Dimanche 24 Septembre 2017

Mis à jour le Dim. 24 Sep. 2017 à 09:43

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

1888

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Extraits de l'article « 1888 » d'H.P. Blavatsky

Habituellement les gens souhaitent à leurs amis une heureuse année, et parfois "prospère" est ajouté à "heureuse". Il est peu probable que beaucoup de bonheur et de prospérité puisse venir à ceux qui vivent pour la vérité sous un chiffre aussi sombre que 1888 ; mais cependant l'année est influencée par la glorieuse étoile de Vénus-Lucifer, brillant de manière si resplendissante qu'elle a été prise pour ce visiteur plus rare encore, l'étoile de Bethléem. Ceci est, aussi, à notre portée de mains, et sûrement quelque chose de l'esprit du Christos peut naître sur terre sous une telle condition. Même si la joie et la prospérité sont absentes, il est possible de trouver quelque chose de plus grand qu'elles dans cette nouvelle année. Venus-Lucifer est la marraine de notre magazine, et comme nous choisissons de trouver la lumière sous son auspice, nous espérons atteindre sa noblesse. Ceci est possible pour chacun de nous personnellement, et au lieu de souhaiter à nos lecteurs une nouvelle année heureuse et prospère, nous nous sentons plus d'humeur de les prier de faire de cette année une année digne du brillant messager. Ceci peut être entrepris par ceux qui sont courageux et résolus. Thoreau signalait qu'il y avait des artistes dans la vie, des personnes qui peuvent changer la couleur d'un jour et en faire quelque chose de magnifique pour tous ceux avec lesquels ils sont en contact. Comme dans tous les arts, nous affirmons qu'il y a des adeptes, des maîtres de la vie qui la rendent divine. N'est-ce pas le plus grand art, que de pouvoir affecter l'atmosphère même dans laquelle nous vivons ? Que ceci soit le plus important se comprend immédiatement, quand nous nous souvenons que chaque personne qui respire la vie affecte l'atmosphère mentale et morale du monde, et aide à colorer la journée de ceux qui sont autour de lui. Ceux qui n'aide pas à élever les pensées et les vies des autres doivent par conséquence soit les paralyser par leur indifférence, soit les tirer fortement vers le bas. [...]  Personne ne peut rester tout à fait inactif. [...] L'occultiste reconnaît pleinement sa responsabilité et ne réclame son titre qu'après avoir éprouvé et acquis la connaissance de ses propres pouvoirs.

Le Théosophe sincère, reconnait sa responsabilité et s'efforce de trouver la connaissance, et de vivre, entre temps, en accord avec le plus haut standard dont il soit conscient. A tous, Lucifer envoie ses salutations ! La vie de l'homme est entre ses mains et il détermine son destin lui-même. Alors pourquoi 1888 ne serait pas l'année d'un plus grand développement spirituel que ne le furent toutes les autres années que nous avons déjà vécues ? Il ne dépend que de nous de le faire. C'est un fait réel, non un pieux sentiment. Dans un jardin de tournesols chaque fleur se tourne vers la lumière. Pourquoi pas nous ?
Et que personne n'imagine qu'attacher de l'importance à la naissance de l'année ne soit que fantaisie. La terre passe dans une période particulière et l'homme avec elle ; et de même qu'un jour peut être coloré, l'année peut l'être aussi. La vie astrale de la terre est jeune et forte entre Noël et Pâques. Ceux qui forment leurs vœux durant cette période auront une force accrue pour les satisfaire de manière conséquente.

H. P. Blavatsky ‒ Aticle paru dans la revue Lucifer, de janvier, 1888.

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Le Babel de la pensée moderne

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Extraits de l'article « The Babel of Modern Thought » de H.P. Blavatsky
[...] La Doctrine Secrète ne développe aucune philosophie nouvelle, elle ne fait que révéler le sens caché de quelques allégories religieuses de l'antiquité, et la lumière qu'elle projette sur elles est celle des sciences ésotériques. Elle montre, aussi, la source commune, d'où ont jaillies toutes les religions et les philosophies du monde. Son but principal est de montrer, que quel que soit les divergences qui semblent exister, sur le plan extérieur ou objectif, entre les doctrines et les systèmes du passé, l'accord entre toutes devient parfait, dès que le sens ésotérique ou intérieur de ces croyances et de leurs symboles est analysé et comparé avec soin. Il est aussi affirmé que ses doctrines et sciences, qui forment un ensemble entier de faits universels cosmiques, d'axiomes et de vérités métaphysiques, représentent un système complet et sans failles. Celui qui est suffisamment brave et persévérant, et qui est prêt à écraser l'animal en lui-même et à oublier son moi humain, pour le sacrifier à son Ego Supérieur, pourra toujours trouver son chemin pour être initié à ces mystères. C'est la seule prétention de la Doctrine Secrète.


 La période pendant laquelle l'Humanité naissante, suivant la loi d'évolution naturelle et double, descendait avec l'esprit dans la matière – est close. Nous (l'Humanité) sommes maintenant en train d'aider la matière à s'élever vers l'esprit ; et pour cela nous devons aider la substance à s'affranchir de l'étreinte vicieuse des sens. Nous sommes, la cinquième Race Racine [i.e., toute l'humanité actuelle], les descendants directs de l'Humanité primitive de cette Race ; ceux qui, après le Déluge, essayèrent, en la commémorant, de sauver la Vérité et la Sagesse antédiluviennes, ont été freinés dans leurs efforts par le sombre génie de la Terre – l'esprit de matière, que les Gnostiques appelaient Ildabaoth et les Juifs Jéhovah. Pensez-vous, que même la Bible de Moïse, ce livre que vous connaissez si bien et comprenez si mal, ait laissé sans témoins les affirmations de l'Ancienne Doctrine ? Elle ne l'a pas fait. Permettez de terminer avec un passage qui (vous) est familier, mais en l'interprétant dans sa vraie lumière.

A l'origine, ou plutôt, pendant l'enfance de la cinquième Race, « toute la terre était d'une lèvre, et d'une parole », dit le chapitre XI de la Genèse. Lue à la lumière de l'ésotérisme, cela signifie que l'humanité avait une doctrine universelle, une philosophie, commune à tous. Les hommes étaient unis par une religion, que ce terme dérive du latin relegere, « rassembler, ou être unis » en parole et en pensée, de religens, « révérer les dieux, » ou de religare, « être fortement liés ensemble ». Considéré d'une manière ou d'une autre, cela signifie indéniablement et pleinement que nos ancêtres après le « déluge » partageaient en commun une vérité i.e., ils croyaient en cet ensemble de faits subjectifs et objectifs qui forme le tout consistant, logique et harmonieux que nous appelons la Religion Sagesse.
Maintenant, si on lit les neuf premiers versets du chapitre XI entre les lignes, nous trouvons l'information suivante. Les Sages de cette époque, nos premiers pères, étaient évidemment au courant de cette vérité évidente et impérissable qui enseigne que c'est dans l'union seule que se trouve la force – et bien entendu, l'union de pensée autant que l'union entre les nations. Sinon, en désunion ils seraient « dispersés sur la surface de la terre » ; et, en conséquence, leur religion-Sagesse serait brisée en un millier de fragments ; et ils ne s'élèveraient plus comme avant, par la connaissance, vers les cieux, mais seraient attirés, par une foi aveugle, vers la terre – les hommes sages, « venus d'Orient », imaginèrent un plan. À cette époque, les temples étaient des lieux d'enseignement, et non de superstition ; les prêtres enseignaient la Sagesse divine, non des dogmes inventés par l'homme, et l'ultima thule de leurs activités religieuses n'était pas focalisée sur la boite à deniers, comme à présent. Ainsi : « 'Allons,' dirent-ils 'bâtissons une ville et une tour, dont le sommet puisse atteindre les cieux, et faisons-nous un nom'. Et ils firent des briques cuites et les utilisèrent comme pierre, et construisirent avec une ville et une tour ».
Jusque-là, c'est une très vieille histoire, connue aussi bien du premier venu de l'école de catéchisme du Dimanche que de Monsieur Gladstone. Tous deux croient très sincèrement que ces descendants des « maudits de Cham » étaient d'orgueilleux pêcheurs dont le but était semblable à celui des Titans, qui ayant atteint « les cieux », la demeure supposée des deux, insultèrent et détrônèrent Zeus-Jehova. Mais puisque nous trouvons l'histoire racontée dans les Écritures révélées (1), elle doit avoir, comme toutes les autres écritures, son interprétation ésotérique. Pour cela, le symbolisme Occulte nous aidera. Toutes les expressions que nous avons mises en italique, quand elles sont lues dans le texte original Hébreux et selon les canons du symbolisme ésotérique, conduisent à l'interprétation suivante :
1. - « Et toute la terre (l'humanité), était d'une lèvre (c.-à-d., professait les mêmes enseignements) et de mêmes mots » - et non « d'une même langue » comme dans la version autorisée.
Maintenant, le sens Cabaliste des termes « mots » et « mot » peut être trouvé dans le Zohar et aussi dans le Talmud. « Mots » (Dabarim) signifie « pouvoirs », et mot au singulier, est un synonyme de Sagesse ; ex., « Par la prononciation de dix mots le monde fut créé » - (Talmud « Pirkey Aboth » c. 5, Mish. I). Ici les « mots » renvoient aux dix Sefirots, les Bâtisseurs de l'Univers. Ou également, « Par ce Mot (Sagesse, Logos) de YHVH les Cieux furent créés » (Ibid.).
2-4. – « Et l'homme (2) (le chef suprême) dit à ses voisins, 'Allons, faisons des briques (des disciples) et faisons les cuire dans un feu (les initier, les remplir du feu sacré), bâtissons une citée (établir les mystères et enseigner la Doctrine (3)) et une tour (Ziggourat, une tour temple sacrée) dont le sommet puisse atteindre les cieux' » (la plus haute limite atteignable de l'espace). La grande tour de Nébo, de Nabi dans le temple de Bel, était appelée « la maison des sept sphères des cieux et de la terre, » et « la maison de la forteresse (ou de la solide, tagimut) et la pierre de fondation des cieux et de la terre ».
Le symbolisme occulte enseigne, que cuire des briques pour une citée signifie enseigner la magie à des disciples. Une « pierre taillée » signifiait un initié complet. Les mots désignant la pierre, Petra en grec et Kephas en araméen, ont le même sens, c.-à-d., « un interprète des mystères », un Hiérophante. L'initiation suprême était désignée par l'expression « la cuisson à grand feu ». Ainsi, l'expression d'Isaïe « les briques sont tombées, mais nous allons en faire de nouvelles avec des pierres taillées » devient claire. Pour avoir l'interprétation correcte des quatre derniers versets de l'allégorie de la Genèse relative à « la confusion des langues » nous pouvons nous tourner vers la version légendaire des Yezidis [appelés également les Yazidis] et lire les versets 5, 6, 7 et 8 du chapitre XI de la Genèse, dans leur sens ésotérique :
« Et Adonaï (le Seigneur) descendit et dit : 'Regardez, le peuple est un (les hommes sont unis en pensée et en actes) et ils ont une lèvre (une doctrine). Et maintenant, ils commencent à la répandre et « rien ne pourra les empêcher d'acquérir ce qu'ils auront imaginé (ils auront les pleins pouvoirs magiques et obtiendront tout ce qu'ils désirent avec ce pouvoir, kriyasakti)' ».
Et maintenant que sont les Yezidis [ou Yazidis], quelle est leur interprétation, et qu'est-ce qu'Ad-onaï ? Ad est « le Seigneur », leur dieu ancestral ; et les Yezidis [Yazidis] sont une secte hérétique musulmane, dispersée entre l'Arménie, la Syrie, et principalement autour de Mossoul, le véritable lieu de Babel (lisez le « Récit chaldéen de la Genèse »). Ils sont connus sous le non étrange d'« Adorateurs du Diable ». Leur profession de foi est très originale. Ils reconnaissent deux pouvoirs ou dieux – Allah et Ad, (ou Adonaï) mais identifient le second à Sheitân ou Satan. Ceci est tout naturel puisque Satan est aussi « un fils de dieu » (4) (voir Job, I). Comme indiqué dans Les Conférences d'Hibbert (Hibbert Lectures, pp. 346 et 347), Satan l'« Adversaire », était l'ange de Dieu et son envoyé. Ainsi, quand ils sont interrogés sur la raison de leur curieuse vénération de celui qui est devenu l'incarnation du Mal et du sombre esprit de la Terre, ils en expliquent la raison de la manière la plus logique, même si elle est irrévérencieuse. Ils vous disent qu'Allah, étant Tout-bon, ne voudrait pas nuire à la plus petite de ses créatures. Ainsi, il n'a besoin ni de prières, ni d'holocaustes des « premiers-nés les plus gras du troupeau ». Mais Ad, ou le Mal, étant Tout-mauvais, cruel, jaloux, revanchard et orgueilleux, ils doivent, pour se protéger, l'apaiser par des sacrifices et des holocaustes aux odeurs flattant ses narines, et le cajoler et le flatter. Demandez à n'importe quel cheik des Yezidis [Yazidis] de Mossoul ce qu'ils ont à dire, sur la confusion des langues ou paroles, quand Allah « descendit voir la ville et la tour que les fils des hommes avaient bâties ». Ils vous diront, que ce n'est pas Allah mais Ad, le dieu Satan, qui le fit. Les esprits jaloux de la terre devinrent envieux des pouvoirs et de la sainteté des hommes (comme le dieu Vishnou qui devint jaloux des grands pouvoirs des Yogis, quand ils devinrent des Daityas [les Titans de jadis]) ; et ainsi cette déité de matière et de concupiscence confondit leur esprits, les tenta et fit que les Bâtisseurs tombèrent dans ses filets ; et ainsi perdant leur pureté, ils perdirent leur connaissance et leurs pouvoirs magiques, ils se marièrent entre eux et furent « dispersés sur la surface de la terre ».
Ceci est plus logique que d'attribuer à son « Dieu », le Tout-bon, des stratagèmes impies tels que ceux qu'on lui attribue dans la Bible. De plus, la légende de la tour de Babel et de la confusion des langues, est comme beaucoup d'autres, non l'original, mais provient des Chaldéens et Babyloniens. Georges Smith en trouva le récit sur un fragment mutilé de tablettes Assyriennes, sur lequel rien n'est dit à propos de la confusion des langues. « J'ai utilisé le mot 'langue' avec a priori, dit-il (dans le Récit chaldéen de la Genèse), car « je n'ai jamais vu de mot Assyrien ayant ce sens ». Celui qui lit la traduction des fragments de G. Smith, des pages 160 à 163 [de l'édition anglaise] de l'ouvrage cité, trouvera que la version [Assyrienne] est plus proche de celle des Yezidis que ne l'est la version de la Genèse. C'est lui, dont « le cœur était mauvais » et qui était « méchant », qui confondit « leur secret » et non leurs « langue », et qui brisa « le Sanctuaire... qui transmettait la Sagesse », et « avec amertume ils pleurèrent sur Babel ».
Et ainsi devraient 'pleurer' tous les philosophes et les amants de la Sagesse Ancienne ; car c'est depuis lors que les mille et un substituts exotériques de la vraie Doctrine unique ou lèvre ont eu leur origine, obscurcissant de plus en plus l'intellect des hommes, et faisant verser le sang innocent dans un fanatisme furieux. Si nos philosophes modernes avaient étudié les vieux Livres de Sagesse, au lieu de s'en moquer – comme le dit la Cabale – ils auraient trouvé ce qui leur aurait dévoilé maints secrets de l'Église et de l'État du passé. Cependant, comme ils ne l'ont pas fait, le résultat est évident. Le cycle sombre du Kali Yuga a ramené une Babel de la pensée moderne, en comparaison de laquelle la « confusion des langues » parait une harmonie. Tout est sombre et incertain ; sans preuves dans aucun département de la science, philosophie, droit, ou même de la religion. Mais, « Malheur à ceux qui appelle le mal bien, et le bien mal ; qui prennent les ténèbres pour la lumière, la lumière pour les ténèbres » dit Isaïe [Ch. V, 20, trad. La Bible de Jérusalem]. Les éléments eux-mêmes semblent perturbés, et les climats changent, comme si les « dix supérieurs » célestes eux-mêmes avaient perdu leur tête. Tout ce qu'on peut faire est de s'assoir tranquillement, et regarder, triste et résigné ! [...]

Extraits de l'article "The Babel of Modern Thought" - 1891 – H. P. Blavatsky

(1) [...] Le mot 'révéler' ou 'révélé' est dérivé du latin revelare, 'dévoiler' et non révéler. Ainsi, devrait-on dire dévoiler au lieu de révéler.
(2) Ceci est traduit de l'hébreu d'origine ; « chef suprême » (Rab-Mag) signifiant littéralement l'Enseignant-Magicien, le Maître ou Guru, comme ce fût le cas de Daniel à Babylone.
(3) Quelques héros homérique, comme Laomédon, le père de Priam, bâtirent des villes, c.-à-d., instituèrent les Mystères et propagèrent la Religion-Sagesse dans des contrées étrangères.
(4) Il est ordonné dans l'Ecclésiastique, XXI, 27 [trad. La Bible de Jérusalem], de ne pas maudire Satan, « Quand l'impie maudit Satan, il se maudit soi-même ». Pourquoi ? Parce que dans leur permutation « le Seigneur Dieu », Moïse et Satan sont un. [...]

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Métaphysique et Nature (citations de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

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L'Unité fondamentale de la vie
« L'unité radicale de l'essence ultime de chaque constituant qui forme les composés dans la Nature – de l'Étoile à l'Atome minéral, du plus haut Dhyan Chohan [entité céleste] au plus petit microbe, et dans la plus grande acceptation du terme, que ce soit dans les mondes spirituel, intellectuel, ou physique – est la loi fondamentale de la Science Occulte » (La Doctrine Secrète, I, p. 120 [*])
« L'unité de Type, commun, dans un sens, aux règnes animal et humain, est, [...] un témoignage de l'unité essentielle du « plan-de-base » que la Nature a suivi en façonnant ses créatures ». (La Doctrine Secrète, II, p. 737 [*])

La Trinité primordiale et éternelle
« [Pour les Anciens] l'éther et le chaos, ou dans le langage platonicien, le mental et la matière, étaient les deux principes premiers et éternels de l'univers, totalement indépendants de quoi que ce soit d'autre. Le premier était le principe intellectuel vivifian tout ; le chaos était, un principe liquide informe, sans "forme ni sens", et de l'union des deux l'univers jaillissait à l'existence, ou plutôt le monde universel, la première déité androgyne – la matière chaotique devenant son corps, et l'éther son âme. [...] Ceci constitue la trinité universelle. (La Doctrine Secrète, I, p. 343 [*])

Pas de création par un Dieu personnel, ni « Dessein intelligent »
« Il n'y a ici ni "création spéciale", ni "Dessein" quelconque, mais seulement le "plan-de-base" général  élaboré par la loi universelle. Mais il y a certainement des "architectes", bien que ceux-ci ne soient ni omnipotents ni omniscients au sens absolu du terme. Ils sont simplement les Constructeurs, les Maçons, travaillant sous l'impulsion qui leur est donnée par le Maître Maçon, à jamais inconnaissable (sur notre plan) – la VIE UNE et la Loi. » (La Doctrine Secrète, II, p 732 [*])

Le Grand Cycle de la Vie dans l'Univers
Dans l'ouvrage Isis Dévoilée (Vol., I, pp 348/9 [*]), il est dit que dans un temple souterrain situé à proximité d'une grande pagode bouddhiste, se trouve une fresque représentant les cycles entrelacés qui forment le Grand Cycle cosmique de la Vie universelle :
« Imaginez un point dans l'espace primordial. Puis tracez avec un compas un cercle autour de ce point ; là où se rejoignent le début et la fin de la ligne de circonférence, l'émanation de l'univers débute et sa réabsorption prend fin. Le long de la circonférence sont dessinés, comme des anneaux d'un bracelet, d'innombrables cercles plus petits. Chaque anneau représente la ceinture d'une déesse qui symbolise un globe. À mesure que l'on parcourt l'arc descendant du grand cercle jusqu'au point le plus bas — le nadir, où l'artiste mystique a placé notre planète — le visage des déesses s'assombrit et s'enlaidit au-delà de ce que notre imagination d'Européens peut concevoir. Sur la ceinture de chacune des déesses sont dessinés des plantes, des animaux et des êtres humains qui représentent la flore, la faune et l'humanité vivant sur ce globe. Les globes sont espacés les uns des autres, pour montrer qu'après une série de transmigrations sur un globe l'âme jouit d'un nirvâna temporaire, qui efface en elle tout souvenir des souffrances passées. L'espace étherique entre les globes est habité par des êtres étranges. Les créatures qui occupent l'espace entre l'éther céleste et la terre, sont celles de la nature intermédiaire, les esprits de la nature ou les élémentaux des cabalistes. » (Extrait du Cahier Théosophique n°10 – « La Loi des Cycles »).

La Loi des Cycles dans la Nature et dans l'Homme
La Loi des Cycle peut être résumée ainsi :
« 1°) Nous sommes les créateurs de certains cycles : par l'opération du karma individuel, nous traçons le cercle de nos réincarnations individuelles ; par nos actions collectives, nous traçons les cycles de contraction ou d'expansion de ce qui sera la croissance ou le déclin de la communauté ou de la nation ; par le karma spirituel, nous progressons lentement mais sûrement, vers le bord du "Cercle primordial" — qui est le Nirvâna (1) lorsqu'on y entre soi-consciemment et le Pralaya (2) lorsqu'on y entre inconsciemment.

(1) Nirvâna : l'état d'existence absolue et de conscience absolue dans lequel l'Ego d'un homme qui a atteint le plus haut degré de perfection et de sainteté au cours de la vie entre, après la mort du corps, ou exceptionnellement pendant la vie, comme ce fut le cas de Gautama le Bouddha et d'autres Sages, (d'après le Theosophical Glossary)
(2) Pralaya : Une période d'obscuration ou de repos entre deux périodes de manifestation.

« 2°) Chaque être humain vit en étroite communion avec la Nature, évolue au milieu de la Nature et doit réaliser que son Être est la Nature. De roue en roue, de cycle en cycle, la Vie Une en manifestation trace le Cercle du Temps dans l'Espace Abstrait, qui est la Durée. » (Citation extraite de l'article « La Loi des Cycles », Cahier Théosophique n°10).

Les Hiérarchies célestes
« [Les hiérarchies célestes] (AH-HI ou Dhyan-Chohans) sont les armées collectives d'êtres spirituels – les Armées d'Anges de la Chrétienté, les Elohim et "Messagers" des Juifs – qui sont le véhicule pour la manifestation, de la pensée et de la volonté divines ou universelles. Ils sont les Forces intelligentes qui donnent et impriment dans la Nature ses "lois", alors qu'eux-mêmes agissent en accord avec des lois qui leurs sont imposées, de manière similaire, par des Pouvoirs encore plus élevés ; mais ils ne sont pas les "personnifications" des pouvoirs de la Nature, comme on le pense par erreur. Cette hiérarchie d'Êtres spirituels, à travers laquelle le Mental Universel entre en action, est comme une armée – une "Légion" vraiment – au moyen de laquelle l'esprit combatif d'une nation se manifeste, et qui est composée de corps d'armée, divisions, brigades, régiments, et ainsi de suite, chacun avec son individualité ou sa vie propre, et son degré limité de liberté d'action et ses responsabilités limitées ; chacun contenu dans une individualité plus large, à laquelle ses propres intérêts sont subordonnés, et chacun contenant en lui-même des individualités inférieures ». (La Doctrine Secrète, I, p. 38)

La Loi d'Analogie
« L'analogie est la loi qui guide dans la Nature, le seul véritable fil d'Ariane qui peut nous conduire, à travers les sentiers inextricables de son domaine, vers ses premiers et derniers mystères. La Nature, en tant que puissance créative, est infinie, et aucune génération de scientifiques du physique ne pourra jamais se vanter d'avoir épuisé la liste de ses voies et méthodes, malgré l'uniformité des lois par lesquelles elle procède. (La Doctrine Secrète, II, p. 153).

La Nature symbolisée par le féminin et la matière
« La Nature est féminine, et d'une certaine manière, objective et tangible, et le Principe esprit qui la fructifie est caché. » (La Doctrine Secrète, I, p. 5).

La Nature géométrise
« La Nature géométrise universellement dans toutes ses manifestations. Il y a une loi inhérente – non seulement dans le [monde] primordial, mais aussi dans la matière manifestée de notre plan phénoménal – par laquelle la Nature corrèle ses formes géométriques, et par la suite, également, ses éléments composés ; et dans laquelle il n'y a pas de place pour le hasard ou la chance. C'est une loi fondamentale en Occultisme, qu'il n'y a pas de repos ni de cessation du mouvement dans la Nature. Ce qui semble repos est seulement le changement d'une forme à une autre ; le changement de substance allant de pair avec celui de la forme – comme nous l'enseigne la physique Occulte, qui semble bien avoir anticipé la découverte de la « Conservation de la matière » depuis un temps considérable. » (La Doctrine Secrète, I, p. 97).

Qu'est-ce que le Chaos? – « La Nature a horreur du vide »
« Les Eaux de Vie, ou Chaos – le principe féminin du symbolisme – sont le vide (à notre perception mentale) dans lequel résident, latents, l'Esprit et la Matière. » (La Doctrine Secrète, I, p. 64)
« "La Nature a horreur du vide" disaient les Péripatéticiens... [Et] Démocrite enseignait que les premiers principes de toutes choses contenues dans l'Univers étaient les atomes et un vide. Ce dernier signifiant simplement la Déité ou force latente, qui, avant sa première manifestation quand elle devint VOLONTÉ (communiquant la première impulsion à ces atomes), était le grand Rien, Ain-Soph, ou NON-CHOSE ; et était, donc, pour tous les sens, un Vide – ou CHAOS. (La Doctrine Secrète, I, p. 343 [*])

Pas de Matière morte – Toute la Nature évolue
« L'erreur principale et la plus fatale faite par la Science dans on égarement, au regard des Occultistes, réside dans l'idée de la possibilité d'une chose telle que de la matière morte ou inorganique, dans la nature. Est-ce que ce qui est mort ou inorganique est capable de transformation ou de changement ? demande l'Occultisme. Et, y a-t-il quoi que ce soit sous le soleil qui demeure immuable et sans changement ? » (La Doctrine Secrète, I, p. 507 [*])
« La Nature est l'"Éternel-devenir". » (La Doctrine Secrète, I, p. 250 [*])
« Hermès, le triple grand Trismégiste, disait "Oh, mon fils, la matière devient ; auparavant elle était ; car la matière est le véhicule du devenir. Le devenir est le mode d'activité de la déité incréée. Ayant été dotée des germes du devenir, la matière (objective) est amenée à naître, car la force créative la façonne d'après les formes idéales. La matière non encore engendrée n'a pas de forme ; elle devient quand elle est mise en action." » (La Doctrine Secrète, I, p. 281 [*])
«Tout dans l'Univers progresse régulièrement dans le Grand Cycle, bien que sans cesse montant et descendant durant les cycles mineurs. La Nature n'est jamais stationnaire pendant un manvantara [cycle d'un univers], car elle est toujours en devenir (**), et n'est pas simplement étant. (La Doctrine Secrète, I, p. 257 [*])
(**) Le grand métaphysicien Hegel pensait de même. Pour ce dernier, la Nature était un perpétuel devenir. Un concept purement ésotérique. Une Création ou Origine, au sens chrétien du terme, est absolument impensable. Comme disait ce penseur : "Dieu (l'Esprit Universel) s'objective lui-même à travers la Nature, et émerge à nouveau de celle-ci" ».

Ésotérisme de la Nature
« De nos jours, la science est, indéniablement, ultra-matérialiste, mais elle trouve, en un sens, sa justification. Le Nature se comportant dans son action d'une manière toujours ésotérique, et étant, comme les Kabbalistes le disent, in abscondito [dans le secret], peut seulement être jugée par le profane d'après son apparence, et cette apparence est toujours trompeuse sur le plan physique. D'un autre côté, les naturalistes refusent de mélanger le physique avec le métaphysique, le corps avec son âme qui l'habite et son esprit, qu'ils préfèrent ignorer. ». (La Doctrine Secrète, I, p. 257 [*]).

La Nature est un lieu consacré
« Chaque corps céleste est le temple d'un dieu, et ces dieux eux-mêmes sont les temples de DIEU, le "Non-Esprit" Inconnu. Il n'y a rien de profane dans l'Univers. Toute la Nature est un lieu consacré, comme le dit Young : "chacune de ces Étoiles est une demeure religieuse" ». (La Doctrine Secrète, I, p. 578 [*])

La Nature n'est pas inconsciente
« L'ordre de la nature témoigne d'une marche progressive vers une vie supérieure. Il y a un dessein dans l'action des forces qui semblent complètement aveugles. Tout le processus de l'évolution avec ses adaptations sans fin en est une preuve. Les lois immuables, qui éliminent les espèces faibles et inadaptées, pour laisser la place au plus fort, et qui permettent la "survivance du plus apte", quoique cruelles dans leur action immédiate – œuvrent toutes à l'avènement du grand but. Le simple fait que de telles adaptations se produisent, que le plus apte survive dans le combat pour l'existence, montre que ce qui est appelé "la Nature inconsciente" (*) est en réalité un agrégat de forces manipulées par des entités semi-intelligentes (les Elémentaux) guidées par de Hauts Esprits Planétaires (Dhyan Chohan), dont l'agrégat collectif forme le Verbe manifesté du LOGOS non-manifesté, et constitue tout en même temps le MENTAL de l'Univers et sa LOI immuable. (La Doctrine Secrète, I, pp. 277/8 [*])
« (*) La Nature considérée dans son sens abstrait, ne peut pas être « inconsciente », cas elle est l'émanation, et ainsi un aspect (sur le plan de la manifestation) de la conscience ABSOLUE. Où est cet homme audacieux qui voudrait priver le végétal et même les minéraux d'une conscience qui leur propre. Tout ce qu'il peut dire est que cette conscience est au-delà de sa capacité de compréhension. »

Au sujet des animaux
« Inconsciemment, les bêtes sauvages sont averties de l'opposition humaine générale qu'elles perçoivent focalisée dans chaque être humain. » (W.Q.Judge, Les Lettres qui m'ont aidé, p. 124.)
« Nous faisons donc appel à tous ceux qui désirent s'élever et élever leurs compagnons — hommes et bêtes — au-dessus de la routine irréfléchie de la vie quotidienne égoïste. Il n'est pas question que cette Utopie puisse être réalisée en un jour ; mais, à force de répandre l'idée de la Fraternité Universelle, la vérité en toute chose pourra être découverte. Ce qu'il faudrait c'est une connaissance réelle de la condition spirituelle de l'homme, de son but et de sa destinée. Une telle étude nous conduit à accepter le précepte [...] : "Soyez maîtres de vous-mêmes, soyez libéraux, soyez miséricordieux : c'est là la mort de l'égoïsme". » (W.Q. Judge, Les Lettres qui m'ont aidé, p. 151.)

[*] Nota : les numéros des pages correspondent à l'édition anglaise publiée par Theosophy Compagny, Los Angeles.

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"Lucifer" à l'Archevêque de Cantorbéry - Salutations !

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Traduction de « Lucifer to the Archbishop of Canterbury, Greeting ! » (Revue Lucifer, décembre 1887). Publié par H.P. Blavatsky

MONSEIGNEUR, LE PRIMAT DE TOUTE L'ANGLETERRE,

Par cette lettre ouverte adressée à Votre Grandeur, nous désirons vous présenter et, par votre entremise, transmettre au clergé, aux fidèles et aux chrétiens en général — qui nous considèrent comme des ennemis du Christ — un exposé succinct de la position qu'occupe la Théosophie vis-à-vis du christianisme, car nous pensons que le moment est venu de le faire.
Votre Grandeur sait, sans aucun doute, que la Théosophie n'est pas une religion, mais une philosophie à la fois religieuse et scientifique, et que la tâche principale de la Société Théosophique a consisté, jusqu'à présent, à raviver l'esprit animant chaque religion, en encourageant et en aidant la recherche en vue de découvrir la vraie signification de ses doctrines et de ses observances. Les théosophes savent que plus profondément on pénètre dans la signification des dogmes et des cérémonies de toutes les religions, plus s'accentue leur similitude fondamentale apparente, jusqu'à ce que finalement leur unité primordiale soit perçue. Cette base commune n'est rien d'autre que la Théosophie — la Doctrine Secrète des âges — qui, diluée et déguisée pour répondre aux aptitudes des masses, et aux exigences des temps, a formé le noyau vivant de toutes les religions. La Société Théosophique possède des branches composées respectivement de bouddhistes, d'hindous, de musulmans, de parsis, de chrétiens et de libres penseurs qui travaillent ensemble comme des frères, sur le terrain commun de la Théosophie ; et c'est précisément parce que la Théosophie n'est pas une religion, ni ne peut jouer le rôle d'une religion pour la multitude, que le succès de la Société a été si éclatant, non seulement en ce qui concerne le nombre croissant de ses membres et son influence grandissante, mais également si on considère la réalisation de l'Œuvre qu'elle s'est imposée — le réveil de la spiritualité dans la religion et le développement du sentiment de FRATERNITÉ parmi les hommes.
Nous, théosophes, croyons qu'une religion est un incident naturel dans la vie de l'homme, à son degré actuel de développement ; et que, s'il arrive, dans de rares cas, que certains individus naissent dépourvus du sentiment religieux, une communauté doit avoir une religion, c'est-à-dire un lien unifiant, si elle veut échapper à la décadence sociale et à l'annihilation matérielle. Nous croyons qu'aucune doctrine religieuse ne peut être plus qu'une tentative en vue d'exprimer à notre entendement limité actuel, dans les termes de nos expériences terrestres, de grandes vérités cosmiques et spirituelles, que, dans notre état normal de conscience, nous soupçonnons vaguement, plutôt que nous ne les percevons et comprenons réellement ; et donc, une révélation, si elle a quelque chose à révéler, doit nécessairement se conformer aux mêmes exigences terrestres de l'intellect humain. A notre avis, par conséquent, aucune religion né peut être absolument vraie, comme aucune ne peut être absolument fausse. Une religion est vraie dans la mesure où elle répond aux besoins spirituels, moraux et intellectuels du moment, et aide au développement de l'humanité en ce sens.
Elle est fausse pour autant qu'elle entrave ce développement et porte atteinte au côté spirituel, moral et intellectuel de la nature humaine. Et les idées spirituelles transcendantales d'un sage d'Orient, concernant les pouvoirs qui régissent l'Univers, seraient une religion aussi fausse pour le sauvage d'Afrique, que l'est son fétichisme grossier pour le sage, quoique ces deux points de vue soient nécessairement vrais à un certain degré, car tous deux représentent les conceptions les plus hautes que ces êtres puissent respectivement se faire au sujet des mêmes faits cosmiques et spirituels, lesquels ne peuvent jamais être connus en leur réalité, tant que l'homme ne reste qu'un homme.
Les théosophes respectent donc toutes les religions et professent une profonde admiration pour l'éthique religieuse de Jésus. Il ne pourrait en être autrement, car ces enseignements qui nous sont parvenus sont les mêmes que ceux de la Théosophie. Ainsi donc, aussi longtemps que le christianisme moderne reste à la hauteur de sa prétention d'être la religion pratique enseignée par Jésus, les théosophes sont avec lui de cœur et d'âme ; mais dans la mesure où il va à l'encontre de cette éthique, pure et simple, les théosophes sont ses adversaires. Tout chrétien peut, s'il le désire, comparer le Sermon sur la Montagne avec les dogmes de son Eglise, et l'esprit qui anime ce Sermon avec les principes qui inspirent la civilisation chrétienne, et qui gouvernent sa propre vie ; il lui sera loisible alors de juger, par lui-même, jusqu'à quel point la religion de Jésus pénètre son christianisme, et dans quelle mesure il se trouve donc d'accord avec les théosophes. Mais les chrétiens pratiquants — surtout les membres du clergé — ont peur de faire cette comparaison. Semblables à des marchands craignant de se trouver en faillite, ils ont l'air de redouter la découverte d'un déséquilibre dans leurs comptes, un passif spirituel qu'aucun actif matériel ne pourrait compenser. La comparaison entre les enseignements de Jésus et les doctrines des Eglises a cependant été faite fréquemment, et souvent avec beaucoup de compétence et un esprit critique pénétrant — à la fois par ceux qui voulaient abolir le christianisme, et ceux qui désiraient le réformer. L'ensemble de ces études comparatives prouve, en définitive, comme Votre Grandeur doit bien le savoir, que dans presque tous les cas, les doctrines des Eglises et les pratiques des chrétiens sont en opposition directe avec les enseignements de Jésus.
Nous avons l'habitude de dire au bouddhiste, au musulman, à l'hindou, au parsi : « Le sentier qui mène à la Théosophie passe pour vous par votre propre religion. » Nous parlons ainsi, parce que leurs croyances possèdent un sens philosophique et ésotérique profond, qui explique la forme allégorique sous laquelle elles sont présentées au peuple, mais nous ne pouvons en dire autant aux chrétiens. Les successeurs des Apôtres n'ont jamais consigné par écrit la doctrine secrète de Jésus — les mystères du Royaume des Cieux — qu'il leur fut donné — à eux les Apôtres — de connaître (1). Ces mystères furent supprimés, éliminés, détruits. Ce qui nous est parvenu au fil du temps, ce sont les maximes, les paraboles, les allégories et les fables que Jésus destinait expressément à ceux qui étaient sourds et aveugles spirituellement, pour qu'elles soient révélées plus tard au monde, mais que le christianisme moderne accepte littéralement ou interprète selon la fantaisie des Pères de l'Eglise séculière. Dans les deux cas, ces enseignements sont semblables à des fleurs coupées, car ils sont séparés de la plante sur laquelle ils ont poussé, et de la racine d'où cette plante a puisé la vie. Ainsi, si nous encouragions les chrétiens à étudier leur religion par eux-mêmes, comme nous le faisons avec les fidèles des autres croyances, il en résulterait, non pas une connaissance de la signification des mystères chrétiens, mais, ou bien un réveil de la superstition et de l'intolérance du Moyen-Age, joint à une formidable multiplication des prières superficielles et des prêches — comme celle qui produisit la création de 239 sectes protestantes, en Angleterre seulement — ou bien un grand accroissement du scepticisme, car le christianisme n'a pas de fondement ésotérique connu de ceux qui le pratiquent. Et Vous-même, Monseigneur le Primat d'Angleterre, devez constater avec douleur que vous ne connaissez absolument rien de plus de ces « mystères du Royaume des Cieux » enseignés par Jésus à ses disciples, que le plus humble et le plus illettré des membres de votre Eglise.
On comprendra donc aisément pourquoi les théosophes ne font aucune objection à l'attitude de l'Eglise Catholique Romaine ou des Eglises protestantes, la première interdisant et les autres déconseillant une recherche individuelle du sens des dogmes « chrétiens » qui correspondrait à l'étude ésotérique dans les autres religions. Avec les idées et la connaissance qu'ils possèdent actuellement, les chrétiens pratiquants ne sont pas prêts à entreprendre un examen critique de leur foi avec un espoir de bons résultats. Cette étude aurait pour conséquence inévitable de paralyser, plutôt que de stimuler, leurs sentiments religieux latents ; car la critique biblique comme la mythologie comparée ont prouvé d'une façon concluante — à ceux du moins qui n'ont aucun intérêt caché, spirituel ou temporel, à maintenir l'orthodoxie — que la religion chrétienne, telle qu'elle existe actuellement, se compose de déchets vides de substance du judaïsme, de débris du paganisme et de restes mal digérés du gnosticisme et du néo-platonisme. Ce curieux conglomérat qui s'est formé graduellement autour des paroles (logia) consignées de Jésus a commencé maintenant, avec le cours des âges, à se désagréger en laissant, dans son effondrement, des gemmes précieuses et pures de vérité théosophique, qu'il recouvrait et dissimulait depuis si longtemps, sans pouvoir jamais les défigurer ni les détruire. Non seulement la Théosophie sauve ces pierres précieuses du sort qui menace le fatras sans valeur où elles ont été si longtemps noyées, mais elle évite à ce fatras même une condamnation sans appel, car elle prouve que le résultat de la critique biblique est loin de constituer l'analyse ultime du christianisme du fait que tous les fragments formant les curieuses mosaïques des Eglises ont appartenu jadis à une religion dotée d'un sens ésotérique. C'est uniquement en rétablissant ces fragments à la place qu'ils occupaient à l'origine qu'on peut découvrir leur signification cachée et comprendre le vrai sens des dogmes chrétiens. Toutefois, pour y réussir, il est indispensable de posséder une connaissance de la Doctrine Secrète, telle qu'elle existe dans le fondement ésotérique des autres religions ; et cette connaissance n'est pas dans les mains du clergé, car l'Eglise en a d'abord caché les clefs, et depuis lors les a perdues.
Votre Grandeur saisira maintenant pourquoi la Société Théosophique a choisi, comme l'un de ses trois « buts », l'étude de ces religions et philosophies orientales qui jettent tant de lumière sur le sens caché du christianisme. Vous comprendrez aussi, espérons-nous, qu'en agissant de la sorte, nous le faisons en amis et non en ennemis de la religion enseignée par Jésus — en somme, le véritable christianisme. Car c'est uniquement par l'étude de ces religions et philosophies que les chrétiens peuvent espérer arriver à une compréhension de leurs propres croyances, ou découvrir le sens secret des paraboles et des allégories que le Nazaréen donna aux paralytiques spirituels de la Judée. Les Eglises, en considérant ces allégories comme des faits réels, ou comme des fantaisies, ont jeté le ridicule et le mépris sur ces enseignements, et ont mis le christianisme en passe de sombrer complètement, miné comme il l'est par la critique historique et les recherches mythologiques, sans compter le marteau de la science moderne qui le brise.
Les chrétiens devraient-ils donc prendre les théosophes pour leurs ennemis, sous prétexte que ces derniers considèrent le christianisme orthodoxe comme opposé, dans son ensemble, à la religion de Jésus, et parce qu'ils ont le courage de dénoncer les Eglises comme traîtresses au MAÎTRE qu'elles prétendent vénérer et servir ? Pas du tout, en vérité. Les théosophes savent que le même esprit qui animait les paroles de Jésus gît latent dans le cœur des chrétiens, comme dans celui de tous les hommes. Ils ont pour principe fondamental la Fraternité de l'Homme, dont la réalisation ultime n'est rendue possible que par ce qui était connu longtemps avant Jésus comme « l'esprit du Christ ». Cet esprit existe encore potentiellement de nos jours, dans tous les hommes, mais il ne se développera et ne deviendra actif que lorsque les êtres humains ne seront plus empêchés de se comprendre, de s'estimer et de sympathiser les uns avec les autres, par l'effet des barrières de lutte et de haine érigées par les prêtres et les princes. Nous savons qu'il existe des chrétiens capables de s'élever dans leur vie au-dessus du niveau de leur religion. Il y a, dans toutes les Eglises, de nombreux êtres nobles, désintéressés et vertueux, désireux de faire du bien à leurs semblables, selon ce qu'ils savent et ce qu'ils peuvent, remplis d'aspiration pour les choses supérieures à celles de la terre, des disciples de Jésus malgré leur christianisme. A l'égard de tels êtres, les théosophes ressentent la plus profonde sympathie, car seul un théosophe ou bien une personne douée de la sensibilité délicate et de la grande érudition théologique de Votre Grandeur est capable d'apprécier exactement les immenses difficultés que doit affronter la tendre plante de la piété naturelle, pour enfoncer sa racine dans le sol ingrat de notre civilisation chrétienne et pour s'efforcer de fleurir dans l'atmosphère froide et aride de la théologie. Combien il doit être difficile, par exemple, d'« aimer » un Dieu comme celui que décrit Herbert Spencer, dans un passage bien connu :

« La cruauté d'un Dieu fidjien qu'on représente dévorant les âmes des morts, et leur infligeant peut-être par là une torture, n'est rien, comparée à la cruauté d'un Dieu qui condamne les hommes à des peines qui sont éternelles... Les terribles punitions qui doivent retomber sur les descendants d'Adam, pendant des centaines de générations, pour une légère transgression qu'ils n'ont pas commise, la damnation de tous les hommes qui ne profitent pas d'un prétendu moyen d'obtention du pardon, dont la plupart des humains n'ont jamais eu connaissance, enfin l'établissement d'une réconciliation, par le sacrifice d'un fils parfaitement innocent, en vue de satisfaire à la prétendue nécessité d'une victime propitiatoire, sont des comportements qui susciteraient des sentiments d'horreur et de dégoût s'ils étaient le fait d'un maître humain. » (Religion: A retrospect and a prospect.)

Votre Grandeur dira sans doute que Jésus n'enseigna jamais le culte d'un dieu pareil. Et c'est ce que nous, théosophes, disons aussi. Cependant, c'est bien là le dieu dont le culte est rendu officiellement dans la cathédrale de Cantorbéry, par Vous, Monseigneur le Primat d'Angleterre ; et Votre Grandeur reconnaîtra avec nous qu'il doit vraiment exister une étincelle divine d'intuition religieuse dans le cœur des hommes, pour qu'ils puissent résister, comme ils le font, à l'action mortelle d'une telle théologie empoisonnée.
Si Votre Grandeur daigne, de son haut piédestal, jeter un regard autour d'elle, elle verra une civilisation chrétienne dans laquelle la lutte de l'homme contre l'homme, éperdue et sans pitié, est non seulement le trait caractéristique, mais le principe admis. C'est un axiome scientifique et économique reconnu aujourd'hui que tout progrès s'obtient par la lutte pour l'existence, et la survivance des plus aptes ; et les plus aptes à survivre dans notre civilisation chrétienne ne sont pas précisément ceux qui sont doués des qualités que la moralité de tous les temps a reconnues comme les plus hautes, ce ne sont pas ceux qui sont généreux, pieux, nobles de cœur, miséricordieux, humbles, droits, honnêtes et bons qui subsistent, mais les plus accomplis des égoïstes, des rusés, des hypocrites, des brutaux, des faux, des malhonnêtes, des cruels et des avares. Les êtres spirituels et altruistes sont les « faibles » que les « lois » qui gouvernent l'univers donnent en pâture aux hommes égoïstes et matériels, les « forts ». « La force prime le droit » est la seule conclusion légitime, le dernier mot de la morale du XIXe siècle, puisque le monde est devenu un vaste champ de bataille sur lequel les « plus aptes » descendent comme des vautours pour arracher les yeux et le cœur de ceux qui ont succombé dans le combat. La religion met-elle fin à la lutte ? Les Eglises éloignent-elles les vautours et réconfortent-elles les blessés et les mourants ? La religion ne pèse pas une plume dans le plateau de la balance du monde moderne, si l'on met dans l'autre plateau les avantages mondains et les plaisirs égoïstes ; et les Eglises sont impuissantes à revivifier le sentiment religieux parmi les hommes, parce que leurs idées, leur connaissance, leurs méthodes et leurs arguments datent des Ages Sombres. Monseigneur le Primat, Votre christianisme retarde de cinq cents ans.
Aussi longtemps que les hommes se disputèrent pour savoir lequel était le vrai Dieu, ou dans quel endroit l'âme passait après la mort, vous, le clergé, avez compris la question, et avez disposé d'arguments susceptibles d'influencer l'opinion publique — le syllogisme ou la torture, selon le cas ; mais maintenant c'est l'existence même d'un être tel que Dieu, ou d'un esprit immortel quelconque, qui est mise en doute ou rejetée. La Science invente de nouvelles théories pour expliquer l'Univers qui ignorent dédaigneusement l'existence d'un Dieu quelconque ; les moralistes établissent des théories de l'éthique et de la vie sociale dans lesquelles l'inexistence de toute vie future est admise comme un principe ; en physique, en psychologie, en droit, en médecine, tout savant qui veut avoir droit de cité doit veiller soigneusement à ce que ses idées ne contiennent aucune allusion à une Providence ou à une âme. Le monde est amené rapidement à la conviction qu'en face des faits Dieu est un mythe sans fondement dont la Nature n'a que faire ; et que l'idée d'un fragment immortel dans l'homme est le rêve insensé de sauvages ignorants perpétué par les mensonges et les astucieuses inventions de prêtres qui s'assurent leur subsistance en cultivant chez les hommes la crainte qu'un Dieu imaginaire puisse torturer éternellement leurs âmes, tout aussi imaginaires, dans un enfer fabuleux. Devant cette situation, le clergé reste, dans notre siècle, muet et impuissant. La seule réponse que l'Eglise pouvait faire à de telles « objections » c'était, autrefois, la torture et le bûcher mais, actuellement, elle ne peut plus recourir à ce système de logique.
Naturellement, si le Dieu et l'âme qu'enseignent les Eglises sont des entités imaginaires, le salut et la damnation selon les dogmes chrétiens constituent de pures illusions du mental, dues au procédé hypnotique d'affirmation et de suggestion, employé en grand, et agissant de façon cumulative sur des générations d'innocents « hystériques ». Quelle réponse pouvez-vous donner à une telle théorie de la religion chrétienne, sinon une répétition de vos assertions et suggestions ? Quels moyens avez-vous de ramener les hommes à leurs anciennes croyances autrement qu'en ravivant leurs anciennes coutumes ? « Construisez de nouvelles églises, dites plus de prières, établissez de nouvelles missions, et votre croyance dans le salut et la damnation sera raffermie, amenant comme résultat nécessaire une foi renouvelée en Dieu et en l'âme. » Voilà quelle est la politique des Eglises, et la seule réponse qu'elles offrent à l'agnosticisme et au matérialisme. Mais Votre Grandeur sait bien que vouloir affronter les attaques de la Science et de la critique modernes, à l'aide d'armes telles que l'affirmation ou la coutume, c'est comme monter à l'assaut de canons à répétition avec comme armes des boomerangs et des boucliers de cuir. Cependant, tandis que le progrès des idées et l'accroissement de la connaissance sont en train de miner la théologie populaire, chaque découverte de la Science, chaque nouvelle conception de la pensée européenne avancée, rapproche le mental du XIXe siècle des idées du Divin et du Spirituel familières à toutes les religions ésotériques et à la Théosophie.
L'Eglise prétend que le christianisme est la seule vraie religion, et cette prétention implique deux propositions distinctes : d'abord que le christianisme, est la vraie religion et ensuite qu'il n'y a pas d'autre vraie religion que le christianisme. Il ne semble pas qu'il soit jamais venu à l'idée des chrétiens que Dieu et l'Esprit pouvaient exister sous une autre forme que celle présentée par les doctrines de leur Eglise. Le sauvage appelle le missionnaire un athée, parce qu'il ne porte pas une idole dans sa malle, et le missionnaire, à son tour, qualifie d'athées tous ceux qui ne portent pas un fétiche dans leur mental ; et ni l'un ni l'autre ne semblent se douter qu'il puisse exister une idée supérieure à la leur, au sujet du grand pouvoir caché qui gouverne l'Univers et auquel le nom de « Dieu » est bien mieux applicable. On peut se demander si les Eglises se donnent plus de mal pour prouver que le christianisme est « vrai » que pour démontrer que toute autre forme de religion est nécessairement « fausse » ; les conséquences mauvaises de cela — qui est leur enseignement — sont terribles. Beaucoup de gens s'imaginent que lorsqu'ils ont rejeté le dogme, ils ont détruit le sentiment religieux, et ils en concluent que la religion est une chose superflue dans la vie humaine — une offrande aux nuages de choses qui appartiennent à la terre, un gaspillage d'énergie qui pourrait être dépensée avec plus de profit dans la lutte pour l'existence. Le matérialisme de notre siècle est donc la conséquence directe de la doctrine chrétienne qui enseigne qu'il n'existe pas d'autre pouvoir directeur dans l'Univers, ni d'Esprit immortel dans l'homme que ceux que révèlent les dogmes chrétiens. L'athée, Monseigneur le Primat, est le fils bâtard de l'Eglise.
Mais il y a plus. Les Eglises n'ont jamais enseigné aux bommes d'autres raisons plus nobles d'être justes, bons et sincères que l'espoir d'une récompense ou la crainte d'un châtiment ; et lorsqu'ils abandonnent leur croyance au caprice Divin et à l'injustice Divine, les fondements de leur morale sont ébranlés. Il ne leur reste même pas la morale naturelle, car le christianisme leur a appris à la considérer comme sans valeur, étant donné la dépravation naturelle de l'homme. Il s'ensuit que l'intérêt personnel devient le seul mobile de la conduite des hommes, et la crainte d'être découverts, le seul frein au vice. Ainsi, en ce qui concerne aussi bien la moralité que Dieu et l'âme, le christianisme écarte les hommes du sentier menant à la connaissance, et les précipite dans l'abîme de l'incrédulité, du pessimisme et du vice. L'Eglise est actuellement le dernier endroit vers lequel les hommes voudraient se tourner pour obtenir un soulagement aux maux et aux misères de leur vie, car ils savent que l'édification d'églises et la répétition de litanies n'influencent ni les pouvoirs de la Nature ni les conseils des nations ; et parce qu'ils sentent instinctivement que les Eglises, en acceptant le principe de ces expédients, ont perdu leur pouvoir de toucher le cœur des hommes, et qu'elles ne peuvent plus maintenant qu'agir sur le plan extérieur, comme soutiens des policiers et des politiciens.
La fonction de la religion est de réconforter et encourager l'humanité dans sa lutte incessante contre le péché et la souffrance. Elle ne peut arriver à ce but qu'en offrant aux hommes les nobles idéaux d'une existence plus heureuse après la mort, et d'une vie plus digne sur terre, qu'ils doivent gagner, dans les deux cas, par leurs efforts conscients. Ce que le monde réclame actuellement, c'est une Eglise qui lui parlera de la Divinité et du principe immortel de l'homme, en se plaçant au moins au niveau des idées et des connaissances du moment. Le christianisme dogmatique ne convient pas à un monde qui raisonne et pense, et seuls ceux qui sont capables de se replacer dans un état d'esprit médiéval peuvent apprécier une Eglise dont la mission religieuse (indépendamment de ses fonctions sociales et politiques) consiste à maintenir Dieu de bonne humeur, pendant que les laïcs font ce qu'ils croient contraire à ses commandements ; à prier pour faire changer le temps, et, éventuellement, à remercier le Tout-Puissant pour l'aide accordée dans le massacre des ennemis. Ce ne sont pas des « medecine-men » (2), mais des guides spirituels dont le monde a besoin de nos jours — un « clergé » qui lui donnera des idéaux adaptés à la mentalité de ce siècle, comme l'étaient le ciel et l'enfer chrétiens, Dieu et le Diable, aux époques de sombre ignorance et de superstition. Le clergé chrétien répond-il ou peut-il répondre à cette attente ? La misère, le crime, le vice, l'égoïsme, la brutalité, le manque de dignité et de maîtrise de soi qui caractérisent notre civilisation moderne, unissent leurs voix en un seul cri formidable, et répondent : NON !
Quelle est la signification de la réaction contre le matérialisme, réaction dont les signes s'affirment de tout côté actuellement ? Elle prouve que le monde est mortellement écœuré du dogmatisme, de l'arrogance, de la présomption et de l'aveuglement spirituel de la Science moderne — de cette même Science moderne que les hommes saluaient, hier encore, comme leur libératrice de la bigoterie religieuse et de la superstition chrétienne, mais qui, semblable au Démon des légendes monacales, exige, pour prix de ses services, le sacrifice de l'âme immortelle de l'homme. Et, en attendant, que font les Eglises ? Les Eglises dorment du doux sommeil que procurent les dotations, l'influence politique et sociale, et pendant ce temps, le monde, la chair et le démon s'approprient leurs mots de passe, leurs miracles, leurs arguments et leur foi aveugle. Les spirites — oh ! Eglises du Christ ! — vous ont dérobé le feu de vos autels pour illuminer les pièces où ils tiennent leurs séances ; les salutistes vous ont pris votre vin sacramentel et s'en sont enivrés spirituellement dans les rues ; l'Infidèle vous a dérobé les armes avec lesquelles vous l'avez vaincu autrefois, et, triomphalement, il vous dit que « ce que vous avancez a été répété fréquemment dans le passé ». Le clergé eut-il jamais une occasion aussi splendide ? Les raisins sont mûrs dans la vigne, il ne manque que les bons ouvriers pour les récolter. Si vous alliez donner au monde une preuve répondant au degré de probabilité qu'exige le niveau intellectuel du moment, montrant que la Divinité et l'Esprit immortel dans l'homme ont une réelle existence, comme des faits de la Nature, les hommes ne vous acclameraient-ils pas comme leurs sauveurs, les délivrant du pessimisme et du désespoir, de cette idée affolante et obsédante qu'il n'existe pas d'autre destinée pour l'homme qu'un néant éternel, après quelques courtes années d'amer labeur et de tristesse ? Oui, comme leurs libérateurs de cette lutte éperdue pour la jouissance matérielle et le progrès terrestre, qui est la conséquence directe de la croyance en une vie mortelle unique, l'alpha et l'oméga de l'existence.
Mais les Eglises n'ont ni la connaissance ni la foi nécessaires pour sauver le monde, et votre Eglise, Monseigneur le Primat, peut être moins que toutes les autres, alourdie comme elle l'est de ces huit millions de livres sterling qu'elle porte au cou comme une meule. C'est en vain que vous essayez d'alléger le navire en jetant par-dessus bord le lest de doctrines que vos ancêtres estimaient vitales pour le christianisme. Que peut faire votre Eglise, sinon fuir devant la tempête, les mâts désemparés, tandis que le clergé essaie faiblement de colmater les voies d'eau béantes à l'aide de la « version révisée », et tente, par son poids mort politique et social, d'éviter le naufrage du navire, envoyant par le fond sa cargaison de dogmes et de dotations ?
Qui a bâti la cathédrale de Cantorbéry, Monseigneur le Primat ? Qui a fondé et vivifié la grande organisation ecclésiastique qui rend possible l'existence d'un Evêque de Cantorbéry ? Qui a posé les bases de ce vaste système de taxes religieuses qui vous rapporte 15.000 livres par an, avec la jouissance d'un palais ? Qui a institué le rituel et les cérémonies, les prières et les litanies qui, légèrement modifiées et privées d'art et d'ornement, constituent la liturgie de l'Eglise d'Angleterre ? Qui a exigé du peuple les titres orgueilleux de « divin Révérend » et d'« Homme de Dieu » que le clergé de votre Eglise porte avec tant de confiance ? Qui, vraiment, sinon l'Eglise de Rome ? Nous parlons sans esprit d'hostilité. La Théosophie a vu l'ascension et la chute de nombreuses croyances, et elle assistera à la naissance et à la mort de bien d'autres. Nous savons que la vie des religions est soumise à la loi. Que vous ayez hérité de l'Eglise de Rome légitimement, ou par la violence, nous vous laissons en débattre avec vos ennemis et avec votre conscience, car notre attitude mentale envers votre Eglise est déterminée par la valeur intrinsèque de cette dernière. Nous savons que si elle est incapable de remplir la véritable fonction spirituelle d'une religion, elle sera certainement balayée même si la faute en revient plutôt à ses tendances héréditaires, ou à son milieu, qu'à elle-même.
Pour employer une comparaison familière, l'Eglise d'Angleterre est semblable à un train qui roule en vertu de la vitesse acquise avant qu'on coupe la vapeur. Lorsqu'il a quitté la voie principale, il s'est engagé sur une voie de garage qui ne mène nulle part. Le train est presque arrivé à l'arrêt et de nombreux passagers l'ont déjà quitté pour d'autres moyens de transport. Ceux qui restent savent pour la plupart qu'ils ont profité pendant tout le temps du peu de vapeur qui était restée dans la chaudière, depuis que les feux de Rome en ont été enlevés. Ils se doutent qu'ils ne font peut-être que « jouer au train » pour le moment ; mais le mécanicien continue d'actionner son sifflet, le contrôleur fait sa ronde pour examiner les billets, et les serre-freins font grincer leurs freins et, après tout, cela ne manque pas de charme. Car les voitures sont chauffées et confortables, et le temps est froid au dehors ; et tant qu'ils sont payés, tous les employés de la compagnie ne manquent pas d'obligeance... Mais ceux qui savent où ils veulent aller ne sont pas aussi satisfaits.
Depuis plusieurs siècles, l'Eglise d'Angleterre a joué un double jeu difficile, disant aux catholiques romains : « Raisonnez », et aux sceptiques : « Croyez ». C'est en équilibrant les forces de ce double jeu qu'elle est parvenue à se maintenir si longtemps debout à la rambarde. Mais voici que la rambarde elle-même fléchit. La sécularisation des biens de l'Eglise et sa séparation d'avec l'Etat sont dans l'air. Et qu'offre votre Eglise pour sa défense ? Son utilité. Il est utile d'avoir un certain nombre d'hommes ayant renoncé au monde, de bonne éducation et moralité, et qui, répandus dans tout le pays, empêchent les masses d'oublier complètement le nom de religion, et constiuent des centres de tavail binfaisants. Mais il ne s'agit plus maintenant, comme il y a cinq cents ans, de répéter des prières et de faire l'aumône aux pauvres. Les hommes ont atteint leur majorité et ont pris en main la direction de leur façon de penser, de leurs affaires sociales, privées et même spirituelles ; car ils se sont aperçu que leur clergé n'en savait pas plus qu'eux au sujet des « choses du Ciel ».
Mais l'Eglise d'Angleterre, dit-on, est devenue si libérale, que tous devraient la soutenir. Il est vrai qu'on peut assister à une excellente parodie de la messe, ou siéger en tant qu'unitarien virtuel, et, cependant, rester dans son giron. Toutefois, cette belle tolérance prouve uniquement que l'Eglise a trouvé nécessaire de se transformer en un terrain public où chacun peut dresser sa baraque foraine pour y donner sa propre représentation, pourvu qu'il contribue à défendre les dotations. La tolérance et le libéralisme sont contraires aux lois qui régissent l'existence d'une Eglise croyant en la damnation divine, et leur apparition dans l'Eglise d'Angleterre est un signe, non de vitalité nouvelle, mais de désagrégation prochaine. Non moins trompeuse est l'énergie déployée par l'Eglise, pour construire des bâtiments pour le culte. Si c'était là un critérium de la religion, dans quel âge pieux nous vivrions ! Jamais le dogme ne fut si bien logé, tandis que des milliers d'êtres humains doivent dormir à la belle étoile et meurent littéralement de faim à l'ombre de nos majestueuses cathédrales édifiées au nom de Celui qui n'avait pas où reposer sa tête. Mais, votre Grandeur, Jésus vous a-t-il dit que la religion gisait, non dans le cœur des hommes, mais dans les temples bâtis de leurs mains ? Vous ne pouvez transformer votre piété en pierres et cependant en faire usage dans votre vie ; et l'histoire montre que la pétrification du sentiment religieux est une maladie aussi mortelle que l'ossification du cœur. En supposant, cependant, que les églises se multiplient au centuple et que chaque prêtre devienne un centre de philanthropie, cela ne ferait encore que substituer à la tâche que les pauvres attendent de l'Eglise, sans pouvoir l'obtenir, celle qu'ils réclament de leurs semblables, mais non de leurs instructeurs spirituels. Et la stérilité spirituelle des doctrines de l'Eglise n'en serait que plus intensément mise en relief.
Le temps approche où le clergé sera appelé à rendre compte de son ministère. Etes-vous prêt, Monseigneur le Primat, à expliquer à VOTRE MAÎTRE pourquoi vous avez donné des pierres à Ses Enfants, alors qu'ils vous réclamaient du pain ? Vous souriez dans votre sécurité imaginaire. Les serviteurs du Seigneur ont fait si longtemps la fête dans les chambres secrètes de Sa Maison qu'ils sont convaincus qu'Il ne reviendra jamais. Mais ne vous a-t-Il pas dit qu'Il reviendrait comme un voleur dans la nuit ? Et voici qu'Il vient déjà dans le cœur des hommes.
Il y vient prendre possession du Royaume de Son Père, car c'est là uniquement que se trouve Son Royaume. Mais vous ne Le reconnaissez pas ! Si les Eglises elles-mêmes n'étaient pas entraînées dans le flot de négation et de matérialisme qui a englouti la société, elles reconnaîtraient le germe de l'Esprit de Christ qui croît rapidement dans le cœur de milliers d'êtres humains, qu'elles traitent maintenant d'infidèles et de fous. Elles trouveraient là le même esprit d'amour, d'abnégation, d'immense pitié pour l'ignorance, la folie et les souffrances du monde, que celui qui remplissait dans toute sa pureté le cœur de Jésus, comme celui d'autres Saints Réformateurs dans d'autres âges ; cet esprit qui est la lumière de toute religion véritable et le flambeau grâce auquel les théosophes de tous les temps ont essayé de guider leurs pas sur le sentier étroit qui mène au salut — le sentier parcouru par toute incarnation de CHRISTOS, l'ESPRIT DE VÉRITÉ.
Et maintenant, Monseigneur le Primat, nous vous avons respectueusement exposé les principaux points de différence et divergence entre la Théosophie et les Eglises chrétiennes, et nous vous avons montré l'unité de la Théosophie et des enseignements de Jésus. Vous avez entendu notre profession de foi et pris connaissance des objections et plaintes que nous formulons contre le christianisme dogmatique. Nous, une poignée d'humbles individus, sans fortune ni influence mondaine, mais forts de notre connaissance, nous nous sommes unis dans l'espoir d'accomplir l'œuvre que votre MAITRE, dites-vous, vous a confiée, mais que ce colosse richissime et autocratique — l'Eglise chrétienne — néglige si tristement. Appellerez-vous ceci de la présomption ? Et ne nous réserverez-vous, dans ce pays de libre opinion, de libre expression et de libre effort, que le vulgaire anathème que l'Eglise tient en réserve pour le réformateur ? Ou pouvons-nous espérer que les amères leçons de l'expérience, que cette politique a données aux Eglises dans le passé, auront changé le cœur et éclairé l'entendement des dirigeants de la religion, et que l'année prochaine, 1888, verra les chrétiens nous tendre la main avec sympathie et bonne volonté ? Ce serait simplement reconnaître à juste titre que le noyau relativement petit appelé la Société Théosophique n'est pas un pionnier de l'Antéchrist, ni un suppôt du Diable, mais, en pratique, l'auxiliaire, et peut-être même le sauveur du christianisme ; et qu'elle ne fait autre chose que d'essayer d'accomplir l'œuvre que Jésus — comme Bouddha et les autres « fils de Dieu » qui le précédèrent — avaient ordonné à ses fidèles d'entreprendre, mais que les Eglises, devenues dogmatiques, sont actuellement tout à fait incapables d'accomplir.
Et maintenant, si Votre Grandeur peut nous prouver que nous avons été injustes envers l'Eglise dont vous êtes le Chef, ou envers la théologie populaire, nous promettons de reconnaître publiquement notre erreur. Mais « QUI NE DIT MOT CONSENT ».
Notes :
(1) Marc, IV, 11 ; Matthieu, XIII, 11 ; Luc, VIII, 10.
(2) Sorciers indigènes (N.d.T.).

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