Samedi 24 Juin 2017

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Le chemin direct vers la perfection auquel il est fait allusion dans les deux premières lignes est appelé, en Théosophie, « l'échelle périlleuse qui conduit au sentier de la vie ». Affronter l'abîme effrayant de ténèbres de la première épreuve, sans reculer de terreur devant l'apparente annihilation que le rejet de la vie des sens implique et devant le silence plus terrible encore de la seconde épreuve ; avoir la force d'évoquer le Soi plus vaste — le Dieu qui jusqu'ici avait été caché dans le sanctuaire — voilà en quoi consistent les tout premiers degrés du sentier, ou plutôt ses épreuves préliminaires, tandis que les degrés plus avancés sont représentés par l'échelle ascendante de la Hiérarchie occulte où le néophyte, ou chéla, peut arriver à l'Adeptat le plus haut après une série d'épreuves et d'initiations. Ainsi l'homme peut graduellement laisser derrière lui tous désirs et toutes limitations humaines, et réaliser à leur place les attributs de la Divinité en lui-même.

L'homme religieux nie naturellement que l'homme puisse devenir un dieu ou jamais réaliser en lui les attributs de la Divinité. Il se peut qu'il reconnaisse la nécessité de la réincarnation pour les hommes ordinaires du monde, et même pour ceux qui ne sont pas parfaits dans leur détachement et leur dévotion, mais il nie la nécessité de cette série d'épreuves et d'initiations qui doit se répartir de toute façon sur plus d'une vie — probablement sur de nombreuses. Il semble que l'on puisse invoquer la théorie de l'évolution pour soutenir ce dernier point de vue. Si l'on admet que nous avons, comme individus, perpétuellement évolué sur la roue de l'existence conditionnée; si l'on admet qu'au commencement de chaque manvantara, la monade divine (qui depuis un passé sans commencement a habité successivement des formes végétales, animales et humaines) choisit une demeure de chair, strictement en accord avec le Karma précédent, on voit que, tout en habitant un corps humain, nous n'avons jamais été dans l'éternité passée plus près d'atteindre le Nirvana à un moment qu'à un autre. S'il n'y a aucun rapport entre l'évolution et le Nirvana, c'est une illusion de s'imaginer que l'évolution conduit au Nirvana par les grades de l'Adeptat. Par conséquent, « c'est purement une question de grâce divine », dit l'homme d'Eglise. Si, en réponse à cette conception, on fait remarquer que la lumière du Logos est destinée à atteindre et à illuminer finalement tous les hommes et que le progrès régulier vers la perfection par le Chélaat et l'Adeptat constitue un aboutissement logique, on peut objecter que si la lumière du Logos doit en fin de compte atteindre et éclairer tous les êtres il en résultera l'extinction ultime de l'Univers objectif reconnu comme étant sans commencement et sans fin, bien qu'il passe par des périodes alternatives de manifestation et de non-manifestation. Si, pour échapper à cette position intenable, nous postulons de nouvelles émanations de la Divinité dans les organismes inférieurs au commencement de chaque manvantara, pour prendre la place de ceux qui entrent en Nirvana, nous rencontrons d'autres difficultés. Tout d'abord, en laissant hors de question le fait qu'une telle supposition est absolument démentie par ce qu'on reconnaît comme révélations, la projection dans le processus évolutif d'une monade libre de tout Karma rend la loi de Karma inopérante, car la première association de la monade avec Karma reste inexpliquée ; il devient également impossible d'expliquer ce qu'était son mode d'être avant sa projection dans l'évolution. Il faut noter que bien que la loi de Karma n'explique pas pourquoi nous existons elle démontre néanmoins d'une façon satisfaisante comment nous sommes ce que nous sommes, et telle est la raison d'être de la loi. Mais la théorie ci-dessus lui enlève toute signification. Elle fait de Karma et de la monade des entités indépendantes, unies par l'énergie créatrice de la Divinité, tandis que Karma devrait être considéré comme un mode d'existence de la monade — mode qui cesse d'exister quand un autre mode prend sa place : celui de la libération. En second lieu, si la monade, en atteignant la libération, ne fait qu'atteindre ce qu'elle possédait avant de s'associer à Karma, à quoi bon tout le processus ? Ou encore, si on affirme que la monade était complètement non-existante avant sa projection, la Divinité devient responsable de toutes nos souffrances et de tous nos péchés. Nous tombons alors, soit dans la doctrine calviniste de la prédestination telle qu'elle est conçue par le peuple, ou dans la doctrine plus blasphématoire encore des fidèles d'Ahriman, soulevant encore de nombreuses difficultés illogiques. L'enseignement de nos philosophes orientaux dit que la nature réelle intérieure de la monade est la même que l'essence intérieure réelle de la Divinité. Mais, depuis un passé sans commencement, elle possède une nature transitoire considérée comme illusoire, et le mode de manifestation de cette illusion est connu sous le nom de Karma.

Mais ne nous sommes-nous pas laissés induire en erreur dans le premier exemple ? N'aurions-nous pas dû acquiescer à la première définition ci-dessus de la théorie de l'évolution ? Les prémices étaient assez satisfaisantes, mais l'erreur consistait à admettre la déduction de l'homme d'Eglise comme une nécessité logique. Quand celui-ci affirme qu'il n'y a pas de rapport imaginable entre l'évolution et le Nirvana, il ne fait que postuler pour le mot évolution une portée plus limitée que celle que l'Occultiste y attache, c'est-à-dire, le développement de l'âme comme celui de la simple forme. Il a réellement raison lorsqu'il affirme que l'homme naturel, tant qu'il reste tel qu'il est, n'atteindra jamais le but ultime de l'Etre. Et il est aussi vrai pour l'Occultiste que pour l'homme religieux que, pour se libérer du cercle fatal des renaissances, il doit « briser la coque qui le maintient dans l'obscurité, déchirer le voile qui lui cache l'éternel. L'homme religieux peut appeler cela l'action de la grâce divine, mais cela peut être décrit tout aussi correctement comme « l'éveil du Dieu intérieur qui sommeille ». Mais l'erreur de l'homme religieux est sans contredit de prendre à tort le premier reflet de la conscience divine comme une preuve d'émancipation finale, par exemple à la mort du corps, alors que ce n'est que le premier pas d'un stade probatoire dans l'immense étendue du travail pour l'Humanité sur les plans supérieurs de l'Etre.

Pour donner un exemple analogue pris dans la théorie de l'Evolution que nous venons de discuter, n'est-il pas plus logique de s'imaginer que, de la même façon que nous voyons s'étendre à nos pieds les gradations infinies de l'existence à travers les règnes animal, végétal et minéral — entre lesquels vraiment, grâce aux investigations récentes des hommes de science, on ne reconnaît plus aucune ligne distincte de démarcation — de même aussi les hauteurs (nécessairement cachées à nos yeux) qui nous restent à gravir dans notre progression ascendante vers la Divinité doivent être constituées par une hiérarchie invisible d'Etres ? Et comme nous avons évolué durant des millions de siècles de vie terrestre dans ces formes inférieures jusqu'à l'état que nous occupons actuellement, de même pourrons-nous, si nous en décidons ainsi, entrer sur une nouvelle route meilleure de progrès, à côté de l'évolution ordinaire de l'Humanité, route sur laquelle se rencontrent également d'innombrables grades ? top-iconRetour en Hauttop-icon