Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

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La lutte pour l'existence

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[Article publié par H.P. Blavatsky dans la revue Lucifer d'avril 1889, sous le titre « The Struggle for Existence »]

La mère de la vie est la mort. Cette vérité n'est nulle part plus évidente que dans le règne animal ; la vie des plus forts est soutenue par la vie des plus faibles, et la survivance des plus aptes s'affirme par les cris des malheureux inaptes et mutilés. Le monde occidental a longtemps cherché la solution de cette énigme douloureuse que Dame Nature, le Sphinx des âges, pose à son seigneur et maître, l'homme.

On a donc trouvé nécessaire pour satisfaire l'intellectuel moyen, de proposer une explication qui éclairerait ce problème déroutant, et que les principaux représentants du mental de la race, procédant selon les méthodes de l'époque, ont soigneusement dénommé l'énigme « La lutte pour l'existence », s'abstenant de toutes explications supplémentaires, inutiles, et sachant fort bien que le public qui demande qu'on pense pour lui, acceptera volontiers l'étiquette comme une réponse légitime à l'énigme, et la répètera charmé, d'un air entendu, charmant à son tour d'autres êtres par la magie de sa consonance, et en fera usage comme d'une formule mantrique pour reléguer les antagonistes dans les limbes de l'impopularité.

Et pourtant, bien que le pourquoi de cette grande lutte reste toujours un mystère aussi grand, la réponse que l'on tente de faire est d'une grande valeur par la concision avec laquelle elle formule la loi du Toujours Devenir. Elle s'applique à tous les règnes, et surtout à l'homme, le couronnement de la synthèse du tout. Toutefois, à ce point, il se produit un nouveau développement, et quand l'humanité atteint l'équilibre de son cycle évolutif, et que chaque race et chaque individu arrivent au point tournant de la roue d'Ezéchiel, une nouvelle lutte pour l'existence surgit, et nous trouvons dieu et l'animal combattant pour l'existence dans l'homme. Actuellement, à la fin du dix-neuvième siècle, nous voyons cette lutte mortelle dans toute l'ardeur de sa furie, se poursuivant au cœur des cités surpeuplées et dans l'individualisme outré de la compétition moderne.

Grandiose et magnifique, en vérité, fut l'enfance de la race blanche où les progrès matériel et intellectuel ont follement rivalisé de vitesse côte à côte ; témoin la conquête de presque toute la surface du globe par l'esprit d'entreprise et d'aventure, qui se réjouit, tel un géant de ses prouesses physiques : témoin aussi la conquête de la vapeur et les triomphes toujours nouveaux remportés par l'homme sur la maîtresse électricité. Mais l'enfant ne peut toujours rester enfant, et la race s'approche de la maturité ; le dieu s'éveille et la lutte pour l'existence commence avec une âpre sévérité.

Tout d'abord quelques unités de la race, de ci de là, s'éveillent vaguement au sentiment qu'ils ne sont pas séparés du tout, ils sympathisent avec leurs semblables, ils se réjouissent avec eux. Même chez l'animal, les premiers rudiments de renoncement sont esquissés par la nature, comme on le voit dans l'amour maternel des femelles, et la formation de communautés collectives. Dans les races inférieures (Note 1), l'homme répète cette leçon de la nature, et l'animal étant prédominant, se perfectionne lentement ; dans les races d'un type supérieur, de nouvelles impulsions généreuses contenant le germe du sacrifice se développent graduellement. Il faut toutefois se souvenir que les races sont signalées dans cet ordre uniquement afin de faciliter l'exposé du développement du renoncement dans une monade, et non d'après leur genèse naturelle. Jusqu'à présent, la race blanche en tant que race, ou, en d'autres mots, l'individu moyen de la race, a développé les subtilités de sa nature animale jusqu'à leur dernière limite ; et il prend maintenant contact avec le divin. C'est uniquement en élargissant l'aire de ses intérêts et de ses sympathies que l'individu peut s'épandre dans le divin pour devenir un avec l'amour universel dont l'esprit est renoncement.

Nous pouvons prendre des exemples dans la vie quotidienne qui montrent clairement l'évolution de cette qualité divine. Nous voyons l'homme purement égoïste qui ne se soucie de rien, pourvu qu'il ait ses plaisirs, et qu'une fois marié, il développe sa générosité, mais elle est limitée à sa femme et à ses enfants ; dans d'autres cas, cette sympathie s'étend aux amis et à la famille ; et dans d'autres cas encore, elle va plus loin jusqu'à englober le fanatique ou le bigot, religieux ou patriotique, qui combat pour sa secte ou son pays, comme la femelle lutte pour ses petits, que la cause soit bonne ou mauvaise. Et ici, mentionnons les instruments des passions et des ruses nationales qui sont des maux nécessaires ; car la race étant encore dans sa jeunesse, et très semblable à l'animal, elle ne reconnaît pas encore la règle du sacrifice personnel dans les relations entre ses sous-races constitutives, et elle requiert donc que l'individu serve son pays dans ses guerres et intrigues politiques, en limitant son idéal moral au niveau de la race. Ce sont là quelques types d'évolution des affections de l'homme-animal, soit dans son développement individuel, soit dans les modifications provenant du développement de la race. Dans la plupart des cas, de tels types représentent un simple élargissement de l'égoïsme, ou tout au moins, on peut les rattacher à des causes égoïstes, ou à l'espoir d'une récompense. Toutefois, si nous nous élevons sur l'échelle de maturité humaine, nous trouvons des êtres qui témoignent du dieu latent dans l'homme, dans leurs pensées, leurs paroles, et leurs actes de renoncement divin. La prérogative de leur divinité se manifeste d'abord en actes de charité réelle, par pitié pour leurs semblables qui souffrent, ou par suite d'un sentiment intuitif de devoir, le premier signe de l'accession à la responsabilité divine, et à la réalisation de l'unité de toutes les âmes. « Je suis le gardien de mon frère », tel est le cri de Caïn repentant, et de l'appel divin de retour au Paradis perdu. A ce cri, la lutte pour l'existence animale commence à céder le pas à la lutte pour l'existence divine. En étendant notre amour à tous les hommes, ou même aux animaux, nous nous réjouissons et nous pleurons avec eux, et élargissons notre âme vers l'Un qui toujours souffre et se réjouit avec tous, en une béatitude éternelle où le plaisir de la joie et la douleur du chagrin n'existent pas.

Ainsi, en chaque homme la puissante bataille fait rage, mais les chances du combat ne sont pas les mêmes en chacun – chez certains, les armées animales se réjouissent follement de leur triomphe ; chez quelques autres, l'armée glorieuse du dieu a gagné une victoire silencieuse, mais chez la vaste majorité, surtout maintenant, au point d'équilibre du cycle racial, la bataille fait rage et nul n'en connaît encore l'issue. L'heure est donc venue de montrer que la bataille ne se livre pas uniquement dans les hommes, mais dans l'Homme, et que l'issue de chaque combat individuel est inextricablement liée à celle de la grande bataille qui elle, ne laisse aucun doute, car le divin est par nature, union et amour, l'animal, discorde et haine. Soulignez donc hardiment cette vérité. Ce ne sont pas là de vaines paroles, ni l'utopie imaginaire d'un rêveur, mais une vérité pratique. Car, en quoi l'homme diffère-t-il de l'animal ? N'est-ce pas par son pouvoir d'association et de combinaison ? C'est pourquoi il vit en communauté et développe la responsabilité. D'où jaillissent les racines de la société, sinon de l'aide mutuelle et de l'échange de services ? Et si la race offre à l'individu les avantages d'une telle combinaison perfectionnée par des âges d'expérience amère, ceux qui sont les fils aînés de la race et jouissent de telles organisations ne doivent-t-ils pas au moins une dette de reconnaissance à leur mère, et en retour de la fortune amassée dans les larmes et les gémissements par leurs ancêtres, ne paieront-t-ils pas le privilège, en plaçant l'expérience du passé à intérêts, et en répartissant le revenu acquis, entre leurs frères plus pauvres qui sont également les fils d'une même mère ? Et dans cette race famille, il y a beaucoup de pauvres, de pauvres physiques, de pauvres mentaux, de pauvres moraux. Comment donc les frères plus riches aideront-t-il les autres ? En déversant de l'or parmi les masses ? En obligeant chacun à étudier les arts et les sciences ? En révélant la vérité toute nue au monde ? Non, car alors ces enfants pauvres de la race seraient enchaînés au lieu d'êtres libres ! Examinons donc le problème.

Dans l'évolution de toutes les sociétés humaines, nous trouvons le facteur des castes ; dans l'enfance de la race, la caste est réglée par la naissance, un héritage des civilisations passées, dans les races antérieures. Graduellement toutefois, la caste de naissance cède le pas à la caste grandissante de l'argent, et par conséquent les possessions matérielles deviennent l'étalon de valeur de l'individu, étant donné que la race est plongée d'autant plus profondément dans les intérêts matériels et a atteint son point de développement le plus haut sur le plan matériel. Mais le zénith du matériel est le nadir du spirituel ; la loi de progrès avance calmement avec la roue du temps, et la nature qui ne fait jamais de bonds, développe un nouvel étalon de valeur, l'intellectuel, que nous voyons déjà s'affirmer maintenant en proportion de son adaptation à la compréhension moyenne et à l'idéal matériel des temps, pour être à son tour remplacé par la caste de la valeur réelle où le développement spirituel de la race sera complètement établi. Ceci sera toutefois l'œuvre d'âges, et pour l'humanité en général, ce processus ne peut être aisément accéléré, car il est impossible de changer la loi naturelle de l'évolution qui procède en spirales ne revenant jamais sur elles-mêmes. Cependant à certaines périodes de ces cycles, un moule ou prototype est projeté, et grâce à lui s'esquisse vaguement un type de l'humanité à son état parfait. La race blanche entre maintenant dans une telle période, et le type parfait de l'humanité sera donné par ceux qui, appartenant soit à la caste financière ou intellectuelle, et comprenant le but de l'évolution tout en étant capables de détruire l'illusion du temps en transportant l'avenir dans le présent, étendront libéralement les bienfaits de leur caste aux parias de la race, et les approchant avec sympathie, acquerront une connaissance pratique de leur misère, et s'efforceront d'éveiller la divinité latente, qui sommeille en eux.

Armés de l'épée du sacrifice de soi-même, la possession dûment acquise de l'homme-Dieu, ayant comme mot de passe le bien de l'humanité, ils devront se dresser contre les forces de l'individualisme et de l'égoïsme, et mettre à l'épreuve, à l'aide de cette pierre de touche, toutes les institutions de la race, surtout celles à peine issues de la matrice du temps, puis les comparant à cet idéal, ils se demanderont toujours : « Ceci tend-il à réaliser une fraternité universelle ? » Dans la négative, ils s'efforceront d'empêcher ces forces d'agir à l'encontre du courant de juste progrès, et doucement, silencieusement, ils les rétabliront dans leur cours normal ; mais si la tentative contribue au bien de tous, ils fortifieront par tous les moyens, l'enfant chétif, et veilleront avec un tendre soin sur son berceau. Or, le sentier du progrès véritable englobe l'amélioration de l'individu, de la nation, de la race et de l'humanité ; et conservant présent à l'esprit le dernier de ces buts, le plus grandiose, la perfection de l'homme, ils rejetteront tout progrès apparent de l'individu qui s'accomplirait aux dépens de son semblable. Dans la vie réelle, l'évolution de ces facteurs : l'individu, la race et la nation, est si intimement unie, que ce serait une erreur de favoriser l'un au dépens de l'autre ; mais comme il n'est possible de voir qu'une face d'un objet à la fois, il est nécessaire de suivre le cours du progrès le long d'une ligne particulière, dans un but de simplification et de compréhension générale. En ce qui concerne l'individu, il faudrait étendre à tous les grands progrès sanitaires dont jouit la classe financière ; les bains publics et des aires de jeux, des concerts gratuits et des conférences devraient être fournis, les musées et les galeries de peinture devraient être ouverts aux heures où les travailleurs pourraient les visiter ; et il faudrait encourager la création de clubs d'athlétisme et d'amélioration mutuelle parmi les pauvres. Toutes ces réformes seraient aisées si seulement un faible pourcentage de la richesse énorme du pays qui reste inemployée maintenant était généreusement dépensé dans un esprit de sacrifice. Malheureusement, peu d'hommes parmi les riches réalisent l'unité latente de l'homme, et on laisse le soin d'élaborer de tels plans à ceux qui, manquant de la plus grande puissance des temps, sont entravés parce qu'il n'y a pas d' « argent » dans l'entreprise. Mais si on pouvait trouver de tels hommes, et employer en ce sens l'argent superflu du pays, quel ne serait pas le progrès de l'individu ! La santé se développerait et le goût s'affinerait ; un milieu sain favoriserait une pensée saine ; la vue de monuments artistiques et scientifiques amènerait plus de raffinement et créerait le respect de soi-même.

Mais, dira-t-on, si l'on prélève de l'argent dans ce but, le travail manquera dans un autre domaine, et ainsi la misère des ouvriers augmentera, et d'autre part, les avantages offerts aux masses accroîtront leur besoin de plaisirs et les rendront plus mécontents encore. On verra bien vite cependant, que les œuvres et les institutions destinées au bien public, procureront la même quantité de travail, et de plus, ces entreprises étant d'ordre simple et sobre, offriront un emploi à un plus grand nombre d'ouvriers que si cet argent avait été engagé dans un ouvrage plus raffiné et plus luxueux. Il ne faut pas craindre non plus à ce que ceci fasse naître du mécontentement dans les masses ; car des hommes au cœur et à l'esprit assez large pour instaurer de telles réformes feraient preuve d'un même esprit en toutes choses et donneraient l'exemple dans leur vie privée, d'une conduite sobre et abstinente ; l'extravagance et la gloriole cesseraient, de sorte que les toilettes voyantes et les habitudes de luxe de la caste riche ne provoqueraient plus la misérable imitation de la part des parias, d'un luxe de mauvais goût et de vices dégradants, car les pauvres imitent les riches, et si les bars à la mode du West End manquaient de clientèle, les cabarets des impasses ne feraient pas de si bonnes affaires. C'est le goût dépravé des riches qui a fait que l'artisan s'imagine devoir consommer un succédané de viande pour maintenir ses forces, et ainsi, au prix de dépenses bien au-delà de ses maigres ressources, il adopte un régime qui abîme ses organes et dérange son organisme. Et si l'on ne peut conseiller un changement soudain de régime, au moins peut-on recommander l'absorption modérée de viande, et demander à ceux qui souhaitent la santé physique et morale de la race, de donner une preuve de la possibilité de se maintenir en bon équilibre. Laissant de côté tous les arguments tirés de sources qui ne sont généralement pas accréditées, tels que les codes moraux des grands instructeurs du passé, et la synthèse de toutes les expériences, physiques, psychiques et spirituelles, nous pouvons, en appui au débat, citer l'avis unanime des membres de la Faculté de Médecine selon lequel une quantité réduite de viande améliorerait la santé générale, et beaucoup des maux ordinaires sont dus uniquement à un excès de nourriture carnée en particulier et à une suralimentation en général ; tandis que l'analyse chimique prouve d'une façon décisive, que l'alimentation végétale, surtout les céréales, contient beaucoup plus de principes nutritifs que la nourriture animale.

De plus, si le sentiment de dégradation qui s'attache à l'accomplissement de travaux domestiques était supprimé, par le fait que les castes riches et intellectuelles rempliraient elles-mêmes ces fonctions, ou du moins, en encourageant toute invention et en favorisant tout effort qui tendrait à adoucir ces travaux, beaucoup d'ennuis qui affligent journellement nos ménagères et taxent leur budget, disparaîtraient et mettraient fin au problème difficile de la question des servantes. Le non-sens actuel du service domestique serait supprimé, et au lieu d'un millier de petits dos courbés sur un millier de petits fourneaux, préparant un millier de petits dîners, nous aurions un système coopératif pratique qui supprimerait les petits ennuis domestiques, qui détruisent l'harmonie de tant de foyers.

Si l'on adoptait de telles mesures sanitaires, nous verrions les capacités physiques et mentales se maintenir dans la vieillesse, au lieu de croire, comme on le fait généralement, que l'homme cesse d'être utile vers quarante ou cinquante ans, et qu'il ne lui reste plus qu'à mener une vie inactive et de faiblesse générale. Naturellement, ceci concerne l'individu en général car nous avons assez d'exemples de génies qui continuent leurs travaux jusqu'aux derniers moments de leur vie ; ceux-ci toutefois, pratiquent intuitivement ou naturellement, la modération et la simplicité de l'alimentation, et donnent souvent des preuves d'abstinence extraordinaire.

Ainsi donc, si les leaders accrédités de la société pratiquaient une telle modération dans leur vie privée, leurs fidèles ne seraient pas poussés aux excès ; et même si l'animal régnait encore en maître parmi les masses, ses folies ne seraient pas honteusement encouragées par les excès des gens respectables.

Ainsi, les exigences matérielles de toutes les classes seraient mises sur un même pied, et l'on aurait une base sur laquelle construire un édifice stable de progrès national tendant vers la réalisation de l'unité humaine. Entre temps, l'évolution mentale de toutes les classes avancerait aussi à grands pas, et les impulsions données à l'étude et au développement du goût artistique, mettraient en avant les vrais génies de la nation, et ne limiteraient plus le recrutement des hautes professions à la caste riche, sans tenir compte des capacités individuelles. Le faux idéal actuel de goût disparaîtrait aussi complètement que les décorations récentes et extraordinaires des maisons, et la simplicité de l'ornement intérieur amènerait, en l'harmonie avec le milieu, à une harmonie dans la pensée et les sentiments. Qui, par exemple, pourrait composer un poème ou trouver l'inspiration dans un salon surchargé de décoration de style moderne, avec ses collections hétérogènes et multicolores de bric-à-brac et de pacotilles ? Tandis que placé dans un milieu harmonieux et en suivant un tel mode de vie, l'individu développerait en lui les plus larges instincts de sa nature, et la fleur du sacrifice de soi, trouvant un sol qui lui convient, fleurirait dans le cœur de beaucoup, et en détruisant ainsi toute étroitesse de jugement, et en créant un intérêt de plus en plus vaste pour le bien-être général, elle produirait de nouvelles organisations et institutions sociales ; le ton de la nation s'élèverait, et la vrai valeur deviendrait la norme d'appréciation parmi les hommes.

De plus, comme nous avons déjà une preuve qu'un tel idéal est vaguement ressenti, dans toutes les nations de race blanche, dans le mécontentement croissant de presque toutes les classes sur l'état existant des choses, il ne faudrait pas qu'une nation ne resta isolée. Mais la vague du progrès atteignant simultanément toutes les sous-races de la race devrait créer un désir général d'établir de saines relations entre les nations, et fortifier tous les efforts en vue d'unir les unités les plus importantes en un tout harmonieux. En outre, la croyance en l'unité essentielle de toutes les âmes, créerait une insatisfaction plus prononcée sur l'état existant des relations sociales entre les sexes, les potentialités de la femme seraient étudiées et on lui donnerait l'opportunité de se développer, ce qui jusqu'à présent lui était refusé. La simple justice exigerait qu'on appliquât le même ostracisme aux catins masculins que celui dont on accable aujourd'hui avec tant de sévérité la femme seule ; et ou bien la tolérance qui est accordée aux hommes, est également accordée aux femmes, ou bien l'éveil à l'idéal moral supérieur et à la sagesse humaine, amènera la fin de la prostitution par la suppression de la demande. Pour préparer le sol dans lequel pourrait se réaliser cette perfection, il serait nécessaire d'étendre aux femmes tous les bienfaits de l'éducation intellectuelle ; d'encourager et de conseiller la pratique des exercices athlétiques aux jeunes filles et d'y pourvoir dans les écoles publiques ; de veiller jalousement à la santé des femmes travailleuses par des améliorations sanitaires dans toutes les usines et les lieux de travail, et de parer aux maux résultant de longues heures d'activité sédentaire dans des atmosphères polluées. De plus, il faudrait que les jeunes filles actuelles des classes moyennes inférieures ou de parents aux revenus limités puissent se faire une position dans la vie, au lieu d'être obligées, à l'encontre de leur volonté et de leur instinct le plus noble, d'entrer sur le marché matrimonial, et de gagner leur pain quotidien au prix d'une maternité qu'elles ne désirent pas.

Sans aucun doute le développement d'associations internationales d'aide mutuelle, non basées sur le simple intérêt personnel, paraîtra actuellement, à la majorité, comme le comble de la folie ; mais lorsque la race aura donné des preuves valides par ses institutions sociales, de l'efficacité de la méthode, ce changement de base deviendra une chose possible. La diffusion de l'instruction et la possibilité d'étudier des auteurs dans les textes originaux, et d'avoir directement accès aux faits, dissiperaient rapidement les nuages des préjugés nationaux et sectaires. Et la naissance du Dieu intérieur rendrait impossible l'empoisonnement des jeunes intelligences par le virus du dogmatisme, de l'orgueil et de la passion nationale d'antan. Virus, qui abonde dans les manuels théologiques et historiques orthodoxes de notre époque. Les triomphes passés du côté animal de chaque nation, seraient uniquement considérés comme des exemples de l'obscuration du côté spirituel ; bien qu'ils permirent progressivement à l'économie de la nature de faire luire plus glorieusement le soleil de l'humanité par le contraste avec l'obscurité passée. Ainsi, il ne serait plus nécessaire d'entretenir des armées et des flottes puissantes, et la somme énorme économisée de la sorte pourrait contribuer à de multiples améliorations nationales, et indiquer la voie qui leur permettrait à chacun de s'élever du niveau animal au niveau divin.

Il serait trop long d'esquisser même succinctement les possibilités de coopération internationale qui, à leur tour, s'étendraient à la coopération entre les races dont les potentialités dépassent toute description, et atteindraient cette réalisation dont la Société Théosophique a planté le premier germe visible et conscient, en s'efforçant de former le noyau d'une fraternité de l'humanité sans distinction de race, de croyance, de sexe, de caste ou de couleur . Ce que pourront être les potentialités de cette humanité glorieuse, nul autre que l'étudiant de la Science de la Vie ne peut le concevoir, car lui seul peut percevoir les efforts des Frères Aînés de la Race pour aider leurs frères plus pauvres.

Aspirons donc au divin, en nous, dès maintenant, et combattons l'animal, afin de pouvoir discerner l'ami de l'ennemi dans la grande bataille et éveillés au cri de « Tu es le gardien de ton frère », ceignons le bouclier et le gilet protecteur pour la cause de la divine Unité de l'Humanité dans la Lutte pour l'Existence.

PHILANTHROPOS

Traduit en français dans la revue Théosophie, volume V, n°1, septembre 1929.

[Note (1) : Dans cet article, comme en général en Théosophie««, le mot race est à comprendre soit dans le sens de l'humanité entière, soit dans le sens de la culture, des idéaux ou de l'âme d'un peuple, ou d'une nation. Le mot est utilisé en dehors de considérations relatives à la physiologie humaine, et sans pensée raciste. Pour la Théosophie la famille humaine est une Unité. Il n'y a ni race supérieure, ni race inférieure au sens strict du terme, comme on peut le lire en particulier dans la Doctrine Secrète, l'ouvrage majeur de H.P. Blavatsky. Les théories basées sur une prétendue race pure et supérieure sont sans fondement et étrangères à la Théosophie.]