Vendredi 18 Août 2017

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Les animaux ont-ils une âme ? - Chapitre II - Page 2

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Les animaux ont-ils une âme ?
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Elle commence par dire que les miracles de la résurrection des animaux sont innombrables, et aussi bien authentifiés que « celle de Notre Seigneur Jésus-Christ » (11). Les Bollandistes (12) donnent des exemples sans nombre. Comme un hagiographe du 17e siècle, le Père Burigny, le remarque plaisamment, à propos des outardes ressuscitées par st. Rémi :

« Quelqu'un de ces charmants esprits qui se disent forts, me dira peut-être en souriant qu'il faudrait être grue soi-même pour ajouter foi à ces petits contes d'oiseaux, et je m'attends qu'il me demandera où l'âme de celui-ci était allée et me fera tout plein de jolies questions à ce sujet. Je ne lui répondrai qu'une chose, c'est que s'il me dispute cette histoire, il lui faudra rayer aussi de la vie de saint Isidore d'Espagne (13) qu'il ait ressuscité le cheval de son maître, dé celle de saint Nicolas, de Tolentino, qu'il ait rendu la vie à une perdrix au lieu de la manger ; de celle de saint François, qu'il ait retiré un agneau des cendres d'une fournaise et fait nager dans leur sauce des poissons ressuscités [...] mais surtout il faudra que le sceptique accuse plus de cent mille témoins, parmi lesquels plusieurs, pour le moins, devaient avoir le sens commun, de n'avoir été que des menteurs ou des dupes. » (14)

Une autorité bien supérieure à celle du Père Burigny, le pape Benoît XIV, corrobore ce genre de témoignage et en affirme la véracité. De plus, les noms des témoins oculaires de ces résurrections, tels que st. Sylvestre, François de Paule, Séverin de Cracovie, et une légion d'autres, sont tous cités chez les Bollandistes. Selon ce pape (comme le rappelle le cardinal de Ventura citant Benoît XIV) :

« ... la résurrection, pour mériter ce titre, exigeant la reproduction identique et numérique de la forme (15), et de la matière de la créature morte, et la forme (ou âme) de la brute ayant été anéantie avec son corps, conformément à la doctrine de saint Thomas, Dieu se trouvait alors obligé d'en créer une nouvelle ; d'où il suivait que la brute n'était plus tout à fait identique à ce qu'elle était avant la mort (non idem omnino esse) » (16)

Il faut dire que cela ressemble terriblement à l'une des mâyâ [prodiges illusoires] de la magie. Cependant, même si la difficulté n'est pas absolument expliquée, il apparaît clairement ce qui suit : vu que le principe qui animait la bête pendant sa vie (et qu'on appelle l'âme) est mort ou dissipé après l'extinction du corps, « une sorte d'âme-forme » (selon le terme employé par le pape et le cardinal) est créée par Dieu, aux fins d'un miracle ― cette âme étant en outre différente de celle d'un homme qui, quant à elle, est une entité indépendante, éthérée et permanente ».

En dehors de l'objection naturelle qui s'impose (on ne peut dire que ce genre de résurrection soit un « miracle » produit par le saint, si c'est simplement Dieu qui, derrière son dos, crée, pour sa propre glorification, une âme entièrement nouvelle ainsi qu'un nouveau corps), toute la doctrine de st Thomas s'expose à la critique. Car, comme Descartes l'a très justement remarqué :

« Si l'âme des bêtes est distincte de leur corps (c'est à dire immatérielle), il nous semble que l'on ne pourra guère s'empêcher de la reconnaître pour spirituelle, c'est-à-dire pour intelligente. » [Cité par de Mirville, op. cit., vol. VI, App. G, p. 152.]

Il n'est guère nécessaire de rappeler au lecteur que Descartes tenait l'animal vivant pour un simple automate, une « horloge bien remontée », selon Malebranche. Aussi celui qui suivrait la théorie cartésienne sur les bêtes ferait aussi bien d'accepter d'emblée les opinions des matérialistes modernes. Car, vu qu'un tel automate est capable de sentiments, tels qu'amour, gratitude, etc. et est doué indéniablement de mémoire, tous ces attributs doivent constituer des « propriétés de la matière », comme nous l'enseigne le matérialisme. Mais si l'animal est bien un « automate », pourquoi pas l'Homme ? La science exacte ― anatomie, physiologie, etc. ― ne découvre pas la moindre différence de constitution physique entre l'homme et la brute. Et qui sait ― comme, à juste titre, se demande Salomon ― si l'esprit de l'homme s'« élève vers les hauteurs » plus que celui de la bête ? [Voir plus haut, citation de l'Ecclésiaste, 3,21]. Ainsi, Descartes métaphysicien nous apparaît aussi inconséquent qu'un autre.

Mais que dit st Thomas de tout cela ? Tout en accordant une âme (anima) à la bête, et la déclarant immatérielle, il lui refuse en même temps la qualification de spirituelle. Parce que, selon lui, « cela impliquerait l'intelligence ― une vertu et une opération spéciale uniquement réservées à l'âme humaine » [Cité par de Mirville, op.cit., vol. VI, App. G, p. 153.]. Mais, comme au 4e Concile de Latran, il avait été décidé que

« ... Dieu avait créé deux substances distinctes, la corporelle (mundanam) et la spirituelle (spiritualem) et que quelque chose d'incorporel devait nécessairement être spirituel. » [Voir le premier Chapitre de ce Concile tenu en 1215.]

St Thomas devait recourir à une sorte de compromis, qui ne peut éviter d'être appelé subterfuge que lorsque c'est un saint qui l'emploie :

« L'âme de la brute n'est ni esprit ni corps : elle est de nature intermédiaire. » (17)

C'est là une bien malheureuse déclaration. Car, ailleurs, st Thomas dit que

« ... toutes les âmes, même celles des plantes, sont la forme substantielle de leurs corps » (18).

Si c'est vrai des plantes, pourquoi pas des animaux ? Une âme n'est certainement ni « esprit » ni pure matière, mais de l'essence que st Thomas appelle une « nature intermédiaire ». Dès lors, une fois sur le bon chemin, pourquoi lui refuser une survivance ― pour ne pas dire une immortalité ? La contradiction est si flagrante que de Mirville s'exclame, désespéré :

« Nous voici en présence de trois substances, au lieu de deux uniques signalées par le concile [de Latran]... » [De Mirville, op. cit. p.153.]

et il se met à contredire ― autant qu'il l'ose, le « Docteur angélique ». top-iconRetour en Hauttop-icon