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William Quan Judge - Le Lien

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[Résumé de la conférence de B.P. Wadia à Bombay le 21 mars 1953]

H.P. Blavatsky, William Quan Judge et le Colonel H.S. Olcott furent les trois principaux fondateurs de la Société Théosophique (Theosophical Society) à New York en 1875. Au début, ils étaient associés à une vingtaine de personnes, qui, avec le temps, abandonnèrent le travail théosophique. Dans la correspondance entre H.P. Blavatsky et W.Q. Judge, il ressort de manière évidente que, dès le début, Blavatsky connaissait la nature intérieure de Judge, mieux que lui-même. Judge la découvrit et la connue au cours des nombreuses années de travail à travers les vicissitudes du Mouvement. Il relate que, lors de sa première rencontre avec H.P. Blavatsky, il eut le sentiment de retrouver une vielle amie, et qu'il reprenait avec elle le fil d'un travail commencé dans le passé.
Chaque étudiant de la Théosophie peut profiter des préceptes qu'il a énoncés et de l'exemple qu'il montra par son travail, dans ses rapports avec les autres, dans sa vie, dans ses écrits et enseignements. Pour celui qui étudie l'histoire de cette période, sa position est évidente : c'est dans la manifestation du Mouvement Théosophique, en lui-même et à travers lui, qu'apparaît sa position de « lien » et de « pont » entre le monde des Maîtres et le monde des hommes. H.P. Blavatsky venait du monde des Maîtres, le Colonel Olcott était le chef du Mouvement dans le monde des hommes, et Judge représentait le monde des Maîtres dans le Mouvement. Il se tenait ainsi au milieu des « Trois Sections » : les Maîtres, les Disciples ou Chélas, et l'humanité en général. Judge fut l'« exemple » du disciple accompli.
Le Mouvement Théosophique est le lien entre la Loge des Maîtres et le monde des hommes. Ainsi, Judge représente le « pont » entre les deux, au sein du Mouvement Théosophique. Il est un des rares « élus » à avoir « réussi » à passer les difficiles épreuves du sentier du disciple.
Pendant trois cycles de sept ans, Judge fût un disciple accepté d'H.P. Blavatsky. Il est peu habituel qu'un individu soit déclaré comme le disciple d'un Grand Instructeur, d'un grand Maître. Elle le fit parce qu'elle savait que les membres de la Société Théosophique de son époque devaient connaître la position spéciale et particulière de Judge au sein du Mouvement Théosophique : « en tant que pont entre les deux Mentaux (Manas) » ; et en tant que cœur vivant entre la Grande Fraternité des Adeptes et le mental errant, inconstant, questionnant et en recherche de l'humanité se débattant dans les labyrinthes du monde et des choses trompeuses.
Un questionneur pourrait demander : pourquoi respecter W.Q. Judge sur la base de l'autorité d'H.P. Blavatsky ? Pour répondre, il faut que les étudiants sincères découvrent, par eux-mêmes, la nature du « mental » de W.Q. Judge. Ils la découvriront dans ses articles simples, profonds et clairs, ou dans un des meilleurs livres de Théosophie : L'Océan de Théosophie. Il reporta dans les Échos [de l'Orient] ce qu'il avait entendu du véritable Orient ; il fit une transcription en anglais de la Bhagavad-Gîtâ ; il écrivit les Notes sur la Bhagavad-Gîtâ et le merveilleux Épitomé de Théosophie ; et par-dessus tout, c'est par les conseils, énergiques et dynamiques, qu'il donna dans les Lettre qui m'ont aidé qu'il éveilla l'âme de ses nombreux amis et correspondants. C'est pour ça qu'il y a beaucoup d'étudiants en quête de la Vérité, qui forment des groupes d'étude et des Loges et qui travaillent sur la base de ses ouvrages.
Un idéal pratique qu'il s'efforça de répandre était de voir qu'il n'y avait qu'une Loge de Théosophes, unie et à l'œuvre, avec des centres actifs dans le monde, où les enseignements des Maîtres et de leur Messager, H.P. Blavatsky, devaient être préservés et soigneusement étudiés. Ainsi nous devons citer, encore une de ses phrases : « je fais tout pour que soit préservé l'esprit non-sectaire, initié par H.P. Blavatsky et pour lequel elle mourut ». Ces mots sont un thème de réflexion et de méditation. Cela nous demande de discriminer et de faire la différence entre les extrêmes, qui consiste d'une part à voir la « Théosophie » dans tout mouvement qui cherche à améliorer la condition sociale – et va en disant, « regardez ceci, regardez cela », c'est de la « théosophie », et d'autre part, à devenir étroit et dogmatique dans notre propre vision de la Théosophie, en entrant dans une guerre de mots et d'arguments, et en perdant de vue les idéaux qu'ils incarnent et transmettent. Cette dernière forme de sectarisme théosophique est à éviter autant que celle qui consiste à « voir de la théosophie partout ».
Judge s'efforça de répandre la grande idée par laquelle chaque homme reconnaît le grand principe spirituel de Fraternité Universelle. Non seulement cela, mais il doit aussi l'honorer par une pratique dans sa propre vie. Chacun était le bienvenu, pourvu qu'il soit un honnête et sincère chercheur de la Vérité. Et il tenait à cette autre idée que la Société Théosophique avait été fondée pour les étudiants des grandes pensées philosophiques et que quand la Vérité est trouvée, elle répond à tous les problèmes et questions de la vie ; et étant vraie, la Théosophie n'a pas deux réponses à une même question. La Théosophie, disait-il, est semblable aux « mathématiques de l'âme » ; et comme en mathématique, chacun doit étudier les principes fondamentaux, les théorèmes et les solutions aux problèmes pour acquérir, par lui-même, la conviction de leur véracité.
On peut se demander quel chemin emprunta Judge, le disciple, pour être placé par Blavatsky dans une position lui permettant de rayonner la lumière du monde occulte sur les hommes de l'époque ? Il ne se considérait lui-même ni comme un « Irlandais », bien que né à Dublin ; ni tout à fait comme un « citoyen des États Unis ». Il ne s'identifia pas à sa profession de « juriste » ; ni à sa religion de naissance dans une famille chrétienne ; et il ne se considérait pas comme le « sujet politique », d'un parti ou d'une nation quelconque. Il se plaça au-dessus des distinctions de caste, croyance, religion, politique, profession ou nationalité. Il choisit délibérément de s'attacher à trois grandes idées, ‒ les vérités universelles et impersonnelles, ‒ qui inspirent et animent tous les hommes, quelle que soit leur chute, pour les amener à prendre la bonne direction. Il avait comme crédo : « Est Théosophe, celui qui pratique la Théosophie ». En tant que véritable étudiant de la Théosophie, travaillant avec intelligence et cœur, il brisa ces chaînes et proclama avec les mots de Thomas Paine : « Le Monde est mon pays, et faire le bien, est ma religion ». Tous les hommes sont mes frères !
Ce sont les préjugés qui nous retiennent tous dans la médiocrité et le sectarisme. La Théosophie, étant universelle, abolit ces limites. H.P. Blavatsky disait qu'il ne peut y avoir de théosophes « locaux », ni de Théosophie locale. Les véritables Théosophes n'ont pas de distinctions, ni d'étiquettes. Judge était avant tout un homme. Son livre favori était la Bhagavad-Gîtâ ; on aurait donc pu le considérer un « brahmane », mais il ne l'aurait pas permis, ni accepté. Il appelait cet ouvrage « le livre d'étude des Adeptes ». C'était un cadeau de Krishna, le préservateur primordial, un Grand Instructeur de l'humanité, et en tant que tel cet ouvrage devait être lu et étudié par tous ceux qui choisissaient le sentier spirituel du disciple [ou du chéla], avec l'espoir de devenir plus sages et ultimement, des Adeptes. À un moment crucial, il rappela que les portes de la Société Théosophique devaient être ouvertes à tous, sans aucune exception. Chaque homme a le droit de chercher la Vérité ; et la Théosophie est un énoncé de faits dans la Nature. Cependant, si un tel chercheur ne perçoit pas l'importance des Maîtres en tant qu'idéals et faits, son honnêteté et sa sincérité feront que les portes lui seront ouvertes. Tout ce que Judge écrivit est fait pour propager cette attitude d'absence de préjugé. Si l'on est patient et prudent on trouvera dans ses articles la réponse aux désirs de notre cœur et à la question du sens de la vie.
Où acquit-il sa connaissance ? C'était pendant qu'H.P. Blavatsky écrivait Isis Dévoilée. C'était dans les années 1875-1877, quand il participa, avec le Colonel Olcott, à ce travail. Tous ceux qui souhaitent connaître la différence entre ces deux premiers et plus proches étudiants de Blavatsky, n'ont qu'à lire les articles et les écrits qu'ils nous ont laissés. En reprenant une phrase de la Gîtâ, on pourrait appeler Judge un « homme de méditation ». Nous le pensons sur la base de son interprétation de la Bhagavad-Gîtâ et des Aphorismes du Yoga de Patanjali, et de ses Notes sur ces ouvrages. De ses nombreux articles et courriers qu'il écrivit à ses compagnons et amis, nous pouvons voir combien il testait ces propositions, d'abord sur lui-même, par la méditation, la concentration, une ardente recherche, et la volonté de servir et d'aider les autres.
Il n'acceptait rien aveuglement, mais vérifiait tous les enseignements à travers le creuset de son cœur et de son mental. En exemple de cela, on peut considérer ses Aphorismes sur le Karma ou ses Suggestions cachées dans la Doctrine Secrète publiées après la parution de La Doctrine Secrète. Dans ces textes nous pouvons mesurer la profondeur de sa compréhension et de son discernement. En homme calme et réfléchi, il les rassembla la matière de ces ouvrages, en attirant les mondes spatiaux temporels dans sa conscience pour en révéler les vérités cachées. Il ne prétendit jamais en savoir plus que ce qu'H.P. Blavatsky dévoilait, comme d'autres le firent, en prétextant l'avoir entendu directement de Ses Maîtres ! Il ne cherchait pas à mettre en avant son originalité. Il pouvait discerner le "sens" caché derrière les mots d'H.P. Blavatsky, et il était humble au regard de ses capacités et de sa connaissance, pointant toujours vers Elle et vers Eux.
Une autre grande qualité que l'on peut discerner en Judge est la profondeur de son mental, et, l'usage prudent qu'il en faisait quand il examinait, avec l'intuition du cœur, les actions du corps et de la « tête ». Une fois, H.P. Blavatsky déclara que son magazine Lucifer était semblable au Mental supérieur, guerroyant, combattant, et actif, mais que la revue le Path de Judge était comparable au « pur Bouddhi » [l'Âme spirituelle, l'intuition spirituelle], et que ce n'était pas sa propre opinion mais celle des Maîtres.
C'est une faculté de cette qualité d'intuition développée qui inspire et donne de l'énergie à tous ceux qui étudient ses articles. C'est l'impact sur notre mental qui est remarquée en premier, et non l'autorité de la « personne ». Si cette attitude vis-à-vis des enseignements de la Théosophie était universellement adoptée tout le mouvement bénéficierait de l'action auto-induite et autodéterminée recommandée par H.P. Blavatsky et W.Q. Judge. En d'autres mots, notre « cœur » ne pourra pas révéler la vérité à notre « mental » tant que nous ne saisirons pas fermement le concept que la Théosophie est la seule chose qui mérite qu'on vive pour elle !
Une telle position et attitude nous communiquent la force et le pouvoir qui sont incarnés dans les faits et les vérités qu'elle incarne. C'est ainsi que notre conscience personnelle, incarnée, peut être capable de pénétrer et voler intérieurement vers sa Source Parente (le Soi Supérieur) où brille l'éternelle « lumière solaire de la vie » ˗ loin de ce monde malade, du doute et des ténèbres du mental et du cœur.
On trouvera dans la vie et l'œuvre de Judge un exemple pour notre propre vie. Sommes-nous disposés à être forts, assez forts, assez volontaires, assez honnêtes pour décider ce qui dans nos vies ordinaires, physiques et personnelles, doit être relégué au second, troisième ou dernier rang ; et ce qui dans la Théosophie et son application doit être placé en premier ? Nous apprenons tous à l'évaluer, quand nous nous efforçons de transmettre ce que nous avons compris.
Parmi les paraboles de Jésus, il y a celle du jeune homme qui lui demande comment il peut se joindre à ses disciples. Comme il était riche, Jésus lui répondit qu'il devait, en premier, s'en retourner pour vendre tous ses biens. C'est-à-dire, abandonner tout et se libérer de ce qui à ce moment l'enchaînait ; et ensuite, il pourrait le suivre et faire de ses enseignements sa première préoccupation. L'histoire nous conte que le jeune homme s'en alla, « attristé » parce qu'il avait beaucoup de biens et qu'il était soit incapable de comprendre le message de Jésus, soit non disposé à les abandonner.
Chacun de nous désire la paix et le contentement, mais combien parmi nous sont prêts à en payer le prix ? Nous voulons tous profiter de la vie, mais sommes-nous volontaires pour endurer les souffrances, la maladie et la mort – pour nous purifier – et devenir capables de comprendre le sens véritable de ce que dit Judge dans les Lettres qui m'ont aidé quand il parle de « la plus haute indifférence » ?
Judge, le non-sectaire, connaissait le Sentier. Ce Sentier, qui est appelé Lumière, Paix, Sainteté, a été tracé par les pas des Maîtres qui l'on parcouru, avant nous, au cours de centaines d'incarnations, et qui vivent pour le montrer et aider les autres à le parcourir. Ces Hommes, grands dans la vraie Méditation, la vraie Compassion, la vraie Connaissance, répandent les eaux pures de la Vérité qui, d'une certaine manière, jaillit de leurs « Pieds de Lotus » (pour prendre une image de l'Orient). Ils sont les Adeptes, les Maîtres qu'H.P. Blavatsky servit en tant qu'Agent ; et dont Judge était le fidèle disciple que tout Théosophe devrait connaître. Nous devons garder dans notre cœur et nous rappeler ce qu'H.P. Blavatsky disait : « Là où la pensée passe, Eux aussi peuvent passer ». Souhaitons-nous que cela nous arrive ? Allons-nous Leur ouvrir nos oreilles et nos cœurs ?
N'y a-t-il pas d'espoir pour nous tous ? Judge écrivait que les Maîtres vivaient en fait « sur les plans de notre être intérieur ». C'est le Maître intérieur, le Soi Supérieur, qui est Un avec le Grand TOUT, que nous devons nous efforcer de connaître. Ils disaient : « Faites un pas dans notre direction, et nous en ferons un vers vous ». Seuls ceux qui sont mal conseillés et qui s'auto-illusionnent peuvent penser autrement. « Essayez » est le mot d'ordre de ces disciples qui ont décidés d'êtres victorieux.
Si la philosophie de la Théosophie est vraie, alors notre privilège est de percevoir la réalité toujours vivante, ‒ non pas « morte » ! ‒ de Krishna, Bouddha, Jésus, Pythagore, Mahomet, de tous les grands prophètes et sages, et de la longue lignée des Rishis. Ils forment un pont puissant, désigné en sanskrit par la chaîne Guruparampara [de Maîtres et de disciples]. Ils sont pour nous l'Himalaya de l'Esprit. Revêtus des neiges éternelles de leur Sagesse ils sont semblables à des sommets éminents et immuables. Nous qui, des « plaines » où nous vivons,  contemplons leur symbole nous pouvons avancer en compagnie de ceux qui sont, comme nous, à Leur recherche. Ici et là, ils se réunissent, et cherchent à rétablir ces liens vivants, de sympathie et de travail, qui permettent de franchir le Grand Abîme qui semble séparer leur Monde du nôtre. Ce précipice ne peut être franchi à moins de tendre nos « mains » et notre « bonne volonté », et de les déployer pour saisir ces mains fermes et puissantes tendues pour nous tirer dans la région de la vérité, vierge et immaculée, qui s'étend au-delà. Le but est devant nous. Nous pouvons l'atteindre si nous le voulons. Nous pouvons aider les autres à transcender ce monde de lutte et de confusion et écouter ce chant permanent d'encouragement qu'Ils ne cessent de répandre : « L'homme peut se sauver lui-même. Il peut faire maintenant ce que des multitudes ont fait par le passé. Il peut accéder à l'immortalité ».

Traduit de l'anglais. Cet article, « W.Q. Judge, The Link », est disponible sur le site de Teosofiska Kompaniet Malmö (© Teosofiska Kompaniet Malmö).

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