Lundi 24 Juillet 2017

Mis à jour le Lun. 24 Juil. 2017 à 16:25

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Articles de B.P. Wadia

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B.P. Wadia (1881-1958) - Membre actif de la Theosophical Society à Adyar en Inde, il découvrit en Amérique la Loge Unie des Théosophes, dont il devint membre en 1921.

Peu de temps après la mort du fondateur R. Crosbie, il fonda plusieurs autres loges aux Etats-Unis, en Europe et en Inde et, en particulier, la Loge de Paris (1928). En 1945, il fonda l'Indian Institute of Culture à Bangalore, qui fut le premier institut de ce genre en Inde et qui devint en 1957 l'Indian Institute of World Culture.

Il écrivit de nombreux articles pour les revues Theosophy et le Theosophical Movement. On lira avec intérêt ses précieux conseils pour l'étude de la Théosophie et la mise en pratique de la « Doctrine du Cœur ».

Liste des articles publiés dans les Cahiers Théosophiques : Le Régent Intérieur ; Le Grand Destructeur du Réel ; L'homme terrestre, divin, éternel ; Paraître comme rien aux yeux des hommes  -  Dieu et la prière - La recherche du Maître - La confiance en soi ; Le pouvoir de la foi; La soif du pouvoir ; Le disciple  -  Étude dans « La Voix du Silence » - Le coeur errant ; Le destructeur du Réel  -  Le mental de celui qui pratique le renoncement ; Le mental vertueux  -  Qu'est-ce qu'écouter ?  - Le pouvoir de Parole  - Le Pouvoir vivant de la Théosophie ; Défendre la Théosophie ; Le vœu de Silence  -  La plus grande de toutes les guerres ; Aider le travail; Comment se préparer ? ; Esotérique et Exotérique  -  Réflexions sur la « Lumière sur le Sentier » - I - La discipline ; II - La Voie ; Le grand ensorceleur ; Les vices et l'échelle du progrès  -  Le pouvoir bienfaisant de la parole ; Le silence et la parole ; La paix intérieure qui est Compassion ; Le désir de réconfort.

L'Espace et la Présence

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(Traduction de l’article “Space and the Presence” des Studies in ‘‘The Secret Doctrine’’ (Book II), de B.P. Wadia)

« Des Dieux aux hommes, des Mondes aux atomes, d'une étoile à une chandelle, du Soleil à la chaleur vitale de l'être organique le plus minuscule – le monde de la Forme et de l'Existence constitue une immense chaîne dont les anneaux sont tous reliés entre eux…
« Aussi lorsque la Doctrine Secrète – postulant que l’espace conditionné ou limité (comme location) n’a pas d’existence réelle si ce n’est dans ce monde d’illusion, ou, en d’autres termes, dans nos facultés de perceptions ‒ enseigne que chacun des mondes supérieurs, comme des mondes inférieurs, est entremêlé avec notre propre monde objectif ; que des millions de choses et d’êtres sont, au point de vue de la localisation, autour de nous et en nous, comme nous le sommes autour d’eux, avec et en eux ; ce n’est point-là une façon de parler de métaphysique, mais un fait réel dans la Nature, aussi incompréhensible que cela soit pour nos sens.
« Il faut cependant comprendre le langage de l'Occultisme… Par exemple, la Doctrine se refuse… à employer les mots "en haut" et "en bas", "plus élevé" et "plus bas", lorsqu'il s'agit de sphères invisibles, étant donné qu’ils n'ont aucun sens. De mêmes, les termes "Est" et "Ouest" sont simplement conventionnels et ne sont nécessaires que pour aider nos perceptions humaines. En effet, bien que la Terre ait ses deux points fixes dans les pôles, Nord et Sud, cependant l'Est et l'Ouest, n'en sont pas moins tous deux variables en fonction de la position que nous occupons sur la surface de la Terre et en raison de sa rotation de l'Ouest en l'Est dont elle est animée. Aussi, lorsqu'il est fait mention "d'autres mondes" – qu'ils soient meilleurs ou pires, plus spirituels ou encore plus matériels, quoique tous deux invisibles – l'Occultiste ne place ces sphères ni en dehors ni au dedans de notre Terre, comme le font les théologiens et les poètes, car elles ne sont situées nulle part dans l'espace connu ou imaginé par le profane. Elles sont en quelque sorte mélangées à notre monde – elles l'interpénètrent et sont interpénétrées par lui. Il y a des millions et des millions de mondes et de firmaments qui nous sont visibles ; il y en a un plus grand nombre encore au-delà de ceux que les télescopes permettent de voir et beaucoup de ces derniers n'appartiennent pas à notre sphère objective d'existence. Bien qu'aussi invisibles que s'ils étaient situés à des millions de miles au-delà de notre Système Solaire, ils sont avec nous, près de nous, dans notre propre monde et sont, pour leurs populations respectives, aussi objectifs et matériels que notre monde l'est pour nous. Pourtant le rapport qui existe entre ces mondes et le nôtre n'est pas du tout celui qui unit ces séries de boîtes ovales renfermées les unes dans les autres, comme les jouets appelés des nids chinois ; chacun de ces mondes est entièrement soumis à ses lois et à ses conditions spéciales, sans avoir de relations directes avec notre sphère. Les habitants de ces mondes, comme nous l'avons déjà dit, peuvent, sans que nous le sachions ou le sentions, passer à travers nous et autour de nous comme dans un espace vide, leurs habitations mêmes et leurs contrées étant mélangées aux nôtres, sans gêner notre vue, parce que nous n'avons pas encore les facultés nécessaires pour les discerner. Cependant, grâce à leur vision spirituelle, les Adeptes, et même certains voyants et sensitifs, sont toujours à même de discerner, dans une mesure plus ou moins grande, la présence autour de nous et l'étroite proximité d'Êtres appartenant à d'autres sphères de vie. Ceux qui appartiennent aux mondes supérieurs (au point de vue spirituel) ne communiquent qu'avec les mortels terrestres qui s'élèvent, par leurs efforts individuels, jusqu'au plan supérieur qu'ils occupent. » (The Secret Doctrine [S.D.]. I, 604-5).

L’Espace est ‘‘la seule chose qu’aucun mental humain ne puisse exclure d’une conception quelconque, ni appréhender en tant que telle’’ (S.D. I. 14). D’autre part, en tant que symbole, l’Espace mobilise et éveille la pensée. C’est un noble symbole parce qu’il élève le mental jusqu’au plan de la sérénité, et utile car il libère le mental de ce qui est sans importance, inutile et sordide. C’est un symbole révélateur : la Grande Présence peut être perçue en lui et à travers lui. L’œil peut le voir, mais ne pas le comprendre ; le mental peut le percevoir mais ne pas le saisir ; le cœur peut le saisir mais ne pas le décrire. C’est le symbole de la Solitude, car l’homme individuel s’y perd, jusqu’à ce qu’il réalise qu’il est le Tout, et alors l’espace devient le symbole de l’Unité Divine et Indivisible. L’humanité orpheline et chaque individu apprennent la leçon de l’Unité dans la Solitude. Celui qui atteint cette unité ne peut pas faire le don de sa réalisation aux autres. C’est un symbole sacré, car l’espace est le fondement, la pierre angulaire et le saint des saints dans le sanctuaire de la Vie.
L’espace est Sans Parent et Toujours-Existant. Le Catéchisme Occulte contient les questions et les réponses suivantes :

« ‘‘Qu'est-ce qui est toujours ?’’ – ‘‘L'Espace, l'éternel Anupâdaka [Sans Parents]’’ ‘‘Qu'est-ce qui fut toujours ?’’ ‘‘Le Germe dans la Racine.’’ ‘‘Qu'est-ce qui, sans cesse, va et vient ?’’ ‘‘Le Grand Souffle.’’ ‘‘Alors, il y a trois Eternels ?’’ ‘‘Non, les trois sont un. Ce qui est toujours est un, ce qui fut toujours est un, ce qui est et devient sans cesse est aussi un : et c'est l'Espace.’’ (S.D. I. 11).
« L'Espace est appelé, dans le symbolisme ésotérique : le “Mère-Père Eternel aux Sept Peaux”. Il est composé de ses sept couches, de sa surface non différenciée à sa surface différenciée.
« “Qu'est-ce qui a été, qui est et qui sera, qu'il y ait un Univers ou non ; qu'il y ait des dieux ou qu’il n’y en ait pas ?”, demande le Catéchisme ésotérique Senzar. Et la réponse est : “C'est l'ESPACE !” » (S.D. I. 9)

L’étudiant débutant est aidé en apprenant d’abord les deux principales conceptions de l’espace – l’abstraite et la concrète, ou la non-manifestée et la manifestée. Nous devons considérer comme point de départ que l’espace est, à la fois, le symbole de l’Être-té Absolu et de l’existence conditionnée, ou le Devenir de l’Être. C’est l’Arrière-plan illimité toujours existant, dans lequel les univers se manifestent et disparaissent. C’est l’Éternel-présent indestructible qui est le théâtre des naissances et des morts. Mais l’Absolu n’est pas distant ou différent du Conditionné : cet Arrière-plan n’est pas quelque chose de différent des Univers, de même le Toujours Présent n’est point séparé de ce qui nait et meurt.

« Il n'y a, dans l'Univers, qu'une Omniscience et Intelligence indivisibles et absolues, et cela vibre à travers chaque atome et chaque point infinitésimal de tout le Kosmos fini, qui n'a pas de limites, et que les sens appellent l'ESPACE – considéré indépendamment de tout ce qui y est contenu. » (S.D. I. 277)
« CHAOS - THEOS – COSMOS. Ces trois sont ce qui contient de l'Espace ; ou, comme l'a défini un Cabaliste érudit : ‘‘L'Espace, qui contient tout sans être contenu, est l'expression primaire de l’Unité simple... l'extension sans bornes.’’ Mais il ajoute la question, ‘‘L'extension sans bornes de quoi ?’’, et il répond avec raison : ‘‘Le contenant inconnu de tout, la CAUSE PREMIÈRE Inconnue.’’ C’est la définition et la réponse la plus correcte, la plus ésotérique et vraie, à tous les points de vue de l’enseignement occulte.
« L'ESPACE, que, dans leur ignorance et avec leur tendance iconoclaste à détruire toutes les conceptions philosophiques de jadis, les savants modernes ont proclamé être "une idée abstraite" et un vide, est, en réalité, le Contenant et le corps de l'Univers avec ses sept principes. C'est un corps d'une étendue sans limites ‒ dont les PRINCIPES sont chacun septuples, selon la phraséologie Occulte –– et qui ne manifestent dans notre Monde phénoménal que la partie la plus grossière de leurs subdivisions. » (S.D. I. 342).

L’intimité indissoluble entre l’Absolu et le Conditionné existe ; l’étudiant de la Doctrine Secrète est invité à faire un effort mental pour la comprendre, et de la réaliser, ne serait-ce que faiblement ou de façon imparfaite par un effort du cœur ; c'est-à-dire, en mettant en pratique cette vérité pour lui-même et en lui-même. À cette fin, il faut lire le passage suivant conjointement avec l’extrait, long mais combien important, donné au début de cet article.

« [Les Stances] enseignent, la croyance à des Pouvoirs conscients et à des Entités Spirituelles ; à des Forces terrestres, semi-intelligentes et hautement intellectuelles, situées sur d'autres plans (leur intellection, étant sans doute, d’une nature toute différente de celles que nous pouvons concevoir sur Terre) ; et à des Êtres qui habitent parmi nous dans des sphères que ne sauraient déceler ni le télescope ni le microscope. » (S.D. I. 478).
« L'homme n'est certainement pas le produit d’une création spéciale, c’est le produit du travail de perfectionnement graduel de la Nature, comme il en est de toute autre entité vivante sur cette Terre. Mais ceci n'a trait qu'au tabernacle humain. Ce qui vit et pense dans l'homme, ce qui survit à cette forme, le chef-d’œuvre de l'évolution – c'est ‘‘l'Éternel Pèlerin,’’ la différenciation Protéenne, dans l'espace et le temps, de l'Unique Absolu ‘‘Inconnaissable’’. » (S.D. II. 728).

L’Espace est sans limite, aussi extensif et vaste qu’il puisse apparaître au mental ou au cœur humain.
Chacun peut s’apercevoir qu’au-delà de l’horizon il y a l’espace. Au-delà du Système Solaire, au-delà du Système Galactique ou Stellaire, et même au-delà de la totalité de ce qu’on appelle l’Univers, il y a l’espace. Mais ce que nous appelons l’Au-delà dans le plus vaste, existe également dans le plus petit. Entre les cellules il y a les molécules, et entre les molécules les atomes et, ensuite, des unités de vies de plus en plus petites, entre lesquelles il y a un Au-delà. Il y a un Au-delà qui transcende à la fois ce que peut révéler le plus puissant télescope, et le plus puissant microscope.
Le mental humain peut calculer et poser une limite à la manifestation entière [de l’univers], mais, au-delà de Ceci, pour utiliser les termes des anciens philosophes des Upanisads, il y a Cela. Au-delà de la distance la plus longue et du nombre le plus grand, il y a Cela ; mais également en deçà de la plus petite distance et du plus petit nombre, il y a Cela. Le mental du philosophe et du mathématicien, qui parcourent subjectivement l’un ou l’autre cas des deux profondeurs du ‘‘vide’’ de l’Au-delà, comprennent l’espace autrement que le scientifique qui observe les dimensions de taille grande et petite de l’espace, tout comme le mental comprend le phénomène du lever et du coucher du soleil, alors que l’œil ne perçoit que le soleil se mouvant de lui-même. Mais, même en comprenant ce phénomène, le mental touche l’Au-delà et se dit, il y a Cela derrière tout Ceci.
L’occultiste-mystique entre aussi en rapport avec l’espace mais d’une manière d’autant supérieure au mental que ce dernier l’est par l’observation par les sens physiques. Il y a l’œil du corps et l’œil du mental, qui est la raison ; mais il y a aussi l’œil du cœur, qui est l’intuition, que possède et dont se sert le saint sage. Mais même la Compassion du Cœur, qui annihile les distances et perçoit l’unité du tout et fait l’expérience du Réel, rencontre aussi l’Au-delà qui inspire la crainte.
C’est pourquoi il est dit qu’« Il transcende la capacité de conception de l’homme, et ne pourrait qu'être rapetissé par toute expression ou comparaison humaine. » (S.D.,I. 14). Et cependant, à moins que la réalité suprême, la vérité sublime ne soit prise en compte comme étant le centre à partir duquel toutes les recherches philosophiques doivent commencer, le mental est voué à l’échec et l’homme condamné à rester enchaîné à l’incertain et au conditionné.
L’Espace Abstrait n’est ni Être ni Non-Être, cependant H. P. Blavatsky insiste pour appeler Cela l’Être-té.

« L'Espace est la seule chose éternelle que nous puissions imaginer le plus facilement, immuable dans son abstraction, et non influencé tant par la présence que par l'absence en lui d'un Univers objectif. Il est sans dimensions, dans tous les sens, et soi-existant. L'Esprit est la première différenciation de CELA, la Cause sans Cause à la fois de l'Esprit et de la Matière. Il n’est ni le “vide sans bornes”, ni “la plénitude conditionnée”, mais les deux à la fois, comme l’enseigne le catéchisme ésotérique. Cela a été et sera toujours. » (S.D., I. 35).
« Puisqu'il ne peut y avoir ni deux INFINIS ni deux ABSOLUS dans un Univers supposé Illimité, on ne peut guère concevoir que cette Soi-Existence crée personnellement. Au sens et aux perceptions d' “Êtres” finis, CELA est Non-“Être,” dans ce sens que c’est l’ÊTRE-TÉ une; car, dans ce TOUT, gît cachée son émanation coéternelle et contemporaine, ou son rayonnement inhérent, qui, devenant périodiquement Brahmâ (la Potentialité mâle-femelle), devient ou s'épand en l'Univers manifesté. Nârâyana qui se meut sur les eaux (abstraites) de l'Espace, se trouve transformé en les Eaux de la substance concrète mises en mouvement par lui, qui dès lors devient le MONDE manifesté ou Logos. » (S.D., I. 7).
« Dans son absoluité, l'Unique Principe sous ses deux aspects (de Parabrahman [l’Esprit] et de Mulaprakriti [la matière primordiale non-différenciée]), est asexué, inconditionné et éternel. Son émanation périodique, (manvantarique [cycle d’un univers]), ou rayonnement primordial – est aussi Une, androgyne, et phénoménalement finie. » (S.D. I. 18).

Il est symbolisé par les Ténèbres dans lesquelles et d’où surgit la Lumière.

« D'après les enseignements de l'Occultisme Oriental, les TÉNÈBRES constituent la seule vraie réalité, la base et la racine de la Lumière, sans laquelle cette dernière ne pourrait jamais se manifester, ni même exister. La lumière est matière, et les TÉNÈBRES pur Esprit. Les Ténèbres, dans leur base radicale et métaphysique, sont lumière subjective et absolue ; tandis que cette dernière, dans tout son éclat et sa gloire apparentes, n'est qu'une masse d'ombres, parce qu'elle ne peut jamais être éternelle, et n'est simplement qu'Illusion ou Mâyâ. » (S.D., I. 70).


Il est symbolisé par le Grand Vide dans lequel et par lequel le Plenum manifesté existe.

« L'Espace n'est ni un “vide illimité” ni une “plénitude conditionnée”, mais l’un et l’autre; c'est aussi, sur le plan de l'abstraction absolue, la Déité à jamais inconnaissable, qui n'est un vide que pour les intelligences finies, et sur le plan de perception mâyâvique [illusoire], le Plenum, le Contenant absolu de tout ce qui est, manifesté ou non manifesté : Il est, par conséquent ce TOUT ABSOLU. » (S.D., I. 8).
« Ce qui, pour le Physicien, qui ne connaît que le monde des causes et des effets visibles, n’est qu’un abîme de néant, est, pour l'Occultiste, l'Espace sans bornes du Plenum Divin. » (S.D. I. 148).

Il est appelé l’Absolu dans lequel et à partir duquel la Déité dans la Nature se forme et se dissout.

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William Quan Judge - Le Lien

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[Résumé de la conférence de B.P. Wadia à Bombay le 21 mars 1953]

H.P. Blavatsky, William Quan Judge et le Colonel H.S. Olcott furent les trois principaux fondateurs de la Société Théosophique (Theosophical Society) à New York en 1875. Au début, ils étaient associés à une vingtaine de personnes, qui, avec le temps, abandonnèrent le travail théosophique. Dans la correspondance entre H.P. Blavatsky et W.Q. Judge, il ressort de manière évidente que, dès le début, Blavatsky connaissait la nature intérieure de Judge, mieux que lui-même. Judge la découvrit et la connue au cours des nombreuses années de travail à travers les vicissitudes du Mouvement. Il relate que, lors de sa première rencontre avec H.P. Blavatsky, il eut le sentiment de retrouver une vielle amie, et qu'il reprenait avec elle le fil d'un travail commencé dans le passé.
Chaque étudiant de la Théosophie peut profiter des préceptes qu'il a énoncés et de l'exemple qu'il montra par son travail, dans ses rapports avec les autres, dans sa vie, dans ses écrits et enseignements. Pour celui qui étudie l'histoire de cette période, sa position est évidente : c'est dans la manifestation du Mouvement Théosophique, en lui-même et à travers lui, qu'apparaît sa position de « lien » et de « pont » entre le monde des Maîtres et le monde des hommes. H.P. Blavatsky venait du monde des Maîtres, le Colonel Olcott était le chef du Mouvement dans le monde des hommes, et Judge représentait le monde des Maîtres dans le Mouvement. Il se tenait ainsi au milieu des « Trois Sections » : les Maîtres, les Disciples ou Chélas, et l'humanité en général. Judge fut l'« exemple » du disciple accompli.
Le Mouvement Théosophique est le lien entre la Loge des Maîtres et le monde des hommes. Ainsi, Judge représente le « pont » entre les deux, au sein du Mouvement Théosophique. Il est un des rares « élus » à avoir « réussi » à passer les difficiles épreuves du sentier du disciple.
Pendant trois cycles de sept ans, Judge fût un disciple accepté d'H.P. Blavatsky. Il est peu habituel qu'un individu soit déclaré comme le disciple d'un Grand Instructeur, d'un grand Maître. Elle le fit parce qu'elle savait que les membres de la Société Théosophique de son époque devaient connaître la position spéciale et particulière de Judge au sein du Mouvement Théosophique : « en tant que pont entre les deux Mentaux (Manas) » ; et en tant que cœur vivant entre la Grande Fraternité des Adeptes et le mental errant, inconstant, questionnant et en recherche de l'humanité se débattant dans les labyrinthes du monde et des choses trompeuses.
Un questionneur pourrait demander : pourquoi respecter W.Q. Judge sur la base de l'autorité d'H.P. Blavatsky ? Pour répondre, il faut que les étudiants sincères découvrent, par eux-mêmes, la nature du « mental » de W.Q. Judge. Ils la découvriront dans ses articles simples, profonds et clairs, ou dans un des meilleurs livres de Théosophie : L'Océan de Théosophie. Il reporta dans les Échos [de l'Orient] ce qu'il avait entendu du véritable Orient ; il fit une transcription en anglais de la Bhagavad-Gîtâ ; il écrivit les Notes sur la Bhagavad-Gîtâ et le merveilleux Épitomé de Théosophie ; et par-dessus tout, c'est par les conseils, énergiques et dynamiques, qu'il donna dans les Lettre qui m'ont aidé qu'il éveilla l'âme de ses nombreux amis et correspondants. C'est pour ça qu'il y a beaucoup d'étudiants en quête de la Vérité, qui forment des groupes d'étude et des Loges et qui travaillent sur la base de ses ouvrages.
Un idéal pratique qu'il s'efforça de répandre était de voir qu'il n'y avait qu'une Loge de Théosophes, unie et à l'œuvre, avec des centres actifs dans le monde, où les enseignements des Maîtres et de leur Messager, H.P. Blavatsky, devaient être préservés et soigneusement étudiés. Ainsi nous devons citer, encore une de ses phrases : « je fais tout pour que soit préservé l'esprit non-sectaire, initié par H.P. Blavatsky et pour lequel elle mourut ». Ces mots sont un thème de réflexion et de méditation. Cela nous demande de discriminer et de faire la différence entre les extrêmes, qui consiste d'une part à voir la « Théosophie » dans tout mouvement qui cherche à améliorer la condition sociale – et va en disant, « regardez ceci, regardez cela », c'est de la « théosophie », et d'autre part, à devenir étroit et dogmatique dans notre propre vision de la Théosophie, en entrant dans une guerre de mots et d'arguments, et en perdant de vue les idéaux qu'ils incarnent et transmettent. Cette dernière forme de sectarisme théosophique est à éviter autant que celle qui consiste à « voir de la théosophie partout ».
Judge s'efforça de répandre la grande idée par laquelle chaque homme reconnaît le grand principe spirituel de Fraternité Universelle. Non seulement cela, mais il doit aussi l'honorer par une pratique dans sa propre vie. Chacun était le bienvenu, pourvu qu'il soit un honnête et sincère chercheur de la Vérité. Et il tenait à cette autre idée que la Société Théosophique avait été fondée pour les étudiants des grandes pensées philosophiques et que quand la Vérité est trouvée, elle répond à tous les problèmes et questions de la vie ; et étant vraie, la Théosophie n'a pas deux réponses à une même question. La Théosophie, disait-il, est semblable aux « mathématiques de l'âme » ; et comme en mathématique, chacun doit étudier les principes fondamentaux, les théorèmes et les solutions aux problèmes pour acquérir, par lui-même, la conviction de leur véracité.
On peut se demander quel chemin emprunta Judge, le disciple, pour être placé par Blavatsky dans une position lui permettant de rayonner la lumière du monde occulte sur les hommes de l'époque ? Il ne se considérait lui-même ni comme un « Irlandais », bien que né à Dublin ; ni tout à fait comme un « citoyen des États Unis ». Il ne s'identifia pas à sa profession de « juriste » ; ni à sa religion de naissance dans une famille chrétienne ; et il ne se considérait pas comme le « sujet politique », d'un parti ou d'une nation quelconque. Il se plaça au-dessus des distinctions de caste, croyance, religion, politique, profession ou nationalité. Il choisit délibérément de s'attacher à trois grandes idées, ‒ les vérités universelles et impersonnelles, ‒ qui inspirent et animent tous les hommes, quelle que soit leur chute, pour les amener à prendre la bonne direction. Il avait comme crédo : « Est Théosophe, celui qui pratique la Théosophie ». En tant que véritable étudiant de la Théosophie, travaillant avec intelligence et cœur, il brisa ces chaînes et proclama avec les mots de Thomas Paine : « Le Monde est mon pays, et faire le bien, est ma religion ». Tous les hommes sont mes frères !
Ce sont les préjugés qui nous retiennent tous dans la médiocrité et le sectarisme. La Théosophie, étant universelle, abolit ces limites. H.P. Blavatsky disait qu'il ne peut y avoir de théosophes « locaux », ni de Théosophie locale. Les véritables Théosophes n'ont pas de distinctions, ni d'étiquettes. Judge était avant tout un homme. Son livre favori était la Bhagavad-Gîtâ ; on aurait donc pu le considérer un « brahmane », mais il ne l'aurait pas permis, ni accepté. Il appelait cet ouvrage « le livre d'étude des Adeptes ». C'était un cadeau de Krishna, le préservateur primordial, un Grand Instructeur de l'humanité, et en tant que tel cet ouvrage devait être lu et étudié par tous ceux qui choisissaient le sentier spirituel du disciple [ou du chéla], avec l'espoir de devenir plus sages et ultimement, des Adeptes. À un moment crucial, il rappela que les portes de la Société Théosophique devaient être ouvertes à tous, sans aucune exception. Chaque homme a le droit de chercher la Vérité ; et la Théosophie est un énoncé de faits dans la Nature. Cependant, si un tel chercheur ne perçoit pas l'importance des Maîtres en tant qu'idéals et faits, son honnêteté et sa sincérité feront que les portes lui seront ouvertes. Tout ce que Judge écrivit est fait pour propager cette attitude d'absence de préjugé. Si l'on est patient et prudent on trouvera dans ses articles la réponse aux désirs de notre cœur et à la question du sens de la vie.
Où acquit-il sa connaissance ? C'était pendant qu'H.P. Blavatsky écrivait Isis Dévoilée. C'était dans les années 1875-1877, quand il participa, avec le Colonel Olcott, à ce travail. Tous ceux qui souhaitent connaître la différence entre ces deux premiers et plus proches étudiants de Blavatsky, n'ont qu'à lire les articles et les écrits qu'ils nous ont laissés. En reprenant une phrase de la Gîtâ, on pourrait appeler Judge un « homme de méditation ». Nous le pensons sur la base de son interprétation de la Bhagavad-Gîtâ et des Aphorismes du Yoga de Patanjali, et de ses Notes sur ces ouvrages. De ses nombreux articles et courriers qu'il écrivit à ses compagnons et amis, nous pouvons voir combien il testait ces propositions, d'abord sur lui-même, par la méditation, la concentration, une ardente recherche, et la volonté de servir et d'aider les autres.
Il n'acceptait rien aveuglement, mais vérifiait tous les enseignements à travers le creuset de son cœur et de son mental. En exemple de cela, on peut considérer ses Aphorismes sur le Karma ou ses Suggestions cachées dans la Doctrine Secrète publiées après la parution de La Doctrine Secrète. Dans ces textes nous pouvons mesurer la profondeur de sa compréhension et de son discernement. En homme calme et réfléchi, il les rassembla la matière de ces ouvrages, en attirant les mondes spatiaux temporels dans sa conscience pour en révéler les vérités cachées. Il ne prétendit jamais en savoir plus que ce qu'H.P. Blavatsky dévoilait, comme d'autres le firent, en prétextant l'avoir entendu directement de Ses Maîtres ! Il ne cherchait pas à mettre en avant son originalité. Il pouvait discerner le "sens" caché derrière les mots d'H.P. Blavatsky, et il était humble au regard de ses capacités et de sa connaissance, pointant toujours vers Elle et vers Eux.
Une autre grande qualité que l'on peut discerner en Judge est la profondeur de son mental, et, l'usage prudent qu'il en faisait quand il examinait, avec l'intuition du cœur, les actions du corps et de la « tête ». Une fois, H.P. Blavatsky déclara que son magazine Lucifer était semblable au Mental supérieur, guerroyant, combattant, et actif, mais que la revue le Path de Judge était comparable au « pur Bouddhi » [l'Âme spirituelle, l'intuition spirituelle], et que ce n'était pas sa propre opinion mais celle des Maîtres.
C'est une faculté de cette qualité d'intuition développée qui inspire et donne de l'énergie à tous ceux qui étudient ses articles. C'est l'impact sur notre mental qui est remarquée en premier, et non l'autorité de la « personne ». Si cette attitude vis-à-vis des enseignements de la Théosophie était universellement adoptée tout le mouvement bénéficierait de l'action auto-induite et autodéterminée recommandée par H.P. Blavatsky et W.Q. Judge. En d'autres mots, notre « cœur » ne pourra pas révéler la vérité à notre « mental » tant que nous ne saisirons pas fermement le concept que la Théosophie est la seule chose qui mérite qu'on vive pour elle !
Une telle position et attitude nous communiquent la force et le pouvoir qui sont incarnés dans les faits et les vérités qu'elle incarne. C'est ainsi que notre conscience personnelle, incarnée, peut être capable de pénétrer et voler intérieurement vers sa Source Parente (le Soi Supérieur) où brille l'éternelle « lumière solaire de la vie » ˗ loin de ce monde malade, du doute et des ténèbres du mental et du cœur.
On trouvera dans la vie et l'œuvre de Judge un exemple pour notre propre vie. Sommes-nous disposés à être forts, assez forts, assez volontaires, assez honnêtes pour décider ce qui dans nos vies ordinaires, physiques et personnelles, doit être relégué au second, troisième ou dernier rang ; et ce qui dans la Théosophie et son application doit être placé en premier ? Nous apprenons tous à l'évaluer, quand nous nous efforçons de transmettre ce que nous avons compris.
Parmi les paraboles de Jésus, il y a celle du jeune homme qui lui demande comment il peut se joindre à ses disciples. Comme il était riche, Jésus lui répondit qu'il devait, en premier, s'en retourner pour vendre tous ses biens. C'est-à-dire, abandonner tout et se libérer de ce qui à ce moment l'enchaînait ; et ensuite, il pourrait le suivre et faire de ses enseignements sa première préoccupation. L'histoire nous conte que le jeune homme s'en alla, « attristé » parce qu'il avait beaucoup de biens et qu'il était soit incapable de comprendre le message de Jésus, soit non disposé à les abandonner.
Chacun de nous désire la paix et le contentement, mais combien parmi nous sont prêts à en payer le prix ? Nous voulons tous profiter de la vie, mais sommes-nous volontaires pour endurer les souffrances, la maladie et la mort – pour nous purifier – et devenir capables de comprendre le sens véritable de ce que dit Judge dans les Lettres qui m'ont aidé quand il parle de « la plus haute indifférence » ?
Judge, le non-sectaire, connaissait le Sentier. Ce Sentier, qui est appelé Lumière, Paix, Sainteté, a été tracé par les pas des Maîtres qui l'on parcouru, avant nous, au cours de centaines d'incarnations, et qui vivent pour le montrer et aider les autres à le parcourir. Ces Hommes, grands dans la vraie Méditation, la vraie Compassion, la vraie Connaissance, répandent les eaux pures de la Vérité qui, d'une certaine manière, jaillit de leurs « Pieds de Lotus » (pour prendre une image de l'Orient). Ils sont les Adeptes, les Maîtres qu'H.P. Blavatsky servit en tant qu'Agent ; et dont Judge était le fidèle disciple que tout Théosophe devrait connaître. Nous devons garder dans notre cœur et nous rappeler ce qu'H.P. Blavatsky disait : « Là où la pensée passe, Eux aussi peuvent passer ». Souhaitons-nous que cela nous arrive ? Allons-nous Leur ouvrir nos oreilles et nos cœurs ?
N'y a-t-il pas d'espoir pour nous tous ? Judge écrivait que les Maîtres vivaient en fait « sur les plans de notre être intérieur ». C'est le Maître intérieur, le Soi Supérieur, qui est Un avec le Grand TOUT, que nous devons nous efforcer de connaître. Ils disaient : « Faites un pas dans notre direction, et nous en ferons un vers vous ». Seuls ceux qui sont mal conseillés et qui s'auto-illusionnent peuvent penser autrement. « Essayez » est le mot d'ordre de ces disciples qui ont décidés d'êtres victorieux.
Si la philosophie de la Théosophie est vraie, alors notre privilège est de percevoir la réalité toujours vivante, ‒ non pas « morte » ! ‒ de Krishna, Bouddha, Jésus, Pythagore, Mahomet, de tous les grands prophètes et sages, et de la longue lignée des Rishis. Ils forment un pont puissant, désigné en sanskrit par la chaîne Guruparampara [de Maîtres et de disciples]. Ils sont pour nous l'Himalaya de l'Esprit. Revêtus des neiges éternelles de leur Sagesse ils sont semblables à des sommets éminents et immuables. Nous qui, des « plaines » où nous vivons,  contemplons leur symbole nous pouvons avancer en compagnie de ceux qui sont, comme nous, à Leur recherche. Ici et là, ils se réunissent, et cherchent à rétablir ces liens vivants, de sympathie et de travail, qui permettent de franchir le Grand Abîme qui semble séparer leur Monde du nôtre. Ce précipice ne peut être franchi à moins de tendre nos « mains » et notre « bonne volonté », et de les déployer pour saisir ces mains fermes et puissantes tendues pour nous tirer dans la région de la vérité, vierge et immaculée, qui s'étend au-delà. Le but est devant nous. Nous pouvons l'atteindre si nous le voulons. Nous pouvons aider les autres à transcender ce monde de lutte et de confusion et écouter ce chant permanent d'encouragement qu'Ils ne cessent de répandre : « L'homme peut se sauver lui-même. Il peut faire maintenant ce que des multitudes ont fait par le passé. Il peut accéder à l'immortalité ».

Traduit de l'anglais. Cet article, « W.Q. Judge, The Link », est disponible sur le site de Teosofiska Kompaniet Malmö (© Teosofiska Kompaniet Malmö).

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La Déité dans la Nature

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La Doctrine Secrète [publiée par Mme Blavatsky] rejette l'idée de l'existence de Dieu où que ce soit dans la Nature. La Déité et la Nature ne sont pas séparées, mais une seule réalité. Dieu n'est ni mâle ni femelle ; ce n'est pas une personne, ni une personnalité. La Déité c'est le principe universel UN – la VIE, immuable et « inconsciente » dans son éternité. C'est l'essence de tout atome de matière ; bien plus, elle est substantielle, c'est la substance elle-même. Le Maître K.H. a déclaré :

« Le Dieu des théologiens est simplement un pouvoir imaginaire... Notre but principal est de délivrer l'humanité de ce cauchemar, d'enseigner à l'homme la vertu pour elle-même, et comment aller dans la vie en se reposant sur lui-même, au lieu de s'appuyer sur une béquille théologique qui fut, pendant des âges sans nombre, la cause directe de presque toute la misère humaine, et l'est encore aujourd'hui, pourrions-nous dire. »

Dans son ignorance, l'humanité devient une proie des machinations d'un clergé qui l'exploite, parce que, malgré son ignorance, elle aspire à un « au-delà » et ne peut vivre sans un idéal quelconque, comme un phare et une consolation. Il est dit, parfois, que la croyance en l'existence d'un Dieu personnel est si universelle qu'il doit y avoir une certaine base de vérité soutenant cette conception. Il en est bien ainsi. Elle se trouve dans cette noble aspiration, ce besoin, inintelligent mais instinctif, chez l'homme, de percevoir de l'ordre dans le chaos, et de savoir que « le Cœur de l'être c'est le Repos Céleste ». Du fait que l'homme est dieu, et qu'il a oublié, et est conduit à oublier, ce fait prodigieux et sublime, sont venus à l'existence les faux substituts, d'un dieu personnel et d'une déité extra-cosmique. Pour « délivrer l'humanité de ce cauchemar », il faut rétablir l'individu dans une foi inébranlable en ses propres pouvoirs, et le Dieu au sein de lui-même ‒ bien plus, l'amener à la conviction qu'il est la déité, actuellement à l'état latent, et qu'il peut se réaliser comme tel, dans le cours du temps.
Foi et conviction naissent de connaissance et expérience. En cela, elles diffèrent de croyance et fanatisme. L'homme a oublié sa divinité et son immortalité, et tout ce qui lui en reste est un souvenir vague, flou, vaporeux, instinctif, que, de quelque manière, quelque part, elles doivent exister. Par ailleurs, une croyance également universelle s'est emparée du rêve et de l'imagination de l'homme ; c'est-à-dire, que lui-même et le monde ne seraient que les ombres éphémères que, dans sa volonté et son plaisir inscrutables, Dieu, qui se trouve au-dessus et au-delà de l'un et de l'autre, aurait créés et modelés pour les amener à l'existence. Cette notion, également universelle, a un fondement de fait. Elle se trouve dans la nature toujours changeante de la Vie Une. Si la vie réelle est dans la conscience spirituelle de cette vie, la mort réelle est la perception limitée de la vie. L'existence consciente en esprit est immortalité ; l'existence inconsciente dans la matière est annihilation. Il y a deux puissantes possibilités pour l'homme, en qui Esprit et Matière sont convenablement équilibrés : (1) Immortalité ; (2) Annihilation. Il n'y a aucun pouvoir, ailleurs que dans l'homme, lui permettant d'échapper à la seconde et d'atteindre la première ; il n'y a ni dieu au ciel pour lui accorder le don d'immortalité, ni diable en enfer pour le tenter et le détruire. En l'homme, et seulement à l'intérieur de lui-même, se trouve la double possibilité.
Il nous faut reconnaître ce seul dessein clair de la Nature : elle est la manifestation de l'unique principe-substance – la VIE. Le but de l'évolution est, pour l'homme, d'atteindre et de conserver l'immortalité. Dans le règne humain, cette possibilité s'accroît. Tout le flux de l'impulsion de la Vie tend à engendrer l'Homme. En lui seul se manifeste le triple déploiement – l'Esprit, lié à la Matière, a finalement donné naissance à l'intelligence, à la Soi-conscience. Qu'est-ce que l'homme va faire de lui-même ? Telle est la grande question que discutent entre eux la Mère Nature et le Père Esprit. Le parent a ces mots :

Je demande seulement que tu sois ;
  Je n'ai que faire d'une prière ;
J'ai besoin de toi, libre,
  Comme tes bouches ouvertes à mon air ;
Que mon cœur puisse grandir en moi,
  En contemplant les fruits, si beaux, nés de moi.

L'Homme est le seul agent libre dans la Nature. Son intelligence le rend libre. La Volonté n'est pas directement libre ailleurs dans la Nature ; la loi de Karma ajuste ce que la matière empiète sur le flux de la Volonté, qui est le pouvoir de l'esprit. C'est seulement dans le règne humain, avec la naissance de l'intelligence, que la Volonté devient libre ; et que, finalement, Karma trouve l'aide d'un agent indépendant de lui, au lieu d'un instrument passif pour ses opérations de compensations. Ainsi, même cette Loi des lois s'offre à devenir la Servante de l'Homme. « Aide la Nature et travaille avec elle, et la Nature te reconnaîtra comme l'un de ses créateurs et fera sa soumission », déclare la Voix du Silence [p. 29-30].
Toute la Nature, exceptée la nature humaine, est non-consciente bien qu'animée, sensible et vitale. Entre tous les règnes, le règne humain a acquis l'intelligence, et, pour le reste, la Nature est la réunion des facteurs résultant des diverses propriétés des « qualités » (ou gunas), et des combinaisons de la matière primitive. En conséquence, en dehors du règne humain, la Nature n'est ni morale ni immorale, et n'a aucune mauvaise intention, aucune cruauté, ou à l'inverse, aucune affection. Elle est seulement juste, et cela parce qu'elle est aveugle. C'est pourquoi, pour les Anciens, la déesse de la Justice avait les yeux bandés. À dire vrai, le bien et le mal sont absents dans la Nature, et ne font leur apparition que dans le règne de l'Homme. Comme l'a dit le Mahâtma K.H.,

la Nature « ne suit que des lois immuables, quand elle donne la vie et la joie ou bien qu'elle envoie souffrance et mort, et détruise ce qu'elle a créé... Le mal véritable provient de l'intelligence humaine, et son origine réside entièrement dans l'homme pourvu de raison, qui se dissocie de la Nature. L'Humanité est alors la seule source du mal ».

Dans les diverses transformations de l'évolution, il y a un stade particulier où deux énergies en opposition sont dans un équilibre tel qu'une friction en résulte, et que se manifeste, alors, une troisième énergie qui a en elle les propriétés des deux tout en étant différente en soi de l'une et de l'autre. Ce plan d'Équilibre est le Règne Humain, et il en est également de cette terre. Dans les vastes sphères du monde stellaire, comme dans celles les plus minimes des atomes, il a sa place ; il se manifeste dans la marche majestueuse d'armées de hiérarchies, comme, dans la loi morale qui gouverne le cœur de l'homme.
Il nous faut apprendre à définir l'Homme d'une manière différente. Où que ce soit dans cet « Univers- Brâhmanda » en expansion constante, quand le couple « Esprit-Purusha » et « Matière-Prakriti » parvient au point d'équilibre, à cet instant même, la Vie Une a atteint son humanité et « l'Homme-Manushya » est né. Dans l'univers, Esprit et Matière, Purusha et Prakriti, passent l'un et l'autre par le stade d'Étudiant (Brahmacharya), à la masculinité et la féminité ; chacun, se met en quête de l'autre, le courtise et l'aime, et par la voie du mariage, accède au stade de Régent du foyer, Grihasta-Ashrama et, de cette première alliance sacrée nait le Penseur ; puis le Père se voue à instruire et guider le Fils, tandis que la Mère le nourrit et le protège. Depuis la naissance du Fils, les parents ne vivent plus tellement l'un pour l'autre – comme ils le faisaient avant – mais se dévouent pour leur progéniture. Le Fils est supérieur à ses deux parents, dont il a reçu, en héritage, l'énergie, tant centripète que centrifuge. C'est là ce qui est impliqué dans les passages significatifs de la Doctrine Secrète :

« L'Homme... étant un composé des essences de toutes ces Hiérarchies célestes, peut réussir à se rendre, comme tel, supérieur, d'une certaine façon, à quelqu'une des hiérarchies, ou classes, ou même à une combinaison de celles-ci » [S.D. I, 276] – et, bien sûr, il peut aussi ne pas y parvenir.
« Le Kosmos entier est guidé, contrôlé et animé par des séries presque infinies de Hiérarchies d'Êtres sensibles (dont chacune a une mission à accomplir) et qui – quelques soient les noms attribués par nous, tels que Dhyan Chohans ou Anges – sont des « messagers » uniquement dans le sens qu'ils sont les agents de Karma et des Lois Cosmiques. Ils varient infiniment, dans leurs degrés respectifs de conscience et d'intelligence et les appeler tous des purs Esprits, sans le moindre qualificatif terrestre « dont le temps ne manquera pas de faire sa proie », c'est seulement s'abandonner à une imagination poétique. Car, chacun de ces Êtres a été, ou bien se prépare à devenir un homme, sinon dans le présent, ou encore depuis un passé ou dans un cycle à venir (Manvantara [période de manifestation d'un univers]). Ils sont des hommes parvenus à la perfection, ou des êtres sur la voie de devenir des hommes. » (S.D. I, 274-275).
« Pour dire les choses simplement, comme il vient d'être montré, chaque soi-disant « Esprit » est soit un homme désincarné soit un homme futur. Puisque, du plus haut Archange (Dhyan Chohan) jusqu'au dernier « Constructeur » conscient (la classe inférieure des Entités Spirituelles), tous sont des hommes, qui ont vécu il y a des éons de cela, dans d'autres Manvantaras, sur cette Sphère, ou d'autres, de même les Élémentaux inférieurs, semi-intelligents et non-intelligents, sont tous des hommes futurs. Le fait seul qu'un Esprit soit doué d'intelligence est une preuve pour l'Occultiste que cet être a dû être un homme et a dû acquérir sa connaissance et son intelligence tout au long du cycle humain. Il n'y a qu'une seule, Omniscience et Intelligence, indivisible et absolue, dans l'Univers, et elle palpite dans tout atome et point infinitésimal de tout le Kosmos [l'Univers septuple], qui est sans limites et que les gens appellent l'ESPACE, considéré indépendamment de tout ce qui y est contenu. Mais la première différenciation de sa réflexion dans le Monde manifesté est purement spirituelle, et les Êtres qui y sont générés ne sont pas doués d'une conscience qui ait quelque rapport avec les conceptions que nous en avons. Ils ne peuvent avoir aucune conscience humaine, ou Intelligence avant de l'avoir acquise, personnellement et individuellement. C'est peut-être un mystère mais c'est un fait, dans la philosophie Ésotérique, et de plus un fait très apparent » [S.D. I, 277].
« La Doctrine enseigne que, pour devenir un dieu, divin et pleinement conscient – bien plus, même que les dieux les plus hauts – les INTELLIGENCES spirituelles primordiales doivent passer par le stade humain. Et, quand nous disons humain, cela ne s'applique pas qu'à notre humanité terrestre mais aux êtres mortels qui habitent n'importe quel monde – c'est-à-dire aux intelligences qui ont atteint l'équilibre approprié entre matière et esprit, ‒ comme c'est notre cas maintenant, depuis le point médian de la quatrième Race Racine [l'Humanité dans son état d'évolution] quatrième de la quatrième Ronde [période cyclique ; la durée d'une chaine planétaire comprend sept Rondes]. Chaque entité doit avoir gagné, pour elle-même, le droit de devenir divine, par l'auto-expérience. Hegel, le grand penseur allemand, a dû connaître, ou sentir intuitivement, cette vérité lorsqu'il a dit que l'Inconscient n'a évolué l'Univers que « dans l'espoir d'atteindre à une claire soi-conscience », en d'autres termes, de devenir HOMME ; car tel est aussi le sens secret de la phrase connue des Purana, évoquant Brahmâ, constamment « mû par le désir de créer »... Les Fils nés du Mental, les Rishis, les Constructeurs, etc. ont tous été des hommes, (sous telles ou telles formes et apparences) dans d'autres mondes, et dans les Manvantaras précédents.
« En conséquence, ce sujet, qui est si mystique, est le plus difficile à expliquer dans tous ses détails, et toutes ses portées, du fait qu'en lui est contenu tout le mystère de la création évolutive. [...] Chaque atome dans l'Univers a en lui-même la potentialité de la soi-conscience et est, comme les Monades de Leibnitz, un Univers en lui-même et pour lui-même. C'est un atome et un ange. » (S.D. I, 106-107).

L'Éternel Mouvement du Grand Souffle crée, aussi bien qu'il tue. Il fait apparaître la manifestation, mais il la dissout également. Comme une puissante vague dans un Océan d'Absoluité sans rivage, elle se lève, pour y retomber et se lever à nouveau, en une répétition sans fin, dans l'éternité.
Changement, constant, continu – c'est son unique caractéristique. Mais cette caractéristique elle-même donne naissance à « l'Esprit-Matière-Homme », mais elle détruit aussi les trois – et, à ce processus destructeur-régénérateur, il ne peut y avoir qu'une exception, l'HOMME. Doué d'une Volonté, qui devient libre, et d'une intelligence, qui est contrôlable, l'homme mortel peut manier cette caractéristique de changement, et, en l'attelant à son service, l'utiliser de manière à pouvoir survivre à ses montées et ses chutes. Autrement, comme toute autre chose, l'homme se pulvérise en cendres qui occupent tout le foyer, et en flammes brumeuses. Une telle survie fait de l'homme un Maître – un Mahâ-Âtma [Grande Âme]– un Dieu, en vérité. À cette mystérieuse réalisation, la Bhagavad-Gîtâ fait référence :

« Parmi des milliers de mortels, un seul peut-être s'efforce vers la perfection et, parmi ceux qui ainsi s'efforcent, un seul peut-être Me connaît tel que je suis » [VII, 3-4].

C'est à propos de cette étonnante réalisation que nous vient, du Mahatma M., une suggestion qui dépasse en richesse plus d'un traité :

« L'Individualité... pour parcourir avec succès le cours septuple de sa descente et de sa remontée, doit assimiler à elle-même l'éternel pouvoir de vie, qui ne réside que dans le septième (Principe) [Âtma] pour réunir ensuite les trois (quatrième, cinquième et septième) [Kâma, Manas et Âtma - Désirs, Mental, Esprit] en un seul – le sixième [Buddhi - l'Âme spirituelle]. Ceux qui y réussissent deviennent des Bouddhas, des Dhyan Choans, etc. Le but essentiel de notre combat et de nos initiations consiste à réaliser cette union, en demeurant encore sur la terre. Ceux qui y parviendront n'auront rien à craindre pendant la cinquième, la sixième et la septième ronde. Mais c'est là un mystère ».

Les combats du règne humain sont grevés par la malédiction de sa nature individualiste. Mais celle-ci est une bénédiction déguisée. L'homme individuel doit atteindre la soi-conscience universelle en suivant le sentier de la responsabilité. La vénération pour le Soi, et la confiance dans le Soi intérieur de l'être – son Rex Lucis [= Roi de Lumière], le Seigneur de Splendeur et de Lumière – conduit l'homme au but, où se fait entendre le grand cri – « Aham eva param Brahman : Je suis en vérité le suprême Brahman ». Il faut incorporer ce Principe impersonnel par nos efforts. L'intelligence humaine, avec la soi-conscience, rendent cela possible.
Pendant que la Nature œuvre pour et amène cette plus puissante des possibilités à la portée de l'homme, elle avance immuable – comme le Gange et le Nil – pour rejoindre son Océan d'Absoluité, et se vider dans la paix du Pralaya [période de repos entre deux univers]. L'heure fixée d'avance pour la Nature ! – elle l'observe avec une fidélité pointilleuse. L'élément Temps de son être a un caractère écrasant ; cela parce qu'elle est compatissante. Le don superbe de la Nature à l'homme c'est son plus profond sacrifice, et, lorsque l'homme manque de l'accepter, ce compatissant sacrifice prend un autre aspect et plonge l'homme dans des éons de sommeil en Pralaya. La Mère-Nature chante, « Dors, et dors encore le temps reviendra, et ce que, maintenant, tu as perdu de mon offre, te reviendra dans la vie à venir ».
L'Homme-Nara doit se connaître comme Dieu¬-Narayana dans un cycle donné. L'impersonnalité doit devenir incorporée. La « Sagesse-Bodha » doit s'incarner dans le « Seigneur de Sagesse-Bouddha » en un temps donné. La Nature, ou la Vie-Une œuvre sans cesse, à travers succès (quand l'homme devient Maître) et échec, quand les hommes restent esclaves de ses cycles tournants.
Dans les profondeurs de l'espace existe un mystérieux Principe qui contient la semence des Incarnations Divines, et constitue la potentialité et la cause effective de tous les Avatars [incarnations divines]. Cette semence est le joyau des joyaux dans toute la Nature. Elle renferme, dans leur collectivité, les réalisations vécues de tous les hommes qui sont devenues des Sur-Hommes, des Mahâtmas, des Bouddhas. Dans l'ésotérisme de la Bhagavad-Gîtâ, Krishna, dans l'un de ses aspects, représente cette Semence. Dans celui des Purâna, il en est question comme le Mahâ Vishnou – qui est un principe Impersonnel et non l'être d'un Dieu personnel. Il arrive qu'il soit appelé parfois le Cerveau d'Adam Kadmon, dans le discours de la Kabale. Tel est l'Enseignement.
Les hommes qui ont atteint la perfection – les Mahatmas – comme une Fraternité et une Hiérarchie, constituent l'aspect positif de la Loi des Cycles. Une telle Fraternité forme, dans un sens réel, l'aspect Père du Grand Souffle ; et le reste, en manifestation, c'est la Mère Nature. Cette Fraternité est symbolisée dans l'ésotérisme du Sanghai Dag-po, par le Seigneur Caché, « l'un fondu dans l'Absolu ».
Appartenir à cette Fraternité c'est l'occasion spéciale, et le privilège qui s'offre à l'homme, en accord avec la loi karmique et cyclique. Si le Règne Humain est celui de la Balance, si cette terre est le globe de la balance – de l'équilibre – il y a de même, pour l'âme humaine, l'heure de la balance (= du choix) au cours de ses incarnations terrestres. Le plan de cette balance est le champ [de bataille] de Kurukshétra. La Théosophie – la « Religion-Sagesse » – offre cette opportunité au chercheur courageux, et à l'homme qui a confiance en soi. Elle lui dit :

« Tu dois te saturer de pur Âlaya, devenir comme un avec l'Âme-Pensée de la Nature. En union avec elle, tu es invincible ; séparé, tu deviens le jouet de Samvritti, l'origine de toutes les illusions du monde.
« Tout est impermanent dans l'homme hormis la pure essence brillante d'Âlaya. L'homme est son rayon cristallin ‒ rai de lumière immaculée au dedans, forme d'argile matérielle à la surface inférieure. Ce rayon est le guide de ta vie, et ton vrai Soi, le Veilleur et le Penseur Silencieux, la victime de ton Soi inférieur. Ton Âme ne peut être blessée que dans les errements de ton corps, contrôle et maîtrise l'un et l'autre et tu seras en sûreté en frayant ton chemin jusqu'au « Portail de l'Équilibre » qui déjà n'est plus loin.
« Aie bon courage, hardi pèlerin audacieux, « vers l'autre rive ». (Voix du Silence, pp. 77-78)

B.P. Wadia – Studies in the Secret Doctrine.
(Revue Theosophy – Vol. 13, n° 4, Février 1925 – pp. 165-170.

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Qu'est-ce que l'Homme ?

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L'ancien axiome occulte, « Homme, connais-toi toi-même » est connu de tous ; mais peu nombreux sont ceux qui ont appréhendé la signification réelle de l'Oracle de Delphes. Quand nous avons observé l'arbre généalogique familial, nous pensons connaitre notre pedigree terrestre ; la science, quant à elle, pense connaître le pedigree physique de l'homme et de l'humanité, quand elle a tracé l'origine de sa forme depuis le protoplasme, et son développement à partir d'un état sauvage. Les liens de l'hérédité psychique, intellectuelle, et spirituelle n'ont jamais été remontés jusqu'à leur origine par les philosophes modernes ou par les hommes de sciences ; il est donc naturel et nullement surprenant qu'en l'absence de cette connaissance, la pensée moderne se fasse une idée complètement erronée sur l'origine de la forme humaine.
Pour toute application pratique, que ce soit dans le développement personnel, ou le service altruiste, une telle connaissance est absolument nécessaire. La connexion intime de l'homme avec le corps, l'âme-mental et l'esprit doit être comprise ; et c'est alors seulement qu'il lui sera possible de percevoir la relation, ou plutôt l'identité, qui existe entre lui et l'Univers triple de l'Esprit, de l'Intelligence et de la Matière. Il existe une union indissoluble entre l'homme et l'univers. Les deux ne sont que les aspects duels du Principe-Substance Unique : l'Absoluité dans son aspect non-manifesté, et le Mouvement Éternel du Grand Souffle, pendant sa manifestation.
L'univers est le macrocosme ; l'homme est le microcosme ; l'homme, l'Esprit, est le macrocosme ; l'homme, le Penseur, est le microcosme, et ce Penseur est, à son tour, le macrocosme pour la forme matérielle à l'intérieur et à travers laquelle il opère ; ainsi l'homme devient également le macrocosme pour les trois règnes inférieurs en dessous de lui. (cf. The Secret Doctrine., II., p. 169.)
Dans chaque forme, la vie est conscience mais elle n'est pas soi-consciente ; ce n'est que dans l'homme qu'elle accède à l'état, au plan ou à la condition de soi-conscience, et quand elle devient, par des efforts auto-induits et auto-déterminés, une Entité Soi-Consciente, elle accède pour elle-même à la plus grande de toutes les possibilités : la Soi-Conscience Universelle. L'homme est alors devenu divin, l'Âtma est devenu Paramâtma, le Purusha est devenu le Purushottama. Un tel Être est le « Vasudeva, qui est toute chose, le Mahatma très difficile à rencontrer » du septième chapitre de la Bhagavad-Gâtâ [v. 19]. Dans La Voix du Silence, cette naissance est célébrée par un chant :

« Voici que l'étoile argentée transmet en scintillant la nouvelle aux fleurs nocturnes ; le ruisselet chuchote l'histoire aux cailloux ; les vagues sombres de l'océan la mugissent sans fin aux récifs, tandis que les brises chargées de parfums la chantent aux vallons, et que les pins majestueux mystérieusement murmurent : "Un Maître s'est levé, UN MAÎTRE DU JOUR". » [pp. 86-7]

Quel but sublime ! Non de la poussière sidérale à la poussière sidérale ; mais de la poussière sidérale au créateur, au nourricier, et régénérateur du courant sans fin de l'existence conditionnée – telle est la destinée de l'Homme.
La vie est la conscience universelle, une et indivisible. La conscience de chaque univers est une unité et c'est pourquoi on la désigne par le terme de monadique. Cet aspect de la Vie Une est défini comme l'Esprit. Le second terme de la dualité primordiale, la Matière, est la même Vie Une, perçue à travers le multiple. Citons les paroles du Maître K.H :

« C'est une des doctrines simples et fondamentales de l'Occultisme que les deux aspects sont un, et qu'ils ne sont distincts que durant leurs manifestations respectives, et seulement dans les perceptions limitées du monde des sens. »

La Doctrine Secrète affirme :

« L'Esprit est la première différenciation de (et dans) l'ESPACE ; et la Matière est la première différenciation de l'Esprit. Ce qui n'est ni Esprit, ni Matière ‒ qui est CELA ‒ c'est la CAUSE sans CAUSE de l'Esprit et de la Matière, qui sont la Cause du Kosmos [Univers septuple]. Et CELA nous l'appelons la VIE UNE, ou le Souffle Intra-Cosmique. » (Commentaire) (S.D., I., p. 258)
« L'Esprit et la Matière, quoiqu'une seule et même chose à leur origine, entament chacun, quand ils atteignent le plan de la différentiation, leur progression évolutive en directions contraires – l'Esprit tombant graduellement dans la matière, et cette dernière s'élevant vers sa condition originelle, celle d'une pure substance spirituelle. Tous deux sont inséparables, mais pourtant toujours séparés. Sous l'angle de la polarité, sur le plan physique, deux pôles de même polarité se repoussent sans cesse, tandis que le négatif et le positif s'attirent mutuellement, c'est ainsi que l'Esprit et la Matière se trouvent, l'un par rapport à l'autre, comme les deux pôles de la même substance homogène, le principe racine de l'univers. » (S.D., I. p. 247.)

L'Esprit ne peut pas connaître la matière, car il ne se connaît pas lui-même. La matière est inerte bien qu'animée, car ce qui vit en elle et la vitalise et est conscient, n'est pas soi-conscient. C'est pourquoi dans le Sankhya Darshana – une des six branches de la philosophie Indienne, l'Esprit-Purusha est représenté avec des yeux mais sans pieds, alors que la Matière-Prakritti, qui a des pieds pour se mouvoir, est aveugle ; le premier monte sur les épaules de la seconde et, ainsi unis, la marche évolutive de la Vie Une devient possible. Mais pour un temps seulement. Car la matière n'a pas d'oreille pour entendre et l'esprit n'a pas le pouvoir de parler. Il arrive alors un moment, où le couple, malgré son étroite étreinte, se perd dans les profondeurs de l'espace. Chacun doit acquérir la connaissance de soi-même ‒ ses limitations et capacités ‒ et apprendre l'art de la coopération, pour trouver et parcourir la Grande Route des Cieux.
La Théosophie nous présente un troisième élément, ''jusqu'alors inconnu de la spéculation Occidentale'' (S.D., I, p. 16). La Science moderne ne perçoit rien au-delà des formes de matière, toujours changeantes, produites par les différents mouvement et aspects de la Force. La Religion moderne, à l'Est comme à l'Ouest, croit à ce qui n'existe pas : l'Esprit séparé de la Matière, ou Dieu au-delà du terrestre ‒ parce qu'elle ne peut pas comprendre ni expliquer ce qui existe réellement, l'univers phénoménal. ''Entre la superstition dégradante et le matérialisme brutal, encore plus dégradant, la Blanche Colombe de la Vérité, n'a guère de place pour reposer ses pieds fatigués et mal venus. Il est donc temps que la Théosophie « entre dans l'arène » – selon un Maître des Maîtres.
Dans chaque univers, au niveau atomique, solaire ou sidéral, et dans sa représentation personnifiée, comme Homme Céleste ou d'Adam-Kadmon, triple est le processus incessant. Le processus universel est triple : sur le plan macrocosmique comme microcosmique. Dans la métaphysique de l'Inde, Sat-Chit-Ânanda [Existant, ou Vérité-Conaissance-Béatitude] est la triade macrocosmique, comme Ichcha, Gnyan et Kriya [pouvoir de la volonté - connaisance ou sagesse - pouvoir de la pensée], est la triade microcosmique. Dans la Bhagavad-Gîtâ (septième chapitre) la même idée fondamentale est mise en évidence – le Seigneur Krishna et ses deux natures – para et apara prakritti [nature supérieure et inférieure], la constitution octuple inférieure et la supérieure par laquelle « l'univers est soutenu ». H.P. Blavatsky a écrit dans Isis Dévoilée (I.U., I. 160) que « la trinité dans l'unité est une idée que partageait toutes les anciennes nations », et elle énonça la même chose. Les Trois Propositions Fondamentales de la Doctrine Secrète traitent de la trinité archétypale. Concernant le mouvement incessant de la Vague de Vie de l'Évolution, La Doctrine Secrète (S.D., I, p. 181) montre que :

« Il existe, dans la Nature, un triple schéma évolutif pour la formation des trois Upâdhis [bases, structures] périodiques – ou plutôt trois schémas séparés qui, dans notre système, sont inextricablement entrelacés et mélangés. Ce sont les Évolutions Monadiques (ou Spirituelles), Intellectuelles et Physiques. Ces trois sont les aspects finis, ou les réflexions sur le champ de l'Illusion Cosmique, d'ATMA, le septième, la RÉALITE UNE.
« 1. L'Évolution Monadique, comme l'implique le mot, concerne la croissance et le développement dans des phases supérieures d'activités de la Monade en conjonction avec...
« 2. L'Évolution Intellectuelle, représentée par les Mânasa-Dhyânis (les Dévas Solaires, ou Pitris Agnishvâtta), "ceux qui ont donné à l'homme l'intelligence et la conscience", et avec...
« 3. L'Évolution Physique, représentée par les Chhâyâs [images ou formes astrales] des Pitris lunaires, autour desquels la Nature a formé le corps physique actuel. Ce corps sert de véhicule à la "croissance" (pour se servir d'un mot trompeur) et aux transformations, à travers Manas [le mental], et ‒ par l'accumulation des expériences ‒ du fini en l'INFINI, du transitoire à l'Éternel et l'Absolu.
« Chacun de ces trois systèmes a ses propres lois et est régenté et guidé par des groupes différents de très hauts Dhyânis ou "Logoï". Chacun de ces systèmes est représenté dans la constitution de l'homme, le Microcosme du grand Macrocosme ; et c'est l'union en lui-même de ces trois courants qui en fait l'être complexe qu'il est maintenant. »

Ceci est une amplification de l'enseignement d'Isis Dévoilée qui, après avoir affirmé (I.U., II, p. 587) qu'il n'y a pas de miracle et que tout ce qui se produit, n'est que le résultat de la Loi, éternelle, immuable, toujours active, poursuit en donnant les idées de base de la philosophie :

« La Nature est une unité triple : il y a une nature visible objective ; une nature invisible, intérieure et source d'énergie, le modèle exact de la précédente et son principe vital ; et, au-dessus de ces deux-là, l'esprit, source de toutes forces, seul éternel et indestructible. Les deux natures inférieures sont en constant changement mais non la troisième. [I.U., II, p. 587.]
« L'homme est aussi une unité triple : il a son corps objectif physique, son corps vitalisateur astral (ou âme), l'homme réel ; et ces deux sont couronnés par le troisième qui les illumine, le souverain, l'esprit immortel. Lorsque l'homme réel réussit à fusionner avec ce dernier, il devient une entité immortelle. » (I.U., II, p. 588.)

La trinité de la nature est la serrure de la magie ; la trinité de l'homme est la clé qui s'y adapte. (I.U., II. p. 635).
Un processus triple engendre, soutient, régénère, de la même manière, l'homme et l'homme céleste, l'atome et la monade. Dans la grande œuvre du développement, l'un ne devient pas l'autre, et ne laisse pas place à un autre. La Monade Spirituelle à jamais indivisible, et ses innombrables rayons appelés monades humaines ; la monade humaine incorruptible et ses nombreuses incarnations dans la matière ; la monade matérielle (appelée la monade minérale) et ses innombrables atomes physiques – forment cette vision triple que nous devons examiner. (cf. S.D., I, pp. 177-79). Ces trois Monades ne sont pas triples, mais sont les trois facettes d'une seule. La monade Spirituelle est l'esprit abstrait ; la monade humaine est l'esprit incarné ; la monade matérielle est l'esprit différencié. Sur le plan de la matière, la monade spirituelle peut être comparée au nucléole, la monade humaine au noyau, et la monade matérielle à la cellule. Cependant les trois aspects de l'esprit sont aussi distincts dans leur nature, constitution et fonction, que le sont le nucléole, le noyau et la cellule. C'est pourquoi Van Helmont a déclaré que « l'Homme est le miroir de l'univers, et sa nature triple est en relation avec toutes les choses. »
Isis Dévoilée cite également Paracelse (I.U., I, pp. 212-13) :

« Trois esprits animent et permettent à l'homme d'agir », enseigne Paracelse ; « trois mondes versent sur lui leurs rayons ; mais tous les trois opèrent uniquement comme l'image et l'écho d'un seul et même principe constructeur et unificateur. Le premier est l'esprit des éléments (corps terrestre, et force vitale dans sa condition brute) ; le second, l'esprit des astres (corps sidéral ou astral ‒ l'âme) ; le troisième est l'esprit Divin (Augoeides) »...
« L'homme est un petit monde, un microcosme au sein du grand univers. Comme un fœtus, il est suspendu par ses trois esprits, dans la matrice du macrocosme ; et tandis que son corps terrestre est en sympathie constante avec son parent terrestre, son âme astrale vit à l'unisson avec l'anima mundi sidérale. Il est en elle, comme elle est en lui, car l'élément qui pénètre l'univers remplit tout l'espace, et il est lui-même l'espace infini, et sans limites. Quant à son troisième esprit, le divin, qu'est-il sinon un rayon infinitésimal, une des innombrables radiations procédant directement de la plus Haute Cause – la Lumière Spirituelle du Monde ? C'est la trinité de la nature organique et inorganique – spirituelle et physique – les trois en un, et dont Proclus dit que "La première monade est le Dieu Éternel ; la seconde l'éternité ; et la troisième le paradigme, ou modèle de l'univers", les trois formant la Triade Intelligible. Toute chose dans cet univers visible, découle de cette Triade, et est elle-même une triade microcosmique. Et ainsi, elles se meuvent dans une procession majestueuse, dans les champs de l'éternité, autour du soleil spirituel, comme, dans le système héliocentrique, les corps célestes se meuvent autour des soleils visibles. La Monade de Pythagore, qui vit "dans la solitude et la ténèbre", pourra, sur cette terre, demeurer éternellement invisible, impalpable, et indémontrable par la science expérimentale. Toutefois, l'univers tout entier continuera à graviter autour d'elle comme il l'a fait depuis le "commencement des temps", et à chaque seconde, l'homme et l'atome se rapprochent de plus en plus du moment solennel où, dans l'éternité, la Présence Invisible se révélera à leur vision spirituelle. Quand chaque particule de matière, même la plus sublimée, aura été rejetée de la dernière forme qui constitue l'ultime chaînon de cette chaîne d'évolution double qui, à travers des millions de siècles et de transformations successives, a poussé l'entité en avant, et quand elle se retrouvera vêtue de l'essence primordiale, identique à celle de son Créateur, alors cet atome organique, jadis impalpable, aura terminé sa course et les fils de Dieu "crieront de joie" une fois de plus au retour du pèlerin. »

Après avoir réfléchi sur cet extrait, l'étudiant est invité à pencher son attention sur le passage suivant, tiré de La Doctrine Secrète (S.D., I, pp. 246-47) :

« Comme il est dit dans Isis Dévoilée (I.U., I, p. 302), la Monade, ou Jîva, fut d'abord projetée, par la loi d'Évolution, dans la forme la plus inférieure de matière – le minéral. Enfermée dans la pierre (ou dans ce qui deviendra le minéral et la pierre dans la Quatrième Ronde [p.m. le Grand Cycle de Vie d'une Chaîne planétaire comprend 7 plus petits cycles ou Rondes]), elle s'en extrait, après une septuple giration, sous la forme, par exemple, d'un lichen. Passant ensuite, à travers toutes les formes de matière végétale, dans ce que nous appelons la matière animale, elle atteint maintenant le point où elle est devenue le germe, pour ainsi dire, de l'animal, qui deviendra par la suite l'homme physique. Tout ce processus jusqu'à la Troisième Ronde, est sans forme, en tant que matière, et, en tant que conscience, est dépourvu de sens. Car la Monade, ou Jîva, per se, ne peut même pas être appelée un esprit : c'est un rayon, un souffle de l'ABSOLU, ou plutôt de l'Absoluité, et l'Homogénéité Absolue, n'ayant pas de relations avec le fini conditionné et relatif, elle est inconsciente sur notre plan. Par conséquent, en dehors des matériaux qui seront nécessaires à sa forme humaine future, la Monade a besoin : a) d'un modèle ou prototype spirituel, pour donner une forme à ces matériaux, et b) d'une conscience intelligente pour guider son évolution et son progrès – c'est ce que ne possèdent ni la monade homogène, ni la matière dépourvue de sens, quoique vivante. »

Les girations de la Monade ou Jîva forment la première des trois lignes d'évolution ; la seconde et le troisième sont connectées, respectivement, à la Conscience Intelligente et au modèle autour duquel se construit le corps.
L'Homme est composé de trois hommes – l'homme de poussière, de pensée, de lumière ; « il est corps, âme et esprit » (Isis Dévoilée, II. p. 223) ; il est chhaya, manas-putra et jîva ; il est fait de la terre (prithivi), du feu (agni) et d'ether (akasha) ; il est, d'une part, le soi inférieur, le soi divin et le soi éternel (La Voix du Silence, [p. 56]), et de l'autre, le corps avec les mains, la tête et le cœur.
Notre livre affirme :

« Personne ne niera que l'être humain soit en possession de diverses forces, magnétiques, sympathiques, antipathiques, nerveuses, dynamiques, occultes, mécaniques, mentales, en un mot, de toutes sortes de forces et que les forces physiques sont toutes biologiques dans leur essence, puisqu'elles se mêlent et, souvent, se fondent avec les forces que nous avons appelées intellectuelles et morales, les premières étant, pour ainsi dire, les véhicules, les upâdhis des secondes. Personne, parmi ceux qui ne nient pas une âme dans l'homme, n'hésiterait à dire que leur présence et leur mélange sont l'essence même de notre être ; qu'elles constituent en fait l'Ego dans l'homme. » (S.D., I, pp. 469-70.)

Il est nécessaire que l'étudiant se demande : Comment ces trois différentes natures basiques arrivent-elles à être ce qu'elles sont ? De quoi sont-elles la progéniture ? Quelle est la destinée qui les attend et celle de leur parent macrocosmique ? Pendant que nous cherchons les réponses, nous sommes forcés de nous demander si l'homme est le point central de tout le schéma d'évolution ; d'autre part, dans la Nature qui est gouvernée par la Loi, quelle en serait l'expression particulière à maîtriser en premier pour comprendre tout le processus ? À la première question, une réponse est donnée – l'évolution finale de toute chose de nature terrestre vers l'Homme est un fait ; à propos de la seconde, le progrès et la chute de la Nature, qui sont dûs à Karma, se produisent par cycles. Il convient maintenant de considérer ces problèmes, et, pour nous préparer, nous pouvons offrir à notre méditation l'extrait suivant (S.D., II, p. 261) :

« La Doctrine Occulte est, à notre avis, plus logique. Elle enseigne l'existence, dans la Nature qui n'a aucun but personnel, aucun "dessein propre", d'une loi cyclique invariable, qui agit en se conformant à un plan uniforme qui persiste durant toute la durée du manvantara [période de manifestation d'un univers] et qui concerne le ver de terre, tout autant que l'homme. Ni l'un ni l'autre n'a cherché à venir à l'existence – ainsi sont-ils soumis, tous les deux, à la même loi d'évolution et tous deux doivent progresser selon la loi karmique. Tous deux sont partis du même centre neutre de Vie et tous deux doivent s'y refondre à la consommation du Cycle. »

B.P. WADIA - (Extrait de la revue Theosophy, vol. 13, No. 3, Janvier 1925, pp. 113-118.)

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