Samedi 19 Août 2017

Mis à jour le Sam. 19 Août 2017 à 09:43

La Grande Recherche

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« Avec audace j'ai cherché dans d'innombrables formes mortelles, L'ombre de cette idole de ma pensée. » Shelley.

« Après l'amour éteint, si je vécus encore C'est pour la vérité, soif aussi qui dévore » Lamartine.

La perte de la jeunesse et de l'amour est la perpétuelle lamentation des poètes.

Un immuable printemps de la vie, où les doux rêves de la jeunesse se réaliseraient dans l'épanouissement d'un amour réciproque, serait pour eux le ciel, et c'est un ciel en effet, tant qu'il dure. Si nous ajoutons à cela le sens esthétique et raffiné qui équilibre délicatement et apprécie à merveille toutes les joies des sens, et l'intelligence hautement développée qui peut puiser à volonté dans les richesses accumulées des ères révolues de civilisation, que reste-t-il de plus à souhaiter pour les poètes ? Avec un usage digne du cœur, des sens et du mental, une nature bien équilibrée qui sait que la modération seule donne le bonheur durable, l'homme ne peut-il enfin trouver la satisfaction ? Que peut-il enfin désirer de plus ?

Il est inutile de nier que la vie détient des dons très doux, bien que le nombre de ceux qui sont capables d'en jouir parfaitement soit restreint. Mais alors même qu'on jouit de ces dons, on sent que l'horizon est limité. Avec quelle incertitude anxieuse — par suite fascinante — la jeunesse n'ouvre-t-elle pas les yeux sur le charme du monde éblouissant ? L'amour du printemps, même à l'âge adulte, construit sans cesse des bosquets enchanteurs dans l'avenir; il n'est jamais longtemps satisfait du présent, tandis que, pour l'intellect, l'étendue limitée de l'instruction la plus haute, est un aiguillon mieux défini encore vers la recherche d'une connaissance qui dépassera toute expérience précédente.

En supposant même que l'homme se satisfasse de s'abreuver sans cesse à la coupe unique de félicité, cela ne lui est pas permis. Les leçons de la vie, le grand instructeur, changent constamment, et la tempête du cœur prend la place du calme qu'on croyait devoir être sans fin.

Ainsi donc, puisque c'est en vain que nous recherchons la félicité permanente dans aucune de ces choses, puisque, au delà de la culture intellectuelle la plus haute d'un âge intellectuel, luit la vision d'une connaissance supérieure, puisque, au delà du raffinement artistique de notre civilisation comme de la fleur de toutes les civilisations passées, gît cachée la source de toute douceur, puisque, même la communion étroite de cœur créée par l'amour humain, n'est qu'un faible reflet de la profonde paix que conçoit celui qui a déchiré Je voile cachant l'Eternel, toutes les énergies de l'homme doivent se consacrer à la recherche qui lui apporteront ces résultats.

Toute la philosophie de la vie peut se résumer dans les quatre grandes Vérités qu'enseigna le Bouddha, et l'on ne pourrait en avoir une plus lumineuse description que celle que donnent les lignes ravissantes du huitième livre de la « Lumière d'Asie ».

Celui qui s'est profondément pénétré de ces grandes vérités, qui a compris la nature transitoire du bonheur sur terre où les peines et souffrances font plus que contrebalancer les joies de la vie, ne désirera plus jamais dans ses moments les plus lucides avoir la bénédiction, soit dans cette existence soit dans une autre, d'une vie uniformément heureuse, car il n'y a pas de plus grand soporifique pour l'âme que le sentiment de contentement, et pas d'aiguillon plus puissant qu'un sentiment de mécontentement. Il traversera des périodes de joie, mais il les appréhendera avec crainte et avec doute, car c'est alors que le monde des sens reprend son emprise sur l'âme, ce qui nécessitera la souffrance d'une nouvelle lutte pour la liberté.

Quand on entreprend la grande recherche, il semble que de nombreuses vies ne pourront pas apaiser la passion dominante de l'âme, mais la nature va vite dans les climats chauds, et de l'intensité même du désir peut jaillir 1a force et la volonté de le vaincre. Bien que ce soit toujours la même note tonique qui soit frappée pendant toute la vie, le désir dominant semblera prendre un {GlossaryDef::aspect} différent au fur et à mesure que l'on gravit l'échelle.

C'est une supposition, qui semble confirmée d'après les analogies de la nature; car ainsi que l'embryon humain dans son développement prénatal présente, en une succession rapide qui se ralentit à l'approche du moment de la naissance, des caractéristiques des races inférieures de la vie animale d'où l'homme a évolué, de même aussi l'âme humaine, dans sa traversée de la vie, refait l'expérience des désirs et des tentations dominants qui l'ont affectée durant d'innombrables incarnations passées. Les désirs inférieurs qui dans les vies écoulées ont été plus ou moins vaincus, seront expérimentés en une succession rapide, et rejetés sans grande difficulté, jusqu'à ce que la grande lutte de la vie soit atteinte, de laquelle l'homme doit sortir plus ou moins victorieux, s'il veut continuer à progresser.

S'il suffisait d'être bien intentionné, si c'était là une sécurité contre le danger de dévier, ou si ce détour ne signifiait pas un retard sur le sentier, il ne serait pas si suprêmement nécessaire de mettre sa croyance d'accord avec les faits ; mais, même dans les affaires terrestres, nous voyons chaque jour que la pureté d'intention n'est pas une garantie contre les échecs qui proviennent d'un manque de connaissance. En conséquence, dans la grande science spirituelle qui traite du problème de la vie dans son ensemble — et non seulement de ce simple fragment que représente notre existence terrestre actuelle — on verra combien il est nécessaire que les faits soient compris d'une façon correcte.

Pour nous dont les yeux ne se sont pas encore ouverts sur les hauteurs sublimes, aveuglés qu'ils sont par le brouillard de nos passions, les seuls rayons de lumière qui puissent illuminer l'obscurité de notre route vers la grande recherche sont les paroles (que ce soit ou non sous forme de révélation reconnue) que nous ont laissées les Maîtres qui nous ont précédés sur la voie, et les conseils de nos camarades qui marchent vers le même but. Mais les mots sont susceptibles de nombreuses interprétations, et l'opinion de nos camarades est teintée par leur propre personnalité ; par conséquent, la pierre de touche suprême de la vérité, le disciple doit la chercher dans son propre cœur.

Après avoir signalé la nécessité d'une croyance correcte, considérons maintenant la question de la grande réalisation — l'annihilation de Karma — la conquête du Nirvana. Il faut reconnaître comme une proposition logique que Karma ne peut jamais détruire Karma, c'est-à-dire qu'aucune pensée, parole, ou action de l'homme dans son état actuel de conscience, ne peut jamais le libérer du cercle des renaissances. Ce point de vue semblerait nécessiter un pouvoir extérieur à l'homme et susceptible de le délivrer, un pouvoir qui soit en contact avec lui et qui devrait lui être allié. top-iconRetour en Hauttop-icon