Dimanche 24 Septembre 2017

Mis à jour le Dim. 24 Sep. 2017 à 09:43

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Nos Trois Buts - I. La Fraternité

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Index de l'article
Nos Trois Buts
I. La Fraternité
II. Orient : Philosophie, littérature, etc.
III. Occultisme
Notes
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I - La Fraternité

À notre arrivée en Inde, en février 1879, il n'y avait entre les races et sectes de la péninsule aucune unité, aucun sens d'intérêt public commun, aucune disposition à découvrir le rapport mutuel entre les diverses sectes de l'hindouisme originel, ou entre celles-ci et les croyances de l'islâm, du jaïnisme, du bouddhisme et du zoroastrisme. Entre les hindous brahmaniques de l'Inde et leurs frères de race, les bouddhistes cinghalais modernes, il n'y avait eu aucun échange religieux depuis une époque reculée. Et même entre les diverses castes existant à Ceylan, il y avait un manque complet d'unité, aucun mariage entre groupes différents, aucun esprit d'homogénéité patriotique, mais un sectarisme plein de rancœur et une animosité entre castes, cela parce que, fidèles à leurs anciennes origines hindoues, les cinghalais restaient attachés à la notion de caste, en dépit de la lettre et de l'esprit de leur religion bouddhique. Quant à un quelconque échange international, dans les affaires religieuses ou sociales, entre Ceylan et les nations bouddhistes du Nord, une telle chose n'avait jamais existé. Chacun était dans l'ignorance et l'indifférence absolues de ce que pouvaient être les conceptions, besoins et aspirations de l'autre. Finalement, entre les communautés d'Asie et celles d'Europe et d'Amérique, existait la plus complète absence de sympathie au sujet des questions religieuses et philosophiques. Les efforts déployés par les orientalistes, de sir William Jones et Burnouf au prof. Max Müller, avaient fait naître un intérêt philosophique parmi les gens instruits, mais même pas cela parmi les masses. Si, à ce qui précède, nous ajoutons que toutes les religions d'Orient, sans exception, étaient en train d'être asphyxiées à mort par le gaz délétère de la science officielle d'Occident, par l'intermédiaire des moyens d'instruction mis en place par les administrations européennes et les propagandistes des missions religieuses, et que nombre d'étudiants et de diplômés orientaux - qu'ils aient été de l'Inde, de Ceylan ou du Japon - étaient devenus des incroyants et détracteurs des religions de jadis, on se rendra compte à quel point il a dû être difficile de faire naître de ce chaos quelque chose comme une harmonie, de créer un sentiment de tolérance, sinon d'amitié, et de bannir ces haines, ces méfiances malsaines, ces mauvaises dispositions réciproques et cette ignorance mutuelle.

Dix ans se sont écoulés et que voyons-nous ? En passant en revue chacun des points séparément, nous découvrons ce qui suit.

Dans toute l'Inde, l'unité et la fraternité ont remplacé la désunion, 125 branches de notre Société se sont formées rien qu'en Inde, chacune constituant un foyer de notre idée de fraternité, un centre d'unité religieuse et sociale. Il y a, parmi leurs membres, des représentants de toutes les meilleures castes et de toutes les sectes hindoues, et une majorité appartient à la classe de ceux qui sont par hérédité des savants et des philosophes ― les brâhmanes ― que les missionnaires ont vainement tenté de pervertir pour en faire des chrétiens, et particulièrement les missions sélectes d'Oxford et de Cambridge, dans la tentative désespérée qu'elles avaient choisi comme tâche à accomplir. Le Président de notre Société, le colonel Olcott, a traversé toute l'Inde plusieurs fois, sur invitation, en prenant la parole devant des assemblées très nombreuses, sur des thèmes théosophiques, en semant les graines qui, le moment venu, donneront la pleine moisson de notre évangile de fraternité et de mutuelle confiance. Le développement de ce sentiment amical s'est affirmé de diverses façons : tout d'abord, dans le rassemblement sans précédent de races, de castes et de sectes que l'on a vu lors des Congrès annuels de la Société Théosophique ; ensuite, dans le développement rapide d'une littérature théosophique prônant nos vues altruistes, dans le lancement de divers journaux et revues, publiés en plusieurs langues, et dans la prompte cessation de querelles sectaires ; en troisième lieu, dans la naissance soudaine et la croissance phénoménale du mouvement patriotique dont le foyer central est l'organisation appelée Indian National Congress (1). Ce remarquable organisme politique fut conçu par certains de nos membres anglo-indiens et hindous, d'après le modèle et les lignes d'action de la Société Théosophique, et, depuis le début, il est dirigé par nos propres collègues ― des hommes qui sont parmi les plus influents dans l'Empire indien. Et, en même temps, il n'existe aucun lien (si on excepte celui qui réunit les personnalités des individus) entre le Congrès et l'organisation-mère de notre Société. Selon toute probabilité, il n'aurait jamais vu le jour si le colonel Olcott avait succombé à la tentation d'entrer dans des voies secondaires de fraternité humaine, de politique, de réformes sociales, etc., comme beaucoup ont voulu qu'il le fasse. Nous avons réveillé l'esprit en sommeil et réchauffé le sang aryen des hindous, et l'une des voies que la vie nouvelle s'est frayée a abouti à ce Congrès. Tout cela relève de l'histoire pure et simple, et ne saurait être contesté.

Du côté de Ceylan, maintenant, voyez les miracles accomplis par notre Société, en prenant pour preuves les nombreuses allocutions prononcées, les multiples rapports et autres documents officiels qui ont été communiqués à ce jour tant. à nos lecteurs qu'au public en général. Voyez les gens des castes qui deviennent membres, l'animosité sectaire qui s'efface presque, seize Branches de la Société qui voient le jour dans l'île, toute la communauté cinghalaise, pourrait-on dire, se tournant vers nous pour recevoir conseil, exemple à suivre, et consignes directrices ; ici, un comité de bouddhistes se rendant en Inde avec le colonel Olcott pour planter un cocotier ― vieux symbole d'affection et de bonne volonté ― dans le terrain de l'enceinte du temple hindou, à Tinnevelly, et là, des nobles de Kandy, qui jusqu'alors gardaient leurs distances vis-à-vis de paysans de basse condition, avec la hauteur dédaigneuse héritée de leurs traditions féodales, devenant Présidents de nos Branches, et même voyageant comme conférenciers bouddhistes.

Ceylan fut le foyer (2) d'où rayonna la religion de Gautama vers le Cambodge, le Siam et la Birmanie. Quoi donc de plus normal qu'un message de fraternité ait été porté de cette Terre Sacrée au Japon ? Comment ce message fut reçu par notre Président, présenté par lui là-bas - et avec quels magnifiques résultats - est trop bien connu de tout le monde occidental pour qu'il soit nécessaire d'en refaire le récit dans le présent contexte. Qu'il suffise de dire que l'événement compte parmi les plus spectaculaires de l'histoire, et qu'il apporte la preuve suffisante, irréfutable et décisive, de la vivante réalité de notre projet d'engendrer le sentiment de Fraternité Universelle parmi tous les peuples, groupes humains, races, castes et couleurs.

Un exemple significatif du bon sens pratique qui se révèle dans notre conduite des choses est la création du « Drapeau bouddhique » pour servir de symbole stylisé de la religion du Bouddha, indépendamment de toute question sectaire. Jusqu'à présent, les bouddhistes n'avaient eu aucun symbole, comme celui que représente la croix pour les chrétiens, et, en conséquence, n'avaient pas disposé d'un tel signe essentiel de la commune relation les unissant, qui est le point de cristallisation, pour ainsi dire, de la force fraternelle que cherche à évoquer notre Société. Le Drapeau bouddhique répond effectivement à ce besoin. Il est constitué selon les proportions usuelles des emblèmes nationaux (pour ce qui est du rapport entre longueur et largeur), et il comprend six barres verticales dont les couleurs s'ordonnent comme il suit : bleu saphir, jaune d'or, pourpre, blanc, rouge vermillon, avec finalement une combinaison de toutes les autres couleurs (3). Cette sélection de teintes n'est pas arbitraire, mais une transposition à ce cas particulier des couleurs décrites dans les vieux textes pâlis et sanskrits comme étant Visibles dans la psychosphère, ou l'aura, entourant la personne du Bouddha, et que l'on trouve représentées, comme des vibrations chromatiques, autour de ses images à Ceylan et ailleurs. Ésotériquement, elles sont très suggestives dans leur combinaison. Le nouveau Drapeau a été hissé pour la première fois sur notre Quartier Général de Colombo, puis adopté avec des acclamations dans toute l'île de Ceylan ; introduit au Japon par le colonel Olcott, il s'est répandu dans tout l'Empire du Soleil levant pendant la courte période de sa récente visite.

La calomnie ne peut effacer ni même amoindrir le moindre de ces faits. Ces derniers ont traversé les brumes de la haine du jour, pour briller dans le soleil qui éclaire tous les événements pour l'œil de l'historien. top-iconRetour en Hauttop-icon