Samedi 24 Juin 2017

Mis à jour le Sam. 24 Jui. 2017 à 16:25

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Karma

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La loi de Karma, ou Action, est l'un des principaux enseignements de la philosophie orientale. Cette loi y est affirmée comme étant universelle, ayant sa racine, ou sa base, dans l'expiration (action) et l'inspiration (ré-action) de Brahm, le Grand Souffle ou le Moteur Invisible, par le mouvement duquel, dans la matière (substance), toutes choses sont émanées.

Il y a une chose que nous pouvons déduire de l'Action, c'est la Ré-action. Ce fait montre le processus de Karma. La loi de Karma se manifeste sur ou dans différents plans de la vie et diffère selon le plan où elle agit. Newton exprima un mode d'action de Karma, sur le plan physique, quand il formula sa première loi du mouvement, à savoir : « l'Action et la Réaction sont égales et de sens opposés ». Les physiologistes et les psychologues nous disent que cette loi se vérifie dans le domaine des émotions et dans les actions et réactions du système nerveux également. La Bible occidentale exprime Karma pour le plan moral quand elle dit : « Ne vous trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu. Ce que vous avez semé, vous le récolterez » (1). Cette causalité éthique, cette conséquence morale, cette conservation et inter-corrélation de l'énergie mentale, morale, et psychique, c'est aussi Karma.

Nous pouvons imaginer que lorsqu'un homme accomplit une action égoïste, ou pense de façon égoïste, cela pénètre dans un monde mouvant d'éther subtil, en tant que vibration spécifique, teintée, pour ainsi dire, par sa coloration mentale et morale, comme imprimée dans la vibration particulière qui est la sienne. Nous pouvons l'imaginer comme débouchant avec une énergie inépuisable dans cet éther qui répond puissamment au tremblement d'une pensée, et affectant ainsi, comme nous le dit la science, les lointaines étoiles par sa palpitation dynamique. Aux confins d'un système, cette énergie doit revenir, et réagir, naturellement selon la ligne de moindre résistance, jusqu'à la sphère ou base de laquelle elle est partie, et qui la ré-attire puissamment avec tout ce qu'elle a rassemblé sur elle-même dans le cours de ce long voyage, en affectant de diverses façons l'acteur, le créateur, vers qui elle est revenue. Ce processus de retour n'a pas toujours lieu dans la même courte vie humaine. C'est pourquoi nous avons la loi de réincarnation comme compagne et extension de Karma. L'âme est ré-attirée vers la vie sur terre, encore et encore, par le retour et le réveil de ses énergies en sommeil, auto-engendrées et attachées aux plans matériels de l'être. La Substance une, Akasha, Mûlaprakriti, l'Aether — appelez-la comme vous voudrez — ce d'où toutes les choses ont évolué, est, par l'effet de sa constitution atomique et de ses lois magnétiques, le grand Agent de Karma. Par son effet, toutes les choses et tous les êtres qui y sont immergés et en sont saturés deviennent les instruments mineurs de cette loi.

Karma est en fait l'Action et la Réaction, comme nous l'avons dit. Tout ce qui est, a été, ou sera produit, arrive en vertu de cette loi de Cause et d'Effet. Toute Action est le résultat d'une Action précédente. Sa justice est parfaite, son équilibre est immuable. Cette loi fait en sorte que toutes choses retourneront à leur source. Parmi les myriades de causes secondaires, ses ajustements et réajustements précis sont sans erreur, parce que chaque action a son équilibre et son effet propres.

Imaginez l'inverse du cas ci-dessus, et imaginez un homme sans égoïsme, n'agissant qu'avec le sens du devoir, et en accord avec la Loi d'évolution tendant vers le progrès. Comme avec cette lumière il voit que l'humanité est une et indivisible, ses actions ne seront pas colorées par sa personnalité. Elles ne créeront pas de courant contraire et particulier de discorde dans le milieu éthérique, et arriveront dans l'océan harmonieux de vie, tout autour de nous, en ondes aussi universelles que les siennes. Ne portant aucune impression personnelle, elles n'ont pas de raison de retour à la sphère de cet homme, qui alors pulse avec l'harmonie environnante et s'étend à l'éternel.

Certaines personnes disent que Karma est « cruel » parce qu'il « punit ceux qui font le mal sans connaître la loi karmique ». Mais Karma ne punit pas ! C'est un discours incorrect et erroné. Comment l'Action peut-elle punir ? L'Action comporte sa réaction, c'est tout. Une action égoïste ne peut réagir comme une bonne action, pas plus qu'un pépin de pomme ne peut donner un figuier ! Nous devons nous attendre à recevoir notre propre action en retour. Lorsqu'un enfant inconscient met sa main dans le feu, nous ne disons pas que le feu est cruel parce qu'il brûle l'enfant. Nous reconnaissons là l'action d'une loi sur le plan physique. Nous la respectons comme telle. Mais Karma est aussi une loi qui agit sur de nombreux autres plans et ne peut être effacée ou évacuée, pas plus que le feu ne peut l'être. L'adulte qui s'est brûlé souffre plus que l'enfant parce que son imagination entre en jeu. Celui qui fait sciemment un acte égoïste, défiant Karma, souffrira en réaction, sur les plans moral et mental, alors que, celui qui a mal agi, en ignorant la loi de Karma, aura probablement à supporter de moindres effets.

Toute Action est karmique et entraîne un nouveau karma. Les actions des hommes et des nations ; les conditions sociales ; les difficultés mentales, la joie, la peine, la vie, la mort, la santé, la maladie, l'émotion enthousiaste et la souffrance ; toutes sont des effets d'actions précédentes, que ce soit celles d'individus humains, de nations ou de races. Nous supportons une part du Karma national et en souffrons comme membre de la nation pour des actes que nous n'avons pas commis personnellement. Mais Karma — nos actions passées — nous a mis à cette place et dans cette nation, avec ces conséquences, même si, en Devachan, il y aura une compensation pour l'individu qui n'a pas mérité de telles épreuves pour sa propre personne.

Nous entendons parler d'« interférer avec karma » mais cela est absurde et impossible. Si pour l'un, c'est la pénitence et la souffrance qui lui sont accordées, pour un autre ce sera la possibilité de soulager cette souffrance. Il peut se faire, que par votre Karma, vous soyez menacé de dures conséquences et que, de mon côté, j'en sois exonéré. La souffrance, par ailleurs, est aussi un moyen d'expansion et de progrès de l'âme, si bien qu'elle peut constituer un « bon » Karma, alors qu'une situation dans le confort matériel et l'exonération de tout chagrin, se révèle souvent désastreuse pour l'âme en l'amenant à s'enfermer en elle-même. Plus désastreux encore est le refus de la sympathie et de l'aide aux autres lorsque, retenus par de froids raisonnements, nous nous interdisons de « souffrir avec tout ce qui vit » (2). Nous ne pouvons écarter la loi Karmique. Elle peut être retardée, mais elle reviendra avec d'autant plus de force.

La Loi est divine. Ce n'est pas nous qui la faisons. Nous mettons seulement en mouvement des causes que cette Loi préexistante d'Action et de Réaction nous renvoie comme des effets. Nous générons ces causes et, face à elles, nous exerçons notre libre arbitre jusqu'à ce que la multiplication de ces causes réagisse, et paralyse notre volonté.

Dans les actions seulement se fait l'enregistrement de tous les faits et pensées. Leurs impressions sur la Substance Une constitue le vrai livre du Jugement. Ainsi, Karma est le seul Juge légitime. Lui seul peut, de façon correcte, punir ou récompenser, car en lui seul réside le plein discernement. De même que le véritable Amour consiste dans la parfaite Justice, également impartiale envers tous, ainsi en est-il de la loi de l'Amour universel. Lui seul donne l'impulsion à l'âme, à travers l'expérience de la souffrance du Soi, pour l'épanouissement dans l'Impersonnel et l'Universel.

Cependant, il y a une façon d'échapper à Karma, c'est en le devenant soi-même. Le Devoir accompli pour lui-même, sans intérêt pour les résultats, (car seul le Devoir nous appartient — les conséquences se trouvent dans le Grand Brahm) en agissant ou en renonçant à l'action, parce que c'est cela qu'il faut faire, de cette façon, par notre dévotion intérieure, nous devenons un avec cette Loi à laquelle nous obéissons. N'étant plus jamais ses instruments inconscients, nous sommes alors ses agents conscients, comme une partie de cette Loi, en gardant en nous-mêmes et mettant en pratique sa première grande injonction :

« L'inaction dans un acte de miséricorde devient une action dans un péché mortel » (3).

Jasper Niemand (4) – F.T.S.
The Path, avril 1891.

Notes :
(1) [Saint Paul dans, l'Epître aux Galates 6, 7]
(2) [La Voix du Silence, pages 68 à 70 – Éd. Textes Théosophiques]
(3) [La Voix du Silence, page 47 – Éd. Textes Théosophiques.]
(4) [jasper Niemand est le nom de plume de J. Campbell VerPlanck]

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Un point de vue de théosophes américains et la guerre (de 1914-1918) et la paix

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[Traduction d'un article de février 1918 intitulé « How Are Theosophists To Look At The War ? », paru dans la revue américaine Theosophy (Vol. 6, n°4, pp. 145 à 148),]
Les éditeurs de TheosophyUn correspondant [américain] écrit :
« Je voudrais que vous m'aidiez à bien comprendre le problème de la Grande Guerre [la guerre de 1914-18]. Comment les Théosophes doivent-ils la considérer ? Devons-nous lever notre chapeau devant Wilson ? Tout ce qu'il fait est-il correct ? Notre pays a-t-il raison ou tort ? La Belgique ne récolte-t-elle pas ce qu'elle mérite ? Je suis enclin à être un « pacifiste », mais est-ce la bonne attitude ? J'ai critiqué les Chrétiens en guerre, et leurs vaines prières pour l'arrêter ; mais quand le monde entier combat l'Empereur, et que la somme de haine est énorme, est-ce que le pouvoir de la pensée peut, d'une manière ou d'une autre, agir favorablement – puisque « les pensées sont matérielles » ? Parfois je me demande si mes idées personnelles sont correctes et, afin d'être un Théosophe cohérent, je voudrais savoir comment je dois considérer la guerre et les troubles actuels ? »

 


 

Certaines idées incluses dans la réponse au correspondant, ci-dessus, pouvant intéresser d'autres étudiants, la revue Theosophy publie, ci-après, des extraits de la lettre qui lui a été adressée en retour:

Vous désirez savoir comment les Théosophes doivent considérer la guerre. Et bien, ils doivent la considérer telle quelle est. Ils ne l'ont pas provoquée. Ils doivent laisser les théories de côté et faire face à la situation avec sagesse.

Sommes-nous supposés lever notre chapeau devant Mr. Wilson (1) ? Tout ce qu'il fait est-il correct ? Nous n'avons pas à lever, métaphoriquement ou pas, notre chapeau pour quoi que ce soit ou qui que ce soit, mais nous devrions être capables d'applaudir, partout, le discours et l'action juste de n'importe qui. Nous devons être impersonnels dans ce domaine si nous voulons mettre en pratique les doctrines que nous étudions et enseignons.

Tout ce qu'il fait est-il correct ? Comme tout autre humain, il doit sans aucun doute commettre des erreurs, mais depuis que la guerre a été déclarée par l'Amérique, sa conduite générale a été dans la bonne direction, en montrant non seulement une largeur de vue et une force de caractère, mais aussi une intention générale d'agir pour le meilleur de tous les peuples.

Nous devons nous rappeler qu'il n'a pas déclaré la guerre. Il fut contraint, pour ainsi dire, par le sentiment de la nation. Les droits des peuples, à travers le monde, à s'administrer eux-mêmes étaient menacés et atteints par l'entente Allemande, et un danger commun à toute la civilisation s'était dressé.

Notre gouvernement, même imparfait, est basé sur la Fraternité, l'égalité des droits pour tous, la liberté de penser et d'entreprendre dans toutes les directions qui concerne le bien général. Cette base ne peut pas être développée correctement si elle ne s'applique qu'à notre nation, ou aux individus qui la composent ; elle doit concerner tous les peuples, si nous ne voulons pas être traités d'égoïstes, reniant nos propres principes.

En tant que nation, nous sommes tenus de défendre et d'aider tous les peuples qui, en tant que parties intégrantes d'une même humanité, luttent contre l'oppression. Tant d'un point de vue théosophique, que du consensus d'opinion général, nous faisons actuellement tout ce que nous pouvons pour détruire la possibilité d'usurper les droits fondamentaux de l'humanité.

Le sentiment que « notre pays a raison ou tort » est aussi stupide et mauvais que pour quelqu'un de dire : « Moi, j'ai raison ou tort ». C'est exactement ce sentiment qui a permis à l'Allemagne, et aux Allemands, de persister aussi longtemps, et qui a aveuglé son peuple à la perception des droits des autres peuples. Alors que si chacun de nous pense, « je suis mon pays » et s'efforce de voir ce qui est juste et le fait, alors « mon pays sera juste ». Comme toujours, dans un cas, le bien et le vrai ne sont que des perceptions individuelles ; alors que les considérations qui incluent tout, sont justes pour tous.

Si nous disons que la « Belgique a reçu ce qu'elle méritait », alors continuons dans cette attitude et disons qu'il en est de même pour l'Allemagne, la France, l'Angleterre et l'Amérique, ainsi que pour les américains qui n'en aiment pas les résultats. Soyons cohérents dans toutes nos pensées. Cependant, cette attitude nous mène nulle part et elle doit être mal fondée. Considérons ce que dit la Bhagavad Gîtâ [ch. IV, v. 8] : « Je [Krishna] m'incarne d'âge en âge, pour la sauvegarde du juste, la destruction du méchant et le rétablissement de la justice ». Cette injonction est tout autant la base de l'action, spirituelle et morale, de l'individu, qu'elle l'est pour ces Grands Êtres qui « s'incarnent d'âge en âge ». « Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas ».

Actuellement, les Pacifistes sont les gens les plus illogiques, inconsistants et égoïstes de ce pays ou de tout autre. Tous les peuples désirent la paix, car elle fournit la condition normale qui permet le progrès ; mais lorsqu'un individu, une nation, ou plusieurs nations conspirent et agissent de manière à perturber cette condition normale, les autres ne peuvent préserver la paix en disant qu'ils sont opposés à la guerre. Selon un dicton : « L'homme doit combattre le démon par le feu, qu'il comprend, et non pas par l'eau bénite, qu'il ne comprend pas. »

La guerre dans laquelle nous sommes actuellement engagés, est une guerre pour la fraternité et elle est une reconnaissance de la fraternité. L'Amérique aurait pu, pour un temps, se tenir égoïstement à l'écart de la guerre, et permettre à l'oppression d'imposer sa volonté sur un grand nombre ; mais, si cela avait été possible, il serait arrivé un temps où le karma de son impitoyable conduite serait retombé directement sur elle. Car en s'abstenant, elle aurait nié et ignoré la fraternité des Hommes. Déjà, tel qu'il en est, ce pays a accru la durée et les horreurs de la guerre en ne s'éveillant pas plus tôt à une perception vraie.

C'est le bien-fondé de l'action de l'Amérique qui plait aux Théosophes ; c'est l'esprit d'abnégation de son peuple qui donne de l'espoir à cette grande nation, et à travers elle, au monde entier. L'objectif global de l'étude théosophique et de sa mise en pratique est d'éveiller, partout, l'humanité au sens de la responsabilité individuelle face au mal. Karma n'est pas seulement l'effet des pensées et des actions passées, mais c'est aussi l'opportunité présente de mettre en œuvre des idées droites et justes, et des actions qui contribuent au bien de tout ce qui vit.

Quant à haine, elle n'est jamais bonne. Si quelqu'un hait l'Empereur ou les Allemands, il ne fait qu'ajouter de la force à la « haine » ; mais si sa haine est dirigée de manière impersonnelle contre le mal conséquent aux pensées et actions mauvaises, alors il peut, et devrait s'efforcer d'éveiller, chez les acteurs fautifs, la conviction que de telles idées et actions sont erronées, et ne peuvent prévaloir. Dans tout cela, il ne « haït personne » ; il n'a pas de haine, au sens courant du terme, dans son cœur ; il évite une plus grande propagation du mal ; et ainsi, non seulement il protège l'innocent et le faible, mais il empêche au coupable d'encourir une rétribution karmique pire. Il travaille pour la Paix de tous les peuples, sans se préoccuper de ses sacrifices personnels, car il voit et sait que « rien n'est gagné dans ce monde, ou dans tout autre, sans sacrifice ».

À propos des motifs – il n'y a pas de doute que de nombreux motifs ont animé notre peuple, générant ensemble un résultat commun. En tant qu'individus, nous devrions reconnaître qu'il est ignoble de faire la guerre à cause de la crainte de ce qui pourrait nous arriver si nous ne la faisions pas. C'est l'excuse de l'Allemagne pour ses déprédations, et si nous prenons cette position, nous ne sommes moralement pas meilleurs que les Allemands. Il est également ignoble de baser notre action nationale en considérant que les intérêts de notre nation sont supérieurs à ceux des autres pays. C'est encore un des motifs de l'Allemagne. Nous, qui avons été, par notre karma, pratiquement forcés de prendre part à cette guerre mondiale, nous pouvons à travers elle, et par les sacrifices qu'elle implique, apprendre la leçon de la Fraternité de l'Humanité ; ou, nous pourrons lorsque la paix extérieure sera restaurée, reprendre nos idées nationales égoïstes antérieures, et semer les graines pour de futures guerres encore plus terribles. Le choix sera le nôtre.

Pour paraphraser une parole bien connue : « le moment est venu pour tous les hommes, bons et vrais, de venir en aide à l'Humanité », et d'oublier pour toujours tout égoïsme personnel et national. Le moment est maintenant venu de nouer des liens de fraternité durable entre tous les peuples. À travers nos idéaux universels et notre exemple, nous avons une opportunité, qui se présente que très rarement, d'élever l'humanité à un niveau plus élevé et meilleur de compréhension du but de la vie, et à une existence bien plus heureuse et en progrès. Cependant, nous devons avec Arjuna [B.G., II, v. 37, 32], nous « résoudre à combattre » et apprendre les leçons que la bataille enseigne, nous rappelant qu'il s'agit « d'un combat non prémédité et glorieux, que seuls peuvent obtenir les soldats favorisés du sort ».

Note (1) : [Thomas Woodrow Wilson, président des États-Unis de 1912 à 1920, contribua de façon déterminante à la fondation de la S.D.N. (Société des Nations). Cette contribution lui valut le prix Nobel de la paix en 1919. Par la suite, le Congrès américain, dans une attitude isolationniste, refusera que les États-Unis adhèrent à la S.D.N., affaiblissant ainsi cette institution et la rendant incapable d'empêcher les tragédies européennes qui suivront. — N.d.T.]

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La lutte pour l'existence

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[Article publié par H.P. Blavatsky dans la revue Lucifer d'avril 1889, sous le titre « The Struggle for Existence »]

La mère de la vie est la mort. Cette vérité n'est nulle part plus évidente que dans le règne animal ; la vie des plus forts est soutenue par la vie des plus faibles, et la survivance des plus aptes s'affirme par les cris des malheureux inaptes et mutilés. Le monde occidental a longtemps cherché la solution de cette énigme douloureuse que Dame Nature, le Sphinx des âges, pose à son seigneur et maître, l'homme.

On a donc trouvé nécessaire pour satisfaire l'intellectuel moyen, de proposer une explication qui éclairerait ce problème déroutant, et que les principaux représentants du mental de la race, procédant selon les méthodes de l'époque, ont soigneusement dénommé l'énigme « La lutte pour l'existence », s'abstenant de toutes explications supplémentaires, inutiles, et sachant fort bien que le public qui demande qu'on pense pour lui, acceptera volontiers l'étiquette comme une réponse légitime à l'énigme, et la répètera charmé, d'un air entendu, charmant à son tour d'autres êtres par la magie de sa consonance, et en fera usage comme d'une formule mantrique pour reléguer les antagonistes dans les limbes de l'impopularité.

Et pourtant, bien que le pourquoi de cette grande lutte reste toujours un mystère aussi grand, la réponse que l'on tente de faire est d'une grande valeur par la concision avec laquelle elle formule la loi du Toujours Devenir. Elle s'applique à tous les règnes, et surtout à l'homme, le couronnement de la synthèse du tout. Toutefois, à ce point, il se produit un nouveau développement, et quand l'humanité atteint l'équilibre de son cycle évolutif, et que chaque race et chaque individu arrivent au point tournant de la roue d'Ezéchiel, une nouvelle lutte pour l'existence surgit, et nous trouvons dieu et l'animal combattant pour l'existence dans l'homme. Actuellement, à la fin du dix-neuvième siècle, nous voyons cette lutte mortelle dans toute l'ardeur de sa furie, se poursuivant au cœur des cités surpeuplées et dans l'individualisme outré de la compétition moderne.

Grandiose et magnifique, en vérité, fut l'enfance de la race blanche où les progrès matériel et intellectuel ont follement rivalisé de vitesse côte à côte ; témoin la conquête de presque toute la surface du globe par l'esprit d'entreprise et d'aventure, qui se réjouit, tel un géant de ses prouesses physiques : témoin aussi la conquête de la vapeur et les triomphes toujours nouveaux remportés par l'homme sur la maîtresse électricité. Mais l'enfant ne peut toujours rester enfant, et la race s'approche de la maturité ; le dieu s'éveille et la lutte pour l'existence commence avec une âpre sévérité.

Tout d'abord quelques unités de la race, de ci de là, s'éveillent vaguement au sentiment qu'ils ne sont pas séparés du tout, ils sympathisent avec leurs semblables, ils se réjouissent avec eux. Même chez l'animal, les premiers rudiments de renoncement sont esquissés par la nature, comme on le voit dans l'amour maternel des femelles, et la formation de communautés collectives. Dans les races inférieures (Note 1), l'homme répète cette leçon de la nature, et l'animal étant prédominant, se perfectionne lentement ; dans les races d'un type supérieur, de nouvelles impulsions généreuses contenant le germe du sacrifice se développent graduellement. Il faut toutefois se souvenir que les races sont signalées dans cet ordre uniquement afin de faciliter l'exposé du développement du renoncement dans une monade, et non d'après leur genèse naturelle. Jusqu'à présent, la race blanche en tant que race, ou, en d'autres mots, l'individu moyen de la race, a développé les subtilités de sa nature animale jusqu'à leur dernière limite ; et il prend maintenant contact avec le divin. C'est uniquement en élargissant l'aire de ses intérêts et de ses sympathies que l'individu peut s'épandre dans le divin pour devenir un avec l'amour universel dont l'esprit est renoncement.

Nous pouvons prendre des exemples dans la vie quotidienne qui montrent clairement l'évolution de cette qualité divine. Nous voyons l'homme purement égoïste qui ne se soucie de rien, pourvu qu'il ait ses plaisirs, et qu'une fois marié, il développe sa générosité, mais elle est limitée à sa femme et à ses enfants ; dans d'autres cas, cette sympathie s'étend aux amis et à la famille ; et dans d'autres cas encore, elle va plus loin jusqu'à englober le fanatique ou le bigot, religieux ou patriotique, qui combat pour sa secte ou son pays, comme la femelle lutte pour ses petits, que la cause soit bonne ou mauvaise. Et ici, mentionnons les instruments des passions et des ruses nationales qui sont des maux nécessaires ; car la race étant encore dans sa jeunesse, et très semblable à l'animal, elle ne reconnaît pas encore la règle du sacrifice personnel dans les relations entre ses sous-races constitutives, et elle requiert donc que l'individu serve son pays dans ses guerres et intrigues politiques, en limitant son idéal moral au niveau de la race. Ce sont là quelques types d'évolution des affections de l'homme-animal, soit dans son développement individuel, soit dans les modifications provenant du développement de la race. Dans la plupart des cas, de tels types représentent un simple élargissement de l'égoïsme, ou tout au moins, on peut les rattacher à des causes égoïstes, ou à l'espoir d'une récompense. Toutefois, si nous nous élevons sur l'échelle de maturité humaine, nous trouvons des êtres qui témoignent du dieu latent dans l'homme, dans leurs pensées, leurs paroles, et leurs actes de renoncement divin. La prérogative de leur divinité se manifeste d'abord en actes de charité réelle, par pitié pour leurs semblables qui souffrent, ou par suite d'un sentiment intuitif de devoir, le premier signe de l'accession à la responsabilité divine, et à la réalisation de l'unité de toutes les âmes. « Je suis le gardien de mon frère », tel est le cri de Caïn repentant, et de l'appel divin de retour au Paradis perdu. A ce cri, la lutte pour l'existence animale commence à céder le pas à la lutte pour l'existence divine. En étendant notre amour à tous les hommes, ou même aux animaux, nous nous réjouissons et nous pleurons avec eux, et élargissons notre âme vers l'Un qui toujours souffre et se réjouit avec tous, en une béatitude éternelle où le plaisir de la joie et la douleur du chagrin n'existent pas.

Ainsi, en chaque homme la puissante bataille fait rage, mais les chances du combat ne sont pas les mêmes en chacun – chez certains, les armées animales se réjouissent follement de leur triomphe ; chez quelques autres, l'armée glorieuse du dieu a gagné une victoire silencieuse, mais chez la vaste majorité, surtout maintenant, au point d'équilibre du cycle racial, la bataille fait rage et nul n'en connaît encore l'issue. L'heure est donc venue de montrer que la bataille ne se livre pas uniquement dans les hommes, mais dans l'Homme, et que l'issue de chaque combat individuel est inextricablement liée à celle de la grande bataille qui elle, ne laisse aucun doute, car le divin est par nature, union et amour, l'animal, discorde et haine. Soulignez donc hardiment cette vérité. Ce ne sont pas là de vaines paroles, ni l'utopie imaginaire d'un rêveur, mais une vérité pratique. Car, en quoi l'homme diffère-t-il de l'animal ? N'est-ce pas par son pouvoir d'association et de combinaison ? C'est pourquoi il vit en communauté et développe la responsabilité. D'où jaillissent les racines de la société, sinon de l'aide mutuelle et de l'échange de services ? Et si la race offre à l'individu les avantages d'une telle combinaison perfectionnée par des âges d'expérience amère, ceux qui sont les fils aînés de la race et jouissent de telles organisations ne doivent-t-ils pas au moins une dette de reconnaissance à leur mère, et en retour de la fortune amassée dans les larmes et les gémissements par leurs ancêtres, ne paieront-t-ils pas le privilège, en plaçant l'expérience du passé à intérêts, et en répartissant le revenu acquis, entre leurs frères plus pauvres qui sont également les fils d'une même mère ? Et dans cette race famille, il y a beaucoup de pauvres, de pauvres physiques, de pauvres mentaux, de pauvres moraux. Comment donc les frères plus riches aideront-t-il les autres ? En déversant de l'or parmi les masses ? En obligeant chacun à étudier les arts et les sciences ? En révélant la vérité toute nue au monde ? Non, car alors ces enfants pauvres de la race seraient enchaînés au lieu d'êtres libres ! Examinons donc le problème.

Dans l'évolution de toutes les sociétés humaines, nous trouvons le facteur des castes ; dans l'enfance de la race, la caste est réglée par la naissance, un héritage des civilisations passées, dans les races antérieures. Graduellement toutefois, la caste de naissance cède le pas à la caste grandissante de l'argent, et par conséquent les possessions matérielles deviennent l'étalon de valeur de l'individu, étant donné que la race est plongée d'autant plus profondément dans les intérêts matériels et a atteint son point de développement le plus haut sur le plan matériel. Mais le zénith du matériel est le nadir du spirituel ; la loi de progrès avance calmement avec la roue du temps, et la nature qui ne fait jamais de bonds, développe un nouvel étalon de valeur, l'intellectuel, que nous voyons déjà s'affirmer maintenant en proportion de son adaptation à la compréhension moyenne et à l'idéal matériel des temps, pour être à son tour remplacé par la caste de la valeur réelle où le développement spirituel de la race sera complètement établi. Ceci sera toutefois l'œuvre d'âges, et pour l'humanité en général, ce processus ne peut être aisément accéléré, car il est impossible de changer la loi naturelle de l'évolution qui procède en spirales ne revenant jamais sur elles-mêmes. Cependant à certaines périodes de ces cycles, un moule ou prototype est projeté, et grâce à lui s'esquisse vaguement un type de l'humanité à son état parfait. La race blanche entre maintenant dans une telle période, et le type parfait de l'humanité sera donné par ceux qui, appartenant soit à la caste financière ou intellectuelle, et comprenant le but de l'évolution tout en étant capables de détruire l'illusion du temps en transportant l'avenir dans le présent, étendront libéralement les bienfaits de leur caste aux parias de la race, et les approchant avec sympathie, acquerront une connaissance pratique de leur misère, et s'efforceront d'éveiller la divinité latente, qui sommeille en eux.

Armés de l'épée du sacrifice de soi-même, la possession dûment acquise de l'homme-Dieu, ayant comme mot de passe le bien de l'humanité, ils devront se dresser contre les forces de l'individualisme et de l'égoïsme, et mettre à l'épreuve, à l'aide de cette pierre de touche, toutes les institutions de la race, surtout celles à peine issues de la matrice du temps, puis les comparant à cet idéal, ils se demanderont toujours : « Ceci tend-il à réaliser une fraternité universelle ? » Dans la négative, ils s'efforceront d'empêcher ces forces d'agir à l'encontre du courant de juste progrès, et doucement, silencieusement, ils les rétabliront dans leur cours normal ; mais si la tentative contribue au bien de tous, ils fortifieront par tous les moyens, l'enfant chétif, et veilleront avec un tendre soin sur son berceau. Or, le sentier du progrès véritable englobe l'amélioration de l'individu, de la nation, de la race et de l'humanité ; et conservant présent à l'esprit le dernier de ces buts, le plus grandiose, la perfection de l'homme, ils rejetteront tout progrès apparent de l'individu qui s'accomplirait aux dépens de son semblable. Dans la vie réelle, l'évolution de ces facteurs : l'individu, la race et la nation, est si intimement unie, que ce serait une erreur de favoriser l'un au dépens de l'autre ; mais comme il n'est possible de voir qu'une face d'un objet à la fois, il est nécessaire de suivre le cours du progrès le long d'une ligne particulière, dans un but de simplification et de compréhension générale. En ce qui concerne l'individu, il faudrait étendre à tous les grands progrès sanitaires dont jouit la classe financière ; les bains publics et des aires de jeux, des concerts gratuits et des conférences devraient être fournis, les musées et les galeries de peinture devraient être ouverts aux heures où les travailleurs pourraient les visiter ; et il faudrait encourager la création de clubs d'athlétisme et d'amélioration mutuelle parmi les pauvres. Toutes ces réformes seraient aisées si seulement un faible pourcentage de la richesse énorme du pays qui reste inemployée maintenant était généreusement dépensé dans un esprit de sacrifice. Malheureusement, peu d'hommes parmi les riches réalisent l'unité latente de l'homme, et on laisse le soin d'élaborer de tels plans à ceux qui, manquant de la plus grande puissance des temps, sont entravés parce qu'il n'y a pas d' « argent » dans l'entreprise. Mais si on pouvait trouver de tels hommes, et employer en ce sens l'argent superflu du pays, quel ne serait pas le progrès de l'individu ! La santé se développerait et le goût s'affinerait ; un milieu sain favoriserait une pensée saine ; la vue de monuments artistiques et scientifiques amènerait plus de raffinement et créerait le respect de soi-même.

Mais, dira-t-on, si l'on prélève de l'argent dans ce but, le travail manquera dans un autre domaine, et ainsi la misère des ouvriers augmentera, et d'autre part, les avantages offerts aux masses accroîtront leur besoin de plaisirs et les rendront plus mécontents encore. On verra bien vite cependant, que les œuvres et les institutions destinées au bien public, procureront la même quantité de travail, et de plus, ces entreprises étant d'ordre simple et sobre, offriront un emploi à un plus grand nombre d'ouvriers que si cet argent avait été engagé dans un ouvrage plus raffiné et plus luxueux. Il ne faut pas craindre non plus à ce que ceci fasse naître du mécontentement dans les masses ; car des hommes au cœur et à l'esprit assez large pour instaurer de telles réformes feraient preuve d'un même esprit en toutes choses et donneraient l'exemple dans leur vie privée, d'une conduite sobre et abstinente ; l'extravagance et la gloriole cesseraient, de sorte que les toilettes voyantes et les habitudes de luxe de la caste riche ne provoqueraient plus la misérable imitation de la part des parias, d'un luxe de mauvais goût et de vices dégradants, car les pauvres imitent les riches, et si les bars à la mode du West End manquaient de clientèle, les cabarets des impasses ne feraient pas de si bonnes affaires. C'est le goût dépravé des riches qui a fait que l'artisan s'imagine devoir consommer un succédané de viande pour maintenir ses forces, et ainsi, au prix de dépenses bien au-delà de ses maigres ressources, il adopte un régime qui abîme ses organes et dérange son organisme. Et si l'on ne peut conseiller un changement soudain de régime, au moins peut-on recommander l'absorption modérée de viande, et demander à ceux qui souhaitent la santé physique et morale de la race, de donner une preuve de la possibilité de se maintenir en bon équilibre. Laissant de côté tous les arguments tirés de sources qui ne sont généralement pas accréditées, tels que les codes moraux des grands instructeurs du passé, et la synthèse de toutes les expériences, physiques, psychiques et spirituelles, nous pouvons, en appui au débat, citer l'avis unanime des membres de la Faculté de Médecine selon lequel une quantité réduite de viande améliorerait la santé générale, et beaucoup des maux ordinaires sont dus uniquement à un excès de nourriture carnée en particulier et à une suralimentation en général ; tandis que l'analyse chimique prouve d'une façon décisive, que l'alimentation végétale, surtout les céréales, contient beaucoup plus de principes nutritifs que la nourriture animale.

De plus, si le sentiment de dégradation qui s'attache à l'accomplissement de travaux domestiques était supprimé, par le fait que les castes riches et intellectuelles rempliraient elles-mêmes ces fonctions, ou du moins, en encourageant toute invention et en favorisant tout effort qui tendrait à adoucir ces travaux, beaucoup d'ennuis qui affligent journellement nos ménagères et taxent leur budget, disparaîtraient et mettraient fin au problème difficile de la question des servantes. Le non-sens actuel du service domestique serait supprimé, et au lieu d'un millier de petits dos courbés sur un millier de petits fourneaux, préparant un millier de petits dîners, nous aurions un système coopératif pratique qui supprimerait les petits ennuis domestiques, qui détruisent l'harmonie de tant de foyers.

Si l'on adoptait de telles mesures sanitaires, nous verrions les capacités physiques et mentales se maintenir dans la vieillesse, au lieu de croire, comme on le fait généralement, que l'homme cesse d'être utile vers quarante ou cinquante ans, et qu'il ne lui reste plus qu'à mener une vie inactive et de faiblesse générale. Naturellement, ceci concerne l'individu en général car nous avons assez d'exemples de génies qui continuent leurs travaux jusqu'aux derniers moments de leur vie ; ceux-ci toutefois, pratiquent intuitivement ou naturellement, la modération et la simplicité de l'alimentation, et donnent souvent des preuves d'abstinence extraordinaire.

Ainsi donc, si les leaders accrédités de la société pratiquaient une telle modération dans leur vie privée, leurs fidèles ne seraient pas poussés aux excès ; et même si l'animal régnait encore en maître parmi les masses, ses folies ne seraient pas honteusement encouragées par les excès des gens respectables.

Ainsi, les exigences matérielles de toutes les classes seraient mises sur un même pied, et l'on aurait une base sur laquelle construire un édifice stable de progrès national tendant vers la réalisation de l'unité humaine. Entre temps, l'évolution mentale de toutes les classes avancerait aussi à grands pas, et les impulsions données à l'étude et au développement du goût artistique, mettraient en avant les vrais génies de la nation, et ne limiteraient plus le recrutement des hautes professions à la caste riche, sans tenir compte des capacités individuelles. Le faux idéal actuel de goût disparaîtrait aussi complètement que les décorations récentes et extraordinaires des maisons, et la simplicité de l'ornement intérieur amènerait, en l'harmonie avec le milieu, à une harmonie dans la pensée et les sentiments. Qui, par exemple, pourrait composer un poème ou trouver l'inspiration dans un salon surchargé de décoration de style moderne, avec ses collections hétérogènes et multicolores de bric-à-brac et de pacotilles ? Tandis que placé dans un milieu harmonieux et en suivant un tel mode de vie, l'individu développerait en lui les plus larges instincts de sa nature, et la fleur du sacrifice de soi, trouvant un sol qui lui convient, fleurirait dans le cœur de beaucoup, et en détruisant ainsi toute étroitesse de jugement, et en créant un intérêt de plus en plus vaste pour le bien-être général, elle produirait de nouvelles organisations et institutions sociales ; le ton de la nation s'élèverait, et la vrai valeur deviendrait la norme d'appréciation parmi les hommes.

De plus, comme nous avons déjà une preuve qu'un tel idéal est vaguement ressenti, dans toutes les nations de race blanche, dans le mécontentement croissant de presque toutes les classes sur l'état existant des choses, il ne faudrait pas qu'une nation ne resta isolée. Mais la vague du progrès atteignant simultanément toutes les sous-races de la race devrait créer un désir général d'établir de saines relations entre les nations, et fortifier tous les efforts en vue d'unir les unités les plus importantes en un tout harmonieux. En outre, la croyance en l'unité essentielle de toutes les âmes, créerait une insatisfaction plus prononcée sur l'état existant des relations sociales entre les sexes, les potentialités de la femme seraient étudiées et on lui donnerait l'opportunité de se développer, ce qui jusqu'à présent lui était refusé. La simple justice exigerait qu'on appliquât le même ostracisme aux catins masculins que celui dont on accable aujourd'hui avec tant de sévérité la femme seule ; et ou bien la tolérance qui est accordée aux hommes, est également accordée aux femmes, ou bien l'éveil à l'idéal moral supérieur et à la sagesse humaine, amènera la fin de la prostitution par la suppression de la demande. Pour préparer le sol dans lequel pourrait se réaliser cette perfection, il serait nécessaire d'étendre aux femmes tous les bienfaits de l'éducation intellectuelle ; d'encourager et de conseiller la pratique des exercices athlétiques aux jeunes filles et d'y pourvoir dans les écoles publiques ; de veiller jalousement à la santé des femmes travailleuses par des améliorations sanitaires dans toutes les usines et les lieux de travail, et de parer aux maux résultant de longues heures d'activité sédentaire dans des atmosphères polluées. De plus, il faudrait que les jeunes filles actuelles des classes moyennes inférieures ou de parents aux revenus limités puissent se faire une position dans la vie, au lieu d'être obligées, à l'encontre de leur volonté et de leur instinct le plus noble, d'entrer sur le marché matrimonial, et de gagner leur pain quotidien au prix d'une maternité qu'elles ne désirent pas.

Sans aucun doute le développement d'associations internationales d'aide mutuelle, non basées sur le simple intérêt personnel, paraîtra actuellement, à la majorité, comme le comble de la folie ; mais lorsque la race aura donné des preuves valides par ses institutions sociales, de l'efficacité de la méthode, ce changement de base deviendra une chose possible. La diffusion de l'instruction et la possibilité d'étudier des auteurs dans les textes originaux, et d'avoir directement accès aux faits, dissiperaient rapidement les nuages des préjugés nationaux et sectaires. Et la naissance du Dieu intérieur rendrait impossible l'empoisonnement des jeunes intelligences par le virus du dogmatisme, de l'orgueil et de la passion nationale d'antan. Virus, qui abonde dans les manuels théologiques et historiques orthodoxes de notre époque. Les triomphes passés du côté animal de chaque nation, seraient uniquement considérés comme des exemples de l'obscuration du côté spirituel ; bien qu'ils permirent progressivement à l'économie de la nature de faire luire plus glorieusement le soleil de l'humanité par le contraste avec l'obscurité passée. Ainsi, il ne serait plus nécessaire d'entretenir des armées et des flottes puissantes, et la somme énorme économisée de la sorte pourrait contribuer à de multiples améliorations nationales, et indiquer la voie qui leur permettrait à chacun de s'élever du niveau animal au niveau divin.

Il serait trop long d'esquisser même succinctement les possibilités de coopération internationale qui, à leur tour, s'étendraient à la coopération entre les races dont les potentialités dépassent toute description, et atteindraient cette réalisation dont la Société Théosophique a planté le premier germe visible et conscient, en s'efforçant de former le noyau d'une fraternité de l'humanité sans distinction de race, de croyance, de sexe, de caste ou de couleur . Ce que pourront être les potentialités de cette humanité glorieuse, nul autre que l'étudiant de la Science de la Vie ne peut le concevoir, car lui seul peut percevoir les efforts des Frères Aînés de la Race pour aider leurs frères plus pauvres.

Aspirons donc au divin, en nous, dès maintenant, et combattons l'animal, afin de pouvoir discerner l'ami de l'ennemi dans la grande bataille et éveillés au cri de « Tu es le gardien de ton frère », ceignons le bouclier et le gilet protecteur pour la cause de la divine Unité de l'Humanité dans la Lutte pour l'Existence.

PHILANTHROPOS

Traduit en français dans la revue Théosophie, volume V, n°1, septembre 1929.

[Note (1) : Dans cet article, comme en général en Théosophie««, le mot race est à comprendre soit dans le sens de l'humanité entière, soit dans le sens de la culture, des idéaux ou de l'âme d'un peuple, ou d'une nation. Le mot est utilisé en dehors de considérations relatives à la physiologie humaine, et sans pensée raciste. Pour la Théosophie la famille humaine est une Unité. Il n'y a ni race supérieure, ni race inférieure au sens strict du terme, comme on peut le lire en particulier dans la Doctrine Secrète, l'ouvrage majeur de H.P. Blavatsky. Les théories basées sur une prétendue race pure et supérieure sont sans fondement et étrangères à la Théosophie.]

La fonction de l'attention dans le développement personnel

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L'étude véritable de n'importe quelle branche de la connaissance consiste à donner à la matière de cette branche de telles répétitions de considération attentive qu'à la longue elle devienne une partie intégrante du champ de la conscience, et qu'à tout moment, sous n'importe quel stimulus qui lui soit corrélé, elle puisse être utilisée par une action mentale automatique.

L'Étude Véritable d'un Art consiste, pour commencer, en répétitions attentives de l'action des organes physiologiques impliqués dans les productions de cet Art, jusqu'à ce que cette action devienne automatique, et soit exécutée aussi parfaitement et naturellement que n'importe quel reflex originel d'une fonction physiologique.

Dans ces définitions, le mot qui qualifie les processus nécessaires est l'adjectif attentif, qui dénote la présence de l'attention dans l'opération. Sans ce mot, les définitions ne seraient pas simplement imparfaites, elles seraient essentiellement incorrectes et trompeuses.

C'est seulement dans la qualité d'être attentif que la considération réitérée, et l'action réitérée, amènent, respectivement, à la possession, d'un nouveau domaine de connaissance, d'une part, ou, d'un nouveau talent, d'autre part.

Quelle est la nature et le mode d'expression de cette qualité suprême d'Attention ?

Une prise de conscience intellectuelle de la réponse à cette question et une compréhension de la fonction de son rôle dans les processus de l'évolution humaine personnelle, devraient être reconnues comme des éléments fondamentaux dans la connaissance et l'entendement du véritable éducateur, qu'il soit enseignant ou non.

Le mot Attention est largement utilisé, mais avec un sens vague, dans les emplois éducatifs. Pourtant nous n'avons pas d'autre mot par lequel exprimer, habituellement, cette attitude de la conscience qui, dans n'importe quelle étude ou acquisition d'un pouvoir, est absolument et continuellement exigée, pour obtenir des résultats intrinsèques. Le terme concentration est littéralement plus correct dans ce cas. Mais la concentration a, pour la plupart des personnes, une application trop limitée et trop particulière pour pouvoir l'utiliser dans l'usage courant à la place d'Attention.

Pourtant l'Attention dont nous parlons, l'attention dans tous les processus d'acquisition de connaissance, pourrait éventuellement être mieux comprise et développée si elle on la comprenait comme l'Attention Concentrée.

L'Attention est cette condition ou attitude de la conscience par laquelle ses rayons sont centrés fermement et continuellement sur la chose qui est faite, ou le sujet étudié. Cette chose ou ce sujet peut être présenté à la conscience par un ou plusieurs sens particuliers, ou peut être déjà contenu dans le mental ; le facteur particulier dans l'attitude est l'intensité du travail de la conscience. Le degré d'intensité de cette focalisation doit arriver à un tel degré que tous autres objets, sensibles ou mentaux, excepté celui qui est étudié, soient exclus de son champ.

Dans l'effort pour maintenir l'attention concentrée, la Volonté de l'individu doit être mise en jeu, et sa fonction dans le processus peut être comparée au rôle d'une lentille servant à focaliser la lumière du soleil sur la surface d'un objet. Si l'on veut que les rayons du soleil produisent, à travers la lentille, un effet défini et observable, il faut la placer de façon telle, par rapport à l'objet, que les rayons de lumière convergent en un seul point. Ce point, ou foyer, reçoit alors toute la force des rayons qui traversent le verre ; seul ce point, de toute la surface environnante, est sélectionné pour subir l'effet voulu. D'une manière semblable, la Volonté, dans l'attention soutenue, focalise les rayons de la conscience, avec toutes leurs forces dynamiques inhérentes, sur un domaine circonscrit, physiologique, mental, ou moral, selon le cas, là où le travail doit se faire.

Ainsi nous voyons que l'Attention est l'intensité de la Vision Mentale, concentrée et maintenue par l'action de la Volonté. Ce n'est pas une fonction ou une propriété distincte du mental, comme la perception, l'imagination, la raison, etc. comme certains psychologues pourraient nous conduire à le supposer, mais un mode d'action, — le vrai mode d'action de la Volonté. En d'autres termes l'attention est la manifestation ferme et efficiente de la Volition, ou de la force de Volonté de l'individu.

Les fonctions de perception, conception, imagination, etc., sont des instruments de l'Ego pour agir sur le monde phénoménal et sur les appropriations mentales de ce monde ; quand un ou plusieurs de ces instruments opère, avec toute sa force, sans être dévié de son but par un objet environnant quelconque, alors l'Attention se manifeste.

La Volonté est la manifestation ou l'action de l'Ego humain réel ; l'Attention désigne le mode par lequel cette manifestation est rendue fonctionnellement active, et par lequel seulement sont produits des résultats permanents.

En relation avec le domaine psychologique où l'Attention est une caractéristique, nous pouvons formuler le schéma suivant. Ce schéma peut aider à rendre plus clairs les aspects généraux du sujet et à indiquer plus précisément quel est le rôle joué par l'Attention dans tous les phénomènes psychologiques :

La source du mouvement mental vient de l'Émotion = le désir de connaître.
La direction du mouvement est liée à la Raison = comment et quoi connaître.
Le mécanisme du mouvement est fourni par les activités mentales (perception, etc.) = les moyens par lesquels les connaissances sont acquises.
La force de maintien du mouvement réside dans la volonté (l'Énergie de l'Ego) = le mode par lequel une continuité d'opération est assurée.

Le rapport efficace entre les deux derniers groupes de facteurs, et leur relation commune à l'objet d'étude, sont exprimés par notre terme d'Attention. La Volonté maintient les activités mentales utilisées rigoureusement et constamment à leur tâche.

L'Ego, par la volition, peut seulement établir des relations avec des objets extérieurs à lui-même par les activités mentales (de perception, conception, jugement, imagination, etc.), et il ne peut l'effectuer que si ces dernières sont maintenues en activité selon une ligne directe entre l'Ego (représenté par la volition) et l'objet à étudier ; tout comme l'arme du tireur à la carabine doit être tenue en joue avec une précision longitudinale parfaite entre son œil et la cible qu'il désire atteindre. S'il laisse l'arme s'écarter le moins du monde de la bonne ligne de mire, le tireur manque sa cible. De même, si l'une quelconque des facultés, ou activités employées, de perception, de conception, de jugement, ou d'imagination, est laissée libre de dévier de son application directe sur le travail, il en résulte un échec complet dans le but visé. Dans cette illustration, le maintien constant de l'arme en position exacte est analogue à l'action psychologique de l'Attention.

Quand nous saisissons toute la portée des vérités qui viennent d'être énoncées, nous ne pouvons pas manquer de percevoir le rapport significatif qui s'impose entre l'attitude mentale de l'Attention et tous les processus et emplois éducatifs, ni manquer d'accorder à cette attitude une place prépondérante dans l'établissement de méthodes de culture véritables et efficaces. Même si on donne libre cours à la Volition, aux Activités Mentales, à la Lumière de la Raison, au système physiologique des nerfs et des muscles, et à tous les vastes trésors de connaissance possible, quel résultat intrinsèque et permanent pourra-t-il être atteint si la façon dont toutes ces ressources sont utilisées n'inclut pas l'Attention ?

L'Éducation Moderne est un échec, ce qui paraît évident à tous les observateurs réfléchis de la vie humaine, en grande partie parce qu'elle néglige de maintenir à sa place ce facteur essentiel de l'évolution personnelle. L'aspect décousu, le manque d'esprit de recherche et la banalité du mental des adultes dans la vie courante autour de nous, tout cela provient de cette omission.

L'Éducation Moderne, avec sa multitude de sujets, sa hâte de passer d'un sujet à l'autre, et son manque de but précis, démontre son absence de concentration dans l'emploi du temps et des moyens.

Ce côté décousu est l'antithèse de l'Attention Systématique.

L'Éducation Moderne règne sur un domaine d'où rien de neuf ne se manifeste, comme fruit de son souci éducatif : elle ne fait naître rien de nouveau de son monde de chaos.

Ceci résulte de sa méthode et de son action dépourvues d'un but quelconque.

La Volonté Humaine est, cependant, une créatrice naturelle quand elle opère au moyen de l'Attention Concentrée, mais l'éducation échoue dans sa vraie mission qui est de stimuler et guider la force créatrice individuelle, à cause de cette négligence fâcheuse d'un principe fondamental.

Chaque domaine de compétence acquise est une nouvelle création. Cette création a une existence vraie et patente et elle est un objet de possession et d'utilisation dans le monde de la vie humaine. Elle n'existait pas précédemment avant d'être évoluée par la Volonté personnelle agissant, à travers les activités mentales, sur un chaos physiologique.

Dans l'étude de ce sujet et pour éviter une possible confusion de pensée, on peut remarquer ici qu'il y a une attitude mentale à laquelle le mot Attention est généralement attaché. On pourrait l'appeler l'Attention Passive.

C'est elle qui gouverne la conscience quand on écoute un discours éloquent ou une conférence intéressante.

Dans ces exemples, la Volonté n'est pas active, et la conscience est probablement tenue dans une sorte de transe par des forces que l'Occultiste pourrait appeler mantramiques [c.à.d. liées au pouvoir de la parole, des sons, des rythmes et vibrations].

L'Attention Passive domine aussi quand le mental se laisse emmener par un train de pensée absorbant. Mais cette attitude n'est pas celle qui est requise pour la croissance personnelle ; sur le plan éducatif, elle est de peu de valeur et sans relation utile avec notre sujet.

L'Attention joue son rôle nécessaire dans chacun des domaines ou plans de la vie de l'individualité humaine :

I. Sur le plan physique — dans le domaine physiologique des sens particuliers, des systèmes nerveux et musculaires. L'action consciente liée à ce plan sera de développer la dextérité, la base non seulement de tout art et toute manifestation artistique, mais aussi de tout mouvement des membres et du corps harmonieusement adapté, pour réaliser un but pratique ou exprimer grâce et agilité.
II. Sur le plan du mental — dans le domaine psychologique des concepts, des comparaisons, des jugements, des déductions, des spéculations et des idéaux. Sur ce plan, l'énergie intellectuelle, sous le contrôle de l'Attention, crée des formes de pensée logiques, planifiées et ordonnées, des véritables champs panoramiques de visions à partir d'ensembles intellectuels isolés, ainsi que des nouvelles formes émotionnelles de force et de beauté.
III. Sur le plan moral — dans le domaine spirituel des vérités suprêmes, des principes essentiels, des aspirations vers l'Infini, des lois gouvernant les relations humaines, et de l'application de cet ensemble à toute la conduite de la vie personnelle. Dans ce domaine suprême, les sentiments moraux et les aspirations spirituelles à une vie parfaite, concentrent leur attention sur les plus menus détails de la pensée et du comportement personnels, pour qu'ils expriment la grâce de l'esprit, l'attitude fiable, l'accord entre comportements et principes, l'altruisme dans toutes ses formes effectives, et le développement d'une influence personnelle qui tend toujours à l'évolution d'une harmonie sociale qui vitalise.

Dans l'évolution de la vie personnelle, quand l'objet de son action est limité à un aspect ou un détail de l'un quelconque de ces domaines, on peut dire que l'Attention est spécifique. Et quand le contrôle du but choisi de l'existence, pris dans sa totalité est maintenu par son moyen en établissant une unité efficace et bien-ordonnée parmi les nombreuses divisions et détails de ce but, alors on peut dire que l'Attention est suprême.

Le « Génie » a été défini comme « la capacité infinie de se donner de la peine [pour atteindre le but recherché]. » L'expression « se donner de la peine » est simplement synonyme d'une « grande attention aux plus minimes détails. » La « grande attention aux détails » s'attache à chaque brique avec laquelle il faudra construire la « demeure destinée à abriter toutes les belles formes » — l'espace structuré de la connaissance, de la capacité et de l'habileté personnelle et cette attention place tout cela à la position requise, en l'y cimentant immédiatement. La structure ainsi assemblée est substantielle, vaste, belle et efficace.

Cet édifice, qui est l'aboutissement de peines infinies, longuement endurées, est ce qui émerveille le monde, ce qu'il vénère et appelle le Génie. Presque tous les hommes, s'ils sont d'abord guidés et encouragés le long de la voie laborieuse, puis poussés par la pression de leur propre Volonté, pourraient développer une forme ou l'autre de capacité et d'habileté qui les élèverait considérablement vers cette hauteur d'où le Génie regarde vers le bas. Ils rendraient alors le monde ordinaire beaucoup moins banal, monotone et maladroit qu'il ne l'est actuellement.

Pour résumer : L'Attention Concentrée est l'expression de la Volonté, et la Volonté est la force centrale et animatrice qui procède de l'Ego. La Volonté, conditionnée par l'Attention portée sur le chaos de son monde environnant, pour coordonner les énergies, forces et mouvements de ce monde, le convertit en un espace de forme, de pouvoir, et de détermination, centré sur l'Ego.

Cela constitue l'Évolution Personnelle qui doit aboutir à la longue à une Individualité parfaite, la création de sa propre Volonté.

[Traduction de l'article « The Function of Attention in Personnal Development », publié dans la revue Lucifer de novembre 1888, et publié aussi dans l'ouvrage Theosophical Articles and Notes, par Theosophy Company USA.]