Samedi 23 Septembre 2017

Mis à jour le Sam. 23 Sep. 2017 à 09:43

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La Grande Recherche
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Il n'y a aucun doute que l'Humanité dans son ensemble progressera dans la direction d'une spiritualité plus grande, mais ce progrès sera l'apanage d'un nombre de plus en plus restreint d'individus.

Quelque lumière est projetée sur l'affirmation qui se rencontre dans toutes les Bibles de l'Humanité concernant la grande difficulté d'atteindre au but, et la question de savoir si cette élimination se produit au milieu de la « cinquième grande ronde », ou si elle se poursuit constamment durant le processus évolutif, en se souvenant de ce qui suit : « Etroite est la porte, et étroit le chemin qui mène à la vie, et rares sont ceux qui le trouvent; mais large est la porte, et large le chemin qui conduit à la destruction, et nombreux sont ceux qui le suivent ». Ceci et d'autres passages parallèles se rapportent sans aucun doute à ceux qui sont inaptes à continuer le progrès que l'Humanité plus spiritualisée {GlossaryDef::aura} alors atteint.

L'image la plus frappante du nombre relativement minime d'âmes élues aptes à réaliser le but le plus élevé de la grande recherche qu'on puisse obtenir, c'est d'envisager le fait déjà mentionné que l'univers objectif avec ses myriades d'habitants ne cessera jamais d'exister dans les vastes abîmes de l'avenir ; et que la grande majorité de l'humanité — des millions de millions — continuera ainsi d'évoluer éternellement sur la roue de la naissance et de la mort.

Mais bien que la nature puisse nous offrir un nombre presque infini d'occasions d'entreprendre la grande recherche, ce serait une folie de remettre à plus tard la chance qui nous est offerte maintenant, et de permettre à l'attraction des sens de se raffermir comme dans le passé, car il faut se souvenir que la barbarie et l'anarchie dans lesquelles toute civilisation doit- nécessairement tomber sont des périodes de mort spirituelle, et que c'est lorsque « la fleur de la civilisation s'est pleinement épanouie, et lorsque ses pétales sont sur le point de se détacher » que l'aiguillon intérieur amène les hommes à lever les yeux vers les cimes ensoleillées, et « à reconnaître, dans le scintillement aveuglant, les contours des Portes d'Or ».

Il y a sans doute dans le Devaloka des royaumes où la béatitude du ciel peut être goûtée par ceux qui aspirent aux récompenses égoïstes de la satisfaction personnelle, mais elles cessent à la fin du manvantara, et au début du suivant le dévot devra de nouveau subir l'emprisonnement dans la chair. Le huitième chapitre de la Bhagavad-Gîtâ affirme en effet qu'il existe un sentier vers le Nirvana par le Devaloka, et, parmi les possibilités illimitées de l'Infini, qui oserait certifier qu'il n'en est pas ainsi ? Mais le contexte implique certainement un détachement et une dévotion par la vie, qu'il nous est même difficile d'envisager, combien moins encore de réaliser ?

Par conséquent, la réalisation de la grande recherche peut nous paraître encore bien lointaine, car si nous considérons combien nous sommes plus proches de l'animal que du Dieu, ce but semble fuir vers un avenir infiniment distant et nous savons que nous aurons à passer de nombreuses vies avant de l'atteindre, mais néanmoins, nos prières les plus ferventes devraient souhaiter de ne jamais perdre de vue cette destinée céleste qui est certainement la seule chose digne d'être réalisée.

Pour beaucoup d'êtres, ce qui précède paraîtra de pures spéculations. La foi la plus solide ne peut guère s'appeler connaissance, mais tout en admettant la nécessité de la connaissance intégrale, nous pouvons du moins espérer que son acquisition partielle sera compatible avec les conditions actuelles où nous nous trouvons. Pour nous, dont les pieds s'efforcent de fouler, souvent avec lassitude, le sentier de la grande recherche, et dont les yeux fouillent à l'aveuglette les brumes qui nous entourent, une persévérance constante et un espoir tout-puissant doivent être les mots de passe: la persévérance dans la lutte, bien que les ennemis issus du soi inférieur fassent de chaque pas un combat, et l'espoir qu'à chaque instant l'entrée du sentier puisse être découverte.

Pour illustrer ces deux qualités, et aussi parce que les paroles qui frappent une note élevée sont susceptibles d'éveiller un écho correspondant dans de nobles cœurs, terminons cet article par l'extrait suivant du Ramayana :

« Ainsi parla Rama. La Vertu est un service que l'homme se doit à lui-même ; et même s'il n'y avait ni ciel, ni Dieu pour régir le monde, ce ne serait pas moins la loi unificatrice de la vie. C'est le privilège que possède l'homme de connaître le bien et de le suivre. Trahissez-moi et persécutez-moi, mes frères les hommes ! Déversez sur moi votre rage, 0 démons mauvais !

Souriez, ou observez mon agonie avec un froid dédain, vous, les Dieux bienheureux ! Terre, enfer, ciel, unissez votre pouvoir pour m'écraser — je resterai toujours fidèle à cet héritage ! Ma force n'est rien — le temps peut l'ébranler et l'affaiblir ; ma jeunesse est fugitive — déjà la peine a épuisé ma vie ; mon cœur — hélas ! est presque brisé maintenant. L'angoisse peut l'écraser complètement, et la vie peut me quitter ; mais alors même mon âme qui n'a pas failli triomphera, et en mourant, elle défiera la destinée sans âme qui se vante d'être maîtresse de l'homme. »

Article signé : « PILGRIM. »


[Cet article fut publié pour la première fois par H. P. Blavatsky dans le Lucifer de décembre 1887. Publié dans le Cahier Théosophique, n°66, © Textes Théosophiques] top-iconRetour en Hauttop-icon