Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

Mes livres

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Il y a quelque temps, un Théosophe, M.R…, voyageait en chemin de fer avec un Américain qui lui raconta combien il avait été étonné, lors de sa visite à notre quartier général de Londres. Il avait disait-t-il, demandé à Mme Blavatsky quels étaient les meilleurs livres théosophiques qu’il aurait pu lire, et avait manifesté son intention de se procurer Isis Dévoilée, lorsqu’à son grand étonnement, elle lui avait répondu : « Ne lisez pas cela, cela ne vaut rien ».
Pour autant que je me souvienne, je n’ai pas dit que cela ne vaut rien ; mais voici ce que j’ai dit en substance : « Laissez ce livre de côté ; Isis ne vous donnera jamais satisfaction ; au point de vue littéraire, c’est le livre le plus mauvais et le plus confus de tous ceux que j’ai écrits ». Et j’aurais pu ajouter avec autant de justesse, qu’envisagé sous un jour strictement littéraire et critique, Isis était plein de fautes d’impression et d’erreurs dans les citations, qu’il contenait des répétitions inutiles et des digressions énervantes, comme aussi de nombreuses contradictions apparentes pour le lecteur occasionnel, peu familier avec les divers aspects des idées et des symboles métaphysiques ; qu’il renfermait beaucoup de matière qui n’aurait pas dû s’y trouver, et qu’il présentait même de très grosses erreurs dues aux nombreuses altérations apportées lors de la correction des épreuves en général, et plus spécialement lors de la correction des mots. Enfin, l’ouvrage, pour des raisons que je vais expliquer, manque de suite, et donne l’impression, comme le faisait remarquer un ami, d’être formé de paragraphes indépendants les uns des autres, qui auraient été mis dans une corbeille, tirés au sort, et publiés dans cet ordre fantaisiste.
Telle est aussi maintenant mon opinion. J’eus pleinement conscience de cette triste vérité, lorsque je lus l’ouvrage aux Indes, en 1881, pour la première fois en entier, après sa parution en 1877. Et depuis lors, je n’ai jamais cessé de dire ce que j’en pensais, et de donner mon avis sincère sur Isis, chaque fois que j’avais l’occasion de le faire. Certains s’indignèrent de cette façon de faire, et me firent comprendre que j’entravais de la sorte, la vente de l’ouvrage ; mais comme mon but principal en écrivant n’était ni la renommée, ni le gain personnel, mais une chose infiniment plus élevée, je ne me souciai guère de ces avertissement. Ce malheureux « chef-d’œuvre », cette œuvre monumentale, comme certaines revus l’ont appelée, contient tant de terribles substitutions d’un mot pour un autre, changeant ainsi complètement le sens de la phrase (1), tant de fautes d’impression, et de guillemets placés où il n’en fallait pas – ou vice versa – qu’il m’a donné depuis dix ans plus d’ennuis et d’anxiété, que je n’en ai éprouvés dans toutes ma longue vie, remplie cependant, de plus d’épines que de roses.
Mais en dépit de ces aveux peut-être trop sincères, je prétends qu’Isis Dévoilée contient un ensemble d’enseignements originaux d’ordre occulte, qui n’avaient jamais été divulgués jusqu'à présent. La preuve en est, l’intérêt qu’ont manifesté à cet ouvrage, ceux qui furent assez intelligents pour découvrir l’amande sous la coque, ceux qui donnèrent la préférence à l’idée, et non à la forme, sans s’inquiéter de ses défauts secondaires. Je suis prête à prendre sur moi, tous les défauts extérieurs, et les fautes purement littéraires de l’ouvrage, dont je ne suis cependant pas responsable, comme je vais le démontrer ; mais j’en défends les idées et les enseignements, et cela sans crainte d’être accusée de vanité, puisque, ainsi que je l’ai toujours déclaré, ces idées et ces enseignements ne sont pas miens ; et j’affirme en outre, que tous deux sont de la plus haute valeur pour les mystiques et les étudiants de la Théosophie. Ceci est si vrai que lorsque Isis parut, certains des meilleurs journaux américains furent prodigues en louanges - jusqu’à l’exagération même – comme on pourra s’en rendre compte par les passages ci-dessous (2).
Les premiers ennemis que mon ouvrage fit surgir, furent les Spirites, dont je démolissais les théories fondamentales concernant les communications en personne des esprits des morts. Depuis quinze ans, c'est-à-dire depuis la parution de cet ouvrage, un flot incessant de viles accusations s’est abattu sur moi. Il n’est pas une accusation diffamatoire dont on ne m’ait accablée : depuis celle de l’immortalité et de la théorie de l’ « espionne russe », jusqu’à l’accusation d’imposture et de fraude. On m’a considérée comme un mensonge vivant, une ivrogne invétérée, un émissaire du Pape, payée pour détruire le spiritisme et comme une incarnation de Satan. Toutes les calomnies imaginables ont été inventées au sujet de ma vie privée et publique. Rien n’a pu faire taire ces méchantes langues venimeuses et sans scrupules, pas même le fait qu’aucune de ces accusations n’a jamais pu être justifiées, et que, du premier janvier au trente et un décembre, j’ai vécu durant des années, entourée d’amis et d’ennemis, comme dans une maison de verre. Mes adversaires acharnés ont dit à diverses reprises :

Qu’Isis Dévoilée n’était qu’une répétition d’Eliphas Lévi et de quelques anciens alchimistes ;
Que l’ouvrage avait été écrit par moi sous la dictée des Pouvoirs mauvais et des esprits défunts de Jésuites (sic) ; et enfin
Que mes deux volumes provenaient d’une compilation de manuscrits (dont on n’avait jamais eu connaissance précédemment), que le baron de Palm – célèbre par sa crémation et ses doubles funérailles – avait laissés à sa mort, et que j’avais trouvés dans sa malle (3). D’autre part, des amis plus aimables que sages, répandirent avec un peu trop d’enthousiasme, la vérité au sujet de la relation étroite existant entre mon Instructeur Oriental ainsi que d’autres Occultistes, et l’ouvrage ; l’ennemi en profita pour exagérer et dénaturer la vérité. On arriva à dire qu’Isis, en entier, m’avait été dicté de la première page à la dernière et mot à mot, par ces Adeptes invisibles. Et comme les imperfections de mon ouvrage n’étaient que trop frappantes, ce vain et malicieux bavardage eut pour résultat de permettre à mes ennemis et critiques de supposer, avec raison d’ailleurs : ou bien que ces inspirateurs invisibles n’existaient pas et faisaient partie de ma « fraude », ou bien qu’ils n’avaient même pas l’intelligence du premier bon écrivain venu.

Cependant, personne n’a le droit de me rendre responsable de ce qu’une tierce personne peut dire, mais uniquement de ce que j’affirme moi-même oralement, ou dans des écrits publics et sous ma signature. Voici maintenant ce que je déclare et maintiens : qu’à l’exception aussi des nombreuses fautes d’impression, erreurs et citations fautives que j’ai spécifiées et mentionnées précédemment, ainsi que de la composition générale d’Isis Dévoilée dont je ne suis d’aucune façon responsable : (a) tous les renseignements exposés dans cet ouvrage et dans mes écrits ultérieurs, proviennent de nos Maîtres d’Orient ; et (b) de nombreux passages de ces ouvrages ont été écrits sous leur dictée.

Il n’y a en cela aucune prétention au surnaturel, car une telle dictée n’implique aucun miracle. Toute personne d’intelligence moyenne, convaincue des nombreuses possibilités de l’hypnotisme (accepté actuellement par la science après des investigations scientifiques sérieuses), ainsi que des phénomènes de la transmission de la pensée, admettra aisément qu’un simple sujet en hypnose, un médium irresponsable, peut entendre la pensée non exprimée de son hypnotiseur, qui peut ainsi lui transmettre sa pensée, au point de lui permettre même de répéter les mots lus mentalement dans un livre par l’hypnotiseur. Mon affirmation n’a donc rien d’impossible en elle-même. L’espace et la distance n’existent pas pour la pensée, et si deux personnes sont en rapport psycho-magnétique parfait l’une avec l’autre, et si l’une des deux est un grand Adepte des Sciences Occultes, la transmission de la pensée et la dictée de pages entières, deviennent aussi aisées et admissibles, à une distance de dix mille milles, que la transmission de deux mots d’une chambre à l’autre.
Jusqu’à présent, je me suis abstenue, excepté en de très rares occasions, de répondre à aucune critique au sujet de mes ouvrages, et j’ai même laissé passer sans les réfuter, des calomnies et des mensonges, car dans le cas d’Isis, je considérais que presque toutes les critiques étaient justifiées ; quant aux « calomnies et aux mensonges », j’avais trop de mépris envers les calomniateurs, pour daigner y faire attention. Ce fut surtout le cas pour les attaques diffamantes venant d’Amérique. Toutes provenaient de la même source unique, bien connue de tous les Théosophes, une personne qui, inlassablement, s’attaque à moi depuis douze ans (4), sans que je n’aie jamais vu ni rencontré cette créature.
Mais comme on attaque maintenant Isis, pour la dixième fois au moins, il est temps que je révèle toute la vérité – et rien que la vérité – à mes amis perplexes et à la partie du public qui est sympathique à la Théosophie. Non pas que je cherche à m’excuser de quoi que ce soit à leurs yeux, ni que j’essaye d’« expliquer les choses ». Loin de moi cette idée. Mais je suis décidée à présenter des faits indéniables et indiscutables, en exposant simplement les circonstances particulières, bien connues de beaucoup, mais actuellement presque oubliées, dans lesquelles j’écrivis mon premier ouvrage anglais. Je les cite à la suite :

Quand j’arrivai en Amérique en 1873, je n’avais jamais parlé l’anglais, sinon d’une façon familière dans mon enfance, plus de trente ans auparavant. Je le comprenais à la lecture, mais pouvait difficilement le parler.
Je n’avais jamais été au collège, et ce que je savais, je l’avais appris par moi-même. Je n’ai jamais prétendu posséder aucune érudition, en ce qui concerne les recherches modernes. J’avais lu tout au plus quelques ouvrages scientifiques européens et savais peu de choses des sciences et de la philosophie occidentales. Le peu que j’en avais étudié et appris, me dégoûta par son matérialisme, ses limitations, son esprit dogmatique étroit et conventionnel, et son air de supériorité vis-à-vis des philosophies et des sciences de l’antiquité.
Jusqu’en 1874, je n’avais jamais écrit un mot d’anglais, pas plus que je n’avais publié d’ouvrage, en quelque langue que ce soit. Par conséquent,
Je n’avais pas la moindre idée des règles littéraires. L’art d’écrire des livres, d’en préparer l’impression et la publication, d’en revoir et corriger les épreuves, étaient autant de secrets pour moi.
5° Quand je me suis mis à écrire ce qui devint plus tard Isis Dévoilée, je ne savais pas plus ce qu’il en sortirait que l’homme dans la lune. Je n’avais aucun plan ; je ne savais pas si ce serait un essai, un pamphlet, un livre ou un article. Je savais que je devais l’écrire, c’était tout. Je commençai l’ouvrage, avant de bien connaître le colonel Olcott, et quelques mois avant la formation de la Société Théosophique.

Aussi comprendra-t-on, que je me trouvais vraiment dans des conditions favorables pour entreprendre la rédaction d’une œuvre théosophique et scientifique en anglais ! Quand je transmis l’ouvrage au colonel Olcott, j’avais écrit de quoi remplir quatre volumes de l’importance d’Isis. Naturellement, il me dit que j’avais à refaire le tout, sauf les pages qui m’avaient été dictées. Nous nous mîmes alors à cette tâche littéraire et travaillâmes ensemble chaque soir. Je recopiai quelques pages dont il avait corrigé l’anglais ; d’autres passages qui ne pouvaient humainement subir de corrections, furent lus à haute voix, et rendus en anglais correct verbalement par le colonel Olcott, qui me les dictait ainsi, de mes manuscrits presque indéchiffrables. L’anglais d’Isis est donc du colonel Olcott, et non de moi. C’est lui également qui suggéra de diviser l’ouvrage en chapitres, et de consacrer le premier volume à la Science et le second à la Théologie. Dans ce but, il fallut revoir la matière et remanier de nombreux chapitres, éliminer des répétitions et prendre soin de réunir des sujets identiques. Quand l’ouvrage fut prêt, nous le soumîmes au professeur Alexander Wilder, le savant platonicien bien connu de New-York, qui, après l’avoir lu, le recommanda à l’éditeur M. Bouton. C’est le professeur Wilder qui, après le colonel Olcott, m’a rendu le plus de services. C’est lui qui composa l’excellent Index, qui corrigea les mots grecs, latins et hébreux, suggéra des citations, et écrivit la plus grande partie de l’introduction « Devant le Voile ». Ce n’est pas ma faute, si la chose n’a pas été signalée dans l’ouvrage ; mais celle du professeur Wilder, qui exprima le vœu exprès que son nom ne soit cité que dans des notes au bas de pages. Je n’en ai jamais fait un secret, et mes nombreuses connaissances à New-York le savaient bien. Quand l’ouvrage fut prêt, il fut remis à l’imprimeur.
Dès lors commencèrent les difficultés réelles. Je n’avais aucune idée de la correction des épreuves ; le colonel Olcott disposait de trop peu de temps pour le faire. Il en résulté un beau gâchis dès le début, et avant que nous n’ayons revu les trois premiers chapitres, nous avions à payer une note de six cents dollars pour corrections et altérations ; je dus donc abandonner la correction des épreuves. Pressé par l’éditeur, le colonel Olcott fit tout ce qu’il pouvait, mais il n’était libre que le soir et le docteur Wilder se trouvant au loin, à Jersey City, les épreuves d’Isis passèrent entre les mains de quantité de personnes, pleines de bonne volonté, mais peu consciencieuses, qui finirent par remettre cette tâche aux bons soins du correcteur de l’éditeur. Quoi d’étonnant alors, que « Vaivaswata » (Manu) soit devenu dans les volumes imprimés « Visvamitra », que trente-six pages de l’Index furent égarées, que des guillemets furent placés où il n’en fallait pas (dans certaines de mes phrases par exemple) et omis complètement dans de nombreux passages puisés dans des auteurs divers ? Si l’on me demande pourquoi ces fautes malheureuses n’ont pas été corrigées dans une édition ultérieure, ma réponse est simple : les clichées étaient stéréotypés, et malgré tout mon désir d’apporter ces corrections, je ne pus le faire, les clichés étant la propriété de l’éditeur ; je ne possédais pas les fonds nécessaires, et la firme ne se souciait guère de changer quoi qui ce soit, étant donné qu’en dépit de ses défauts flagrants, l’ouvrage, qui vient d’atteindre sa septième ou huitième édition, est encore très demandé.
Et maintenant, peut-être comme conséquence de tout ceci, s’élève une nouvelle accusation. On me dit coupable de plagiat dans le chapitre d’introduction : « Devant le voile ».
Si j’avais réellement commis un plagiat, je n’éprouverais pas la moindre hésitation à reconnaître cet « emprunt ». Mais en dépit des « passages mis en parallèle », je ne vois pas pourquoi j’avouerais ce plagiat, puisque je n’en suis pas coupable ; bien que la « transmission de pensée », comme la Pall Mall Gazette l’appelle avec esprit, soit à la mode de nos jours. Depuis que la presse américaine s’est élevée contre Longfellow, qui, puisant dans une traduction allemande, alors inconnue, du poème épique finlandais : la Kalevala, le sujet de son superbe poème Hiawatha, le fit sien, et le publia sans signaler la source de son inspiration, la presse européenne, à diverses reprises, a porté de semblables accusations. L’année actuelle est spécialement riche en cas de « transmission de pensées » de ce genre.
Nous voyons le lord-maire de Londres répéter mot à mot, un ancien sermon oublié de M. Spurgeon et jurer qu’il ne l’avait jamais lu, et n’en avait même jamais entendu parler. Le Rév. Robert Bradlaugh écrit un livre, et immédiatement, la Pall Mall Gazette le dénonce comme une copie littéraire d’un autre ouvrage. M. Harry de Windt, l’explorateur oriental et en sus membre de la Société Royale de Géographie, voit plusieurs pages de son livre nouvellement publié : Un voyage aux Indes par la Perse et le Béloutchistan, comparées dans l’ « Academy » de Londres, à des extraits de La Contrée du Béloutchistan, de A. W. Hughes, qui leur sont identiques verbatim et litteratim. Mrs. Parr se défend dans le British Weckly d’avoir emprunté consciemment ou inconsciemment sa nouvelle Sally, au livre Sally de Miss Wilkins, et affirme qu’elle n’a jamais lu cette histoire, ni même entendu citer le nom de l’auteur, etc..
Enfin, quiconque a lu la Vie de Jésus de Renan, verra qu’il a plagié anticipativement, certaines descriptions rendues en vers souples et faciles dans la Lumière du Monde. Et pourtant Sir Edwin Arnold dont le génie facile et reconnu ne requérait pas d’images empruntées, a négligé de remercier l’académicien français, pour ses descriptions en prose du Mont Thébor et de la Glilée, qu’il mit lui-même en vers élégants dans son dernier poème. Vraiment, à ce stade de notre civilisation fin de siècle, on devrait se trouver très honoré d’être placé en aussi bonne et nombreuse compagnie, même en tant que plagiaire. Mais je ne pus prétendre à un tel privilège, tout simplement pour la raison que j’ai déjà signalée, que de tout le chapitre d’introduction « Devant le Voile », il n’y a de moi que certains passages du Glossaire qui est joint, toute la partie traitant du Platonisme, et qu’on qualifie de « plagiat sans retenue », ayant été écrit par le professeur A. Wilder.
Cet homme vit encore et habite à New-York ou aux environs. Il est donc possible de lui demander si oui ou non, mon affirmation est exacte. Il est trop honnête, c’est un trop grand savant, pour nier ou craindre quoi que ce soit. Ce fut lui qui insista pour qu’on ajoutât à l’Introduction une sorte de Glossaire expliquant les noms grecs et sanscrits, ainsi que les mots qui revenaient fréquemment dans l’ouvrage ; il fournit lui-même l’explication de quelques-uns de ces mots. Je le priai de me donner un court résumé des philosophes platoniciens, ce qu’il fit avec plaisir. Ainsi de la page 11 jusqu’à la page 22, le texte est de lui, sauf quelques passages intercalés dans la matière traitant des Platoniciens, et que j’introduisis pour démontrer l’identité de pensée dans les Ecritures hindoues. Et quels sont ceux qui, connaissant personnellement le Dr Wilder, ou simplement de nom, qui, sachant la grande érudition de ce Platonicien éminent, éditeur de tant d’ouvrages savants (5), seraient assez fous pour l’accuser de plagiat d’un autre auteur ? Je donne en note les noms de quelques ouvrages sur le Platonisme ou d’autres sujets qu’il a publiés. L’accusation est simplement insensée.
Le fait que le Dr Wilder doit avoir oublié de mettre entre guillemets, les passages empruntés à divers auteurs, et reproduits dans le Sommaire ; ou bien il se peut, qu’étant donné son écriture très difficile à lire, il n’ait pas indiqué les guillemets d’une façon suffisamment lisible. Il est impossible après près de quinze ans, de se souvenir des faits, ou de les vérifier. Jusqu’à ce jour, je m’étais imaginé que sa dissertation sur les Platoniciens était de lui, et je n’y avais plus jamais songé depuis la parution d’Isis. Mais voici maintenant que des ennemis ont découvert des citations qui ne sont pas signalées entre guillemets, et plus que jamais, ils proclament que l’ « auteur d’Isis Dévoilée » est un plagiaire et un fourbe. Fort probablement, on trouvera bien d’autres choses encore, car cet ouvrage est une mine inépuisable de citations fautives, d’erreurs, de maladresses dont je ne puis m’avouer « coupable » au sens ordinaire du mot. Que les calomniateurs poursuivent dont leur œuvre, jusqu’à ce qu’ils découvrent, d’ici une quinzaine d’années, ce qu’ils ont découvert précédemment, à savoir que, quoiqu’ils fassent, ils ne peuvent ruiner la Théosophie, ni même me faire du tort. Je n’ai aucune vanité d’auteur ; et des années de persécution injuste et d’injures, m’ont rendu tout à fait indifférente à ce que le public peut penser de moi personnellement.

Etant donné les faits signalés ci-dessus, et considérant que :

a) La langue dont j’ai fait usage dans Isis, n’est pas de moi ; et peut être considérée (à l’exception de cette partie de l’ouvrage que je prétends m’avoir été dictée) comme une sorte de transposition en anglais de mes pensées ;
b) L’ouvrage ne fut pas écrit pour le public – ce dernier ayant toujours été pour moi d’importance secondaire – mais pour les Théosophes et les membres de la Société Théosophique à qui Isis est dédié ;
c) Bien que j’aie depuis lors, appris suffisamment d’anglais pour pouvoir publier deux revues – le Théosophist et Lucifer – cependant, jusqu’à ce jour, je n’ai jamais écrit un article, un éditorial ou même un simple paragraphe, sans en soumettre l’anglais à un examen critique sévère.

Tenant compte de tout ceci et de beaucoup d’autres choses encore, je demande maintenant à tout homme et à toute femme honnête, s’il est juste et équitable de critiquer mes œuvres, - Isis plus que tout autre, - comme on le ferait d’ouvrages écrits par un auteur américain ou anglais de naissance.
Ce que je réclame comme mien dans mes livres, c’est le fruit de mon érudition et de mes études dans un domaine non exploré jusqu’à ce jour, par la science, et presque inconnu du monde européen. Je suis toute prête à laisser l’honneur de la grammaire anglaise dans mes ouvrages, la gloire des citations puisées dans des livres scientifiques, et qui me furent apportées à l’occasion pour servir de comparaison avec l’antique science, ou de réfutation à cette dernière, et enfin, la composition générale des volumes, à tous ceux qui m’ont aidée. Pour la Doctrine Secrète même, une demi-douzaine de Théosophes ont contribué à sa publication, certains m’aidant à arranger la matière, d’autres à corriger l’anglais incorrect ou à préparer l’ouvrage pour l’impression.
Mais ce qu’aucun d’entre eux ne pourra jamais réclamer comme sien, c’est la doctrine fondamentale, les conclusions et les enseignements philosophiques. Je n’ai rien inventé de tout cela ; je n’ai fait que divulguer ce qui m’a été enseigné ; ou comme je l’ai dit d’après Montaigne, dans la Doctrine Secrète (vol. I, p. 46) : « je n’ai fait qu’un bouquet de fleurs cueillies (en Orient), et n’ai mis du mien que le ruban qui les lie ». Aucun de ceux qui m’ont aidé n’oserait-il dire que je n’ai pas payé largement le prix du ruban ?

H.P. Blavatsky, le 27 Avril 1891.

Cet article fut publié par H.P. Blavatsky, peu de temps avant sa mort, dans la revue anglaise Lucifer de mai 1891. La traduction en français fut publiée dans la revue Théosophie, Volume I, n°5, de janvier 1926.

Notes
(1) Témoin le mot « planète » pour « cycle », qui s’y trouvait à l’origine, et qui fut corrigé par une main inconnue (Vol. I, p. 347, 2e partie), une « correction » qui montre Bouddha enseignant qu’il n’existe pas de renaissance sur notre planète ( !!) , tandis qu’on affirme le contraire à la page 346, et y montre le Seigneur Bouddha prêchant d’ « éviter » la réincarnation ; en d’autres endroits, le mot « planète » fut substitué à « plan », « Monas » à « Manas » ; le sens de phrases entières fut sacrifié à la forme grammaticale, et changé par l’introduction de mots impropres, ou de ponctuations fautives, etc., etc.
(2) Isis Dévoilée, clef des mystères de la science et de la Théologie anciennes et modernes, par H.P. Blavatsky, secrétaire correspondant de la Société Théosophique, 2 vol. royal in-8°, environ 1500 pages. Broché : 7 ,50. Cinquième édition.

« Cet ouvrage monumental…traitant de tout ce qui se rapporte à la magie, au mystère, à la sorcellerie, à la religion, au spiritisme, et qui serait à sa place dans une encyclopédie. » (North American Review.)
« Il faut reconnaître que c’est une femme remarquable qui a lu, vu et pensé plus que la plupart des sages. Son ouvrage abonde, en citations écrites en une douzaine de langues différentes, et cela, non pour faire montre d’érudition, mais afin d’appuyer ses vues particulières…son livre foisonne de renvois au bas de la page, montrant ses enseignements confirmés par les écrivains les plus profonds du passé. De nombreux lecteurs trouveront un intérêt captivant à cet ouvrage remarquable…il est digne d’attirer l’attention sérieuse des penseurs, et mérite une lecture serrée. » (Boston Evening Transcript.)
« Le livre donne l’impression d’une érudition extraordinaire. Il renferme d’abondantes allusions aux écrivains les plus inconnus et les plus obscurs de toutes langues, ainsi que de nombreuses citations puisées dans ces auteurs, et entrecoupées de renvois à des ouvrages célèbres que l’auteur n’a d’ailleurs pas fait qu’effleurer. » (New-York Independent.)
« Une étude extrêmement attrayante et complète sur l’importance primordiale de rétablir la Philosophie Hermétique dans un monde qui croit aveuglément l’avoir dépassée. » (New-York World.)
« Un des plus remarquables livres de la saison. » (Com. Advertiser.)
« Pour ceux qui ne sont jamais familiarisés avec la littérature du mysticisme et de l’alchimie, l’ouvrage fournira les éléments d’une étude intéressante, une mine de renseignements curieux. » (Evening Post)
« Ils font preuve de recherches nombreuses et variées de la part de l’auteur, et contiennent un grand nombre d’histoires intéressantes. Ceux qui aiment le merveilleux y trouveront abondamment de quoi se divertir. » (New-York Sun.)
« Un livre merveilleux, tant au point de vue du contenu que de la façon de le présenter. On peut se faire quelque idée de l’étendue et de l’originalité de la matière exposée, en consultant l’index qui comprend à lui seul, cinquante pages, et nous ne craignons pas d’affirmer qu’aucun être humain n’avait jamais jusqu’à présent, compilé tant de sujets différents…C’est un livre curieux qui aura sa place dans toutes les bibliothèques par suite de la matière tout à fait exceptionnelle qu’il contient… il attirera certainement tous ceux qui s’intéressent à l’histoire, à la théologie et aux mystères du monde antique. » (Daily Graphic.)
« L’ouvrage en question est le fruit de ce mode spécial d’éducation auquel elle a été soumise ; il confirme largement ses prétentions au grade d’adepte de la science secrète, et même au rang d’hiérophante dans l’exposé des arts mystiques. » (New-York Tribune.)
« Celui qui lira soigneusement le livre d’un bout à l’autre, connaîtra tout ce qui peut être connu du merveilleux et du mysticisme, excepté peut-être le mot de passe. Isis complètera l’Anacalypsis. Ceux qui aiment lire Godfrey Higgins, prendront plaisir au livre de Mme Blavatsky, car il existe une grande ressemblance entre leurs œuvres. Tous deux ont essayé avec force, d’exposer ce qui est apocryphe et apocalyptique. Il est aisé de prévoir la réception qui sera faite à ce livre. Avec ses particularités frappantes, son audace, sa versatilité, et la prodigieuse variété de sujets qu’il signale et qu’il traite, c’est l’une des productions les plus remarquables du siècle. » (New-York Herald.)

(3) Ce noble autrichien, qui se trouvait dans la misère la plus complète à New-York, et à qui le colonel Olcott avait offert le gîte et la nourriture, le soignant durant les dernières semaines de sa vie, n’avait rien laissé en fait de manuscrits, sinon des notes à payer. Le baron ne possédait qu’une vieille valise dans laquelle ses « exécuteurs » testamentaires trouvèrent un Amour en bronze, quelques décorations étrangères, ou du moins leurs imitations en simili or et en carton, les authentiques en or et en diamant ayant été vendues ; et quelques chemises du colonel Olcott que l’ex-diplomate avait empruntées sans permission.
(4) Je ne la nommerai pas. Il y a des noms qui répandent une atmosphère morale indigne d’un journal ou d’une publication qui se respecte. Ses paroles et ses actes proviennent de la cloaca maxima de l’Univers de Matière, et doivent y retourner, sans me toucher.
(5) A. Wilder, docteur en médecine, l’éditeur de Serpent and Siva Worship, par Hyde Clark et C.Staniland Wake ; de Ancient Art and Mythology, par Richard Payne Knight, ouvrage auquel l’éditeur a joint une Introduction, des notes traduites en anglais, et un nouvel index complet ; de Ancient Symbol Worship, par Hodder M. Westropp et C. Staniland Wake, avec une Introduction, des Notes supplémentaires et un Appendice de l’éditeur ; et enfin de The Eleusinian and Baacchic Mystéries : Dissertation par Thomas Taylor, le traducteur de Platon ; Plotin, Porphyre, Jambilique, Proclus, Aristote, etc…édité avec une Introduction, des notes, corrections et un Glossaire, par Alexander Wilder, D.M. ; il est l’auteur de divers ouvrages, pamphlets et articles savants que nous ne pouvons citer faute de place. Il est aussi l’éditeur de Older Academy, une revue trimestrielle de New-York, et enfin le traducteur des Mystères de Jamblique.

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