Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

Note « La notion du Soi dans Isis dévoilée »

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Sommaire

Le Soi immortel de l’homme L’homme est adombré par le Soi Divin - « Vous êtes des dieux »Une conviction commune à tout le genre humainL’initié connaît le mystère du Soi Supérieur Le Soi spirituel (Atman) : Dieu Unique et Suprême - L’âme non enchaînée au corps Le Soi intérieur et karma Le SOI : une même tradition mystiqueUne dualité humaine : conscience et raison La clairvoyance spirituelleLa manifestation inconsciente du Soi.


Le Soi immortel de l’homme

« Où est DIEU ; Qu'est-il ? Qui a jamais vu l'ESPRIT immortel de l'homme, de façon à être certain de son immortalité ?
« C'est lorsque nous étions le plus anxieux de résoudre ces problèmes difficiles, que nous nous trouvâmes en rapport avec certains hommes, doués de pouvoirs si mystérieux et de connaissances si profondes, que nous pouvons véritablement leur donner le titre de Sages de l'Orient. Nous prêtâmes une oreille attentive à leurs enseignements. Ils nous montrèrent qu'en combinant la science avec la religion on peut arriver à démontrer l'existence de Dieu et l'immortalité de l'esprit humain, comme on démontre un problème d'Euclide. Pour la première fois nous reçûmes l'assurance que la philosophie Orientale n'admettait point d'autre foi qu'une foi absolue et immuable dans la toute-puissance du soi immortel de l'homme. On nous apprit que cette toute-puissance vient de la parenté de l'esprit de l'homme et l'Âme Universelle — Dieu ! Ce dernier, disent ces sages, ne peut jamais être prouvé qu'à l'aide du premier. L'esprit humain prouve l'Eprit Divin, comme une goutte d'eau démontre l'existence d'une source dont elle provient. Dites à celui qui n'aurait jamais vu d'eau qu'il existe un océan il vous croira sur parole, ou il refusera de l'admettre. Mais faites tomber dans sa main une goutte d'eau, et il se trouvera en présence d'un fait duquel il pourra déduire le reste. Après ça, il pourra par degrés, comprendre qu'il peut exister un océan sans borne et insondable. La foi aveugle ne sera plus nécessaire ; elle sera remplacée par la CONNAISSANCE. Lorsqu'on voit un homme mortel déployer des facultés prodigieuses, se rendre maître des forces de la nature, et entrouvrir aux regards le monde de l'esprit, l'esprit réfléchi est pénétré de la conviction que, si l'Ego spirituel d'un seul homme peut le faire, la puissance de l'ESPRIT-PÈRE doit être relativement aussi grande que l'océan qui surpasse la simple goutte d'eau en volume et en force. Ex nihilo nihil fit ; prouvez l'âme humaine au moyen de ses merveilleux pouvoirs et vous aurez prouvé Dieu ! » – Isis dévoilée, éd. Adyar, I, I, pp. 8 & 9 – Isis Unveiled, original ed., I, p. vi. [retour sommaire]

L’homme est adombré par le Soi Divin — « Vous êtes des dieux »
« L'expression "Vous êtes des dieux" qui, pour nos étudiants de théologie, n'est qu'une simple abstraction, a pour les Cabalistes une signification vitale. Chaque esprit immortel qui déverse son rayonnement sur un être humain, est un dieu – le Microcosme dans le Macrocosme, partie intégrante du Dieu Inconnu, la Cause Première dont il est une émanation directe. Il possède tous les attributs de sa source première, et parmi ceux-ci sont l'omniscience et l'omnipotence. Doué de ces attributs, et pourtant incapable de les manifester pleinement tant qu'il est dans un corps, où ils sont obscurcis, voilés et limités par les capacités de la nature physique, l'homme qui sert de demeure à la Divinité est capable de s'élever au-dessus de ses semblables, de mettre en évidence son savoir divin, et de faire preuve de pouvoirs divins ; car, tandis que le reste des mortels, autour de lui, ne sont qu'adombrés par leur SOI divin avec la possibilité de devenir plus tard immortels, mais sans autre certitude de gagner le royaume des cieux sinon par leurs efforts personnels, l'homme élu est déjà devenu immortel pendant son séjour ici-bas. Sa récompense est assurée. Dorénavant, il vivra pour toujours de la vie éternelle. […]
« Les anciens n'ont jamais entretenu la croyance sacrilège que ces entités perfectionnées étaient des incarnations de l'Un Suprême, du Dieu à jamais invisible. Aucune profanation de ce genre de la Majesté divine n'a fait partie de leurs conceptions. Moïse, ses types et ses anté-types n'étaient, pour eux, que des hommes parfaits, des dieux sur terre, car leurs dieux (leurs esprits divins) étaient descendus dans leurs tabernacles sanctifiés, autrement dit, leurs corps physiques purifiés. »
Isis dévoilée, éd. Adyar, II, pp. 173-174 – Isis Unveiled, original ed., II, p. 153.

« Cette croyance à la préexistence d'une race beaucoup plus spirituelle que celle à laquelle nous appartenons maintenant, peut être suivie en remontant les traditions les plus anciennes de presque chaque peuple. Dans l'ancien manuscrit de Quiché, publié par Brasseur de Bourbourg – le Popol Vuh [Partie III, ii, pp. 199-200] – les premiers hommes sont désignés comme appartenant à une race douée de la raison et de la parole, dont la vue était illimitée, connaissant, d'emblée, toutes choses. D'après Philon le Juif, l'air est rempli d'une multitude d'esprits, dont certains sont affranchis du mal et immortels, d'autres pernicieux et mortels. "Nous descendons des enfants d'EL et nous devons redevenir les enfants d'EL". La déclaration du gnostique anonyme qui a écrit l'Évangile selon saint Jean est claire : "À tous ceux qui L'ont reçu", c'est-à-dire à tous ceux qui pratiquent la doctrine ésotérique de Jésus, Il a donné "le pouvoir de devenir enfants de Dieu" [Jean, 1, 12]. Cette déclaration désigne la même croyance. "Ne savez-vous point que vous êtes des Dieux ?" [Jean, 10, 34] s'écrie le Maître. Platon décrit admirablement dans Le Phèdre, l'état antérieur de l'homme et ce qu'il redeviendra : avant et après la "perte de ses ailes" ; quand "il vivait parmi les dieux et qu'il était lui-même un dieu dans le monde aérien". Depuis les temps les plus reculés, les philosophies religieuses ont envisagé que l'Univers entier était rempli d'êtres divins et spirituels de diverses races. De l'une d'elles, dans le cours des âges, sortit ADAM, l'homme primitif. » – Isis dévoilée, éd. Adyar, p. 58 – Isis Unveiled, original ed., I, p. 2.

« Dès le moment où le premier mystique trouva le moyen de communiquer avec le monde des êtres invisibles, entre la sphère de la matière et celle de l'esprit pur, il conclut qu'abandonner cette science mystérieuse à la profanation des masses, serait la perdre. Son abus pourrait entraîner l'humanité à la destruction rapide ; ce serait laisser jouer des enfants avec des produits explosifs, et leur fournir des allumettes. Le premier adepte autogène n'initia que quelques élus, et garda le silence envers la multitude. Il reconnut son Dieu et sentit que l'Être sublime était au-dedans de lui. L’"Atman", le Soi (1), le puissant Seigneur et Protecteur, du moment que l'homme l'eût connu comme le "Je suis", le "Ego Sum", le "Asmi" [ou "Ahmi"], donne la preuve silencieuse de tout son pouvoir à celui qui était capable de reconnaître la "petite voix silencieuse". Depuis l'époque de l'homme primitif décrit par le premier poète Védique, jusqu'aux temps modernes, il n'y a pas eu un seul philosophe digne de ce nom, qui n'ait porté dans le silencieux sanctuaire de son cœur, la sublime et mystérieuse vérité. S'il était initié, il l'apprit comme une science sacrée ; s'il ne l'était pas, alors, de même que Socrate se répétait à lui-même et à tous ses semblables, la noble injonction : "Homme, connais-toi toi-même", il réussit à reconnaître le Dieu en lui. "Vous êtes des dieux", s'écrie le Roi-Psalmiste, et nous voyons que Jésus rappelle aux Scribes que l'expression "Vous êtes des dieux", s'adressait à d'autres hommes mortels, et qu'il réclamait pour lui le même privilège sans blasphème (Jean, X, 34-35). Et voici que Paul, écho fidèle, tout en affirmant que nous sommes tous "le temple du Dieu vivant" (2ème Épître aux Corinthiens, VI, 16), ajoute prudemment, qu'après tout ces choses n'intéressent que les "sages", et qu'il n'est pas "légitime" d'en parler. […]

(1) Ce "Soi" que les philosophes grecs nommaient Augoeides, le "Brillant", est décrit d'une manière impressionnante et vraiment belle dans le Véda de Max Müller. Démontrant que ce Véda est le premier livre des nations aryennes, le professeur ajoute que "nous y reconnaissons... une période de la vie intellectuelle de l'homme qui n'a pas son pareil dans aucun autre pays du monde entier. Dans les hymnes du Véda nous voyons l'homme abandonné à lui-même pour résoudre l'énigme de ce monde... Il invoque [les dieux autour de lui], il les loue et les adore. Et cependant avec tous ces dieux... au-dessus et au-dessous de lui le poète primitif parait être inquiet en son for intérieur. Là aussi, dans le fond de sa poitrine, il découvre une puissance... qui n'est jamais muette lorsqu'il prie, qui n'est jamais absente lorsqu'il craint et tremble. Elle paraît inspirer ses prières, et cependant les écouter ; elle semble vivre au-dedans de lui et, pourtant, le supporter et tout ce qui l'entoure. Le seul nom qu'il puisse trouver pour cette force mystérieuse est "Brâhman" ; car brâhman voulait dire originellement, force, volonté, désir et le pouvoir propulsif de la création. Mais ce Brâhman impersonnel, aussitôt qu'il est nommé devient quelque chose de grand et de divin. Il finit par devenir un des nombreux dieux, un dieu de la grande triade, qu'on adore jusqu'à ce jour. Et, malgré cela, la pensée au-dedans de lui n'a pas de nom véritable ; ce pouvoir qui n'est rien d'autre que lui-même, qui supporte les dieux, les cieux et chaque chose vivante, flotte devant lui, conçu mais non exprimé. Enfin il lui donne le nom "d'Atman", car Atman qui voulait dire à l'origine le souffle ou l'esprit en vient à signifier le Soi et le Soi seulement ; Le Soi, Divin ou humain ; le Soi, qu'il crée ou qu'il souffre ; le Soi, le un ou le tout ; mais toujours le Soi indépendant et libre. "Qui a vu le premier né, demande le poète, lorsque celui qui n'avait pas d'os (c'est-à-dire de forme) donne naissance à celui qui a des os ? Où était la vie, le sang, le Soi du monde ? Qui le demanda à celui qui le savait" (Rig-Veda, I, 164, 4). Cette notion du Soi divin, une fois exprimée, tout doit reconnaître sa suprématie ; le Soi est le seigneur de toutes choses, le Soi est le Roi de tout. Ainsi que tous les rayons d'une roue sont contenus dans le moyeu et la circonférence, toute chose est contenue dans ce Soi ; tous les sois sont contenus dans ce Soi" (Brihad âranyaka, IV, 5-15, éd. Roer, p. 487). Brahma lui-même n'est autre chose que le Soi (Ibid., p. 478 ; Chândogya-upanishad, VIII, 3, 3-4) ; Chips from a German Workshop, vol. I, p. 69.

« Nous le constatons dans le Codex, de même que dans les Védas, dans l'Avesta ; aussi bien dans l'Abhidarma, les Sânkhya Sûtras de Kapila que dans le Quatrième Évangile. Nous ne pouvons atteindre le "Royaume des Cieux" que si nous nous unissons indissolublement avec notre Rex Lucis, le Seigneur de Splendeur et de Lumière, notre Dieu Immortel. Il faut premièrement conquérir l'immortalité et "prendre le Royaume des Cieux par la force", qui est offert à notre être matériel. "Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second homme est [le Seigneur] venant du ciel... Voici, je vous dis un mystère", dit Paul (I Corinthiens, XV, 47). Dans la religion de Sakya-Muni, que les savants commentateurs se sont plu, dernièrement à représenter comme purement nihiliste, la doctrine de l'immortalité est clairement définie, malgré toutes les notions Européennes ou plutôt Chrétiennes au sujet du Nirvâna. Dans les livres sacrés des Jaïns, de Pattana, Gautama Bouddha mourant est interpellé comme suit : "Monte dans le Nirvi (Nirvâna) de ce corps en décrépitude dans lequel tu as été envoyé. Monte dans ton séjour antérieur, O bienheureux Avatar !" Il nous semble que c'est tout l'opposé du Nihilisme. Si Gautama est invité à réintégrer son "séjour antérieur" et que ce séjour est le Nirvâna, il est donc incontestable que la philosophie Bouddhique n'enseigne nullement l'annihilation finale. De même qu'on prétend que Jésus apparut à ses disciples après sa mort, de même on croit, à ce jour, que Gautama redescend du Nirvana. Et s'il existe là-haut, cet état, n'est donc pas synonyme d'annihilation. […]
« Le Nirvâna signifie la certitude de l'immortalité personnelle dans l'Esprit, et non pas dans l'Âme, laquelle en tant qu'émanation finie, doit certainement désintégrer ses particules, composées de sensations humaines, de passions et du désir d'une existence objective quelconque, avant que l'esprit immortel de l'Ego soit complètement libéré et, désormais, certain de ne plus avoir besoin de recourir à une autre transfiguration sous quelque forme que ce soit. Et comment l'homme atteindrait-il cet état tant que l'Upâdâna, ce désir de vivre, de vivre toujours, n'a pas été effacé de l'être sensible, de l'Ahamkara tout revêtu qu'il est cependant d'un corps sublimé ? C'est "l'Upâdâna", ou le désir intense qui produit la VOLONTÉ, et c'est la volonté qui développe la force, et celle-ci donne naissance à la matière, ou l'objet ayant une forme. C'est ainsi que l'Ego désincarné, mû par ce désir immortel en lui, fournit inconsciemment les conditions de ses procréations successives dans des formes variées qui dépendront de son état mental et de son Karma, les bonnes et mauvaises actions de son existence antérieure, nommées généralement "mérites et démérites". Voilà pourquoi le "Maître" recommandait à ses mendiants de cultiver les quatre degrés de Dhyâna, le noble "Sentier des Quatre Vérités", c'est-à-dire l'acquisition graduelle de l'indifférence stoïque soit pour la vie soit pour la mort ; cet état d'auto-contemplation spirituelle pendant lequel l'homme perd complètement de vue sa double individualité physique, composée d'âme et de corps ; et par l'union avec son troisième soi supérieur et immortel, l'homme réel et céleste, se confond, pour ainsi dire, avec l'Essence Divine, d'où son propre esprit procède comme une étincelle du foyer commun. » – Isis dévoilée, éd. Adyar, II, pp. 355-359 – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 317-320. [retour sommaire]

Une conviction commune à tout le genre humain
« Depuis l'Antiquité la plus reculée le genre humain, pris dans son ensemble, a toujours été convaincu de l'existence d'une entité spirituelle et personnelle dans l'homme physique personnel. Cette entité intérieure était plus ou moins divine suivant son degré de proximité avec la couronne. Plus cette union était intime, plus la destinée de l'homme était sereine, et moins les conditions extérieures étaient dangereuses. Une telle croyance n'est ni de la bigoterie ni de la superstition, mais un sentiment instinctif toujours présent de la proximité d'un autre monde spirituel et invisible, qui, bien que subjectif pour les sens de l'homme extérieur, est parfaitement objectif pour l'ego intérieur. De plus, ces hommes de l'Antiquité croyaient qu'il y avait des conditions extérieures et des conditions intérieures qui pouvaient influencer la détermination de notre volonté sur nos actions. Ils rejetaient le fatalisme, car le fatalisme suppose l'action aveugle de quelque pouvoir plus aveugle encore. Mais ils croyaient à la destinée ou karma que, de sa naissance à sa mort, tout homme tisse fil par fil autour de lui-même, ainsi qu'une araignée sa toile ; et, pour eux, cette destinée était guidée par cette présence que certains appellent l'ange gardien, ou au contraire, par l'homme intérieur astral qui nous est plus familier, mais qui n'est que trop souvent le mauvais génie de l'homme de chair, la personnalité. Ces deux réalités mènent l'HOMME, mais l'une d'elle doit nécessairement l'emporter ; et dès le commencement même de la lutte invisible, la loi de compensation et de rétribution, sévère et implacable, entre en jeu et accomplit son œuvre en suivant avec vigilance les péripéties du combat. Quand le dernier fil est tissé, et que l'homme paraît comme enveloppé dans le filet qu'il a lui-même ourdi, il se trouve alors complètement sous l'empire de cette destinée qu'il a lui-même créée. Celle-ci l'immobilise alors comme le coquillage inerte au rocher immuable, ou l'emporte comme une plume, dans un tourbillon que ses propres actions ont soulevé. » – Isis dévoilée, (Isis Unveiled, éd. originale II, p. 593, traduction Textes Théosophiques) [retour sommaire]

L’initié connaît le mystère du Soi Supérieur
« Les visions les plus sublimes et les plus véridiques sont obtenues, non pas par des extatiques naturels ou des "médiums", comme on l'affirme à tort quelquefois, mais au moyen d'une discipline régulière d'initiations graduées et du développement des pouvoirs psychiques. Les Mystes [initiés] étaient mis en contact intime avec ceux que Proclus nomme des "natures mystiques", des "dieux resplendissants", parce que, ainsi que le dit Platon, "nous étions nous-mêmes purs et immaculés, ayant été délivrés de ce vêtement qui nous entoure et qu'on nomme le corps, auquel nous sommes liés comme l'huître à sa coquille" (Le Phèdre, p. 64).
« C’est ainsi que, dans l'Inde antique, la doctrine des Pitris planétaires et terrestres n'était entièrement révélée, ainsi que c'est encore le cas de nos jours, qu'au dernier moment de l'initiation et seulement aux adeptes des degrés supérieurs. Nombreux sont les fakirs qui, bien que purs, loyaux et dévoués, n'ont jamais encore vu la forme astrale d'un pur pitar humain (un ancêtre ou père) autrement qu'au moment solennel de leur première et dernière initiation. C'est en présence de son instructeur, le Gourou, et juste avant que le Vatou-Fakir soit envoyé dans le monde des vivants avec sa baguette de bambou à sept nœuds pour toute protection, qu'il est mis, soudain, face à face avec la PRÉSENCE inconnue. Il la voit, et se prosterne aux pieds de la forme qui s'évanouit devant lui ; mais on ne lui confie point le grand secret de son évocation ; car c'est le mystère suprême de la syllabe sainte. Le AUM renferme l'évocation de la triade Védique, la Trimoûrti de Brahma, Vichnou, Shiva, suivant les Orientalistes (1) ; elle renferme, à notre avis, l'évocation de quelque chose de plus réel et de plus objectif que cette trinité abstraite – contredisant en cela, avec tout le respect qui leur est dû, nos éminents hommes de science. C'est la trinité de l'homme, lui-même, en voie de devenir immortel par l'union solennelle de son triple SOI intime – le corps grossier, extérieur, l'enveloppe n'étant même pas prise en considération dans cette trinité humaine (2). C'est lorsque cette trinité, anticipant sur la réunion triomphante au-delà des portes de la mort corporelle, devient pendant quelques secondes une UNITÉ, que le candidat est autorisé, au moment de l'initiation, à contempler son soi futur. C'est ainsi que nous devons l'interpréter dans le Desatir persan, en parlant du "Resplendissant" ; chez les philosophes-initiés grecs avec l'Augoeides – la "divine vision dont le siège est la lumière pure" lumineuse par elle-même ; et dans Porphyre  lorsqu'il dit que Plotin fut réuni à son "dieu" six fois durant sa vie ; et ainsi de suite. »
« (1) Le Bouddha suprême est invoqué avec deux de ses acolytes de la triade théiste, Dharma et Sangha. […]
« (2) Le corps humain, son vêtement de peau est, par lui-même une masse inerte de matière ; seul, le corps vivant et sensible, au-dedans de l'homme doit être considéré comme son véritable corps, et c'est celui-là qui, avec l'âme-source ou corps astral pur, en contact direct avec l'esprit immortel, constitue la trinité humaine. » [retour sommaire]
Isis dévoilée, II, pp. 131-132 – Ed. Adyar – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 113-115.

Le Soi spirituel (Atman) : Dieu Unique et Suprême – L’âme non enchaînée au corps
« Ce secret des secrets, que l'âme n'est pas enchaînée à la chair, était pratiquement démontré par les exemples des Yogis, les disciples de Kapila. Ayant libéré leurs âmes des liens de Prakriti [Matière], ou de Mahat [le Mental] (la perception physique des sens et de l'esprit – en un sens la création) ils développaient leur puissance d'âme et la force de leur volonté au point d'avoir acquis le pouvoir, sur cette terre, de communiquer avec les mondes supérieurs, et de pratiquer ce qu'on nomme communément des "miracles" (1). Les hommes dont l'esprit astral a atteint sur cette terre nehreyasa, ou moukti, sont des demi-dieux ; ils atteignent Moksha ou Nirvâna en l'état d'esprits désincarnés, et cela constitue leur seconde naissance spirituelle ».
(1) Voilà pourquoi Jésus recommande la prière dans la solitude de sa chambre. La prière secrète n'est rien d'autre que la paravidya du philosophe védantin : "Celui qui connaît son âme (son soi intérieur) se retire journellement dans la région de Swarga (le royaume céleste) dans son propre cœur", dit la Brihad-Arangaka. Le philosophe Védantin reconnaît l'Atman, le soi spirituel, comme le Dieu unique et Suprême.
Isis dévoilée, II, pp. 240-241 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 565-566. [retour sommaire]

Le Soi intérieur et karma
« Ce fut encore la philosophie de Siddhartha-Bouddha que Pythagore enseignait, lorsqu'il disait que l'ego (νου̃ς) est éternel avec Dieu, et que l'âme traverse seulement différentes conditions (les Rupa-lokas hindous) afin d'atteindre la perfection divine ; cependant que le thumos retourne à la terre, et que même le phrên est éliminé. C'est ainsi que sa métempsychose n'est qu'une succession de disciplines à travers les refuges célestes (appelés par les Bouddhistes Zion) (1), pour se débarrasser du mental extérieur, et délivrer le nous du phrên, ou âme, le "Winyanaskanda" bouddhique, ce principe qui vit du Karma et des Skandas (groupes). C'est ce dernier, la personnification métaphysique des "actions" de l'homme, bonnes ou mauvaises, qui, après la mort de son corps, s'incarne, pour ainsi dire, et façonne ses nombreux composés invisibles et immortels en un corps nouveau, ou plutôt en un être éthéré, le double de ce que l'homme était moralement. C'est le corps astral des cabalistes et les "actions incarnées" qui forment le nouvel être conscient car son Ahamkara (l'ego, la soi-conscience) qui lui a été octroyé par le souverain Maître (le Souffle de Dieu) ne périt jamais, étant immortel per se en tant qu'esprit ; de là les souffrances du soi nouveau-né, jusqu'à ce qu'il se soit libéré de toute pensée terrestre, de tout désir et de toute passion. »
(1) C'est du Zion le plus élevé que viendra Maïtreya-Bouddha, le Sauveur à venir, en descendant sur la terre ; et c'est également de Sion que viendra le Libérateur Chrétien (Voyez l'Épître de saint Paul aux Romains, XI, 26).
Isis dévoilée, II, p. 321 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 286-287. [retour sommaire]

Le SOI : une même tradition mystique
« Si nous étudions la question sans parti pris, nous reconnaîtrons aisément que l'éthique de Gautama-Bouddha, de Platon, d'Apollonius, de Jésus, d'Ammonius Saccas et de ses disciples, était basée sur la même philosophie mystique. Tous adoraient un seul Dieu, qu'ils L'aient considéré comme le "Père" de l'humanité, qui vit dans l'homme, comme l'homme en Lui, ou comme le Principe Créateur Incompréhensible ; tous vécurent des vies saintes. Ammonius, parlant de sa philosophie, enseignait que leur école datait du temps d'Hermès, qui tenait sa sagesse de l'Inde. C'était, en tout, la même contemplation mystique que celle du Yogi ; la communion du Brahmane avec son Soi lumineux – "l'Atman". Et ce terme hindou est cabalistique par excellence. Qu'est-ce que le "Soi" ? demande le Rig Véda ; "Le Soi est le Seigneur de toute chose... toute chose est contenue en ce Soi ; tous les Soi sont contenus dans ce Soi. Brahmân, lui-même, n'est autre chose que le Soi" (1), est la réponse. Idrah Rabbah nous dit : "Toutes choses sont Lui-même, et Lui-même est caché de tous côtés (2)." "L'Adam Kadmon des cabalistes contient en lui-même toutes les âmes des Israélites et il est lui-même dans chaque âme", dit le Zohar (3). Les principes fondamentaux de l'École Éclectique étaient par conséquent identiques aux doctrines des Yogis, les mystiques hindous, et du Bouddhisme primitif des disciples de Gautama. Et lorsque Jésus affirme à ses disciples que "l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir parce qu'il ne Le voit point et ne Le connaît point", demeure avec eux et en eux, qui "sont en Lui et Lui en eux" (4), il ne fait qu'enseigner la même doctrine que nous reconnaissons dans toute philosophie qui mérite ce nom.
(1) Chandogya-Upanishad, VIII, 3, 4 ; Max Müller, Veda.
(2) Idrah Rabbah, § 171.
(3) Introd. Zohar, pp. 305-312.
(4) Jean, 19,17.
Isis dévoilée, II, I, pp. 382-383 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 342-343. [retour sommaire]

Une dualité humaine : conscience et raison
« La raison, qui met l'homme à même de maintenir sa suprématie sur les animaux inférieurs, et de soumettre la nature à ses besoins, est chez lui alliée à la partie physique de son être ; et c'est à sa partie spirituelle qu'est alliée la conscience, qui lui sert de guide infaillible au milieu des entraînements des sens ; car la conscience est cette perception instantanée, qui permet de discerner le mal du bien, et qui ne peut être exercée que par l'esprit, lequel étant partie de la Sagesse et de la Pureté Divines, est absolument sage et pur lui-même. Ses injonctions sont indépendantes de la raison, et ne peuvent se traduire en manifestations claires et nettes, que lorsqu'il n'est pas empêché par les attractions inférieures de notre double nature. » – Isis dévoilée, I, II, p. 19 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., I, p. 305. [retour sommaire]

La clairvoyance spirituelle
« Il y a deux espèces de clairvoyance – celle de l'âme et celle de l'esprit. La clairvoyance des anciennes pythonisses, ou celle du sujet moderne magnétisé, ne différent que par les moyens artificiels employés pour provoquer la clairvoyance. Mais, comme les visions de chacun dépendent de la plus ou moins grande sensibilité des sens de leur corps astral, elles diffèrent beaucoup de la condition parfaite et omnisciente spirituelle ; car, le sujet ne perçoit, au mieux, que des lueurs de la vérité, à travers le voile interposé par la nature physique. Le principe astral, que les Yogis hindous appellent jîvâtmâ, est l'âme sensible, inséparable de notre cerveau physique, qu'elle tient en sujétion, et qui, de son côté, lui sert aussi d'entrave. C'est l'ego, le principe vital intellectuel de l'homme, son entité consciente. Pendant qu'il est encore dans le corps matériel, la clarté et la correction de ses visions spirituelles dépendent de sa relation plus ou moins intime avec son Principe supérieur. Lorsque cette relation est telle, qu'elle permet aux parties les plus éthérées de son âme essentielle d'agir indépendamment de ses particules plus grossières et de son cerveau, il comprend infailliblement ce qu'il voit ; ce n'est qu'à ce moment qu'il devient l'âme pure, rationnelle et super-consciente. Cet état est connu en Inde sous le nom de Samâddi ; c'est la condition spirituelle la plus élevée qu'il soit donné à l'homme d'atteindre sur terre. Les fakirs cherchent à se mettre en cet état en retenant leur respiration pendant des heures entières au cours de leurs exercices religieux, et ils donnent à cette pratique le nom de dama-sadhâna. Les termes hindous Prânâyâma, Pratydhâra, et Dhâranâ ont tous rapport aux différents états psychologiques, et montrent jusqu'à quel point le sanscrit, et même la langue moderne hindoue se prêtent mieux à l'élucidation claire des phénomènes pour ceux qui étudient cette branche de la science psychologique, que les langues des peuples modernes dont les expériences n'ont pas encore amené l'invention de termes descriptifs spéciaux.
« Lorsque le corps est en état de dhâranâ – la catalepsie totale du corps physique – l'âme du clairvoyant peut se libérer et perçoit alors les choses subjectivement. Néanmoins, comme le principe conscient du cerveau reste toujours vivant et actif, ces images du passé, du présent et du futur, seront teintées de ses perceptions terrestres du monde objectif ; la mémoire physique et l'imagination viennent entraver la vision claire et nette. Mais l'adepte voyant sait comment s'y prendre pour arrêter l'action mécanique du cerveau : ses visions seront aussi nettes que la vérité elle-même, sans couleur, sans déformation, tandis que le clairvoyant, incapable d'exercer un contrôle sur les vibrations des ondes astrales, ne percevra au moyen de son cerveau que des images plus ou moins brisées. Le voyant n'est jamais exposé à prendre des ombres passagères pour des réalités, car sa mémoire étant aussi complètement assujettie à sa volonté que le reste de son corps, il reçoit les impressions directement de son esprit. Entre son soi objectif et son soi subjectif il n'y a pas d'intermédiaires gênants. C'est la véritable voyance spirituelle dans laquelle, suivant l'expression de Platon, l'âme s'élève au-dessus de tout bien inférieur. Nous atteignons alors "ce qui est suprême, ce qui est simple, pur inchangeable, sans forme, sans couleur ou sans qualités humaines : le Dieu – notre Nous."
« C'est cet état que des voyants tels que Plotin et Apollonius appelaient "l'Union avec la Divinité" ; que les anciens Yogis nommaient Isvara (1) et les modernes "Samâddi" ; mais cet état est autant au-dessus de la clairvoyance moderne que les étoiles sont au-dessus des vers-luisants. Plotin, le fait est bien connu, fut toute sa vie durant un clairvoyant ; et cependant il n'avait été réuni à son Dieu que six fois pendant les soixante-six ans de son existence, ainsi qu'il le confessa lui-même, à Porphyre.
(1) Dans son sens général Isvara signifie "Seigneur" ; mais l'Isvara des philosophes mystiques de l'Inde veut dire précisément l'union et la communion de l'homme avec la Divinité des mystiques grecs. Isvara-Prasada veut dire littéralement en sanscrit grâce. Les deux "Mimansas" traitant des questions les plus abstraites, donnent l'explication de Karma comme le mérite, ou l'efficacité des œuvres ; Isvara-Prasada, comme la grâce ; et Shraddha, comme la foi. Les "Mimansas" sont l'ouvrage des deux plus célèbres théologiens de l'Inde. Le "Pourva-Mimansa" fut écrit par le philosophe Djeminy, et le "Outtara-Mimansa" (ou Vedanta) par Krichna Dvipayna-Vyasa, qui réunit ensemble les quatre "Védas". (Voyez Sir William Jones, Colebrooke et autres). »
Isis dévoilée, II, II, pp. 267-268 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., II, pp. 590-591. [retour sommaire]

La manifestation inconsciente du Soi
« Les prophéties sont faites de deux manières – consciemment par des magiciens capables de lire dans la lumière astrale ; ou inconsciemment, par ceux qui agissent par ce qu'on nomme inspiration. C'est à cette dernière catégorie qu'appartiennent les prophètes Bibliques et les modernes voyants entransés. Platon était si familier avec ce fait, qu'il dit de ces prophètes : "Personne dans la jouissance de ses sens n'arrive à la vérité prophétique et à l'inspiration… sauf dans un état de démence à la suite de maladie ou de possession…" (par quelque daïmon ou esprit) [Platon, Timée, II, p. 563]. "Quelques personnes les appellent prophètes ; elles ignorent que ce ne sont que des portes voix… et qu'ils ne doivent point être qualifiés de prophètes, mais seulement de transmetteurs de visions et de prophéties", ajoute-t-il. »
Isis dévoilée, I, I, p. 275 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., I, pp. 200-1.

« Heureux sont ceux qui, purs de cœur, repoussent inconsciemment les sombres esprits du mal grâce à cette pureté de leur nature intérieure. » – Isis dévoilée, I, I, p. 228 – Éd. Adyar – Isis Unveiled, original ed., I, pp. 488.

« Pour les Arhats [les Sages] le mot de jiva [la Vie ; la Monade ou la duade Atma-Buddhi] ne peut s’appliquer au Septième Principe, car ce n’est qu’à travers ses corrélations et son contact avec la matière que Fohat (l’énergie active dans le Bouddhisme) peut développer la vie consciente, et à la question “Comment l’Inconscient peut-il engendrer la conscience ?” La réponse est : “Est-ce la graine qui a engendré un Bacon ou un Newton soi-conscient ?” – H.P. Blavatsky article “The Sevenfold Principle in Man”, Collected Writings, III, p. 423. [retour sommaire]

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Note : « La réincarnation – La loi d’évolution – Quelques axiomes – Les Maîtres de Sagesse gardien des Vérités fondamentales éternelles ».

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La réincarnation et le progrèsLa loi d'évolution s'inscrit dans la même logique Citation de quelques axiomesLes Maîtres de Sagesse gardiens de la Vérité fondamentale éternelle


La réincarnation et le progrès

La réincarnation et le « cycle de nécessité – Le progrès de l’homme vers la perfection : « Cette philosophie enseigne que la nature ne laisse jamais son œuvre inachevée ; si elle échoue la première fois, elle recommence. Lorsqu'elle évolue en embryon humain, son intention est que l'homme devienne parfait physiquement, intellectuellement et spirituellement. Son corps doit croître, s'user et périr ; son mental se développer, mûrir et s'équilibrer harmonieusement ; son esprit divin enfin illuminer et se confondre doucement avec l'homme intérieur. Aucun être humain ne complète son grand cycle ou son "cycle de nécessité" tant que tout n'est point réalisé. De même que les traînards, dans une course, luttent et se fatiguent dans la première partie de la course, tandis que les vainqueurs atteignent le but, de même, dans la course de l'immortalité, quelques âmes dépassent en vitesse toutes les autres et atteignent le but, tandis que des myriades de compétiteurs luttent sous le fardeau de la matière, non loin du point de départ. Quelques infortunés abandonnent et perdent toute chance de gagner le prix, d'autres enfin reviennent sur leurs pas et recommencent. La transmigration et la réincarnation sont ce que les Hindous redoutent par-dessus tout ; mais cela seulement dans d'autres planètes inférieures, jamais dans celle-ci. Il y a toutefois un moyen de l'éviter, et le Bouddha l'indique dans sa doctrine de pauvreté, la domination restrictive des sens, la parfaite indifférence pour les choses de cette terrestre vallée de larmes, le dégagement de toute passion, et les fréquents rapports avec l'Atma, la contemplation spirituelle. La cause de la réincarnation est l'ignorance de nos sens, et l'idée que, dans ce monde il y ait quelque chose de réel, autre chose qu'une existence abstraite. [...]
« Ainsi comme dans les révolutions d'une roue, les morts et les naissances se succèdent en succession régulière, dont la cause morale est l'attachement aux choses existantes, tandis que la cause instrumentale est le Karma (la puissance qui régit l'univers en lui imprimant l'activité, le mérite et le démérite). L'ardent désir de tous les êtres qui voudraient être débarrassés du souci des naissances successives est donc de trouver le moyen de détruire la cause morale... cet attachement funeste aux choses existantes ou les mauvaises aspirations... Ceux qui ont détruit en eux tous mauvais penchants, sont nommés les Arhats [les adeptes, ou rahats ; voir. Eastern monachism, p. 6]. L'affranchissement des mauvais désirs assure la possession d'un pouvoir miraculeux. A sa mort, l'Arhat ne se réincarne jamais ; il arrive invariablement au Nirvana, expression entre parenthèse mal comprise et faussement interprétée par les chrétiens, aussi bien que par les commentateurs sceptiques. Nirvana est le monde des causes, dans lequel tous les effets trompeurs ou les illusions de nos sens disparaissent. Le Nirvana est la sphère la plus élevée qu'on puisse  atteindre. [...] » – Isis dévoilée, éd. Adyar, I, II, pp. 64/65 – Isis Unveiled, I, pp. 345/6.

Une doctrine enseignée par Jésus et les Pythagoriciens : « Jésus prêcha toutes ces vertus ; et si nous devons accepter les Évangiles comme l'étalon de la vérité, le Christ était partisan de la métempsycose ou de la réincarnation, ainsi que l'étaient ces mêmes Esséniens qui, par leurs doctrines et leurs coutumes, étaient des Pythagoriciens. » – Isis dévoilée, éd. Adyar, II, I, pp. 165 – Isis Unveiled, II, p. 145.

Pas de réincarnation de la monade astrale (la personnalité ou l’âme inférieure) : « Mettons maintenant devant nos lecteurs quelques fragments de cette doctrine mystérieuse de la réincarnation, si distincte de la métempsycose, que nous tenons d'une autorité en la matière. La réincarnation, c'est-à-dire, l'apparition du même individu, ou plutôt de sa monade astrale [ou personnalité] deux fois sur la même planète [c.-à-d. une même réincarnation] n'est point de règle dans la nature ; c'est une exception, comme le phénomène tératologique d'un enfant à deux têtes. Elle est précédée d'une violation des lois de l'harmonie de la nature, et elle n'arrive que lorsque celle-ci, cherchant à rétablir son équilibre rompu, rejette violemment dans la vie terrestre la monade astrale, qui a été lancée hors du cercle de nécessité, par un crime ou un accident. Ainsi, en cas d'avortement et d'enfants morts avant un certain âge, et dans ceux d'idiotisme constitutionnel et incurable, le dessein originaire de la nature de produire un être humain parfait a été interrompu. C'est pourquoi tandis que la matière grossière de chacune de ces diverses entités se désagrège dans la mort, et se perd dans le vaste domaine de l'être, l'esprit immortel et la monade astrale de l'individu, cette dernière mise en réserve pour animer un autre corps, et l'esprit pour projeter sa divine lumière sur l'organisation corporelle, devront essayer une seconde fois de réaliser le but de l'intelligence créatrice. » – Isis dévoilée, éd. Adyar, I, II, p. 70 – Isis Unveiled, I, p. 351.

Réincarnation et Nirvana : « Demandez à un Bouddhiste intelligent ce qu'il pense du Nirvâna, et il répondra incontestablement comme le fit Wong-Chin-Eou, l'orateur chinois bien connu voyageant aujourd'hui en Amérique, dans une conversation qu'il eut avec nous sur le sujet de Niepang (Nirvâna). "Cet état", nous dit-il "nous le comprenons tous comme la réunion avec Dieu, coïncidant avec la perfection de l'esprit humain, par son dégagement ultime de la matière. C'est tout l'opposé de l'annihilation personnelle."
« Le Nirvâna signifie la certitude de l'immortalité personnelle dans l'Esprit, et non pas dans l'Ame, laquelle en tant qu'émanation finie, doit certainement désintégrer ses particules, composées de sensations humaines, de passions et du désir d'une existence objective quelconque, avant que l'esprit immortel de l'Ego soit complètement libéré et, désormais, certain de ne plus avoir besoin de recourir à une autre transfiguration sous quelque forme que ce soit. Et comment l'homme atteindrait-il cet état tant que l'Upâdâna, ce désir de vivre, de vivre toujours, n'a pas été effacé de l'être sensible, de l'Ahamkara [la conscience illusoire du « Je »] tout revêtu qu'il est d'un corps sublimé ? C'est "l'Upâdâna", ou le désir intense qui produit la VOLONTÉ, et c'est la volonté qui développe la force, et celle-ci donne naissance à la matière, ou l'objet ayant une forme. C'est ainsi que l'Ego désincarné, mû par ce désir immortel en lui, fournit inconsciemment les conditions de ses procréations successives dans des formes variées qui dépendront de son état mental et de son Karma, les bonnes et mauvaises actions de son existence antérieure, nommées généralement "mérites et démérites". Voilà pourquoi le "Maître" recommandait à ses mendiants de cultiver les quatre degrés de Dhyâna, le noble "Sentier des Quatre Vérités", c'est-à-dire l'acquisition graduelle de l'indifférence stoïque soit pour la vie soit pour la mort ; cet état d'auto-contemplation spirituelle pendant lequel l'homme perd complètement de vue sa double individualité physique, composée d'âme et de corps ; et par l'union avec son troisième soi supérieur et immortel, l'homme réel et céleste, se confond, pour ainsi dire, avec l'Essence Divine, d'où son propre esprit procède comme une étincelle du foyer commun. De cette manière l'Arhat, le saint mendiant peut atteindre le Nirvâna pendant qu'il est encore sur terre ; et son esprit, complètement libéré des entraves de la "sagesse psychique terrestre et diabolique", ainsi que le nomme saint Jacques, et étant de par sa propre nature omniscient et omnipotent, il peut sur cette terre, par la seule puissance de sa pensée produire les plus grands phénomènes. » – Isis dévoilée, éd. Adyar, II, I, pp. 358/9 – Isis Unveiled, II, p. 320. [retour sommaire]

La loi d’évolution s'inscrit dans la même logique

« De même que l'homme, et tout autre être qui l'habite, notre planète a son évolution spirituelle et physique. Né d'une pensée idéale impalpable, dans la Volonté créatrice de Celui dont nous ne savons rien, et que nous ne faisons que faiblement concevoir dans notre imagination, ce globe devint fluide et semi spirituel, puis se condensant de plus en plus jusqu'à ce que son développement physique – la matière, démon tentateur – l'ait obligé à essayer ses propres facultés créatrices. La Matière lança un défi à l'ESPRIT, et la terre eut, aussi, sa "chute". La malédiction allégorique dont elle souffre n'est due qu'à ce qu'elle procrée au lieu de créer. Notre planète physique n'est qu'une servante ou plutôt, une bonne à tout faire, de l'esprit son maître. "Maudit soit le sol... il portera des épines et des chardons", fait-on dire aux Elohim. "Tu enfanteras dans la douleur." Les Elohim le disent aussi bien au sol qu'à la femme. Et cette malédiction durera jusqu'à ce que la plus petite particule sur la terre ait vécu sa vie, jusqu'à ce que chaque grain de poussière soit devenu, par transformation graduelle en évoluant, la partie constituante d'une "âme vivante", et jusqu'à ce que celle-ci remonte le long de l'arc cyclique, pour se dresser finalement – son propre Métatron ou Esprit Rédempteur – au pied de l'échelon supérieur des mondes spirituels, comme il l'était à la première heure de son émanation. Au-delà, c'est le grand "Abîme" – le MYSTÈRE !
« Rappelons-nous que toute cosmogonie a une trinité d'artisans qui y travaillent – Le Père, esprit ; la Mère, nature ou la matière ; et l'univers manifesté, Fils, ou résultat des deux. L'univers, de même que chaque planète qui le compose, passe par quatre âges, comme l'homme lui-même. Tous ont leur enfance, leur jeunesse, leur maturité et leur vieillesse, et ces quatre, ajoutés aux trois autres, composent encore une fois le sept sacré.
« Les chapitres d'introduction de la Genèse n'ont jamais voulu présenter même une lointaine allégorie de la création de notre terre. Ils embrassent (Ch. 1er) l'idée métaphysique d'une période indéfinie de l'éternité, dans laquelle des efforts successifs furent faits par la loi de l'évolution, pour former des univers. Cette notion est clairement présentée dans le Zohar : "Il existait d'anciens mondes qui périrent aussitôt venus à l'existence ; ils n'avaient pas de forme et on les appelait des étincelles. De même le forgeron, en battant le fer, fait voler les étincelles dans tous les sens Les étincelles sont les mondes primordiaux qui ne purent continuer leur existence parce que l'Ancien vénérable (Séphira) n'avait pas encore revêtu sa forme (de sexes opposés ou androgyne) du roi et de la reine (Séphira et Kadmon) et que le Maître ne s'était pas encore mis à l'œuvre [Idra Suta : Zohar, III, p. 292 b]." » – Isis dévoilée, éd Adyar, Vol. II, II, pp. 86-87 – Isis Unveiled, II, pp. 420-1. [retour sommaire]

Citation de quelques axiomes

Quelques axiomes tirés d’Isis dévoilée (éd . Adyar) :
• Spinoza et Bruno furent tous deux amenés à conclure qu'il faut chercher Dieu dans la nature et non pas en dehors.
• Rappelez-vous l'axiome hermétique : « En bas comme en haut ; dans le ciel comme sur la terre ».
La nature humaine est comme la nature universelle dans son horreur du vide.
• la doctrine est contenue dans l'axiome cabalistique : « Une pierre devient une plante ; une plante devient un animal ; un animal devient un homme ; un homme un esprit et l'esprit, dieu. »
• L'homme est un microcosme ou un monde en miniature ; il porte en lui un fragment du grand Tout, dans un état chaotique.
• Un ancien adage : « Éteignez le soleil, et les étoiles brilleront ».
• Les semblables s'attirent.
• « On connaît l'arbre à ses fruits ».
• « Il n'y a qu'une lumière et qu'une obscurité », dit un proverbe Siamois. Dœmon est Deus inversus, le diable est l'ombre de Dieu, dit l'axiome cabalistique universel.
• Aux rares esprits élevés qui interrogent la nature, au lieu de prescrire des lois pour la régler ; qui ne limitent pas ses possibilités à l'imperfection de leurs propres forces ; et qui ne refusent de croire, que parce qu'ils ne savent pas, nous rappellerons cet apophtegme de Narada, l'ancien philosophe hindou : « Ne dis jamais : "Je ne sais pas ceci, par conséquent c'est faux". "Il faut étudier pour savoir, savoir pour comprendre, comprendre pour juger" ».
• « Les dogmes religieux ne servent qu'à obscurcir l'intelligence de l'homme... Le culte des Divinités, sous l'allégorie desquelles se cache le respect des lois naturelles, éloigne la vérité au profit des plus basses superstitions. » - (Vyasa-Maya) .
• Ainsi que le disent fort justement les cabalistes : « La Mort n'existe pas, et l'homme ne passe jamais au dehors de la vie universelle. Ceux que nous croyons morts vivent encore au dedans de nous, comme nous vivons en eux... Plus on vit pour ses semblables, moins on doit craindre la mort ». Et nous pourrions ajouter, que celui qui vit pour l'humanité, fait plus pour elle que celui qui meurt pour elle.
• « Oser, savoir, vouloir et se taire », sont les axiomes cardinaux du cabaliste.
• « L’alchimiste arabe Abipili, dit : "Je t'avertis, qui que tu sois, qui désires te plonger dans les parties les plus profondes de la nature ; si ce que tu cherches tu ne le trouves pas au-dedans de toi, tu ne le trouveras jamais au dehors. Si tu ne connais pas l'excellence de ta propre maison, pourquoi chercher l'excellence d'autres choses ?... HOMME, CONNAIS-TOI, TOI-MÊME, EN TOI EST CACHÉ LE TRÉSOR DES TRÉSORS." » [retour sommaire]

Les Maîtres des Sagesse gardiens de la Vérité fondamentales éternelle

« [Les Maîtres initiés] ne se font connaître qu'à ceux qui ont consacré leur existence à l'étude désintéressée de la vérité, à ceux qui ne retourneront probablement pas en arrière. »
« Dès les premières époques de l'humanité, les vérités fondamentales de tout ce qu'il nous est donné de connaître sur la terre, furent soigneusement confiées à la garde des adeptes du sanctuaire. La différence des croyances et des pratiques religieuses était purement extérieure. Ces gardiens de la révélation divine primitive qui avait résolu tous les problèmes accessibles à l'intelligence humaine, étaient liés entre eux par une franc-maçonnerie universelle de science et de philosophie : ils formaient une chaîne ininterrompue autour du globe. C'est à la philologie et à la physiologie de trouver l'extrémité du fil. Alors, on verra que l'écheveau du mystère peut être débrouillé si l'on dégage une seule boucle des systèmes religieux antiques. » – Isis dévoilée, éd Adyar, Vol. I, I, pp. 74, 96 – Isis Unveiled, I, p. 17, 37/8.

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Pensées sur le Nouvel An et les faux nez

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1890, salut !
« Annum novum faustum felicemque tibi ! »

Telle fut la phrase sacramentelle dans la bouche de tout gentil, grand ou petit, riche ou pauvre, pendant la journée du 1er janvier, des siècles avant l'ère chrétienne ; telle nous l'entendons encore aujourd'hui, surtout à Paris. Ce souhait mutuel s'échangeait au susdit jour dans toute l'étendue de l'Empire romain. Il réveillait les échos du palais des Césars, égayait le pauvre taudis de l'esclave, et montait aux nuages dans les vastes galeries ouvertes du Colisée, au Capitole et au Forum, partout sous le ciel bleu de Rome. Ce jour-là, tout le monde s'affublait, en l'honneur de Janus, à la double face, d'un faux nez plus ou moins saillant, de bonté, de franche cordialité et de sincérité.

« Que la nouvelle Année vous apporte bonheur et prospérité ! », disons-nous à chacun de nos lecteurs ! « Qu'elle vous soit légère », disons-nous à nos ennemis et détracteurs. Frères ! – disons-nous à tous les théosophes dans toutes les parties du monde – Frères, débarrassons-nous, pour ce jour, du moins, de nos faux nez respectifs, pour nous souhaiter réciproquement santé et succès, et, surtout, un peu plus d'entente cordiale que pendant l'année 1889, heureusement décédée.

Cependant, que nous répétions la vieille formule latine d'une manière ou d'une autre, en français ou en anglais, ce ne sera toujours qu'une variation sur l'ancienne phrase païenne. Car le nouvel an, ainsi que toute autre fête n'est qu'un legs fait aux peuples chrétiens par les adorateurs des dieux de l'Olympe. Echangeons donc souhaits et étrennes, mais ne soyons pas ingrats, théosophes. N'oublions pas que nous tenons ces coutumes du paganisme ; et que félicitations et étrennes nous viennent de la même source.

En effet, les étrennes ne sont que les strenœ, les présents échangés par les Latins au 1er janvier, le jour qui ouvrait le nouvel an (Note : Janus = la « porte » ou une entrée quelconque ; la porte qui ouvre l'année). Comme tout le monde sait – ou ne sait pas, ce qui m'est bien égal – ce jour était consacré à Janus, lequel donna son nom au mois de Januarius ou janvier, et même au saint de ce nom, patron de Naples et de ses lazaroni. Mais cet aimable saint n'est, après tout, qu'un des faux nez du dieu Bifrons. Le vieux païen s'appelait, dans sa première jeunesse, Dians, de son nom védique, le beau dieu du jour et de la lumière. Après avoir émigré en Thessalie, et de là en Italie, ou il s'établit sur le Tibre dans son petit hameau du Janiculum, il fit latiniser son nom et devint Dianus, dieu de la lumière (d'où Diane). Ses faux nez furent nombreux, et l'histoire n'en sait plus le nombre. Mais il s'est laissé convertir depuis ; et voici maintenant plus de dix-huit siècles que, ayant remplacé son dernier et modeste faux nez par un masque plus respectable, sinon plus impénétrable, il se nomme saint Pierre.

Que le lecteur veuille bien ne pas se récrier, et qu'il s'abstienne surtout d'épithètes malsonnantes à notre adresse, lesquelles ne nous feraient aucun mal, mais pourraient lui faire du tort – à nos yeux. Je ne suis que l'humble interprète des vérités et symboles plus ou moins voilés, mais fort connus de tous ceux qui ont étudié leur Virgile et leur Horace, ainsi que leur Ovide. Ni faux nez, ni masque ne pourraient empêcher un vieux païen de reconnaître, dans l'apôtre qui renia son Maître, son Janus à double face. Les deux sont identiques, et tout le monde a le droit de prendre son bien où il le trouve. Saint Pierre n'est le cœli Janitor que parce que Janus le fut. Le vieux concierge du ciel, qui tirait le cordon de la porte du palais du Soleil, à chaque nouveau jour, comme à chaque nouvel an, et la refermait sur eux, en les reconduisant, n'est que trop reconnaissable dans son nouveau rôle. Il était écrit, dans les étoiles qui gouvernent la destinée des dieux comme celle des mortels, que Janus – qui tenait la clef du ciel dans une main et une hallebarde de l'autre, tout comme saint Pierre le fait depuis qu'il lui a succédé – céderait sa place de portier du Soleil à celui qui deviendrait le gardien des portes du Paradis – la demeure du Christ-Soleil. Le nouveau cœli Janitor a succédé à toutes les fonctions et privilèges de l'ancien, et nous n'y voyons aucun mal. Salomon l'a dit : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil » – et il a bien dit. On serait joliment bête d'aller inventer de nouvelles fonctions ou de nouveaux dieux – que nous créons à notre image – lorsque nos pères d'au-delà du Déluge avaient si bien pris cette peine pour nous. C'est pour cela que tout est resté comme par le passé et que rien n'est changé dans ce monde – sauf les noms. Dans toutes les cérémonies religieuses, le nom de Janus était toujours invoqué le premier, car ce n'est que par son immédiate intercession que les prières des fidèles idolâtres pouvaient parvenir aux oreilles des dieux immortels. Maintenant, il en est de même. Celui qui croirait communiquer avec l'un des personnages de la trinité par-dessus la tête de saint Pierre serait bien attrapé. Sa prière subirait le sort d'une supplique qu'on chercherait à laisser dans la loge du concierge, après avoir eu des mots avec lui et l'avoir appelé « vieux portier » : elle n'arriverait jamais aux étages supérieurs.

Le fait est que la Grande armée des « Pipelets » et des « Anastasies » devrait avoir pour patron reconnu Janus Bifrons, le dieu à l'image de qui elle se créa. Ce n'est qu'alors qu'elle aurait un droit légal aux étrennes, le jour de l'an, tandis que son grand patron recevrait son denier depuis le commencement jusqu'à la fin de l'année. Tout est relatif dans cet univers illusoire ; cependant, il est nécessaire que, entre un portier céleste et un portier terrestre, il existe une différence de degré. Quant aux étrennes, elles ont existé de tout temps pour les grands comme pour les petits. Caligula, tout Empereur qu'il était, ne dédaignait pas de rester sur pied toute la journée du nouvel an, dans le vestibule de son palais pour recevoir les strenœ de ses sujets tremblants – avec leurs têtes quelquefois – pour varier. La Reine-Vierge, la « Queen Bess » d'Angleterre mourut, en laissant 3.000 robes de gala, qui représentaient ses dernières étrennes. Et c'est ainsi qu'agissent encore les grands et les petits, dans l'année du Seigneur 1890, sur notre boule détraquée que nous nommons Terra – « le marche-pied » de Dieu.

Ce même Dieu d'Abraham et de Jacob ne se laissait-il pas attendrir par des promesses et des présents, aussi bien que les dieux des nations ? Ce Dieu et ces dieux ne recevaient-ils point, tout comme les mortels, des étrennes pour services rendus ou à rendre ? Jacob, lui-même, ne marchandait-il pas avec son Dieu, en lui promettant comme étrennes « la dîme de tout ce que tu (Dieu) m'auras donné » ? Et il ajoutait, ce bon patriarche, à Luz devant « Bethel » : « Si Dieu est avec moi... s'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir... certainement, l'Eternel me sera Dieu. » Disant cela, il n'oubliait pas non plus, dans une simple mais belle cérémonie phallique, d'étrenner la pierre « Bethel » qu'il avait dressée, en arrosant son sommet d'huile (Genèse, XXVIII).

Cette touchante cérémonie venait aux Israélites directement des Indes, où la pierre de Shiva, le lingam, subit aujourd'hui la même opération exotérique avec de l'huile et des fleurs, à chaque fête des adorateurs du dieu de la Destruction (de la matière brute) et des Yogis.

Tout est resté alors comme jadis. Le nouvel an fait son entrée triomphale dans les pays chrétiens – en France surtout – comme il la faisait, il y a deux mille ans, lorsque les Païens le célébraient en se donnant une indigestion de figues et de prunes dorées. Celles-ci ont émigré depuis sur les arbres de Noël, ce qui n'empêche pas toujours qu'elles ne nous viennent des temples de Janus. II est vrai que les prêtres ne sacrifient plus sur son autel un jeune taureau blanc – il est remplacé par l'agneau de la même couleur – mais des hécatombes de quadrupèdes et de volailles sont égorgées annuellement en son honneur, ce jour-là. Il est certain que plus de sang innocent est versé aujourd'hui pour satisfaire l'appétit vorace d'une seule rue de Paris, le jour de l'an, qu'il n'en fallait pour nourrir toute une ville romaine du temps des Césars. Le doux Julien, le païen, qui retrouva à Lutèce ses dieux bien-aimés – après que les dieux gaulois eurent été, par ordre de César, affublés des faux nez des divinités romaines – passait ses heures de loisir à apprivoiser des colombes en l'honneur de Vénus. Les féroces potentats qui vinrent après lui – les fils aînés de l'Eglise – n'apprivoisaient que des Vénus, qui en faisaient leurs pigeons. L'histoire servile surnomma le premier, pour plaire à l'Eglise, l'Apostat, et fit suivre les noms des autres d'épithètes sonnantes : le « Grand », le « Saint », « le Bel ». Mais si Julien devint « Apostat », ce fut peut-être parce qu'il avait en horreur les faux nez ; tandis que ses successeurs chrétiens ne seraient probablement pas présentables en bonne société, sans cet appendice artificiel. Un faux nez devient au besoin un ange gardien, voire même à l'occasion un dieu. Ceci est de l'histoire. La métamorphose des divinités de la Gaule barbare en dieux de l'Olympe et du Parnasse ne s'est pas arrêtée là. A leur tour, ces Olympiens eurent à subir une opération par ordre des successeurs de Janus-Saint Pierre, celle du baptême forcé. A l'aide d'oripeaux et de clinquants, de colle forte et de ciment romain, nous retrouvons les dieux aimés de Julien, figurant, depuis leur mort violente, sous les titres de Saints et de Saintes béates, dans la Légende dorée et le calendrier du bon Pape Grégoire.

Le monde est comme la mer : il change souvent d'aspect, mais reste au fond le même. Les faux nez de la civilisation et des cagots ne l'ont guère embelli, cependant... Bien au contraire, puisque, avec chaque nouvelle année, il devient plus laid et plus dangereux. Nous réfléchissons et nous comparons, et le jour du nouvel an moderne ne gagne rien à cette comparaison avec ses précurseurs, du temps de l'antiquité, aux yeux d'un philosophe. Les milliards dans les coffres forts et banques des Gouvernements ne rendent pas le pauvre peuple plus heureux, ni les riches non plus. Dix pièces de monnaie en bronze, à l'effigie de Janus, données pour étrennes, valaient, en ces jours, plus que dix pièces en or, à l'effigie de la République ou à celle de la Reine, ne valent maintenant ; les paniers de prunes dorées, valant quelques sous, contenaient moins de germes d'indigestion que les boîtes de bonbons échangées au jour du nouvel an moderne – ces bonbons représentant, à Paris seulement, une somme de plus d'un demi-million de francs.

Cinq cent mille francs de bonbons, à la face du même nombre d'hommes et de femmes mourant de faim et de privations ! Portons-nous en esprit, ami lecteur, quinze siècles en arrière, et tâchons d'établir une comparaison entre un dîner du nouvel an, dans les années 355 à 360, et un dîner analogue en 1890. Allons à la recherche de ce même bon et doux Julien, lorsqu'il habitait le palais des Thermes, qui se nomme aujourd'hui l'hôtel de Cluny – ou ce qu'il en reste. Le voyez-vous, ce grand Général, à son dîner à lui, entouré de ses soldats qu'après ses dieux il aime le plus au monde et qui l'idolâtrent. C'est le 1er du mois de janvier et ils célèbrent le jour de Janus. Dans deux jours, le 3 janvier, ils rendront pareil honneur à Isis, patronne de la bonne ville de Lutetia Parisiorum.

Depuis, la vierge-mère de l'ancienne Egypte s'est laissée baptiser Geneviève, et cette Sainte et Martyre (de Typhon ?) est restée patronne de la bonne ville de Paris – vrai symbole d'un faux nez fourni par Rome au monde chrétien. Nous ne voyons ni couteaux, ni fourchettes, ni argenterie, ni porcelaines de Sèvres à cette table impériale – pas même une nappe ; mais les viandes et les provisions que les convives font disparaître avec tant d'appétit n'ont nul besoin de passer sous les microscopes des chimistes de la police sanitaire. Aucun produit artificiel ou vénéneux ne fait partie de leur pain ou de leur vin. L'arsenic ne colore pas leurs herbes et légumes d'un faux nez de fraî-cheur trompeuse ; le vert-de-gris ne se niche point dans les angles de leurs boîtes de conserves, et leur poivre ne se fait pas représenter par la brique rouge pilée dans un mortier. Leur sucre (ou ce qui le remplaçait) n'est point tiré du goudron des roues de leurs chariots de guerre ; en avalant leurs liqueurs et cognac, ils n'avalent pas une solution de vieilles bottes de gendarme tirées de la hotte d'un chiffonnier ; ils ne dévoraient pas, avec un sourire inconscient sur les lèvres, un bouillon condensé de graisse de cadavres (d'hommes comme d'animaux) et de chiffons et charpie usés dans tous les hôpitaux de Paris – au lieu de beurre. Car tout ceci est le produit de la culture moderne, le fruit de la civilisation et du progrès des sciences, et la Gaule, du temps de Julien, n'était qu'un pays sauvage et barbare. Mais ce qu'ils mangeaient, à leur nouvel an, pourrait être mangé avec sécurité et profit (sauf celui des médecins) à nos dîners du premier jour de l'an 1890.

« Ils n'avaient ni fourchettes, ni argenterie », me dit-on ; « et – les barbares ! – ils mangeaient avec leurs doigts » !

Il est vrai, ils se passaient de fourchettes, comme peut-être de mouchoirs de poche, mais, en revanche, ils n'avalaient pas, comme nous le faisons tous les jours, leurs ancêtres dans la graisse de cuisine, et les os de leurs chiens dans leur pain blanc.

Qu'on nous donne le choix, et décidément ce n'est pas le dîner de gala du jour de l'an de grâce 1890, à Paris, que nous choisirons, mais celui d'il y a mille ans, à Lutèce. Affaire de goût barbare, voyez-vous ; une préférence baroque et ridicule, selon l'avis de la majorité – pour le naturel dans le siècle IV, qui nous séduit infiniment plus que les faux nez et l'artificiel en tout du XIXe siècle.

H. P. Blavatsky.

Article écrit en français par H. P. Blavatsky et publié pour la première fois dans La Revue Théosophique, de janvier 1890.

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Correspondence : Réponses à d'anciennes questions

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Cet article fut publié pour la première fois par H. P. Blavatsky dans la revue Lucifer (rubrique Correspondance avec les lecteurs) d'avril 1888. Cet Article est paru en Français dans la revue Théosophie de mai 1928.
Comme vous encouragez les questions, je prends la liberté de vous en soumettre une.

Questions d'un lecteur : Ne doit-on pas s'attendre (se basant sur l'enseignement théosophique) à ce que la réunion et les relations en kama-loka [lieu des désirs et de séparation des principes inférieurs et supérieurs] de personnes vraiment attachées l'une à l'autre, soient empreintes de déception, voire même souvent de chagrin ?
Laissez-moi vous expliquer ce que je veux dire, par un exemple : Une mère quitte cette vie vingt ans avant son fils qui lui est profondément attaché, qui aspire à la retrouver, et ne découvre plus que sa « coque » privée de toutes les qualités spirituelles qui étaient pour lui la partie essentielle de l'être qu'il aurait. La « coque » même, par sa ressemblance avec le corps disparu, ne fait qu’ajouter au chagrin du fils, lui rappelant d'une façon plus vive ses souvenirs passés, soulignant l'immense différence entre l'entité qu'il connut sur terre, et les restes qu’il en retrouve.
Ou prenez un second cas : Le fils retrouve sa mère en kama-loka après une courte séparation, sous forme d'«une entité en train de se désagréger, étant donné que son esprit a déjà commencé à quitter son corps astral et à s'élever en devachan [état de béatitude post mortem]. Il doit assister à ce processus de dissolution graduelle, et jour après jour, il sent l'esprit de sa mère s'échapper, tandis que sa nature plus matérielle l'empêche de la suivre dans son progrès rapide.
Je joins mon nom et mon adresse, mais vous prie de ne pas les publier, et je reste, très sincèrement à vous, — « M. S. T. ».


Réponse des éditeurs : Notre correspondant semble avoir été mal renseigné au sujet de la conscience dont jouissent les entités en kama-loka. Il paraît s'en être fait une idée d'après les visions de psychiques vivants et les révélations de médiums vivants. Mais toutes les conclusions qu'on peut tirer de ces données sont faussées par le fait qu'un organisme vivant s'interpose entre l'observateur et l'état de kama-loka per se. Il ne peut y avoir de réunion consciente en kama-loka, et par suite aucun chagrin. Il n'y a pas de désintégration astrale allant de pair avec la séparation de l'esprit de la coque. Selon l'enseignement oriental, l'état des morts en kama-loka n'est pas ce que nous, hommes vivante, considérerions comme « conscient ». C'est plutôt celui d'une personne étourdie par un coup violent, qui a momentanément « perdu conscience ». Par suite, il n'y a en kama-loka, en général, (abstraction faite de cette vie et de cette conscience d'emprunt éveillées par suite du contact avec les médiums) aucune reconnaissance entre amis et parents, et par conséquent, un cas comme celui qui est exposé ci-dessus est impossible.
Nous ne rencontrons ceux que nous avons aimés qu'en devachan, ce monde subjectif de béatitude parfaite, l'état qui fait suite au kama-loka, après la séparation des principes. En devachan, tous nos désirs et aspirations personnels mais spirituels, non réalisés, trouveront satisfaction ; car nous ne vivrons plus dans le monde de la matière, mais dans ces royaumes subjectifs où tout désir se réalise immédiatement, parce que l'homme lui-même y est un dieu et un créateur.
Lorsqu'il s'agit de données émanant de psychiques et de médiums, il faut toujours se souvenir qu'ils traduisent automatiquement et inconsciemment leurs expériences de n'importe quel plan de conscience, dans le langage et l'expérience de notre plan physique ordinaire. On ne peut éviter cette confusion que par l'étude et l'entraînement spécial de l'occultisme qui enseigne comment suivre et guider le passage des impressions d'un plan à un autre, et comment les fixer dans la mémoire.
kama-loka peut être comparé à la loge d'un acteur où il se débarrasse du costume du dernier rôle joué, avant de redevenir vraiment lui-même — l’Ego immortel, ou le Pèlerin évoluant dans sa Ronde d'Incarnations. L'Ego Éternel étant débarrassé en kama-loka de ses principes terrestres inférieurs, avec leurs passions et leurs désirs, il entre en devachan. C'est pourquoi on dit que seules les émotions, affections et aspirations purement spirituelles, et non matérielles, accompagnent l'Ego dans cet état de Béatitude.
Mais le processus consistant à rejeter les quatre principes inférieurs et une partie du cinquième, est inconscient chez tous les êtres humains ordinaires. Ce n'est que dans certains cas exceptionnels, qu'il se produit un léger retour de conscience en kama-loka ; et ceci n'a lieu que chez des personnes très matérialistes et fort peu spirituelles qui, privées des conditions requises, ne peuvent entrer dans un état de Repos et de Béatitude absolus.


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