Samedi 24 Juin 2017

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Les animaux ont-ils une âme ? - Chapitre II - Page 4

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Les animaux ont-ils une âme ?
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Mais s'il en est ainsi, pourquoi faudrait-il qu'il y ait une exception à cette règle invariable de la nature, reconnue par la science, comme par la théologie, et cela dans le seul cas de l'âme de l'animal ? Même si celle-ci était dépourvue d'intelligence ― postulat contre lequel s'élèvera toujours, et très énergiquement, tout penseur impartial.

Voyons cependant, en abandonnant la philosophie scolastique pour les sciences naturelles, ce que le naturaliste aurait à objecter à ce que l'animal ait en lui une âme intelligente et, par ce fait même, indépendante. Il y a près de deux millénaires, Cicéron a écrit :

« Quoi que ce soit qui pense, qui comprend, qui agit est quelque chose de céleste et de divin et pour cette raison même d'éternel par nécessité. » (21)

Nous devons bien comprendre ― même si Mr Huxley contredit la conclusion ―que st Thomas d'Aquin, le « roi des métaphysiciens », a cru fermement aux miracles accomplis par st. Patrick (22).

Vraiment, quand de telles prétentions ― comme ces fameux miracles - sont avancées par l'Eglise et imposées aux fidèles, ses théologiens devraient faire plus attention à ce que leurs plus hautes autorités au moins ne se contredisent pas elles-mêmes, en montrant ainsi une ignorance dans des questions qui sont pourtant élevées au rang d'une doctrine.

Ainsi donc on refuserait à l'animal progrès et immortalité parce qu'il est un automate. A en croire Descartes, il n'a pas d'intelligence, conformément à la scolastique médiévale ― rien que de l'instinct, c'est-à-dire des impulsions involontaires, à en croire les matérialistes ― ce que nie l'Eglise.

Cependant, Frédéric et Georges Cuvier ont amplement discuté de l'intelligence et de l'instinct chez les animaux (23). Leurs idées sur le sujet ont été réunies et éditées par Flourens, le savant Secrétaire de l'Académie des Sciences. Voici ce que Frédéric Cuvier (qui fut pendant 30 ans le directeur du Département de Zoologie du Muséum d'Histoire Naturelle au Jardin des Plantes) a écrit à ce propos :

« La faute de Descartes, ou plutôt la faute générale, est de n'avait jamais assez distingué entre l'intelligence et l'instinct. Buffon lui-même était tombé dans cet oubli, et faute de cette distinction tout était contradictoire dans sa philosophie zoologique. Il accordait à la bête un sentiment supérieur au nôtre, et la conscience de son existence actuelle, mais en même temps il lui ôtait la pensée, la réflexion, la mémoire, et par conséquent toute possibilité d'avoir des idées. (Buffon, Discours sur la nature des Animaux, in-12°, vol.VII p.57) [Cité par de Mirville, op.cit. vol. VI, App. G, p.155.]

Cependant, comme il pouvait difficilement s'en tenir là, il admit que la bête avait une sorte de mémoire, active, étendue, et plus fidèle que notre mémoire (humaine) (ibid. p.77). Et alors, après lui avoir refusé une intelligence quelconque, il n'en admit pas moins que l'animal « consultait son maître, l'interrogeait et entendait très bien les signes de sa volonté » (ibid. vol. X, Histoire du chien, p.2) [Cf. de Mirville, ibid.].

On n'aurait guère pu s'attendre à trouver chez un grand homme de science une telle accumulation remarquable d'affirmations contradictoires.

L'illustre F. Cuvier a donc raison de remarquer à son tour que

« ... ce nouveau mécanisme de Buffon est encore plus inintelligible que celui de Descartes. » [Biographie Universelle, etc. 1847. Article de F. Cuvier sur la vie de Buffon, p.119.].

Comme le note le critique, il convient de tracer une ligne de démarcation entre instinct et intelligence. La construction des niches par les abeilles, comme l'édification des barrages par le castor, que ce soit au milieu du parquet sec du naturaliste ou dans la rivière, sont des actes et des efforts de l'instinct, à jamais incapable de modification ou de changement, alors que l'on doit chercher les interventions de l'intelligence dans des actions combinées par l'animal, quand entre en jeu non l'instinct mais la raison, que son éducation et son entraînement sollicitent et rendent susceptibles de perfectionnement et de développement. L'homme est doué de raison, le jeune enfant d'instinct ; et le jeune animal fait montre de plus de l'une et de l'autre que l'enfant.

A vrai dire, chacun des controversistes sait aussi bien que nous qu'il en est ainsi. Si aucun matérialiste n'accepte de l'avouer c'est par orgueil. Lui qui refuse une âme autant à l'homme qu'à la bête, rechigne à admettre que celle-ci soit douée d'intelligence comme lui-même, fût-ce à un degré infiniment moindre. De leur côté, l'homme d'Eglise, le naturaliste aux penchants religieux, le métaphysicien moderne répugnent à avouer que l'homme et l'animal sont l'un et l'autre doués d'une âme et de facultés, sinon égales en développement et en perfection, au moins identiques en nom et essence. Chacun d'eux sait, ou devrait savoir, que l'instinct et l'intelligence sont deux facultés complètement opposées par nature, deux ennemis qui se font face, en constant conflit, et que, s'ils ne veulent pas admettre l'idée de deux âmes, ou deux principes, il leur faut au moins reconnaître la présence de deux potentialités d'action dans l'âme, chacune ayant dans le cerveau un siège différent dont la localisation leur est bien connue puisqu'ils sont à même d'isoler et de détruire l'un ou l'autre de façon distincte, selon l'organe, ou la partie des organes, qu'ils choisissent méthodiquement de torturer dans leurs terribles vivisections. Qu'est-ce sinon la pensée de l'orgueil humain qui a fait dire à Pope :

« Demande pour qui brillent les corps célestes,

Pour servir qui, la terre ? C'est pour moi, répond l'orgueil.

Pour moi, la bonne nature éveille son génial pouvoir,

Nourrit chaque herbe, épanouit chaque fleur.

Pour moi, chaque année revivent la vigne et la rose,

Coule le nectar du fruit, se répand la douce rosée.

Pour moi, la mine dispense mille trésors

Pour moi, de mille sources, jaillit la santé.

Les mers roulent pour me porter ; pour m'éclairer se lèvent les soleils.

La terre est mon marchepied, le ciel me sert de dais. » (24).

Et c'est le même orgueil inconscient qui a amené Buffon à faire ses paradoxales remarques concernant la différence entre l'homme et l'animal. Celle-ci tenait chez l'animal à l'absence de réflexion car, déclara-t-il, « il ne sent pas qu'il sent ». Comment Buffon pouvait-il le savoir ? « Il ne pense pas qu'il pense », ajouta-t-il après avoir dit à son public que l'animal se souvenait, souvent délibérait, comparait, et choisissait ! [Discours sur la nature des animaux]. Qui a jamais prétendu qu'une vache ou un chien pouvait être un idéologue ? Mais l'animal peut bien penser et savoir qu'il pense, d'une façon d'autant plus nette qu'il ne peut parler ni exprimer ses pensées. Comment Buffon, ou qui que ce soit d'autre, pourrait-il savoir ? Au moins il y a une chose qui est mise en évidence par les observations exactes des naturalistes c'est que l'animal est doué d'intelligence ; une fois ce point établi il ne nous reste plus qu'à répéter la définition qu'a donnée Thomas d'Aquin de l'intelligence ― comme la prérogative de l'âme immortelle de l'homme ― pour voir que la même chose doit être accordée à l'animal.

Mais, en toute justice à l'égard de la vraie philosophie chrétienne, nous sommes à même de montrer que le christianisme primitif n'a jamais prêché des doctrines aussi atroces qui sont la vraie cause de la défection de tant des meilleurs hommes, comme des plus hautes intelligences qui se sont écartés des enseignement du Christ et de ses disciples. top-iconRetour en Hauttop-icon