Dimanche 24 Septembre 2017

Mis à jour le Dim. 24 Sep. 2017 à 09:43

Retour H.P. Blavatsky

Articles de H.P. Blavatsky

AddThis Social Bookmark Button

Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

La légende du lotus bleu

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

Tout titre de Revue ou de livre doit avoir sa raison d'être – celui d'une publication théosophique, surtout. Le titre est tenu d'exprimer l'objet en vue, en symbolisant, pour ainsi dire, le contenu du journal. L'allégorie étant l'âme des philosophies d'Orient, bien à plaindre serait celui qui n'apercevrait, dans le nom du « Lotus Bleu », que celui d'une plante aquatique – la Nymphœa Cerulea ou Nelumbo. A coup sûr, un lecteur de cette force ne verrait aussi que du bleu dans le sommaire de notre nouveau journal.
Afin d'éviter une pareille méprise, nous allons es­sayer d'initier nos lecteurs sur le symbolisme du lotus en général et du lotus bleu, en particulier. Cette plante mystérieuse et sacrée fut, de tout temps, considérée comme le symbole de l'Univers, en Egypte comme aux Indes. Pas un monument dans la vallée du Nil, pas un papyrus, où cette plante n'ait eu sa place d'honneur. Depuis les chapiteaux des colonnes égyptiennes jusqu'aux sièges et à la coiffure des rois-dieux, le lotus se retrouve partout symbolisant l'Univers. Il devint nécessairement un attribut indispensable de tout Dieu créateur comme de toute déesse – cette dernière n'étant, en philosophie, que l'aspect féminin du Dieu, androgyne d'abord, mâle ensuite.
C'est du Padma-Yoni – « le sein du lotus » – de l'Espace absolu ou de l'Univers, en dehors du temps et de l'espace, qu'émane le cosmos conditionné et limité par le temps et par l'espace. Le Hiranya Garbha, « l'œuf » (ou la matrice) d'or, d'où surgit Brahmâ est nommé souvent le lotus céleste. Le dieu Vishnou, la synthèse du trimourti ou la trinité hindoue, flotte assoupi, pendant les « nuits de Brahmâ », sur les eaux primordiales, étendu sur une fleur de lotus. Sa déesse, la belle Lakshmi, surgissant comme la Vénus Aphrodite du sein des eaux, a, sous les pieds, un lotus blanc. C'est au barattage, par les dieux réunis, de l'Océan de lait - symbole de l'espace et de la voie lactée – que, formée de l'écume des ondes 'crémeuses, Lakshmi, déesse de la beauté et mère de l'amour (Kama), apparut devant les dieux émerveillés, supportée par un lotus et tenant à la main un autre lotus.
De là, les deux principaux titres de Lakshmi : padma, le lotus, et Kshirabdhi-tanayâ – fille de l'Océan de lait... Gautama, le Bouddha, qui ne fut jamais dégrade au niveau d'un dieu, étant, néanmoins, le premier mortel hardi qui, à l'époque historique, interrogea le sphinx muet qu'on nomme l'Univers, et finit par lui arracher les secrets de la vie et de la mort, quoique jamais déifié – nous le répétons – fut, cependant, reconnu par les générations en Asie comme dominant l'Univers. Et c'est pourquoi ce vainqueur et maître du monde intellectuel et philosophique est représenté assis sur un lotus épanoui – symbole de cet univers deviné par lui. Aux Indes et à Ceylan, le lotus est généralement couleur d'or ; parmi les bouddhistes du Nord, il est bleu.
Mais il existe, de par le monde, une troisième espèce de lotus, le Zizyphus. Celui qui en mange oublie sa patrie et ceux qui lui sont chers, disaient les anciens. Ne suivons pas cet exemple ; n'oublions pas notre patrie intellectuelle, le berceau de la race humaine, et le lieu de naissance du lotus bleu.
Levons donc le voile de l'oubli qui recouvre une des plus anciennes allégories, une légende védique, que les chroniqueurs Brâhmes ont cependant préservée. Seulement, comme ces chroniqueurs la racontent chacun à sa manière et y ajoutent des variations (1), nous l'avons donnée ici, non d'après les versions et traductions incomplètes de Messieurs les Orientalistes, mais d'après la version populaire. C'est ainsi que la chantent les vieux Bardes du Rajistan lorsqu'ils viennent, pendant les soirées chaudes de la saison des pluies, s'asseoir sous la véranda du bungalow des voyageurs. Nous laissons donc les orientalistes à leurs spéculations fantaisistes. Que nous importe que le père du prince poltron et égoïste qui fut la cause de la transformation du lotus blanc en lotus bleu s'appelât Harischandra ou Ambarisha ? Les noms n'ont rien à faire, ni avec la poésie naïve de la légende, ni avec sa morale – car on en trouvera une, si l'on cherche bien. Remarquons plutôt que l'épisode principal rappelle curieusement une autre légende – celle de l'Abraham biblique et du sacrifice d'Isaac.
N'est-ce point une preuve de plus que la doctrine Secrète de l'Orient pourrait bien avoir raison de soutenir que le nom du patriarche n'est ni un nom chaldéen, ni un nom hébreu, mais bien une épithète et un surnom sanskrits signifiant a-bram, c'est-à-dire un non brâhme (2), un brâhme débrahmanisé, ou déclassé et ayant perdu sa caste ? Ensuite, comment ne pas soupçonner, dans les Juifs modernes, les Tchandalas des temps du : Rishi Agastya, – les ouvriers en briques, dont la persécution commença il y a 8.000 ou 10.000 ans, mais qui émigrèrent en Chaldée 4.000 ans avant l'ère chrétienne, lorsque tant de légendes populaires dans l'Inde du Sud rappellent les récits bibliques ? Louis Jacolliot en parle dans plusieurs de ses vingt et un volumes sur l'Inde brahmanique, et il a raison, pour cette fois.

Nous en parlerons un autre jour. En attendant voici la légende du :

Lotus bleu

Siècles sur siècles se sont écoulés, depuis qu'Ambarisha, roi d'Ayodhyâ, régnait dans la ville fondée par le Saint-Manou Vaivasvata, le fils du soleil. Le roi était un Soûryavansa (un descendant de la race Solaire) et se disait le serviteur le plus fidèle de Varoûna, l'Eternel, le dieu le plus grand comme le plus puissant dans le Rig-Veda (3). Mais l'Eternel avait refusé des héritiers mâles à son adorateur, ce qui rendait le roi tout déconfit.

« Hélas ! – se lamentait-il tous les matins, en faisant son poudja (dévotions) devant les dieux inférieurs. – Hélas ! à quoi me sert d'être le plus grand roi sur la terre, si l'Eternel me refuse un successeur de mon sang ! Une fois mort et placé sur le bûcher funéraire, qui remplira auprès de moi le doux devoir filial de briser le crâne à mon cadavre, afin de libérer mon âme de ses dernières entraves terrestres ? Quelle est la main étrangère qui, pendant la pleine lune, placera le riz du Sraddha, pour faire honneur à mes mânes ? Les oiseaux de la mort (4) ne se détourneront ils pas eux-mêmes du festin funèbre ? Car, pour sûr, mon ombre rivée à la terre par son grand désespoir ne leur permettra point d'y toucher ! (5) »

Ainsi se désolait le roi, lorsque son grihasta (chapelain de famille) lui inspira l'idée de faire un vœu. Si 1’Eternel lui envoyait deux ou plusieurs fils, il promettait au dieu de lui sacrifier l'aîné, dans une cérémonie publique, lorsque la victime aurait atteint l'âge de la puberté. Alléché par cette promesse de chairs saignantes et fumantes, – en si bonne odeur chez tous les grands dieux, – Varoûna accepta la promesse du roi, et l'heureux Ambarisha eut un fils, suivi de plusieurs autres. L'aîné, l'héritier de la couronne, pro tempare, fut appelé Rohita (le rouge), et surnommé le Devarata, ce qui, traduit littéralement, signifie le « Dieu donné ». Devarata grandit et devint bientôt un vrai prince charmant, mais aussi égoïste et rusé que beau, si nous en croyons les légendes.
Lorsque le prince eut atteint l'âge voulu, l'Eternel, parlant par la bouche du même chapelain de la cour, somma le roi de tenir sa promesse. Mais, Ambarisha, inventant chaque fois des prétextes pour éloigner le moment du sacrifice, l'Eternel, à la fin, se fâcha. En dieu jaloux et colérique qu'il était, il menaça le roi de toute sa colère divine.
Pendant longtemps, ni sommations, ni menaces, n'eurent l'effet désiré. Tant qu'il y avait des vaches sacrées qui passaient des étables royales dans celles des Brâhmes, et de l'argent dans les trésoreries, pour remplir les cryptes des temples, les Brâhmes réussissaient à faire tenir Varoûna tranquille. Mais, lorsqu'il ne resta plus ni vaches ni argent, l'Eternel menaça le roi de submerger son palais avec lui et ses héritiers, et, s'ils en réchappaient, de les brûler tout vifs. A bout de ressources, le pauvre roi Ambarisha fit appeler son premier-né et l'informa du sort qui l'attendait. Mais le Devarata n'entendait pas de cette oreille. Il refusa de se soumettre à la double volonté paternelle et divine.
Aussi, lorsque les feux du sacrifice eurent été allu­més et que toute la bonne ville d'Ayodyha se fut rassemblée toute en émoi. – le prince héritier fut le seul qui manquât à la fête.
Il s'était sauvé dans les forêts des yogis.
Or, ces forêts étaient habitées par de saints ermites, et Devarata se savait là inattaquable et imprenable. On pouvait l'y venir voir, mais personne ne pouvait lui faire violence, – pas même Varoûna, l'Eternel. C'était tout simple. Les austérités religieuses des Aranyakas (les saints de la forêt), dont plusieurs étaient des Daityas (des Titans, race de géants et de démons), leur donnaient une telle puissance que tous les dieux tremblaient devant leur omnipotence et leurs pouvoirs surnaturels, – même l'Eternel.
Ces yogis antédiluviens, paraît-il, avaient le pouvoir de détruire cet Eternel lui-même, à volonté, – peut-être bien parce que c'était eux qui l'avaient inventé.
Devarata passa dans les forêts plusieurs années ; puis, à la fin, il en eut assez. S'étant laissé dire qu'il pouvait satisfaire Varoûna en trouvant un substitut qui se ferait immoler à sa place, – pourvu que le remplaçant fut un fils de Rishi, – il se mit en route et finit par découvrir ce qu'il lui fallait.
Dans le pays qui s'étend près des rivages fleuris du fameux lac Poushkara, il y avait famine, et un grand saint, nommé Ajigarta (6), était sur le point d'y mourir de faim, avec toute sa famille. Il avait plusieurs fils, dont le second, un adolescent vertueux, appelé Sunahsepha, était en train de devenir un Rishi, lui aussi. Profitant de la disette et pensant avec raison que ventre affamé aurait plus d'oreilles que ventre satisfait, le rusé Devarata mit le père au courant de son histoire. Après quoi il lui offrit cent vaches contre Sunahsepha, pour lui servir de substitut comme viande d'offrande sur l'autel de l'Eternel. Le père vertueux refusa net, d'abord. Mais le doux Sunahsepha s'offrit de lui-même et parla ainsi à son père :

« Qu'importe la vie d'un seul, lorsqu'elle peut sau­ver celles de tant d'autres ? L'Eternel est un Dieu grand, et sa miséricorde est infinie ; mais il est aussi un dieu fort jaloux, et son courroux est prompt et vengeur. Varoûna est maître de la terreur, et la mort obéit à son commandement. Son esprit ne contestera pas toujours avec celui qui lui désobéit. Il se repentira d'avoir créé l'homme, et alors il brûlera vifs cent mille lakhs (7) de personnes innocentes, pour un seul coupable. Si sa victime lui échappait, pour sûr, il dessécherait nos fleuves, mettrait la terre en feu, et fendraient les femmes enceintes, dans sa bonté infinie... Laisse-moi donc me sacrifier, mon père, pour cet étranger qui nous offre cent vaches ; car cela t'empêcherait, toi et mes frères, de mourir de faim et sauverait des milliers d'autres d'une mort terrible. »
« A ce prix, l'abandon de la vie m'est doux. »

Le vieux Rishi versa des larmes ; mais il finit par consentir ; et s'en fut préparer le bûcher du sacrifice (8).
Le lac Poushkara (9) était un des sites favorisés sur cette terre par la déesse Lakshmi-Padma (lotus blanc), qui se plongeait souvent dans ses ondes fraîches, pour rendre visite à sa sœur aînée, Varoûni, l'épouse de Varoûna l'Eternel (10). Laksmi-Padma entendit l'offre de Devarata, vit le désespoir du père, et admira le dévouement filial de Sunahsepha. Pleine de pitié, la mère de l'amour et de la compassion, envoya quérir le Rishi Visvamitra, l'un des sept Manous primordiaux et fils de Brahmâ, et réussit à l'intéresser au sort de son protégé. Le grand Rishi lui promit son aide. Apparaissant à Sunasepha, tout en restant invisible aux autres, il lui enseigna deux versets sacrés (Mantras) du Rig-Véda, lui faisant promettre de les réciter sur le bûcher. Or, celui qui prononçait ces deux mantras (invocations) forçait tout le conclave des dieux, – Indra en tête, – à venir à son secours, et devenait par cela même Rishi, dans cette vie ou dans sa réincarnation future.
L'autel était dressé au bord du lac, le bûcher préparé et la foule assemblée. Etendant, puis liant son fils sur le santal parfumé, Ajigarta s'arma du couteau du sacrifice. Déjà, il levait son bras tremblant au-dessus du cœur de son fils bien-aimé, lorsque celui-ci entonna les versets sacrés. Encore un instant d'hésitation et de douleur suprême... et, comme l'enfant finissait son mantram, le vieux Rishi plongea son couteau dans le sein de Sunahsepha...
Mais, ô miracle !... Au même instant, Indra, le dieu d'azur (le Firmament), glissa des cieux et tomba au milieu de la cérémonie. Enveloppant le bûcher et la victime d'un épais nuage azuré, le brouillard éteignit les flammes du bûcher et délia les cordes qui tenaient l'enfant captif. C'était comme si un coin du ciel bleu s'était affaissé sur les lieux, illuminant le pays entier et colorant toute la scène de son azur doré. Effrayés, la foule et le Rishi lui-même tombèrent sur le nez, à moitié morts de peur.
Lorsqu'ils revinrent à eux, le brouillard avait dis­paru, et un complet changement de scène s'était opéré.
Les feux du bûcher s'étaient rallumés d'eux-mêmes, et, étendue dessus, on vit une biche (Rohit) (11) qui n'était autre que le Prince Rohita, le Devarata, – qui, le cœur percé du couteau qu'il avait dirigé contre un autre, brûlait lui-même en holocauste pour son péché.
A quelques pas de l'autel, étendu aussi, mais sur un lit de lotus, dormait paisiblement Sunahsepha. Et à la place où le couteau s'était abaissé sur son sein, on voyait s'épanouir un beau lotus bleu. Le lac Poushkara, lui-même, recouvert, un moment auparavant, de lotus blancs, dont les pétales brillaient au soleil comme des coupes d'argent pleine d'amrita (12) reflétait maintenant l’azur du ciel ; – les lotus blancs étaient devenus bleus.
Alors on entendit une voix mélodieuse comme la voix du vina (13), s'élevant dans les airs du fond des ondes, prononcer ces paroles et cette imprécation :

« Un prince qui ne sait pas mourir pour ses sujets, est indigne de régner sur les enfants du Soleil. Il renaîtra dans une race aux cheveux rouges, une race barbare et égoïste ; et les nations qui descendront de lui n'auront pour héritage que le couchant. C'est le puîné d'un ascète mendiant, celui qui sacrifie sans hésiter sa vie pour sauver celle des autres, qui deviendra roi et régnera à sa place. »

Un frémissement d'approbation mit en mouvement le tapis fleuri qui recouvrait le lac. Ouvrant à la lumière d'or leurs cœurs bleus, les lotus sourirent de joie et envoyèrent un hymne de parfum à Sourya, leur soleil et maître. Toute la nature se réjouit, excepté Devarata qui n'était plus qu'une poignée de cendres.
Alors Visvamitra, le grand Rishi, quoique père déjà de cent fils, adopta Sunahsepha pour son fils aîné, et maudit d'avance, en matière de précaution, tout mortel qui se refuserait à reconnaître, dans le dernier né du Righi, l'aîné de ses enfants et l'héritier légitime du trône du roi Ambarisha.
En raison de ce décret, Sunahsepha naquit, à sa prochaine incarnation, dans la famille royale d'Ayodhyâ, et régna sur la race Solaire pendant quatre-vingt-quatre mille années.
Quant à Rohita, tout Devarata ou dieu donné qu'il fût, il subit le sort auquel Lakshmi-Padma l'avait voué.
Il se réincarna dans la famille d'un étranger sans caste (Mleccha-Yavana), et devint l'ancêtre des races barbares et à cheveux rouges qui habitent l'Occident.


C'est pour la conversion de ces races que le Lotus Bleu a été fondé.
Et si d'aucuns de nos lecteurs se laissaient aller à douter de la vérité historique de cette aventure de notre ancêtre Rohita, et de la transformation des lotus blancs en lotus d'azur, ils sont invités à faire un tour à Ajmir.
Une fois-là, ils n'auraient qu'à se rendre au bord du lac trois fois saint, nommé Poushkara, où tout pèlerin qui s'y baigne, pendant la pleine lune du mois de Korthktika (octobre-novembre), atteint la plus haute sainteté, sans se déranger autrement. Là, les sceptiques pourront voir de leurs yeux le site où s'éleva le bûcher de Rohita, ainsi que les eaux fréquentées jadis par Lakshmi.
Ils pourraient même voir les lotus bleus, si, grâce à une nouvelle transformation décrétée par les dieux, la plupart de ces plantes ne s'étaient changées, depuis, en crocodiles sacrés, que personne n'a le droit de déranger. Ce qui fait que neuf pèlerins sur dix, qui se plongent dans les eaux du lac, ont la chance d'entrer dans le Nirvana presque aussitôt après, et que les crocodiles sacrés sont les plus gros de leur espèce.

H. P. Blavatsky.
Article écrit en français par H. P. Blavatsky, pour la revue Le Lotus Bleu (Vol. l, avril 1890).

Notes :

(1) Comparez l'histojre de Sunahsepha, dans « Bhâgavata », IX, XVI, 35 ; le Ramayana, livre 1, ch. LX ; Manou, X, 105, Koulloûka Bhatta (l'Historien) ; Bahwruba et Aitareya Brâhmanas ; Vishnou Pourana, etc., etc... – Chaque livre donne sa version.
(2) La particule a, dans le mot sanskrit, le montre bien. Placée devant un substantif, cette particule désigne toujours la négation ou le contraire du contenu dans le terme qui suit. Ainsi Saura (Dieu), écrit a-soura, devient non-dieu ou le démon. Vidya, c'est la Science, et a-vidya l'ignorance, ou le contraire de la Science, etc., etc...
(3) Ce n'est que bien plus tard, dans le Panthéon dogmatique et le polythéisme symbolique des Brâhmes, que Varouna devint le Poseidon ou Neptune qu'il est maintenant. Dans le Veda, c'est le plus ancien des dieux, un avec l'Ouranos grec ; c'est-à-dire une personnification de l'espace céleste et des cieux infinis, le créateur et le gouverneur du ciel et de la terre, le Roi, le Père et le Maître du monde, des dieux et des hommes. L'Uranus d'Hésiode et le Zeus des Grecs en un.
(4) Les corneilles et les corbeaux.
(5) Le Sraddha est une cérémonie posthume observée pendant neuf jours par le plus proche parent du défunt. Il fut un temps où elle était magique. A l'heure qu'il est, elle consiste principalement à éparpiller, entre autres pratiques, des boulettes de riz cuit, devant la porte de la maison du mort. Si les corneilles dévorent promptement le riz, c'est un signe que l'âme est libérée et se trouve en paix. Sinon, ces oiseaux si voraces, ne touchant pas à la nourriture, fournissent la preuve que le pisatcha ou bhout (fantôme) est là pour les en empêcher. Le Sraddha est une superstition, sans doute, mais pas plus, à coup sûr, que les neuvaines et messes des morts.
(6) D'autres le nomment Rishika et font du roi Ambarisha, Harixhandra, le fameux Souverain qui fut le parangon de toutes les vertus.
(7) Un lakh est une mesure de 100.000, qu'il s'agisse d'hom­mes ou de pièces de monnaie.
(8) Manou (liv. X, 105), faisant allusion à cette histoire, remarque qu'Ajigarta, le saint Rishi, ne commit aucun péché en vendant la vie de son fils – puisque ce sacrifice préservait sa vie à lui et celle de toute sa famille. Ceci nous rappelle une autre légende, plus moderne, pouvant servir de parallèle à celle-ci. Le Comte Ugolino, condamné à mourir de faim dans son donjon, ne dévora-t-il pas ses enfants – « pour leur conserver un père ? » La légende populaire de Sunahsepha est plus belle que le commentaire de Manou – une interpolation des Brâhmes dans les manuscrits falsifiés, évidemment.
(9) Ce lac est quelquefois appelé Pokher, de nos jours. C'est un fameux lieu de pèlerinage annuel, situé dans un site charmant et à cinq milles anglais d'Ajmir, dans le Rajistan. Poushkara signifie « lotus bleu », l'eau du lac étant recouverte, comme d'un tapis, de ces belles plantes. Mais la légende assure qu'elles étaient d'abord blanches. Poushkara est aussi un nom propre d'homme, et le nom d'une des « sept îles sacrées », dans la Géographie des Hindous – les Sapta dwipa.
(10) Varouni, déesse de la chaleur (plus tard, déesse du Vin), est née aussi de l'Océan de lait. De « quatorze objets précieux » produits par le barattage, elle apparaît la seconde, et Lakshmi, la dernière, précédée de la coupe d'Amrita – le breuvage qui donne l'immortalité.
(11) Un jeu de mots. Rohit, en sanskrit, est le nom de femelle du daim, de la biche, et Rohita veut dire « le rouge ». C'est pour sa lâcheté et sa peur de mourir qu'il fut changé en biche par les dieux, selon la légende.
(12) L'élixir qui confère l'immortalité.
(13) Une espèce de luth. Un instrument dont l'invention est attribuée au dieu Siva.La légende du lotus bleu


top-iconRetour en Hauttop-icon

L'interaction entre l'humanité et les hiérarchies divines

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

Le fondement de l'astrologie
« Le Cinquième groupe [de la hiérarchie des Pouvoirs Créateurs] est très mystérieux, parce qu'il est en rapport avec le Pentagone Microcosmique, l'étoile à cinq branches qui représente l'homme. En Inde et en Égypte ces Dhyanis [hiérarchies Divines] sont associées au Crocodile, et ils résident dans le Capricorne. Ces termes, dans l'astrologie Indienne sont convertibles, et ce (dixième) signe du Zodiaque est appelé Makara, vaguement traduit par « crocodile ». Le mot est interprété de différentes manières en occultisme, comme on le verra plus loin. En Égypte, le défunt – dont le symbole est le pentacle ou l'étoile à cinq branches, avec les pointes qui représentent les membres d'un homme – était de manière emblématique transformé en un crocodile : Sebek, Sevekh, ou « le septième », et comme le montre M. Gerald Massey, celui qui est le symbole de l'intelligence, est en réalité un dragon et non un crocodile [Sebek = le dragon-crocodile]. Il est le « Dragon de Sagesse », ou le Manas, « l'Âme Humaine », le mental, le principe d'intelligence, appelé dans la philosophie ésotérique le « Cinquième » principe. » ‒ Traduction de The Secret Doctrine, I, p. 219.

L'humanité rationnelle
« Ce fût le travail de la cinquième Hiérarchie – ces êtres mystérieux qui président la constellation du Capricorne, Makara, ou du « Crocodile » en Inde et en Égypte – d'informer la forme animale, vide et éthérée, pour en faire l'Homme Rationnel. Ceci est un des sujets sur lequel très peu peut en être dit au grand public. C'est un MYSTÈRE, vraiment, mais seulement pour celui qui est prêt à rejeter l'existence, dans l'Univers, d'Êtres spirituels intelligents et conscients, et qui limite la pleine conscience à l'homme, et à « une fonction du cerveau ». De nombreuses Entités Spirituelles se sont incarnées corporellement dans l'humanité, depuis le début de son apparition, et qui, malgré cela, demeurent toujours aussi indépendantes, qu'avant, dans les infinités de l'Espace... » ‒ Traduction de The Secret Doctrine, I, p. 233.

Le symbole du Capricorne
« Regardons ce qui a été déjà dit, dans la littérature théosophique au sujet de la constellation du Capricorne, et ce qui en est généralement connu. Chacun sait que

  Signe zodiacal du Capricorne

est le dixième signe du Zodiaque dans lequel le Soleil entre au solstice d'hivers, environ le 21 décembre. Mais très peu, dit-on, savent – même en Inde, hormis les initiés – quelle est la relation mystique réelle qui semble exister entre les noms de Makara et de Kumara. Le premier représente, selon certains orientalistes, un animal amphibie appelé cavalièrement « crocodile », et le second est le titre du grand patron des yogis (voir le Siva Purana), les Fils de Rudra (Siva) qui sont unis à Lui ; un Kumara lui-même. C'est par leur connexion à l'Homme que les Kumaras sont aussi reliés au Zodiaque. Essayons de trouver ce que le mot Makara signifie.
« Le mot Makara, nous dit l'auteur des Douze signes du Zodiaque, [article M. Subba Row, paru dans l'ouvrage Five Years of Theosophy] « contient en lui-même la clef de son interprétation correcte. La lettre Ma équivaut au chiffre 5, et Kara signifie la main. [...] Ainsi Makaram ou Panchakaram signifient un Pentagone » ‒ l'étoile à cinq branches ou le pentagone représentant les cinq membres de l'homme (*) ».
« (*) Quelle est la signification et la raison de cette figure ? C'est que le Manas est le cinquième principe, et que le pentagone est le symbole de l'Homme ‒ non seulement de celui qui a cinq-membres, mais plutôt de l'HOMME pensant, et conscient. » ‒ Traduction de The Secret Doctrine, II, p. 576.

Un symbolisme universel
« L'ésotérisme du Nouveau Testament confirme tout à fait celui des Livres Mosaïques Hébreux ; et comme à, la même période, nombre de symboles, en général, purement égyptiens et païens – la Trinité par exemple – furent copiés et incorporés dans, les synoptiques et [l'évangile de] saint Jean, il est évident que l'identité de ces symboles était connus des auteurs (quels qu'ils furent) du Nouveau Testament. [...] Ainsi l'eau, le feu, la Croix, ainsi que la Colombe, l'Agneau, et d'autres animaux sacrés, avec toutes leurs combinaisons, qui ont la même signification, d'un point de vue ésotérique. »
« Le Lotus et l'Eau sont parmi les plus vieux symboles, et leur origine est purement aryenne, et sont devenus une propriété commune [...] [avec l'humanité actuelle]. Donnons un exemple. Les lettres, comme les nombres, sont tous mystiques, tant pris en combinaison que séparément. La lettre M est la plus sacrée de toutes les lettres, et elle est à la fois féminine et masculine, ou androgyne ; et symbolise l'EAU, le grand abîme. Elle est mystique dans toutes les langues, Orientales et Occidentales, et sa forme représente des vagues : Signe de Makara. Dans l'ésotérisme aryen et sémite, cette lettre était toujours associée aux eaux ; i.e. en sanskrit à MAKARA – le dixième signe du Zodiaque – qui représente un crocodile, ou plutôt un monstre aquatique toujours associé à l'eau. La syllabe MA équivaut et correspond au nombre 5 – composé d'un binaire, symbole des deux sexes séparés, et d'un ternaire, symbole de la troisième vie, la progéniture du binaire. Cela encore, est souvent symbolisé par le Pentagone, qui est un signe sacré, un Monogramme divin. MAITREYA est le nom secret du Cinquième Bouddha, et le Kalki Avatar des Brahmanes – le dernier MESSIE qui viendra à la culmination du Grand Cycle. C'est aussi la première lettre du mot grec Metis ou la Divine Sagesse, le « verbe » ou Logos ; et de Mithra (le Mihr), la Monade, le Mystère. Tous sont nés dans, et à partir, du grand Abîme, et ils sont les Fils de Maya – la Mère ; en Egypte, de Mouth, en Grèce de Minerve (sagesse divine), de Marie, ou Myriam, Myrrha, etc. ; de la Mère du Logos chrétien, et de Maya, la mère du Bouddha. Madheva et Madhavi sont les noms des dieux et déesses les plus importants du panthéon hindou. Finalement, Mandala est en sanskrit « un cercle », ou un orbe (les dix sections du Rig Veda). Les noms les plus sacrés en Inde commencent généralement avec cette lettre – de Mahat, la première manifestation de l'intellect, et Mandara, la grande montagne utilisée par les dieux pour baratter l'Océan, et jusqu'à Mandakin, le Ganga(Gange) céleste, Manu, etc., etc. »

« Nous avons aussi Moïse – trouvé dans les eaux du Nile – avec une consonance symbolique dans son nom. Et la fille du pharaon l'appela du nom de Moïse, car, « je l'ai tiré des EAUX » (Exode, ii, 10) (*). A côté de cela le nom hébreux sacré de Dieu, formulé avec la lettre M, est Meborach, le « Saint » ou le « Béni », et le nom des eaux du Déluge est M'bul. Un rappel des « trois Maries » à la Crucifixion et leur lien avec Mar, la Mer, ou l'Eau, pourrait clore les exemples. C'est pourquoi dans le Judaïsme et le Christianisme le Messie est toujours associé à l'Eau, au Baptême, aux Poissons (le signe zodiacal appelé Meenam en sanskrit), et même avec l'Avatar Matsya (poisson), et le Lotus – le symbole de la matrice, ou son homologue le nénuphar.
« Sur les reliques de l'ancienne Egypte, plus les objets de symboles et d'emblèmes votifs exhumés sont anciens, plus souvent les fleurs de lotus et l'eau sont dédiés aux Dieux Solaires. Le dieu [Noun] (Khnoom) – le pouvoir humide – l'eau, comme l'enseigne Thales, étant le principe de toutes choses, est assis sur un trône enchâssé d'un lotus (époque saïte, serapeum). [...] La « grenouille ou le crapaud divin » était parmi les principales déités créatives cosmiques, à cause de sa nature amphibie, et surtout à cause de son apparente résurrection, après avoir passé une longue période cachée dans de vieux murs, rochers, etc ; et elle participa non seulement à l'organisation du monde, avec [Noun] (Khnoom), mais fut aussi associée au dogme de la résurrection (**). Il doit y avoir quelques sens profonds et sacrés attaché à ce symbole, puisque, malgré le risque du reproche d'une zoolâtrie dégradante, les premiers Chrétiens égyptiens l'adoptèrent dans leurs Eglises. Une grenouille ou un crapaud enchâssé dans un lotus, ou simplement sans cet emblème, était une forme adoptée pour les lampes d'Eglise, sur lesquelles était gravés ces mots « Je suis la résurrection » [ego eimi anastasis]. On retrouve ces grenouilles divines sur toutes les momies. »
(*) Quand les sept filles du prêtre de Midian, vinrent puiser de l'eau, c'est par Moïse que troupeau put être abreuvé, et pour ce service Midian offrit Çippora (de sippara = la vague brillante) comme épouse à Moïse (Exode, II). Tout ceci à un sens secret.
(**) Avec les Egyptiens la résurrection avait lieu après 3000 ans de purification, dans le Devachan ou « dans les champs de béatitude ».

Extraits de The Secret Doctrine, II, pp. 384-6.

top-iconRetour en Hauttop-icon

Citations sur le mystère de l'année solaire

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

L'année solaire et le cycle de l'initiation
« Certains auteurs intéressés par le sujet – en particulier les maçons – ont essayé d'identifier Hénok (Hénoc) au Toth de Memphis, au grec Hermès, et même au Mercure latin. En tant qu'individus, tous sont distincts les uns des autres ; professionnellement – si un tel mot peut être utilisé, alors que son sens est maintenant si limité – ils appartiennent chacun et collectivement à la même catégorie d'auteurs sacrés, ou d'Initiateurs et de Dépositaires de Sagesse Occulte ancienne. Ceux qui dans le Coran (voir la Surate XIX) sont appelés du nom générique d'Edris, les « Savants » (ou les Initiés), portaient en Egypte le nom de « Toth », l'inventeur des arts, des sciences, de l'écriture ou de l'alphabet, de la musique et de l'astronomie. Chez les juifs les Edris devinrent « Hénok », qui, selon Bar-Hebraeus, « fut l'inventeur de l'écriture », des livres, des arts, et des sciences, et le premier qui définit le système du mouvement des planètes. En Grèce il était appelé Orphée, et ainsi son nom fut changé dans chaque nation. Le nombre sept est attaché et relié à chacun de ces Initiateurs primitifs, ainsi qu'au chiffre 365, le nombre de jours de l'année, et astronomiquement, il définit la mission, le caractère, et le devoir sacré de tous ces hommes, mais certainement pas de leurs personnalités. Hénok est le septième Patriarche ; Orphée est le possesseur de la phorminx, la lyre à sept cordes, qui est le septuple mystère de l'initiation. Toth, portant sur la tête le Disque Solaire à sept rayons, parcourt dans le bateau Solaire, les 365 degrés, et, tous les quatre ans, saute un jour. Finalement, Toth-Lunus est le dieu septuple des sept jours, ou de la semaine. Esotériquement et spirituellement, Enoichion signifie « le Voyant à l'Œil Ouvert ». ‒ Traduction de The Secret Doctrine, II, pp. 529-30.

Pendant l'année garder l'espérance dans le Christos intérieur
« Il est peu probable qu'un chiffre aussi sombre que 1888 puisse apporter beaucoup de joie et de prospérité à ceux qui vivent pour la vérité ; cependant l'année est annoncée par la glorieuse étoile de Venus-Lucifer, qui brille si intensément qu'elle fut prise pour, ce visiteur encore plus rare, l'étoile de Bethléem. Ceci est à portée de main ; et sûrement quelque chose de l'esprit du Christos devrait naître, sur terre, sous de telles conditions. » ‒ Extrait de l'article de H.P. Blavatsky « 1888 ».
« Il y a un an, [...] il avait été dit que 1888 était une combinaison sombre de nombres : ceci a été prouvé depuis. Des tremblements de terre, de terribles éruptions volcaniques, des raz de marée et des glissements de terrains, des cyclones et des incendies, des catastrophes ferroviaires et maritimes se sont succédés rapidement les uns aux autres. Le temps, durant toute l'année, a été complètement perturbé, malsain, instable. [...] Presque toutes les nations furent frappées par quelques graves calamités ; et, parmi elles, l'Allemagne, plus particulièrement. Ce fut en 1888 que l'Empire atteignait les 18 ans de son unification. C'est durant cette fatale combinaison de quatre chiffres 8 elle perdit deux de ses Empereurs, et planta les graines de beaucoup de [futures] conséquences karmiques graves. » ‒ Extrait de l'article de H.P. Blavatsky « The Year is Dead. Long Life the Year »

top-iconRetour en Hauttop-icon.

Janus - Le dieu à double face (Citations d'écrits d'H.P. Blavatsky)

  • PDF
AddThis Social Bookmark Button

Janus le dieu à double face
« Le premier janvier qui ouvrait le nouvel an était consacré à Janus [Janus = la « porte » ou une entrée quelconque ; la porte qui ouvre l'année], lequel donna son nom au mois de Januarius ou janvier. [...] Ce jour-là, tout le monde [dans l'Empire Romain] s'affublait, en l'honneur de Janus, à la double face, d'un faux nez plus ou moins saillant, de bonté, de franche cordialité et de sincérité. [...] Ni faux nez, ni masque ne pourraient empêcher un vieux païen de reconnaître, dans l'apôtre qui renia son Maître, son Janus à double face. Les deux sont identiques, et tout le monde a le droit de prendre son bien où il le trouve. Saint Pierre n'est le cœli Janitor que parce que Janus le fut. Le vieux concierge du ciel, qui tirait le cordon de la porte du palais du Soleil, à chaque nouveau jour, comme à chaque nouvel an, et la refermait sur eux, en les reconduisant, n'est que trop reconnaissable dans son nouveau rôle. Il était écrit, dans les étoiles qui gouvernent la destinée des dieux comme celle des mortels, que Janus – qui tenait la clef du ciel dans une main et une hallebarde de l'autre, tout comme saint Pierre le fait depuis qu'il lui a succédé – céderait sa place de portier du Soleil à celui qui deviendrait le gardien des portes du Paradis – la demeure du Christ-Soleil. Le nouveau cœli Janitor a succédé à toutes les fonctions et privilèges de l'ancien, et nous n'y voyons aucun mal. Salomon l'a dit : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil » – et il a bien dit. [...] Dans toutes les cérémonies religieuses, le nom de Janus était toujours invoqué le premier, car ce n'est que par son immédiate intercession que les prières des fidèles idolâtres pouvaient parvenir aux oreilles des dieux immortels. » ‒ H.B. Blavatsky, extrait de l'article « Pensées sur le Nouvel An et les Faux Nez » (Cahier Théosophique n°133).
« Janus, le dieu à double face, était à la tête de douze dieux, et dans ses représentations il était montré tenant les clefs des domaines célestes ». Isis dévoilée, (Isis Unveiled, Vol. II, p. 448).

Janus et le caractère ésotérique des Évangiles
« Le culte de la lettre morte de la Bible n'est qu'un autre genre d'idolâtrie, rien de plus. Un dogme fondamental de la foi ne peut exister sous une forme de Janus à double visage. La « justification » par le Christ ne petit être obtenue par l'homme à son choix et à sa fantaisie, seulement « par la foi », ou « par les œuvres » ; et comme, à ce sujet, Jacques (Epitre ; 2, 25) (Note 1) et Paul (Hebreux ; 11, 31) se contredisent mutuellement (Note 2), l'un des deux doit avoir tort. Il en résulte que la Bible n'est pas la « Parole de Dieu », mais, dans le meilleur des cas, contient la parole d'hommes faillibles, et d'instructeurs imparfaits. Cependant, si on la lit ésotériquement, elle contient effectivement, sinon toute la vérité, du moins « rien que la vérité », sous un déguisement allégorique ou sous un autre. Il faut seulement ne pas oublier : « Quot homines tot sententiae » (Note 3) ». [...]
« Si on demande d'expliquer les noms IESOUS CHREISTOS, la réponse est celle-ci : étudiez la mythologie, les soi-disant « fictions » des Anciens, et elles vous donneront la clef. Réfléchissez à Apollon, le dieu solaire et le « Guérisseur », et à l'allégorie concernant son fils Janus (ou Ion) (Note 4), son prêtre à Delphes, qui était le seul canal par lequel les prières pouvaient atteindre les dieux immortels ; songez aussi à son autre fils Asclépios, appelé Sôtêr, le Sauveur. Vous avez ici un feuillet du livre de l'histoire ésotérique, rédigé en tournures symboliques par les vieux poètes grecs.
La ville de Chrisa [Krisa ] (Note 5) (la moderne Crisa) fut construite en mémoire de Kréousa (ou Créüse), la fille du roi Erechthée, et la mère de Janus (ou Ion) par Apollon, pour rappeler le danger auquel Janus avait échappé (Note 6). Nous apprenons que Janus, abandonné par sa mère dans une grotte, « pour cacher la honte d'une vierge qui avait donné naissance à un fils », y fut découvert par Hermès ; ce dernier emmena le jeune enfant à Delphes, le nourrit près du sanctuaire et de l'oracle de son père, où, sous le nom de Chrêsis (χρησις), Janus devint d'abord un Chrêstês (un prêtre, devin, ou Initié), puis presque un chrêstêrion, « une victime sacrificielle » (Note 7), car il échappa de peu à un empoisonnement par sa propre mère ; celle-ci, en effet, ignorante de son identité, et mue par la jalousie, l'avait pris pour un fils de son mari [Xouthos], sur la base d'une vague indication de l'oracle. Janus la poursuivit jusqu'à l'autel, avec l'intention de la tuer, mais elle fut sauvée par la pythonisse qui révéla à tous deux le secret de leur parenté. C'est ainsi qu'en souvenir de ce salut gagné de justesse, Creüse, la mère, bâtit la ville de Chrisa, ou Krisa. Telle est l'allégorie, et elle symbolise simplement les épreuves de l'Initiation (Note 8).
Il apparaît donc que Janus, le Dieu solaire et le fils d'Apollon, le Soleil, signifie l'« Initiateur » et « Celui qui ouvre la Porte de la Lumière » (ou de la sagesse secrète des mystères), qu'il est issu de Krisa (ésotériquement Chris) et qu'il était un Chrêstos par lequel parlait le Dieu, et finalement qu'il était Ion, le père des Ioniens et, selon certains, un aspect d'Asclépios, un autre fils d'Apollon : avec ces éléments, il est facile de saisir le fil d'Ariane dans ce labyrinthe d'allégories. Toutefois ce n'est pas ici le lieu de démontrer des questions mineures en mythologie. Il suffit de faire ressortir le lien qui existe entre les personnages mythiques d'une lointaine antiquité et ce qu'on trouve dans les fables plus récentes qui ont marqué le début de notre ère de civilisation. Asclépios (Esculape) était le divin médecin, le « Guérisseur », le « Sauveur », Σωτήρ [Sôtêr], comme on l'appelait (titre également attribué à Janus de Delphes) ; et IASO, la fille d'Asclépios était la déesse de la guérison, sous le patronage de qui étaient placés tous les candidats à l'initiation dans le temple de son père — les novices ou chrêstoï, appelés « les fils d'Iasô ». ‒ Extrait de l'article de H.P. Blavatsky « Le caractère ésotérique des Evangiles » (Cahiers Théosophiques n°162/3/4).

Note 1 : [Jacques (2, 26) précise clairement : « De même que sans souffle le corps est mort, de même aussi, sans ouvres, la foi est morte ».]
Note 2 : Pour st Paul, il n'est que juste de remarquer que cette contradiction est sûrement due à une altération ultérieure de ses Epîtres, Paul était lui-même un gnostique, c'est-à-dire un « Fils de la Sagesse » et un initié aux vrais mystères de Christos, bien qu'il ait lancé ses foudres (ou, du moins, on s'est arrangé pour le faire croire) contre certaines sectes gnostiques qui, de son temps, existaient en grand nombre. Mais le Christos dont il a parlé n'était pas Jésus de Nazareth, ni aucun homme vivant, comme l'a montré avec tant de compétence M, Gerald Massey dans sa conférence : « Paul, l'adversaire gnostique de Pierre », C'était un Initié, un vrai « Maître-constructeur » ou adepte, comme il a été décrit dans Isis Unveiled (II, 90-91).
Note 3 : [« Autant d'hommes, autant d'opinions » (Cicéron).]
Note 4 : [Dans tout le passage qui suit, H.P.Blavatsky identifie Ion (héros antique qui a donné son nom aux Ioniens, considérés comme les premiers Grecs) et Janus, une des plus anciennes divinités du panthéon romain. La tragédie grecque d'Euripide, Ion, qui retrace la légende du personnage, ignore le nom latin de Janus.]
Note 5 : Aux temps d'Homère, cette ville, célèbre jadis pour ses mystères, nous apparaît comme le principal siège de l'Initiation, et le nom de Chrêstos y était employé comme un titre, pendant les mystères. Elle est mentionnée dans l'Iliade (II, 520) sous la forme Krisa [en ionien : Krisè]. [...].
Note 6 : Les racines grecques de Chrêtos et Chrêstos sont identiques ; c'est le verbe [chraô], qui a pour signification « consulter l'oracle », dans un sens, mais, dans un autre, également: « consacrer », mettre à part, attacher à un temple ou un oracle, ou vouer au service d'un oracle. Par ailleurs, [chré] (de [chréô]) veut dire « obligation », dette, devoir, ce qui renvoie à celui qui est sous l'obligation de serments, ou de vœux, qu'il a prononcés.
Note 7 : Le terme grec [chrêstos] fut aussi employé comme adjectif apposé à des noms propres, à titre de compliment, comme dans Platon (Théétète, 166 A) : [houtos dê ho Sôcratês ho chrêstos], « voici Socrate le Chrêstos » [= voilà bien le brave Socrate !] ; également à titre de surnom, comme on en voit un exemple chez Plutarque (Vies, Phocion, 746 c) qui se demande comment un personnage aussi rude et austère que Phocion a bien pu être surnommé Chrêstos [= Bon].
Note 8 : Il y a pour un Occultiste d'étranges aspects, tout à fait suggestifs, dans ce mythe de Janus (s'il s'agit bien d'un mythe). Certains font de Janus [le dieu latin] la personnification de Kosmos, d'autres, de Coelus (le ciel); il a donc un « double visage » en raison de son double caractère d'esprit et de matière; et n'est pas seulement « Janus bifrons » (à deux visages) mais aussi quadrifrons [à quatre visages] — le carré parfait, l'emblème de la Déité de la Kabbale. Ses temples furent construits à quatre côtés égaux, avec une porte et trois fenêtres sur chaque côté. Pour les mythologues, il s'agit d'une représentation des quatre saisons de l'année et des trois mois de chaque saison et, dans l'ensemble, des douze mois annuels. Toutefois, au cours des mystères de l'Initiation, Janus devenait le Soleil du Jour et le Soleil de la Nuit. C'est pourquoi on le voit souvent figuré avec dans une main le nombre 300 [en chiffres romains : CCC] et dans l'autre le nombre 65 [= LXV], ce qui totalise les jours de l'année solaire. Si maintenant on pense à H'anokh [= « initié », ou « initiant »] (Henoch ou Enoch dans la Bible), il constitue — comme on peut le montrer sur l'autorité de la Kabbale — un seul et même personnage, qu'il soit fils de Caïn, fils de Seth [sous le nom d'Enos], ou fils [de Jared, père] de Mathusalem. En tant que H'anokh (selon Fuerst) « il est l'Initiateur, l'Instructeur — à l'origine du cercle astronomique et de l'année solaire » : si on considère l'Enoch qui fut le père de Mathusalem, il passe pour avoir vécu 365 ans, [cf. Genèse, 5, 23] et avoir été enlevé vivant au ciel, comme représentant du Soleil (ou Dieu). (Voir Livre d'Enoch). Ce patriarche a bien des traits communs avec Janus, lequel est Ion exotériquement, mais IAO du point de vue de la Kabbale, ou Jehovah, le « Seigneur Dieu de la Génération », le mystérieux Yod, ou UN (nombre phallique). Car Janus, ou Ion, est aussi surnommé Consivius [= le planteur], du fait qu'il préside à la génération. Il est représenté comme donnant l'hospitalité à Saturne (Chronos, le temps) [chassé de Grèce par Jupiter] et il est l'Initiateur de l'année, ou le temps divisé en 365.

Le mystère du Jardin d'Eden
« Le mystère relatif au drame d'Eden, a été, dit-on, d'abord enseigné par Janus, qui fut aussi le premier à introduire dans les temples, le symbole de la « graine », dans le sacrifice du « pain » et du « vin » qui commémore la « chute [de l'homme] dans la reproduction [sexuée] ». ‒ Traduction d'Isis dévoilée (Isis Unveiled, Volume II, p. 44).
________________________________________