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Qu’est-ce que la Théosophie ?

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Article de Blavatsky paru en anglais dans la revue The Theosophist d'octobre 1879.

On a si souvent posé cette question, et tant de malentendus se sont élevés à son sujet, que les éditeurs d'un journal consacré à l'exposé de la Théosophie dans le monde seraient impardonnables s'ils ne parvenaient pas, sur ce point, à se faire comprendre parfaitement de leurs lecteurs, dès le premier numéro. Notre titre implique deux autres questions auxquelles réponse sera donnée ultérieurement : « Qu'est-ce que la Société Théosophique ? », et « Que sont les Théosophes ? ».

Selon les lexicographes, le terme theosophia dérive de deux mots grecs : theos (dieu) et sophos (sage). Jusqu'ici nous sommes d'accord. Mais les explications qui suivent sont loin de donner une idée claire de la Théosophie. Webster la définit d'une façon très originale, comme un « prétendu rapport avec Dieu et les esprits supérieurs, permettant en conséquence l'acquisition d'une connaissance surhumaine, par des procédés physiques tels que les opérations théurgiques de certains anciens Platoniciens, ou par les procédés chimiques des philosophes du feu allemands ».

Ceci est, pour le moins, une explication pauvre et désinvolte. Attribuer de telles idées à des hommes comme Ammonius Saccas, Plotin, Jamblique, Porphyre, Proclus, prouve que Webster a, ou bien intentionnellement dénaturé la philosophie et les motifs des plus grands génies de l'Ecole d'Alexandrie, ou qu'il les ignorait. C'est faire des matérialistes de ceux que leurs contemporains et la postérité ont dénommés « theodidaktoi » ― instruits par Dieu ― que de leur imputer le désir de développer leurs perceptions psychologiques et spirituelles par des « procédés physiques ». Quant au trait final lancé contre les philosophes du feu, il ne les atteint pas, mais rejaillit sur les hommes de science actuels les plus éminents, sur ceux qui, selon le Rév. James Martineau, lancent le défi suivant: « Nous ne demandons que de la matière; donnez-nous des atomes et rien d'autre, et nous expliquerons l'Univers ».

Vaughan nous offre une définition infiniment meilleure et plus philosophique. « Le Théosophe, dit-il, présente une théorie de Dieu, ou des œuvres de Dieu, basée non sur une révélation mais sur une inspiration qui lui est propre». Partant de ce point de vue, tout grand penseur et philosophe, surtout tout fondateur d'une nouvelle religion, école de philosophie, ou secte, est nécessairement Théosophe. La Théosophie et les Théosophes ont donc existé depuis que la première lueur de la pensée naissante a fait instinctivement chercher à l'homme les moyens d'exprimer ses opinions indépendantes.

Il existait des Théosophes avant l'ère chrétienne, quoi qu'en disent les écrivains chrétiens, qui assignent le développement du système théosophique éclectique, au début du IIIe siècle de leur ère. Diogène Laërce fait remonter la Théosophie à une période antérieure à la dynastie des Ptolémées, et signale comme son fondateur, un Hiérophante égyptien appelé Pot-Amoun, un nom copte signifiant un prêtre consacré à Amoun, le dieu de la Sagesse. L'histoire nous montre le réveil de la Théosophie par Ammonius Saccas, le fondateur de l'Ecole Néo-Platonicienne. Lui et ses disciples se dénommaient eux-mêmes « Philalethes » ou amants de la vérité ; tandis que d'autres les nommaient « Analogistes » parce qu'ils interprétaient les légendes sacrées, les mythes symboliques et les mystères, à l'aide d'analogies ou de correspondances, de telle sorte que les événements qui se produisaient dans le monde extérieur, étaient considérés comme exprimant des activités et des expériences de l'âme humaine. C'était le but et l'intention d'Ammonius de réconcilier toutes les sectes, tous les peuples et toutes les nations pour les rallier à une foi commune : la croyance en un Eternel Suprême, en un Pouvoir Inconnu, Innommable, gouvernant l'Univers par des lois immuables et éternelles. Il se proposait de prouver l'existence d'un système primitif de Théosophie, qui, à l'origine, était essentiellement identique dans tous les pays; d'encourager les hommes à abandonner leurs luttes et leurs querelles pour unir leurs efforts et leurs pensées comme les enfants d'une même mère ; de purifier les anciennes religions, graduellement corrompues et obscurcies, de toute leur lie d'élément humain en les réunissant et les étudiant comparativement sur un terrain purement philosophique. C'est pourquoi les systèmes Bouddhiste, Védantin et magique ou Zoroastrien étaient enseignés dans l'Ecole Théosophique Eclectique en même temps que les philosophies de la Grèce. De là aussi, ces caractéristiques éminemment Bouddhistes et Indiennes, parmi les anciens Théosophes d'Alexandrie: le respect dû aux parents et aux personnes âgées, l'affection fraternelle pour la race humaine tout entière, et un sentiment de compassion même pour l'animal muet. Tout en cherchant a établir un système de discipline morale qui montrait aux hommes le devoir de vivre selon les lois de leur pays respectif, tout ,en voulant élever leur esprit par la recherche et la contemplation de la Vérité Une et Absolue, Ammonius avait pour objet principal, objet qui, pensait-il, ferait triompher tous les autres, d'extraire des divers enseignements re1igieux, comme d'un instrument à cordes, une mélodie complète et harmonieuse, qui trouverait un écho dans tous les cœurs épris de vérité.top-iconRetour en Hauttop-icon


La Théosophie est donc l'antique Religion-Sagesse, la doctrine ésotérique autrefois connue dans toute contrée civilisée. Cette « Sagesse », tous les anciens écrits nous la montrent émanant du Principe divin ; et l'on comprendra mieux ce qu'elle est, si l'on se souvient qu'elle est symbolisée par le Buddh indien, le Nébo babyilon1en, le Thoth de Memphis, l'Hermès de Grèce, ou aussi dans les noms de certaines déesses comme Métis, Neitha, Athèna, et la Sophia gnostique, et enfin dans les Védas, dont l'appellation dérive du verbe « connaître ». Sous cette désignation, tops les anciens philosophes de l'Orient et de l'Occident, les Hiérophantes de l'ancienne Egypte, les Rishis de l'Aryavarta, les Theodidaktoi de Grèce, comprenaient toute la connaissance des choses occultes et essentiellement divines. La Mercavah des Rabbins Hébreux (leurs écrits populaires et séculiers) était considérée comme n'étant que le véhicule ou l'enveloppe extérieure qui contenait les connaissances ésotériques supérieures. Les Mages de Zoroastre étaient instruits et initiés dans les cavernes et les loges secrètes de la Bactriane; les Hiérophantes égyptiens et grecs avaient leurs aporrheta ou entretiens secrets au cours desquels le Myste devenait un Epopte, un Voyant.

L'idée maîtresse de la Théosophie Eclectique était celle d'une Essence Suprême Unique, Inconnue et Inconnaissable ; car, comme le dit le Brihadaranyaka Upanishad : « Comment pourrait-on connaître le connaisseur ? ». Le système des Théosophes Eclectiques avait trois traits caractéristiques : la théorie de l'Essence, citée ci-dessus ; la doctrine de l'âme humaine, comme émanation de cette Essence et, par là, de même nature ; enfin, sa théurgie. C'est à cette science que les Néo-Platoniciens doivent d'avoir été si mal considérés dans notre siècle de science matérialiste. La théurgie étant essentiellement l'art d'appliquer les pouvoirs divins de l'homme à la maîtrise des forces aveugles de la nature, ses fidèles furent d'abord appelés magiciens, une corruption du mot « Magh », un homme sage et savant. Les sceptiques d'il y a un siècle, se raillant de l'idée du phonographe et du télégraphe, étaient à peu près aussi insensés que les détracteurs de la magie ; ceux qu'on ridiculise et traite d'« infidèles » dans une génération, deviennent généralement les sages et les saints de la génération suivante.

La Théosophie moderne croit ce que croyait la Théosophie antique au sujet de l'essence Divine et de la nature de l'âme et de l'esprit. Le Diu populaire des nations aryennes était identique au Iao des Chaldéens, et même au Jupiter des moins savants et des moins philosophes des Romains, comme au Jahve des Samaritains, au Tiu ou « Tiusco » des Nordiques, au Duw des Bretons, et au Zeus des Thraces. Quant à l'Essence Absolue, l'Un et le Tout, que nous acceptions la philosophie des Pythagoriciens grecs, des Cabalistes Chaldéens ou des Aryens, à son sujet, elle nous conduira toujours à la même et unique conclusion. La Monade primordiale du système Pythagoricien qui se retire dans les ténèbres et qui est elle-même Ténèbres (pour l'intelligence humaine), constitue la base de toutes choses; nous retrouvons cette idée dans toute son intégrité, dans les systèmes philosophiques de Leibnitz et de Spinoza. Le Théosophe peut donc admettre la Cabale, qui, parlant de En-Soph, pose la question : « Qui donc alors peut Le comprendre, puisqu'Il est sans forme et Non-Existant ? » ou, se souvenant du magnifique hymne du Rig-Véda (Hymne 129, Livre 10) il peut demander avec lui :

« Qui sait d'où a jailli cette grande création ?
« Sa volonté la créa-t-elle ou fut-elle inactive ?
« Il le sait ― ou peut-être ne le sait-Il même pas !...

Le Théosophe peut encore accepter la conception védantine du Brahma, représenté dans les Upanishads comme « privé de vie », dépourvu de mental, pur, « inconscient », car, Brahma est la « Conscience Absolue ». Ou enfin, se ralliant aux Svabhavikas du Népal, il peut prétendre que rien n'existe en dehors de Svabhavat (la substance ou la nature) qui existe par soi-même, sans aucun créateur. Toutes ces conceptions conduisent à la Théosophie pure et absolue, cette Théosophie qui amena des hommes tels que Hegel, Fichte et Spinoza à poursuivre les œuvres des anciens philosophes grecs, et à spéculer sur la Substance Une ― la Déité, le Tout Divin procédant de la Sagesse Divine ― incompréhensible, inconnue, et qu'aucune philosophie du passé ou du présent ne nomme, sinon le Christianisme et le Mahométisme. Tout Théosophe donc, professant une théorie de la Déité « basée, non sur une révélation, mais sur une inspiration qui lui est propre », peut accepter chacune des définitions ci-dessus, ou appartenir à, l'une quelconque de ces religions, et rester cependant strictement dans les limites de la Théosophie. Car cette dernière considère que la Déité est le TOUT, la source de toute existence, l'infini qui ne peut être ni compris ni connu, l'univers seul révélant Cela, ou encore Le révélant, comme certains préfèrent le dire, lui attribuant ainsi un genre masculin et l'anthropomorphisant ― ce qui est blasphématoire. La vraie Théosophie a horreur de la matérialisation brutale; elle préfère croire que, de toute éternité, l'Esprit de la Déité, centré en lui-même, ne veut ni ne crée, mais que ce qui produit toutes les choses visibles et invisibles, n'est qu'un Rayon irradié de la splendeur infinie du Grand Centre, et qui contient en lui le pouvoir de la génération, et de la conception. Celui-ci produit à son tour ce que les Grecs appelaient le Macrocosme, les Cabalistes Tikkun ou Adam Kadmon, l'homme archétype, et les Aryens Purusha, le Brahm manifesté ou le Mâle Divin. La Théosophie croit aussi en l'Anastasis ou existence permanente, et en la transmigration (évolution), c'est-à-dire en une suite de retours de l'âme (1) qu'on peut défendre et expliquer sur un terrain purement philosophique, et uniquement en faisant la distinction entre Paramatma (l'Esprit Suprême et transcendant) et Jivatma (l'âme animale ou consciente) des Védantins. top-iconRetour en Hauttop-icon 


Pour donner une définition complète de la Théosophie, nous devons l'envisager sous tous ses aspects. Il est des êtres pour qui le monde intérieur n'est pas enveloppé d'une obscurité impénétrable. Grâce à cette intuition supérieure acquise par la Theosophia, ou connaissance de Dieu, qui conduit le mental du monde de la forme dans celui de l'esprit sans forme, certains hommes ont pu, de tout temps et dans tous les pays, percevoir les choses du domaine intérieur ou invisible. C'est ce qui explique le « Samadhi » ou le Dyan Yog Samadhi des ascètes hindous ; le « Daimonionphoti » ou l'illumination spirituelle des Néo-Platoniciens ; la « confabulation sidérale des âmes » des Rose-Croix ou des philosophes du Feu ; et même l'extase des mystiques et des mesméristes ou des spirites modernes ; tous ces états sont identiques en nature, quoique variés dans leurs manifestations. La recherche du « soi » divin de l'homme, si souvent considérée à tort comme la communion individuelle avec un Dieu personnel, était le but de tout mystique, et la croyance en sa possibilité semble remonter à la genèse de l'humanité, bien que chaque peuple lui ait donné un nom différent. Ainsi Platon et Plotin appellent « œuvre Noétique », ce qui est défini comme Vidya dans les Yogas et le Shrotriyas. « Par la méditation, la connaissance de soi-même et la discipline intellectuelle, l'âme peut s'élever à la vision de la vérité, de la bonté et de la beauté éternelles ― c'est-à-dire la Vision de Dieu ― ou à l'epopteia », comme disaient les Grecs. « L'union de l'âme individuelle à l'Ame Universelle », disait Porphyre, « n'exige qu'un esprit parfaitement pur. Par la contemplation du soi, la chasteté parfaite, et la pureté du corps, l'homme peut s'en approcher, et recevoir dans cet état la vraie connaissance 'et l'illumination profonde ». Et le Swami Dayanund Saraswati, qui n'a lu ni Porphyre ni les ouvrages d'autres auteurs grecs, mais qui est un parfait érudit en science védique, dit dans son Véda Bhashya. (opasna prakaru ank, 9) : « Pour atteindre Diksha (la plus haute initiation) et Yog, il faut agir conformément aux règles... L'âme peut, dans le corps humain, accomplir les plus grandes merveilles, si elle acquiert la connaissance de l'Esprit Universel (ou Dieu), et si elle se familiarise avec les propriétés et qualités (occultes) de tout ce qui existe dans l'univers. Un être humain (un Dikshit ou initié) peut ainsi acquérir le, pouvoir de voir et d'entendre à grandes distances ». Enfin, Alfred R. Wallace, membre de la Société Royale d'Angleterre, spirite et cependant sans conteste, un grand naturaliste, avoue avec une courageuse franchise : « C'est l'esprit seul qui sent, perçoit et pense, qui acquiert la connaissance, raisonne et aspire... il n'est pas rare de rencontrer des individus constitués de telle sorte que l'esprit peut percevoir indépendamment des organes corporels des sens, ou quitter totalement ou partiellement le corps pour un moment, et y revenir... L'esprit... communique plus aisément avec l'esprit qu'avec la matière ». Nous voyons ainsi pourquoi plus de vingt millions d'individus croient aujourd'hui, sous une forme différente, en ces mêmes pouvoirs spirituels auxquels croyaient les Yogis et les Pythagoriciens, il y a près de 3.000 ans; et cela, bien que des milliers d'années se soient écoulées entre l'époque des Gymnosophes (2) et notre période de haute civilisation, en dépit de la lumière que cette dernière répand ou peut-être précisément grâce à la clarté rayonnante qu'elle jette sur les domaines psychologiques et physiques de la nature. Tandis que le mystique aryen prétend posséder le pouvoir de résoudre tous les problèmes de lia vie et de la mort, dès qu'il acquiert la faculté d'agir indépendamment du corps, en Atman ― le « soi » ou « l'âme » ; tandis que les anciens Grecs allaient à la recherche d'Atmu, Celui qui est caché, ou l'Ame-Dieu de l'homme, à l'aide du miroir symbolique des mystères des Thesmophories ; les spirites modernes, de leur côté, croient que les esprits ou âmes des désincarnés, ont la faculté de communiquer d'une façon visible et tangible avec ceux qu'ils ont aimés sur terre. Et cette possibilité, les Yogis aryens, les philosophes grecs et les spirites modernes l'affirment en partant de ce principe que l'âme incarnée et son esprit qui ne s'incarne jamais, le soi réel, ne sont séparés ni de l'Âme Universelle, ni des autres esprits par l'espace, mais uniquement par la différenciation de leurs qualités, car, dans l'étendue sans borne de l'univers, il ne peut y avoir de limitation. Ainsi donc, lorsque cette différence est supprimée, selon les Grecs et les Aryens, par la contemplation abstraite, produisant la libération temporaire de l'Âme emprisonnée et selon les spirites, par la médiumnité, une telle union entre esprits incarnés et esprits désincarnés devient possible. Ce fut ainsi que les Yogis de Patanjali, et les Plotin, Porphyre, et autres Néo-Platoniciens qui suivirent leurs traces, prétendirent s'être unis à Dieu, ou plutôt s'être complètement identifiés avec Lui, plusieurs fois durant leur vie, au cours de leurs moments d'extase. Cette idée, pour erronée qu'elle paraisse lorsqu'on l'applique à l'Esprit Universel, a été soutenue par trop de grands philosophes, et l'est encore de nos jours, pour qu'on la rejette comme entièrement chimérique. Chez les Theodidaktoi, la seule critique possible, le seul point noir de cette philosophie de mysticisme extrême, c'est de vouloir inclure dans les perceptions sensorielles, ce qui n'est qu'une simple illumination extatique. Chez les Yogis, qui prétendaient pouvoir contempler Ishvara « face à face », cette prétention fut réduite à néant par la stricte logique des disciples de Kapila. Quant à la prétention identique formulée par leurs successeurs grecs, par la longue série de mystiques chrétiens, et enfin, par les deux derniers prétendants à la « vision de Dieu », au cours de ces derniers siècles : Jacob Böhme et Swedenborg, cette prétention aurait pu, et aurait dû être étudiée d'une façon philosophique et logique, si quelques grands hommes de science qui sont spirites, s'étaient plus attachés à la philosophie qu'au simple côté phénoménal du spiritisme. top-iconRetour en Hauttop-icon 


Les Théosophes d'Alexandrie étaient divisés en néophytes, initiés et maîtres ou hiérophantes, et leurs règles étaient copiées sur celles des anciens Mystères d'Orphée, qui, selon Hérodote, les avait rapportées de l'Inde. Ammonius obligeait ses disciples à faire le serment de ne pas dévoiler ses doctrines supérieures, sauf à ceux qui s'en étaient montrés tout à fait dignes, et qui avaient appris à considérer les dieux, les anges et les démons des autres peuples, selon l'hyponia ésotérique, ou « sens caché ». « Les dieux existent, mais ils ne sont pas ce que les hoi polloi, la multitude ignorante suppose », dit Epicure. « Ce n'est pas celui qui nie l'existence des dieux adorés par la multitude qui est athée, mais bien celui qui attache à ces dieux le sens que leur accorde la multitude ». A son tour, Aristote déclare que « ce qu'on nomme les dieux, ne sont que les premiers principes de l'Essence Divine qui pénètre tout l'univers de la nature ».

Plotin, l'élève d'Ammonius ― « l'instruit de Dieu », nous dit que la gnose secrète ou la connaissance de la Théosophie, a trois degrés : l'opinion, la science et l'illumination. « Le moyen d'atteindre la première, ou l'instrument pour l'acquérir, c'est la sensation ou la perception ; pour atteindre la seconde, c'est la dialectique ; pour la troisième, c'est l'intuition. La raison est subordonnée à cette dernière, car l'intuition est la connaissance absolue, fondée sur l'identification du mental avec l'objet connu». La Théosophie est, pourrait-on dire, la science exacte de la psychologie ; par rapport à la médiumnité naturelle et inculte, elle est ce qu'est la connaissance d'un Tyndall comparée aux notions de physique d'un écolier. Elle développe en l'homme une vision directe; ce que Schelling dénomme « une réalisation de l'identité entre le sujet et l'objet dans l'individu » ; de telle sorte que, sous l'influence et grâce à la connaissance d'Hyponia, l'homme nourrit des pensées divines, voit toutes les choses comme elles sont en réalité, et finit par « devenir le réceptacle de l'Ame du Monde », pour employer une des plus belles expressions d'Emerson. « Moi, l'imparfait, j'adore le Parfait, qui est moi-même », dit-il dans son superbe Essai sur la Sur-Ame. En plus de cette psychologie ou étude des états d'âme, la Théosophie cultivait toutes les branches scientifiques et artistiques. Elle connaissait parfaitement ce que nous appelons communément de nos jours, le mesmérisme. Les Théosophes rejetaient la théurgie pratique ou « magie cérémonielle », à laquelle le clergé Catholique Romain a si souvent recours dans ses exorcismes. Jamblique, seul, surpassant les autres Eclectiques, ajouta la doctrine de la Théurgie à la Théosophie. L'homme, ignorant de la véritable signification des symboles divins ésotériques de la nature, est susceptible de confondre les pouvoirs de l'âme et d'attirer à lui les forces sombres et mauvaises qui rôdent autour de l'humanité ― créations sinistres et tenaces des crimes et des vices humains ― au lieu de communier spirituellement et mentalement avec les êtres célestes supérieurs, avec les bons esprits (les dieux des théurgistes de l'Ecole Platonicienne) ; il peut tomber ainsi de la theurgia (magie blanche) dans la Gœtia (magie noire ou sorcellerie). Et cependant, ni la magie blanche, ni la magie noire ne sont ce que la superstition populaire entend par ces termes. La possibilité « d'évoquer les esprits » selon la clef de Salomon, est le comble de la superstition et de l'ignorance. La pureté dans les actes .et les pensées peut seule nous mettre en rapport « avec les dieux » et nous conduire au but que nous désirons atteindre. L'alchimie, que beaucoup pensent avoir été une philosophie spirituelle comme aussi une science physique, appartenait aux enseignements de l'école théosophique.

C'est un fait bien connu que ni Zoroastre, ni Bouddha, ni Orphée, ni Pythagore, ni Confucius, ni Socrate, ni Ammonius Saccas, n'ont laissé d'écrits. La raison en est évidente. La Théosophie est une arme à double tranchant, dangereuse pour l'ignorant et l'égoïste. Comme toute philosophie antique, elle a ses fidèles parmi les modernes, mais jusqu'à une époque récente, ses disciples étaient très peu nombreux et appartenaient aux sectes et aux opinions les plus variées. « Entièrement spéculative, ne créant pas d'école, la Théosophie a cependant exercé une influence silencieuse sur la philosophie ; et sans aucun doute, le moment viendra où ces idées, répandues dans le silence, donneront une orientation nouvelle à la pensée humaine », remarque M. Kenneth R.-H. Mackenzie, lui-même un mystique et un Théosophe, dans son important ouvrage The Royal Masonic Cyclopaedia (articles Theosophical Society of New York, et Theosophy, p. 731) (3).

Depuis l'époque des philosophes du feu, ils ne s'étaient plus jamais organisés en sociétés, car, traqués comme des bêtes fauves par le clergé chrétien, les Théosophes étaient encore, il y a un siècle, sous la perpétuelle menace de la peine de mort. Les statistiques montrent qu',en une période de 150 ans plus de 90.000 hommes et femmes furent brûlés en Europe pour prétendue sorcellerie. Dans la Grande-Bretagne seule, de 1640 à 1660, c'est-à-dire en vingt ans, 3.000 personnes furent mises à mort sous prétexte qu'elles avaient fait un pacte avec le « Diable ». Ce n'est que récemment (en 1875) que quelques mystiques et spiritualistes avancés, non satisfaits des théories et des explications proposées par les fidèles du Spiritisme, et trouvant qu'elles étaient loin d'éclairer tout le vaste champ des phénomènes spirites, se groupèrent à New York (Amérique) en une association qui est actuellement connue dans le monde entier sous le nom de Société Théosophique. Et maintenant que nous avons expliqué ce qu'est la Théosophie, nous exposerons dans un autre article quelle est la nature de notre société, appelée aussi « Fraternité Universelle de l'Humanité ».

H.P. BLAVATSKY


[Cet article d'H.P. Blavatsky, est parut pour la première fois dans la Revue The Theosophist d'octobre 1879. L'article est disponible dans le Cahier Théosophique n°7 © Textes Théosophiques, Paris] top-iconRetour en Hauttop-icon 


Notes :

  1. Dans une série d'articles intitulés « Les Grands Théosophes du Monde », nous avons l'intention de montrer que de Pythagore, qui acquit sa sagesse aux Indes, jusqu'à nos philosophes modernes les plus connus, et ,jusqu'aux Théosophes ― ,David Hume et Shelley, le poète anglais ― y compris aussi les Spirites de ,France, tous croyaient et croient encore à la métempsychose ou réincarnation de l'âme, quoique le système des Sipirites soit considéré, à juste raison, comme très imparfait.
  2. La réalité du pouvoir-Yog a été affirmée par de nombreux écrivains grecs et romains qui ont appelé gymnosophes les Yogis Indiens ; on peut citer, entre autres : Strabon, Lucain, Plutarque, Cicéron (Tusculanes), Pline (VII, 2), etc...
  3. The Royal Masonic Cyclopaedia of History, Rites, Symbolism, and Biography. Édité par Kenneth R. H. Mackenzie IXe, (Cryptonymus) , New-York,J.-W. Bouton, 706, Broadway, 1877.top-iconRetour en Hauttop-icon