice qui nous dit ce qu’il ne faut pas faire, mais dans son activité stimulatrice qui constitue un symbole silencieux et mystérieux. La Conscience provoque l’éveil, elle nous donne la notion de l’existence d’un univers intérieur. L’Univers des dieux, des héros, des génies, se révèle un instant, quand nous nous éveillons à ce second aspect, symbolique, de la conscience. Le phare nous donne une excellente comparaison : il lance son message lumineux signifiant : « Ne vous approchez pas d’ici ». Le message est toujours actif et protecteur d’une façon bienfaisante. Mais le phare est aussi un symbole silencieux – le pouvoir ferme, tournant et étincelant qui dit au marin ce qu’il ne doit pas faire, lui laissant le soin de découvrir, par d’autres moyens, comment il doit atteindre le port sûr. Il est évident que le phare a un message silencieux et invisible affirmant l’existence du port et du chemin qui y conduit.
Cette double action est le seul chaînon entre le monde des mortels et celui des dieux, des héros et des génies. La conscience est l’organe interne, le sentier ou le pont entre le mental de l’homme, chargé de désirs, et son Ame illuminée par l’Esprit. L’Ego Divin et le soi personnel sont unis par la conscience. D’en bas, elle récolte les expériences innombrables accumulées dans le monde des sens ; vers le haut, elle ouvre la porte du Saint des Saints, le pont se trouve à l’intérieur, derrière et au-delà de la jungle du monde, et il conduit au jardin d’Eden.
La première condition requise pour qu’un homme puisse mener la vie supérieure, c’est qu’il se connaisse lui-même. Le point de départ de la soi-connaissance, c’est cet organe interne appelé conscience, dont il faut écouter les interdictions et tout en les écoutants, les comprendre. Les sentiers sont nombreux. La description de Mahomet est frappante : il y a autant de voies vers Dieu qu’il y a de souffles humains. L’organe-conscience représente l’évolution du passé ; il existe chez l’insensé comme chez le sage ; c’est pourquoi ses injonctions et ses modes d’assistance diffèrent chez chacun. Mais, faible ou fort, il existe chez chacun, c’est le point de départ. Sa première aide, protectrice, qui nous met en garde contre la répétition d’anciennes erreurs sert à la discipline de la vie ordinaire. L’idée de ce qu’il convient de faire dans la vie est formulée par la conscience qui nous éloigne des fondrières de l’âme. Les braves gens vivent en général selon des « interdictions », parce qu’ils vivent d’après la voix de la conscience ; il est bien qu’ils prêtent attention à cette voix, mais cela n’est pas suffisant ; ils doivent vérifier et contrôler les indications de cette voix. « Cela ne se fait pas », voilà du conservatisme et de l’orthodoxie ; en envisagent pourquoi cela ne se fait pas, ou ne devrait pas être fait, on devient libéral et puis libéré. La vie supérieure est une poursuite qui libère. Elle ne consiste pas à répéter constamment les mêmes actions, comme dans la vie ordinaire ; on ne peut dire d’elle : labitur et labetur.
La discipline de la vie révèle des idéals – nous vivons d’une certaine façon parce que nous aspirons à vivre selon des idéals déterminés. Notre code de morale possède une âme et un corps – les idéals sont l’Ame et la conduite est le corps. La culture scientifique de la conscience est le tout premier pas dans la bonne direction. Pourquoi une personne ne mentirait elle pas, ne volerait-elle pas, ou ne commettrait-elle pas l’adultère ? Pourquoi vaut-il mieux être généreux que mesquin, pourquoi est-il noble d’être bienveillant et ne l’est-il pas d’être méprisant ? Pourquoi la cruauté est-elle mauvaise et la compassion bonne ? De telles questions permettent à un homme de se connaître – avec ses vertus et ses défauts. Cette enquête le conduit à la préparation de la Seconde Naissance. Pour étrange que cela paraisse, il y a des deux-fois-nés illégitimes et nous voyons le phénomène de génies libertins, de poètes voluptueux, de débauchés et d’ivrognes qui créent, non en dépit de, mais à cause de la débauche et de la boisson. L’Occultisme oriental nous met en garde – méfiez-vous des voies illégitimes, elles mènent Abaddon [l’Ange de l’Enfer ].
La voie légitime vers la vie intérieure passe par la conscience – le Sentier de Communication. C’est le fait de questionner sans peur nos propres croyances, habitudes et espoirs. Nous devons libérer notre mental de toutes les idées que nous pouvons avoir héritées par hérédité, par notre éducation, de notre entourage ou d’instructeurs divers. Dans l’Occultisme Oriental, on parle de cette libération du mental de l’esclavage des habitudes acquises, comme de la cour faite à l’Ame avant les fiançailles qui sont suivies du mariage. Cette période de cour est pleine d’aventures, d’événements fâcheux de bonheur et de déceptions. Elle amène souvent un échec, lorsque les règles du Jeu subtil de la cour de l’Ame ne sont pas observées, le plus souvent par ignorance, mais parfois par esprit d’aventure, d’entêtement ou d’impatience. Ce sont là les trois dangers de la cour de l’Ame. Ne soyez pas impatient ; laissez le soi de côté, luttez et surmontez tous les obstacles, non par des tentatives intermittentes et capricieuses, mais par une pensée ferme et une adhésion solide aux règles de ce très ancien jeu. Exactement comme toute la routine de vie d’un homme subit un changement quand il devient amoureux et fait sa cour, de même les attaches et la discipline de la vie subissent une transformation quand l’Enchanteur Intérieur est rencontré. La magie des sens, l’illusion du mental, l’attachement égoïste, sont vus sous leur vrai jour ; une transformation de la discipline se produit ; on découvre de nouveaux modes de pensée et de travail ; par-dessus tout, la beauté et la vérité des choses revêtent de nouvelles valeurs. Le résultat de toute l’expérience est d’obliger l’homme à renoncer à maintes habitudes personnelles, telles qu’on en a dans la vie sociale habituelle, et d’autre part à adopter quelques règles ascétiques.
La conscience est donc le premier pas.

Article traduit de The Aryan Path (Bombay, Inde) de janvier 1932.
Publié dans le revus Théosophie de février 1933.

La structure du mental

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« L'homme atteint graduellement au repos lorsque, possédant la patience, il a abandonné tous les désirs qui surgissent de l'imagination et dominé par le mental les sens et les organes qui poussent à l'action dans toutes les directions. Ayant fixé son mental en repos sur le vrai Soi, il ne devrait penser à rien d'autre. » – Bhagavad-Gîtâ, VI, 24 & 25.

Le sixième chapitre de la Bhagavad-Gîtâ contient la première des leçons du Yoga – le contrôle des sens, des désirs et des pensées. Dans les versets 24-25, le débutant est renseigné sur ce qu’il doit faire, comment prendre le départ de cette longue ascension dont l’ultime but est de l’amener au sommet d’où l’on voit l’univers tout entier. Cela lui prendra quelques temps pour saisir le premier panorama qui le convaincra sans aucun doute que ce voyage en vaut la peine. Cela lui prendra plusieurs vies avant qu’il n’arrive à faire l’expérience de l’éblouissante splendeur de l’Univers de la Lumière, et alors, s’y acclimatant, il réalisera le rayonnement et la source de cette Lumière Elle-même. Mais il faut un début et plus nous partons de bonne heure, mieux cela vaut pour nous.
L’une des principales difficultés pour le contrôle des sens et du mental est notre imagination fantaisiste. Les visions et les bruits du dehors sont facilement refoulés quand l’âme prend possession du mental et commence à l’utiliser pour son propre usage. Mais les visions et les bruits qui sont formidables, viennent aussi du fond de nous-mêmes et troublent le travail de l’âme avec le mental. Ce sont des images de la mémoire qui se sont déposées dans le mental au cours du travail et qui jouent depuis la naissance du corps ; et avançant, nous découvrons qu’elles viennent même de vies précédentes.
Le mental est appelé le sixième sens et ses fils et ses fibres sont entremêlés avec et dans les cinq sens. Toutes les fonctions des sens, qu’elles soient triviales ou importantes, colorent l’esprit et en affectent la texture. Les impressions des sens sont de la nature des images : toute impression produit une image et change la structure du mental, toute nouvelle image affecte les anciennes – certaines sont nettes d’autres sont flétries et ainsi de suite. Ces images résultent aussi des cinq sens et c’est pourquoi elles en possèdent les propriétés : elles ont de la couleur, un ton ou une note, une odeur, un sentiment et un goût. Quoique semblable, il y a une seconde catégorie d’images qui sont inhérentes en nous-mêmes qui résultent de la fonction des organes de l’action. Il y a une différence entre ces deux séries d’images, mais pour ce qui nous occupe, il est suffisant de dire qu’elles affectent le mental, affinent sa texture ou la rendent grossière, illuminent ou assombrissent sa matière, apportent la mélodie ou la discorde. D’autre part, ces images sont aussi le véhicule de Karma. De même que nous avons toute la machinerie complexe que nous appelons le cerveau qui forme une unité que chaque pensée, désir, sentiment et action change en l’affectant en un point particulier ou un autre, de même ces images forment un tout qui représente Karma. En langage ésotérique, Karma est comparé au lotus – il pousse dans la vase et dans l’eau : la tige et les feuilles représentent la partie terrestre de l’homme ; le bouton avec sa faculté de boire la rosée de la nuit, de s’imprégner de la lumière de l’aube, d’absorber le soleil matinal, représente la partie céleste de l’homme.
Cependant, ces images forment le vieux sol d’où sortent du nouveau Karma et de nouvelles images. Notre Karma qui est mûr ou Karma Prârabdha est un produit naturel de notre passé ; mais notre vigilance présente, notre discrimination, nos inclinations et nos choix devenus des actes donnent à tout homme une chance de se perfectionner, c’est la lente floraison du bouton de lotus. Mais pour l’étudiant qui a choisi de marcher sur le sentier et de gravir la montagne, un nouveau facteur survient : il lui est demandé de renoncer à créer de nouvelles images, de ne pas demeurer avec le souvenir d’images passées et de na pas en créer de nouvelle par fantaisie, imagination, ou anticipation, ce par quoi il renforcerait son monde intérieur de mirage. C’est de la vraie renonciation : ce n’est pas aux actes qu’il faut renoncer mais à la force qui pousse aux actes. D’une façon similaire, notre verset ne dit pas qu’il faut renoncer à l’imagination [en Sanskrit : Samkalpa], mais que l’on doit abandonner les désirs (Kama) qui en viennent. Ceci est important ; car de même qu’un homme renonçant à l’action tombe sur le sentier de la passivité, de même prend une mauvaise direction l’homme qui se refuse à traiter correctement son imagination et qui ne veut pas s’en servir en pensant qu’ainsi s’évanouiront ses désirs.
Nous possédons le pouvoir de l’imagination. C’est le plus grand pouvoir de l’homme parce qu’il est un pouvoir composé dans lequel le désir, la pensée, la résolution et la volonté, tous ont leur fonction. Ces derniers créent partiellement mais l’imagination crée d’une façon complète. Les autres forces créent dans un état (loka) ou un autre, mais l’imagination est Kriyashakti, le pouvoir créateur, dans tout loka. Seul, l’un ou l’autre aspect de l’imagination fonctionne actuellement ; il n’y a que le véritable Magicien qui ait la pleine faculté de produire des images vivantes. L’on peut décrire l’évolution humaine comme le processus par lequel l’âme qui est l’homme se recrée elle-même en ordre, en symétrie, en harmonie, en beauté. Ceci ne peut être fait que par l’imagination : laquelle l’âme fait de la matière une matrice, et produit une image en remplissant cette matrice de l’essence de la vie de son être même. Ceci est l’émanation.
Maintenant, si nous prenons notre mythologie nous verrons que Samkalpa est appelé l’un des Prajapatis, les Créateurs d’une race entière d’êtres. Ce pouvoir utilisé avec ignorance, ou dont il est mésusé, n’est que l’ombre du vrai Sankalpa, qui est personnifié en tant que Prajapati. Il est encore dit que Samkalpa est une des filles de Daksha. Daksha est aussi l’aptitude, la dextérité et le pouvoir de créer personnifié et c’est le titre du créateur parent, le seigneur des créatures, le père de la progéniture céleste et terrestre dont l’une est Sankalpa, l’Imagination – une fille qui est mariée avec Dharma [le Devoir], la Loi, l’Ordre, la Sagesse. Quand Dharma, la connaissance et la sagesse, courtise puis épouse Sankalpa, l’Imagination, alors naissent les Dhyanis, [entités célestes] les vrais Contemplateurs, que l’on appelle aussi les véritables producteurs et constructeurs d’Images vivantes. Tout comme nos artistes font des dessins et des statues, ces Dhyanis remplissent l’Akasha [espace céleste divin] de dessins et de portraits, d’idoles et d’images ; et nous, en cessant de créer les dessins de notre Karma, le sens de la passion, nous apprenons d’abord à voir et à comprendre ces images, ensuite à les copier en nous-mêmes. Tout comme nous voyons la nuit les constellations dans le ciel, nous voyons les images brillantes dans le ciel de l’âme et en les fixant et les contemplant, nous nous identifions à elles. L’Akasha est le Temple réel de l’Univers dans lequel tous les Pouvoirs de la Nature sont des Idoles ou des Statues vivantes et si nous adorons nos parents, Dharma, la Sagesse, et Sankalpa, l’imagination, nous deviendrons une Idole dans ce Temple.

Note: Cet article du Théosophe B.M. est paru en français dans la revue Théosophie de février 1935. Il fut publié pour la première fois en anglais dans la revue théosophique indienne The Aryan Path (Bombay, Inde, de Novembre 1934).
Note des éditeurs : B.M. est un homme du vieux temps vivant selon ses anciennes méthodes dans notre siècle. Nous avons la chance d’avoir pu annoter quelques comptes rendus des causeries qu’il donna à ses amis. La Bhagavad Gita est le livre dont il s’est rendu maître, grâce à de longues années d’étude et de méditation : en outre, ayant réussi à vivre selon ses principes, d’une façon plus complète qu’il n’est généralement possible de le faire, ses pensées exhalent un parfum spécial. – Les Éditeurs.

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Conte philosophique pour enfants : « La Vie »

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Il était une fois, le Roi de l’Air, le Roi du Feu, le Roi de la Terre et le Roi de l’Eau. Ils se réunirent pour décider lequel d’entre eux était le plus grand, et le plus capable d’être le Roi de tous les mondes de la Nature et de l’homme.
Après s’être querellés pendant longtemps, ils pensèrent qu’il fallait enfin résoudre la question ; aussi invitèrent-ils chaque chose dans le monde à venir auprès d’eux et demandèrent-ils à chacune quel était le Roi qui méritait d’être nommé le Grand Roi de tous.
C’était comme une merveilleuse distraction. Seulement c’était très sérieux, parce qu’il s’agissait d’une chose très importante à décider, pensaient-ils.
Le Vent, la Vague, le Soleil, la Lune et les Étoiles étaient là. Le Tonnerre et l’Éclair vinrent ensemble, les Montagnes et les Quatre Saisons les Fées des Fruits et les Fées des Grains et les Lutins des Fleurs, et les Esprits des Arbres, les Poissons, les Oiseaux et les bêtes, les Abeilles, les Insectes, et les Scarabées – oh ! Tout ce que vous pouvez imaginer… Donc tout le monde était là excepté l’Homme. Il n’avait pas jugé important semble-t-il de venir. Mais la Mère Nature était présente, assise sur un siège très haut, d’où elle pouvait voir tout ce qui allait se passer.
Naturellement ils avaient besoin d’un juge et tout le monde fut d’accord que la Vie serait le meilleur juge pour choisir entre les Rois, aussi quand tous furent arrivés, la Vie s’arrêta devant eux pour que tous puissent la voir.
Elle était habillée d’un vêtement de couleurs radieuses plus joli que vous n’ayez jamais vu. Il était si brillant, que cela faisait mal aux yeux de le regarder, exactement comme lorsque vous regardez le soleil. Voyant cela, la Vie se mit à leur parler si gentiment et avec tant de bonté que c’était comme la plus douce des musiques, aussi tous se levèrent et la regardèrent à nouveau. Cette fois, sa splendeur ne les éblouit plus, mais sembla seulement les inonder de bonheur et de pensées d’amour.
Une chose merveilleuse se produisit alors. Comme ils observaient la Vie, sa robe commença à changer de couleur et passa d’un superbe rouge resplendissant à un brillant orangé et ensuite au jaune et au plus délicieux vert comme la lumière du soleil sur la prairie ; ensuite au bleu et après en un bleu encore plus foncé, et au violet, tout le temps brillante et éclatante de lumière comme les rayons du Soleil.
Eh bien ! Comme ils observaient ces délicieux rayons de soleil si brillants, émanés par la Vie, qu’arriva-t-il ? Ils virent tout à coup, que les mêmes rayons brillaient à travers chacun d’eux également, et ils furent très surpris. Vous voyez, ils avaient toujours pensé qu’ils avaient une petite vie propre, différente de celle des autres, alors qu’en réalité, ce n’était que leurs corps qui étaient différents. Et maintenant la Lumière de la Vie était si brillante que pour la première fois ils purent la voir briller à travers chacun d’eux, et à travers la Vie elle-même, et que c’était partout la même Vie – la même dans l’arc-en-ciel et dans la rose, la même dans le scarabée et dans l’abeille, la même dans le chant des oiseaux et le murmure des arbres.
Tout ceci était merveilleux, mais naturellement, chacun ne pouvait voir que les autres, il ne pouvait pas encore se voir lui-même. Vous savez très bien que vous ne pouvez pas vous voir si vous ne vous regardez pas dans une glace et la Vie n’avait pas encore montré son miroir magique pour que chacun puisse se dedans, et cependant la même vie brillait à travers chacun comme à travers tous.
Cependant alors que chacun voyait que tous les autres avait la même vie en eux, chacun pensait encore qu’il devait être différent des autres ! Une petite chauve-souris insensée s’envola et leur dit que puisqu’elle pouvait voir à travers chacun eux, et que personne ne pouvait voir en elle, elle devait donc être leur régent. Elle se pavana, se gonfla, et tout le monde éclata d’un rire long et bruyant. Sa vanité fut blessée et la sotte petite chauve-souris s’effondra complètement et tomba sur un tas de pierre !
Soudain, quelque chose se produisit. Les Rois commencèrent à penser qu’on ne faisait pas assez attention à eux. Aussi chacun d’eux, pour prouver qu’il était le plus fort, commença à faire des choses terribles. Le Roi du Feu devint de plus en plus chaud et brûla presque tout le monde. Le Vent souffla si fort et si longtemps qu’il souleva tous les arbres et les rochers et fit un bruit terrifiant. L’Eau tomba en grandes averses et les Océans débordèrent de tous côtés. La Terre fit tomber les collines et les montagnes. Alors le Soleil se voilà la face et chaque chose se refroidit, devint de glace et ce fut l’obscurité. On ne pouvait plus voir la Vie nulle part. Oh ! C’était épouvantable !
Pendant tout ce temps la Mère Nature, dont vous vous souvenez, surveillait toutes ces choses, et elle pensa qu’il était temps qu’elle intervienne ; aussi elle s’avança, fit un signe de sa main et leur commanda de se tenir tranquilles.
« Comme vous êtes tous des égoïstes » dit-elle, « Vous ne vous rendez pas compte, que si chacun veut avoir la meilleure part pour lui, tout sera abîmé et finalement personne n’y gagnera. Et si ceci dure encore un peu de temps, tous vos corps seront si endommagés que la Vie ne pourra plus trouver place et sera contrainte de partir ailleurs. Elle est presque partie, mais peut-être puis-je la rappeler, car quelle part elle ne meurt jamais, comme vous le savez. »
Ainsi donc, la Mère Nature appela et appela, et pendant qu’ils attendaient, honteux et désolés de ce qu’ils avaient fait et espérant qu’il ne soit pas trop tard pour avoir une nouvelle chance. Soudain, la délicieuse lumière brilla à nouveau et la Vie était de nouveau devant eux plus resplendissante que jamais ! Et ses yeux étaient si brillants et clairs, que lorsqu’ils y plongèrent leurs regards, chacun comprit que le Miroir Magique était dans ses yeux, et maintenant chacun voyait en lui-même, comme avant il voyait tous les autres ; ils comprirent alors que c’était la même Vie, la même Lumière, le même Esprit, le même Soi qui était en chacun – tous en un et un en tous.
NOUS SOMMES, et nous agissons en fonction de ce que nous pensons. Les autres sont selon ce que nous pensons et faisons pour eux. Nous comprenons peut-être maintenant que NOUS SOMMES LA VIE. »

Petit conte tiré de l’ouvrage théosophique Les Vérités Éternelles.

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La mort : Kama loka - Suicides - Morts accidentelles

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(Traduction d’un extrait d’une lettre privée sur le kama loka et le suicide – Revue The Path, novembre 1889)

Bien qu’ils ne soient pas totalement privés de leurs 6ème et 7ème « principes » [Âme spirituelle et Esprit], et bien qu’ils soient bien présents dans un lieu de séance spirite, les suicidés sont néanmoins séparés de leurs principes supérieurs par un gouffre, jusqu’au jour prévu de leur mort naturelle.
Les 6ème et 7ème « principes » restent passifs et négatifs, alors que, dans le cas d’une mort accidentelle, les groupes supérieurs et inférieurs [de « principes »] sont attirés l’un vers l’autre. De plus, les ego bons et innocents, gravitent irrésistiblement vers leurs 6ème et 7ème [« principes » : l'Âme spirituelle et l'Esprit], et ainsi soit sombrent dans une somnolence peuplée de rêves heureux, soit dorment d’un profond sommeil sans rêve, jusqu’à ce que sonne l’heure [du moment de leur mort naturelle]. Ils gardent, et vous verrez pourquoi, une faible pensée et un œil sur l’éternelle justice et le bon agencement des choses.
La victime d’une mort accidentelle, qu’elle soit bonne ou mauvaise, n’est pas responsable de sa mort. Même si sa mort était due à quelque action de sa part dans la vie précédente ou une incarnation antérieure, elle était, en bref, l’œuvre de la loi de rétribution, car elle n'était pas le résultat direct d’un acte délibéré commis par l’Ego personnel pendant sa dernière vie [où il a été victime d'une mort prématurée]. S’il avait pu vivre plus longtemps, il aurait pu expier ses actions passées bien plus efficacement, et même maintenant, l’Ego qui a dû régler la dette de son auteur (lego personnel), est libre des coups de la justice rétributive. Les Entités célestes [Dhyan-Chohan], qui n’ont pas la main pour guider l’Ego humain pendant la vie, protègent la victime infortunée quand elle est violemment rejetée de son élément dans un nouvel état avant son terme naturel et avant qu’elle soit mûre et prête pour ce nouveau lieu. Nous vous disons ce que nous avons appris par expérience personnelle. Oui, les victimes, bonnes ou mauvaises, dorment jusqu’à l'heure du Jugement dernier, qui est l’heure du combat suprême, entre les 6ème et 7ème, et les 5ème et 4ème [mental et désirs] « principes » à l’entrée de l’état de gestation. Et même après cela, quand les 6ème et 7ème principes, emmenant avec eux une portion du 5ème, sont entrés dans leur Samadhi Akashique [Méditation céleste posthume], même alors il peut arriver que le « le butin spirituel » du 5ème « principe » soit trop maigre pour renaître en devachan ; dans ce cas, il se revêtira d’un nouveau corps pour se réincarner […]
Ainsi, en aucun cas, un mort ‒ à l’exception des suicidés et des coques ‒ ne peut être attiré dans une séance [de spiritisme]. Et il est clair que ceci n’est pas en contradiction avec nos enseignements antérieurs, selon lesquels : « alors que les coques sont nombreuses, les esprits sont très peu nombreux ».
Revenons maintenant au cas des hommes qui sont les victimes de leurs vices, et que certains classent avec les « suicidés ».
À notre humble avis il y a une grande différence entre les suicidés et ces hommes qui pour s’être laissés aller à un excès de vices tombent prématurément dans la tombe. Nous, dont le point de vue serait inacceptable pour une compagnie d’assurance vie, disons qu’ils sont très peu nombreux – s’il y en a – parmi ces hommes vicieux qui sont parfaitement certains que la conséquence de leur action les conduira éventuellement à une mort prématurée. C’est le fruit de l’illusion. Ils n'échapperont pas à la punition [karmique] de leurs « vices », mais c'est à cause des « vices », et non de leur effet, qu’ils recevront la punition, surtout si l’effet était imprévu bien que probable. Autant appeler un homme un « suicidé » parce qu’il a trouvé la mort lors d’une tempête en mer, ou qu’il s’est donné la mort par un excès d’étude. L’eau peut attirer un homme, comme un excès de travail du cerveau peut affaiblir cet organe et l’emporter. Dans un cas personne n’oserait traverser le Kalapani [fleuve entre le Népal et l’Inde], ou prendre un bain par crainte de défaillir ou de se noyer ; et il y a de tels cas. Et si une telle vue prévalait, personne n’oserait faire son devoir, et encore moins se sacrifier, même pour une cause louable et hautement souhaitable, comme beaucoup d'entre nous le font. Le motif est l'essentiel, et l'homme est punit dans le cas d’une responsabilité directe et pas autrement.
Dans le cas d’une victime, le moment de sa mort a été anticipé accidentellement, tandis que dans le cas d’un « suicide » la mort est provoquée volontairement et en pleine connaissance délibérée des conséquences immédiates. Ainsi, un homme qui provoque sa mort dans un moment de folie temporaire n’est pas un suicidé au grand dam et souvent au dépens des compagnies d’assurance vie ! Pas plus qu’il n’est laissé la proie aux tentations qui nous assaillent dans l’état de kama loka, mais il tombe en sommeil comme toute autre victime.
Un Guiteau [qui assassina le Président Garfield aux États-Unis à la fin du XIXème siècle] ne restera pas dans l’atmosphère terrestre animé de ses principes supérieurs, qui, bien que présents, seront inactifs et paralysés. Guiteau est plongé dans un état où pendant un certain temps il sera toujours en train de tirer sur son président – et ainsi plonger dans la confusion et l’abattement des millions de personnes – quand il se verra toujours condamné et toujours pendu, baignant sans cesse dans l’image réfléchissant ses actions et pensées dans la lumière astrale, et particulièrement celles qu’il a entretenues lors de la dernière heure avant l’échafaud. Et il en est de même pour chaque assassin exécuté par pendaison ou autrement. Ceux qui étaient vicieux et non fou ne sont que partiellement mort après leur exécution. Ils revivront leur crime et leur condamnation sur le plan astral dans lequel ils baignent, et de là ils influenceront toutes les personnes quelque peu sensibles avec lesquels ils pourront entrer en contact. C’est le cas en particulier lors des séances de spiritisme où ils entourent le médium. Ceux qui sont naturellement doté du pouvoir d’observer ce plan de la lumière astrale, ou ceux qui ont acquis ce pouvoir par entrainement, peuvent voir, entendre et se répéter sans cesse les scènes de sang et de condamnation autour de ces infortunés. Dans le cas d’un meurtre collectif, comme quand beaucoup d’hommes pénètrent ou prennent d’assaut un bâtiment, et abattent cruellement ses occupants après un combat prolongé avec ces derniers, la scène entière sera souvent rejouée plusieurs fois, des années de suite et si vivement que beaucoup pourront la voir dans tous ses horribles détails, et presque tous peuvent entendre les bruits, les gémissements, les cris, la chute des corps, et les déchiquetages de chair humaine.

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