Vendredi 23 Juin 2017

Mis à jour le Ven. 23 Jui. 2017 à 16:25

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Articles de W.Q. Judge

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William Q. Judge (1851-1896) est l'un des trois principaux fondateurs de la Theosophical Society. Il assista Mme Blavatsky dans la rédaction d'Isis Dévoilée, et de La Doctrine Secrète. Il se révéla un collaborateur et disciple dévoué et indéfectible de Blavatsky. Organisateur et créateur inlassable, il fut l'instrument efficace pour répandre la Théosophie aux États-Unis ainsi que dans ld'autres pays anglophones.

Il rédigea de nombreux articles,et fonda les revues The Path et The Theosophical Forum. Les ouvrages les plus connus de lui sont les Échos de l'Orient, l'Océan de Théosophie (en 1893), deux grands classiques théosophiques. Un ensemble de ses lettres furent regroupées par sous le titre Les Lettres qui m'ont aidé.

On lui doit une édition de la Bhagavad-Gîtâ (1890) et une série d'articles parus dans The Path, publiés plus tard sous le titre de Notes sur la Bhagavad-Gîtâ. Il rédige en outre une traduction commentée des Aphorismes du Yoga de Patañjali (1889).

Son engagement théosophique fut sans faille et sa fidélité au programme initial, établi par Mme Blavatsky et ses Maîtres, fut déterminante à certaines périodes particulièrement critiques de l'histoire du mouvement.

Un grand nombre d'articles de Judge sont accéssibles en ligne.

À propos de la réincarnation des animaux

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Traduction d'un extrait de l'article « Reincarnation of Animals » rédigé par W.Q. Judge et publié dans la revue The Path, avril 1894, sous le nom de plume « William Brehon ». N.B.― Dans le cours de ce texte, les notes et ajouts proposés par le traducteur pour la clarté de la lecture sont présentés entre crochets. Article publié dans le Cahier Théosophique n°170, éditions Textes Théosophiques.

Si nous envisageons la question à la lumière des théories théosophiques, nous voyons qu'il existe une grande différence entre l'homme et les animaux. L'homme se réincarne comme homme, parce qu'il a atteint le sommet de l'échelle évolutive actuelle. Il ne peut retourner en amère car Manas [Le principe pensant qui fait de l'homme un être responsable.] est trop développé. Il a un devachan [v. Note 1] parce qu'il est un penseur conscient. Les animaux ne peuvent avoir Manas aussi développé et c'est pourquoi ils ne peuvent être soi-conscients dans le sens où l'est l'homme. En dehors de tout cela, le règne animal étant inférieur, il possède encore l'impulsion de s'élever vers des formes supérieures. Mais nous avons l'affirmation bien nette de la part des Adeptes, par l'intermédiaire de H.P. Blavatsky, que, s'il est possible aux animaux de s'élever dans leur propre règne, ils ne peuvent plus, au cours de cette évolution, arriver au stade humain, car nous avons atteint le point médian, ou point tournant, de la quatrième Ronde [v. Note 2]. À ce sujet, H.P. Blavatsky a publié dans le second volume de la Secret Doctrine (première édition) une note au bas de la page 196, qui affirme : « Qualifier l'animal d'être 'sans âme', ce n'est pas priver une bête, de l'espèce la plus humble à la plus élevée, d'une 'âme', mais seulement d'une Âme-Ego consciente capable de survie, c'est-à-dire du principe qui survit à l'homme [terrestre] et se réincarne dans un autre homme. L'animal a un corps astral qui survit à la forme physique pour une courte période, cependant sa monade (animale) ne se réincarne pas dans la même espèce, mais dans une espèce supérieure, et naturellement n'a pas de 'devachan'. Il a en lui-même les germes de tous les principes humains, mais ils sont latents ».
Ici est faite la distinction décrite plus haut. Elle tient à l'Âme-Ego, c'est-à-dire à Manas avec Buddhi et Âtma [v. Note 3]. Ces principes étant latents dans l'animal, et, la porte du règne humain étant fermée, ils peuvent s'élever à des espèces supérieures, mais pas au stade de l'homme. Bien entendu, on ne veut pas dire ici qu’un chien, ou un autre animal, ne se réincarne jamais en tant que chien, mais que la monade a tendance à s'élever vers des espèces supérieures, quelles qu'elles soient, quand elle est allée au-delà de la nécessité de faire d'autres expériences en tant que 'chien'. Selon la position qu'assume l'auteur, il est naturel de supposer que la forme astrale de l'animal ne persiste pas longtemps, comme elle le dit, et par suite, que des manifestations astrales ou des apparitions d'animaux ne sont pas fréquentes. Et tel est bien le fait. J'ai entendu parler de peu de cas, mais vraiment peu, où un animal favori ait fait une apparition après sa mort, et même le champ fertile du spiritisme n'a que de rares exemples de ce genre. Mais ceux qui ont appris à connaître le monde astral savent que les êtres humains peuvent y revêtir la forme de l'animal ou de la chose à qui leur caractère les apparente étroitement ; et cette espèce d'apparition ne se limite pas aux morts : elle est plus courante parmi les vivants. C'est par de tels signes que les clairvoyants connaissent la vie et la pensée de la personne qu'ils ont devant eux. Ce fut sous l'action de cette loi que Swedenborg vit tant de choses curieuses de son temps.
L'objection qui se base sur le nombre immense d'animaux, morts et vivants, qui existent, et pour lesquels des monades à ce stade évolutif doivent être fournies, s'explique de la sorte. Bien qu'il soit affirmé qu'aucune nouvelle monade animale n'entre plus dans le règne humain, il n'est pas dit - et ce n'est pas sous-entendu- que l'entrée de monades nouvelles dans le règne animal ait cessé. Il se peut qu'elles proviennent d'autres mondes pour évoluer parmi les animaux de ce globe. Il n'y a rien d'impossible à cela, et cela nous donne une réponse à la question soulevée : d'où viennent les nouvelles monades animales, en supposant que toutes les monades actuelles aient épuisé le nombre total des espèces supérieures possibles ici ? Également, il se peut très bien que les monades animales soient entraînées vers d'autres branches de la chaîne terrestre en avance sur l'homme, dans le but de poursuivre leur développement nécessaire : ceci diminuerait le nombre de leurs apparitions sur terre. Car ce qui garde l'homme si longtemps ici c'est le pouvoir de sa pensée, qui est si grand qu'il crée pour tous un devachan d'environ quinze siècles, avec quelques exceptions et, pour certains qui désirent le 'ciel', un devachan d'une durée immense. Les animaux, toutefois, étant dépourvus d'un Manas développé, n'ont aucun devachan, et sont obligés de poursuivre leur marche en avant sur la planète suivante de la chaîne . Cela serait logique et utile, et leur donnerait la chance de se développer afin d'être prêts lorsque sonnera l'heure pour les monades de ce règne de s'élever au stade d'un nouveau règne humain. Elles n'auront rien perdu, mais, au contraire, y auront gagné.

William Brehon (W.Q. Judge)

Notes
(1) [État posthume subjectif de grande félicité où l'âme, libérée des contraintes terrestres, assimile le suc de ses aspirations spirituelles.]
(2) [Voir L'Océan de Théosophie, chap. III. L'évolution se déroule selon 7 grands cycles ou Rondes.]
(3) [Âtma et Buddhi, l'Esprit et son véhicule, ou Âme spirituelle, forment la monade vivant dans chaque être.]

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Du meurtre des animaux

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Cet article fut publié pour la première fois par W.Q. Judge dans le Path de mars 1892, sous le titre “About Killing Animals”. Traduit dans la revue Théosophie, Volume 5, N°6.

Un correspondant demande : « Voudriez-vous avoir l’obligeance de m’expliquer pourquoi, si vous trouvez mal de tuer un insecte nuisible, il est juste d’abattre de plus gros animaux pour se nourrir ? »

Je ne me souviens pas d’avoir dit qu’il était mal de tuer un insecte nuisible ; aussi on ne peut donc pas tirer de conclusion d’après cela concernant le fait de se nourrir de chair animale.

Les questions de bien et de mal sont plus ou moins confuses sur ce sujet. Si l’on dit qu’il est moralement mal de tuer un insecte, il s’ensuit qu’il est mal de vivre, puisque dans l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, il y a des millions d’animaux plus compliqués comme structure que certains insectes. Bien qu’on les appelle infusoires et animalcules, ce sont néanmoins des êtres vivants et mobiles. Nous les aspirons, et à l’instant même, ils sont détruits jusqu’au dernier. Cesserons-nous de vivre pour cela ? Toute la vie est un combat, une destruction et un compromis, tant que nous restons sur le plan matériel. En tant qu’êtres humains, nous devons continuer à vivre, tandis que dans notre sentier de destruction des millions d’êtres sont mis à mort continuellement. Même en vivant et en gagnant notre vie, chacun d’entre nous empêche quelqu’un d’autre de faire de même, qui, si nous étions morts pourrait prendre notre place. Mais si nous abandonnions le combat – en fussions-nous capables – les buts de l’évolution ne pourraient être atteints. Nous devons donc rester et endurer ce que Karma nous réserve du fait des morts nécessaires que nous occasionnons.

La vraie attitude me paraît donc être la suivante : admettre que dans certaines circonstances, à certains stades d’évolution, nous ne pouvons-nous empêcher de faire un certain tort aux autres. Ainsi, pendant que nous vivons, nous devons manger, certains de la viande et d’autres des légumes. Aucun des deux n’a entièrement raison, ni complètement tort. Cela devient une faute lorsque délibérément, sans besoin réel, nous détruisons des vies d’animaux ou d’insectes. Ainsi, l’homme qui est né dans une famille où, depuis des générations on mange de la viande, et qui lui-même se nourrit de la chair d’animaux abattus, est moins coupable que la femme qui, bien que végétarienne, porte sur son chapeau des plumes d’oiseaux massacrés, car il n’était pas nécessaire à son existence de se couvrir de ces ornements. De même l’épicurien qui flatte son palais par de nombreux plats de viande inutiles à son alimentation, se trouve dans un cas identique à celui de la femme qui porte des plumes d’oiseaux. Et si nous considérons les souliers, les harnais, les brides, les portefeuilles et autres objets de cuir, fait de la peau d’animaux abattus, dirons-nous qu’il faille les supprimer ? Ceux qui s’en servent ont-ils tort ? Chacun doit répondre pour lui. Ou encore, si nous vivons près du pôle Nord, nous serions obligés de nous nourrir de viande et de graisse d’ours et de loups. L’homme comme tous les êtres matériels, vit au dépends d’autres êtres. Notre mort même est provoquée par la défaite d’une classe de microbes qui sont dévorés par d’autres, et qui, à leur tour, changent de camp, et finissent par s’entre-dévorer.

W.Q. Judge

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Le sentier de l'action

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Il convient de marcher prudemment car le faux ne se différencie du vrai que par l’épaisseur d’un cheveu. […]

Dans le chapitre IV de la Bhagavad-Gîta intitulé « Jnana Yoga », ou le livre de la Religion de la Connaissance, Krishna le Béni, instruit Arjuna quant à la nature de l’action, disant : « Le renoncement aux œuvres et la dévotion par les œuvres sont deux voies d’émancipation finale, mais les deux, la dévotion par les œuvres est plus hautement appréciée (par Lui) que le renoncement », et, « la nature de l’action, de l’action défendue et de l’inaction, doit être bien apprise. Le sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir.

Dans la vie ordinaire de tous les jours, ces paroles de Krishna sont bien vraies, mais leur puissance se fait étrangement sentir dans le mental de l’étudiant dévoué de la Théosophie, surtout s’il appartient à la Société Théosophique. Cet organisme de chercheurs a passé sa période de probation, si bien que dans l’ensemble, il est un chéla accepté des Maîtres Bénis qui donnèrent l’impulsion à laquelle il doit l’existence. Chaque membre de cet organisme se trouve donc placé dans la même relation vis-à-vis de la Société, que chaque fibre du corps d’un chéla vis-à-vis de l’être total. C’est pourquoi, maintenant plus que jamais, les membres de la Société subissent des influences déroutantes ; pourquoi aussi le Sentier de l’Action est susceptible de devenir, jour après jour, plus confus.

Des centres de troubles émotifs ont toujours existé dans nos rangs, ou s’y sont manifestés. Ceux qui ne pensent pas que ces perturbations doivent cesser ou devenir moins fréquentes, s’apercevront bientôt qu’ils se sont trompés. L’intérêt croissant que le travail de la Société suscite, et le nombre plus grand que jamais d’étudiants sérieux qui se rangent à nos côtés, constituent des éléments de troubles. Chaque membre nouveau est une nouvelle nature qui se joint aux autres, et chacun agit selon sa nature. C’est ainsi que les occasions de dissensions ne manquent pas de se multiplier ; mais cela n’en est que mieux, car la paix dans la stagnation participe de la nature de ce qui est appelé dans la Bhagavad-Gîta : Tamagunam ou la qualité des ténèbres. Celle-ci, la pire chose qui existe, est le principal facteur de l’indifférence, et l’indifférence ne mène qu’à l’annihilation.

Un autre élément de cette équation que tout Théosophe sérieux doit résoudre, et qui contient en elle-même, la potentialité de nombreuses frictions, c’est une loi, difficile à définir quoique inexorable dans son action. Pour mieux la faire comprendre, disons qu’elle est illustrée dans la nature, par le lever du soleil. La nuit, quand la lune inonde le paysage de ses rayons, tout est revêtu d’un aspect romantique ; puis quand cet astre se couche, la nature est plongée dans une demi-obscurité, où le côté douteux des choses peut se dissimuler et même se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Mais lorsque le soleil se lève, tout apparaît sous un vrai jour : l’écorce rugueuse du chêne a perdu l’aspect adouci qu’elle revêtait dans la demi-clarté et les hautes herbes ne peuvent plus être prises pour les fleurs du malwa. La main puissante du Dieu du jour a dévoilé le caractère de chacun.
Qu’on n’aille pas croire pourtant, que quelque dirigeant ait fait un rapport au sujet de nos membres, rapport duquel on pourrait déduire et publier le caractère de chacun. Nul besoin de cela ; les circonstances se présentant dans leur ordre naturel, ou modifiées par des événements en apparence extraordinaire, nous obligeront, bon gré mal gré, à nous montrer tels que nous sommes.

Chacun d’entre nous devra attendre et s’instruire dans la grotte qui précède la Salle du Savoir, avant de pouvoir y entrer. Il est vrai que cette caverne avec ses ombres profondes et ses influences troublantes, n’est qu’une illusion. Mais c’est une illusion que très peu pourront s’abstenir de créer, car difficiles à vaincre en vérité sont les illusions de la matière. C’est là que nous découvrirons la nature de l’action et de l’inaction, là que nous reconnaîtrons que, bien que l’action participe de la nature du mal, elle est plus proche de la qualité de la vérité, que ne l’est ce que nous avons appelé obscurité, quiétude, indifférence. Hors du remous et de la lutte d’une vie en apparence désordonnée, s’élèvera peut-être celui qui deviendra un guerrier de la Vérité. Mille erreurs de jugement faites par un étudiant sérieux qui, mû par un motif pur et élevé, s’efforce de faire progresser la Cause, valent mieux que la bonté superficielle de ceux qui s’instituent juges d’autrui. Toutes ces erreurs faites au nom d’une bonne cause, en semant la bonne semence, seront pardonnées par suite de leur motif.
Ne jugeons donc aucun de nos semblables. Nous ne pouvons prendre sur nous de dire qui sera, ou ne sera pas, admis à entrer dans la Société Théosophique, et à y travailler. Les Maîtres qui l’ont fondée désirent que nous répandions son influence et sa lumière sur tous, sans égard pour ce que nous-mêmes pensons. Nous avons à semer la graine, et si elle tombe dans un sol pierreux, le semeur n’en sera pas tenu responsable.

Notre Société n’est pas non plus destinée uniquement aux gens bons et respectables. Aujourd’hui, tout aussi bien que du temps où parlait Jésus de Nazareth, il est vrai qu’un pécheur repentant crée plus de joie au ciel que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas à se repentir.
Souvenons-nous donc que le Sentier de l’Action est obscur et difficile à découvrir, et méfions-nous des illusions de la matière.

Hadjii Erinn.
Extrait de l’article publié pour la première fois par M. Judge dans la revue le Path, de novembre 1887, sous le pseudonyme de Hadjii Erinn.

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Loges ouvertes ou fermées (publiques ou privées)

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La Société Théosophique n’a jamais interdit les Branches privées. Si cinq membres peuvent vivre séparés, ils peuvent aussi exister ensemble ; car ce n’est pas moins bien d’être organisé que de ne pas l’être. De plus, on peut concevoir qu’il puisse y avoir des circonstances particulières ou il n’est pas souhaitable de l’annoncer publiquement – par exemple s’il y a localement des préjugés contre la Théosophie, ou si les membres associés sont trop peu nombreux ou n’ont pas une connaissance suffisante de la Théosophie, pour rédiger des écrits et tenir des discutions de qualité devant un public extérieur, ou si leurs lacunes intellectuelles pourraient engendrer dérision au lieu de respect de la part du public. Un autre cas possible, concerne des membres associés qui se réunissent dans le but manifeste d’organiser des réunions publiques, et ils se réunissent temporairement en privé pour étudier ou se préparer avant d’instruire des visiteurs. Dans chacun de ces cas, une intimité provisoire est tout à fait légitime.
Mais il y a un autre cas qui est moins recommandable. C’est quand un groupe de Théosophes choisit l’exclusivité parce qu’ils ne désirent que des gens de leur propre milieu, ou parce qu’ils craignent d’être ridiculisés si on apprend qu’ils sont membres de la Société Théosophique, ou encore parce qu’ils souhaitent se réunir pour le progrès de leur propre culture intellectuelle ou dans le but d’acquérir de pouvoirs psychiques. Le fondement d’une telle Loge est la timidité ou l’égoïsme, et sur aucune de ces bases une bonne structure Théosophique peut être construite.
Quel a été le destin des Branches privées de la Section américaine [de la Société Théosophique] ? Cinq Chartes ont été émises pour de telles Branches. De ces cinq Branches, deux sont mortes en silence et rapidement, une à rendu sa Charte, une est pratiquement morte, et une est trop récente pour avoir une histoire. Aucune n’a contribué à renforcer la Société, à propager ses enseignements, ou à accroître le nombre de ses membres.
Il doit y avoir une raison à cela qui n’est pas difficile à trouver. La raison est simplement que l’idée fondamentale d’une Loge définitivement privée et l’idée fondamentale d’une Branche Théosophique sont diamétralement opposés. Il y a, en vérité, une contradiction dans l’expression même de « Branche privée ». Une « Branche » est une ramification de l’arbre parent, une pousse non pas souterraine mais aérienne. Si vous ne l’exposez pas à la lumière solaire et à l’air et aux rigueurs des forces de la Nature, confinant ses jeunes pousses dans l’obscurité, le mystère et l’isolement, vous allez non seulement la priver de la nourriture essentielle à son développement, mais vous allez entretenir les forces intérieures qui provoqueront son dépérissement. Mais pas seulement ça. Une « Branche privée » manque de l’essence même de la vie Théosophique : l’altruisme. La Théosophie n’est pas comme un dépôt bancaire que l’on a amassé pour le contempler et s’en délecter ; c’est une « bourse » de la Fortune, qui se remplit aussi vite qu’on le vide pour le bénéfice des autres. Le véritable esprit théosophique fixe son regard sur les besoins d’une vaste humanité dans l’ignorance, il sait qu’il n’y a pas d’autres solutions pour vaincre l’ignorance que de répandre la vérité, et de s’interroger sur le meilleur moyen de le faire. Le Théosophe ainsi animé par cet esprit se joint à la Société pour l’aider, il ressent le besoin d’un échange sympathique et de la force de l’union, s’efforce de former une Branche avec des personnes partageant le même état d’esprit, travaille pour elle, la met en valeur parce qu’elle permet de répandre un flot régulier de connaissance et d’influence sur le voisinage. Il sait très bien que sa propre vitalité Théosophique dépend du degré de travail accompli et pas seulement de sa méditation ; et il en est de même pour une Branche. En vérité, un esprit Théosophique vigoureux, rempli d’une ardente aspiration philanthropique à propager la vérité, doit se sentir quelque peu frustré quand on discute de cosmogonie et des sept Principes [fondamentaux] dans une Loge très fermée, et il ressent un soupçon d’incongruité et d’inconfort. Le spectacle d’un groupe dans le confort et plein de suffisance examinant gravement les vérités éternelles sans que personne d’autre ne soit admis à écouter, frise le ridicule. C’est là un des cas où le sens de l’humour protège chacun de l’absurdité et des erreurs.
Il ne sera jamais trop souvent répété que la vraie Théosophie n’est pas une contemplation, une introspection philosophique ou une causerie, mais un travail, un travail pour les autres, un travail pour le monde. On nous dit que l’écueil fatal au progrès est l’égoïsme sous l’un quelconque de ses aspects protéiformes. Il ne sera pas surmonté en pensant à soi-même, mais en cessant de penser à soi-même. Et comme nous devons penser à quelque chose, l’alternative est de penser aux autres et comment les aider. Quand le mental est ainsi occupé à de tels projets et que les mains les mettent en œuvre, l’égocentrisme s’éloigne et l’égoïsme s’efface. L’égoïsme meurt d’inanition, et l’altruisme grandit parce qu’il est constamment nourrit. Et pendant tout ce temps le vrai progrès avance insensiblement. Le mental se libère des préjugés et des brumes, l’esprit grandit plus rayonnant et allègre, la paix gagne tout l’être intérieur, et la vérité est perçue plus clairement. Ainsi le grand obstacle à l’évolution s’estompe progressivement.
C’est aussi vrai pour une Branche. Tant qu’elle n’existe que pour le progrès ou le divertissement de ses membres, le principe d’égoïsme est dominant, car l’égoïsme n’est pas moins vrai parce qu’il est associé à des buts en eux-mêmes élevés. Une telle Branche ne peut pas espérer prospérer ; elle ne le désire probablement pas ; et elle ne grandira certainement pas. Que faut-il pour la faire grandir ? Il manque cette essence de toute vie et de croissance qui pénètre tout le vivant. La conception opposée d’une Branche, celle d’une force organisée pour la meilleure propagation de la vérité, pallie à ce manque. La préparation de documents ou de réunions ne signifie pas exhiber des idées personnelles, et encore moins spéculer sur des problèmes singuliers et obscurs, mais exposer en langage clair des aspects de la vérité dont le penseur estime qu’ils ont une valeur pour la réflexion ou la pratique. C’est une offrande aux autres, non une mise en avant de soi-même. Le principe de vie de toute la Nature coule à travers l’être, purifiant la pensée, stimulant le motif, énergisant la parole. Puis il s’épand à l’extérieur, réchauffant les oreilles engourdies ou apathiques, éveillant l’attention, suscitant l’intérêt, stimulant la recherche. Ainsi l’influence se propage, la fréquentation augmente, et la Branche progresse.
L’histoire des Branches ouvertes démontre ce qui pourrait autrement paraître théorique. Celles qui ont gardé en vue le but de propager la Théosophie et qui se sont efforcé de faire des réunions intéressantes et instructives pour les gens de l’extérieur, se sont développées. Une Branche qui depuis des années ajoutait rarement un membre à sa petite liste, ouvrit ses réunions à tous. En deux ou trois ans, elle tripla ou quadrupla de taille. Cela se fit tout naturellement. L’effet d’annonce aidant, les visiteurs vinrent. Quelques thèmes évocateurs leurs plurent, ils revinrent, sentirent un intérêt, puis un charme, et enfin une dévotion. Puis ils se joignirent à la branche et en invitèrent d’autres. Le progrès et la prospérité s’en suivirent.
Alors qu’il ne serait pas juste pour le Société Théosophique d’interdire les Branches privées, il serait erroné de les considérer autrement que temporaires et provisoires, et leur fonction missionnaire étant simplement suspendue. Ceux qui préparent le chemin et ceux qui organisent des Branches de la Société [Théosophique] feraient bien d’insister sur la vraie nature d’une Branche en tant qu’organe vivant, actif, offensif, ne faisant pas de prosélytisme, mais étant un moyen de propager la vérité. Ses effets sur l’extérieur sont ce qui compte le plus. Si ses membres s’efforcent d’agir pour le profit des non-membres, ils en seront certainement grandis eux-mêmes. Et entre le dynamisme d’une Branche et son développement, il y aura toujours une relation. La stagnation du nombre de membres résulte de l’apathie, un accroissement résulte de l’inverse.
Et, d’un autre côté, les membres d’une Branche ont besoin de sentir que l’intérêt du public et la croissance de la Branche ne sont possible que si les réunions sont rendues intéressantes. Il en est exactement de même pour les Églises. Si le service est terne et le prêche sot, les gens ne viendront pas. Peut-être ne le devraient-ils même pas. La vie est trop courte pour être ennuyeuse. Le Professeur d’Oxford qui passait ses dimanches aux champs plutôt qu’à l’Église disait qu’il « préférait les sermons des pierres aux sermons des bâtons » ; et les Théosophes, plus encore les non-Théosophes, choisiront une soirée avec des livres si l’alternative est une réunion de Branche sans vie où tout est laissé au hasard, ou si dans laquelle l’intelligence est offensée par du radotage.
Mais là ou les principales conférences sont convenablement et vraiment préparées, et où les essayistes sont méritants et bien qualifiés, un état de choses se met en place quand les assistants chercheront à être admis à d’avantages de droits et de prestations. Une sérieuse contribution aux discussions des Branches ouvertes est véritablement une aide pour la Théosophie tout autant qu’un soutien à ses publications ou son travail, et cela tend immédiatement à faire croître la Société que nous espérons aussi impressionnante pour le public, que source de notre force, et expression de notre progrès.

W.Q. Judge - Harris P..
The Path, May, 1890

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