Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

Les preuves du Soi caché

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Article publié par William Q. Judge, en anglais, dans la revue The Path, d'août 1894.
Par les rêves
Dans la clairvoyance
Le sentiment d'identité


 Par les Rêves

L'état de rêve est commun à tous les êtres. Certaines personnes disent ne jamais rêver, mais si on les interroge, on découvre qu'elles ont fait au moins un rêve ou deux dans leur vie et, ce qu'elles veulent dire, c'est que leurs rêves sont rares. Il est peu probable qu'il existe une personne qui n'a jamais eu de rêves. Mais on dit que les rêves sont sans importance ; qu'ils sont dus à la tension, à l'indigestion, à la maladie ou à d'autres causes variées. On les considère comme peu importants parce qu'on les envisage d'un point de vue utilitaire et qu'on pense qu'ils ne peuvent pas servir à grand-chose. Pourtant beaucoup d'hommes se servent de leurs rêves et l'histoire, tant séculaire que religieuse, ne manque pas d'exemples montrant les bienfaits, les avertissements et l'instruction qui peuvent être reçus dans les rêves. Le cas bien connu du rêve du Pharaon (x) au sujet des vaches grasses et des vaches maigres, qui permit à Joseph, l'interprète, de prévoir une famine et de la prévenir, représente une classe de rêves qui ne sont pas rares du tout. Mais le point de vue utilitaire n'en est qu'un parmi beaucoup d'autres.

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Les signes de notre cycle

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(Article de W. Q. Judge, paru dans la revue The Path, de décembre 1892, sous le titre "The Signs of This Cycle", et publié en français dans la revue Théosophie, en 1927, vol. III, n° 1)
Les hommes de toutes les nations, de toutes les parties du monde, s'attendent depuis de nombreuses années, à ce que quelque chose qu'ils ignorent mais qui serait d'une nature importante, se produise, dans les affaires du monde. Les Chrétiens dogmatiques à la lettre, suivant les vagues prophéties de Daniel, sont sans cesse dans l'attente du retour du Christ. Il ne s'est pas encore produit, bien qu'il ait été prédit pour presque chaque année paire, et surtout pour l'an 1000, 1500, 1600, 1700, 1800, et maintenant pour l'an 2000. Les Indiens eux aussi avec leurs danses des revenants, ont célébré, il y a peu de temps, l'attente du retour de leur Messie.
Les Théosophes également, en se basant sur les anciens, et en s'appuyant plus ou moins sur les paroles de H.P. Blavatsky, n'ont pas manqué de discuter des signes des temps.
Mais les idées théosophiques à ce sujet sont basées sur quelque chose de plus défini que les divagations de quelque prêtre biblique. Nous croyons aux cycles et à leurs influences sur les affaires humaines. Nous pensons que la loi des cycles a été étudiée par les anciens durant de nombreux âges, et que ces observations ont été consignées ; de plus, en nous conformant à l'expérience quotidienne montrant le retour périodique des cycles, et en considérant que la réincarnation est la loi absolue de la vie, nous nous sentons confiant de notre bien fondé.
Le cycle actuel est désigné du nom d'âge obscur : en sanscrit, Kali-Yuga, ou âge noir. Cycle sombre parce que la spiritualité est presque totalement obscurcie par le matérialisme et l'intellectualisme. En se déroulant au sein des choses matérielles, et étant essentiellement régi par le mental séparé de l'esprit, il permet le progrès physique et matériel, mais entrave le spirituel. C'est dans ce sens qu'il est le Kali-Yuga. Les Théosophes de tous temps ont considéré que la perte de la spiritualité correspondait à un état de mort et d'obscurité ; et le simple progrès matériel n'est pas en lui-même un signe d'avancement réel, et il peut avoir avec lui les éléments susceptibles de l'arrêter et le détruire. Notre âge fait preuve de toutes ces caractéristiques de façon frappante dans les civilisations occidentales. Nous avons fait de grands progrès dans la conquête de la nature, dans les arts mécaniques, dans l'habileté à satisfaire notre amour du luxe, dans la précision et la puissance des armes faites pour détruire la vie. Mais à côté de cela, nous avons la misère, le mécontentement et les crimes ; de grandes richesses aux mains de quelques-uns, et une pauvreté opprimante accablant le grand nombre.
Comme l'intellect guide ce progrès dans les choses matérielles, nous devons à présent envisager le peuple commun, qui s'est libéré des chaînes qui l'entravaient depuis si longtemps. Il n'échappe pas à la loi générale. Depuis qu'il est libéré, il sent plus durement l'effet des chaînes des circonstances. Par conséquent, il s'ensuit que pour les humains la caractéristique du cycle actuel est : l'inquiétude. Ceci fut signalé dans le Path (vol. I, p. 57, avril 1886), en ces termes :

« La seconde prophétie est plus proche de nous et peut être intéressante : elle concerne les changements cycliques. Nous sommes dans une période de changements, et nous nous référons aux colonnes du Sun (où récemment on notait et discutait des fameux magnifiques couchers de soleils) pour trouver les mêmes pronostics... "Ce beau pays libre, ne restera pas longtemps calme ; l'inquiétude est la marque de ce cycle. Le peuple se soulèvera. Pourquoi, qui peut le dire ? L'homme d'État qui pourrait prévoir la cause de ce soulèvement, pourrait prendre les mesures nécessaires en vue de l'éviter. Mais aucune précaution ne pourra détourner la roue de fer du sort. Et même la ville de New-York ne pourra pas montrer du doigt Cincinnati et St. Louis. Que ceux qui peuvent entendre le murmure et le bruit des nuages qui s'amoncellent sur l'avenir, prennent note ; qu'ils lisent, s'ils savent le faire, la physionomie des États-Unis sur laquelle la main puissante de la nature a tracé les sillons précisant le caractère des tempêtes morales qui s'abattront, quelle que soit la législation". »

Peu de temps après survinrent les émeutes de Cincinnati, et New-York avait été prévenue comme d'autres villes que ces troubles dans l'Ohio ne seraient pas les derniers. Et voici qu'en 1892, exactement six ans après notre prophétie, trois grands États de l'Union sont en effervescence avec les pauvres et les riches armés les uns contre les autres. En Pennsylvanie, il y a une quasi guerre civile dans une grande usine ; New-York rappelle sa milice pour étouffer des émeutes ouvrières, et protéger la propriété des entreprises qui n'ont pas su inspirer l'amour à leurs travailleurs ; et le Tennessee envoie l'armée et des volontaires pour combattre quelques milliers de mineurs armés qui s'opposent à ce que des "transgresseurs de la loi" soient autorisés à faire le travail et s'approprier le salaire des citoyens. Nous ne nous occupons pas des droits ou des torts de l'une ou de l'autre partie dans ces conflits, mais uniquement des faits. Ce sont là quelques signes moraux de notre cycle et ils confirment les prévisions des Théosophes au sujet des troubles moraux, mentaux et physiques. La terre elle-même donne des signes d'instabilité, faisant surgir une île en un endroit, réveillant des volcans endormis depuis longtemps, causant des tremblements de terre en des lieux inaccoutumés, comme par exemple au pays de Galles et dans les Cornouailles. Ces faits sont des signes.
Le cycle se termine, et partout l'inquiétude règne. De même que des pays disparaîtront ou seront transformés, de même les idéaux des hommes changeront. Et comme notre civilisation est basée sur la force et le manque d'une vraie philosophie, la nouvelle race, en Amérique, montrera plus rapidement que toute autre, l'effet des enseignements erronés et de la religion corrompue.
Cependant une ère nouvelle et meilleure fera suite à la colère et aux troubles ; mais la douleur qui accompagne toute naissance ne pourra être épargnée.

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Le Soi est l'ami du Soi et aussi son ennemi

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Traduction de l'article « The Self is the friend of Self and also its ennemy » de W.Q. Judge (Branch Paper n°5 – Août 1890).
Souvent cette phrase de la Bhagavad Gîtâ [Chapitre VI, v. 5] n'a pas été appréciée à sa juste valeur parce qu'on l'a considérée comme vide de sens ou mystérieuse, c'est-à-dire ne valant pas la peine d'être approfondie ou bien impossible à expliquer. Certains étudiants ont pourtant fait bon usage de l'enseignement qu'elle contient. C'est un verset qui a trait directement à la Théosophie appliquée à notre vie quotidienne et qui mérite ainsi d'être examiné attentivement.
Il fait état de deux sois, l'un étant l'ennemi et aussi l'ami de l'autre. Evidemment, sans les suggestions trouvées 'dans la Théosophie, postuler deux sois dans une même personne ne peut pas paraître autrement que dénué de sens, sauf dans les cas admis par la Science, où il y a une aberration de l'intellect, où un lobe du cerveau refuse de travailler avec l'autre, ou bien lorsqu'il y a quelque dérangement cérébral. Mais, après avoir un peu étudié la constitution de l'homme — matériel et spirituel — telle que nous la trouvons esquissée dans la Religion-Sagesse, nous pouvons facilement voir que c'est du soi supérieur et du soi inférieur qu'il s'agit.
L'injonction qui fait suite et prescrit d'« élever le soi par le soi », fait ressortir clairement ce point ; car puisqu'une chose ne peut pas s'élever sans un point d'appui, le soi qui nous élèvera doit être le soi supérieur, et celui qui doit être élevé, l'inférieur.
Afin d'accomplir cette tâche, nous devons faire connaissance avec le soi qui doit être élevé. Plus grande et précise sera cette connaissance, plus rapide sera la progression du travail d'élévation de l'être qui s'y efforcera.
Observons un moment les obstacles sur le chemin, les raisons pour lesquelles, pour tant d'individus, la compréhension qu'ils ont d'eux-mêmes est aussi clairement déficiente.
Chacun sait qu'il peut voir les défauts dans les actions et le caractère des autres hommes mieux que les siens. Il y a, bien sûr, des gens qui n'admettent pas qu'ils aient des défauts.
St Jacques évoque le cas d'un homme qui se regarde dans un miroir et, tout de suite, se met à oublier quel genre d'homme il est. Bien que j'aie souvent mis cela en doute, c'est pourtant bien le cas en ce qui concerne le miroir qui nous est souvent tendu par les autres pour nous y regarder. Nous voyons notre apparence pendant un moment puis nous l'oublions.
Il y a cependant certaines choses au sujet desquelles il est souvent impossible pour nous de nous connaître. Souvent, nous n'entendons pas, comme les autres le font, nos intonations de voix qui sont rudes ou désagréables. Il n'existe, en effet, guère de chose aussi difficile que d'entendre réellement notre propre voix dans tous ses aspects de ton et d'accent. Nous sommes si habitués à elle que nous ne pouvons dire si elle est agréable ou repoussante, musicale ou discordante. Nous devons nous fier aux dires de ceux qui l'entendent.
En fait, je doute sérieusement que quiconque entende jamais complètement les tons de sa voix, de la même façon que ceux à qui nous parlons, parce qu'elle nous parvient non seulement par le canal de l'oreille externe qui reçoit les vibrations émises à l'extérieur de nous, mais aussi au moyen des vibrations produites à l'intérieur, à. travers tout le crâne et, pour cette raison, elle sera toujours une voix différente pour nous. En conséquence, il ne serait pas profitable d'accorder une trop grande attention au son de notre voix si nous le faisons sans nous soucier de l'attitude intérieure elle-même qui presque toujours détermine le ton avec lequel nous parlons. car si nos sentiments sont bienveillants et charitables, il est plus que probable que leur expression vocale sera en accord avec eux. On peut sûrement laisser Je soin de l'exercice de la voix, autant qu'il est possible, aux professeurs qui se chargent de l'adoucir et de la polir.
En prenant quelques exemples parmi le grand nombre de ceux que nous trouvons autour de nous, et, en supposant qu'ils représentent des défauts et des particularités que nous sommes susceptibles d'avoir, nous pouvons arriver à quelque chose d'utile dans notre vie Théosophique.
Voici une personne qui vous dit constamment qu'un certain nombre de gens sont toujours très portés à parler d'eux-mêmes et de leurs affaires et semblent ne prendre aucun intérêt à la conversation, à moins qu'ils n'en soient eux-mêmes le centre. Après avoir dépeint le défaut des autres, cette personne, homme ou femme, se met aussitôt à montrer que c'est son propre défaut particulier, car, à partir de ce moment, toute la conversation porte sur « moi » ou « mes » affaires.
Notre sujet suivant est un individu qui parle beaucoup d'altruisme et de fraternité, mais qui ne donnerait pas un centime pour quelque bonne cause. Non peut-être par avarice intentionnelle, mais par pure habitude de ne pas donner et de ne pas aider.
En voici un autre qui illustre le défaut marqué de ce siècle, l'inattention. Il vous écoute, mais n'entend qu'une partie et ensuite, quand il répète ce qu'il dit vous avoir entendu dire, il en donne une version entièrement différente de la vôtre. On bien, s'il écoute un débat ou une discussion, il ne prête l'oreille qu'aux arguments qui, pour lui être familiers, le frappent favorablement. '
Ensuite, nous avons le bigot qui, tout en chantant les louanges de la liberté de pensée et de l'unité de tous les hommes, fait montre de la bigoterie la plus épouvantable.
Puis nous voyons un autre individu qui illustre une variante du premier auquel j'ai fait allusion : c'est l'homme qui ne souhaite apparemment que vous imposer ses propres vues et ne se soucie pas de savoir ce que peuvent être vos opinions.
Voici encore le sectaire qui donne sa faveur à telle école ou tel groupe. Aucune critique n'est admise. Aucun défaut ne peut être reproché. L'esprit partisan enveloppe tout et empêche de voir clair.
Bien entendu, tous ces cas ne constituent que des échantillons, mais dans une certaine mesure chacun de nous possède tous ces défauts, ne serait-ce que faiblement, ils sont là quand même. Ils sont tous le résultat de la prédominance du soi inférieur, car ils traduisent tous une disposition à mettre le Moi personnel en avant. Ils représentent le triomphe actuel du soi inférieur sur les efforts du soi supérieur. Ils peuvent être diminués, dans une certaine mesure, si l'on fait attention à leur expression extérieure, mais aucun progrès réel ne sera obtenu si un travail sur le plan caché n'est pas commencé. Un défaut comme celui de ne pas écouter longtemps les vues d'un autre mais de se hâter de lui dire ce que l'on pense soi-même, est une disposition qui nuit à l'acquisition de nouvelles idées. Si vous racontez constamment aux autres ce que vous pensez, vous ne gagnez rien. En effet, votre expérience et votre point de vue sont les vôtres et sont bien connus de vous. Leur expression répétée ne sert qu'à les imprimer plus fortement dans votre mental. Vous ne recevez alors aucune des lumières nouvelles que le mental des autres pourrait jeter sur votre philosophie si vous lui en donnez l'occasion.
Il y a d'autres facteurs dans notre constitution qui sont de puissants producteurs de défauts et d'erreurs. Chaque homme a deux lignes d'ascendance. L'une est celle qui vient de ses parents,' et elle concerne sa constitution mentale et physique. Cette ligne peut remonter aux lieux les plus étranges et les plus singuliers et apparaître pleins de sinuosités, en passant par des dispositions et des caractéristiques mentales dont nous n'avons aucune idée. Supposez que votre ligne d'ascendance physique remonte aux Danois ou aux Norvégiens, et la mienne aux Français. Il y aura, dans une certaine mesure, un manque de sympathie et d'appréciation mutuelle sur le plan mental. Bien sûr, cet effet ne sera pas apparent si une longue période de temps s'est écoulée depuis que notre sang a circulé dans ces corps, mais cependant il en restera quelques traces. Il y aura une tendance pour le physique, incluant le cerveau, à toujours amener à la surface les caractéristiques qui résultent de la prépondérance des facultés et dispositions héritées. Ces caractéristiques appartiennent entièrement au plan physique, et sont transmises depuis les siècles passés par héritage, en affectant le corps particulier que vous pouvez occuper dans l'une ou l'autre de vos incarnations. C'est votre karma d'avoir cette sorte d'environnement physique entourant votre soi intérieur. Il faut noter que les obstacles à la perception de la vérité et à l'acquisition de la connaissance du soi, qui sont le résultat de l'hérédité physique, sont difficiles à percevoir, et nécessitent beaucoup d'étude et d'examen de conscience pour les amener à la lumière. Mais ils sont là, et le Théosophe sérieux cherchera à les découvrir. Les différences observées dans le corps physique, que nous nommerons en l'occurrence — différences d'héritage — sont de la plus haute importance. Elles ressemblent aux différences entre des télescopes ou des microscopes fabriqués par des opticiens différents, et elles tendent à nous faire voir la vérité d'une manière claire ou floue, ou bien comme entourée de halos multicolores. Ce que nous désirons le plus avoir est un télescope mental qui soit non seulement puissant mais aussi dépourvu des couleurs que seule la qualité d'achromaticité éliminerait.
La seconde ligne d'ascendance est celle qui appartient purement à l'homme intérieur ; c'est la ligne psychique. Elle est obscure, et, en fait, ne peut être découverte et définie que par un adepte, ou un voyant entraîné dont la clairvoyance lui permet de voir ce fil intangible mais cependant puissant qui a tant à voir avec notre caractère. Cette ligne est tout aussi importante que l'ascendance physique — en fait même plus — parce qu'elle concerne l'homme toujours vivant, alors que la demeure physique est choisie par l'homme intérieur ou est la conséquence des actions que cet homme intérieur a obligé le précédent corps à accomplir. Aussi peut-elle être modifiée facilement à tout moment si nous vivons dans la soumission à la loi supérieure.
Si l'on quitte la ligne globale d'ascendance au sein d'une nation, on trouve que chaque individu est également gouverné par les caractères particuliers et les' défauts propres à la famille, qui ne sont pas aussi faciles à définir que ceux qui sont propres à la nation, du fait que peu d'hommes sont en possession de faits suffisants pour définir les tendances familiales générales.
Si nous en venons maintenant à nous-mêmes, c'est presque un axiome d'affirmer que le mental de chacun agit d'une façon qui lui est propre. Le mental possède une tendance, qui s'accentue de jour en jour après nos premières années d'existence, de tomber dans une ornière — sa propre ornière ou façon de regarder les choses et les idées. Ceci est d'une grande importance.
En effet, l'homme qui a libéré son mental de sorte à le rendre capable d'épouser facilement les méthodes du mental des autres, cet homme-là a plus de chances de voir la vérité plus rapidement que celui qui est fixé dans ses propres voies.
Nous devons donc tout de suite nous constituer notre propre critique et adversaire, car il n'est 'pas fréquent que quelqu'un d'autre consente à remplir ce rôle pour nous ou en soit capable.
Notre première étape, qui est aussi la plus difficile — pour certains, en fait, impossible — est de nous choquer nous-mêmes d'une façon telle que nous soyons vite capable de sortir de nos propres méthodes mentales ou plutôt de les comprendre. Je ne veux pas dire que nous devions abandonner tout ce que nous avons eu antérieurement comme apprentissage et éducation, mais que nous analysions toutes nos opérations mentales de façon à connaître avec certitude et à percevoir aisément la différence réelle de méthode entre nous-mêmes et toute autre personne. C'est une chose que les hommes d'aujourd'hui entreprennent ou réalisent rarement ; chacun est épris de ses propres habitudes mentales et répugne à admettre que quelqu'un d'autre puisse être meilleur que lui. Quand nous sommes devenus familiers avec les voies mentales qui sont les nôtres, c'est alors que nous sommes dans la position convenable pour voir si, dans un cas particulier ou l'autre, notre point de vue est faux.
C'est là l'équivalent psychologique et métaphysique du processus scientifique qui consiste à classifier et comparer de façon à parvenir à distinguer des différences entre des choses en vue de découvrir des lois physiques. Car, tant que nous restons dans l'ignorance de la méthode des voies suivies dans l'action de notre mental, il n'existe pas de moyen permettant de comparer notre mental avec celui des autres. Nous pouvons comparer nos points de vue et opinions, mais non la mécanique réelle de la pensée. Nous pouvons entendre des doctrines, mais nous sommes incapables de dire si nous les acceptons ou les rejetons sur la base d'un raisonnement juste, ou parce que notre penchant particulier sur le plan mental nous force à ratiociner en nous conformant entièrement à une déformation mentale acquise tout au long de nombreuses années vécues dans la précipitation.
On mesure l'intérêt qu'il y a à comprendre notre déformation mentale au- point de pouvoir l'abandonner à volonté, et entrer dans la déformation mentale d'un autre, quand, nous considérons que chacun de nous n'est capable de percevoir que l'une des nombreuses facettes que la vérité présente. Si nous restons dans l'ornière qui nous est naturelle, nous passons une vie entière à ne voir la nature et le champ de la pensée qu'à travers une seule sorte d'instrument. Mais par l'autre pratique, nous pouvons obtenir autant de points de vue différents de la vérité que le nombre de mentaux que nous rencontrons. Quand un autre être humain expose devant nous ses pensées, nous pouvons non seulement les examiner dans notre optique, mais aussi prendre sa méthode et, en faisant nôtres, pour l'occasion, ses tendances et sa déformation mentales, avoir ainsi une vision d'autant plus grande.
Il est très facile d'illustrer ceci par des exemples de la vie ordinaire. Le romancier ne voit dans les salons de la société et les taudis des pauvres que les matériaux qui pourront servir de base à un nouveau livre, alors que celui qui vise la réussite sociale écarte la pensée des taudis et ne voit dans la société que le moyen de satisfaire son orgueil et son ambition, tandis que l'artiste ne peut penser qu'au jeu des couleurs et à l'arrangement des figures et à l'harmonie dont se délecte son sens artistique.
Le simple homme d'affaires n'est pas attiré par les événements complexes quotidiens qui ne sont pas en relation avec ses affaires, alors que l'étudiant en Occultisme sait que des événements très obscurs annoncent d'autres choses qui n'appartiennent qu'au futur. Dans chaque couche de la société et chaque art ou profession, il nous est prouvé constamment que chaque homme considère n'importe quel sujet en adoptant seulement un ou deux points de vue, et quand on rencontre un mental bien équilibré qui regarde les événements, les hommes et les pensées d'une manière libre de tous les côtés, chacun reconnaît immédiatement une supériorité dans la personne, sans cependant être capable de l'expliquer.
Mais c'est dans l'étude Théosophique qu'il est sage pour nous de nous constituer critiques de nous-mêmes et d'adopter autant que possible la pratique consistant à abandonner notre propre route mentale pour emprunter celle d'un autre. La vérité est simple et il n'est pas si difficile de l'atteindre si nous voulons bien suivre le conseil de l'Upanishad hindou et trancher l'erreur. Dans une large mesure l'erreur se développe à partir de notions et d'idées préconçues inculquées en nous par nos éducateurs et notre vie.
L'influence de ces idées préconçues apparaît chaque jour parmi les Théosophes qui cherchent à avoir plus de livres à lire sur la Théosophie. Leur mental est si plein de vieilles notions qui ne sont pas expulsées d'une manière violente, que la vérité ne peut pas être facilement perçue. S'ils lisaient moins de nouveaux livres et passaient plus de temps à relire ceux qu'ils ont essayés en premier, tout en s'efforçant studieusement d'entrer dans toute la pensée de l'auteur, ils enregistreraient un bien plus grand progrès.
Prenez, par exemple, la Clet de la Théosophie. Elle est pleine de toutes les doctrines principales de la Religion-Sagesse, et d'indications concernant d'autres points. Beaucoup de gens, après en avoir fait la lecture, se sont mis en quête d'un autre livre. Ils prétendent bien le posséder. Cependant, si vous leur posez quelques questions, ou écoutez les leurs, il apparaît clairement qu'ils n'ont saisi que la partie de l'ouvrage qui, d'une certaine façon, coïncide avec leur formation antérieure et la ligne de pensée qu'ils ont acquise. En fait, c'est justement la partie sur laquelle ils n'avaient pas besoin de s'attarder, puisque, comme elle est en affinité avec eux-mêmes, elle peut être comprise à n'importe quel moment. Mais si un lecteur veut bien se mettre dans la position d'être son propre critique, alors les parties du livre qui semblent obscures' seront attaquées, sans s'en détourner et si elles sont examinées sous tous les angles, elles pourront bientôt être transformées en possessions. Et, simplement du fait que telle n'a pas été la pratique, il est arrivé que certaines présentations d'une valeur extrême de la doctrine et de la philosophie soient restées enfouies dans des livres et des revues théosophiques parus antérieurement, pendant que des lecteurs qui en ont pris connaissance une seule fois sont passés fébrilement à d'autres ouvrages et ont perdu le souvenir de ce qui aurait pu les éclairer.
Le Théosophe qui aime à se qualifier de pratique et de logique, qui abhorre le mysticisme, devrait essayer de voir ce que veut dire le Théosophe mystique, et le mystique devrait lire soigneusement les mots exprimés par le membre pratique, dans le but de pouvoir s'équilibrer lui-même. Un mental complètement pratique, ou entièrement mystique, n'est pas bien équilibré. Et aussi longtemps que l'homme pratique et logique qui se trouve dans nos rangs repoussera le mysticisme et ne lira jamais les textes qui s'en inspirent, il restera déformé et déséquilibré aux yeux de ceux qui voient les deux cotés, parce qu'il est enveloppé dans des id.?es et des méthodes qui ne sont justes que dans leur propre domaine. L'attitude d'esprit proposée ne doit pas être observée seulement envers notre littérature et la philosophie étudiée ; elle doit être celle de chaque heure du jour et pouvoir s'appliquer à nos relations avec autrui. Elle nous amènera à discerner le défaut commun consistant à refuser de considérer les pensées exprimées par une autre personne, parce que sa personnalité nous est désagréable. Souvent, dans nos rangs, nous trouvons des gens qui ne prêtent aucune attention à certains autres membres qui, selon eux, sont incapables de raisonner correctement ou de parler clairement. Cependant, en dehors de toute considération de charité et de politesse, il existe une loi occulte, qui est trop ignorée, — selon laquelle chacun est amené insensiblement par la loi Karmique à s'adresser aux autres sur ces sujets et à offrir une occasion à l'interlocuteur de faire un bond, pour ainsi dire, hors de sa façon de penser favorite et de considérer la vie telle qu'elle est vue à travers les yeux d'un autre. Ceci se produit souvent, si nous le permettons, dans la tentative faite pour maîtriser l'irritation ou l'ennui causé par la manière dont l'autre personne présente sa pensée dans son mental. Mais si nous refusons de saisir l'occasion, que ce soit en nous échappant absolument ou en recouvrant notre mental d'un épais manteau d'indifférence, l'idée brillante et nouvelle qui apparaît en tremblant dans le champ de notre conscience est rejetée et perdue dans les sombres recoins du plan mental. Ou bien alors, en envisageant les choses d'une autre manière, nous pouvons, conformément à la loi Karmique, être la seule et unique personne capable à ce moment d'élucider l'idée de notre frère, et nous restons encore son débiteur si nous n'acceptons pas l'opportunité offerte. De quelque point de vue qu'on se place, le résultat est le démérite.
Conquérons donc le soi dans le domaine indiqué et ainsi transformons l'insidieux ennemi et le trompeur intérieur en l'ami et le guide constant.

William Q. JUDGE.

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Etude et travail théosophique

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La naissance et la vie d'une branche de la Société Théosophique [la S.T.] sont très semblables à celles d'un individu. Il en est d'un groupement de théosophes engagés dans l'entreprise et l'étude théosophiques comme d'une personne : les êtres qui lui donnent naissance et son milieu ultérieur ont un grand rapport avec la poursuite de sa vie et la puissance de l'influence exercée sur les éléments qui composent l'associa¬tion ; ils conditionnent aussi l'influence qui rayonne de la branche sur les gens de l'extérieur. Et dans une branche de la S.T., la paternité est partagée par tous ceux qui se mettent ensemble pour la lancer et soutenir son existence. Si les auteurs de ses jours sont inintelligents, confus, incertains, ou s'ils recherchent leur propre avantage dans la formation de la branche, la vie de celle-ci et son travail seront à leur image. Sa croissance sera arrêtée, son influence paralysée, et les résultats - nuls. Le travail et l'influence d'une branche reposent sur la connaissance de la doctrine théosophique, sur les motifs, idées et idéaux de ses membres ; aussi devons-nous considérer quelle est la connaissance requise, et quels devraient être les objectifs, idées et idéaux de ceux qui composent une branche de la S.T. et sont destinés à y travailler. Il faut également s'interroger sur les méthodes qu'il conviendrait d'adopter, ainsi que sur celles qui seraient à éviter.
Le travail d'une branche a deux domaines objectifs où il est destiné, dans l'ordre théosophique des choses, à faire ressentir, son aide et son influence. Le premier est constitué par ses membres individuellement et collectivement, et le second par la fraction du monde qui se trouve à sa portée. Si, comme je le crois fermement, la théorie de la fraternité universelle est basée sur une loi - un fait - dans la nature, selon laquelle tous les hommes sont des êtres spirituels qui sont indissolublement liés et unis entre eux pour former un vaste tout, il s'ensuit qu'aucune branche, ni aucun théosophe pris individuellement, ne peut être considéré comme étant sans importance ni influence ; et de même, aucun membre, homme ou femme, n'est justifié à se croire trop obscur, trop peu avance pour n'être d'une quelconque utilité pour le mouvement, et par conséquent pour l'humanité dans son ensemble.
Le fait qu'une branche soit un groupement d'individus renforce cette certitude : grâce au lien subtil qui relie entre eux tous les hommes de cette planète, par l'effet de la loi d'unité, une branche peut exercer une influence plus vaste et plus puissante — pour le meilleur ou pour le pire — qu'un simple individu isolé. Car, de même que l'homme est composé d'atomes qui sont parvenus jusqu'à lui par diverses lignes d'hérédité depuis de nombreux ancêtres, qui tous participent à l'influence qu'il exerce, ainsi une branche est un être composé d'atomes — ses membres — qui sont inclus dans ses limites. Et il ne relève pas de la fantaisie ni du rêve de dire que cet être peut se révéler intelligent, puissant, faible ou méchant dans son ensemble, selon que telle ou telle qualité lui est imposée par ses éléments constitutifs. Et les décla¬rations faites par les Adeptes au sujet des théosophes considérés individuellement devraient également s'appliquer à un tel ensemble. Ces Etres ont indiqué que chaque membre pouvait aider le mouvement en expliquant ses doctrines fondamentales (ou au moins en éliminant les fausses conceptions à leur propos), et qu'aucun élément du tout ne devrait être ignorant au point de supposer qu'il, ou elle, avait un karma spécial propre, coupé de tout lien avec le reste. Car, selon Eux, pas un seul bon exemple de vie théosophique ne se perd : l'action de chacun de nous ne se limite pas à des effets sur les membres de l'entourage immédiat, mais projette aussi dans le grand courant universel, une influence qui a son poids dans la destinée de la race. Voici certaines de leurs paroles d'or :
« Que le fruit du bon karma ne soit pas votre motif ; car comme votre karma, bon ou mauvais, est un et propriété commune de toute l'Humanité, rien de bon ou de mauvais ne peut vous arriver sans qu'il soit partagé par beaucoup d'autres. C'est pourquoi votre motif, s'il est égoïste ne pourra produire qu'un double effet, bon et mau¬vais, et rendra votre bonne action nulle ou bien la détournera au profit d'un autre homme » (...) « Il n'y a pas de bonheur pour celui qui pense toujours au soi et oublie tous les autres sois » (1).
Cela peut s'appliquer entièrement à une branche dans sa totalité, car elle constitue un être intelligent, tout autant soumis à l'effet de karma que n'importe quel individu. Elle ressent toujours le karma de ses actions, et la respon¬sabilité repose sur les membres qui ont négligé les injonctions du devoir théosophique, ou y ont obéi. De même, le karma de l'ensemble de l'organisme international doit réagir sur elle, dans un sens bénéfique ou contraire, selon le karma bon, mauvais ou indifférent, que la branche a pu acquérir par sa ligne d'action. Elle fait partie du tout, et aucun de ses fragments ne peut être exempt des influences qui appartiennent à l'ensemble des travailleurs. Ainsi, une branche qui s'est montrée indifférente, égoïste ou pleine de doute ou de déloyauté envers les idéaux qu'elle s'était engagée à suivre, attirera de l'ensemble du karma théosophique international juste ce qu'il faut pour accentuer sa faiblesse et son doute ; et d'autre part, une branche qui a travaillé dur, avec altruisme et ardeur, attirera le bon aspect de toute la somme de karma, ce qui, ajouté au sien propre, lui permettra de résister aux mauvais effets et renforcera encore les éléments vitaux du corps organisé qui est le sien.
On peut figurer le bon ou le mauvais karma de la Société Théosophique dans son ensemble comme l'entourant, d'une extrémité du monde à l'autre, sous la forme de couches ou de sphères de lumière ou de ténèbres, la lumière représentant le bon karma, et les ténèbres le mauvais. Dans ces conditions, les unités — les branches — qui contiennent en elles-mêmes des éléments de lumière vont attirer de la sphère lumineuse autant de lumière qu'elles sont capables d'en retenir et les ténèbres vont affluer vers celles qui contiennent déjà des ténèbres. Ainsi nous sommes tous, théosophiquement parlant, des gardiens et des aides les uns pour les autres, non seulement aux Etats-Unis, mais en Angleterre, à Bombay, â Calcutta et â Madras. Si nous n'accomplissons pas notre devoir, il peut arriver qu'une branche qui se débat avec des difficultés quelque part, en un lieu distant, reçoive de nous, en raison de sa formation r6cente ou de sa faiblesse, non une aide mais un dommage. Chaque branche est séparément responsable de ses propres actions, et cependant chacune est aidée, ou lésée, par chacune des autres. Ces influences réciproques s'exercent sur le plan réel, bien qu'invisible, où tout homme est uni dynamiquement â chacun de ses semblables. Et je ne manque pas de charité en disant que si les branches indiennes avaient oeuvré davantage pour les lointains Etats-Unis, â un moment où la S.T. ne pouvait y subsister par ses propres moyens, nous serions aujourd'hui plus riches que nous ne le sommes, en potentiel d'explication, en nombre de travailleurs et autres moyens d'aide qui auraient pu venir de cette terre lointaine. Il est vrai aussi que si les premières branches américaines avaient oeuvré avec plus de zèle et d'énergie dans le sens des véritables buts de la Société, nous aurions été capables plus tôt d'aider et de soulager notre frère dévoué qui se sacrifie au travail, le Colonel H.S. Olcott. Aujourd'hui, les branches récentes de la Société dans ce pays jouissent d'une plus grande opportunité que d'autres dans le passé, car tout le combat a déjà été mené et beaucoup de travail est prêt â leur disposition.
Ainsi, la plus obscure des branches a dans le plan général une place aussi importante que celle qui est grande et bien connue, alors que celles qui sont paresseuses, envahies de doute ou égoïstes, devront payer un jour ou l'autre pour les actions qu'elles ont commises, ainsi que pour ce qu'elles ont omis de faire pour contribuer â la somme collective de bien.
Au vu de cela, on peut conclure qu'une branche considérée isolément a le pouvoir d'aider et soutenir efficacement non seulement ses membres mais aussi tout l'ensemble de la Société Théosophique. Pour mieux éclairer ce point, rappelons nous comment, à plus d'une reprise dans l'histoire du monde, une famille, ou même un homme, a pu représenter parfois, pour la nation ou la race, un pouvoir actif pour le meilleur ou pour le pire.
Conformément à cette doctrine d'unité et de désintéressement, tous les membres d'une branche devraient se joindre à son travail avec un esprit altruiste capable de les amener à être patients avec leurs frères plus faibles, car la force d'une chaîne n'excède pas celle du moins résistant de ses maillons ; par conséquent, il faudrait essayer d'apporter au mental des plus faibles les vérités que les autres voient avec moins de difficulté. Ensuite, s'il s'affranchit du désir d'obtenir la connaissance pour lui-même, chaque individu rendra la branche dans son ensemble d'autant plus ouverte et poreuse aux influences invisibles, mais réelles et puissantes, qu'envoient depuis les coulisses les grands personnages dont une part du travail dans le monde est constituée par le mouvement théosophique, et qui oeuvrent constamment parmi nous dans le but d'aider ceux qui sont sincères et altruistes. Si l'on en croit le témoignage de ceux qui font partie de la Société depuis longtemps, il y a chaque jour parmi nous, affirment-ils, de nombreux disciples (connus dans notre littérature sous le nom de « chélas ») qui sont engagés dans la tâche d'attiser la flamme de l'illumination spirituelle partout où ils la rencontrent parmi les membres. Leur influence n'est pas dispensée sur des critères de richesse ou de rang éminent, mais elle s'exerce sur tout individu, de n'importe quelle classe, qui s'est efforcé de comprendre la théosophie pour le bien d'autrui, en visant à pouvoir la communiquer aux autres à son tour. Non seulement ce fait a été attesté par les leaders du mouvement, mais, nombre d'entre nous ont constaté dans leur propre expérience que ceux qui sont ardents dans le service de leur semblable ont reçu de l'aide.
Et cela s'applique particulièrement et plus fortement à ceux des membres qui ont entre autres comme but l'acquisition de pouvoirs psychiques et anormaux. Si l'homme désire ces pouvoirs pour lui-même, il ne peut les trouver et les utiliser en toute sécurité ; et le simple fait d'affirmer dans son coeur, ou en paroles, qu'il les désire pour les autres ne sert à rien si le motif et l'objectif intérieurs et profonds ne coïncident pas avec la haute résolution qui est exprimée. Nouveaux et anciens, nos membres feraient aussi bien de se familiariser dès maintenant avec cette vérité nue et crue sur ce sujet, plutôt que d'attendre des années d'expérience amère pour qu'elle s'imprime profondément en eux. De tels pouvoirs existent, et l'homme peut les acquérir, mais chaque âge et chaque race a ses limites que l'individu moyen ne peut franchir. Il n'y a guère de membres désireux de ces pouvoirs qui, de leur propre aveu, seraient prêts, pour s'en rendre maîtres, à devenir des magiciens noirs, c'est-à-dire à sacrifier pour eux leurs chances d'émancipation. Cependant, sans altruisme, on ne peut les obtenir à moins d'être un magicien noir. Il faut délibérément se décider à sa ri fier toute autre chose et tout être à la poursuite de ce dessein, si on a l'intention de les acquérir sans suivre les règles établies par les Adeptes blancs, qui enseignent la vérité, la pureté, la charité et toutes les vertus — en fait, l'altruisme. Ce n'est pas un secret que eux voies — et eux seulement — s'ouvrent à celui qui aspire aux pouvoirs de l'adepte : ce sont celle de la main droite, de la vertu et de l'altruisme, et celle de la main gauche — le côté noir — de l'égoïsme intense et inflexible. Aucun compromis, aucun dilettantisme n'est autorisé, ni possible, et ce d'autant plus sur le sentier égoïste, car là, chacun a la main levée contre celle des autres ; personne ne viendra en aide à la moindre crise, et à l'heure où l'étudiant de cette école se trouvera mis en péril par les terribles forces invisibles de la nature, ses compagnons de route ne feront que ricaner de sa faiblesse et se réjouir de sa chute. En fait, très mince est la ligne de démarcation entre ces deux voies, pour les étudiants du degré auquel appartiennent la plupart des membres de notre Société. Elle est comme la limite de l'épaisseur d'un cheveu qui sépare le vrai du faux, selon a parole du mystique musulman. Il faut être très attentif pour découvrir si son motif est vraiment aussi altruiste qu'on le prétend. Mais on peut tou¬jours le tester par la réalité du sentiment de fraternité que l'on a en soi. Une simple aspiration intellectuelle à connaître et à découvrir plus dans ce domaine est égoïste et appartient à la qualité noire, car à moins que tout désir de connaître la vérité ne soit nourri dans le but de pouvoir la donner aux autres, il est plein d'impureté. De plus, il ne conduira pas aux pouvoirs, ni a la vraie connaissance, car le succès dans les deux voies dépend de l'embrasement du désir dans le coeur. Avec l'école blanche, ce désir brûle pour les autres ; dans la voie du côté noir, le même désir ardent est tourné vers soi uniquement.
Nombreux, cependant, sont ceux qui pensent qu'ils peuvent appartenir à la Société, et que, tout en étant égoïstes d'une manière négative, c'est-à-dire disposés de bon gré à s'asseoir pour écouter les autres exposer la doctrine théosophique, sans jamais travailler eux-mêmes pour l'ensemble, ils auront la chance de profiter de cette attitude dans le sens d'une compréhension des doctrines concernant l'homme et la nature qui sont répandues parmi nous. Mais ils oublient une loi de grande importance qui opère dans ces domaines, en fait, une loi dont ils ne sont peut-être pas prêts à admettre l'existence et qui est fort opposée à nos idées modernes sur les pouvoirs et les fonctions du mental humain. Il s'agit de ceci : une telle attitude, en raison de son égoïsme, élève un mur résistant entre leur mental et les vérités mêmes qu'ils désirent connaître. Je parle d'un effet dynamique véritable qui est aussi évident à l'œil du voyant entraîné que tout objet pour un oeil sain.
Nous sommes habitués, depuis tant d'années, à des idées vagues sur le mental humain, sur ce qu'il est et ce que sont vraiment ses pouvoirs, que les gens en général n'ont aucune idée claire sur la question de savoir si oui ou non les pensées produisent un effet matériel sur l'organisme humain, ou si elles sont semblables à ce qu'on appelle communément « l'imagination » — un quelque chose de très irréel et d'entièrement dénué d'objectivité. Mais c'est un fait que le mental de la personne égoïste n'arrête pas de construire autour de lui-même une surface dure et réfléchissante qui renvoie hors de sa portée la connaissance même que l'homme, quant à lui, saisirait bien si seulement il savait la raison pour laquelle il n'y parvient pas.
Ceci nous conduit naturellement â la proposition suivante : l'objectif des membres d'une branche devrait être de déraciner l'égoïsme, et de répandre et illustrer la doctrine de la fraternité universelle, en appuyant leurs explications sur l'unité réelle de tous les êtres. D'elle-même, cette doctrine amènera à en expliquer de nombreuses autres, étant donné qu'elle les sous-tend toutes, petites et grandes. Et, pour ce faire, les membres devraient étudier le système comme un tout, afin de pouvoir y englober toutes ses parties. C'est parce qu'une telle étude fait défaut que l'on entend si souvent des membres répondre, lorsqu'on leur demande d'expliquer leur théosophie : « Eh bien, à vrai dire, je sais bien ce dont il s'agit, mais je ne suis pas capable de vous l'expliquer clairement. » Ils manquent de clarté parce qu'ils n'ont pas pris le temps, ni le soin d'apprendre les quelques propositions fondamentales et la manière de les appliquer à toute question, quelle qu'elle soit.
Une erreur très courante consiste à supposer que l'on peut convertir â la théosophie et amener dans son sein des nouveaux venus, des personnes nouvelles qui cherchent à s'informer, en se tournant vers les phénomènes et en insistant sur leur importance. Dans le terme « phénomènes », j'inclus toute manifestation telle que spiritisme, clairvoyance, clairaudience, psychométrie, hypnotisme, mesmérisme, lecture de pensée, etc. Ces membres ne convertissent que peu de gens, s'ils le font, parce qu'il n'y a pas grand-chose de connu au sujet de ces phénomènes et qu'il faut administrer tellement de preuves avant de faire naître une croyance. Et m&me une croyance en ces choses n'apporte aucune base saine d'une nature théosophique. On trouve de cela une parfaite illustration dans l'histoire de H.P. Blavatsky qui, pendant de nombreuses années, a permis que des phénomènes se produisent en sa présence pour le bénéfice de cer¬taines personnes bien précises. Ces phénomènes ont été commentés par le monde entier, et la Société Psychique a cru bon d'envoyer un homme pour faire une investigation à leur sujet, postérieurement à leur manifestation, mais quoique les personnes mêmes qui les avaient vus se produire aient témoigné de leur authenticité, ils ont été niés par cet enquêteur et tous mis sur le compte de la supercherie et d'une entente entre compères. Tous ceux qui dès le début étaient enclins à croire à leur réalité ont continué de le faire, et ceux qui n'y avaient jamais cru sont restés sur la même position qu'auparavant.
Les phénomènes les mieux attestés prêtent toujours au doute tant que la philosophie sur laquelle ils reposent n'est pas comprise.
De plus, la grande masse des hommes et femmes de ce monde ne se préoccupent pas des phéno-mènes. A leur avis, on peut les laisser de côté pour l'instant, parce que des choses plus urgen¬tes mobilisent l'attention et appellent des solutions. Les grands problèmes de la vie nous harcèlent : pourquoi sommes-nous ici, pourquoi souffrons-nous, où peut-on trouver la justice qui démontrera pourquoi doit souffrir l'homme bon, ou même, en fait, n'importe qui ? Car tout homme pense que le destin le malmène injustement lorsque s'effondrent les projets qu'il avait nourris, que sa famille est emportée par la mort, que son nom est déshonoré par un rejeton irrespectueux des bonnes traditions, ou encore que — ce qui est très souvent le cas — il est injustement accusé et blessé par ses semblables. Nombreux sont ceux qui se trouvent naître pau¬vres quand d'autres moins méritants sont riches ; et ils demandent pourquoi il en est ainsi de tout, sans recevoir la moindre réponse des systèmes religieux courants d'aujourd'hui. C'est la vie et ses douleurs qui détruisent notre paix, et tout cœur humain veut en connaître la raison.
Nous devons, par conséquent, offrir des théories qui fourniront la réponse, et ces théories sont les grandes doctrines de karma et de la réincarnation : elles font voir la justice triomphante dans le monde, distribuant récompense ou châtiment suivant ce qui est mérité dans tous les états de la vie. Après quinze années d'expérience dans le travail de la Société, j'ai observé que plus d'hommes et de femmes bons et utiles ont été attirés â notre mouvement par ces doctrines qu'il n'en lui est jamais venu â cause des phénomènes, et que nom¬breux sont ceux qui ont quitté nos rangs après avoir commencé par le côté des phénomènes. Les membres en général ne sont peut-être pas conscients du fait que, lorsque la Société fut formée, la majorité de ses affiliés à New York étaient des spirites, et que presque tous nous ont quittés depuis longtemps.
Il y a un pouvoir mystérieux dans ces doctrines de karma et de la réincarnation qui les impose finalement â la croyance de ceux qui se mettent â les étudier. Cela est dû au fait que l'ego est lui-même celui qui fait l'expérience de la renaissance et de karma, et qu'il possède en lui un clair souvenir des deux : il se réjouit, pour ainsi dire, lorsqu'il constate que le mental inférieur se met â les étudier. Chaque personne est la concentration et le résultat de karma, et elle est poussée de l'intérieur â croire. L'éthique de la Théosophie, telle qu'elle est imposée et éclairée par ces doctrines jumelles, devrait par conséquent constituer l'objet de notre recherche et de nos efforts de diffusion.
De plus, cette ligne d'action est ratifiée, pour ceux qui croient en les Adeptes, par les mots qu'ils ont écrits â notre sujet. Je cite : « C'est le désir insatiable de phénomènes, si souvent rendus dégradants, qui vous a causé tant d'ennuis. Que la Société prospère donc en s'appuyant sur sa valeur morale, et sur l'étude et la mise en pratique de la philosophie et de l'éthique. »
La question suivante est de savoir comment mettre tout cela en pratique.
Premièrement, en ouvrant la branche au public, et en ne lui donnant jamais un caractère privé.
Deuxièmement, par une présence assidue, et des réunions régulières.
Troisièmement, en créant une bibliothèque, avec, au début, les quelques livres importants : ce minimum peut ensuite être complété par les membres, de temps en temps, par le don de livres qu'ils auront lus.
Quatrièmement, en ayant toujours un article, original ou non, prêt pour la lecture et la discussion. Si aucun talent littéraire n'est disponible, on peut y remédier en puisant dans la grande quantité d'articles qui ont été publiés dans les revues de la Société au cours de ces quinze dernières années. Presque tous les sujets d'intérêt théosophique y ont été traités et expliqués. On peut les rechercher sans grande difficulté et les utiliser à toutes les réunions. Et on peut mener leur étude selon un programme défini, de façon à couvrir chaque sujet dans sa totalité. On s'apercevra que presque toutes les questions qui préoccupent maintenant les nouveaux membres ont déjà été illustrées et expliquées à un moment ou un autre dans ces articles.
Cinquièmement, par une étude élémentaire attentive de nos doctrines, â partir d'un ou deux livres, jusqu'à ce que les grandes lignes de l'ensemble soient saisies. Prenez, par exemple, le Bouddhisme ésotérique (2). Il expose le système dans sa généralité, et bien des gens l'ont lu, mais beaucoup n'en ont fait qu'une seule lecture. Ces personnes-là se posent souvent des questions qu'elles pourraient facilement résoudre si elles avaient intégré à leur bagage mental le système dans son ensemble. Ce livre peut être corrigé à l'aide de la Doctrine Secrète, dans laquelle Mme Blavatsky déclare que le Bouddhisme ésotérique est correct dans ses grandes lignes, tout en donnant les moyens de remédier à ses déficiences. Et puis, il y a cet ouvrage des plus utiles, Five Years of Theosophy (Cinq années de Théosophie), contenant certains des articles les plus précieux qui aient paru dans les colonnes du Theosophist.
Sixièmement, par une méthode de discussion qui ne permette à aucune personne de la branche d'imposer ses vues comme étant les idées correctes. Nous ne pouvons accéder à la vérité par des affirmations tranchées, mais seulement par une calme considération des points de vue présentés, et la personne qui donne ses avis avec autorité est presque toujours proche de l'erreur. Je sais que cette position est contraire à celle de l'indépendance américaine,qui nous amène constamment à nous affirmer avec autorité. La véritable philosophie réduit cette tendance à zéro et enseigne que c'est seulement par la coopération des chercheurs que l'on peut arriver à la vérité. Et l'occultisme plus profond indique que celui qui s'affirme avec autorité se prive à jamais de la vérité. Aucun mental ne possède toute la connaissance possible, et chacun, par nature, n'est capable de voir que le côté particulier qui s'offre à lui facilement, en raison de son hérédité raciale et des tendances surajoutées par son éducation.
Septièmement, en nous souvenant que nous ne pouvons pas modifier d'un coup les tendances inhérentes des atomes de notre cerveau, ni nous changer en un éclair. Nous sommes insensiblement affectés par notre éducation, par les idées de notre jeunesse, par la pensée, quelle qu'elle ait pu être, que nous avions avant d'aborder la Théosophie. Il nous faut être patients, non pas avec le système théosophique mais avec nous-mêmes, et accepter d'attendre que se produise graduellement sur nous l'effet des idées nouvelles.
L'adoption de ces idées est en fait une nou¬velle incarnation mentale, et nous devons, tout comme dans le cas d'un nouveau manvantara, évoluer à partir de l'ancien état et progressivement déraciner avec soin les anciennes tendances. Il est enseigné dans la Doctrine Secrète que la lune est le parent de la terre et qu'elle nous a donné tous les matériaux que nous remettons en chantier dans notre monde. C'est la même chose dans le cas considéré. Notre ancien état mental constitue notre lune mentale : il nous a donné certains matériaux que nous devons remettre sur le métier ; si nous ne le faisons pas nous essayons d'aller à l'encontre d'une loi de la nature, et nous sommes voués à l'échec.
Certains demanderont peut-être s'il n'existe pas quelque genre d'étude qui nous permettrait de faire table rase (3) de ces anciens modes de pensée erronés. A ceux-ci je ne peux qu'indiquer l'expérience de beaucoup de mes amis dans ce sens. Soutenus en cela par la plus haute autorité, ils disent que l'unique processus consiste à approfondir et essayer de comprendre la loi d'unité spirituelle et le fait que nul être n'est séparé des autres, mais que tous sont un sur le plan de l'esprit, et que pas une seule personne ne possède en propre un esprit particulier, mais que l'atman, qu'on appelle le « septième principe », est, en fait, la synthèse du tout et la propriété commune de tous les êtres, supérieurs et inférieurs, humains, animaux, animés, inanimés ou divins. C'est ce qu'enseigne la Mundaka Upanishad des Hindous, et le titre même de « Mundaka » renvoie à l'idée de « raser », parce qu'elle « rase » les erreurs qui barrent la voie vers la vérité, en permettant alors à la lampe brillante de la connaissance spirituelle d'illuminer notre nature intérieure.
Et pour ceux qui désirent trouver l'éthique et la philosophie les plus élevées condensées en un seul livre, je recommanderais la Bhagavad-Gîtâ, étudiée à l'aide de conférences comme celles de notre frère hindou - maintenant décédé — Subba Row, de Madras (4). Elles ont été repu¬bliées du Theosophist et chacun peut se les procurer. Dans la Doctrine Secrète, Mme Blavatsky déclare : « On peut trouver (dans ces conférences) la meilleure définition métaphysique de la théogonie primordiale selon l'esprit vedantin ».
Dans la conclusion de la Clef de la Théosophie, H.P. Blavatsky écrit, au sujet de l'avenir de la Société Théosophique :

« Son avenir dépendra presque entièrement du degré de désintéressement, de sincérité, de dévouement et finalement — ce qui n'est pas le moins important — de la mesure de connaissance et de sagesse que posséderont ceux de nos membres auxquels il incombera de continuer le travail et de guider la Société après la mort de ses Fondateurs. » (....) s'ils ne sont pas capables de s'affranchir du conditionnement de l'éducation théologique (...) on ne peut s'attendre qu'à voir la Société partir à la dérive, pour aller s'échouer sur quelque banc de sable de la pensée et y demeurer comme une épave immobilisée pour toujours et condamnée à se désagréger et mourir. (...) Mais si l'on réussit à éviter ce danger (...) la Société continuera et subsistera à travers le XXe siècle (...) Elle brisera (...) les entraves de fer des crédos et des castes. (...) L'Occident apprendra à comprendre et à estimer l'Orient à sa juste valeur (...) Le développement des pouvoirs psychiques (...) s'accomplira d'une manière saine et normale et l'humanité sera sauvée des terribles dangers, à la fois mentaux et corporels qui sont inévitables quand ce développement a lieu — comme il risque de le faire en ce moment — dans un climat où se déchaînent l'égoïsme et (...) la passion.
Vers la fin de chaque siècle (...) une ou plusieurs personnes se révèlent dans le monde comme Agents des Maîtres, et on voit se répandre sur une échelle plus ou moins grande (...) une connaissance occulte. »

Elle conclut en affirmant que la S.T. actuelle constitue l'une de ces tentatives faites pour aider le monde, et que le devoir de chacun des membres est indiqué sans équivoque : il s'agit pour eux de préserver cet organisme, avec sa littérature et les plans originels, de façon à le transmettre à nos successeurs qui devront le tenir prêt lors du dernier quart du siècle suivant, pour le messager des Maîtres qui alors réapparaîtra, comme maintenant. Echec ou succès dans ce devoir, les conséquences en sont clairement prévisibles. Si nous réussissons, alors, au vingtième siècle, ce messager — homme ou femme — trouvera les matériaux disponibles, dans les livres, dans la pensée, et le vocabulaire familier, pour lui permettre de poursuivre la grande entreprise jusqu'à un autre stade, sans l'opposition farouche et les obstacles terribles qui nous ont mis au défi pendant les quinze dernières années qui viennent juste de s'achever. Si nous échouons, alors le messager gaspillera de nouveau beaucoup de précieuses années à re-préparer le terrain et c'est à nous qu'en incombera la responsabilité.
William Q. Judge
Notes :
(1) : Ces paroles sont citées par H.P. Blavatsky dans les Cinq Messages (pp.36-7), éd. Textes Théosophiques, Paris. (N.d.T.).
(2) : Ouvrage publié en 1883 par A, P. Sinnett sur la base d'une correspondance échangée avec les Maîtres de Mme Blavatsky. (N.d.T.).
(3) W.Q. Judge emploie le verbe to shave off : « faire place nette avec un rasoir » - ce qui annonce la fin du paragraphe. (N.d.T.).
(4) Revue The Theosophist, février, mars, juin, 1887.
Remarque : La présent article « Theosophical Study and Work », fût publié en anglais par W.Q. Judge dans la revue Aryan Branch Paper de novembre 1890. (N.d.T.) – Cahier Théosophique n°148 - © Textes Théosophiques.

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