Lundi 24 Juillet 2017

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Articles de H.P. Blavatsky

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Helena Petrovna Blavatsky (1831 - 1891) ou Madame Blavatsky fut sans conteste la femme la plus extraordinaire du 19e siècle. Née d'une famille de la grande noblesse russe, elle entreprendra pendant plus de 20 années, une série d'interminables voyages autour de la terre. Elle rencontra d'authentiques maîtres spirituels. Au contact de ces maîtres, en Inde et surtout au Tibet, elle découvrit ce qu'elle allait appeler la Théosophie, philosophie ésotérique représentant la Tradition commune à toutes les religions.Elle consacra toutes ses forces à propager cette philosophie qui pour elle devait servir à unir les hommes, au-delà des sectarismes.

En fondant avec quelques amis, dont le Colonel Henry S. Olcott et William Q. Judge, la Theosophical Society (Société Théosophique) à New York, en 1875, elle lançait ce qui allait devenir un grand mouvement planétaire de renouveau, dans le domaine philosophique, humaniste et spirituel.

Mme Blavatsky a laissé une œuvre écrite considérable comprenant un millier d'articles et plusieurs ouvrages majeurs : Isis Dévoilée ; La Doctrine Secrète ; La Clef de la Théosophie ; La Voix du Silence ; Raja Yoga ou Occultisme ; Les Cinq messages ; Les rêves et l'éveil intérieur (de H.P. Blavatsky et W.Q. Judge)

De nombreux articles de Blavatsky sont accessibles en ligne.

Elle décède le 8 mai 1891 à Londres (Angleterre).

Le symbolisme du Soleil

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Note complémentaire : extraits d’écrits de H.P. Blavatsky et d’autres auteurs

Sommaire
Aphorismes occultes sur le soleil
Le Soleil et l’Ether
Le Soleil est-il Esprit ou matière ?
La théorie solaire
Croissance du corps éthérique et croissance du système solaire
Récit symbolique extrait de La Doctrine Secrète
L’Éther ou la lumière astrale
Compléments

Aphorismes occultes sur le soleil
Extraits de La Doctrine Secrète d’H.P. Blavatsky :

(XX) « La Matière, ou la Substance, est septuple dans les limites de notre Monde, comme elle l'est aussi au-delà. En outre, chacun de ses états, ou principes, est gradué en sept degrés de densité. SÛRYA (le Soleil), dans sa réflexion visible, présente le premier état ou le moins élevé du septième degré, l'état le plus élevé de la PRÉSENCE Universelle, le pur parmi les purs, le premier Souffle manifesté du SAT (Être-té) à jamais Non Manifesté. Tous les Soleils Centraux physiques, ou objectifs, forment dans leur substance l'état le plus bas du premier Principe du SOUFFLE. Et ces soleils ne sont autre chose que les RÉFLEXIONS de leurs PRIMAIRES qui sont cachés à la vue de tous, sauf des Dhyân-Chohan, dont la Substance corporelle appartient à la cinquième division du septième Principe de la substance-Mère et est, en conséquence, de quatre degrés plus élevés que la substance solaire réfléchie. Tout comme il y a sept Dhâtu (substances principales constituantes du corps humain), de même il y a sept Forces dans l'Homme et dans toute la Nature.
(XXI) « La substance réelle du (Soleil) caché est un noyau de substance-Mère. C'est le cœur et la matrice de toutes les Forces vivantes et existantes de notre univers solaire. C'est le Noyau d'où sortent, pour s'épandre dans leurs voyages cycliques, tous les Pouvoirs qui mettent en action les atomes, dans leurs tâches fonctionnelles, et c'est le foyer dans lequel ils reviennent se réunir dans leur SEPTIÈME ESSENCE tous les onze ans. Si quelqu'un t'affirme qu'il a vu le soleil, ris de lui (*), comme s'il t'avait assuré que le soleil se déplaçait réellement sur son orbite journalière [..].
(XXIII) « C'est à cause de sa nature septuple que les anciens ont parlé du Soleil comme étant conduit par sept chevaux, assimilés aux mètres prosodiques des Véda ; ou encore que, tout en l'identifiant aux SEPT « Gaïna » (classes d'êtres) présents dans son orbe, ils l'ont déclaré distinct d'eux (**) comme il l'est en vérité, et aussi possesseur de SEPT RAYONS, ce qui est vrai [..].
(XXV) « Les Sept Êtres dans le Soleil sont les Sept Sacrés, Auto-générés, nés du pouvoir inhérent à la matrice de la substance-Mère. Ce sont eux qui émettront les Sept Forces Principales appelées, rayons, qui au début du Pralaya, se centreront en sept nouveaux Soleils en vue du prochain Manvantara. L'énergie d'où jaillissent ces Êtres à l'existence consciente, dans chaque Soleil, est ce que certains appellent Vishnu [voir la note ci-dessous*], qui est le Souffle de l'ABSOLUITÉ.

(*) Vishnu, sous la forme de l'énergie active solaire, ne se lève ni ne se couche jamais et il est tout à la fois le Soleil septuple, et une réalité distincte de lui, dit le Vishnu Purâna (Livre II, chapitre Il) [Trad. Wilson, voI. II., p.296].
(**) De même qu'un homme, en s'approchant d'un miroir placé sur un support, y voit sa propre image, de même, l'énergie (ou réflexion) de Vishnu [le Soleil] n'en est jamais séparée [...] mais reste, mois après mois, dans le Soleil [comme dans le miroir] qui est placé là (Vishnu Purâna [Trad. Wilson, p.297]).

H.P. Blavatsky La Doctrine Secrète, traduction de l’édition originale de The Secret Doctrine, vol. I ; pp.289-290 – Cahier théosophique n°175, pp.46-7.

Le Soleil et l’Ether
« a. L'espace inter-stellaire, inter-planétaire, inter-matériel, interorganique, n'est pas un vide, mais est rempli par un fluide subtil ou gaz, que faute d'un meilleur terme, nous pouvons encore appeler, comme le faisaient les anciens, Aith-ur – feu Solaire, – ÆTHER. Ce fluide, d'une composition inchangeable, indestructible, invisible (*), pénètre, toute chose et toute la matière [pondérable – H.P.B.], le caillou dans le ruisseau qui court, l'arbre surplombant, l'homme regardant, est imprégné d'éther à des degrés divers ; le caillou moins que l'arbre, l'arbre moins que l'homme. Tout sur la planète est imprégné de cette façon ! Un monde est édifié dans un fluide éthéré, et se déplaçant dans une mer de ce fluide.
« b. L'Ether, quelle que soit sa nature, provient du soleil et des soleils (**) : les soleils en sont les générateurs, les entrepôts et les diffuseurs (***).

* « Inchangeable » seulement pendant les périodes Manvantariques, après lesquelles il se confond une fois de plus dans Mulaprakriti ; « invisible » pour toujours, dans sa propre essence, mais vu dans son étincellement reflété, appelé la lumière Astrale par les Cabalistes modernes. Cependant, la conscience et les Etres grandioses vêtus dans cette même Essence en sortent.
**Il faut ajouter le mot pondérable, pour la distinguer de l'Ether qui, bien qu'étant un substratum, est encore de la Matière.
***Les Sciences Occultes renversent la déclaration, et disent que c'est le soleil, et tous les soleils qui proviennent de lui, lequel émane à l'aube Manvantarique du Soleil Central.
« Là, nous différons résolument d'opinion avec le gentleman savant. N'oublions pas que cet Æther, que ce terme s'applique à l'Akâsa ou à son principe inférieur, Ether – est septénaire. Dans l'allégorie, Akâsa est Aditi et la mère de Mârttânda (le Soleil), la Deva-matri – « Mère des Dieux ». Dans le système solaire, le soleil est sa Buddhi et son Vahan, le Véhicule, par conséquent le sixième principe ; dans le Kosmos, tous les soleils sont les Kama rupa d'Akâsa et il en est ainsi du nôtre. Ce n'est que lorsqu'on le considère comme une Entité individuelle dans son propre Royaume, que Surya (le Soleil) est le septième principe du grand corps de la matière.

H.P. Blavatsky La Doctrine Secrète, extrait traduit de l’édition originale de The Secret Doctrine, vol. I, p.527.

Le Soleil est-il Esprit ou matière ?
« Le Soleil est matière, et le Soleil est Esprit. Nos ancêtres -les "Païens"-, comme leurs successeurs modernes, les Parsis- étaient, et sont, assez sages dans leur génération pour voir dans le symbole de la Divinité, et pour y deviner, en même temps, caché sous le Symbole physique, le Dieu radieux de la Lumière Spirituelle et terrestre. – Extrait de La Doctrine Secrète (The Secret Doctrine, éd. originale, vol. I, p. 479).
« Pour les Occultistes, c'est en même temps Esprit et Matière. Derrière le "mode de mouvement", considéré maintenant comme la "propriété de la matière" et rien de plus, ils perçoivent le noumène radieux. C'est "l'Esprit de Lumière", le premier-né de l'Eternel Elément pur, dont l'énergie (ou l'émanation) est emmagasinée dans le Soleil, le grand Distributeur de la Vie du monde physique, comme le Soleil Spirituel Caché est le distributeur de Vie et de Lumière des Royaumes Spirituel et Psychique. » – Extrait de La Doctrine Secrète (The Secret Doctrine, éd. originale, vol. I, p.481).

La théorie solaire
« La vie renferme un mystère – un mystère qui n'a jamais été sondé, et qui apparait plus grand, à mesure que l'on étudie et contemple plus profondément le phénomène de la vie. […]
« Ce "mystère", ou l'origine de l'ESSENCE DE VIE, l'Occultisme le situe dans le même centre que le noyau de prima materia (car ils sont un) de notre système Solaire.
« Le soleil est le cœur du Monde (Système) Solaire et son cerveau est caché derrière le Soleil (visible). De là, la sensation s'irradie dans tous les centres nerveux du grand corps et les vagues de l'essence de vie s'écoulent dans chacune des artères et des veines... Les planètes en sont les membres et les pulsations. » (Commentaires)
« Il a été établi autre part (dans le Theosophist) que la philosophie Occulte nie que le Soleil soit un globe en combustion, mais le définit simplement comme un monde, une sphère éclatante, le Soleil réel étant caché derrière, et le soleil visible étant seulement sa réflexion, sa coquille. Les feuilles de saule de Nasmyth, prises par Sir J. Herschel pour des "habitants Solaires", sont les réservoirs de l'énergie vitale solaire, "l'électricité vitale qui nourrit tout le système. … Le Soleil in abscondito étant ainsi le réservoir de notre petit Kosmos, auto-générant son fluide vital et recevant toujours autant qu'il donne" et le Soleil visible seulement une fenêtre ouverte dans le vrai palais et présence Solaire, qui reflète, cependant, fidèlement le travail intérieur.
« Ainsi, durant la période solaire manvantarique ou vie, il y a une circulation régulière du fluide vital à travers notre système, dont le Soleil est le cœur - semblable à la circulation du sang dans le corps humain, le Soleil se contractant d'une manière aussi rythmique que le fait le cœur humain à chaque retour de ce sang. Seulement, au lieu d'accomplir le circuit en une seconde, ou à peu près, il faut au sang solaire dix de ses années pour circuler, et une année entière pour traverser ses oreillette et ventricule avant d'aller épurer les poumons, pour retourner ensuite de là dans les grandes artères et les veines du système.
« La Science ne niera pas cela, depuis que l'Astronomie a connaissance du cycle fixe de onze ans, au bout duquel le nombre des taches solaires augmente, cette augmentation est due à la contraction du CŒUR Solaire. L'univers (dans ce cas-là notre monde) respire, comme le font sur terre l'homme et chaque créature vivante, la plante et même le minéral et comme notre globe respire lui-même toutes les vingt-quatre heures. La région sombre n'est pas produite par "l'absorption exercée par les vapeurs qui jaillissent du sein du soleil et s'interposent entre l'observateur et la photosphère", […] pas plus que les taches ne sont formées "par la matière même (matière gazeuse surchauffée) que l'éruption projette sur le disque solaire". Le phénomène est semblable à la pulsation saine et régulière du cœur, lorsque le fluide vital traverse ses muscles creux. Si le cœur humain pouvait être rendu lumineux et si cet organe vivant et palpitant pouvait être rendu visible, de façon à le projeter sur un écran, comme ceux utilisés par les astronomes dans leurs conférences -pour montrer la lune- chacun pourrait voir le phénomène de taches Solaires répété chaque seconde -dû à sa contraction et à l'envahissement du sang.
« Nous lisons dans un ouvrage de Géologie que c'est le rêve de la Science que « tous les éléments chimiques répertoriés seront un beau jour reconnus comme n'étant que des modifications d'un unique élément matériel ».
« La philosophie Occulte a enseigné cela depuis que la parole et le langage humains existent, en ajoutant seulement, d'après le principe de l'immuable loi d'analogie, "tel que c'est en haut, tel c'est en bas" - cet autre de ses axiomes : qu'il n'existe, en réalité, ni Esprit ni matière, mais simplement d'innombrables aspects de l'Unique et Etre-té à jamais caché EST(ou Sat). »

Extrait de La Doctrine Secrète (The Secret Doctrine, éd. originale, I, pp.541-542).

Croissance du corps éthérique et croissance du système solaire
Le corps éthérique dans sa croissance « prend une apparence nébuleuse, mouvante, avec certains centres d'énergie dus au développement naissant d'organes qui correspondent au cerveau, au cœur, aux poumons, à la rate, au foie, etc. Il poursuit un processus de développement identique à celui d'un système solaire, et, en fait, il est gouverné et influencé par le système solaire lui-même auquel appartient le monde dans lequel l'être peut se trouver incarné. En ce qui nous concerne, il est gouverné par notre propre orbe solaire. » – Article de W. Q. Judge « La culture de la concentration », Cahier Théosophique n°70, p. 1.

Récit symbolique extrait de La Doctrine Secrète
« Le sage décrit l'entrée dans la forêt et la sortie de la forêt (symbole de la durée de la vie de l'homme) ainsi que cette forêt elle-même (*) :
« Dans cette forêt se trouvent sept grands arbres (les Sens, le Mental et la Compréhension, ou Manas et Buddhi inclus), sept fruits et sept hôtes ; sept ermitages, sept (formes de) concentration, et sept (formes) d'initiation. Ceci est la description de la forêt. Cette forêt est remplie d'arbres produisant des fleurs splendides et des fruits de cinq couleurs.
« Les sens », dit le commentateur « sont appelés des arbres, comme produisant des fruits ... les plaisirs et les peines ; les hôtes sont les pouvoirs de chaque sens personnifié – ils reçoivent les fruits décrits ci-dessus ; les ermitages sont les arbres dans lesquels s'abritent les hôtes. Les sept formes de concentration sont l'exclusion du soi des sept fonctions, des sept sens, etc., dont il a déjà été question ; les sept formes d'initiation se rapportent à l'initiation dans vie supérieure ... en répudiant, comme ne vous appartenant pas, les actions de chacun des membres du groupe de sept. » (Voir Khandagya, p. 219, and Com.)
« L'explication est inoffensive, si elle n'est pas satisfaisante.
« Dit le Brahmane, en continuant sa description :
« Cette forêt est remplie d'arbres produisant des fleurs et des fruits de quatre couleurs. Cette forêt est remplie d'arbres produisant des fleurs et des fruits de trois couleurs, et mélangées. Cette forêt est remplie d'arbres produisant des fleurs et des fruits de deux couleurs et de couleurs magnifiques. Cette forêt d'arbres produisant des fleurs et des fruits d'une couleur et parfumés. Cette forêt renferme deux grands arbres (au lieu de sept) produisant de nombreuses fleurs et des fruits de couleurs indistinctes (le mental et la compréhension – les deux sens supérieurs, ou du point de vue théosophique, Manas-Buddhi). Il y a ici un Feu (le Soi), qui se rattache au Brahman (**) et qui a un bon mental (ou une vraie connaissance, selon Arjuna Misra). Et il y a là un combustible, à savoir, les cinq sens (ou passions humaines). Les Sept (formes d') émancipations issues d'elles, sont les Sept (formes d') initiations. Les qualités sont les fruits... Là, les grands Sages reçoivent l'hospitalité́. Et lorsqu'ils ont été adorés et ont disparu, une autre forêt brille, dans laquelle l'intelligence est l'arbre, et l'émancipation le fruit, et qui possède de l'ombre (sous forme de) de tranquillité́, qui repose sur la Connaissance, qui est satisfaite de son eau, et qui possède KSHETRAGNA « le SOI Suprême, » dit Krishna, dans la Bhagavad Gita, p. 102 et seq.) à l'intérieur du Soleil."
« Tout ce qui précède est très clair, et aucun Théosophe, même parmi les moins instruits, ne peut manquer de comprendre l'allégorie. Pourtant, nous voyons de grands Orientalistes la rendre inintelligible par leurs explications. Les "grands sages" qui "reçoivent l'hospitalité́" sont représentés comme indiquant les sens, "qui ayant travaillé́ comme s'ils n'avaient pas de rapports avec le soi sont finalement absorbés en lui". Mais on peut ne pas comprendre, si les sens "n'ont pas de rapports" avec le "Soi Supérieur", comment ils peuvent être "absorbés en lui". On serait tenté de penser, au contraire, que c'est précisément parce que les sens personnels gravitent vers le Soi impersonnel et cherchent à entrer en rapport avec lui, que ce dernier, qui est le FEU, […] de Manas (++) et de Buddhi. Ceci ressort clairement du texte. Les "grands sages" disparaissent après avoir "été l'objet d'un culte". De la part de qui sont-ils vénérés, si (les sens supposés) "n'ont pas de rapports avec le soi" ? Par le MENTAL, naturellement ; par Manas (qui, dans ce cas, est immergé dans le sixième sens) qui n'est pas et ne peut pas être le Brahman, le Soi, ou Kshetragna – le Soleil Spirituel de l'Ame. Avec le temps, Manas lui-même doit être absorbé dans ce dernier. Il a voué un culte à des "grands sages" et donné l'hospitalité́ à la sagesse terrestre, mais dès "qu'une autre forêt brille" sur lui, il est l'iIntelligence (Buddhi, le septième sens, mais le sixième principe) qui est transformé en l'Arbre – cet Arbre dont le fruit est l'émancipation – qui détruits finalement les racines mêmes de l'arbre Ashvattha, le symbole de la vie et de ses joies et plaisirs illusoires. C'est pourquoi ceux qui atteignent cet état d'émancipations n'ont, suivant les paroles du Sage cité plus haut, "aucune crainte plus tard". Dans cet état "la fin ne peut être vue parce qu'elle s'étend de tous côtés".
« "Sept femelles habitent toujours là", poursuit-il dans son langage imagé. Ces femelles – qui, suivant Arjuna Misrha, sont le Mahat, Ahamkâra et cinq Tanmâtras – ont toujours leurs figures tournées en bas, car elles constituent des obstacles sur la route de l'ascension spirituelle.
« Dans ce même (Brahman, le Soi) les sept sages parfaits habitent, avec leurs chefs... et émergent aussi du même. La gloire, l'éclat et la grandeur, les lumières, la victoire, la perfection et le pouvoir – ces sept rayons suivent ce même soleil (Kshetrajna, le Soi Supérieur) ... Ceux dont les, désirs sont réduits (les altruistes) ... dont les péchés (les passions) sont consumés par la pénitence, fondant le soi dans le soi (+++), se dévouent à Brahma. Les gens qui comprennent la [IV 245] forêt du savoir (Brahman ou le Soi), louent la tranquillité. Et aspirant à cette forêt, ils naissent (de nouveau) afin de ne pas perdre courage. Telle est, en vérité, cette forêt sainte... Et le comprenant, ils (les sages) agissent (en conséquence), étant dirigés par le Kshetrajna.
« Aucun traducteur, parmi les Orientalistes occidentaux, n'a encore découvert, dans l'allégorie précitée rien de plus élevé que des mystères se rattachant au rituel des sacrifices, à la pénitence ou aux cérémonies ascétiques et au Hatha Yoga. Mais celui qui comprend les images symboliques et entend la voix du Soi dans le Soi, y verra quelque chose de bien plus élevé que le simple ritualisme, quelques nombreuses que puissent être leurs erreurs dans les détails peu importants de la Philosophie. »

« (*) Je propose de suivre ici le texte et les commentaires de l'éditeur, qui accepte les explications littérales d'Arjuna Misra et de Nilakantha. Nos Orientalistes ne se donnent jamais la peine de penser que si un commentateur indigène n'est pas initié, il ne peut expliquer correctement, et que si c'est un Initié, il ne le veut pas.
« (**) L'éditeur anglais explique ici en disant : "Dévoué́ au Brahman, je présume". Nous ne craignons pas d'affirmer que le "Feu" ou Soi est le véritable SOI Supérieur qui "se rattache à" Brahman, c'est-à-dire qui ne fait qu'un avec Brahman, l'Unique Divinité́. Le "Soi" ne se sépare plus de l'Esprit Universel.
« (++) De même que Mahat, ou l'Intelligence Universelle, est le premier né, ou se manifeste encore « Vishnou, puis, lorsqu'il tombe dans la Matière et développe la soi-conscience, devient l'égoïsme, de même Manas a une nature double. Il se trouve respectivement soumis au Soleil et à la Lune, attendu, comme le dit Shankarâchârya, que : "La Lune est le mental et le Soleil la raison". Le Soleil et la Lune sont les divinités de notre Macrocosme planétaire et Shankara ajoute, en conséquence, que : "Le mental et la raison sont les divinités respectives des organes (humains)." (Voyez Brihadâranyaka, p. 521 et seq.) C'est peut-être pour cela qu'Arjuna Mishra dit que la Lune et le Feu (le Soi, le Soleil) constituent l'univers.
« (+++) "Le corps dans l'âme", selon l'expression que l'on attribue à Arjuna Mishra, ou plutôt "l'âme dans l'esprit" et sur un plan de développement encore plus élevé, le SOI ou Atman dans le Soi Universel. »

Extrait de La Doctrine Secrète (The Secret Doctrine, éd. originale, vol. II, pp. 637-640).

L’Éther ou la lumière astrale
« À noter que le terme « lumière astrale » (qui n'a rien de nouveau) est d'origine purement occidentale. Proclus (97) y a fait allusion en évoquant le corps céleste ou corps spirituel de l'âme qui, selon lui, est immortel, lumineux et « semblable aux étoiles » ; Paracelse, pour sa part, a désigné cette lumière sous le nom de « lumière sidérale » ; plus tard, on en vint à l'appeler astrale. Elle a été identifiée à l'anima mundi, ou l'âme du monde. Les chercheurs scientifiques modernes s'approchent de cette réalité lorsqu'ils parlent d'« éther lumineux » et de « matière radiante » . Le grand astronome Camille Flammarion (qui fut membre de la Société Théosophique pendant sa vie) parle de la lumière astrale dans son roman Uranie, où il dit :

« La lumière émanée de tous les soleils qui peuplent l'immensité, la lumière réfléchie dans l'espace par tous les mondes éclairés par ces soleils, emporte à travers le ciel infini les photographies de tous les siècles, de tous les jours, de tous les instants [...]. II en résulte que l'histoire de tous les mondes voyage actuellement dans l'espace, sans jamais disparaître absolument, et que tous les événements passés sont présents dans le sein de l'infini et indestructibles » (98).

« Comme toutes les choses occultes et peu familières, la lumière astrale est difficile à définir, surtout par le fait qu'elle est appelée « lumière ». II ne s'agit pas de lumière telle que nous la connaissons - pas plus que d'obscurité. Peut-être l'a-t-on nommée « lumière » parce que, lorsque les clairvoyants ont des perceptions visuelles par son moyen, les objets qu'ils voient à distance leur paraissent comme éclairés par une lumière. Cependant, il est possible aussi bien d'y percevoir des sons provenant de sources éloignées ; de lourds objets peuvent être soulevés et des odeurs transmises à des milliers de kilomètres par son intermédiaire, ou encore les pensées humaines peuvent y être lues - en bref, tous les divers phénomènes produits par les médiums le sont en faisant appel à elle : pour ces raisons, l'emploi du terme « lumière », bien qu'inévitable, n'en est pas moins erroné.
« Une définition, pour être exacte, devrait inclure toutes les fonctions et tous les pouvoirs de cette lumière ; mais comme leur connaissance n'est pas totalement embrassée même par le mystique (99) - elle est complètement terra incognito pour le savant - nous devrons nous contenter d'une analyse partielle. Il s'agit d'une substance qu'on imagine aisément comme un éther impondérable qui, émanant des étoiles, enveloppe la terre et pénètre chaque atome du globe et chaque molécule le constituant. Obéissant aux lois de l'attraction et de la répulsion, elle est en perpétuelle vibration, ou oscillation, devenant alternativement positive et négative. Cela lui donne un mouvement pulsatoire et circulaire, symbolisé par le serpent. C'est le grand agent suprême, le moteur primordial, sous l'angle cosmique, qui, non seulement fait pousser la plante, mais aussi entretient l'alternance de diastole et de systole du cœur humain.
« Cette lumière ressemble beaucoup à la plaque photographique sensible. Elle enregistre, comme le dit Flammarion, les images de chaque seconde, et les conserve en elle de façon indélébile. Pour cette raison, les Égyptiens l'ont évoquée sous le nom d'Archiviste ; chez les chrétiens, c'est l'Ange de Justice (100) et, dans un certain sens, c'est Yâma, le juge des morts dans le panthéon hindou, car karma nous juge par les images que nous y imprimons.
« La lumière astrale est comme suspendue au-dessus de la terre à la manière d'un immense écran ou réflecteur, et elle constitue de la sorte un puissant hypnotiseur universel des êtres humains. Étant donné que les images de tous les actes, bons ou mauvais, accomplis par nos ancêtres comme par nous-mêmes, demeurent toujours présentes à notre être intérieur, nous en sommes constamment impressionnés, comme par suggestion hypnotique, et nous sommes ainsi amenés à faire de même. À ce sujet, le grand mystique (et ancien prêtre) français, Éliphas Lévi, a dit : « On est étonné souvent d'être assailli, en société, de pensées mauvaises qu'on n'avait pas crues possibles et l'on ne sait pas qu'on les doit à quelque voisinage morbide. Ce secret est d'une grande importance, car il conduit à la manifestation des consciences, un des pouvoirs [...] les plus terribles de l'art magique [...]. [Ainsi], les âmes malades ont mauvaise baleine et vicient leur atmosphère morale, c'est-à-dire mêlent à la lumière astrale qui les pénètre des reflets impurs et y établissent des courants délétères » (101).
« Cette lumière possède aussi une fonction utile. Comme elle conserve l'image de tous les événements et choses de jadis, et comme il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il se produit que toutes les réalisations du passé - techniques, idées, philosophies, arts et sciences, fruits de civilisations depuis longtemps disparues - se projettent constamment sous forme d'images, de la lumière astrale dans le cerveau des hommes vivants. Ceci explique non seulement la « coïncidence » fréquente qu'on observe quand deux (ou même plusieurs) inventeurs ou savants découvrent à peu près en même temps, et indépendamment les uns des autres, des idées ou des inventions identiques, mais aussi d'autres événements et faits curieux.
« On a vu certaines personnes, se parant du titre de savant, parler avec autorité de télépathie et d'autres phénomènes, sans toutefois offrir de raison suffisante, fondée sur une connaissance de la nature, pour expliquer la transmission de la pensée, ou les apparitions, la clairvoyance, ou les mille faits variés d'ordre occulte, observés de tout temps et parmi toutes les classes de la société. Il est bel et bon d'admettre que la pensée puisse se transmettre directement et sans l'aide du langage, d'un cerveau à un autre, mais comment cette transmission se produirait-elle sans un milieu intermédiaire ? La lumière astrale est précisément ce milieu. Dès que la pensée prend forme dans le cerveau, elle se traduit comme une image dans cette lumière astrale et, de là, n'importe quel autre cerveau suffisamment sensitif peut l'extraire pour la recevoir intacte.
« Connaissant les étranges propriétés du plan astral, et le sort réel que subissent les enveloppes de l'âme dont nous avons parlé dans un autre article, les Adeptes théosophes de tous les temps n'ont jamais accordé aucun crédit au soi-disant retour des morts. Pour l'avoir bien appris, Eliphas Lévi écrivit ce qui suit : « La lumière astrale [...] se combinant avec les fluides les plus subtils [...] forme le corps éthéré ou le fantôme sidéral dont parle Paracelse [...]. Ce corps sidéral, en se dégageant à la mort, attire à lui et conserve longtemps, par la sympathie des homogènes, les reflets de la vie passée ; si une volonté puissamment sympathique l'attire dans un courant particulier, il se manifeste naturellement [...]. C'est ainsi que se produisent les apparitions » (102). Mais en présence d'un individu sensitif, anormalement constitué - autrement dit un médium (et tous ceux qui appartiennent à cette classe, sont nerveusement déséquilibrés) - cette forte volonté n'est pas nécessaire, car la lumière astrale et le corps astral du médium vivant rappellent ces fantômes sans âme, et puisent dans le même réservoir leur voix, avec ses intonations, leurs particularités de caractère, si bien que les fidèles trompés, qui se livrent à cette pratique dégradante, sont abusés par ces manifestations et s'imaginent que c'est la personne de l'ami ou du parent décédé qui est revenue.
« Cependant, tout ce que je viens de signaler ne constitue encore que quelques exemples des propriétés variées de la lumière astrale. En ce qui concerne notre monde, on peut dire que la lumière astrale est partout et pénètre intimement toute chose ; qu'elle possède un pouvoir photographique, par lequel elle saisit les images des pensées, des actes, des événements, des timbres, des sons, des couleurs, et de toutes les choses ; qu'elle a un pouvoir de réflexion en ce sens qu'elle se reflète dans le mental des hommes ; qu'elle est répulsive par son aspect positif et attractive par son côté négatif ; qu'elle est capable d'assumer une extrême densité lorsqu'elle est attirée et concentrée autour du corps par une volonté puissante, ou par certains états anormaux du corps, au point qu'aucune force physique ne puisse la pénétrer. Cet aspect de son activité explique certains faits officiellement enregistrés durant l'épidémie de sorcellerie à Salem (103). C'est ainsi qu'on put y constater que, même quand des pierres et autres projectiles avaient pour cible l'individu possédé, tous ces objets tombaient, comme par gravité, aux pieds mêmes de la personne. Le yogi hindou donne un exemple d'emploi de cette condensation de la lumière astrale (104) lorsqu'il se laisse harceler de flèches et d'autres projectiles qui, tous, tombent à ses pieds, quelle que soit leur énergie cinétique ; et les annales des phénomènes spirites authentiques aux États-Unis offrent des témoignages expérimentaux similaires.
« En hypnotisme, la lumière astrale est un facteur puissant, ignoré de la science. Son action peut expliquer bien des problèmes soulevés par Binet, Charcot et d'autres, et spécialement cette classe de phénomènes où le sujet semble assumer deux personnalités distinctes, ou même davantage, en ne se souvenant jamais, dans chacun de ces états, que des choses et particularités d'expression qui appartiennent à cette couche limitée et distincte de leur expérience. Ces choses étranges sont dues aux courants existant dans la lumière astrale. Dans chacun de ces courants, se trouve imprimée une série définie de réflexions, lesquelles sont prises en compte par l'homme intérieur, qui les traduit alors en termes de parole et d'action, sur notre plan, absolument comme si tout cela lui appartenait. C'est aussi en recourant à ces courants, mais d'une façon inconsciente, que les clairvoyants et les clairaudients semblent lire dans les pages cachées de la vie.
« Pour conclure : la lumière astrale peut recevoir l'empreinte d'images bonnes ou mauvaises, lesquelles vont dans chaque cas se réfléchir dans le mental subconscient de chaque être humain : si nous la remplissons d'images mauvaises, comme notre siècle actuel est passé maître dans l'art d'en créer, elle deviendra notre démon, et l'agent de notre destruction, mais si, par l'exemple d'un nombre même limité d'hommes et de femmes tournés vers le bien, une classe nouvelle d'événements d'une nature plus pure vient à peindre son image sur cette toile éternelle, cette lumière astrale deviendra l'agent divin de notre élévation. »

Extrait de l’ouvrage de W.Q. Judge, Les Echos de l’Orient, pp. 112-118.
La lecture des notes 97 à 104 est possible sur le site www.theosophie.fr

Compléments
Îshvara (mot sanskrit signifiant, le Seigneur) : renvoie au Logos, source et soutien de l'Univers, comparé dans la Bhagavad-Gîtâ à un soleil dont la lumière se trouve dans le cœur de chaque homme. Voir par exemple : B.G. XIII, 33, XVIII, 61, etc. ; voir aussi Aphorismes du Yoga de Patañjali, l, 24-27, où Îshvara apparaît comme la source d'omniscience dans l'homme.
Surya (mot sanskrit). Le Soleil, à qui l'on rend un culte dans les Védas. Le rejeton d'Aditi (l'Espace), la mère des dieux. Le mari de Samjnâ, ou conscience spirituelle. Le grand dieu que Viśvakarman, son beau-père, le créateur des dieux et des hommes, et leur "charpentier", crucifie sur un tour, et retranchant la huitième partie de ses rayons, prive sa tête de sa splendeur, créant autour d'elle une auréole sombre. Mystère pour la dernière initiation, et une représentation allégorique de celle-ci. – Glossaire Théosophique.

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La Société Théosophique, sa mission et son avenir

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La Société Théosophique, sa mission et son avenir (Expliqués par M. Emile Burnouf l’Orientaliste français)

« Un homme est responsable de son ingratitude, mais c’est moi qui en suis responsable si je m’abstiens de donner. J’obligerai beaucoup de gens ingrats pour en découvrir un de reconnaissant. » Sénèque.
« …Le voile qui m’aveuglait est déchiré ! Je suis semblable à tous ces hommes qui implorent leurs dieux, et ne sont pas écoutés, ni exaucés ; cependant l’aide doit exister ! Pour eux, pour moi, pour tous, l’aide doit exister ! Mais peut-être, les dieux réclament-ils eux-mêmes de l’aide, étant trop faibles pour sauver l’homme qui les implore dans sa douleur ! Je ne laisserais pleurer nul être, si j’avais le pouvoir de le secourir… » (La Lumière d’Asie.)

La Société Théosophique (S.T.) n’a pas souvent la bonne fortune d’être traitée avec autant de courtoisie, voire même de sympathie, qu’elle l’a été par M. Emile Burnouf, le Sanscritiste bien connu, dans un article de la Revue des Deux Mondes (15 juillet 1888) intitulé : « Le Bouddhisme en Occident ».
Un tel article prouve que la Société a enfin la place qu’elle méritait dans la vie de la pensée du XIXe siècle. Il marque l’aube d’une nouvelle ère dans son histoire, et comme tel, mérite un examen des plus sérieux, de la part de tous ceux qui consacrent leur énergie à son œuvre. La position qu’occupe M. Burnouf dans le monde des érudits orientalistes, donne à ses opinions le droit d’être respectées, et le fait qu’il porte un nom des plus honorés, à juste titre, parmi les savants sanscritistes, porte à supposer qu’il n’est pas homme à exprimer des opinions hâtives et prématurées, mais que ses déductions seront basées sur une étude sérieuse et serrée.
Son article a un triple objet : l’étude des origines de trois religions ou associations dont les doctrines fondamentales, dit-il, sont identiques, de buts semblables, et qui dérivent toutes trois d’une source commune. Ce sont le Bouddhisme, le Christianisme et la Société Théosophique. Comme il l’écrit à la page 341 :

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Que sont les Théosophes ?

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Sont-ils ce qu’ils prétendent être ? Des étudiants de la loi naturelle, de la philosophie ancienne et moderne, voire même de la science exacte ? Sont-ils déistes, athées, socialistes, matérialistes, ou idéalistes ? Ou ne forment-ils qu’un schisme dans le mouvement spirite moderne, et ne sont-ils rien d’autre que de simples visionnaires ? Sont-ils dignes de considération, comme étant capables de discuter philosophie, et de répandre la science véritable ; ou doit-on les traiter avec l’indulgence compatissante qu’on accorde aux « enthousiastes innocents » ? La Société Théosophique a été accusé indifféremment de croire aux « miracles » et d’en réaliser ; de poursuivre un but politique comme les Carbonari ; d’être un groupe d’espions au service d’un tsar autocratique ; de prêcher des doctrines socialistes et nihilistes, et, mirabile dictu, d’avoir des accointances cachées avec les jésuites français ; enfin, de démolir le spiritisme moderne, dans un but intéressé. Avec une égale virulence, les théosophes ont été qualifiés de rêveurs par les positivistes américains ; d’idolâtres par certains journaux de New-York ; de rénovateurs de « superstitions décadentes » par les spirites ; d’infidèles, émissaires de Satan par l’Église Chrétienne ; de véritables « gobe mouches » par le professeur W.B. Carpenter, membre de la Société Royale ; et finalement, ce qui est le plus absurde, certains adversaires hindous, dans le but de saper leur influence, les ont ouvertement accusés d’employer des démons pour accomplir certains phénomènes. De cet ensemble d’opinions, ressort un fait évident : la Société, ses membres, ses idées ont paru suffisamment importants pour qu’on les discute et qu’on les critique ; or, les hommes ne diffament que ceux qu’ils « haïssent ou craignent ».

Mais si la Société a rencontré des ennemis et des accusateurs, elle a eu également des amis et des défenseurs ; ayant débuté par un groupement d’une douzaine de personnes ardentes, le nombre de ses membres s’était accru, un mois plus tard, au point de nécessiter la location d’une salle publique de réunions ; au bout de deux ans, elle possédait des branches dans beaucoup de pays européens. Plus tard encore, la Société s’allia à l’Arya Samaj hindou, présidé par le lettré pandit Dayanand Saraswati Swami, et aux Bouddhistes de Ceylan, sous la direction de l’érudit H. Sumangala, grand prêtre d’Adams Peak, et président du Collège de Widyodaya, à Colombo.

Celui qui désire sérieusement approfondir les sciences psychologiques doit aller au pays sacré de l’ancienne Aryâvârta. Nulle autre contrée ne possède la sagesse ésotérique depuis une aussi grande antiquité, toute tombée que soi son ombre : l’Inde moderne. Considérant ce pays comme la serre chaude d’où ont émané tous les systèmes philosophiques ultérieurs, quelques membres de notre Société s’en sont allés vers la source de toute psychologie et de toute philosophie, pour y étudier sa sagesse antique, et apprendre d’elle ses secrets étranges. La philologie a fait trop de progrès pour exiger encore de nos jours la démonstration d’une unité primitive de nationalité chez les Aryens. L’hypothèse non prouvée et tendancieuse de la chronologie moderne n’est pas digne d’un moment d’attention, et elle disparaîtra avec le temps, comme tant d’autres hypothèses non prouvées. La filière de l’hérédité philosophique depuis Kapila, en passant par Épicure, jusqu’à James Mill, de Patanjali à Plotin, jusqu’à Jacob Böhme, peut être suivie, comme le cours d’une rivière dans la campagne. Un des buts de la Société consistait à examiner les conceptions par trop transcendantes des spirites, concernant les pouvoirs des Ésprits désincarnés ; et leur ayant dit ce que, à notre avis du moins, beaucoup de leurs phénomènes n’étaient point, il nous incombait de démontrer ce qu’ils étaient. Il est si bien admis que c’est en Orient, et surtout aux Indes, que la clef des phénomènes soi-disant « surnaturels » du spiritisme, doit être cherchée, que le « Pioneer » d’Allahabad (N° du 11 août 1879) vient d’en convenir récemment, et l’on sait bien que ce quotidien Anglo-Hindou a la prétention de ne rien affirmer qu’à bon escient. Blâmant les hommes de science qui, « concentrés sur les découvertes physiques depuis plusieurs générations, ont été par trop portés à négliger les investigations hyperphysiques », ce journal signale « la nouvelle vague de doute » (le spiritisme), qui a « depuis peu troublé leur conviction ». Pour beaucoup de personnes, y compris des gens d’intelligence et de haute culture, ajoute-t-il, « le surnaturel s’est affirmé une fois de plus comme un sujet digne d’étude et de recherche. Et il existe des hypothèses plausibles en faveur de l’idée que c’est parmi les sages de l’Orient…que l’on rencontre, à un plus haut degré que chez les peuples modernisés de l’Occident, les caractéristiques requises comme conditions spéciales à la production de phénomènes surnaturels ». Puis, ignorant qu’il plaide la cause d’un des buts et objets principaux de notre Société, l’éditeur remarque que c’est « la seule direction dans laquelle il nous semble que les efforts des théosophes hindous puissent être utilement dirigés. Les membres éminents de la Société Théosophique aux Indes, sont connus comme des étudiants très avancés en phénomènes occultes, et nous ne pouvons qu’espérer que l’intérêt qu’ils témoignent à la philosophie orientale…cache une intention secrète de poursuivre des investigations de l’ordre que nous avons signalé. »

Ainsi que nous le faisions remarquer, c’est là un de nos buts ; mais il y en a beaucoup d’autres, et le plus important consiste à faire revivre l’œuvre d’Ammonius Saccas, et à rappeler aux diverses nations qu’elles sont les enfants « d’une seule mère ». Quant au côté transcendantal de l’ancienne Théosophie, il est grand temps que la Société Théosophique s’explique à son sujet. Jusqu’à quel point la Société admet-elle la science de la recherche de Dieu et de l’investigation de la nature qui nous revient des anciens Aryens et des mystiques grecs, ainsi que la réalité des pouvoirs médiumniques du spiritisme moderne ? Nous répondons : « complètement ». Mais si l’on nous demande quelle est sa croyance, nous dirons : « en tant qu’organisme, elle n’en a aucune ». La Société n’a pas de dogmes, car les dogmes ne sont que les coques entourant la connaissance spirituelle, et la Théosophie a pour fruit la connaissance spirituelle, la pure essence de la recherche philosophique et divine. Comme représentant visible de la Théosophie universelle, la Société ne peut pas être plus sectaire qu’une Société Géographique qui se doit de signaler toute exploration géographique, sans s’inquiéter de la croyance des explorateurs qui l’accomplissent. La religion de la Société est une équation algébrique, dans laquelle chaque membre peut, à volonté, substituer une valeur qui correspond mieux aux exigences climatériques ou autres de son pays, aux caractéristiques de sa race, ou même aux siennes propres, pourvu qu’il n’omette pas le signe = de l’égalité. N’ayant aucune croyance acceptée, notre Société est toujours prête à donner et à recevoir, à apprendre et à enseigner par l’expérimentation pratique, au lieu de se contenter d’admettre passivement et avec crédulité des dogmes imposés. Elle admet volontiers les résultats auxquels sont arrivées les écoles et les systèmes précités, à condition que ces résultats puissent être démontrés par la logique et l’expérience. Mais, d’autres part, elle n’accepte rien sur simple ouï-dire, quelle que soit la provenance de l’information.

Mais, si nous envisageons les membres de la Société pris individuellement, la question est toute différente. Les nationalités et les races les plus différentes y sont représentées, et ses membres furent élevés dans les croyances les plus dissemblables, et les conditions sociales les plus variées. Certains croient en une chose ; les autres en une autre. Certains penchent vers l’ancienne Magie, ou la sagesse sacrée qui était enseignée dans les sanctuaires, et qui tout l’opposé du surnaturel et du diabolique ; d’autres croient au spiritisme moderne, ou commerce avec les esprits des morts ; d’autres encore, au mesmérisme ou magnétisme animal, simple force dynamique occulte de la nature. Un certain nombre de membres n’ont pas encore acquis une croyance bien définie, et se tiennent dans l’attente ; et il en est même qui s’intitulent matérialistes, en un certain sens. Mais il n’existe pas d’athées, ni de sectaire religieux dans la Société, car le simple fait de s’y affilier prouve qu’on cherche la vérité finale, concernant l’essence ultime des choses. S’il pouvait exister un athée spéculatif, ce que les philosophes nieront, il devrait rejeter à la fois, la cause et l’effet, que ce soit dans notre monde de matière, ou dans celui de l’esprit. Certains membres ont pu, comme le poète Shelley, donner libre cours à leur imagination, allant de cause en cause, ad inifinitum, au fur et à mesure que chacune se transformait logiquement en un résultat nécessitant une cause antérieure, jusqu’à ce qu’ils aient réduit l’Eternel à un simple mirage. Mais ceux-là même ne sont pas athées, au sens théorique du mot, qu’ils identifient ou non les fonctions que les théistes attribuent à leur Dieu avec les forces matérielles de l’univers ; car, dès qu’ils s’unissent à l’idéal abstrait de pouvoir, de cause, de nécessité et d’effet, ils ne peuvent plus être considérés comme athées que par rapport à un Dieu personnel, et non en ce qui concerne l’âme Universelle du panthéisme. D’autre part, le bigot sectaire, enfermé dans ses dogmes étroits et sans issue, ne peut sortir de son enceinte, pour entrer dans la Société Théosophique, qui, de son côté, ne peut d’ailleurs accueillir ceux dont la Religion défend le libre examen. L’idée fondamentale de la Société est la recherche libre et hardie.

La Société Théosophique, en tant qu’organisme, enseigne que tout penseur original, que tout investigateur du côté caché de la nature, qu’il soit matérialiste, c'est-à-dire, qu’il voie dans la matière « la promesse latente de toute vie terrestre » ; ou spiritualiste, c'est-à-dire qu’il reconnaisse dans l’esprit la source de toute énergie, comme aussi de toute matière, a été de tout temps, et est à proprement parler en Théosophe. Car, pour être Théosophe, il ne faut pas nécessairement reconnaître l’existence d’un Dieu, ou d’une divinité spéciale. Il suffit d’adorer l’esprit de la nature vivante, et d’essayer de s’identifier à lui ; il suffit de révérer cette Présence, cette Cause qui, invisible, se manifeste dans ses effets incessants, le Protée intangible, omnipotent et omniprésent, indivisible dans son essence, échappant à toute forme, et se manifestant cependant sous chaque forme existante, qui est partout et nulle part, qui est le Tout et qui n’est rien, qui possède le don d’ubiquité, et reste cependant Une, cette Essence remplissant, unissant, limitant, contenant tout, et contenue en tout. On verra par là, pensons-nous, que de tels êtres, qu’on les considère comme des Théistes, des Panthéistes ou des Athées, sont étroitement liés au reste de l’humanité. Quelle que soit sa croyance, dès qu’un étudiant abandonne le vieux chemin battu de la routine et s’engage sur le sentier solitaire de la pensée indépendante, vers Dieu, il devient un Théosophe, un penseur original, un chercheur de la vérité éternelle, possédant une « inspiration personnelle » pour résoudre les problèmes universels.

La Théosophie est l’alliée de tout homme qui cherche sérieusement, par une voie qui lui est propre, la connaissance du Principe Divin, des rapports de l'homme avec lui, et de ses manifestations dans la nature. Elle est aussi l'alliée de la science honnête, qu'il importe de distinguer de ce qui passe pour la science physique exacte, aussi longtemps que cette dernière n'empiète pas sur les domaines de la psychologie et de la métaphysique.

Et elle est encore l'alliée de toute religion honnête, c'est-à-dire de toute religion qui accepte d'être jugée selon les mêmes critériums que ceux qu'elle applique aux autres. La Théosophie considère que les livres qui contiennent la vérité évidente par elle-même, sont inspirés, mais non pas révélés. Elle envisage tous les livres comme inférieurs au livre de la nature, par suite de l'élément humain qu'ils contiennent. Pour arriver à lire le livre de la nature, et pour le comprendre correctement, les pouvoirs innés de l'âme doivent être hautement développés. Les lois idéales ne peuvent être perçues que par la faculté intuitive; elles dépassent le domaine de l'argumentation et de la dialectique, et nul ne peut les comprendre ou les apprécier exactement par les explications d'une autre intelligence, alors même que cette intelligence prétendrait avoir été instruite par une révélation directe. Et comme notre Société, tout en ouvrant les horizons les plus vastes dans le domaine du pur idéalisme, est fondée sur une base solide dans le monde des faits, son respect pour la science moderne et pour ses représentants sincères n'a rien d'affecté. Le monde doit une immense somme de reconnaissance aux représentants de la science physique moderne, en dépit du manque d'inspiration spirituelle supérieure chez ces derniers. C'est pourquoi, la Société Théosophique applaudit à la protestation noble et indignée de ce prédicateur de talent : le révérend O. B. Frothingham, contre ceux qui essaient de sous-évaluer les services de nos grands naturalistes. « Comment peut-on dire que la science est irréligieuse et athée ? », s'écria-t-il dans une de ses conférences récentes, donnée à New-York, « la science est occupée à créer une nouvelle idée de Dieu. C'est à la science que nous devons d'être arrivés malgré tout à une certaine conception d'un Dieu vivant. Et si nous ne tombons pas dans l'athéisme, l'un de ces jours, sous l'effet affolant du protestantisme, c'est encore à la science que nous en serons redevables, car c'est elle qui nous libère des illusions horribles qui nous tracassent et nous embarrassent, en nous mettant sur la voie du raisonnement, au sujet des choses visibles qui nous entourent... »

Et c'est aussi grâce aux efforts inlassables d'orientalistes comme sir W. Jones, Max Muller, Burnouf, Colebrooke, Haug, Saint-Hilaire et tant d'autres, que la Société, en tant qu'organisme, éprouve du respect et de la vénération pour les cultes Védiques, Bouddhiste, Zoroastrien, ou d'autres religions anciennes du monde, et témoigne d'un sentiment tout aussi fraternel envers ses membres Hindous, Cinghalais, Parsis, Jains, Hébreux ou Chrétiens, considérés comme étudiants individuels du « Soi », de la nature, et du divin dans la nature.

Née dans les États-Unis d'Amérique, la Société fut constituée sur le modèle de sa mère-patrie. Cette dernière, omettant le nom de Dieu dans sa constitution, de peur qu'il ne devienne un jour, un prétexte à créer une religion d'État, accorde dans ses lois, une égalité absolue à toutes les religions. Toutes soutiennent l'État, et chacune à son tour, est protégée par lui. La Société, copiée sur cette constitution, pourrait être appelée avec raison, une « République des Consciences ».

Nous avons, pensons-nous, prouvé maintenant pourquoi nos membres, en tant qu'individus, sont libres de rester en dehors, ou au sein de n'importe quelle religion, pourvu qu'ils ne prétendent pas jouir seuls du privilège de la liberté de conscience, et n'essaient pas d'imposer leurs opinions aux autres. A cet égard, les règles de la Société sont très strictes. Elle tâche d'agir selon la sagesse du vieil axiome Bouddhiste : « Honore ta propre foi, et ne médis pas de celle des autres », axiome répété dans notre siècle par la « Déclaration de Principes », du Brahmo Samaj, qui stipule si noblement : « Aucune secte ne sera rabaissée, ridiculisée ou haïe ». Dans la section VI des statuts révisés de la Société Théosophique, adoptés récemment en conseil général à Bombay, nous trouvons l'article suivant  :

« Il ne convient pas qu'un dirigeant de la Société mère exprime, en paroles ou en actes, une hostilité ou une préférence envers une section quelconque de la Société (division religieuse ou groupe dans la Société). Tous ces groupes doivent être considérés et traités comme également dignes des efforts de la sollicitude de la Société. Tous ont un droit égal de voir les traits essentiels de leur croyance religieuse, exposés devant le tribunal d'un monde impartial ».

Individuellement, les membres peuvent, quand ils sont attaqués, transgresser éventuellement ce règlement, mais comme dirigeants, ils n'en ont pas le droit, et cette règle doit être strictement observée durant les réunions. Car, au-dessus de toutes les sectes humaines, se tient la Théosophie, sous sa forme abstraite, la Théosophie trop vaste pour être contenue dans l'une d'entre elles, mais les contenant aisément toutes.

Pour conclure, nous pouvons dire que la Société Théosophique, beaucoup plus large et plus universelle dans ses vues que n'importe quelle société purement scientifique, a, en plus de la science, sa croyance dans la possibilité d’atteindre par une volonté persévérante à ces régions spirituelles inconnues, que la science exacte place en dehors du champ d’investigation de ses fidèles. Et elle possède une qualité que l’on ne rencontre dans aucune religion. C’est qu’elle ne fait pas de différence entre les gentils, les juifs ou les chrétiens. C’est dans cet esprit que la Société a été édifiée sur la base d’une Fraternité Universelle.

Ne se mêlant pas de politique, hostile aux rêves insensés du Socialisme et du Communisme qu’elle réprouve, car tous deux ne sont qu’une conspiration déguisée de la force brutale et de la paresse, liguées contre le travail honnête ; la Société ne s’intéresse que peu à l’organisation humaine extérieure du monde matériel. Toutes ses aspirations sont dirigées vers les vérités occultes des mondes invisibles aussi bien que visibles. Qu’importe que l’homme vive sous le régime d’une république ou d’un empire ; le corps physique seul en est affecté. Ce corps peut être enchaîné ; quant à son âme, l’homme a le droit de répondre à ses tyrans, ce que répondit fièrement Socrate à ses juges. Ils n’ont aucun pouvoir sur l’homme « intérieur ».

Telle est donc la Société Théosophique, et tels sont ses principes, ses buts multiples est ses objets. Devons-nous nous étonner que le grand public ait eu à son sujet une quantité d’idées erronées et que l’ennemi ait eu beau jeu à la rabaisser dans l’opinion du profane ? Le véritable étudiant a toujours été un reclus, un être de silence et de méditation. Il a si peu de goûts et d’habitudes identiques à ceux du monde actif, que, tandis qu’il étudie, ses ennemis et ses calomniateurs peuvent l’attaquer sans être inquiétés. Mais le temps est le grand remède, et les mensonges sont éphémères. La Vérité seule est éternelle.

Nous parlerons plus tard de quelques membres de la Société qui ont accompli de grandes découvertes scientifiques, et de quelques autres à qui les psychologues et les biologistes doivent un nouvel aperçu des problèmes obscurs de l’homme intérieur. Notre but immédiat visait à prouver au lecteur que la Théosophie n’était, ni « une doctrine nouvellement inventée », ni une cabale politique, ni une des sociétés d’enthousiastes nés aujourd’hui pour mourir demain. La preuve que tous ses membres ne pensent pas de même, c’est que la Société s’est organisée en deux grandes divisions : Orientale et Occidentale, celle-ci se subdivisant à son tour en nombreuses sections, selon les races et les points de vues religieux. La pensée d’un seul homme, pour infiniment variés que soient ses manifestations, ne peut tout envisager. Le don d’ubiquité lui étant refusé, la pensée doit nécessairement se spécialiser dans une direction, et dès qu’elle a dépassé les limites de la science humaine exacte, elle peut qu’errer à l’aventure, car les ramifications de l’Unique Vérité Centrale et Absolue, sont infinies. C’est pourquoi nous voyons parfois les plus grands philosophes mêmes se perdre dans le labyrinthe des spéculations, et provoquer par-là la critique de la postérité.

Mais comme tous travaillent à un même but unique : la libération de la pensée humaine, l’élimination des superstitions et la découverte de la Vérité, tous sont également bien accueillis.

Il est généralement admis que ces buts ne peuvent être atteints qu’en convainquant la raison, en enflammant l’enthousiasme de la nouvelle génération de jeunes intelligences qui vont vers la maturité, et s’apprêtant à prendre la place de leurs parents, conservateurs aux idées préconçues. Et comme tous, les petits aussi bien que les grands, ont parcouru la route royale qui mène à la connaissance, nous prêtons attention à ce que tous ont à dire, et admettons les petits et les grands dans notre association. Car aucun chercheur honnête ne revient les mains vides, et celui-là même qui connut le moins la faveur du public, peut déposer son humble offrande sur l’autel unique de la vérité.

H.P. Blavatsky

Cet article fut écrit par H.P. Blavatsky pour éclairer et aider les théosophes des Indes en particulier, et tout étudiant en général. Il parut pour la première fois, dans le Vol., I., N° 1 de la revue anglaise The Theosophist (Octobre 1879), à un tournant important du mouvement. Cet article est paru en français dans la revue Théosophie, Vol. I, n°2.

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Les négations et les erreurs du dix-neuvième siècle

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Au commencement du siècle actuel (1), ou vers cette époque, tous les livres appelés hermétiques furent hautement proclamés et estimés comme un simple ensemble de contes, de prétentions frauduleuses et de vantardises les plus absurdes, indignes, selon l’opinion de l’homme de science moyen, d’une attention sérieuse. Ils « n’ont jamais existé avant l’ère chrétienne » disait-on ; « ils furent tous écrits dans le triple but de spéculation, de déception et de fraude pieuse » ; les meilleurs d’entre eux furent tous de stupides écrits apocryphes. À ce sujet, le dix-neuvième siècle s’est montré une très digne progéniture du dix-huitième. Car, au temps de Voltaire comme du nôtre, tout ce qui n’émanait pas directement de l’Académie Royale était faux, superstitieux, sot, et l’on se moquait jusqu’au mépris de la sagesse des Anciens, peut-être même plus que de nos jours. La pensée même d’accepter comme authentique les œuvres et les divagations d’un faux Hermès, d’un faux Orphée, d’un faux Zoroastre, de faux oracles, de fausses Sibylles, et un Mesmer trois fois faux et ses « fluides » absurdes, fut complètement mise à l’index. Ainsi, tout ce qui avait sa genèse en dehors des limites savantes et dogmatiques d’Oxford et de Cambridge (3), ou de l’Académie de France, fut dénoncé à cette époque comme « non scientifique » et « ridiculement absurde ». Cette tendance a survécu de nos jours.

On se sent rapetissé et humilié en lisant ce que le grand « Destructeur » moderne de toute croyance religieuse, passé, présente et future, M. Renan, dit de notre pauvre humanité et de ses pouvoirs de discernement. « L’humanité », croit-il, « n’a qu’un mental très étroit ; et le nombre d’hommes capables de saisir finement la vraie analogie des choses est tout à fait imperceptible » (Études Religieuses). En comparant, toutefois, cette affirmation avec une autre opinion exprimée par le même auteur, c'est-à-dire que « le mental du vrai critique doit se livrer, pieds et mains liés aux faits, pour être entraîné par eux, partout où ils peuvent le conduire » (Études Historiques), on se sent soulagé. Quand, en outre, ces deux affirmations philosophiques sont renforcées par cette troisième énonciation du fameux Académicien, qui déclare que « tout parti-pris a priori doit être banni de la science », il reste peu de choses à craindre. Malheureusement M. Renan est le premier à enfreindre la règle d’or.

La preuve d’Hérodote, appelé sarcastiquement sans doute « le père de l’histoire », puisque sur toutes les questions au sujet desquelles la pensée moderne est en désaccord, son témoignage ne compte pour rien ; l’assurance sobre et sérieuse dans les narrations philosophiques de Platon et de Thucydide, Polybieus et de Plutarque ; et même certaines affirmations d’Aristote, tout cela est invariablement mis de côté si cela implique ce que la critique moderne se plaît à considérer comme un mythe. Il y a peu de temps, Strauss proclamait que « la présence d’un élément surnaturel ou un miracle dans une narration, est un signe infaillible de la présence d’un mythe dans ce récit », tel est le critérium adopté tacitement par chaque critique moderne. Mais qu’est-ce qu’un mythe – μυθος – pour commencer ? Ne nous dit-on pas distinctement dans les anciens classiques, que le terme mythus, est équivalent au mot tradition ? Et son équivalent latin n’était-il pas le terme fabula, une fable ; un synonyme pour les Romains de ce qui avait été relaté comme étant arrivé dans les temps préhistoriques, mais pas nécessairement une invention ? Pourtant, avec de tels autocrates de la critique, avec de tels chefs despotiques tels que M. Renan en France et la plupart des Orientalistes anglais et allemands, nous n’en finirons jamais avec les surprises que nous réserve le siècle à venir – surprises historiques, géographiques, ethnologiques et philosophiques, les déguisements en philosophie étant devenus si fréquents depuis peu, que plus rien ne peut nous étonner en ce sens. Un spéculateur érudit nous a déjà dit que Homère n’était qu’une personnification mythique de l’Épopée (3) ; un autre nous a dit qu’Hippocrate, fils d’Esculape, « ne pouvait être qu’une chimère », que les Asclépiades – en dépit de leurs sept cents ans d’existence – pouvaient après tout n’être qu’une fiction ; que la ville de Troie, malgré le Dr. Schliemann, « n’existait que sur les cartes », etc. Pourquoi ne nous demanderait-on pas après cela, de considérer tout personnage de l’antiquité, envisagé jusqu’ici comme historique, comme un mythe ? Si Alexandre le Grand n’était pas requis par la philologie comme marteau-pilon destiné à casser la tête aux prétentions chronologiques Brahmaniques, il serait devenu depuis longtemps un simple symbole d’annexion, ou un génie de Conquête, comme De Mirville l’a bien dit.

La négation pure et simple est le seul moyen qu’il leur reste, le refuge de l’asile le plus sûr pour abriter pendant un petit moment encore, les derniers des sceptiques. Quand on nie sans conditions, il n’est plus nécessaire de se donner la peine d’arguer et ce qui est pire, d’avoir à l’occasion à céder un point ou deux devant les arguments irréfutables et les faits de son adversaire. Kreuzer le plus grand des symbologistes de son temps, le plus érudit et parmi la masse de savants mythologiques allemands, doit avoir envié la confiance placide de certains sceptiques, quand il se trouva forcé d’admettre, en un moment de perplexité désespérée, que : « Décidément, et tout d’abord, nous sommes obligés de revenir aux théories des gnomes et des génies tels que le comprenaient les anciens, une doctrine sans laquelle il est absolument impossible de s’expliquer quoi que ce soit au sujet des mystères (4).

L’Occultisme, sur tout le globe, est intimement uni à la Sagesse Chaldéenne et ses récits montrent les ancêtres des Brahmanes aryens dans les offices sacrées de Chaldis (une caste d’Adeptes différents des Chaldéens babyloniens et des Caldis) à la tête des arts et des sciences, des astronomes et des voyants, s’unissant aux « étoiles », « et recevant des instructions des brillants fils d’Ilu » (la déité cachée). Leur sainteté de vie et leur grand savoir – celui-ci passant à la postérité – firent de leur non pendant de longs âges, un synonyme de Science. Oui, ils furent vraiment des médiateurs entre le peuple et les messagers désignés du ciel, dont les corps brillent aux cieux étoilés, et ils furent les interprètes de leurs volontés. Mais ceci est-il de l’Astrolâtrie ou du Sabéanisme ? Ont-ils adoré les étoiles que nous voyons, ou sont-ce les Catholiques Romains modernes (suivant en cela ceux du moyen-âge) qui – coupables du même culte à la lettre, et l’ayant emprunté aux derniers Chaldéens, les Nabathéens du Liban et les Sabéens baptisés (mais non aux savants Astronomes et Initiés des temps anciens) – voudraient maintenant le voiler en jetant l’anathème sur la source d’où il est venu ? La Théologie et la Religion d’Église voudraient bien troubler la source claire qui les a abreuvées dès le début, pour empêcher la postérité de s’y mirer et d’y voir leur réflexion. Cependant les Occultistes croient que le temps est venu de donner à chacun son dû. Quant à nos autres adversaires – le sceptique moderne et l’épicurien, le cynique et le Sadducéen – ils trouveront notre réponse à leurs négations dans nos écrits antérieurs (Voir Isis Dévoilée, Vol. I, page 535). Nous disons maintenant ce que nous disions alors, en réponse aux nombreuses attaques injustes lancées contre les anciennes doctrines : « La pensée du commentateur et du critique actuels quant au savoir ancien, est limitée et a trait à l’exotérisme des temples ; son regard est ou peu désireux, ou incapable de pénétrer dans l’adyta solennel d’autrefois, où l’hiérophante instruisait le néophyte à considérer le culte public sous son vrai jour. Aucun sage ancien n’aurait enseigné que l’homme est le roi de la création, et que le ciel étoilé et notre mère la terre furent crées pour lui. »

Quand nous voyons des ouvrages tels que les Rivières de la Vie et Phallisme paraître de nos jours, sous les auspices du Matérialisme, il est facile de conclure que le temps de la dissimulation et du déguisement est passé. La science de la philologie, du symbolisme et des religions comparées a progressé trop loin pour nier plus longtemps, et l’Église est trop sage et trop prudente pour ne pas tirer le meilleur parti de la situation. En outre, le « rhombes d’Hécate » et les « roues de Lucifer » (5) exhumés journellement du sol de Babylone, ne peuvent plus servir de preuve évidente du culte de Satan, depuis que les mêmes symboles se retrouvent dans le rituel de l’Eglise latine. Celle-ci est trop érudite pour ignorer le fait que même les derniers Chaldis qui étaient graduellement tombés dans le dualisme, réduisant toutes choses à deux principes primordiaux, n’avaient pas plus adoré Satan ou des idoles que ne l’avaient fait des Zoroastriens, qu’on accuse maintenant de la même faute, mais que leur religion était tout aussi hautement philosophique que n’importe quelle autre ; leur Théosophie dualiste et exotérique fut héritée par les Juifs qui, à leur tour, furent obligés de la partager avec les Chrétiens. Les Parsis sont encore accusés de nos jours d’héliolâtrie, et pourtant dans les Oracles Chaldéens, « aux Préceptes Magiques et philosophiques » de Zoroastre, on trouve ce qui suit :

« Ne dirige pas ton esprit sur les vastes étendues de la terre,
Car la plante de vérité ne croît pas dans le sol.
Ne mesure pas la trajectoire du soleil, les règles qui le maintiennent ;
Car il est conduit par la volonté éternelle du Père, et n’existe pas pour vous.
Renonce au cours impétueux de la lune ;
Car elle évolue toujours selon l’œuvre de la nécessité.
Le cours des étoiles ne fut pas créé pour vous (6).

Il y a une vaste différence entre le véritable culte enseigné à ceux qui s’en montrent dignes, et les religions d’état. Les Mages sont accusés de toutes espèces de superstition, mais l’Oracle chaldéen continue :

« Le large vol aérien des oiseaux n’est pas réel,
Ni la dissection des entrailles des victimes ; ce ne sont que de simples jouets.
Si vous voulez ouvrir le paradis sacré de la piété,
Où la vertu, la sagesse et l’équité sont assemblées.

Ce ne sont certainement pas ceux qui mettent le peuple en garde contre « la fraude mercenaire » qui peuvent en être accusés ; ainsi qu’on le dit ailleurs : « S’ils accomplissent des actes qui semblaient miraculeux, qui peut se permettre de nier en toute sincérité, qu’ils le firent simplement parce qu’ils possédaient une connaissance de la philosophie naturelle et de la science psychologique à un degré inconnu de nos écoles ? » Les stances ci-dessus forment un enseignement assez étrange, émanant de ceux qui, croit-on universellement, ont adoré le soleil et la lune, et l’armée des étoiles comme des Dieux. La sublime profondeur des préceptes dépasse la portée de la pensée matérialiste moderne et les philosophes Chaldéens sont accusés, comme les masses ignorantes ; de Sabéanisme et de culte solaire, cultes qui étaient simplement ceux de la masses sans instruction.

Il est vrai que les choses ont changé depuis peu ; le champ d’investigation s’est élargi ; d’anciennes religions sont un peu mieux comprises, et depuis ce jour mémorable où le Comité de l’Académie Française, ayant à sa tête Benjamin Franklin, a étudié les phénomènes de Mesmer, et les a proclamés, à la fois, du charlatanisme et de la friponnerie habile, « la philosophie païenne » et le mesmérisme ont acquis certains droits et privilèges, et sont maintenant envisagés d’un point de vue tout à fait différent. Leur rend-on pleine justice, et sont-ils appréciés davantage ? Nous craignons que non. La nature humaine est la même maintenant que lorsque Pope disait de la force du préjugé que :

« La différence est aussi grande entre la vision des yeux, qu’entre les objets perçus.
Toutes les choses prennent une teinture qui vient de nous.
Où certaines sont décolorées, vues à travers nos passions.
Où les yeux de l’imagination grossissent, multiplient,
Rapetissent ou renversent, et donnent dix mille teintes. »

Ainsi dans les première décades de notre siècle, la Philosophie Hermétique était considérée par les Écclésiastiques et les hommes de Science de deux points de vue opposés ; les premiers l’appelaient coupable et démoniaque, les autres niaient de but en blanc son authenticité, en dépit des preuves avancées par les hommes les plus érudits de chaque époque, y compris la nôtre. Le savant Père Kircher, entre autres, ne fut même pas écouté, et son assertion – que tous les fragments connus sous le titre d’ouvrages de Mercure Trismégiste Bérose, Phérécydes de Syros, etc., étaient des manuscrits ayant échappé au feu qui dévora cent mille volumes de la grande Bibliothèque d’Alexandrie – fut simplement tournée en ridicule. Néanmoins, les classes instruites d’Europe savaient alors, comme maintenant, que la fameuse Bibliothèque d’Alexandrie – « la merveille des âges » - fut fondée par Ptolémée Philadephe ; et que la plupart de ses manuscrits furent soigneusement copiés de textes hiératiques et de parchemins des plus anciens, Chaldéens, Phéniciens, Persans, etc., ces transcriptions et copies s’élevant à leur tour, à cent mille également, comme Josèphe et Strabon l’affirment.

En plus, il y a la preuve supplémentaire de Clément d’Alexandrie qui devrait être crue dans une certaine mesure (7), et il témoigne de l’existence de trente mille volumes additionnels des Livres de Thoth, placés dans la bibliothèque de la tombe d’Osymandissu, au-dessus de la porte de laquelle étaient inscrits les mots « Une cure pour l’âme ».

Depuis lors, comme chacun le sait, des textes entiers des œuvres « apocryphes » du « faux » Pymandre, et du non moins « faux » Asclépiade, furent découverts par Champollion, inscrits à l’intérieur des plus anciens monuments de l’Égypte. Après avoir consacré toute leur vie à l’étude des annales de l’antique sagesse égyptienne, Champollion-Figeac et Champollion Jeune, déclarèrent publiquement, en dépit de nombreux jugements tendancieux, hasardés par certains critiques superficiels et peu sages, que les Livres d’Hermès :

« Contiennent vraiment une quantité de traditions égyptiennes qui sont constamment corroborées par les archives les plus authentiques, et des monuments de l’Égypte de la plus haute antiquité, et qui ne sont que des copies fidèles de ce qui se trouve dans ces livres. »

Nul ne niera le mérite de Champollion en tant qu’Égyptologue, et s’il déclare que tout démontre l’exactitude des écrits du mystérieux Hermès Trismégiste, que leur antiquité recule dans la nuit des temps, et qu’ils sont confirmés dans leurs moindres détails, alors vraiment la critique devrait être satisfaite. « Ces inscriptions », dit Champollion, « sont les seuls fidèles échos et expressions des plus anciennes vérités » (8).

Depuis qu’il écrivit ceci, certains vers apocryphes du mythique Orphée ont été découverts, copiés mot pour mot, dans certaines inscriptions de la quatrième Dynastie, sous forme d’hiéroglyphes, s’adressant à diverses déités.

H.P. Blavatsky
(A suivre)

Cet article de H.P. Blavatsky fut publié pour la première fois dans la revue Lucifer du 15 juin 1892, sous le titre “The Denials and the Mistakes of the Nineteenth Century”.

Notes :

(1) [Le XIXe siècle].
(2) Nous croyons voir le fantôme sidéral du vieux philosophe et mystique Henry More, qui fut autrefois de l’Université de Cambridge, se mouvoir dans le brouillard astral, au-dessus des vieux toits moussus de la vieille ville d’où il écrivit sa fameuse lettre à Glanvil au sujet des « sorcières ». L’âme semble inquiète et indignée, comme, le 5 mai 1678, le jour où le Docteur se plaignait amèrement à l’auteur de Sadducismus Triumphalus de Scott, Adie et Webster. « Nos nouveaux saints inspirés », entend-on l’âme murmurer, « avocats jurés des sorcières qui…à l’encontre de tout bon sens et raison…ne veulent même pas avoir de Samuel en scène, mais préfèrent un esclave confédéré…ces bouffons orgueilleux bourrés d’ignorance, de vanité et de stupide infidélité… » (Voir Lettres à Glanvil, citées dans Isis Dévoilée p. 206 Éd. angl.).
(3) Voir La Grèce d’Alfred Maury, Vol. 1, page 248 et les spéculations de Holymann.
(4) Introduction des Mystères de Creuzer, Vol. III, page 456.
(5) Pneumatologie, de De Mirville, « La Religion des Démons »
(6) Psellus, 4. Voir Ancien Fragments de Cory, page 269, 2e Éd.
(7) Les quarante-quatre Livres sacrés des Égyptiens mentionnés par Clément d’Alexandrie, comme existant de son temps, n’étaient qu’une partie des Livres d’Hermès, Jamblique sur l’autorité du prêtre Égyptien Abammon, attribue douze cents, et Manéthon trente-six mille de ses livres, à Hermès. Mais le témoignage de Jamblique comme néo-platonicien et Théurgiste est évidemment rejeté par les critiques modernes. Manéthon, que Bunsens tient en haute considération comme « un personnage purement historique » auquel « aucun des historiens natifs ultérieurs ne peut se comparer » (Voir Égypte, I, page 97.) devint soudain un pseudo Manéthon, aussitôt que les idées qu’il avance sont en désaccord avec les préjugés scientifiques contre la Magie et la connaissance Occulte revendiquée par les anciens prêtres. Cependant, aucun archéologue ne doute un moment de l’antiquité presque incroyable des livres Hermétiques. Champollion montre le plus grand respect pour leur authenticité et leur vérité, corroborés comme ils le sont, par beaucoup des monuments les plus anciens. Et Bunsen apporte des preuves irréfutables de leur antiquité. D’après ses recherches, par exemple, nous apprenons qu’il y eut une lignée de soixante et un rois, avant l’époque de Moïse qui firent précéder la période mosaïque d’une civilisation facilement discernable d’une durée de plusieurs milliers d’année. Nous sommes ainsi justifiés dans notre croyance que les œuvres d’Hermès Trismégiste existaient de nombreux âges avant la naissance du législateur juif. « Des styles et des encriers furent découverts sur des monuments de la quatrième Dynastie, la plus ancienne du monde », dit Bunsen. Si l’éminent Égyptologue rejette la période de 48.863 ans avant Alexandrie, à laquelle Diogène Laërce fait remonter les annales des prêtres, il est évidemment plus embarrassé en face des dix milles ans d’observations astronomiques, et remarque que « si ce furent des observations réelles, elles doivent s’être étendues sur une période de plus de 10.000 ans » (p.14). « Nous apprenons cependant », ajoute-t-il, « par l’un de leurs anciens ouvrages chronologiques…que les traditions Égyptiennes authentiques concernant la période mythologique, traitaient de myriades d’années. » (Égypte, I, p. 15).
(8) Égypte, 143.

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