Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

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Les animaux ont-ils une âme ? - Chapitre III - Page 4

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Les animaux ont-ils une âme ?
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Rien ne saurait être plus clair, même pour un critique profane non initié, que ces paroles du grand Apôtre, qu'on les interprète à la lumière de la philosophie ésotérique, ou a celle de la scolastique médiévale. L'espérance de rédemption ou de délivrance, pour l'entité spirituelle qui survit, de « la servitude de la corruption » (ou la succession des formes matérielles temporelles) est pour toute créature vivante, et non pour l'homme seulement.

Mais on ne pourrait guère s'attendre à ce que le « modèle idéal » des animaux, qui est déjà proverbialement injuste envers ses semblables, partage ses attentes avec son bétail et sa basse-cour. Le fameux commentateur de la Bible, Cornelius a Lapide, fut le premier à attirer l'attention sur le point, en accusant ses prédécesseurs d'avoir cherché, avec une intention consciente et délibérée, à faire tout leur possible pour éviter d'appliquer le mot creatura aux créatures inférieures de ce monde. Par lui, nous apprenons que st Grégoire de Naziance, Origène et st Cyrille (qui, selon toute vraisemblance, refusa de voir en Hypatie une créature humaine, et la traita comme un animal sauvage) (37), déclarèrent avec insistance que le mot creatura, dans le passage cité plus haut, était appliqué par l'Apôtre simplement aux anges ! Mais, comme le remarque Cornelius, qui fait appel à st. Thomas pour confirmation,

« ... cette opinion est par trop distordue et abusive (distorta et violenta) ; elle est de plus invalidée par le fait que les anges sont déjà délivrés de la servitude de la corruption. »

La suggestion de st Augustin n'est d'ailleurs pas plus heureuse : il met en avant l'hypothèse que les « créatures » dont parle st Paul étaient « les infidèles et les hérétiques » de tous les âges ! Cornelius contredit le vénérable Père aussi hardiment qu'il s'est opposé à ses fières, les saints de jadis. Car, dit-il,

« ... dans le texte cité, les créatures que l'Apôtre a en vue sont évidemment des êtres distincts des hommes, car il dit : non seulement elles mais nous-mêmes également ; donc, ce qu'il entend ce n'est pas la délivrance du péché mais l'affranchissement de la mort à venir » (38)

Mais le brave Cornelius lui-même finit par s'inquiéter de l'opposition générale et décide que, par le mot créatures, st. Paul a pu vouloir dire (comme st Ambroise, st Hilaire et d'autres l'ont déclaré avec insistance) les éléments (!!), à savoir le soleil, la lune, les étoiles, la terre, etc., etc.

Malheureusement pour les saints spéculateurs et auteurs scolastiques, et fort heureusement pour les animaux ― s'ils devaient jamais profiter des polémiques ― leur avis ne tient pas devant une autorité bien plus grande qu'eux, en la personne de st. Jean Chrysostome, déjà mentionné. L'Eglise catholique le tient en la plus haute vénération, sur le témoignage de l'évêque Proclus qui fut son secrétaire à un certain moment. En fait, st. Jean Chrysostome fut le « médium » de l'Apôtre des Gentils ― si un tel mot « profane » (de nos jours) peut s'appliquer à u,n saint. Dans la substance de son Commentaire sur les Epîtres de st. Paul, st Jean est considéré comme directement inspiré par l'Apôtre lui-même, en d'autres termes comme ayant écrit ses commentaires sous la dictée de st Paul. Voici ce qu'on lit dans ces commentaires sur le 8e chapitre de l'Épître aux Romains (39) :

« Nous devons toujours gémir en raison du délai imposé à notre émigration [notre mort], car si, comme dit l'Apôtre, la créature privée de raison [mente et non anima, qui signifierait « âme »] et de parole [si creatura mente et verbo carens] gémit et souffre les douleurs de l'enfantement, plus grande doit être notre honte si nous ne faisons pas de même. »

C'est pourtant bien notre cas et, fort piteusement, nous ne parvenons pas à nourrir ce désir d'« émigration » vers des terres inconnues. Si les gens étudiaient les Ecritures de toutes les nations et en interprétaient le sens à la lumière de la philosophie ésotérique, nul ne manquerait de devenir, sinon anxieux de mourir, au moins indifférent à la mort. Alors, nous saurions tirer un bon parti du temps passé sur la terre pour nous préparer en paix, dans chaque incarnation, en vue de la prochaine naissance, pour accumuler du bon karma.

Mais l'homme est un sophiste par nature. Et, même après avoir lu cette opinion de st Jean Chrysostome, qui règle pour toujours la question de l'âme immortelle dans les animaux ―ou devrait, en tout cas, la régler dans l'esprit de chaque chrétien ― nous craignons bien, tout compte fait, que les pauvres bêtes privées de parole ne tirent pas un grand béné¬fice de la leçon : car, le subtil casuiste, condamné de sa propre bouche, pourrait venir nous dire que, quelle que soit la nature de l'âme logée dans l'animal, il lui fait encore une faveur, en s'acquittant lui-même d'un acte méritoire, lorsqu'il tue la pauvre créature ; car, de la sorte, il met un terme à ses « gémissements dus aux retards imposés à son émigration » pour entrer dans la gloire éternelle.

L'auteur de cet article n'a pas la simplicité de croire que tout un British Museum rempli d'ouvrages contre le régime camé aurait le pouvoir d'empêcher les nations civilisées d'avoir des abattoirs, ou de leur faire renoncer à leur bifteck et à leur dinde de Noël. Mais si ces quelques lignes, écrites en toute humilité, pouvaient amener quelques lecteurs à apprécier la réelle valeur des nobles paroles de st Paul et, en conséquence, de tourner sérieusement leur pensée vers toutes les horreurs de la vivisection, alors l'auteur pourrait s'estimer satisfaite. Car, en vérité, lorsque le monde sera convaincu ―et cela ne peut manquer d'arriver un jour en ce qui concerne cette vivisection ― que les animaux sont des créatures aussi éternelles que nous le sommes, alors le spectacle de la vivisection et d'autres tortures permanentes infligées journellement aux pauvres bêtes, après avoir suscité un tollé de malédictions et de menaces du sein de la société en général, forcer à tous les gouvernements à mettre fin à ces pratiques barbares et honteuses. top-iconRetour en Hauttop-icon

H.P. BLAVATSKY

Cet article est publié par Textes Théosophiques, Paris, dans les Cahiers Théosophiques n°170 et 171. top-iconRetour en Hauttop-icon