Samedi 24 Juin 2017

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Qu’est-ce que la Théosophie ? - Page 4

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Les Théosophes d'Alexandrie étaient divisés en néophytes, initiés et maîtres ou hiérophantes, et leurs règles étaient copiées sur celles des anciens Mystères d'Orphée, qui, selon Hérodote, les avait rapportées de l'Inde. Ammonius obligeait ses disciples à faire le serment de ne pas dévoiler ses doctrines supérieures, sauf à ceux qui s'en étaient montrés tout à fait dignes, et qui avaient appris à considérer les dieux, les anges et les démons des autres peuples, selon l'hyponia ésotérique, ou « sens caché ». « Les dieux existent, mais ils ne sont pas ce que les hoi polloi, la multitude ignorante suppose », dit Epicure. « Ce n'est pas celui qui nie l'existence des dieux adorés par la multitude qui est athée, mais bien celui qui attache à ces dieux le sens que leur accorde la multitude ». A son tour, Aristote déclare que « ce qu'on nomme les dieux, ne sont que les premiers principes de l'Essence Divine qui pénètre tout l'univers de la nature ».

Plotin, l'élève d'Ammonius ― « l'instruit de Dieu », nous dit que la gnose secrète ou la connaissance de la Théosophie, a trois degrés : l'opinion, la science et l'illumination. « Le moyen d'atteindre la première, ou l'instrument pour l'acquérir, c'est la sensation ou la perception ; pour atteindre la seconde, c'est la dialectique ; pour la troisième, c'est l'intuition. La raison est subordonnée à cette dernière, car l'intuition est la connaissance absolue, fondée sur l'identification du mental avec l'objet connu». La Théosophie est, pourrait-on dire, la science exacte de la psychologie ; par rapport à la médiumnité naturelle et inculte, elle est ce qu'est la connaissance d'un Tyndall comparée aux notions de physique d'un écolier. Elle développe en l'homme une vision directe; ce que Schelling dénomme « une réalisation de l'identité entre le sujet et l'objet dans l'individu » ; de telle sorte que, sous l'influence et grâce à la connaissance d'Hyponia, l'homme nourrit des pensées divines, voit toutes les choses comme elles sont en réalité, et finit par « devenir le réceptacle de l'Ame du Monde », pour employer une des plus belles expressions d'Emerson. « Moi, l'imparfait, j'adore le Parfait, qui est moi-même », dit-il dans son superbe Essai sur la Sur-Ame. En plus de cette psychologie ou étude des états d'âme, la Théosophie cultivait toutes les branches scientifiques et artistiques. Elle connaissait parfaitement ce que nous appelons communément de nos jours, le mesmérisme. Les Théosophes rejetaient la théurgie pratique ou « magie cérémonielle », à laquelle le clergé Catholique Romain a si souvent recours dans ses exorcismes. Jamblique, seul, surpassant les autres Eclectiques, ajouta la doctrine de la Théurgie à la Théosophie. L'homme, ignorant de la véritable signification des symboles divins ésotériques de la nature, est susceptible de confondre les pouvoirs de l'âme et d'attirer à lui les forces sombres et mauvaises qui rôdent autour de l'humanité ― créations sinistres et tenaces des crimes et des vices humains ― au lieu de communier spirituellement et mentalement avec les êtres célestes supérieurs, avec les bons esprits (les dieux des théurgistes de l'Ecole Platonicienne) ; il peut tomber ainsi de la theurgia (magie blanche) dans la Gœtia (magie noire ou sorcellerie). Et cependant, ni la magie blanche, ni la magie noire ne sont ce que la superstition populaire entend par ces termes. La possibilité « d'évoquer les esprits » selon la clef de Salomon, est le comble de la superstition et de l'ignorance. La pureté dans les actes .et les pensées peut seule nous mettre en rapport « avec les dieux » et nous conduire au but que nous désirons atteindre. L'alchimie, que beaucoup pensent avoir été une philosophie spirituelle comme aussi une science physique, appartenait aux enseignements de l'école théosophique.

C'est un fait bien connu que ni Zoroastre, ni Bouddha, ni Orphée, ni Pythagore, ni Confucius, ni Socrate, ni Ammonius Saccas, n'ont laissé d'écrits. La raison en est évidente. La Théosophie est une arme à double tranchant, dangereuse pour l'ignorant et l'égoïste. Comme toute philosophie antique, elle a ses fidèles parmi les modernes, mais jusqu'à une époque récente, ses disciples étaient très peu nombreux et appartenaient aux sectes et aux opinions les plus variées. « Entièrement spéculative, ne créant pas d'école, la Théosophie a cependant exercé une influence silencieuse sur la philosophie ; et sans aucun doute, le moment viendra où ces idées, répandues dans le silence, donneront une orientation nouvelle à la pensée humaine », remarque M. Kenneth R.-H. Mackenzie, lui-même un mystique et un Théosophe, dans son important ouvrage The Royal Masonic Cyclopaedia (articles Theosophical Society of New York, et Theosophy, p. 731) (3).

Depuis l'époque des philosophes du feu, ils ne s'étaient plus jamais organisés en sociétés, car, traqués comme des bêtes fauves par le clergé chrétien, les Théosophes étaient encore, il y a un siècle, sous la perpétuelle menace de la peine de mort. Les statistiques montrent qu',en une période de 150 ans plus de 90.000 hommes et femmes furent brûlés en Europe pour prétendue sorcellerie. Dans la Grande-Bretagne seule, de 1640 à 1660, c'est-à-dire en vingt ans, 3.000 personnes furent mises à mort sous prétexte qu'elles avaient fait un pacte avec le « Diable ». Ce n'est que récemment (en 1875) que quelques mystiques et spiritualistes avancés, non satisfaits des théories et des explications proposées par les fidèles du Spiritisme, et trouvant qu'elles étaient loin d'éclairer tout le vaste champ des phénomènes spirites, se groupèrent à New York (Amérique) en une association qui est actuellement connue dans le monde entier sous le nom de Société Théosophique. Et maintenant que nous avons expliqué ce qu'est la Théosophie, nous exposerons dans un autre article quelle est la nature de notre société, appelée aussi « Fraternité Universelle de l'Humanité ».

H.P. BLAVATSKY


[Cet article d'H.P. Blavatsky, est parut pour la première fois dans la Revue The Theosophist d'octobre 1879. L'article est disponible dans le Cahier Théosophique n°7 © Textes Théosophiques, Paris] top-iconRetour en Hauttop-icon