Vendredi 18 Août 2017

Mis à jour le Ven. 18 Août 2017 à 09:43

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Articles de W.Q. Judge

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Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla en maintes occasions un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de H. P. Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans d'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et  fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les puls connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques de la littérature théosophique. Un ensemble de ses lettres ont été regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé. 

Judge contribua à  faire connaître la Bhagavad-Gîtâ et son ésotérisme. On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accessibles en ligne.

Notre soleil et le vrai soleil

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Sachant qu’on sait peu de choses sur le soleil de notre système solaire, on imagine bien combien on en sait encore moins du vrai soleil. Évidemment la science se moque du « vrai soleil » du mystique, car elle n’observe que celui qui brille dans le ciel. Ce dernier [nos savants] prétendent le connaître, car il se lève et se couche chaque jour et il peut être observé lors des éclipses, ou quand apparaissent des tâches à sa surface, et avec leur audace habituelle les astronomes du 19ème siècle, proclament de manière pédante leur ignorance sur ce globe majestueux, rejetant les idées anciennes sur le sujet dans les limbes d’une superstition sotte. Ce n’est pas auprès des écoles modernes que j’irais pour obtenir des informations sur ce sujet, car à mon avis, même si cela paraît prétentieux, ils savent réellement peu de choses sur le soleil ou la lune.

Les théories divergent pour savoir si le soleil rejette de la chaleur. (1) D’un côté on affirme qu’il en est ainsi ; d’un autre, on dit que la chaleur produite est une combinaison de forces émanant du soleil et d’éléments de la terre et de son environnement. C’est cette dernière hypothèse qui sembleraient vrai au mystique. Une autre différence d’opinion prévaut parmi les astronomes modernes quant’ à la distance de soleil par rapport à nous, laissant le pauvre mystique imaginer tout ce qu’il veut. Même sur le sujet des tâches sur notre grand luminaire, tout n’est aujourd’hui que conjecture. Il y a une hypothèse reconnue – et pas d‘autres – qu’il pourraient y avoir un rapport entre ces tâches et les perturbations électriques observées sur terre. Il y a quelques années Nasmyth découvrit (2) des « objets » (ou des changements) dans la photosphère [solaire] qu’il appela des « feuilles de saule », de 1000 miles [620 km] de long par 300 miles [186 km] de large, qui se déplacent sans cesse et apparaissent groupées. Que sont-elles ? Personne ne le sait ! La science ne peut pas nous en dire beaucoup plus que le simple mortel ayant une bonne vue et un bon télescope. Même silence pour savoir si ces « feuilles de saule » ont un rapport avec les tâches [solaires] ou avec les perturbations terrestres. En résumé, nos hommes de science savent peu de choses de notre soleil visible. Il y a des choses qu’ils devront trouver un jour, autres que l’influence des tâches solaires sur les perturbations électriques, c’est : la véritable signification des tâches solaires ; la signification de la couleur particulière du soleil qu’on observe parfois – comme ce fut le cas il y a quelques années et qu’on attribua à de la « poussière cosmique », par manque de meilleure explication, et couvrir une ignorance ; et quelques autres sujets intéressants.

Mais nous disons que le soleil qu’ils observent, n’est pas le vrai soleil, ni un soleil du tout, mais ce n’est qu’une apparence, une simple réflexion qui nous masque un aspect du vrai soleil. Et, bien entendu, nous avons le soutien d’astronomes modernes, qui ont commencé à admettre que tout notre système solaire tourne autour d’un centre plus lointain inconnu et si puissant qu’il attire non seulement notre globe solaire mais aussi tout son système [de planètes]. Mais ils ne savent pas si ce centre inconnu est un soleil, ou pas. Ils pensent que oui, mais ils affirmeront qu’il n’agit vis-à-vis de nous que comme un simple centre d’attraction. Ça ne pourrait être qu’un corps plus gros, ou un centre d’énergie plus puissant, plutôt qu’un soleil, et il est fort probable qu’il tourne lui-même autour d’un autre centre encore plus lointain et plus puissant. À ce sujet les télescopes modernes et les calculs sont vite dépassés, car on atteint très vite une limite dans le champ stellaire, où tout paraît immobile à cause des distances immenses, et aucune conclusion n’est possible. Tous ces globes éloignés sont peut-être en mouvement, mais on ne peut pas dire où est le véritable centre. Nos astronomes admettront que même les constellations du Zodiaque, immobiles depuis de longs âges, pourraient en vérité se mouvoir, mais, étant à des distances si grandes et impressionnantes, elles semblent immobiles.

Mon objet, cependant, est d’attirer l’attention sur la doctrine qu’il y a un vrai soleil dont le soleil visible n’est qu’une réflexion, et dans ce vrai soleil il y a une énergie spirituelle et une aide, à l’image de notre luminaire bien aimé qui est la source de notre vie physique et du mouvement [de notre planète]. Il est inutile de spéculer sur quelle pourrait être parmi les nombreuses étoiles dans le ciel celle qui serait le vrai soleil, car, à mon avis ce n’est aucune d’elles, car comme on l’a dit déjà, le centre physique d’attraction de ce système n’est lui-même qu’à un degré supérieur au nôtre, et il est le serviteur d’un centre plus lointain encore. Nous devons travailler par degrés successif, et il n’est pas en notre pouvoir d’esquiver un maillon de la chaine ascendante. Ainsi, notre soleil, est pour nous le symbole du vrai soleil qu’il reflète, et en méditant sur « la lumière la plus sublime du vrai soleil » nous pouvons obtenir de l’aide dans notre combat pour servir l’humanité. Notre soleil concerne le physique, et non la métaphysique, tandis que le vrai [soleil] brille en nous-mêmes. Le globe du jour garde et soutien l’économie animale ; le vrai soleil brille en nous, dans le tissu subtil de notre nature intérieure. Nous devrions diriger nos pensées vers ce vrai soleil et préparer le terrain intérieur à son influence, comme nous devons travailler le terrain extérieur pour recevoir les rayons vivifiants du Roi du Jour.

Marttanda (alias W.Q. Judge), 1890.

Notes:
(1) parmi les grands scientifiques tels que Newton, Secchi, Pouillet, Spaeren, Rosetti, et autres, il y a une différence considérable dans l’estimation de la température du soleil qui va de 794°C pour Pouillet, à 5.000.000° C pour Waterston, soit un écart de 4.999.206°C !
(2) Voir l’ouvrage Source of Heat in the Sun, de R. hunt, F.R.S. Pop. Sc. Rev. Vol. IV. P. 148.

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À propos de la réincarnation des animaux

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Traduction d'un extrait de l'article « Reincarnation of Animals » rédigé par W.Q. Judge et publié dans la revue The Path, avril 1894, sous le nom de plume « William Brehon ». N.B.― Dans le cours de ce texte, les notes et ajouts proposés par le traducteur pour la clarté de la lecture sont présentés entre crochets. Article publié dans le Cahier Théosophique n°170, éditions Textes Théosophiques.

Si nous envisageons la question à la lumière des théories théosophiques, nous voyons qu'il existe une grande différence entre l'homme et les animaux. L'homme se réincarne comme homme, parce qu'il a atteint le sommet de l'échelle évolutive actuelle. Il ne peut retourner en amère car Manas [Le principe pensant qui fait de l'homme un être responsable.] est trop développé. Il a un devachan [v. Note 1] parce qu'il est un penseur conscient. Les animaux ne peuvent avoir Manas aussi développé et c'est pourquoi ils ne peuvent être soi-conscients dans le sens où l'est l'homme. En dehors de tout cela, le règne animal étant inférieur, il possède encore l'impulsion de s'élever vers des formes supérieures. Mais nous avons l'affirmation bien nette de la part des Adeptes, par l'intermédiaire de H.P. Blavatsky, que, s'il est possible aux animaux de s'élever dans leur propre règne, ils ne peuvent plus, au cours de cette évolution, arriver au stade humain, car nous avons atteint le point médian, ou point tournant, de la quatrième Ronde [v. Note 2]. À ce sujet, H.P. Blavatsky a publié dans le second volume de la Secret Doctrine (première édition) une note au bas de la page 196, qui affirme : « Qualifier l'animal d'être 'sans âme', ce n'est pas priver une bête, de l'espèce la plus humble à la plus élevée, d'une 'âme', mais seulement d'une Âme-Ego consciente capable de survie, c'est-à-dire du principe qui survit à l'homme [terrestre] et se réincarne dans un autre homme. L'animal a un corps astral qui survit à la forme physique pour une courte période, cependant sa monade (animale) ne se réincarne pas dans la même espèce, mais dans une espèce supérieure, et naturellement n'a pas de 'devachan'. Il a en lui-même les germes de tous les principes humains, mais ils sont latents ».
Ici est faite la distinction décrite plus haut. Elle tient à l'Âme-Ego, c'est-à-dire à Manas avec Buddhi et Âtma [v. Note 3]. Ces principes étant latents dans l'animal, et, la porte du règne humain étant fermée, ils peuvent s'élever à des espèces supérieures, mais pas au stade de l'homme. Bien entendu, on ne veut pas dire ici qu’un chien, ou un autre animal, ne se réincarne jamais en tant que chien, mais que la monade a tendance à s'élever vers des espèces supérieures, quelles qu'elles soient, quand elle est allée au-delà de la nécessité de faire d'autres expériences en tant que 'chien'. Selon la position qu'assume l'auteur, il est naturel de supposer que la forme astrale de l'animal ne persiste pas longtemps, comme elle le dit, et par suite, que des manifestations astrales ou des apparitions d'animaux ne sont pas fréquentes. Et tel est bien le fait. J'ai entendu parler de peu de cas, mais vraiment peu, où un animal favori ait fait une apparition après sa mort, et même le champ fertile du spiritisme n'a que de rares exemples de ce genre. Mais ceux qui ont appris à connaître le monde astral savent que les êtres humains peuvent y revêtir la forme de l'animal ou de la chose à qui leur caractère les apparente étroitement ; et cette espèce d'apparition ne se limite pas aux morts : elle est plus courante parmi les vivants. C'est par de tels signes que les clairvoyants connaissent la vie et la pensée de la personne qu'ils ont devant eux. Ce fut sous l'action de cette loi que Swedenborg vit tant de choses curieuses de son temps.
L'objection qui se base sur le nombre immense d'animaux, morts et vivants, qui existent, et pour lesquels des monades à ce stade évolutif doivent être fournies, s'explique de la sorte. Bien qu'il soit affirmé qu'aucune nouvelle monade animale n'entre plus dans le règne humain, il n'est pas dit - et ce n'est pas sous-entendu- que l'entrée de monades nouvelles dans le règne animal ait cessé. Il se peut qu'elles proviennent d'autres mondes pour évoluer parmi les animaux de ce globe. Il n'y a rien d'impossible à cela, et cela nous donne une réponse à la question soulevée : d'où viennent les nouvelles monades animales, en supposant que toutes les monades actuelles aient épuisé le nombre total des espèces supérieures possibles ici ? Également, il se peut très bien que les monades animales soient entraînées vers d'autres branches de la chaîne terrestre en avance sur l'homme, dans le but de poursuivre leur développement nécessaire : ceci diminuerait le nombre de leurs apparitions sur terre. Car ce qui garde l'homme si longtemps ici c'est le pouvoir de sa pensée, qui est si grand qu'il crée pour tous un devachan d'environ quinze siècles, avec quelques exceptions et, pour certains qui désirent le 'ciel', un devachan d'une durée immense. Les animaux, toutefois, étant dépourvus d'un Manas développé, n'ont aucun devachan, et sont obligés de poursuivre leur marche en avant sur la planète suivante de la chaîne . Cela serait logique et utile, et leur donnerait la chance de se développer afin d'être prêts lorsque sonnera l'heure pour les monades de ce règne de s'élever au stade d'un nouveau règne humain. Elles n'auront rien perdu, mais, au contraire, y auront gagné.

William Brehon (W.Q. Judge)

Notes
(1) [État posthume subjectif de grande félicité où l'âme, libérée des contraintes terrestres, assimile le suc de ses aspirations spirituelles.]
(2) [Voir L'Océan de Théosophie, chap. III. L'évolution se déroule selon 7 grands cycles ou Rondes.]
(3) [Âtma et Buddhi, l'Esprit et son véhicule, ou Âme spirituelle, forment la monade vivant dans chaque être.]

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Du meurtre des animaux

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Cet article fut publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le Path de mars 1892, sous le titre “About Killing Animals”. Traduit dans la revue Théosophie, Volume 5, N°6.

Un correspondant demande : « Voudriez-vous avoir l’obligeance de m’expliquer pourquoi, si vous trouvez mal de tuer un insecte nuisible, il est juste d’abattre de plus gros animaux pour se nourrir ? »

Je ne me souviens pas d’avoir dit qu’il était mal de tuer un insecte nuisible ; aussi on ne peut donc pas tirer de conclusion d’après cela concernant le fait de se nourrir de chair animale.

Les questions de bien et de mal sont plus ou moins confuses sur ce sujet. Si l’on dit qu’il est moralement mal de tuer un insecte, il s’ensuit qu’il est mal de vivre, puisque dans l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, il y a des millions d’animaux plus compliqués comme structure que certains insectes. Bien qu’on les appelle infusoires et animalcules, ce sont néanmoins des êtres vivants et mobiles. Nous les aspirons, et à l’instant même, ils sont détruits jusqu’au dernier. Cesserons-nous de vivre pour cela ? Toute la vie est un combat, une destruction et un compromis, tant que nous restons sur le plan matériel. En tant qu’êtres humains, nous devons continuer à vivre, tandis que dans notre sentier de destruction des millions d’êtres sont mis à mort continuellement. Même en vivant et en gagnant notre vie, chacun d’entre nous empêche quelqu’un d’autre de faire de même, qui, si nous étions morts pourrait prendre notre place. Mais si nous abandonnions le combat – en fussions-nous capables – les buts de l’évolution ne pourraient être atteints. Nous devons donc rester et endurer ce que Karma nous réserve du fait des morts nécessaires que nous occasionnons.

La vraie attitude me paraît donc être la suivante : admettre que dans certaines circonstances, à certains stades d’évolution, nous ne pouvons-nous empêcher de faire un certain tort aux autres. Ainsi, pendant que nous vivons, nous devons manger, certains de la viande et d’autres des légumes. Aucun des deux n’a entièrement raison, ni complètement tort. Cela devient une faute lorsque délibérément, sans besoin réel, nous détruisons des vies d’animaux ou d’insectes. Ainsi, l’homme qui est né dans une famille où, depuis des générations on mange de la viande, et qui lui-même se nourrit de la chair d’animaux abattus, est moins coupable que la femme qui, bien que végétarienne, porte sur son chapeau des plumes d’oiseaux massacrés, car il n’était pas nécessaire à son existence de se couvrir de ces ornements. De même l’épicurien qui flatte son palais par de nombreux plats de viande inutiles à son alimentation, se trouve dans un cas identique à celui de la femme qui porte des plumes d’oiseaux. Et si nous considérons les souliers, les harnais, les brides, les portefeuilles et autres objets de cuir, fait de la peau d’animaux abattus, dirons-nous qu’il faille les supprimer ? Ceux qui s’en servent ont-ils tort ? Chacun doit répondre pour lui. Ou encore, si nous vivons près du pôle Nord, nous serions obligés de nous nourrir de viande et de graisse d’ours et de loups. L’homme comme tous les êtres matériels, vit au dépends d’autres êtres. Notre mort même est provoquée par la défaite d’une classe de microbes qui sont dévorés par d’autres, et qui, à leur tour, changent de camp, et finissent par s’entre-dévorer.

W.Q. Judge

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Le sentier de l'action

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Il convient de marcher prudemment car le faux ne se différencie du vrai que par l’épaisseur d’un cheveu. […]

Dans le chapitre IV de la Bhagavad-Gîta intitulé « Jnana Yoga », ou le livre de la Religion de la Connaissance, Krishna le Béni, instruit Arjuna quant à la nature de l’action, disant : « Le renoncement aux œuvres et la dévotion par les œuvres sont deux voies d’émancipation finale, mais les deux, la dévotion par les œuvres est plus hautement appréciée (par Lui) que le renoncement », et, « la nature de l’action, de l’action défendue et de l’inaction, doit être bien apprise. Le sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir.

Dans la vie ordinaire de tous les jours, ces paroles de Krishna sont bien vraies, mais leur puissance se fait étrangement sentir dans le mental de l’étudiant dévoué de la Théosophie, surtout s’il appartient à la Société Théosophique. Cet organisme de chercheurs a passé sa période de probation, si bien que dans l’ensemble, il est un chéla accepté des Maîtres Bénis qui donnèrent l’impulsion à laquelle il doit l’existence. Chaque membre de cet organisme se trouve donc placé dans la même relation vis-à-vis de la Société, que chaque fibre du corps d’un chéla vis-à-vis de l’être total. C’est pourquoi, maintenant plus que jamais, les membres de la Société subissent des influences déroutantes ; pourquoi aussi le Sentier de l’Action est susceptible de devenir, jour après jour, plus confus.

Des centres de troubles émotifs ont toujours existé dans nos rangs, ou s’y sont manifestés. Ceux qui ne pensent pas que ces perturbations doivent cesser ou devenir moins fréquentes, s’apercevront bientôt qu’ils se sont trompés. L’intérêt croissant que le travail de la Société suscite, et le nombre plus grand que jamais d’étudiants sérieux qui se rangent à nos côtés, constituent des éléments de troubles. Chaque membre nouveau est une nouvelle nature qui se joint aux autres, et chacun agit selon sa nature. C’est ainsi que les occasions de dissensions ne manquent pas de se multiplier ; mais cela n’en est que mieux, car la paix dans la stagnation participe de la nature de ce qui est appelé dans la Bhagavad-Gîta : Tamagunam ou la qualité des ténèbres. Celle-ci, la pire chose qui existe, est le principal facteur de l’indifférence, et l’indifférence ne mène qu’à l’annihilation.

Un autre élément de cette équation que tout Théosophe sérieux doit résoudre, et qui contient en elle-même, la potentialité de nombreuses frictions, c’est une loi, difficile à définir quoique inexorable dans son action. Pour mieux la faire comprendre, disons qu’elle est illustrée dans la nature, par le lever du soleil. La nuit, quand la lune inonde le paysage de ses rayons, tout est revêtu d’un aspect romantique ; puis quand cet astre se couche, la nature est plongée dans une demi-obscurité, où le côté douteux des choses peut se dissimuler et même se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Mais lorsque le soleil se lève, tout apparaît sous un vrai jour : l’écorce rugueuse du chêne a perdu l’aspect adouci qu’elle revêtait dans la demi-clarté et les hautes herbes ne peuvent plus être prises pour les fleurs du malwa. La main puissante du Dieu du jour a dévoilé le caractère de chacun.
Qu’on n’aille pas croire pourtant, que quelque dirigeant ait fait un rapport au sujet de nos membres, rapport duquel on pourrait déduire et publier le caractère de chacun. Nul besoin de cela ; les circonstances se présentant dans leur ordre naturel, ou modifiées par des événements en apparence extraordinaire, nous obligeront, bon gré mal gré, à nous montrer tels que nous sommes.

Chacun d’entre nous devra attendre et s’instruire dans la grotte qui précède la Salle du Savoir, avant de pouvoir y entrer. Il est vrai que cette caverne avec ses ombres profondes et ses influences troublantes, n’est qu’une illusion. Mais c’est une illusion que très peu pourront s’abstenir de créer, car difficiles à vaincre en vérité sont les illusions de la matière. C’est là que nous découvrirons la nature de l’action et de l’inaction, là que nous reconnaîtrons que, bien que l’action participe de la nature du mal, elle est plus proche de la qualité de la vérité, que ne l’est ce que nous avons appelé obscurité, quiétude, indifférence. Hors du remous et de la lutte d’une vie en apparence désordonnée, s’élèvera peut-être celui qui deviendra un guerrier de la Vérité. Mille erreurs de jugement faites par un étudiant sérieux qui, mû par un motif pur et élevé, s’efforce de faire progresser la Cause, valent mieux que la bonté superficielle de ceux qui s’instituent juges d’autrui. Toutes ces erreurs faites au nom d’une bonne cause, en semant la bonne semence, seront pardonnées par suite de leur motif.
Ne jugeons donc aucun de nos semblables. Nous ne pouvons prendre sur nous de dire qui sera, ou ne sera pas, admis à entrer dans la Société Théosophique, et à y travailler. Les Maîtres qui l’ont fondée désirent que nous répandions son influence et sa lumière sur tous, sans égard pour ce que nous-mêmes pensons. Nous avons à semer la graine, et si elle tombe dans un sol pierreux, le semeur n’en sera pas tenu responsable.

Notre Société n’est pas non plus destinée uniquement aux gens bons et respectables. Aujourd’hui, tout aussi bien que du temps où parlait Jésus de Nazareth, il est vrai qu’un pécheur repentant crée plus de joie au ciel que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas à se repentir.
Souvenons-nous donc que le Sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir, et méfions-nous des illusions de la matière.

Hadjii Erinn.
Extrait de l’article publié pour la première fois par M. Judge dans la revue le Path, de novembre 1887, sous le pseudonyme de Hadjii Erinn.

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