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Vers une réelle fraternité
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Comment le cœur peut-il s'ouvrir à l'Amour ? Et qu'est-ce que l'Amour ? Si le cœur est devenu sec et indifférent par quelle magie peut-il devenir aimant et fraternel ? C'est l'oubli de soi qui, par une pratique constante dans les circonstances de la vie quotidienne, éliminant l'égoïsme, laissera jaillir le pouvoir de l'amour. Cette pratique nécessite le rejet de toute préoccupation person¬nelle ; chercher une tâche à accomplir, rendre service là où nous sommes, c'est déjà commencer à réaliser l'esprit de fraternité.

L'oubli de soi est un moyen mais non une fin. S'il est désiré, s'il est recherché pour remédier à une angoisse ou uniquement pour lutter contre le désœuvrement, générateur d'ennui, il peut créer un climat psychologique ramenant momentanément dans l'individu le calme ; mais il n'éveillera pas l'amour.

Quelle est la nature de l'amour qui naît du don de soi-même ? L'amour véritable est ce qui unit dans la liberté. Les amants de l'humanité, les sages de tous les temps n'ont pas désiré la possession de l'objet de leur amour, ils n'ont jamais réclamé l'adoration pour eux-mêmes. « Un amour dirigé de façon égale vers toute chose, un amour universel, est au delà de la conception du mental mortel, et pourtant cette sorte d'amour qui n'accorde aucune faveur à une chose déterminée semble être l'amour éternel. Aussitôt que nous commençons à aimer une chose ou un être plus qu'un autre, non seulement nous détournons une somme d'amour à laquelle l'ensemble a le droit de prétendre, mais nous nous attachons aussi à l'objet de notre amour. » (Article "L'amour pour un objet", publié par H. P. B.).

L'attachement est la qualité de l'amour humain. Il devient asservissement dans la passion d'un amour dégradé.

« Il n'y a pas d'Amour sans objet pour le mental humain, » Que l'objet de notre amour soit le symbole de l'humanité, par ce truchement, l'amour quel qu'il soit se purifiera progressivement, lentement, même si cela demandait des âges, pourvu que cette direction mentale soit maintenue.

Considérer son entourage de parents, d'amis, d'ennemis, comme symbolisant l'humanité, chercher à exprimer dans les rapports avec tous ces êtres l'amour qui donne et non celui qui prend, développer sa faculté de com¬prendre les autres, renforcer sa patience et sa persévérance, c'est vivre en développant les qualités qui conduisent vers une vraie fraternité.

Etre de ceux qui font leurs les maux et les laideurs du pays, aider les autres à se rendre compte des tares nationales, rester aux côtés de ceux qui espèrent et qui luttent pour y remédier, c'est pratiquer la fraternité.

Regarder au-delà des frontières pour tenter de comprendre la cause des différences et des oppositions entre les hommes, en chercher sincèrement les remèdes, définir les idées positives qui sont ou seront des bases d'entente entre tous les peuples, c'est poser des jalons pour la réalisation de la fraternité.

L'objet de notre amour devrait donc être la recherche de l'harmonieuse condition humaine, qui exige l'indépendance la justice et la tolérance, mais n'est pas l'uniformité.

L'indépendance implique la liberté. L'âme progresse par ses propres efforts ; pour qu'elle soit pleinement responsable elle doit s'exprimer librement. Même si elle s'égare dans sa recherche, elle restera toujours sur la voie, ses échecs deviendront des succès dans la mesure où elle saura en tirer des leçons en restant toujours sincère avec elle même.

Il en est de même avec les collectivités humaines. Toutes les considérations de classes, de races, de reli-gions, doivent disparaître devant la nécessité absolue de l'exercice de la liberté.

Ce pouvoir est un moyen d'émancipation et non de contrainte sur les autres. Réclamer la liberté pour la mettre au service de l'injustice c'est s'engager sur une voie stérile et dangereuse. Dans ce cas tôt ou tard la liberté sera arrachée à celui ou à ceux qui s'en seront servi de cette manière. Si la liberté s'exerce de concert avec l'esprit de fraternité universelle, elle permettra à la nation qui l'a conquise d'apporter sa contribution libre, pleine et entière, à l'Humanité. Cette idée fut admirablement exprimée par le Mahatma Gandhi en ces termes : « l'Inde doit être libre et indépendante, elle doit apprendre à vivre avant d'apprendre à mourir pour l'humanité. Chaque homme est un ruisseau. Chaque peuple est un fleuve. Ils doivent suivre leur lit limpide et sans souillure, jusqu'à ce qu'ils aient atteint la mer du Salut, où ils se mêleront tous. »

L'exercice de la liberté conjointement avec la fraternité soulève inévitablement de grandes difficultés d'appli¬cation. Cela requiert du discernement, de la prudence, mais c'est la seule voie véritable de progrès.

Pour tout homme, ou groupe d'hommes, la dépendance d'autrui est malheur et « c'est lorsque la liberté travaille dans les chaînes et quand la servitude devient une loi de la force, que la vraie nature des choses est déformée et que le mensonge gouverne l'action de l'âme ». - Aperçus et Pensées - Shri Aurobindo.

La Justice et la Fraternité sont indissolublement liées. Il n'y a pas de vraie Justice sans Fraternité, ni de Frater¬nité sans Justice,

La Justice véritable exige que les élites mettent leur intelligence et tous leurs pouvoirs au service de leurs frères déshérités. Malheureusement, il est bien évident que dans beaucoup de cas, la lutte pour l'existence est la règle du jeu ; l'éducation que l'enfant reçoit le prépare à tirer profit pour lui-même et, s'il le faut, contre les autres, des avantages en intelligence ou en instruction qu'il possède.

Ces hommes spirituellement évolués que sont ces Grands Sages mentionnés précédemment qui, par leurs qualités spirituelles dépassent de bien loin le plus intelligent des hommes, n'ont-ils pas mis leurs divins pouvoirs au service de l'humanité et, par là même, ne sont-ils pas pour nous de vivants exemples ?

La « charité », caractéristique de la civilisation chrétienne, si souvent invoquée, peut-elle s'exercer réellement, lorsque la plus élémentaire justice est bafouée ?

Depuis bien des siècles en Occident, la Charité a été promulguée, théoriquement du moins, et les masses déshéritées se sont lassées d'une telle situation.

Le nom même de Dieu et la Charité ont été prostitués au service de l'injustice. Il n'y a rien d'étonnant à ce que maintenant les peuples soient souvent sceptiques lorsqu'on leur parle de charité.

Il est bien évident qu'il n'y a pas de fraternité possible sans la tolérance. Tous les hommes sont différents les uns des autres. Pour chaque âme il existe une voie particulière qui la conduit vers le divin, pour chaque race ou civilisation, les caractéristiques ethniques, physiques, psychiques et spirituelles étant différentes, les voies sont inévitablement diverses. La vie, c'est l'unité dans la diversité, tandis que l'uniformité, c'est la mort. La vraie tolérance n'est pas cette disposition d'esprit à supporter, le plus souvent avec condescendance, ceux qui vivent ou pensent différemment, c'est la reconnaissance de ces voies multiples nécessaires à la grande recherche du secret de la vie entreprise par l'âme.

L'absence de crainte en face de toutes les circonstances de la vie est indispensable pour la pratique de la fraternité ; elle repose sur la confiance en l'homme et requiert l'intrépidité.

Sous le masque de la personnalité inférieure se cache le divin incarné. Confiant en la réalité de ses qualités divines latentes, l'homme ne doit désespérer ni de son prochain, ni de lui-même. Dans les rapports humains la confiance dans une bonne volonté réciproque devrait constamment être envisagée. L'intrépidité n'est pas la folle témérité, elle demande un esprit lucide, sans peur, qui est capable de faire le premier pas et de se dévoiler à l'adversaire. Comment une âme lâche aurait-elle le courage de surmonter toutes les difficultés qui surgissent de toutes parts, qui sont inévitables et qui se trouvent sur le chemin qui conduit à la véritable réalisation de l'Amour par la Fraternité Universelle ?

« Des hommes marcheront dans les Ages meilleurs,

Là où je suis tombé,

Et chantant, ils iront parfaitement unis,

Où je suis passé seul. »

(Théodore Parker).


[Article publié dans le Cahier Théosophique n°12, © Textes Théosophiques, Paris]   top-iconRetour en Hauttop-icon