Samedi 23 Septembre 2017

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Les Chinois de la Californie ne sont-ils pas nos frères ? Les Irlandais chassés de leurs cabanes et condamnés à mourir de faim avec leurs enfants, prouvent-ils l'existence du progrès social ? Non, mille fois non ! Tant que les peuples, au lieu de fraterniser et de s'entre aider, ne réclameront que le droit de sauvegarder leurs intérêts nationaux, tant que le riche refusera de comprendre qu'en aidant un pauvre étranger il aide son frère pauvre dans l'avenir et montre le bon exemple à d'autres pays, tant que le sentiment d'altruisme international restera une vaine phrase en l'air, le progrès ne remplira pas d'autre office que celui de Bourreau des pauvres.

Comprenons-nous, cependant: je parle du progrès de la civilisation sur le plan physique. Faites entrer ce progrès matériel dans la voie morale et les « missionnaires » du Lotus et des Indes vous reconnaîtront comme leurs maîtres. Mais vous n'en faites rien. Vous avez tari ou travaillé à tarir l'unique source de consolation pour le pauvre, la foi dans son Moi immortel et vous ne lui avez rien donné en échange. Les trois quarts de l'humanité sont-ils plus heureux en raison des progrès de la science et de son alliance avec l'industrie dont vous vous réjouissez ? L'invention des machines a-t-elle fait du bien aux travailleurs manuels ? Non ! Car il n'en est résulté qu'un mal de plus : la création parmi les ouvriers d'une caste supérieure, semi-instruite et semi-intelligente, au détriment des masses moins favorisées, qui sont devenues plus misérables. Vous l'avouez vous-même : « La production excessive des choses et des travailleurs... crée l'encombrement, la pléthore, la pénurie, l'anémie, c'est-à-dire le chômage et la misère ». Des milliers de pauvres enfants des fabriques, représentant pour l'avenir, de longues générations d'estropiés, de rachitiques et de malheureux mendiants, sont sacrifiés en holocauste à votre Progrès, Moloch insatiable et toujours affamé. Oui, nous protestons, nous disons qu'« aujourd'hui est pire qu'autrefois », et nous nions les bienfaits d'un progrès qui ne vise qu'au bien-être du riche. Le « Bonheur » dont vous parlez ne viendra pas, aussi longtemps que le progrès moral sommeillera inactif, paralysé qu'il est par l'égoïsme féroce de tous, du riche comme du pauvre. La Révolution de 1789 n'a abouti qu'à une seule chose bien évidente : à cette fausse fraternité qui dit à son prochain : « Pense comme moi, ou je te tape dessus ; sois mon frère ou je te dégringole ».

Les « missionnaires » théosophes visent aussi à une révolution sociale. Mais c'est une révolution toute morale ; et lorsqu'elle sera accomplie, lorsque les masses déshéritées auront compris que le bonheur est entre leurs mains, que richesse ne donne que soucis, qu'heureux est celui qui travaille pour les autres, car les autres travaillent pour lui, lorsque les riches sentiront que leur félicité dépend de celle de leurs frères, — quelle que soit leur race ou leur religion — alors seulement le monde verra poindre l'aube du bonheur.

La « finalité » du Kosmos n'a jamais été acceptée par notre « nouvelle religion » qui n'est pas du tout une religion, mais une philosophie. Ni Brahmes, ni Bonzes, dans leur délire exotérique le plus accentué, n'ont jamais accepté la finalité du Kosmos. On n'a qu'à ouvrir le Vedanta, Manu, les Puranas, le catéchisme Bouddhiste, etc., pour y trouver l'affirmation de l'éternité du Kosmos, lequel n'est que la manifestation périodique et objective de l'Eternité absolue même, du principe inconnu à jamais qu'on nomme Parabrahman, Adi-Budha, « Sagesse Eternelle et Une ».

Il est une absurdité plus grande que de parler de Dieu cruel ; c'est d'admettre même que Dieu le grand Tout absolu, puisse jamais se mêler des affaires terrestres ou humaines. L'Infini ne peut s'associer au fini ; l'Inconditionné ignore le conditionné et le limité. La « Sagesse-Intelligence » absolue ne peut agir dans l'espace restreint d'un petit globe. Elle est omniprésente et latente dans le Kosmos infini comme elle; et nous en retrouvons la seule manifestation vraiment active dans l'humanité totale, composée des étincelles égarées, limitées dans leur durée objective, éternelles dans leur essence, qui sont tombées de ce Foyer sans commencement ni fin. Donc, le seul Dieu que nous devons servir, c'est l'humanité et notre seul culte est l'amour du prochain. En faisant du mal à ce prochain, nous blessons et faisons souffrir Dieu. Lorsque nous renions nos devoirs fraternels et refusons de considérer un païen comme notre frère aussi bien qu'un Européen, nous renions ce Dieu. Voilà notre religion et nos dogmes.

Oui, le Brahmanisme exotérique doit tomber, mais il sera remplacé par le Védisme ésotérique, en y ajoutant tout ce que la science progressive a évolué de noble et de beau dans ce dernier siècle. Mais cette révolution ne s'accomplira pas par les conquérants; c'est par l'amour fraternel que s'accomplira la fusion des dieux races aryennes, et seulement lorsque l'Anglais aura cessé de considérer le Brahme — dont l'arbre généalogique compte trois mille ans — comme le représentant d'une race inférieure. De son côté, le Brahme déteste l'Anglais dont il est contraint de subir le gouvernement temporel. Seule dans l'Inde entière, la Fraternité des Théosophes voit l'Anglais hautain s'asseoir à la même table que le Brahme non moins arrogant, mais adouci et humanisé par l'exemple et les leçons des Théosophes, qui servent les Maîtres de la Sagesse antique, les descendants de ces Rishis et Mahatmas que le Brahmanisme honore toujours, même après avoir cessé de les comprendre.

Donc, il résulte de tout ce qui précède, que ce ne sont pas les « sacerdoces de l'Inde » qui tentent de ramener l'Occident à l'antique Sagesse, mais bien quelques Occidentaux de l'Europe-Amérique, qui, amenés par leur karma au bonheur de connaître certains Adeptes de la fraternité secrète de l'Himalaya, s'efforcent sous l'inspiration de ces Maîtres, de ramener les sacerdoces de l'Inde à l'ésotérisme primitif et divin.

Ils ont pleinement réussi aux Indes et en Asie. Seule, l'Europe-Amérique regimbe encore, dans son impuissance à comprendre et à apprécier toute la simplicité de leur but. Et, après tout, ce n'est que la majorité qui refuse de comprendre, cette majorité qui a toujours mordu la main qui s'offrait à l'aider. Ne désespérons donc pas. Et lorsque le jour tant désiré viendra où la fraternité universelle et intellectuelle sera, sinon proclamée de jure, du moins acceptée de facto, alors enfin les portes du sanctuaire, fermées depuis de longs siècles aux Brahmes orthodoxes comme à l'Européen sceptique, s'ouvriront pour les Frères de tous les pays. « L'Aïeule » recevra ses enfants prodigues, et tous ses trésors intellectuels seront leur héritage. Mais pour que ce moment arrive, le but des « missionnaires » de l'Inde doit être compris et leur mission entièrement appréciée.

H. P. BLAVATSKY.


Note (1) : Tout le monde sait qu'on a découvert sur une pyramide des environs de Mexico, antérieure à la découverte de l'Amérique, un bas-relief représentant un homme qui regarde les astres au moyen d'un long tube, fort analogue à nos télescopes. Nous ne parlons pas ici des observations astronomiques de Surya Syddantha qui remontent mathématiquement à 50.000, ans. (N. de la R.).


[Cet article fut publié par H.P. Blavatsky dans la Revue française Le Lotus de Septembre 1817. Ecrit en français par l'auteur] top-iconRetour en Hauttop-icon