Mardi 22 Août 2017

Mis à jour le Mar. 22 Août 2017 à 09:43

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Amis ou ennemis dans le futur

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Les doctrines fondamentales de la Théosophie ne sont d'aucune valeur à moins qu'elles ne soient appliquées à la vie quotidienne. Selon l'étendue de leur mise en application, elles deviennent des réalités vivantes, bien différentes d'expressions intellectuelles de la doctrine. La simple compréhension intellectuelle peut aboutir à l'orgueil spirituel, alors que la doctrine vivante devient une entité grâce au pouvoir mystique de l'âme humaine. De nombreux grands esprits on insisté sur cela. Saint Paul écrivait : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis comme l'airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, et quand même j'aurais toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, cela ne me profitera en rien. »

La Voix du Silence, qui exprime les vues de la plus haute école d'occultisme, nous demande de nous retirer du soleil dans l'ombre pour faire plus de place aux autres, et ajoute que tous ceux à qui nous apportons de l'aide dans cette vie, feront de même pour nous dans la vie suivante.

Les doctrines de Karma et de Réincarnation vont nous expliquer pourquoi. La première montre que nous devons récolter ce que nous avons semé, et la seconde, que nous revenons en compagnie de ceux avec qui nous avons vécu et agi dans d'autres vies. St. Paul était en parfait accord avec tous les autres occultistes, et ses paroles, rappelées ci-dessus, doivent être considérées à la lumière que la Théosophie projette sur tous les écrits similaires. Toutes les qualités et vertus possibles sont mises en contraste avec la charité qui est l'amour de nos semblables. Elles ne comptent pas en l'absence de la charité. Pourquoi ? Parce qu'elles meurent au décès d'une personne non charitable ; elles n'ont pas de valeur, et celui qui meurt dans ces conditions renaît sans ami et démuni.

Ceci est très important pour un étudiant Théosophe sérieux, qui pourrait commettre l'erreur de rechercher à obtenir des dons intellectuels, tout en étant non charitable. Le fait de travailler aujourd'hui dans le Mouvement Théosophique signifie que nous l'avons déjà fait dans d'autres vies, que nous devrons le faire encore, et fait plus important, ce sont ceux qui sont maintenant à nos cotés, qui se réincarneront en notre compagnie à la prochaine incarnation.

Ceux que nous connaissons maintenant, ou ceux que nous serons appelés à connaître avant le terme de cette vie, seront-ils nos amis ou nos ennemis, des aides ou des opposants dans la prochaine incarnation ? Et qu'est-ce qui nous les rendra alors hostiles ou sympathiques ? Certainement pas ce que nous leur dirons, ou ferons pour eux dans la vie prochaine. Car, aucun homme ne devient un ami dans cette vie, par l'effet unique des actions présentes. Il fût votre ami, ou vous fûtes le sien avant, dans une vie antérieure. Vos actions présentes réaniment seulement la vieille amitié, et renouvelle une ancienne obligation.

S'il fût votre ennemi jadis, il le sera encore même si vous lui rendez actuellement service, car ces tendances perdurent toujours plus de trois incarnations. Si nous ajoutons la charité à notre lien d'amitié actuel, ces tendances se transformeront de plus en plus en aides. Les penchants à l'inimitié se réduiront d'un tiers au cours de chaque vie, si nous persistons toujours en bonté, amour, et charité. Et cette charité ne consiste pas en un don d'argent, mais en une pensée charitable pour chaque faiblesse, et chaque faute.

Par conséquent, nos amis ou ennemis futurs sont ceux qui le sont déjà, ou qui le deviendront, dans la vie présente. Vis-à-vis de ceux qui nous paraissent des ennemis, nous commettons une grave erreur si nous manquons maintenant de charité envers eux, et différons le jour de la réconciliation à trois incarnations futures. Nous sommes irrités et entravés tant par ceux qui s'opposent activement à nous, que par ceux dont le simple regard, le tempérament et l'action inconsciente nous déplaisent et nous dérangent. Le code de justice que nous appliquons à nous même, et qui malheureusement est bien souvent étroitement personnel, nous incite à les écarter, les critiquer, les attaquer. C'est une erreur de notre part d'agir ainsi. Si seulement nous pouvions porter un regard sur la prochaine vie, nous verrions ceux envers lesquels nous manifestons un manque de charité aujourd'hui, traverser la plaine de cette vie en notre compagnie, pour se dresser sur notre chemin, et nous empêcher de voir la lumière. Mais si nous changeons notre attitude présente, la vie suivante nous montrera que ce sont ces personnes ennuyeuses, ces ennemis temporaires et ces opposants de maintenant, qui nous aident, et se joignent à chacun de nos efforts. Car, il se pourrait que Karma leur accorde alors de plus grandes opportunités et de meilleures capacités qu'à nous même.

Est-ce qu'un Théosophe quelconque qui réfléchit à cela serait assez sot pour ne pas vouloir changer alors qu'il en a le pouvoir, et ainsi éviter de récolter une moisson d'épines dans sa prochaine vie ? Nous devons continuer à agir avec charité et bonté envers tous nos amis (ce qu'il est facile de souhaiter faire), mais pour ceux qui naturellement nous sont antipathiques et qui nous ennuient, nous devons consentir des efforts particuliers pour leur venir en aide et, cultiver soigneusement un sentiment de charité et d'amour à leur égard. Une telle attitude ajoute des intérêts à notre capital karmique. Quant à la tendance inverse, elle consomme les intérêts en réserve et ajoute une lourde dette au passif de notre vie, aussi sûrement que le soleil se lève et l'eau coule du sommet de la montagne.

L'organisation théosophique devrait dans son ensemble agir dans le sens prôné par saint Paul et La Voix du Silence. Car la tendance karmique est l'effet d'une loi immuable qui nous contraint à avancer avec cette attitude de pensée et cette doctrine ; elle ramènera à l'incarnation suivante tout ce qui est dans la vie actuelle. Le sentiment ne peut changer la loi d'un pouce. Il peut nous inciter à nous écarter de la présence d'hommes et de femmes qui ne sont pas à notre goût et que nous désapprouvons (et, il y en a beaucoup pour chacun, dans nos rangs) ; mais la loi nous replacera au contact des autres avec des tendances amicales plus fortes, ou des sentiments hostiles plus faibles, si dès maintenant nous créons ces tendances, et entravons ces sentiments.

C'était le but des fondateurs de la Société [Théosophique] de susciter une tendance à l'amitié future ; ça doit rester l'objectif de tous nos membres.

Qu'aurez-vous dans la vie suivante ? Des ennemis ou des amis ?

Eusebio Urban (William Q. Judge)– Path, January, 1893