Dimanche 25 Juin 2017

Mis à jour le Dim. 25 Jui. 2017 à 16:25

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Détruire les illusions

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Beaucoup de gens qui n'aiment pas faire de peine aux autres sont portés à ne pas intervenir dans les croyances d'autrui qui sont de pures illusions, de crainte de les blesser en arrachant ce voile. L'Église chrétienne et plus spécialement la branche catholique, a soutenu l'argument que les croyances, credos et dogmes illusoires, ne devaient pas être détruits, aussi longtemps que le croyant était heureux ou restait dans le droit chemin, et elle s'en est servi comme d'un moyen puissant pour enchaîner dans des liens de fer, le mental de l'homme. Elle ajoute de plus, habituellement, qu'à moins de conserver intacts ces dogmes .et ces croyances, la morale disparaîtra complètement. Mais l'expérience prouve que cette façon de voir est inexacte.

Car il existe de nombreux exemples dans le Protestantisme, ou les sectes dissidentes du Christianisme, prouvant que les doctrines importantes de l'Eglise ne sont pas nécessaires au maintien de la morale ; d'autre part, l'immoralité, le vice et le .crime dans les classes élevées et inférieures, peuvent coexister avec une déclaration formelle de croyance dans les dogmes de l'Eglise. Dans beaucoup de parties de l'Italie, la superstition la plus grossière, la vengeance meurtrière et la corruption des cœurs se rencontrent à côté d'une observance extérieure pieuse des règles de l'Eglise, et d'une croyance superstitieuse dans ses dogmes. L'assemblée tout entière des nations chrétiennes viole officiellement chaque jour et à chaque heure, les commandements de Jésus.

Est-il préférable ou non, charitable ou cruel, d'arracher le voile aussitôt que possible ? Et s'il faut accomplir cette œuvre iconoclaste, pourquoi hésiterions-nous à le faire, sous prétexte que cette façon d'agir provoquera des souffrances mentales ?

La seule raison d'hésiter réside dans cette crainte de faire de la peine ; il ne peut résulter que du bien d'un tel changement, si à la place d'une croyance fausse et illogique, par suite avilissante, on offre un système complet et raisonnable.

Si nous avions affaire à des enfants, ou à un mental racial qui, tout en habitant un corps adulte, serait celui d'un enfant, alors vraiment, il serait logique de les faire avancer à l'aide de ce qui peut être une illusion totale. Mais l'heure de l'enfance de l'homme, en tant qu'un être immortel, est passée. Il a atteint l'âge adulte ; son mental est arrivé au point où il doit savoir et où, si la connaissance lui est refusée, cette violation de son être donnera pour résultat la superstition la plus vile et la plus grossière, ou le matérialisme le plus terrifiant.

Aucun enfant ne naît sans les douleurs qui accompagnent la naissance, et actuellement l'âme-mental de l'homme cherche ardemment à naître. Tâcherons-nous de l'en empêcher, dans le seul but d'éviter ces souffrances préalables ? Contribuerons-nous à aider une innombrable légion de prêtres à resserrer l'emprise de fer qu'ils maintiennent depuis tant de siècles sur le mental de la race ? Jamais, si nous comprenons la grande vérité que nous nous préparons à apporter à un cycle où la raison doit reprendre la place qui lui revient dans l'âme, et guider le pèlerin vers l'arbre de vie éternelle.

Ne soyez pas troublés par l'argument qu'il est peu sage de dire la vérité. Ce n'est là que le chant de la sirène, destiné à conduire le voyageur à sa perte.

Dites la vérité, mais ne l'imposez pas. Alors même qu'une âme pieuse devrait perdre le Jésus-Christ historique, et voir à sa place l'image glorieuse du Soi en chaque homme, ce serait pour elle un bienfait, valant bien toute la souffrance que pourrait provoquer le premier choc violent. Le danger de lever le voile d'Isis ne gît pas dans les doctrines comme celles de l'Unité, de la Réincarnation et du Karma, mais dans les mystères non enseignés qu'aucun Théosophe n'est capable de révéler. Le passage du dogme ou credo à une croyance dans la loi et la justice impartiale, fera peut-être jaillir quelques larmes dans l'âme, mais il la conduira finalement à la paix et à la liberté.

La « grande orpheline, l'humanité », ayant maintenant atteint l'âge adulte, n'a plus besoin des jouets d'il y a mille ans ; mais d'une voix semblable au fracas des eaux puissantes, elle demande que chaque voile soit levé, chaque mensonge démasqué, et que chaque lumière susceptible de l'éclairer soit projetée sur la route pénible qu'il lui reste à parcourir.


[Cet article, intitulé « Iconoclasm towards Illusions » fut publié par W. Q. Judge dans The Path de Décembre 1892. L'article est publié en français dans le Cahier Théosophique n°20, © Textes Théosophiques, Paris.]  top-iconRetour en Hauttop-icon