Vendredi 23 Juin 2017

Mis à jour le Ven. 23 Jui. 2017 à 16:25

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Articles de H.P. Blavatsky

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H. P. Blavatsky (1831 - 1891) fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle.

Née en Ukraine, le 12 août 1831, d'une famille de la grande noblesse russe, elle avait rompu avec une destinée toute tracée pour entreprendre, dès l'âge de 18 ans, une série d'interminables voyages autour de la terre, qui enrichirent de façon unique cet esprit ardent que n'avait instruit aucune université moderne : plus de 20 années de quête, et d'expérience du monde, jusque dans les lieux retirés où vivent sorciers et chamans, mais aussi de rencontres avec d'authentiques maîtres spirituels, allaient décider du reste de sa vie. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions. Finalement, à leur instigation, elle entra dans l'arène publique et consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement de renouveau, dans le domaine philosophique et religieux, pour se répandre à l'échelle internationale et marquer son époque.

Malgré attaques et diffamations, dans un siècle conservateur, hostile à bien des idées dont certaines allaient plus tard devenir monnaie courante, le bilan de son action se révèle très positif à l'analyse, surtout dans le domaine du rapprochement Orient-Occident, et de la conduite de la vie spirituelle. Elle a influencé des personnages de premier plan d'horizons très divers.

Femme hors du commun, jouissant à son époque d'une notoriété internationale comme auteur d'ouvrages d'avant-garde, dans le domaine de la pensée, et comme leader spirituel d'un large mouvement à vocation humaniste, Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles de revues, plusieurs ouvrages majeurs :

Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge) .

De nombreux articles de Blavatsky sont accéssibles en ligne.

Elle décède en Angleterre, à Londres le 8 mai 1891.

La Société Théosophique, sa mission et son avenir

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La Société Théosophique, sa mission et son avenir (Expliqués par M. Emile Burnouf l’Orientaliste français)

« Un homme est responsable de son ingratitude, mais c’est moi qui en suis responsable si je m’abstiens de donner. J’obligerai beaucoup de gens ingrats pour en découvrir un de reconnaissant. » Sénèque.
« …Le voile qui m’aveuglait est déchiré ! Je suis semblable à tous ces hommes qui implorent leurs dieux, et ne sont pas écoutés, ni exaucés ; cependant l’aide doit exister ! Pour eux, pour moi, pour tous, l’aide doit exister ! Mais peut-être, les dieux réclament-ils eux-mêmes de l’aide, étant trop faibles pour sauver l’homme qui les implore dans sa douleur ! Je ne laisserais pleurer nul être, si j’avais le pouvoir de le secourir… » (La Lumière d’Asie.)

La Société Théosophique (S.T.) n’a pas souvent la bonne fortune d’être traitée avec autant de courtoisie, voire même de sympathie, qu’elle l’a été par M. Emile Burnouf, le Sanscritiste bien connu, dans un article de la Revue des Deux Mondes (15 juillet 1888) intitulé : « Le Bouddhisme en Occident ».
Un tel article prouve que la Société a enfin la place qu’elle méritait dans la vie de la pensée du XIXe siècle. Il marque l’aube d’une nouvelle ère dans son histoire, et comme tel, mérite un examen des plus sérieux, de la part de tous ceux qui consacrent leur énergie à son œuvre. La position qu’occupe M. Burnouf dans le monde des érudits orientalistes, donne à ses opinions le droit d’être respectées, et le fait qu’il porte un nom des plus honorés, à juste titre, parmi les savants sanscritistes, porte à supposer qu’il n’est pas homme à exprimer des opinions hâtives et prématurées, mais que ses déductions seront basées sur une étude sérieuse et serrée.
Son article a un triple objet : l’étude des origines de trois religions ou associations dont les doctrines fondamentales, dit-il, sont identiques, de buts semblables, et qui dérivent toutes trois d’une source commune. Ce sont le Bouddhisme, le Christianisme et la Société Théosophique. Comme il l’écrit à la page 341 :

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Que sont les Théosophes ?

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Sont-ils ce qu’ils prétendent être ? Des étudiants de la loi naturelle, de la philosophie ancienne et moderne, voire même de la science exacte ? Sont-ils déistes, athées, socialistes, matérialistes, ou idéalistes ? Ou ne forment-ils qu’un schisme dans le mouvement spirite moderne, et ne sont-ils rien d’autre que de simples visionnaires ? Sont-ils dignes de considération, comme étant capables de discuter philosophie, et de répandre la science véritable ; ou doit-on les traiter avec l’indulgence compatissante qu’on accorde aux « enthousiastes innocents » ? La Société Théosophique a été accusé indifféremment de croire aux « miracles » et d’en réaliser ; de poursuivre un but politique comme les Carbonari ; d’être un groupe d’espions au service d’un tsar autocratique ; de prêcher des doctrines socialistes et nihilistes, et, mirabile dictu, d’avoir des accointances cachées avec les jésuites français ; enfin, de démolir le spiritisme moderne, dans un but intéressé. Avec une égale virulence, les théosophes ont été qualifiés de rêveurs par les positivistes américains ; d’idolâtres par certains journaux de New-York ; de rénovateurs de « superstitions décadentes » par les spirites ; d’infidèles, émissaires de Satan par l’Église Chrétienne ; de véritables « gobe mouches » par le professeur W.B. Carpenter, membre de la Société Royale ; et finalement, ce qui est le plus absurde, certains adversaires hindous, dans le but de saper leur influence, les ont ouvertement accusés d’employer des démons pour accomplir certains phénomènes. De cet ensemble d’opinions, ressort un fait évident : la Société, ses membres, ses idées ont paru suffisamment importants pour qu’on les discute et qu’on les critique ; or, les hommes ne diffament que ceux qu’ils « haïssent ou craignent ».

Mais si la Société a rencontré des ennemis et des accusateurs, elle a eu également des amis et des défenseurs ; ayant débuté par un groupement d’une douzaine de personnes ardentes, le nombre de ses membres s’était accru, un mois plus tard, au point de nécessiter la location d’une salle publique de réunions ; au bout de deux ans, elle possédait des branches dans beaucoup de pays européens. Plus tard encore, la Société s’allia à l’Arya Samaj hindou, présidé par le lettré pandit Dayanand Saraswati Swami, et aux Bouddhistes de Ceylan, sous la direction de l’érudit H. Sumangala, grand prêtre d’Adams Peak, et président du Collège de Widyodaya, à Colombo.

Celui qui désire sérieusement approfondir les sciences psychologiques doit aller au pays sacré de l’ancienne Aryâvârta. Nulle autre contrée ne possède la sagesse ésotérique depuis une aussi grande antiquité, toute tombée que soi son ombre : l’Inde moderne. Considérant ce pays comme la serre chaude d’où ont émané tous les systèmes philosophiques ultérieurs, quelques membres de notre Société s’en sont allés vers la source de toute psychologie et de toute philosophie, pour y étudier sa sagesse antique, et apprendre d’elle ses secrets étranges. La philologie a fait trop de progrès pour exiger encore de nos jours la démonstration d’une unité primitive de nationalité chez les Aryens. L’hypothèse non prouvée et tendancieuse de la chronologie moderne n’est pas digne d’un moment d’attention, et elle disparaîtra avec le temps, comme tant d’autres hypothèses non prouvées. La filière de l’hérédité philosophique depuis Kapila, en passant par Épicure, jusqu’à James Mill, de Patanjali à Plotin, jusqu’à Jacob Böhme, peut être suivie, comme le cours d’une rivière dans la campagne. Un des buts de la Société consistait à examiner les conceptions par trop transcendantes des spirites, concernant les pouvoirs des Ésprits désincarnés ; et leur ayant dit ce que, à notre avis du moins, beaucoup de leurs phénomènes n’étaient point, il nous incombait de démontrer ce qu’ils étaient. Il est si bien admis que c’est en Orient, et surtout aux Indes, que la clef des phénomènes soi-disant « surnaturels » du spiritisme, doit être cherchée, que le « Pioneer » d’Allahabad (N° du 11 août 1879) vient d’en convenir récemment, et l’on sait bien que ce quotidien Anglo-Hindou a la prétention de ne rien affirmer qu’à bon escient. Blâmant les hommes de science qui, « concentrés sur les découvertes physiques depuis plusieurs générations, ont été par trop portés à négliger les investigations hyperphysiques », ce journal signale « la nouvelle vague de doute » (le spiritisme), qui a « depuis peu troublé leur conviction ». Pour beaucoup de personnes, y compris des gens d’intelligence et de haute culture, ajoute-t-il, « le surnaturel s’est affirmé une fois de plus comme un sujet digne d’étude et de recherche. Et il existe des hypothèses plausibles en faveur de l’idée que c’est parmi les sages de l’Orient…que l’on rencontre, à un plus haut degré que chez les peuples modernisés de l’Occident, les caractéristiques requises comme conditions spéciales à la production de phénomènes surnaturels ». Puis, ignorant qu’il plaide la cause d’un des buts et objets principaux de notre Société, l’éditeur remarque que c’est « la seule direction dans laquelle il nous semble que les efforts des théosophes hindous puissent être utilement dirigés. Les membres éminents de la Société Théosophique aux Indes, sont connus comme des étudiants très avancés en phénomènes occultes, et nous ne pouvons qu’espérer que l’intérêt qu’ils témoignent à la philosophie orientale…cache une intention secrète de poursuivre des investigations de l’ordre que nous avons signalé. »

Ainsi que nous le faisions remarquer, c’est là un de nos buts ; mais il y en a beaucoup d’autres, et le plus important consiste à faire revivre l’œuvre d’Ammonius Saccas, et à rappeler aux diverses nations qu’elles sont les enfants « d’une seule mère ». Quant au côté transcendantal de l’ancienne Théosophie, il est grand temps que la Société Théosophique s’explique à son sujet. Jusqu’à quel point la Société admet-elle la science de la recherche de Dieu et de l’investigation de la nature qui nous revient des anciens Aryens et des mystiques grecs, ainsi que la réalité des pouvoirs médiumniques du spiritisme moderne ? Nous répondons : « complètement ». Mais si l’on nous demande quelle est sa croyance, nous dirons : « en tant qu’organisme, elle n’en a aucune ». La Société n’a pas de dogmes, car les dogmes ne sont que les coques entourant la connaissance spirituelle, et la Théosophie a pour fruit la connaissance spirituelle, la pure essence de la recherche philosophique et divine. Comme représentant visible de la Théosophie universelle, la Société ne peut pas être plus sectaire qu’une Société Géographique qui se doit de signaler toute exploration géographique, sans s’inquiéter de la croyance des explorateurs qui l’accomplissent. La religion de la Société est une équation algébrique, dans laquelle chaque membre peut, à volonté, substituer une valeur qui correspond mieux aux exigences climatériques ou autres de son pays, aux caractéristiques de sa race, ou même aux siennes propres, pourvu qu’il n’omette pas le signe = de l’égalité. N’ayant aucune croyance acceptée, notre Société est toujours prête à donner et à recevoir, à apprendre et à enseigner par l’expérimentation pratique, au lieu de se contenter d’admettre passivement et avec crédulité des dogmes imposés. Elle admet volontiers les résultats auxquels sont arrivées les écoles et les systèmes précités, à condition que ces résultats puissent être démontrés par la logique et l’expérience. Mais, d’autres part, elle n’accepte rien sur simple ouï-dire, quelle que soit la provenance de l’information.

Mais, si nous envisageons les membres de la Société pris individuellement, la question est toute différente. Les nationalités et les races les plus différentes y sont représentées, et ses membres furent élevés dans les croyances les plus dissemblables, et les conditions sociales les plus variées. Certains croient en une chose ; les autres en une autre. Certains penchent vers l’ancienne Magie, ou la sagesse sacrée qui était enseignée dans les sanctuaires, et qui tout l’opposé du surnaturel et du diabolique ; d’autres croient au spiritisme moderne, ou commerce avec les esprits des morts ; d’autres encore, au mesmérisme ou magnétisme animal, simple force dynamique occulte de la nature. Un certain nombre de membres n’ont pas encore acquis une croyance bien définie, et se tiennent dans l’attente ; et il en est même qui s’intitulent matérialistes, en un certain sens. Mais il n’existe pas d’athées, ni de sectaire religieux dans la Société, car le simple fait de s’y affilier prouve qu’on cherche la vérité finale, concernant l’essence ultime des choses. S’il pouvait exister un athée spéculatif, ce que les philosophes nieront, il devrait rejeter à la fois, la cause et l’effet, que ce soit dans notre monde de matière, ou dans celui de l’esprit. Certains membres ont pu, comme le poète Shelley, donner libre cours à leur imagination, allant de cause en cause, ad inifinitum, au fur et à mesure que chacune se transformait logiquement en un résultat nécessitant une cause antérieure, jusqu’à ce qu’ils aient réduit l’Eternel à un simple mirage. Mais ceux-là même ne sont pas athées, au sens théorique du mot, qu’ils identifient ou non les fonctions que les théistes attribuent à leur Dieu avec les forces matérielles de l’univers ; car, dès qu’ils s’unissent à l’idéal abstrait de pouvoir, de cause, de nécessité et d’effet, ils ne peuvent plus être considérés comme athées que par rapport à un Dieu personnel, et non en ce qui concerne l’âme Universelle du panthéisme. D’autre part, le bigot sectaire, enfermé dans ses dogmes étroits et sans issue, ne peut sortir de son enceinte, pour entrer dans la Société Théosophique, qui, de son côté, ne peut d’ailleurs accueillir ceux dont la Religion défend le libre examen. L’idée fondamentale de la Société est la recherche libre et hardie.

La Société Théosophique, en tant qu’organisme, enseigne que tout penseur original, que tout investigateur du côté caché de la nature, qu’il soit matérialiste, c'est-à-dire, qu’il voie dans la matière « la promesse latente de toute vie terrestre » ; ou spiritualiste, c'est-à-dire qu’il reconnaisse dans l’esprit la source de toute énergie, comme aussi de toute matière, a été de tout temps, et est à proprement parler en Théosophe. Car, pour être Théosophe, il ne faut pas nécessairement reconnaître l’existence d’un Dieu, ou d’une divinité spéciale. Il suffit d’adorer l’esprit de la nature vivante, et d’essayer de s’identifier à lui ; il suffit de révérer cette Présence, cette Cause qui, invisible, se manifeste dans ses effets incessants, le Protée intangible, omnipotent et omniprésent, indivisible dans son essence, échappant à toute forme, et se manifestant cependant sous chaque forme existante, qui est partout et nulle part, qui est le Tout et qui n’est rien, qui possède le don d’ubiquité, et reste cependant Une, cette Essence remplissant, unissant, limitant, contenant tout, et contenue en tout. On verra par là, pensons-nous, que de tels êtres, qu’on les considère comme des Théistes, des Panthéistes ou des Athées, sont étroitement liés au reste de l’humanité. Quelle que soit sa croyance, dès qu’un étudiant abandonne le vieux chemin battu de la routine et s’engage sur le sentier solitaire de la pensée indépendante, vers Dieu, il devient un Théosophe, un penseur original, un chercheur de la vérité éternelle, possédant une « inspiration personnelle » pour résoudre les problèmes universels.

La Théosophie est l’alliée de tout homme qui cherche sérieusement, par une voie qui lui est propre, la connaissance du Principe Divin, des rapports de l'homme avec lui, et de ses manifestations dans la nature. Elle est aussi l'alliée de la science honnête, qu'il importe de distinguer de ce qui passe pour la science physique exacte, aussi longtemps que cette dernière n'empiète pas sur les domaines de la psychologie et de la métaphysique.

Et elle est encore l'alliée de toute religion honnête, c'est-à-dire de toute religion qui accepte d'être jugée selon les mêmes critériums que ceux qu'elle applique aux autres. La Théosophie considère que les livres qui contiennent la vérité évidente par elle-même, sont inspirés, mais non pas révélés. Elle envisage tous les livres comme inférieurs au livre de la nature, par suite de l'élément humain qu'ils contiennent. Pour arriver à lire le livre de la nature, et pour le comprendre correctement, les pouvoirs innés de l'âme doivent être hautement développés. Les lois idéales ne peuvent être perçues que par la faculté intuitive; elles dépassent le domaine de l'argumentation et de la dialectique, et nul ne peut les comprendre ou les apprécier exactement par les explications d'une autre intelligence, alors même que cette intelligence prétendrait avoir été instruite par une révélation directe. Et comme notre Société, tout en ouvrant les horizons les plus vastes dans le domaine du pur idéalisme, est fondée sur une base solide dans le monde des faits, son respect pour la science moderne et pour ses représentants sincères n'a rien d'affecté. Le monde doit une immense somme de reconnaissance aux représentants de la science physique moderne, en dépit du manque d'inspiration spirituelle supérieure chez ces derniers. C'est pourquoi, la Société Théosophique applaudit à la protestation noble et indignée de ce prédicateur de talent : le révérend O. B. Frothingham, contre ceux qui essaient de sous-évaluer les services de nos grands naturalistes. « Comment peut-on dire que la science est irréligieuse et athée ? », s'écria-t-il dans une de ses conférences récentes, donnée à New-York, « la science est occupée à créer une nouvelle idée de Dieu. C'est à la science que nous devons d'être arrivés malgré tout à une certaine conception d'un Dieu vivant. Et si nous ne tombons pas dans l'athéisme, l'un de ces jours, sous l'effet affolant du protestantisme, c'est encore à la science que nous en serons redevables, car c'est elle qui nous libère des illusions horribles qui nous tracassent et nous embarrassent, en nous mettant sur la voie du raisonnement, au sujet des choses visibles qui nous entourent... »

Et c'est aussi grâce aux efforts inlassables d'orientalistes comme sir W. Jones, Max Muller, Burnouf, Colebrooke, Haug, Saint-Hilaire et tant d'autres, que la Société, en tant qu'organisme, éprouve du respect et de la vénération pour les cultes Védiques, Bouddhiste, Zoroastrien, ou d'autres religions anciennes du monde, et témoigne d'un sentiment tout aussi fraternel envers ses membres Hindous, Cinghalais, Parsis, Jains, Hébreux ou Chrétiens, considérés comme étudiants individuels du « Soi », de la nature, et du divin dans la nature.

Née dans les États-Unis d'Amérique, la Société fut constituée sur le modèle de sa mère-patrie. Cette dernière, omettant le nom de Dieu dans sa constitution, de peur qu'il ne devienne un jour, un prétexte à créer une religion d'État, accorde dans ses lois, une égalité absolue à toutes les religions. Toutes soutiennent l'État, et chacune à son tour, est protégée par lui. La Société, copiée sur cette constitution, pourrait être appelée avec raison, une « République des Consciences ».

Nous avons, pensons-nous, prouvé maintenant pourquoi nos membres, en tant qu'individus, sont libres de rester en dehors, ou au sein de n'importe quelle religion, pourvu qu'ils ne prétendent pas jouir seuls du privilège de la liberté de conscience, et n'essaient pas d'imposer leurs opinions aux autres. A cet égard, les règles de la Société sont très strictes. Elle tâche d'agir selon la sagesse du vieil axiome Bouddhiste : « Honore ta propre foi, et ne médis pas de celle des autres », axiome répété dans notre siècle par la « Déclaration de Principes », du Brahmo Samaj, qui stipule si noblement : « Aucune secte ne sera rabaissée, ridiculisée ou haïe ». Dans la section VI des statuts révisés de la Société Théosophique, adoptés récemment en conseil général à Bombay, nous trouvons l'article suivant  :

« Il ne convient pas qu'un dirigeant de la Société mère exprime, en paroles ou en actes, une hostilité ou une préférence envers une section quelconque de la Société (division religieuse ou groupe dans la Société). Tous ces groupes doivent être considérés et traités comme également dignes des efforts de la sollicitude de la Société. Tous ont un droit égal de voir les traits essentiels de leur croyance religieuse, exposés devant le tribunal d'un monde impartial ».

Individuellement, les membres peuvent, quand ils sont attaqués, transgresser éventuellement ce règlement, mais comme dirigeants, ils n'en ont pas le droit, et cette règle doit être strictement observée durant les réunions. Car, au-dessus de toutes les sectes humaines, se tient la Théosophie, sous sa forme abstraite, la Théosophie trop vaste pour être contenue dans l'une d'entre elles, mais les contenant aisément toutes.

Pour conclure, nous pouvons dire que la Société Théosophique, beaucoup plus large et plus universelle dans ses vues que n'importe quelle société purement scientifique, a, en plus de la science, sa croyance dans la possibilité d’atteindre par une volonté persévérante à ces régions spirituelles inconnues, que la science exacte place en dehors du champ d’investigation de ses fidèles. Et elle possède une qualité que l’on ne rencontre dans aucune religion. C’est qu’elle ne fait pas de différence entre les gentils, les juifs ou les chrétiens. C’est dans cet esprit que la Société a été édifiée sur la base d’une Fraternité Universelle.

Ne se mêlant pas de politique, hostile aux rêves insensés du Socialisme et du Communisme qu’elle réprouve, car tous deux ne sont qu’une conspiration déguisée de la force brutale et de la paresse, liguées contre le travail honnête ; la Société ne s’intéresse que peu à l’organisation humaine extérieure du monde matériel. Toutes ses aspirations sont dirigées vers les vérités occultes des mondes invisibles aussi bien que visibles. Qu’importe que l’homme vive sous le régime d’une république ou d’un empire ; le corps physique seul en est affecté. Ce corps peut être enchaîné ; quant à son âme, l’homme a le droit de répondre à ses tyrans, ce que répondit fièrement Socrate à ses juges. Ils n’ont aucun pouvoir sur l’homme « intérieur ».

Telle est donc la Société Théosophique, et tels sont ses principes, ses buts multiples est ses objets. Devons-nous nous étonner que le grand public ait eu à son sujet une quantité d’idées erronées et que l’ennemi ait eu beau jeu à la rabaisser dans l’opinion du profane ? Le véritable étudiant a toujours été un reclus, un être de silence et de méditation. Il a si peu de goûts et d’habitudes identiques à ceux du monde actif, que, tandis qu’il étudie, ses ennemis et ses calomniateurs peuvent l’attaquer sans être inquiétés. Mais le temps est le grand remède, et les mensonges sont éphémères. La Vérité seule est éternelle.

Nous parlerons plus tard de quelques membres de la Société qui ont accompli de grandes découvertes scientifiques, et de quelques autres à qui les psychologues et les biologistes doivent un nouvel aperçu des problèmes obscurs de l’homme intérieur. Notre but immédiat visait à prouver au lecteur que la Théosophie n’était, ni « une doctrine nouvellement inventée », ni une cabale politique, ni une des sociétés d’enthousiastes nés aujourd’hui pour mourir demain. La preuve que tous ses membres ne pensent pas de même, c’est que la Société s’est organisée en deux grandes divisions : Orientale et Occidentale, celle-ci se subdivisant à son tour en nombreuses sections, selon les races et les points de vues religieux. La pensée d’un seul homme, pour infiniment variés que soient ses manifestations, ne peut tout envisager. Le don d’ubiquité lui étant refusé, la pensée doit nécessairement se spécialiser dans une direction, et dès qu’elle a dépassé les limites de la science humaine exacte, elle peut qu’errer à l’aventure, car les ramifications de l’Unique Vérité Centrale et Absolue, sont infinies. C’est pourquoi nous voyons parfois les plus grands philosophes mêmes se perdre dans le labyrinthe des spéculations, et provoquer par-là la critique de la postérité.

Mais comme tous travaillent à un même but unique : la libération de la pensée humaine, l’élimination des superstitions et la découverte de la Vérité, tous sont également bien accueillis.

Il est généralement admis que ces buts ne peuvent être atteints qu’en convainquant la raison, en enflammant l’enthousiasme de la nouvelle génération de jeunes intelligences qui vont vers la maturité, et s’apprêtant à prendre la place de leurs parents, conservateurs aux idées préconçues. Et comme tous, les petits aussi bien que les grands, ont parcouru la route royale qui mène à la connaissance, nous prêtons attention à ce que tous ont à dire, et admettons les petits et les grands dans notre association. Car aucun chercheur honnête ne revient les mains vides, et celui-là même qui connut le moins la faveur du public, peut déposer son humble offrande sur l’autel unique de la vérité.

H.P. Blavatsky

Cet article fut écrit par H.P. Blavatsky pour éclairer et aider les théosophes des Indes en particulier, et tout étudiant en général. Il parut pour la première fois, dans le Vol., I., N° 1 de la revue anglaise The Theosophist (Octobre 1879), à un tournant important du mouvement. Cet article est paru en français dans la revue Théosophie, Vol. I, n°2.

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Les négations et les erreurs du dix-neuvième siècle

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Au commencement du siècle actuel (1), ou vers cette époque, tous les livres appelés hermétiques furent hautement proclamés et estimés comme un simple ensemble de contes, de prétentions frauduleuses et de vantardises les plus absurdes, indignes, selon l’opinion de l’homme de science moyen, d’une attention sérieuse. Ils « n’ont jamais existé avant l’ère chrétienne » disait-on ; « ils furent tous écrits dans le triple but de spéculation, de déception et de fraude pieuse » ; les meilleurs d’entre eux furent tous de stupides écrits apocryphes. À ce sujet, le dix-neuvième siècle s’est montré une très digne progéniture du dix-huitième. Car, au temps de Voltaire comme du nôtre, tout ce qui n’émanait pas directement de l’Académie Royale était faux, superstitieux, sot, et l’on se moquait jusqu’au mépris de la sagesse des Anciens, peut-être même plus que de nos jours. La pensée même d’accepter comme authentique les œuvres et les divagations d’un faux Hermès, d’un faux Orphée, d’un faux Zoroastre, de faux oracles, de fausses Sibylles, et un Mesmer trois fois faux et ses « fluides » absurdes, fut complètement mise à l’index. Ainsi, tout ce qui avait sa genèse en dehors des limites savantes et dogmatiques d’Oxford et de Cambridge (3), ou de l’Académie de France, fut dénoncé à cette époque comme « non scientifique » et « ridiculement absurde ». Cette tendance a survécu de nos jours.

On se sent rapetissé et humilié en lisant ce que le grand « Destructeur » moderne de toute croyance religieuse, passé, présente et future, M. Renan, dit de notre pauvre humanité et de ses pouvoirs de discernement. « L’humanité », croit-il, « n’a qu’un mental très étroit ; et le nombre d’hommes capables de saisir finement la vraie analogie des choses est tout à fait imperceptible » (Études Religieuses). En comparant, toutefois, cette affirmation avec une autre opinion exprimée par le même auteur, c'est-à-dire que « le mental du vrai critique doit se livrer, pieds et mains liés aux faits, pour être entraîné par eux, partout où ils peuvent le conduire » (Études Historiques), on se sent soulagé. Quand, en outre, ces deux affirmations philosophiques sont renforcées par cette troisième énonciation du fameux Académicien, qui déclare que « tout parti-pris a priori doit être banni de la science », il reste peu de choses à craindre. Malheureusement M. Renan est le premier à enfreindre la règle d’or.

La preuve d’Hérodote, appelé sarcastiquement sans doute « le père de l’histoire », puisque sur toutes les questions au sujet desquelles la pensée moderne est en désaccord, son témoignage ne compte pour rien ; l’assurance sobre et sérieuse dans les narrations philosophiques de Platon et de Thucydide, Polybieus et de Plutarque ; et même certaines affirmations d’Aristote, tout cela est invariablement mis de côté si cela implique ce que la critique moderne se plaît à considérer comme un mythe. Il y a peu de temps, Strauss proclamait que « la présence d’un élément surnaturel ou un miracle dans une narration, est un signe infaillible de la présence d’un mythe dans ce récit », tel est le critérium adopté tacitement par chaque critique moderne. Mais qu’est-ce qu’un mythe – μυθος – pour commencer ? Ne nous dit-on pas distinctement dans les anciens classiques, que le terme mythus, est équivalent au mot tradition ? Et son équivalent latin n’était-il pas le terme fabula, une fable ; un synonyme pour les Romains de ce qui avait été relaté comme étant arrivé dans les temps préhistoriques, mais pas nécessairement une invention ? Pourtant, avec de tels autocrates de la critique, avec de tels chefs despotiques tels que M. Renan en France et la plupart des Orientalistes anglais et allemands, nous n’en finirons jamais avec les surprises que nous réserve le siècle à venir – surprises historiques, géographiques, ethnologiques et philosophiques, les déguisements en philosophie étant devenus si fréquents depuis peu, que plus rien ne peut nous étonner en ce sens. Un spéculateur érudit nous a déjà dit que Homère n’était qu’une personnification mythique de l’Épopée (3) ; un autre nous a dit qu’Hippocrate, fils d’Esculape, « ne pouvait être qu’une chimère », que les Asclépiades – en dépit de leurs sept cents ans d’existence – pouvaient après tout n’être qu’une fiction ; que la ville de Troie, malgré le Dr. Schliemann, « n’existait que sur les cartes », etc. Pourquoi ne nous demanderait-on pas après cela, de considérer tout personnage de l’antiquité, envisagé jusqu’ici comme historique, comme un mythe ? Si Alexandre le Grand n’était pas requis par la philologie comme marteau-pilon destiné à casser la tête aux prétentions chronologiques Brahmaniques, il serait devenu depuis longtemps un simple symbole d’annexion, ou un génie de Conquête, comme De Mirville l’a bien dit.

La négation pure et simple est le seul moyen qu’il leur reste, le refuge de l’asile le plus sûr pour abriter pendant un petit moment encore, les derniers des sceptiques. Quand on nie sans conditions, il n’est plus nécessaire de se donner la peine d’arguer et ce qui est pire, d’avoir à l’occasion à céder un point ou deux devant les arguments irréfutables et les faits de son adversaire. Kreuzer le plus grand des symbologistes de son temps, le plus érudit et parmi la masse de savants mythologiques allemands, doit avoir envié la confiance placide de certains sceptiques, quand il se trouva forcé d’admettre, en un moment de perplexité désespérée, que : « Décidément, et tout d’abord, nous sommes obligés de revenir aux théories des gnomes et des génies tels que le comprenaient les anciens, une doctrine sans laquelle il est absolument impossible de s’expliquer quoi que ce soit au sujet des mystères (4).

L’Occultisme, sur tout le globe, est intimement uni à la Sagesse Chaldéenne et ses récits montrent les ancêtres des Brahmanes aryens dans les offices sacrées de Chaldis (une caste d’Adeptes différents des Chaldéens babyloniens et des Caldis) à la tête des arts et des sciences, des astronomes et des voyants, s’unissant aux « étoiles », « et recevant des instructions des brillants fils d’Ilu » (la déité cachée). Leur sainteté de vie et leur grand savoir – celui-ci passant à la postérité – firent de leur non pendant de longs âges, un synonyme de Science. Oui, ils furent vraiment des médiateurs entre le peuple et les messagers désignés du ciel, dont les corps brillent aux cieux étoilés, et ils furent les interprètes de leurs volontés. Mais ceci est-il de l’Astrolâtrie ou du Sabéanisme ? Ont-ils adoré les étoiles que nous voyons, ou sont-ce les Catholiques Romains modernes (suivant en cela ceux du moyen-âge) qui – coupables du même culte à la lettre, et l’ayant emprunté aux derniers Chaldéens, les Nabathéens du Liban et les Sabéens baptisés (mais non aux savants Astronomes et Initiés des temps anciens) – voudraient maintenant le voiler en jetant l’anathème sur la source d’où il est venu ? La Théologie et la Religion d’Église voudraient bien troubler la source claire qui les a abreuvées dès le début, pour empêcher la postérité de s’y mirer et d’y voir leur réflexion. Cependant les Occultistes croient que le temps est venu de donner à chacun son dû. Quant à nos autres adversaires – le sceptique moderne et l’épicurien, le cynique et le Sadducéen – ils trouveront notre réponse à leurs négations dans nos écrits antérieurs (Voir Isis Dévoilée, Vol. I, page 535). Nous disons maintenant ce que nous disions alors, en réponse aux nombreuses attaques injustes lancées contre les anciennes doctrines : « La pensée du commentateur et du critique actuels quant au savoir ancien, est limitée et a trait à l’exotérisme des temples ; son regard est ou peu désireux, ou incapable de pénétrer dans l’adyta solennel d’autrefois, où l’hiérophante instruisait le néophyte à considérer le culte public sous son vrai jour. Aucun sage ancien n’aurait enseigné que l’homme est le roi de la création, et que le ciel étoilé et notre mère la terre furent crées pour lui. »

Quand nous voyons des ouvrages tels que les Rivières de la Vie et Phallisme paraître de nos jours, sous les auspices du Matérialisme, il est facile de conclure que le temps de la dissimulation et du déguisement est passé. La science de la philologie, du symbolisme et des religions comparées a progressé trop loin pour nier plus longtemps, et l’Église est trop sage et trop prudente pour ne pas tirer le meilleur parti de la situation. En outre, le « rhombes d’Hécate » et les « roues de Lucifer » (5) exhumés journellement du sol de Babylone, ne peuvent plus servir de preuve évidente du culte de Satan, depuis que les mêmes symboles se retrouvent dans le rituel de l’Eglise latine. Celle-ci est trop érudite pour ignorer le fait que même les derniers Chaldis qui étaient graduellement tombés dans le dualisme, réduisant toutes choses à deux principes primordiaux, n’avaient pas plus adoré Satan ou des idoles que ne l’avaient fait des Zoroastriens, qu’on accuse maintenant de la même faute, mais que leur religion était tout aussi hautement philosophique que n’importe quelle autre ; leur Théosophie dualiste et exotérique fut héritée par les Juifs qui, à leur tour, furent obligés de la partager avec les Chrétiens. Les Parsis sont encore accusés de nos jours d’héliolâtrie, et pourtant dans les Oracles Chaldéens, « aux Préceptes Magiques et philosophiques » de Zoroastre, on trouve ce qui suit :

« Ne dirige pas ton esprit sur les vastes étendues de la terre,
Car la plante de vérité ne croît pas dans le sol.
Ne mesure pas la trajectoire du soleil, les règles qui le maintiennent ;
Car il est conduit par la volonté éternelle du Père, et n’existe pas pour vous.
Renonce au cours impétueux de la lune ;
Car elle évolue toujours selon l’œuvre de la nécessité.
Le cours des étoiles ne fut pas créé pour vous (6).

Il y a une vaste différence entre le véritable culte enseigné à ceux qui s’en montrent dignes, et les religions d’état. Les Mages sont accusés de toutes espèces de superstition, mais l’Oracle chaldéen continue :

« Le large vol aérien des oiseaux n’est pas réel,
Ni la dissection des entrailles des victimes ; ce ne sont que de simples jouets.
Si vous voulez ouvrir le paradis sacré de la piété,
Où la vertu, la sagesse et l’équité sont assemblées.

Ce ne sont certainement pas ceux qui mettent le peuple en garde contre « la fraude mercenaire » qui peuvent en être accusés ; ainsi qu’on le dit ailleurs : « S’ils accomplissent des actes qui semblaient miraculeux, qui peut se permettre de nier en toute sincérité, qu’ils le firent simplement parce qu’ils possédaient une connaissance de la philosophie naturelle et de la science psychologique à un degré inconnu de nos écoles ? » Les stances ci-dessus forment un enseignement assez étrange, émanant de ceux qui, croit-on universellement, ont adoré le soleil et la lune, et l’armée des étoiles comme des Dieux. La sublime profondeur des préceptes dépasse la portée de la pensée matérialiste moderne et les philosophes Chaldéens sont accusés, comme les masses ignorantes ; de Sabéanisme et de culte solaire, cultes qui étaient simplement ceux de la masses sans instruction.

Il est vrai que les choses ont changé depuis peu ; le champ d’investigation s’est élargi ; d’anciennes religions sont un peu mieux comprises, et depuis ce jour mémorable où le Comité de l’Académie Française, ayant à sa tête Benjamin Franklin, a étudié les phénomènes de Mesmer, et les a proclamés, à la fois, du charlatanisme et de la friponnerie habile, « la philosophie païenne » et le mesmérisme ont acquis certains droits et privilèges, et sont maintenant envisagés d’un point de vue tout à fait différent. Leur rend-on pleine justice, et sont-ils appréciés davantage ? Nous craignons que non. La nature humaine est la même maintenant que lorsque Pope disait de la force du préjugé que :

« La différence est aussi grande entre la vision des yeux, qu’entre les objets perçus.
Toutes les choses prennent une teinture qui vient de nous.
Où certaines sont décolorées, vues à travers nos passions.
Où les yeux de l’imagination grossissent, multiplient,
Rapetissent ou renversent, et donnent dix mille teintes. »

Ainsi dans les première décades de notre siècle, la Philosophie Hermétique était considérée par les Écclésiastiques et les hommes de Science de deux points de vue opposés ; les premiers l’appelaient coupable et démoniaque, les autres niaient de but en blanc son authenticité, en dépit des preuves avancées par les hommes les plus érudits de chaque époque, y compris la nôtre. Le savant Père Kircher, entre autres, ne fut même pas écouté, et son assertion – que tous les fragments connus sous le titre d’ouvrages de Mercure Trismégiste Bérose, Phérécydes de Syros, etc., étaient des manuscrits ayant échappé au feu qui dévora cent mille volumes de la grande Bibliothèque d’Alexandrie – fut simplement tournée en ridicule. Néanmoins, les classes instruites d’Europe savaient alors, comme maintenant, que la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie – « la merveille des âges » - fut fondée par Ptolémée Philadephe ; et que la plupart de ses manuscrits furent soigneusement copiés de textes hiératiques et de parchemins des plus anciens, Chaldéens, Phéniciens, Persans, etc., ces transcriptions et copies s’élevant à leur tour, à cent mille également, comme Josèphe et Strabon l’affirment.

En plus, il y a la preuve supplémentaire de Clément d’Alexandrie qui devrait être crue dans une certaine mesure (7), et il témoigne de l’existence de trente mille volumes additionnels des Livres de Thoth, placés dans la bibliothèque de la tombe d’Osymandissu, au-dessus de la porte de laquelle étaient inscrits les mots « Une cure pour l’âme ».

Depuis lors, comme chacun le sait, des textes entiers des œuvres « apocryphes » du « faux » Pymandre, et du non moins « faux » Asclépiade, furent découverts par Champollion, inscrits à l’intérieur des plus anciens monuments de l’Égypte. Après avoir consacré toute leur vie à l’étude des annales de l’antique sagesse égyptienne, Champollion-Figeac et Champollion Jeune, déclarèrent publiquement, en dépit de nombreux jugements tendancieux, hasardés par certains critiques superficiels et peu sages, que les Livres d’Hermès :

« Contiennent vraiment une quantité de traditions égyptiennes qui sont constamment corroborées par les archives les plus authentiques, et des monuments de l’Égypte de la plus haute antiquité, et qui ne sont que des copies fidèles de ce qui se trouve dans ces livres. »

Nul ne niera le mérite de Champollion en tant qu’Égyptologue, et s’il déclare que tout démontre l’exactitude des écrits du mystérieux Hermès Trismégiste, que leur antiquité recule dans la nuit des temps, et qu’ils sont confirmés dans leurs moindres détails, alors vraiment la critique devrait être satisfaite. « Ces inscriptions », dit Champollion, « sont les seuls fidèles échos et expressions des plus anciennes vérités » (8).

Depuis qu’il écrivit ceci, certains vers apocryphes du mythique Orphée ont été découverts, copiés mot pour mot, dans certaines inscriptions de la quatrième Dynastie, sous forme d’hiéroglyphes, s’adressant à diverses déités.

H.P. Blavatsky
(A suivre)

Cet article de H.P. Blavatsky fut publié pour la première fois dans la revue Lucifer du 15 juin 1892, sous le titre “The Denials and the Mistakes of the Nineteenth Century”.

Notes :

(1) [Le XIXe siècle].
(2) Nous croyons voir le fantôme sidéral du vieux philosophe et mystique Henry More, qui fut autrefois de l’Université de Cambridge, se mouvoir dans le brouillard astral, au-dessus des vieux toits moussus de la vieille ville d’où il écrivit sa fameuse lettre à Glanvil au sujet des « sorcières ». L’âme semble inquiète et indignée, comme, le 5 mai 1678, le jour où le Docteur se plaignait amèrement à l’auteur de Sadducismus Triumphalus de Scott, Adie et Webster. « Nos nouveaux saints inspirés », entend-on l’âme murmurer, « avocats jurés des sorcières qui…à l’encontre de tout bon sens et raison…ne veulent même pas avoir de Samuel en scène, mais préfèrent un esclave confédéré…ces bouffons orgueilleux bourrés d’ignorance, de vanité et de stupide infidélité… » (Voir Lettres à Glanvil, citées dans Isis Dévoilée p. 206 Éd. angl.).
(3) Voir La Grèce d’Alfred Maury, Vol. 1, page 248 et les spéculations de Holymann.
(4) Introduction des Mystères de Creuzer, Vol. III, page 456.
(5) Pneumatologie, de De Mirville, « La Religion des Démons »
(6) Psellus, 4. Voir Ancien Fragments de Cory, page 269, 2e Éd.
(7) Les quarante-quatre Livres sacrés des Égyptiens mentionnés par Clément d’Alexandrie, comme existant de son temps, n’étaient qu’une partie des Livres d’Hermès, Jamblique sur l’autorité du prêtre Égyptien Abammon, attribue douze cents, et Manéthon trente-six mille de ses livres, à Hermès. Mais le témoignage de Jamblique comme néo-platonicien et Théurgiste est évidemment rejeté par les critiques modernes. Manéthon, que Bunsens tient en haute considération comme « un personnage purement historique » auquel « aucun des historiens natifs ultérieurs ne peut se comparer » (Voir Égypte, I, page 97.) devint soudain un pseudo Manéthon, aussitôt que les idées qu’il avance sont en désaccord avec les préjugés scientifiques contre la Magie et la connaissance Occulte revendiquée par les anciens prêtres. Cependant, aucun archéologue ne doute un moment de l’antiquité presque incroyable des livres Hermétiques. Champollion montre le plus grand respect pour leur authenticité et leur vérité, corroborés comme ils le sont, par beaucoup des monuments les plus anciens. Et Bunsen apporte des preuves irréfutables de leur antiquité. D’après ses recherches, par exemple, nous apprenons qu’il y eut une lignée de soixante et un rois, avant l’époque de Moïse qui firent précéder la période mosaïque d’une civilisation facilement discernable d’une durée de plusieurs milliers d’année. Nous sommes ainsi justifiés dans notre croyance que les œuvres d’Hermès Trismégiste existaient de nombreux âges avant la naissance du législateur juif. « Des styles et des encriers furent découverts sur des monuments de la quatrième Dynastie, la plus ancienne du monde », dit Bunsen. Si l’éminent Égyptologue rejette la période de 48.863 ans avant Alexandrie, à laquelle Diogène Laërce fait remonter les annales des prêtres, il est évidemment plus embarrassé en face des dix milles ans d’observations astronomiques, et remarque que « si ce furent des observations réelles, elles doivent s’être étendues sur une période de plus de 10.000 ans » (p.14). « Nous apprenons cependant », ajoute-t-il, « par l’un de leurs anciens ouvrages chronologiques…que les traditions Égyptiennes authentiques concernant la période mythologique, traitaient de myriades d’années. » (Égypte, I, p. 15).
(8) Égypte, 143.

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Il y a quelque temps, un Théosophe, M.R…, voyageait en chemin de fer avec un Américain qui lui raconta combien il avait été étonné, lors de sa visite à notre quartier général de Londres. Il avait disait-t-il, demandé à Mme Blavatsky quels étaient les meilleurs livres théosophiques qu’il aurait pu lire, et avait manifesté son intention de se procurer Isis Dévoilée, lorsqu’à son grand étonnement, elle lui avait répondu : « Ne lisez pas cela, cela ne vaut rien ».
Pour autant que je me souvienne, je n’ai pas dit que cela ne vaut rien ; mais voici ce que j’ai dit en substance : « Laissez ce livre de côté ; Isis ne vous donnera jamais satisfaction ; au point de vue littéraire, c’est le livre le plus mauvais et le plus confus de tous ceux que j’ai écrits ». Et j’aurais pu ajouter avec autant de justesse, qu’envisagé sous un jour strictement littéraire et critique, Isis était plein de fautes d’impression et d’erreurs dans les citations, qu’il contenait des répétitions inutiles et des digressions énervantes, comme aussi de nombreuses contradictions apparentes pour le lecteur occasionnel, peu familier avec les divers aspects des idées et des symboles métaphysiques ; qu’il renfermait beaucoup de matière qui n’aurait pas dû s’y trouver, et qu’il présentait même de très grosses erreurs dues aux nombreuses altérations apportées lors de la correction des épreuves en général, et plus spécialement lors de la correction des mots. Enfin, l’ouvrage, pour des raisons que je vais expliquer, manque de suite, et donne l’impression, comme le faisait remarquer un ami, d’être formé de paragraphes indépendants les uns des autres, qui auraient été mis dans une corbeille, tirés au sort, et publiés dans cet ordre fantaisiste.
Telle est aussi maintenant mon opinion. J’eus pleinement conscience de cette triste vérité, lorsque je lus l’ouvrage aux Indes, en 1881, pour la première fois en entier, après sa parution en 1877. Et depuis lors, je n’ai jamais cessé de dire ce que j’en pensais, et de donner mon avis sincère sur Isis, chaque fois que j’avais l’occasion de le faire. Certains s’indignèrent de cette façon de faire, et me firent comprendre que j’entravais de la sorte, la vente de l’ouvrage ; mais comme mon but principal en écrivant n’était ni la renommée, ni le gain personnel, mais une chose infiniment plus élevée, je ne me souciai guère de ces avertissement. Ce malheureux « chef-d’œuvre », cette œuvre monumentale, comme certaines revus l’ont appelée, contient tant de terribles substitutions d’un mot pour un autre, changeant ainsi complètement le sens de la phrase (1), tant de fautes d’impression, et de guillemets placés où il n’en fallait pas – ou vice versa – qu’il m’a donné depuis dix ans plus d’ennuis et d’anxiété, que je n’en ai éprouvés dans toutes ma longue vie, remplie cependant, de plus d’épines que de roses.
Mais en dépit de ces aveux peut-être trop sincères, je prétends qu’Isis Dévoilée contient un ensemble d’enseignements originaux d’ordre occulte, qui n’avaient jamais été divulgués jusqu'à présent. La preuve en est, l’intérêt qu’ont manifesté à cet ouvrage, ceux qui furent assez intelligents pour découvrir l’amande sous la coque, ceux qui donnèrent la préférence à l’idée, et non à la forme, sans s’inquiéter de ses défauts secondaires. Je suis prête à prendre sur moi, tous les défauts extérieurs, et les fautes purement littéraires de l’ouvrage, dont je ne suis cependant pas responsable, comme je vais le démontrer ; mais j’en défends les idées et les enseignements, et cela sans crainte d’être accusée de vanité, puisque, ainsi que je l’ai toujours déclaré, ces idées et ces enseignements ne sont pas miens ; et j’affirme en outre, que tous deux sont de la plus haute valeur pour les mystiques et les étudiants de la Théosophie. Ceci est si vrai que lorsque Isis parut, certains des meilleurs journaux américains furent prodigues en louanges - jusqu’à l’exagération même – comme on pourra s’en rendre compte par les passages ci-dessous (2).
Les premiers ennemis que mon ouvrage fit surgir, furent les Spirites, dont je démolissais les théories fondamentales concernant les communications en personne des esprits des morts. Depuis quinze ans, c'est-à-dire depuis la parution de cet ouvrage, un flot incessant de viles accusations s’est abattu sur moi. Il n’est pas une accusation diffamatoire dont on ne m’ait accablée : depuis celle de l’immortalité et de la théorie de l’ « espionne russe », jusqu’à l’accusation d’imposture et de fraude. On m’a considérée comme un mensonge vivant, une ivrogne invétérée, un émissaire du Pape, payée pour détruire le spiritisme et comme une incarnation de Satan. Toutes les calomnies imaginables ont été inventées au sujet de ma vie privée et publique. Rien n’a pu faire taire ces méchantes langues venimeuses et sans scrupules, pas même le fait qu’aucune de ces accusations n’a jamais pu être justifiées, et que, du premier janvier au trente et un décembre, j’ai vécu durant des années, entourée d’amis et d’ennemis, comme dans une maison de verre. Mes adversaires acharnés ont dit à diverses reprises :

Qu’Isis Dévoilée n’était qu’une répétition d’Eliphas Lévi et de quelques anciens alchimistes ;
Que l’ouvrage avait été écrit par moi sous la dictée des Pouvoirs mauvais et des esprits défunts de Jésuites (sic) ; et enfin
Que mes deux volumes provenaient d’une compilation de manuscrits (dont on n’avait jamais eu connaissance précédemment), que le baron de Palm – célèbre par sa crémation et ses doubles funérailles – avait laissés à sa mort, et que j’avais trouvés dans sa malle (3). D’autre part, des amis plus aimables que sages, répandirent avec un peu trop d’enthousiasme, la vérité au sujet de la relation étroite existant entre mon Instructeur Oriental ainsi que d’autres Occultistes, et l’ouvrage ; l’ennemi en profita pour exagérer et dénaturer la vérité. On arriva à dire qu’Isis, en entier, m’avait été dicté de la première page à la dernière et mot à mot, par ces Adeptes invisibles. Et comme les imperfections de mon ouvrage n’étaient que trop frappantes, ce vain et malicieux bavardage eut pour résultat de permettre à mes ennemis et critiques de supposer, avec raison d’ailleurs : ou bien que ces inspirateurs invisibles n’existaient pas et faisaient partie de ma « fraude », ou bien qu’ils n’avaient même pas l’intelligence du premier bon écrivain venu.

Cependant, personne n’a le droit de me rendre responsable de ce qu’une tierce personne peut dire, mais uniquement de ce que j’affirme moi-même oralement, ou dans des écrits publics et sous ma signature. Voici maintenant ce que je déclare et maintiens : qu’à l’exception aussi des nombreuses fautes d’impression, erreurs et citations fautives que j’ai spécifiées et mentionnées précédemment, ainsi que de la composition générale d’Isis Dévoilée dont je ne suis d’aucune façon responsable : (a) tous les renseignements exposés dans cet ouvrage et dans mes écrits ultérieurs, proviennent de nos Maîtres d’Orient ; et (b) de nombreux passages de ces ouvrages ont été écrits sous leur dictée.

Il n’y a en cela aucune prétention au surnaturel, car une telle dictée n’implique aucun miracle. Toute personne d’intelligence moyenne, convaincue des nombreuses possibilités de l’hypnotisme (accepté actuellement par la science après des investigations scientifiques sérieuses), ainsi que des phénomènes de la transmission de la pensée, admettra aisément qu’un simple sujet en hypnose, un médium irresponsable, peut entendre la pensée non exprimée de son hypnotiseur, qui peut ainsi lui transmettre sa pensée, au point de lui permettre même de répéter les mots lus mentalement dans un livre par l’hypnotiseur. Mon affirmation n’a donc rien d’impossible en elle-même. L’espace et la distance n’existent pas pour la pensée, et si deux personnes sont en rapport psycho-magnétique parfait l’une avec l’autre, et si l’une des deux est un grand Adepte des Sciences Occultes, la transmission de la pensée et la dictée de pages entières, deviennent aussi aisées et admissibles, à une distance de dix mille milles, que la transmission de deux mots d’une chambre à l’autre.
Jusqu’à présent, je me suis abstenue, excepté en de très rares occasions, de répondre à aucune critique au sujet de mes ouvrages, et j’ai même laissé passer sans les réfuter, des calomnies et des mensonges, car dans le cas d’Isis, je considérais que presque toutes les critiques étaient justifiées ; quant aux « calomnies et aux mensonges », j’avais trop de mépris envers les calomniateurs, pour daigner y faire attention. Ce fut surtout le cas pour les attaques diffamantes venant d’Amérique. Toutes provenaient de la même source unique, bien connue de tous les Théosophes, une personne qui, inlassablement, s’attaque à moi depuis douze ans (4), sans que je n’aie jamais vu ni rencontré cette créature.
Mais comme on attaque maintenant Isis, pour la dixième fois au moins, il est temps que je révèle toute la vérité – et rien que la vérité – à mes amis perplexes et à la partie du public qui est sympathique à la Théosophie. Non pas que je cherche à m’excuser de quoi que ce soit à leurs yeux, ni que j’essaye d’« expliquer les choses ». Loin de moi cette idée. Mais je suis décidée à présenter des faits indéniables et indiscutables, en exposant simplement les circonstances particulières, bien connues de beaucoup, mais actuellement presque oubliées, dans lesquelles j’écrivis mon premier ouvrage anglais. Je les cite à la suite :

Quand j’arrivai en Amérique en 1873, je n’avais jamais parlé l’anglais, sinon d’une façon familière dans mon enfance, plus de trente ans auparavant. Je le comprenais à la lecture, mais pouvait difficilement le parler.
Je n’avais jamais été au collège, et ce que je savais, je l’avais appris par moi-même. Je n’ai jamais prétendu posséder aucune érudition, en ce qui concerne les recherches modernes. J’avais lu tout au plus quelques ouvrages scientifiques européens et savais peu de choses des sciences et de la philosophie occidentales. Le peu que j’en avais étudié et appris, me dégoûta par son matérialisme, ses limitations, son esprit dogmatique étroit et conventionnel, et son air de supériorité vis-à-vis des philosophies et des sciences de l’antiquité.
Jusqu’en 1874, je n’avais jamais écrit un mot d’anglais, pas plus que je n’avais publié d’ouvrage, en quelque langue que ce soit. Par conséquent,
Je n’avais pas la moindre idée des règles littéraires. L’art d’écrire des livres, d’en préparer l’impression et la publication, d’en revoir et corriger les épreuves, étaient autant de secrets pour moi.
5° Quand je me suis mis à écrire ce qui devint plus tard Isis Dévoilée, je ne savais pas plus ce qu’il en sortirait que l’homme dans la lune. Je n’avais aucun plan ; je ne savais pas si ce serait un essai, un pamphlet, un livre ou un article. Je savais que je devais l’écrire, c’était tout. Je commençai l’ouvrage, avant de bien connaître le colonel Olcott, et quelques mois avant la formation de la Société Théosophique.

Aussi comprendra-t-on, que je me trouvais vraiment dans des conditions favorables pour entreprendre la rédaction d’une œuvre théosophique et scientifique en anglais ! Quand je transmis l’ouvrage au colonel Olcott, j’avais écrit de quoi remplir quatre volumes de l’importance d’Isis. Naturellement, il me dit que j’avais à refaire le tout, sauf les pages qui m’avaient été dictées. Nous nous mîmes alors à cette tâche littéraire et travaillâmes ensemble chaque soir. Je recopiai quelques pages dont il avait corrigé l’anglais ; d’autres passages qui ne pouvaient humainement subir de corrections, furent lus à haute voix, et rendus en anglais correct verbalement par le colonel Olcott, qui me les dictait ainsi, de mes manuscrits presque indéchiffrables. L’anglais d’Isis est donc du colonel Olcott, et non de moi. C’est lui également qui suggéra de diviser l’ouvrage en chapitres, et de consacrer le premier volume à la Science et le second à la Théologie. Dans ce but, il fallut revoir la matière et remanier de nombreux chapitres, éliminer des répétitions et prendre soin de réunir des sujets identiques. Quand l’ouvrage fut prêt, nous le soumîmes au professeur Alexander Wilder, le savant platonicien bien connu de New-York, qui, après l’avoir lu, le recommanda à l’éditeur M. Bouton. C’est le professeur Wilder qui, après le colonel Olcott, m’a rendu le plus de services. C’est lui qui composa l’excellent Index, qui corrigea les mots grecs, latins et hébreux, suggéra des citations, et écrivit la plus grande partie de l’introduction « Devant le Voile ». Ce n’est pas ma faute, si la chose n’a pas été signalée dans l’ouvrage ; mais celle du professeur Wilder, qui exprima le vœu exprès que son nom ne soit cité que dans des notes au bas de pages. Je n’en ai jamais fait un secret, et mes nombreuses connaissances à New-York le savaient bien. Quand l’ouvrage fut prêt, il fut remis à l’imprimeur.
Dès lors commencèrent les difficultés réelles. Je n’avais aucune idée de la correction des épreuves ; le colonel Olcott disposait de trop peu de temps pour le faire. Il en résulté un beau gâchis dès le début, et avant que nous n’ayons revu les trois premiers chapitres, nous avions à payer une note de six cents dollars pour corrections et altérations ; je dus donc abandonner la correction des épreuves. Pressé par l’éditeur, le colonel Olcott fit tout ce qu’il pouvait, mais il n’était libre que le soir et le docteur Wilder se trouvant au loin, à Jersey City, les épreuves d’Isis passèrent entre les mains de quantité de personnes, pleines de bonne volonté, mais peu consciencieuses, qui finirent par remettre cette tâche aux bons soins du correcteur de l’éditeur. Quoi d’étonnant alors, que « Vaivaswata » (Manu) soit devenu dans les volumes imprimés « Visvamitra », que trente-six pages de l’Index furent égarées, que des guillemets furent placés où il n’en fallait pas (dans certaines de mes phrases par exemple) et omis complètement dans de nombreux passages puisés dans des auteurs divers ? Si l’on me demande pourquoi ces fautes malheureuses n’ont pas été corrigées dans une édition ultérieure, ma réponse est simple : les clichées étaient stéréotypés, et malgré tout mon désir d’apporter ces corrections, je ne pus le faire, les clichés étant la propriété de l’éditeur ; je ne possédais pas les fonds nécessaires, et la firme ne se souciait guère de changer quoi qui ce soit, étant donné qu’en dépit de ses défauts flagrants, l’ouvrage, qui vient d’atteindre sa septième ou huitième édition, est encore très demandé.
Et maintenant, peut-être comme conséquence de tout ceci, s’élève une nouvelle accusation. On me dit coupable de plagiat dans le chapitre d’introduction : « Devant le voile ».
Si j’avais réellement commis un plagiat, je n’éprouverais pas la moindre hésitation à reconnaître cet « emprunt ». Mais en dépit des « passages mis en parallèle », je ne vois pas pourquoi j’avouerais ce plagiat, puisque je n’en suis pas coupable ; bien que la « transmission de pensée », comme la Pall Mall Gazette l’appelle avec esprit, soit à la mode de nos jours. Depuis que la presse américaine s’est élevée contre Longfellow, qui, puisant dans une traduction allemande, alors inconnue, du poème épique finlandais : la Kalevala, le sujet de son superbe poème Hiawatha, le fit sien, et le publia sans signaler la source de son inspiration, la presse européenne, à diverses reprises, a porté de semblables accusations. L’année actuelle est spécialement riche en cas de « transmission de pensées » de ce genre.
Nous voyons le lord-maire de Londres répéter mot à mot, un ancien sermon oublié de M. Spurgeon et jurer qu’il ne l’avait jamais lu, et n’en avait même jamais entendu parler. Le Rév. Robert Bradlaugh écrit un livre, et immédiatement, la Pall Mall Gazette le dénonce comme une copie littéraire d’un autre ouvrage. M. Harry de Windt, l’explorateur oriental et en sus membre de la Société Royale de Géographie, voit plusieurs pages de son livre nouvellement publié : Un voyage aux Indes par la Perse et le Béloutchistan, comparées dans l’ « Academy » de Londres, à des extraits de La Contrée du Béloutchistan, de A. W. Hughes, qui leur sont identiques verbatim et litteratim. Mrs. Parr se défend dans le British Weckly d’avoir emprunté consciemment ou inconsciemment sa nouvelle Sally, au livre Sally de Miss Wilkins, et affirme qu’elle n’a jamais lu cette histoire, ni même entendu citer le nom de l’auteur, etc..
Enfin, quiconque a lu la Vie de Jésus de Renan, verra qu’il a plagié anticipativement, certaines descriptions rendues en vers souples et faciles dans la Lumière du Monde. Et pourtant Sir Edwin Arnold dont le génie facile et reconnu ne requérait pas d’images empruntées, a négligé de remercier l’académicien français, pour ses descriptions en prose du Mont Thébor et de la Glilée, qu’il mit lui-même en vers élégants dans son dernier poème. Vraiment, à ce stade de notre civilisation fin de siècle, on devrait se trouver très honoré d’être placé en aussi bonne et nombreuse compagnie, même en tant que plagiaire. Mais je ne pus prétendre à un tel privilège, tout simplement pour la raison que j’ai déjà signalée, que de tout le chapitre d’introduction « Devant le Voile », il n’y a de moi que certains passages du Glossaire qui est joint, toute la partie traitant du Platonisme, et qu’on qualifie de « plagiat sans retenue », ayant été écrit par le professeur A. Wilder.
Cet homme vit encore et habite à New-York ou aux environs. Il est donc possible de lui demander si oui ou non, mon affirmation est exacte. Il est trop honnête, c’est un trop grand savant, pour nier ou craindre quoi que ce soit. Ce fut lui qui insista pour qu’on ajoutât à l’Introduction une sorte de Glossaire expliquant les noms grecs et sanscrits, ainsi que les mots qui revenaient fréquemment dans l’ouvrage ; il fournit lui-même l’explication de quelques-uns de ces mots. Je le priai de me donner un court résumé des philosophes platoniciens, ce qu’il fit avec plaisir. Ainsi de la page 11 jusqu’à la page 22, le texte est de lui, sauf quelques passages intercalés dans la matière traitant des Platoniciens, et que j’introduisis pour démontrer l’identité de pensée dans les Ecritures hindoues. Et quels sont ceux qui, connaissant personnellement le Dr Wilder, ou simplement de nom, qui, sachant la grande érudition de ce Platonicien éminent, éditeur de tant d’ouvrages savants (5), seraient assez fous pour l’accuser de plagiat d’un autre auteur ? Je donne en note les noms de quelques ouvrages sur le Platonisme ou d’autres sujets qu’il a publiés. L’accusation est simplement insensée.
Le fait que le Dr Wilder doit avoir oublié de mettre entre guillemets, les passages empruntés à divers auteurs, et reproduits dans le Sommaire ; ou bien il se peut, qu’étant donné son écriture très difficile à lire, il n’ait pas indiqué les guillemets d’une façon suffisamment lisible. Il est impossible après près de quinze ans, de se souvenir des faits, ou de les vérifier. Jusqu’à ce jour, je m’étais imaginé que sa dissertation sur les Platoniciens était de lui, et je n’y avais plus jamais songé depuis la parution d’Isis. Mais voici maintenant que des ennemis ont découvert des citations qui ne sont pas signalées entre guillemets, et plus que jamais, ils proclament que l’ « auteur d’Isis Dévoilée » est un plagiaire et un fourbe. Fort probablement, on trouvera bien d’autres choses encore, car cet ouvrage est une mine inépuisable de citations fautives, d’erreurs, de maladresses dont je ne puis m’avouer « coupable » au sens ordinaire du mot. Que les calomniateurs poursuivent dont leur œuvre, jusqu’à ce qu’ils découvrent, d’ici une quinzaine d’années, ce qu’ils ont découvert précédemment, à savoir que, quoiqu’ils fassent, ils ne peuvent ruiner la Théosophie, ni même me faire du tort. Je n’ai aucune vanité d’auteur ; et des années de persécution injuste et d’injures, m’ont rendu tout à fait indifférente à ce que le public peut penser de moi personnellement.

Etant donné les faits signalés ci-dessus, et considérant que :

a) La langue dont j’ai fait usage dans Isis, n’est pas de moi ; et peut être considérée (à l’exception de cette partie de l’ouvrage que je prétends m’avoir été dictée) comme une sorte de transposition en anglais de mes pensées ;
b) L’ouvrage ne fut pas écrit pour le public – ce dernier ayant toujours été pour moi d’importance secondaire – mais pour les Théosophes et les membres de la Société Théosophique à qui Isis est dédié ;
c) Bien que j’aie depuis lors, appris suffisamment d’anglais pour pouvoir publier deux revues – le Théosophist et Lucifer – cependant, jusqu’à ce jour, je n’ai jamais écrit un article, un éditorial ou même un simple paragraphe, sans en soumettre l’anglais à un examen critique sévère.

Tenant compte de tout ceci et de beaucoup d’autres choses encore, je demande maintenant à tout homme et à toute femme honnête, s’il est juste et équitable de critiquer mes œuvres, - Isis plus que tout autre, - comme on le ferait d’ouvrages écrits par un auteur américain ou anglais de naissance.
Ce que je réclame comme mien dans mes livres, c’est le fruit de mon érudition et de mes études dans un domaine non exploré jusqu’à ce jour, par la science, et presque inconnu du monde européen. Je suis toute prête à laisser l’honneur de la grammaire anglaise dans mes ouvrages, la gloire des citations puisées dans des livres scientifiques, et qui me furent apportées à l’occasion pour servir de comparaison avec l’antique science, ou de réfutation à cette dernière, et enfin, la composition générale des volumes, à tous ceux qui m’ont aidée. Pour la Doctrine Secrète même, une demi-douzaine de Théosophes ont contribué à sa publication, certains m’aidant à arranger la matière, d’autres à corriger l’anglais incorrect ou à préparer l’ouvrage pour l’impression.
Mais ce qu’aucun d’entre eux ne pourra jamais réclamer comme sien, c’est la doctrine fondamentale, les conclusions et les enseignements philosophiques. Je n’ai rien inventé de tout cela ; je n’ai fait que divulguer ce qui m’a été enseigné ; ou comme je l’ai dit d’après Montaigne, dans la Doctrine Secrète (vol. I, p. 46) : « je n’ai fait qu’un bouquet de fleurs cueillies (en Orient), et n’ai mis du mien que le ruban qui les lie ». Aucun de ceux qui m’ont aidé n’oserait-il dire que je n’ai pas payé largement le prix du ruban ?

H.P. Blavatsky, le 27 Avril 1891.

Cet article fut publié par H.P. Blavatsky, peu de temps avant sa mort, dans la revue anglaise Lucifer de mai 1891. La traduction en français fut publiée dans la revue Théosophie, Volume I, n°5, de janvier 1926.

Notes
(1) Témoin le mot « planète » pour « cycle », qui s’y trouvait à l’origine, et qui fut corrigé par une main inconnue (Vol. I, p. 347, 2e partie), une « correction » qui montre Bouddha enseignant qu’il n’existe pas de renaissance sur notre planète ( !!) , tandis qu’on affirme le contraire à la page 346, et y montre le Seigneur Bouddha prêchant d’ « éviter » la réincarnation ; en d’autres endroits, le mot « planète » fut substitué à « plan », « Monas » à « Manas » ; le sens de phrases entières fut sacrifié à la forme grammaticale, et changé par l’introduction de mots impropres, ou de ponctuations fautives, etc., etc.
(2) Isis Dévoilée, clef des mystères de la science et de la Théologie anciennes et modernes, par H.P. Blavatsky, secrétaire correspondant de la Société Théosophique, 2 vol. royal in-8°, environ 1500 pages. Broché : 7 ,50. Cinquième édition.

« Cet ouvrage monumental…traitant de tout ce qui se rapporte à la magie, au mystère, à la sorcellerie, à la religion, au spiritisme, et qui serait à sa place dans une encyclopédie. » (North American Review.)
« Il faut reconnaître que c’est une femme remarquable qui a lu, vu et pensé plus que la plupart des sages. Son ouvrage abonde, en citations écrites en une douzaine de langues différentes, et cela, non pour faire montre d’érudition, mais afin d’appuyer ses vues particulières…son livre foisonne de renvois au bas de la page, montrant ses enseignements confirmés par les écrivains les plus profonds du passé. De nombreux lecteurs trouveront un intérêt captivant à cet ouvrage remarquable…il est digne d’attirer l’attention sérieuse des penseurs, et mérite une lecture serrée. » (Boston Evening Transcript.)
« Le livre donne l’impression d’une érudition extraordinaire. Il renferme d’abondantes allusions aux écrivains les plus inconnus et les plus obscurs de toutes langues, ainsi que de nombreuses citations puisées dans ces auteurs, et entrecoupées de renvois à des ouvrages célèbres que l’auteur n’a d’ailleurs pas fait qu’effleurer. » (New-York Independent.)
« Une étude extrêmement attrayante et complète sur l’importance primordiale de rétablir la Philosophie Hermétique dans un monde qui croit aveuglément l’avoir dépassée. » (New-York World.)
« Un des plus remarquables livres de la saison. » (Com. Advertiser.)
« Pour ceux qui ne sont jamais familiarisés avec la littérature du mysticisme et de l’alchimie, l’ouvrage fournira les éléments d’une étude intéressante, une mine de renseignements curieux. » (Evening Post)
« Ils font preuve de recherches nombreuses et variées de la part de l’auteur, et contiennent un grand nombre d’histoires intéressantes. Ceux qui aiment le merveilleux y trouveront abondamment de quoi se divertir. » (New-York Sun.)
« Un livre merveilleux, tant au point de vue du contenu que de la façon de le présenter. On peut se faire quelque idée de l’étendue et de l’originalité de la matière exposée, en consultant l’index qui comprend à lui seul, cinquante pages, et nous ne craignons pas d’affirmer qu’aucun être humain n’avait jamais jusqu’à présent, compilé tant de sujets différents…C’est un livre curieux qui aura sa place dans toutes les bibliothèques par suite de la matière tout à fait exceptionnelle qu’il contient… il attirera certainement tous ceux qui s’intéressent à l’histoire, à la théologie et aux mystères du monde antique. » (Daily Graphic.)
« L’ouvrage en question est le fruit de ce mode spécial d’éducation auquel elle a été soumise ; il confirme largement ses prétentions au grade d’adepte de la science secrète, et même au rang d’hiérophante dans l’exposé des arts mystiques. » (New-York Tribune.)
« Celui qui lira soigneusement le livre d’un bout à l’autre, connaîtra tout ce qui peut être connu du merveilleux et du mysticisme, excepté peut-être le mot de passe. Isis complètera l’Anacalypsis. Ceux qui aiment lire Godfrey Higgins, prendront plaisir au livre de Mme Blavatsky, car il existe une grande ressemblance entre leurs œuvres. Tous deux ont essayé avec force, d’exposer ce qui est apocryphe et apocalyptique. Il est aisé de prévoir la réception qui sera faite à ce livre. Avec ses particularités frappantes, son audace, sa versatilité, et la prodigieuse variété de sujets qu’il signale et qu’il traite, c’est l’une des productions les plus remarquables du siècle. » (New-York Herald.)

(3) Ce noble autrichien, qui se trouvait dans la misère la plus complète à New-York, et à qui le colonel Olcott avait offert le gîte et la nourriture, le soignant durant les dernières semaines de sa vie, n’avait rien laissé en fait de manuscrits, sinon des notes à payer. Le baron ne possédait qu’une vieille valise dans laquelle ses « exécuteurs » testamentaires trouvèrent un Amour en bronze, quelques décorations étrangères, ou du moins leurs imitations en simili or et en carton, les authentiques en or et en diamant ayant été vendues ; et quelques chemises du colonel Olcott que l’ex-diplomate avait empruntées sans permission.
(4) Je ne la nommerai pas. Il y a des noms qui répandent une atmosphère morale indigne d’un journal ou d’une publication qui se respecte. Ses paroles et ses actes proviennent de la cloaca maxima de l’Univers de Matière, et doivent y retourner, sans me toucher.
(5) A. Wilder, docteur en médecine, l’éditeur de Serpent and Siva Worship, par Hyde Clark et C.Staniland Wake ; de Ancient Art and Mythology, par Richard Payne Knight, ouvrage auquel l’éditeur a joint une Introduction, des notes traduites en anglais, et un nouvel index complet ; de Ancient Symbol Worship, par Hodder M. Westropp et C. Staniland Wake, avec une Introduction, des Notes supplémentaires et un Appendice de l’éditeur ; et enfin de The Eleusinian and Baacchic Mystéries : Dissertation par Thomas Taylor, le traducteur de Platon ; Plotin, Porphyre, Jambilique, Proclus, Aristote, etc…édité avec une Introduction, des notes, corrections et un Glossaire, par Alexander Wilder, D.M. ; il est l’auteur de divers ouvrages, pamphlets et articles savants que nous ne pouvons citer faute de place. Il est aussi l’éditeur de Older Academy, une revue trimestrielle de New-York, et enfin le traducteur des Mystères de Jamblique.

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