Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

Retour W.Q. Judge

Articles de W.Q. Judge

AddThis Social Bookmark Button

William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Les Adeptes- Quelques objections et leurs réponses

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

Dans cet article, je propose de donner un résumé de quelques objections faites à la théorie de l'existence des Adeptes, et les réponses qui peuvent y être apportées. Les objections varient quant au fond, mais s'appliquent aussi bien aux noms de Maîtres et de Mahatmas qu'à d'autres appellations.

LE NOM DE « MAITRES » EST SUSCEPTIBLE D'OBJECTIONS parce qu'il serait contraire à l'esprit républicain ou démocrate, et à l'individualisme.

Mais Maître vient de magister, qui signifie un instructeur, celui qui expose et applique la loi ; d'où le terme de magistrat. Tout le monde, en réalité, a un maître, que ce soit sur le plan physique, mental, ou moral. Cette objection est la preuve du vieux mépris insensé de l'Amérique pour les lois du gouvernement, et d'un désengagement de depuis longtemps vis-à-vis de ce dernier.

CELUI QUI SOULEVE CETTE OBJECTION N'A JAMAIS VU UN ADEPTE.

Ceci s'applique également, et avec plus de force, à l'existence de Napoléon ou à tout autre personnage qu'on n'a jamais vu. Car il n'y eut qu'un Napoléon, tandis qu'il y a eu et qu'il existe de nombreux Adeptes. Tous les anciens racontent des histoires d'Adeptes ; les hindous de nos jours font de même ; de nombreux écrivains du Moyen Âge et les traditions de la même époque en parlent comme des faits acceptés ; les traditions de tous les pays moins récents que l'Amérique donnent des témoignages semblables ; les Chinois, les Tibétains, les Birmans et d'autres peuples d'Orient parlent de tels personnages, tandis que la littérature chinoise, bouddhiste et hindoue abonde en témoignages. Par conséquent, il existe une masse de témoignages humains soutenant la doctrine, bien plus nombreux que ceux qui disent que Bonaparte régna un jour sur l'Europe. Enfin, plusieurs Européens et Américains, connus, membres de la Société Théosophique, affirment sur la base de leur propre connaissance, que les Adeptes existent.

LE CRITIQUE MODERNE DIT : Premièrement, ces Adeptes, s'ils sont des hommes, pourquoi ne se montrent-ils pas pour satisfaire la curiosité ? Cette question vient d'une personne dont l'état d'esprit est le même que celui qui crée un journal à sensations, vulgaire et indiscret, pour répandre devant le public, les détails de la vie privée de chacun, sous le prétexte que c'est une demande du public. Deuxièmement, pourquoi, s'ils ont de grands pouvoirs, ne viennent-ils pas exterminer le mal ? Les Adeptes ont répondu qu'il n'existe pas de pouvoir capable de détruire le mal qu'un homme a commis, autre que les efforts que fait cet homme, lui-même, pour se purifier. Troisièmement, pourquoi ne paraissent-ils pas pour mettre fin aux abus ? Quatrièmement, pourquoi ne multiplient-t-ils pas la nourriture en temps de famine ?
Les réponses à ces questions peuvent se classer ainsi :

a) La nature de l'humanité actuelle est le produit de l'évolution ; et seule une évolution, conduite d'une façon bien ordonnée, peut la transformer par le perfectionnement, le raffinement et la purification.
b) Il est vain que les nations occidentales demandent aux Adeptes de multiplier la nourriture, quand chacun sait qu'il y a toujours assez de nourriture disponible pour nourrir tous les affamés, parce qu'il y en a qui est soit non utilisée, soit qui est soustraite par des hommes cupides.
c) Ainsi, si la nourriture était multipliée en Occident, ceux qui le feraient seraient emprisonnés et considérés comme des criminels. Inévitablement, on dirait que la nourriture a été volée, ou on les accuserait de contrevenir aux règles du commerce. À Berlin, en 1892, le peuple affamé prit du pain dans les boutiques et fut condamné pour vol. La morale et la conclusion se retournent visiblement contre l'auteur de l'objection.
d) Nul ne peut nier le fait qu'il soit arrivé que des Adeptes aient multiplié la nourriture en périodes de famine en terre orientale, là où cet acte ne risque pas d'être condamné et de faire l'objet de persécution.
e) Bien que les Adeptes aient de grands pouvoirs, ils nient posséder le pouvoir de changer la nature humaine autrement que par le processus d'évolution et toujours en strict accord avec la loi immuable de justice [karma].
f) Les Adeptes ne se montrent pas en public et ne se déclarent pas au monde, pour les raisons exposées dans les réponses ci-dessus, et parce que le cycle doit poursuivre son cours. S'ils se faisaient connaître maintenant, le résultat produit serait mauvais ; exactement comme une note juste, en elle-même, produit un son discordant si elle est frappée, à un moment ou à l'endroit qui ne convient pas. Cette raison découle de la connaissance de la loi des cycles.

QUE FONT ALORS LES ADEPTES ? Il n'est pas possible d'énoncer tout ce qu'ils font. Mais on peut dire :

a) Qu'Ils aident, en arrière scène, les hommes de tous les mouvements méritoires, en influençant leur mental.
b) Qu'Ils préparent tous les hommes et les femmes qui en sont capables, à pouvoir revenir dans leur prochaine incarnation terrestre comme des serviteurs activement dévoués au bien de la Famille Humaine.
c) Que, grâce à des impulsions données en de nombreux endroits, qui ne peuvent être mentionnés, Ils répandent maintenant une philosophie de la vie qui affectera progressivement le mental de l'humanité, et en particulier celui des peuples occidentaux actifs et conquérant. Ainsi, Ils préparent tous les hommes à se transformer et à évoluer de plus en plus jusqu'au moment où le mal aura disparu, et où des jours et des gens meilleurs pourront réapparaître.

William Brehon (alias William Q. Judge) - [Article publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le Path de janvier 1893]

top-iconRetour en Hauttop-icon

Le cycle qui s'achève

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

[Cet article fut publié en anglais pour la première fois par W.Q. Judge dans l'Irish Theosophist de Janvier 1895 – Cahier Théosophique n°91 – © Textes Théosophiques, Paris]

Dans le numéro de Novembre, Sinnett parle du « Cycle qui s'achève » et recommande aux membres, à juste titre, de ne pas pousser l'absurdité (ce mot est de moi) jusqu'à penser qu'après 1897 « quelque mystérieux éteignoir s'abattra sur nous ».
Quelle est la personne qui déclara ouvertement que 1897 serait la fin d'un cycle où quelque chose se produirait ? Ce fut H.P. Blavatsky. Cela ne fait pas le moindre doute qu'elle fit une telle déclaration et qu'elle l'a pleinement expliquée à plusieurs personnes, pas plus qu'on ne peut douter de ce qu'elle disait dès 1875 à savoir que l'année 1897 verrait une porte se fermer. Quelle porte ? Une porte menant où ? Qu'est-ce qui devait se terminer ou doit se terminer ? La S.T. arrive-t-elle à sa fin et doit-elle fermer tous ses livres ?
Il est tout à fait certain que H.P. Blavastky affirma, sur l'autorité directe des Maîtres, que durant les vingt-cinq dernières années de chaque siècle la Loge et ses agents font un effort en Occident et qu'il cesse dans sa forme et son influence publiques et directes avec la vingt-cinquième année. Ceux qui ont confiance en elle croiront, ceux qui pensent en savoir davantage qu'elle inventeront d'autres idées au gré de leur fantaisie.
Elle expliqua, comme l'expliqueront tous ceux (et ils sont nombreux) qui reçoivent leur enseignement des mêmes Maîtres, que si l'effort public devait se poursuivre plus longtemps, il se produirait une réaction semblable à une indigestion. Il faut que l'assimilation ait le temps de se faire, sans quoi « l'ombre profonde qui fait suite à toute innovation » étoufferait l'âme de l'homme. Le grand public, la masse, doit avoir le temps d'assimiler et aussi matière à assimiler. Le temps est toujours. La matière a été fournie par les Maîtres, dans le travail accompli par H.P. Blavatsky, dans ses livres et dans l'œuvre qui en est résultée. Elle a dit, les Maîtres ont dit et je déclare encore pour le bien de ceux qui ont la moindre confiance en moi que les Maîtres m'ont dit qu'Ils l'ont aidée à écrire la Doctrine Secrète afin qu'au cours des soixante-quinze et quelques années qui suivent, le monde ait une base de travail, ajoutant que dans les années à venir on étudierait largement ce livre et ses théories. Nous devons donc travailler sur la matière reçue et l'assimiler pour le bien de tous. Aucun éteignoir ne s'abattra donc sur nous. La S.T., dans son ensemble, ne jouira pas de la vigilance incessante des Maîtres, pour tous les détails, mais doit arriver à maturité avec ce qu'elle a et avec l'aide à venir des quelques rares « élus ». H.P. Bla¬vatsky a clairement souligné dans la conclusion de la Clef [de la Théosophie] que le plan est de garder la S.T. vivante en tant que corps actif, libre, non sectaire pendant toute la période d'attente du nouveau grand messager, qui sera elle-même indiscutablement. Ainsi lui sera fourni l'instrument le plus adéquat lui permettant de reprendre le travail sur une plus grande échelle et sans la redoutable opposition à laquelle elle se heurta au dehors, comme au dedans, lorsqu'elle l'entreprit cette fois-ci. Et tout ce temps que durera l'attente, le Maître, « ce Grand Initié dont la seule volonté soutient le mouvement tout entier » aura sa main puissante largement étendue derrière la Société.
Jusqu'en 1897 la porte est ouverte à quiconque a le courage, la, force et la vertu d'ESSAYER, de façon à pouvoir entrer et établir une communication avec la Loge, communication qui ne cessera nullement lorsque le cycle s'achèvera. Mais quand l'heure sonnera la porte se fermera et ni vos supplications ni vos pleurs ne vous l'ouvriront. Ceux qui auront établi le lien auront leur porte ouverte, mais la porte du public en général sera close. Tel est la véritable interprétation de 1'« éteignoir » donnée par H. P. Blavatsky et le Maître. Elle est très facile à comprendre.
« Beaucoup sont appelés mais peu sont élus » parce qu'ils ne l'ont pas permis. Les non-élus sont ceux qui ont travaillé pour eux seuls ; ceux qui ont cherché la connaissance pour eux-mêmes sans se soucier du reste ; ceux qui n'ont pas utilisé comme ils le pouvaient le temps, l'argent, et la capacité d'aider efficacement la cause des Maîtres depuis longtemps définie par eux comme étant le travail pour l'humanité et non pour soi. Hélas, parmi les non-élus et les non-remarqués, quelques-uns sont arrivés très près du seuil mais se sont trop longtemps attardés à dépister les échecs et les fautes qu'ils flairaient chez un frère pèlerin et ; de ce fait ont régressé de plus en plus, en dressant, au fur et à mesure, des barrières derrière eux. Ils avaient été appelés et presque élus ; le premier pâle tracé de leurs noms commençait à s'inscrire dans le livre de ce siècle, mais tandis qu'ils reculaient, se croyant vraiment en deçà de la porte, les contours de leurs noms s'effaçaient et d'autres noms jaillissaient étincelants. Ces autres noms sont ceux d'humbles personnes, ici et là, que ces fiers aristocrates de l'occu1te estimaient indignes d'une minute d'attention.
Il me semble qu'il y a une faute d'impression ou une erreur involontaire de la part de Sinnett dans son article p. 26 où il dit : « sera la connaissance généralement diffusée parmi les classes cultivées ». Les mots ont été mis en italique par moi. On ne pouvait commettre plus grande erreur à mon avis. Pour les Maîtres-constructeurs de la Loge, les classes cultivées sont sans aucune valeur dans leur ensemble. Elles sont bonnes là où elles sont, mais elles représentent « l'ordre établi » et le summum de l'égoïsme. Remplacez classes cultivées par masses et vous approcherez de la vérité. Les masses ignorantes et non les masses cultivées ont gardé vivace la croyance dans l'occulte et le psychique qui, une fois de plus, est ravivée comme la flamme. Si nous nous étions fiés aux gens cultivés la faible braise se serait depuis longtemps éteinte. Nous pouvons, avec insistance, arriver à toucher les gens cultivés, mais ils ne témoigneront qu'un faible intérêt sans enthousiasme.
Nous voici déjà dans les obscurs débuts d'une ère nouvelle. C'est l'ère de l'Occultisme Occidental où sont exposées et présentées de façon particulière et définie les théories jusqu'ici examinées d'une façon générale. Nous devons agir comme disait Bouddha à ses disciples : prêchez, promulguez, exposez, illustrez clairement dans le détail les grandes choses que nous avons apprises. C'est là notre travail et non de révéler des choses surprenantes sur la clairvoyance et autres sujets astraux, pas plus que d'étourdir les hommes de science par des découvertes irréalisables par eux, mais aisées pour l'occultiste. Le plan du Maître n'a pas changé. Il l'a exposé il y a longtemps. C'est de rendre le monde en général meilleur, de préparer un terrain convenable pour le développement des pouvoirs de l'âme qui sont dangereux s'ils éclosent dans notre sol égoïste actuel. Ce n'est pas la Loge Noire qui freine le développement psychique ; c'est la Loge Blanche. La Loge Noire voudrait bien voir pleinement fleurir tous les pouvoirs psychiques maintenant, parce que dans notre monde méchant, borné, hypocrite, avide d'argent, elle aurait bientôt anéanti la race. Cette idée peut sembler étrange, mais pour ceux qui veulent me croire sur parole je dis : c'est ce que disent les Maîtres.

W. Q. Judge

top-iconRetour en Hauttop-icon

A propos des cycles

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

[Article de W. Q. Judge – Cahier Théosophique n°144 – © Textes Théosophiques, Paris]

Q. — J'ai entendu et lu beaucoup de choses au sujet des cycles et de leurs changements. Je crois à la loi des cycles, et aux grands et petits cycles, bien que je ne les connaisse pas. Mais sont-ils définis dans leurs limites, ou vagues et imprécis ?

R. — Beaucoup de ce qui a été dit sur le sujet est vague à l'exception de ce qui concerne le nombre d'années compris dans certains cycles. Le cycle lunaire et certains autres sont connus, mais il est bon d'éclairer certaines des obscurités. Bien des gens imaginent qu'un cycle donné commence, disons aujourd'hui, alors qu'un autre vient juste de se terminer. Mais cette vue n'est pas correcte, car les cycles s'interpénètrent, et, avant que l'un ne se soit vraiment achevé, l'autre a déjà commencé. La meilleure façon de le comprendre est de dessiner deux cercles en intersection, de la façon suivante :

 cycles-ct144

Le cycle n° 1 se termine à l'intérieur du n° 2. Si on appelle B le point où commence le n° 2 on voit qu'il a son début pendant que le n° 1 se termine. Le véritable point correspondant à la fin de l'un et au commencement de l'autre se trouve probablement sur une droite verticale reliant les deux points d'intersection des cercles ; on peut alors appeler aube et crépuscule les espaces délimités de part et d'autre de cette droite.
Il y a aussi certains cycles importants qui commencent et finissent entièrement à l'intérieur des limites de cycles plus grands et, en fait, ce sont ces cycles plus petits que nous remarquons le plus, car ils sont ressentis plus rapidement. Tout ceci a trait aux cycles physiques ; il en existe d'autres, d'une nature plus élevée et plus spirituelle, très difficiles à repérer et à comprendre. On peut toutefois s'en faire une idée, jusqu'à un certain point, en observant un homme accomplir pendant plusieurs années une tâche qui, en soi, n'est pas particulièrement élevante : il arrive qu'à la fin de cette période son attitude mentale se soit métamorphosée au point de modifier toute la vie et le développement de l'individu. Dans ce cas, la tâche accomplie représentait un cycle d'avilissement ou d'expiation, mais, en même temps, un autre cycle, d'un caractère plus élevé, se déroulait dans la nature mentale et morale de l'homme, tout à fait à l'insu des autres, et peut-être aussi de lui-même. Il existe également des grands cycles cosmiques qui se déroulent lentement, de notre point de vue, parce qu'ils couvrent des périodes prodigieusement longues, mais néanmoins ils affectent puissamment l'humanité et les étudiants ne peuvent se les imaginer que faiblement.
L'ancienne civilisation égyptienne illustre le pouvoir de l'un de ces grands cycles qui s'est achevé depuis longtemps. Cette brillante civilisation a fleuri pendant une vaste période sans que sa gloire semble décroître, mais progressivement le changement se fit sentir. Nous pouvons imaginer les efforts effrénés et désespérés qu'ont dû faire ses sages pour enrayer cette décadence. Mais ils se révélèrent impuissants et l'Égypte sombra petit à petit pour atteindre le niveau où nous la voyons encore briller, grâce aux témoignages de son passé découverts jusqu'à présent, alors qu'elle était déjà sur son déclin ; et, finalement, tout ce qu'il en' reste se limite à des amoncellements de sable, et des Coptes ignorants et dégénérés.
Mais l'influence de ce puissant cycle s'est simplement déplacée vers d'autres sphères et, lorsque la Terre rencontrera à nouveau la même impulsion, l'ancienne civilisation ressurgira, la force de jadis revivra dans un corps meilleur.
Pour moi, les lois cycliques sont pleines d'espérance et suprêmement justes.

W.Q. Judge

top-iconRetour en Hauttop-icon

Impressions cycliques, leur retour et notre évolution

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

[Conférence de W. Q. Judge à la Convention de la Section Américaine de la S.T., le 25 Avril 1892
– Cahier Théosophique n°89 – ©Textes Théosophiques, Paris]

Monsieur le Président,
Amis Théosophes,
Mesdames et Messieurs,

Le titre de ce dont je vais vous entretenir est : IMPRESSIONS CYCLIQUES, LEUR RETOUR ET NOTRE EVOLUTION. Tout d'abord qu'est-ce qu'un cycle ? Cela n'a rien à voir avec le mot psychique et je regrette d'avoir à le préciser mais j'ai entendu certaines personnes répéter ce matin le titre en disant « psychique » au lieu de « cyclique » : peut-être pensaient-elles qu'il s'agit de la même chose ou qu'il existe quelque rapport avec le mot « psychique ». Le mot « cyclique » provient du mot grec Kuklos, un anneau. Ce mot a pris en anglais la forme de cycle, en prononçant Kykle puis cycle. Le mot correspondant en sanscrit est Kalpa qui a, en fait, un sens plus étendu et plus profond ; en anglais ce mot englobe plusieurs cycles et devient source de confusion quand on l'emploie. Il est utilisé pour les cycles restreints et pour les cycles plus vastes, les cycles intermédiaires et les grands cycles ; alors que le mot Kalpa signifie et implique seulement un cycle de grande dimension, les cycles plus petits étant désignés par d'autres mots.
Qu'est-ce qu'un cycle ? C'est un cercle, un anneau ; cependant, à proprement parler, ce n'est pas un anneau semblable à une alliance qui tourne sur elle-même ; mais un cycle ressemble plutôt à un pas de vis qui prend la forme d'une spirale et qui, après avoir commencé par le bas, tourne sur lui-même et monte. C'est comme le grand tournant en fer à cheval du chemin de fer de Pennsylvanie. Là, vous faites le tour de la courbe au point le plus bas ; vous pénétrez au fond du fer à cheval, et tandis que vous tournez, la pente monte, de sorte que lorsque vous parvenez au côté opposé, vous n'avez pas été plus loin que le commencement, mais vous vous êtes élevés juste de la distance qui sépare les deux extrémités de la pente.
Mais qu'entendons-nous par un cycle en Théosophie, dans nos recherches sur la nature, sur l'homme, ou sur la civilisation, ou bien sur notre développement, sur notre origine, ou sur notre destinée ? Par cycles, nous voulons dire précisément ce que les Egyptiens, les Hindous et les philosophes du Moyen Age entendaient par ce terme, à savoir qu'il y a un retour périodique, ou retour d'un cycle, une fois de plus, retour d'un cycle de quelque chose, d'un endroit quelconque. C'est pourquoi on l'appelle cycle, attendu qu'apparemment il revient sur lui-même ; mais dans la doctrine théosophique et dans les anciennes doctrines, il y a toujours une élévation dans le sens de la perfection ou du progrès. Comme le soutenaient les Egyptiens, les cycles règnent partout, les choses reviennent, il y a un retour des événements, l'histoire recommence, et c'est ainsi qu'en ce siècle, nous citons cet adage : « l'histoire se répète ».
Mais où, selon les Théosophes, prévaut cette loi cyclique ? Nous disons qu'elle prévaut partout. Elle prévaut dans chaque règne de la nature, dans le règne animal, dans le monde minéral, dans le monde des humains, dans l'histoire, dans le ciel, sur la terre ; nous disons que non seulement les cycles appartiennent à la terre et à ses habitants, qu'ils sont en rapport et règnent sur eux et en eux, mais qu'ils prévalent aussi dans ce que les Hindous appellent les trois royaumes de l'univers, les trois mondes : celui qui est en dessous de nous, nous-mêmes et celui qui est au-dessus de nous.
Maintenant, si vous voulez bien consulter Buckle, un grand écrivain de l'école anglaise, vous verrez ce qu'il dit dans un de ses livres classiques, un livre important souvent cité. Il dit que, sans aucun doute, la loi cyclique prévaut en ce qui concerne les nations, qu'elles sont revenues apparemment identiques avec seulement une légère amélioration, ou bien avilies, car il y a aussi un cycle descendant inclus dans les cycles ascendants. Mais Buckle n'a pas découvert de loi. Une fois de plus il a seulement dit ce que les anciens avaient dit et redit. Et il m'a toujours semblé que si Buckle et les autres personnes de son genre accordaient plus de crédit aux anciens, ils s'épargneraient beaucoup d'ennuis, car il a découvert sa loi en fouillant beaucoup, après un travail méticuleux, alors qu'il aurait pu la découvrir en consultant les anciens qui ont toujours enseigné l'existence des cycles et leur pérennité.
Les anciens connaissaient un nombre considérable d'importants et vastes cycles. Dans leur classification figuraient un Saros et un Naros dont nous ne comprenons pas le sens aujourd'hui. On les connaît jusqu'à un certain point, mais ce qu'ils sont exactement on ne le sait pas. Les Egyptiens ont enseigné qu'il y avait un grand cycle sidéral et c'est un fait enfin reconnu aujourd'hui. Il s'agit du cycle de 25.000 ans, du grand cycle déterminé par la course du soleil à travers les signes du Zodiaque pendant cet intervalle de temps. Bien sûr, je n'aurai pas la présomption de penser que vous ne connaissez rien en astronomie ; cependant pour l'expliciter, il vaut mieux que j'expose à nouveau ce point aussi simplement que possible. Comme les aiguilles de l'horloge marquent l'heure, de jour en jour et d'année en année, le soleil parcourt les signes du Zodiaque ; mais en même temps il régresse lentement. En traversant cette période, il revient de nouveau au même point, prend du retard ou rétrograde. C'est ce qu'on appelle la précession des équinoxes et cela fait un certain, nombre de secondes, pendant une période donnée. Ces secondes dans le ciel prises dans le cycle du temps vous montrent que le soleil prend 25.000 et quelques années pour revenir à l'endroit d'où il est parti à un moment donné. Autrement dit, si vous imaginez que le 1er avril de cette année, le soleil était à un certain degré du Bélier, l'un des signes du Zodiaque, il ne reviendra pas à ce signe dû à la précession des équinoxes avant que 25.000 ans ne se soient écoulés.
Maintenant, le soleil est le centre de notre système solaire et la terre tourne autour de lui et si la terre tourne, elle tourne également autour de son axe. Cela est connu aujourd'hui des astronomes, le soleil tourne autour d'un centre, comme le savaient aussi les anciens (qui, en fait, étaient nous-mêmes). Cela veut dire que, tandis que nous tournons autour du soleil, celui-ci tourne autour de quelque autre centre, de sorte que ce n'est pas un cercle que nous décrivons dans le ciel autour du soleil, mais une spirale, tandis que nous nous déplaçons avec le soleil autour de son énorme orbite. Saisissez-vous exactement cette idée maintenant ? C'est une idée très importante car elle ouvre de larges perspectives sur le sujet. Quelque part dans le ciel il y a une étoile, nous ne savons pas où ; certains pensent qu'il s'agit d'Alcyone, ou de quelque autre étoile ; d'autres pensent qu'il pourrait s'agir d'une étoile des Pléiades, d'autres encore croient qu'il est question d'une étoile quelque part ailleurs ; mais en tout cas ils savent par déduction, allant du connu vers l'inconnu, et comme Frère Thomas vous l'a dit ce matin, que le soleil est lui-même attiré par quelque centre inconnu et qu'il tourne autour de celui-ci en formant un cercle énorme, et tandis qu'il tourne, il entraîne la terre avec lui. Au cours des 25.000 années dans sa course autour des signes du Zodiaque, il amène forcément la terre dans Ides espaces où elle n'a encore jamais été, car lorsqu'il atteint ce point dans le Bélier après 25.000 ans, c'est seulement apparemment le même point, exactement comme lorsque j'ai fait le tour du fer à cheval. Je commençai autour du premier point et tournai autour de la courbe et revins au même point, mais j'étais plus haut, j'étais dans une autre position. De même, quand le soleil rétrograde au point situé dans le Bélier, où il était le premier avril de cette année, il ne sera pas dans une position identique dans l'univers de l'espace, mais il sera quelque part ailleurs, et dans son voyage de 25.000 années à travers des billions de billions de milles, il entraîne la terre dans des espaces où elle n'avait jamais été auparavant et cette dernière ne sera jamais absolument identique à la terre qu'elle fut. Il doit l'entraîner dans des espaces cosmiques où les choses sont différentes, qui provoquent ainsi des changements dans la terre elle-même, car les changements dans la matière cosmique de l'atmosphère, dans l'espace où le soleil entraîne la terre, doivent affecter la terre et tous ses habitants. Les anciens ont. fait des recherches sur ce sujet et ont depuis longtemps confirmé ce cycle de 25.000 ans, mais ce n'est que très récemment que nous commençons à déclarer que nous l'avons, pour ainsi dire, découvert. Nous savons, d'après les astronomes du dix-neuvième siècle, que c'est un fait ou que cela doit en être un, par déduction, mais ils savaient que c'était un fait parce qu'ils l'avaient observé eux-mêmes et qu'ils avaient enregistré leurs observations.
Comme nous, les Egyptiens connaissaient aussi le cycle de la Lune, mais ils en connaissaient davantage, car la Lune n'a pas seulement son cycle de vingt-huit jours quand elle change depuis la pleine rune jusqu'à sa disparition pour réapparaître de nouveau, mais elle accomplit, à partir d'un point quelconque, une révolution périodique de quatorze ans ; qui, elle-même, doit avoir quelque influence sur la terre.
Ils ont également dit que l'âme humaine avait ses cycles qui étaient de 5.000 ans. Est-ce à dire que l'homme ou le roi, une fois mort, on a transformé son corps en momie dans l'espoir que lorsque son cycle de 5.000 ans serait écoulé et qu'il reviendrait une fois de plus sur la terre, il retrouverait son corps momifié ? Pas du tout, mais cela veut dire que personne d'autre ne devrait avoir utilisé ses atomes momifiés en en faisant un mauvais usage. Nous expliquons la momification d'une autre manière. Leur connaissance de la loi des cycles les pousse à faire la première momie. Ils pensaient que l'âme humaine revient ; ils tenaient aussi pour vrai que tous les atomes sont vivants, chose que nous disons aussi, que ce sont des points sensibles, qu'ils ont une intelligence appartenant au plan sur lequel ils opèrent, et que l'homme faisant un mauvais usage des atomes de matière, comme ceux que vous avez dans vos corps et dans vos cerveaux, doit en subir les conséquences. En raisonnant ainsi, ils concluaient : « Si je meurs et abandonne ces atomes dont j'ai fait un si bon usage, peut-être quelqu'autre homme les prendra et en fera un mauvais usage, c'est pourquoi je veux les préserver autant que possible jusqu'à mon retour, puis par un certain processus je détruirai leur combinaison, les absorberai en quelque place ou état où ils pourront être bien utilisés ». De nos jours, ceci peut paraître choquant, mais je ne fais que répéter la théorie. Je ne dis pas que j'y crois ou que je n'y crois pas.
Les anciens Egyptiens qui avançaient ces théories ont disparu et n'ont laissé que les Pyramides, les temples de. Thèbes, les Sphinx et tous les grands monuments que nous découvrons progressivement. Où ont-ils été ? Sont-ils revenus ? Est-ce que ce sont les Coptes maintenant en Egypte qui les représentent ? Je ne pense pas, bien que l'on veuille tout expliquer par l'hérédité. Les Coptes sont-ils leurs descendants ? Ils ne connaissent absolument rien, si ce n'est un simple langage et ils vivent une vie d'esclaves et pourtant ils seraient les descendants d'anciens Egyptiens ! Qu'est-il donc advenu d'eux ? Nous pensons que, dans l'ancien temps, les Egyptiens collaboraient avec les Hindous, et que leur cycle persiste ; autrement dit, il reste leurs descendants, gardiens en partie de la connaissance de leurs ancêtres et nous découvrons que les Hindous ont toujours observé les mêmes théories, quant aux cycles, que les Egyptiens. Ils divisaient les âges du monde en périodes : ils disaient que la manifestation commence et qu'elle dure alors le temps d'une période appelée un Kalpa, nombre considérable d'années ; que le Kalpa est divisé en âges. Le petit cycle est composé d'un grand 'nombre d'années ; l'un sera de quatre mille, un autre de quatre cent mille, un autre sera d'un million et ainsi de suite, faisant un total que nous ne pouvons pas saisir mentalement mais que nous pouvons noter sur le papier.
L'idée de cycles nous vient des Hindous, retransmise par les nations qui se sont propagées à partir de l'Hindoustan, berceau reconnu de la race. La race aryenne se laissa gagner par le Christianisme, de sorte que nous trouvons les Chrétiens, les Romains, les Grecs et tous les peuples vivant à peu près à cette époque soutenant les mêmes théories sur les cycles. La loi cyclique prévaut donc partout. Nous la trouvons chez les anciens mystiques, les mystiques chrétiens, les mystiques du moyen âge et les mystiques d'époques plus récentes.
Si vous lisez les travaux de Higgins qui écrivit l'Anacalypsis, vous y trouverez des compilations et des recherches laborieuses sur le sujet des cycles : ont-ils une influence ? Est-ce qu'un cycle peut vraiment affecter la destinée humaine ?
Venons-en à notre propre vie personnelle : nous pouvons voir que les cycles prévalent et doivent prévaloir, car, le soleil se lève le matin, se dirige vers le centre du ciel, et descend à l'ouest. Le jour suivant, il fait la même chose et si vous le suivez, vous vous levez, vous parvenez au point culminant de votre activité, puis vous allez dormir. Ainsi, le jour succède à la nuit et la nuit succède au jour. Ce sont des cycles, des petits cycles, mais ils en forment de plus grands. Vous venez au monde, vers sept ans vous commencez à avoir du jugement, encore quelque temps et vous atteignez l'âge adulte, puis vous commencez à décliner, et enfin vous terminez le grand jour de votre vie quand le corps meurt.
En considérant la nature, nous trouvons aussi qu'il y a l'été et l'hiver, le printemps et l'automne. Ce sont des cycles et chacun d'eux affecte la terre avec les êtres humains qui s'y trouvent.
La doctrine ésotérique dont Frère Mead nous a entretenus, la doctrine secrète des théosophes du passé et des théosophes d'aujourd'hui, que l'on peut trouver dans toute la littérature et les vieux livres du passé traitant de religion, est que la loi des cycles est la loi suprême gouvernant notre évolution ; que la réincarnation dont nous avons tant parlé est une loi cyclique en activité et elle est suprême. Car qu'est-ce que la réincarnation si ce n'est la renaissance (le retour à la vie), justement ce que les anciens Egyptiens enseignaient et dont nous découvrons la véracité, car il n'est d'autre moyen que cette loi cyclique de réincarnation pour faire comprendre les problèmes de la vie qui nous assaillent. Ceci explique notre propre caractère, chacun différent de l'autre et une force particulière à chaque personne.
Telle est la loi suprême, nous devons en considérer une autre, en rapport avec celle-ci et contenue dans le titre que j'ai adopté. C'est la loi du retour des impressions. Que voulons-nous dire par là ? Je veux dire que ces actes et ces pensées accomplis par une nation (mis à part les choses qui affectent la nature, bien que cela soit gouverné par la même loi) constituent une impression. Par exemple, votre venue à cette assemblée engendre dans votre nature une impression. Votre sortie dans la rue et la vue que vous avez de l'animation de la rue engendrent une impression. Vous avez eu une querelle la semaine passée et vous avez dénoncé un homme ou vous vous êtes disputé avec une femme et vous vous êtes mis en colère, tout cela crée une impression en vous ; cette impression est sujette à la loi des cycles autant que la lune, les étoiles et le monde et elle est beaucoup plus importante en ce qui touche votre développement, votre développement personnel ou votre évolution, que toutes ces autres grandes choses qui vous affectent globalement alors que les petites choses vous affectent dans leurs détails.
Cette doctrine théosophique sur les cycles et l'évolution de la race humaine est, je pense, connue de vous tous car je suppose que vous êtes tous des théosophes.
On peut la décrire à peu près de cette façon : imaginez qu'avant que la terre ne sortît de l'état gazeux, existait déjà dans l'espace une terre, appelons-la lune, car c'est la théorie exacte. La lune était jadis un grand corps vital, peuplé d'êtres. Elle a vécu sa vie, subit ses cycles et pour finir, ayant vécu sa vie, après que de grands âges se furent écoulés, vint le moment où elle dut mourir, autrement dit, le moment vint sur cette terre où les êtres durent la quitter, car elle était arrivée au terme de sa période, et alors l'exode commença pour elle. Vous pouvez l'imaginer comme un envol d'oiseaux migrateurs. Avez-vous jamais vu des oiseaux migrateurs ? J'en ai vu émigrer d'une manière que peu d'entre-vous ont pu voir. En Irlande et peut-être en Angleterre, les hirondelles émigrent d'une façon très particulière. Quand j'étais enfant, j'avais coutume d'aller dans la localité de mon oncle où il y avait un vieil amoncellement de ruines en pierre au fond du jardin et, par un singulier concours de circonstances, c'est là que les hirondelles de toutes les régions avoisinantes se rassemblaient. La façon dont elles se réunissaient était la suivante : quand venait le moment, vous pouviez les voir arriver de tous les coins du ciel pour s'installer volontiers sur ce tas de pierres, gazouillant toute la journée et voletant de-ci de-là. Quand venait le soir, au crépuscule, elles s'élevaient d'un bloc et formaient un énorme cercle d'environ quarante pieds de diamètre. Ce cercle d'hirondelles tournoyait dans le ciel, volait autour de la tour, plusieurs fois, pendant une heure ou deux, gazouillant bruyamment. Et cela attirait de partout les hirondelles qui avaient probablement oublié le rendez-vous. Elles répétaient ce vol plusieurs jours de suite, jusqu'au moment où elles devaient partir et elles s'en allaient, certaines restant en arrière, quelques-unes arrivant à l'avance, ou bien trop tard. D'autres oiseaux émigrent de façon différente. Les oiseaux humains que nous sommes émigrèrent de la lune vers cet endroit où la terre se forma (j'ignore où, disons qu'il s'agit d'un point dans l'espace) et ils s'y établirent comme des êtres vivants, des entités, sans corps, mais des êtres, dans cette masse dé matière, à ce point de l'espace, en lui insufflant la vie et finalement en transformant cette terre en un globe peuplé d'êtres. Puis les cycles commencèrent à prévaloir, les impressions faites sur nos pères, lorsqu'ils vécurent dans l'ancienne civilisation de la lune (l'esprit ne peut entrevoir combien elle est ancienne), revinrent à nouveau quand ils atteignirent cette terre. Ainsi, nous trouvons les races de la terre s'élevant et chutant, s'élevant et chutant à nouveau, s'élevant et retombant, et, enfin parvenant à ce qu'elles sont maintenant, qui n'est rien comparé à ce qu'elles seront, car elles s'élèvent sans cesse. Telle est la théorie, vue de façon large et elle inclut la théorie des races, des sept grands races qui ont occupé la terre successivement, des sept grands Adam qui ont peuplé la terre ; et enfin, quand cette terre aura achevé sa vie, son temps, tous les êtres qui s'y trouvent, s'envoleront vers quelque autre point dans l'espace afin d'élaborer de nouveaux mondes à l'exemple des frères aînés qui ont fait la même chose auparavant dans d'autres espaces de la nature. Nous ne le faisons pas aveuglément. D'autres l'on fait auparavant. Personne ne sait quand cela commença. Cela ne ressemble en rien à un commencement et n'aura pas de fin, mais il y a toujours des frères aînés de la race qui survivent. Comme certains l'ont écrit, nous ne pouvons faire revenir en arrière le cours des cycles. Le feu du patriotisme ne peut prévaloir contre la destinée supérieure qui plongera une nation dans les ténèbres. Tout ce que nous pouvons faire se bornera à la modifier quelque peu ici et là. Les frères aînés sont soumis à la loi, mais ils ont confiance et espoir, car la loi signifie seulement qu'ils semblent descendre de manière à s'élever à nouveau encore davantage. De sorte que par la loi des cycles, nous nous sommes élevés des royaumes les plus bas de la nature. Cela veut dire que nous sommes liés par une fraternité immense qui ne comprend pas seulement les blancs de cette terre, les noirs de cette terre et les jaunes, mais aussi le règne animal, le règne végétal, le règne minéral et le royaume des élémentaux invisibles. Vous ne devez pas être égoïstes au point de supposer qu'elle ne comprend que les hommes et les femmes. Elle comprend chaque chose, chaque atome dans ce système solaire. Et nous nous élevons à partir de formes inférieures et apprenons comment façonner et mouler la matière, usant et abusant d'elle ; comment imprégner cette matière qui tombe sous notre responsabilité, qui pénètre nos corps, nos cerveaux et notre nature psychique, afin qu'elle progresse et soit utilisable par nos cadets qui sont encore en dessous de nous, peut-être dans le caillou que nous foulons aux pieds. Je ne veux pas dire qu'un être humain est présent dans ce caillou mais qu'il n'y a pas de matière morte où que ce soit, que chaque atome dans cette pierre contient une vie, inintelligente, sans forme mais potentielle et qu'il viendra un moment dans le temps, bien au-delà de notre compréhension, ou tous ces atomes dans cette pierre seront libérés. La matière elle-même aura été affinée et enfin tout ce qui est contenu dans ce grand cycle de progrès aura été porté aux degrés les plus élevés de l'échelle, de façon à ce que d'autres encore en bas, dans un état que nous ne pouvons pas comprendre, aient la possibilité de venir jusqu'à eux.
Voici la théorie exacte. Est-ce de la superstition ? Si vous en croyez les journaux, c'est de la superstition car ils déformeront tout ce que vous dites. Vos ennemis diront que vous avez raconté qu'il y a un homme dans cette pierre et que vous avez été une pierre... Vous n'avez pas été une pierre mais la grande monade, le pèlerin qui vient d'autres mondes, a été dans chaque pierre, dans chaque royaume et a atteint maintenant la condition d'homme pour montrer soit qu'il est capable de continuer à être un homme, ou qu'il tombera une fois de plus, comme l'enfant à l'école qui refuse d'apprendre et que l'on fait descendre dans la classe inférieure.
Maintenant, nous pouvons illustrer de cette façon cette loi des impressions dont j'ai parlé : si vous regardez l'une de ces lumières électriques, ne vous occupez pas des autres, regardez-en une seule afin d'obtenir une impression plus forte, vous découvrirez que la lumière produit une image sur la rétine, et si vous fermez vos yeux vous y verrez ce brillant filament de lumière produit par un charbon dans une lampe incandescente. Vous pouvez essayer et voir par vous-mêmes. Si vous conservez vos yeux fermés et observez attentivement, vous verrez l'image revenir un certain nombre de fois à intervalles réguliers, cela se renouvellera, puis disparaîtra pendant le même laps de temps et reviendra encore, changeant chaque fois légèrement mais reproduisant toujours l'image du filament jusqu'à ce qu'enfin vienne le moment où cela semblera disparaître parce que d'autres impressions l'auront effacée ou recouverte. Cela signifie qu'il y a un retour, même sur la rétine, de l'impression de ce filament. Après la première fois, la couleur se modifie avec chaque image et elle revient aussi à des intervalles réguliers, montrant qu'il y a un retour cyclique de l'impression sur la rétine et comme Frère Thomas l'a dit ce matin, si cela se produit à un endroit, cela se produit partout. Si nous faisons des investigations dans l'aspect moral de notre caractère, nous y trouvons la même chose, car, telles les marées de l'océan soi-disant expliquées par la lune, ce qui à mon avis n'explique pas le phénomène, mais bien entendu comme je ne suis pas un scientifique mes vues n'ont pas beaucoup de poids, de même dans l'homme, nous avons des marées que l'on appelle retour de ces impressions : ce qui veut dire que si vous faites une chose une fois il y aura une tendance à ce qu'elle se répète ; si vous la faites deux fois, cela doublera son influence, il y aura une tendance plus forte à faire la même chose à nouveau, et ainsi de suite. Tout dans notre caractère montre ce retour constant de l'impression cyclique.
Nous recevons ces impressions de chaque point de l'espace, de chaque expérience vécue, de chaque chose qu'il nous est donné de vivre à n'importe quel moment, même certaines de ces choses que nos ancêtres ont connues. Et ce n'est pas injuste pour la bonne raison que nos ancêtres ont fourni la lignée de l'enveloppe corporelle et que nous ne pouvons y pénétrer que parce que nous sommes semblables. Pour cette raison, nous avons dû être dans le passé de la même lignée ou famille en un point de ce cycle, de sorte que j'ai dû, dans le passé, me mêler de l'élaboration de la lignée familiale particulière dans laquelle j'existe maintenant et je prends sur moi, une fois de plus, l'impression cyclique qui m'échoit en retour.
Or, en tant qu'individus particuliers ceci a la plus grande influence qui puisse peser sur notre évolution et c'est le seul moyen par lequel je souhaite aborder la question de l'évolution ici : je ne vise pas à traiter la vaste question de l'évolution de l'univers mais celle de notre propre évolution, notre vie physique, conformément à ce qu'a si souvent dit Madame Blavatksy, répétant en cela les anciens, et comme nous le trouvons dit par tant de membres de la même école. Une occasion de faire quelque chose se présente à vous, vous ne la saisissez pas ; l'occasion peut ne pas se représenter avant cent ans. C'est pour vous le retour de quelque ancienne chose qui était bonne, si bonne elle était, conformément à la directive des cycles. Vous la négligez, comme vous en avez le droit, et la même occasion reviendra, pensez-vous, mais elle peut ne pas se représenter pendant de nombreux siècles. Elle peut ne pas revenir jusqu'à une autre vie, mais elle reviendra selon la même loi.
Prenons maintenant un autre cas. J'ai un ami qui essaie de découvrir tout ce qui touche à la théosophie et ce qui est du domaine psychique, mais je me suis aperçu qu'il ne prête pas la moindre attention au sujet du retour inévitable sur lui-même de ces impressions qu'il crée. J'ai découvert qu'il avait des périodes de dépression (et ceci est valable pour tout le monde), lorsqu'il subissait un découragement qu'il ne s'expliquait pas. Je lui ai dit, vous avez subi le même découragement, il y a sept semaines environ, peut-être huit, peut-être cinq ? Il a examiné son agenda et fait appel à sa mémoire et il a découvert qu'il avait de réelles récidives de découragement à intervalles réguliers. Bon, lui ai-je dit, voilà qui m'explique comment cela revient. Mais que dois-je faire ? Paire ce que les théosophes ont enseigné de tout temps. Nous ne récolterons de bons résultats qu'en engendrant des impressions contraires à celles qui sont mauvaises. Voyons un peu cette occasion de dépression. Qu'aurait dû faire mon ami ? Puisqu'il s'agissait du retour d'une impression ancienne, il aurait dû s'obliger à être joyeux, même contre sa volonté, et, si cela s'avérait impossible, alors essayer de participer à la joie des autres. En agissant ainsi, il aurait implanté en lui-même une autre impression, celle de la joie ; lorsqu'à nouveau cet état dépressif serait revenu, au lieu d'être de la même sorte et de la même portée, il aurait été changé par l'impulsion de joie ou d'exaltation et les deux choses agissant de pair, se seraient mutuellement neutralisées, exactement comme deux boules de billard qui se rencontrent tendent à neutraliser les mouvements de chacune d'entre elles. C'est ce qui arrive à toute personne qui a le cafard. Ce n'est pas mon cas et cela est dû, je crois, au fait que dans quelque autre vie j'ai déjà eu le cafard. J'ai d'autres ennuis, d'autres tourments, mais le cafard jamais.
J'ai des amis et des connaissances qui ressentent ces périodes de découragement. C'est le retour d'anciennes impressions cycliques ou le retour cyclique d'impressions. Que devez-vous faire ? Certains disent : je m'assieds simplement attendant que ça passe. Autrement dit, vous vous en tenez-là, le créant une fois de plus. Vous ne pouvez pas l'effacer lorsqu'elle s'est déjà présentée, mais au moment où elle se présente entreprenez quelque chose de différent, suscitez la joie en vous, soyez bon pour quelqu'un, puis essayez de secourir quelque autre personne abattue et vous aurez engendré une autre impression qui reviendra au même moment. Que vous attendiez un jour ou deux pour le faire ne change pas grand-chose. Le lendemain ou quelque jours plus tard, peu importe, car lorsque l'ancienne impression cyclique sera de retour, elle entraînera dans son élan la nouvelle, grâce au rapport d'association qui existe entre elles.
Ceci a trait à la question de la civilisation. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? D'où venons-nous ? Je vous ai dit que les anciens Egyptiens ont disparu. Si vous faites des recherches dans l'histoire Egyptienne, la plus intéressante parce que la plus voilée, vous trouverez, comme le disent les auteurs, que la civilisation semble s'élever d'un seul coup au zénith. Nous ne saisissons pas quand elle a commencé. La civilisation était si grande qu'il lui a fallu exister pendant une énorme période de temps pour parvenir à une telle apogée, de sorte que nous ne pouvons pas remonter à sa source. Brusquement, nous la voyons disparaître du ciel. Il n'en reste rien que les énormes vestiges, témoignages de ces grandes réalisations. Les anciens Egyptiens, non seulement préparaient les momies, excellant dans l'art de les bander, inimitable pour nous, mais ils s'étaient tellement spécialisés dans chaque détail qu'il nous faut admettre que de nombreux siècles antérieurs à leur civilisation se sont écoulés. Il y avait parmi eux un spécialiste d'un œil, un spécialiste de l'autre, un spécialiste du sourcil, etc... Selon, mon très humble avis, nous sommes les Egyptiens.
Nous voici de retour à nouveau, après notre cycle de cinq mille ans ou de je ne sais combien d'années, ayant ramené avec nous une certaine race dite sémite. Nous sommes en rapport avec elle à cause de quelque impression ancienne dont nous ne pouvons nous débarrasser et ainsi nous sommes imprégnés de cette même image sémitique. Nous avons entraîné avec nous, par l'inévitable loi d'association dans le retour cyclique, une race, des personnages, liés à nous par quelques-uns de nos actes dans cette grande et ancienne civilisation maintenant disparue et nous ne pouvons nous en débarrasser. Nous devons les élever jusqu'à quelque autre plan à mesure que nous nous élevons nous-mêmes.
L'Amérique, je crois, est la preuve évidente du retour de cette ancienne civilisation, car selon la théorie théosophique, rien ne se perd. Si nous n'avions à notre disposition que des archives, des monuments, etc... ils disparaîtraient bientôt et rien ne pourrait jamais être retrouvé. Il n'y aurait jamais de progrès. Mais chaque individu dans sa civilisation, où qu'elle soit, enregistre les archives en lui-même et lorsqu'il réalisera les circonstances favorables, décrite par le sage hindou Patanjali et qu'il obtiendra l'instrument, il fera réapparaître les anciennes impressions. Selon les anciens, tout acte a une pensée sous-jacente et chaque pensée engendre une impression mentale ; lorsque se présentera l'instrument voulu, surgira cette nouvelle condition quant au rang, à la place et aux caractéristiques.
Ainsi nous retenons en nous-mêmes l'impression de tout ce que nous avons fait. Quand vient le moment du retour du cycle, maintes et maintes fois, peut-être au cours des époques moyenâgeuses, en Angleterre, en Allemagne, en France, nous arrivons finalement à un environnement tel que nous le trouvons ici, exactement celui qui physiquement et d'une autre façon nous permet de bien agir et permettra à ceux qui viendront après nous de faire de même. Je les vois presque ; les voici qui arrivent en rangs serrés des pays du vieux monde pour tâcher de faire progresser celui-ci, car ici aussi, il y a bien des âges, existait une civilisation ; peut-être en faisions-nous partie alors ? Peut-être était-elle antérieure à celle des anciens Egyptiens ? Elle a disparu d'ici. Quand ? Nous n'en savons rien et il en est resté cette terre aride pendant de nombreux millénaires jusqu'à ce qu'elle soit à nouveau découverte par les Européens. L'ancien monde, je veux dire l'Europe, a été empoisonné, la terre a été imprégnée par les émanations, polluée par les émanations des gens qui y ont vécu ; l'air au-dessus est par conséquent empoisonné par les émanations se dégageant de la terre ; mais ici, en Amérique, endroit approprié à la race nouvelle, se trouve une terre arable qui a eu le temps, maintes et maintes fois, de détruire les poisons qui y avaient été répandus il y a bien des âges. Elle fournit une nouvelle terre, avec des vibrations dans l'air qui réveillent chaque particule dans l'homme qui le respire, et ainsi, l'on constate que ceux qui viennent de l'ancien monde, semblent recevoir en la foulant de leurs pieds, les impressions d'une terre américaine. Tout ceci est en rapport avec notre civilisation et notre race.
Nous sommes ici une nouvelle race dans un nouveau cycle et ceux qui savent disent qu'un cycle s'achèvera dans quelques années et qu'un nouveau commencera et que cette fin et ce commencement s'accompagneront de bouleversements de la société et de la nature. Nous les voyons presque venir. Les événements sont inscrits de manière précise dans le ciel. Vous vous souvenez de Daniel disant : « Un temps, la moitié d'un temps et un temps » et ainsi de suite, et les gens dans le système chrétien ont essayé de découvrir le temps, quand commençait ce temps et c'est ce qui fait précisément la difficulté. Et la seule personne qui au cours de ces nombreuses années a fait une déclaration directe est Madame Blavatsky et elle a dit : « Un cycle va se terminer dans quelques années, il faut vous y préparer ». De sorte que c'était comme les anciens Prophètes qui s'adressaient au peuple en ces termes : « Préparez-vous pour une ère nouvelle d'événements, tenez-vous prêts pour ce que vous aurez à accomplir ». C'est précisément ce que cette civilisation est en train de faire. C'est la plus haute, quoique la plus grossière, des civilisations maintenant sur la terre. Elle est le commencement de la grande civilisation qui doit venir quand la vieille Europe aura été détruite ; lorsque les civilisations de l'Europe seront dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit de plus, ce sera alors le lieu où la nouvelle grande civilisation commencera à donner de nouveau un coup de pouce pour saisir la civilisation de l'Est antique, qui s'est tenue là, silencieuse, ne faisant rien pendant toutes ces années, conservant dans ses anciennes cryptes, bibliothèques et archives, la philosophie dont le monde a besoin. C'est cette philosophie et cette morale que la Société Théosophique essaie de vous donner. C'est une philosophie que vous pouvez comprendre et pratiquer.
On peut dire à un homme : « agissez bien » mais au bout d'un moment, dans cette ère de superstition, il dira : « Pourquoi agir bien à moins que je n'en aie envie ». Quand vous lui montrez l'existence des lois : qu'il doit revenir dans son cycle, qu'il est sujet à l'évolution, qu'il est une âme de pèlerin réincarnée, alors il en comprend la raison et afin d'obtenir une base sûre, il accepte la philosophie, et c'est ce que la Société Théosophique et le Mouvement théosophique essaient de montrer. Frère Georges Mead a dit, l'autre jour, en parlant d'un sujet analogue, que le grand but ultime est le grand renoncement, c'est-à-dire qu'après avoir atteint les sommets les plus/hauts, ce que vous pouvez seulement faire par désintéressement, finalement vous vous dites à vous-même : « je peux accepter le repos que j'ai mérite ». N'oublions pas que ce qui prévaut ici doit aussi prévaloir là. En progressant, nous devons arriver finalement à un moment où nous pourrons prendre notre repos. Mais si vous vous dites en vous-même : « je n'en ferai rien car je sais que ce monde et tous les individus qui le peuplent doivent vivre et durer encore pendant de nombreux millénaires et que s'ils ne sont pas aidés ils risquent d'échouer ; je n'en ferai rien, mais au contraire je décide de rester ici et de souffrir car j'ai une plus grande connaissance et une acuité sensitive plus grande ». Ceci est le grand renoncement, comme nous le dit la Théosophie. Je sais bien que nous ne parlons pas souvent de cette façon car beaucoup d'entre nous pensent que les gens nous diront aussitôt lorsque nous en parlerons : « Je n'en veux pas ; c'est beaucoup trop difficile ». Aussi, nous parlons généralement de progrès subtil, nous expliquons comment vous pouvez finalement échapper à la nécessité de la réincarnation et pour enfin échapper à la nécessité de faire ceci ou cela etc... mais si vous faites votre devoir, il doit être clair pour vous que vous aurez atteint le sommet, lorsque vous saurez tout, lorsque vous participerez au gouvernement du monde, non d'une ville, mais du gouvernement réel du monde et des gens qui le peuplent, au lieu de gaspiller votre temps a dormir, vous resterez pour aider ceux qui sont en arrière, et c'est là le grand renoncement. C'est ce que l'on dit à propos de Bouddha et de Jésus. Sans doute, l'histoire entière de Jésus, qui ne peut être prouvée historiquement à mon avis, est basée sur ce que nous appelons renoncement. Il a été crucifié après un travail de deux ou trois ans. Mais cela signifie, disons-nous, que cette résolution étant divine, il veut se crucifier aux yeux du monde, aux yeux des autres, afin de pouvoir sauver les hommes. Bouddha fit de même longtemps avant la prétendue époque de la naissance de Jésus. L'histoire d'après laquelle il pratiqua le grand renoncement fait précisément allusion à ce que je viens de dire à l'instant. Au lieu de s'évader de cette terre horrible selon nous, en effet elle est vraiment horrible quand nous la regardons, peuplée d'obstacles, exposés que nous sommes à tout instant à l'échec, voués à nous réveiller le matin une grande réforme en tête et la voir réduite à néant. Au lieu d'échapper à tout cela, il resta dans le monde et commença à répandre sa doctrine qu'il savait devoir faire au moins quelques adhérents. Mais cette grande doctrine du renoncement apprend qu'au lieu de travailler pour vous-mêmes, vous travaillerez volontairement pour connaître tout ce qui est en votre pouvoir pour ceux qui peuvent être restés en arrière, exactement comme le dit Madame Blavatsky dans La Voix du Silence « recule-toi du soleil et rentre dans l'ombre afin de faire plus de place aux autres ».
Ceci n'est-il pas mieux qu'un paradis atteint au prix de la damnation de ceux de vos proches qui ne veulent pas croire en un dogme ? Ceci n'est-il pas une grande philosophie et une grande religion qui comprennent le salut et la régénération, le redressement et le perfectionnement scientifique de toute la famille humaine et de chaque particule dans tout l'univers, au lieu d'imaginer quelques pauvres êtres après soixante-dix ans de vie entrant au paradis, et regardant en arrière pour voir les tourments que souffrent en enfer ceux qui n'accepteraient pas un dogme ?
Que sont ces autres religions comparées avec cela ? Comment un homme peut-il continuer à croire en une idée telle que l'idée commune de damnation, pour simplement avoir refusé de croire ce que je ne comprends pas ? Je préfèrerais, si j'avais à choisir, être un idolâtre des plus convaincus croyant en Indra et en être réduit à me fier à mon bon sens plutôt que de croire en une doctrine me permettant d'imaginer mon frère qui ne croit pas en un dogme le faisant griller en enfer alors que moi-même, simplement parce que je crois, je peux goûter la béatitude céleste.
Les théosophes, s'ils veulent bien apprendre la doctrine et essayer de l'expliquer changeront ce monde. Elle pénètrera partout, elle s'infiltrera dans chaque couche sociale et rendra inutile toute législation. Elle changera les gens, tandis que vous continuez à légiférer sans les changer et vous obtiendrez exactement ce qui s'est passé en France. Les capitalistes de cette époque, entendons par là les royalistes, au temps de la révolution, opprimaient le peuple. Finalement celui-ci se souleva et les philosophes du moment instituèrent le règne de la raison. Que surgit-il de ce règne de la raison ? Notez bien qu'ayant introduit là une belle idée humanitaire, néanmoins, cette idée qui avait pris racine dans un sol non préparé, il en résulta un assassinat systématique et massif jusqu'à ce que des fleuves de sang fussent déversés sur la France entière. Vous voyez ainsi quel sera le résultat si quelque chose n'est pas fait pour éveiller le peuple. Nous avons vu à Chicago le résultat de tels actes, les grondements d'une telle tempête si la philosophie théosophique, appelez-la par le nom que vous voudrez, n'est pas prêchée et comprise. Si ces doctrines anciennes ne sont pas enseignées à la race humaine, vous aurez une révolution, et, au lieu de progresser d'une façon régulière, normale, vous atteindrez un monde meilleur en passant par la tempête, la douleur, la tristesse. Vous progresserez, bien sûr, car même avec des révolutions et du sang, on progresse, mais n'est-il pas mieux de progresser sans cela ? Et c'est là le but que poursuit la philosophie théosophique. C'est pourquoi les Mahâtmas dont nous parlions, dirigeant H. P. Blavatsky, leur serviteur, comme ils l'avaient fait pour de nombreux autres antérieurement, apparurent à une époque où le matérialisme combattait la religion et était sur le point de l'emporter et une fois de plus tout continua d'aller en harmonie avec son cycle respectif et ces doctrines anciennes reprirent vie sous la conduite du mouvement théosophique. Elles résolvent en effet, tous les problèmes et dans le plan universel, donnent à l'homme son rang de dieu en puissance.

W.Q. Judge

top-iconRetour en Hauttop-icon